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  • Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Après plusieurs jours avec le luxe d’une voiture de location en Nouvelle-Zélande, les journées s’allongent et les trajets deviennent des parenthèses. Entre le linge qui sèche mal, la conduite du bus cahoteux et les envies de cuisine improvisée, le voyageur avance au rythme des rencontres. À Kaïkoura, il retrouve la mer, la lumière et l’envie de se poser… un instant avant de reprendre la route vers l’île du Nord. Mais c’est aussi l’expérience des trajets en bus qui fascine l’aventurier. Une étape tout en lenteur, ou presque, en fatigue heureuse et plaisirs simples.

    Ce matin c’est presque une grasse matinée pour Flavien. « Je sors du lit à 9 h 45. » Tout semble indiquer une véritable grasse matinée, mais une fois de plus Flavien veille très tard. Le résultat est une nuit comptable somme toute normale. Il doit effectuer son check-out à 10 h… mais ses vêtements ne sont pas encore tous secs. « Je descends dans le hall de l’auberge où j’étends mes vêtements sur les chaises tel un clodo, personne ne me dira rien alors tant mieux », souffle-t-il.

    De Christchurch à Kaïkoura, entre fatigue et liberté

    C’est ainsi qu’il profite du canapé de l’auberge jusqu’à midi. « Mon bus pour me rendre à Kaïkoura est prévu à 14 h 30. » Il profite de ce temps pour se rendre en ville et s’acheter un en-cas avant de filer jusqu’à l’arrêt de bus. Tel l’habitué, Flavien n’a plus besoin de carte ni de boussole pour se déplacer dans la seconde plus grande ville de Nouvelle-Zélande. Concentré sur l’écriture de son récit journalier, il commence à ressentir les soubresauts de la conduite du chauffeur. « Il conduit comme un dératé. Je commence à avoir mal à la tête, je finirai plus tard. »

    Arrivé à Kaïkoura, Flavien parcourt le kilomètre qui sépare l’arrêt de l’auberge. À peine le sac posé, il repart, mais cette fois en direction du supermarché. « Pour une fois j’ai envie de cuisiner. J’achète des patates, des champignons, une bavette, un yaourt et même des chips, c’est l’orgie ce soir ! »

    La cuisine est pleine de monde… Ses patates au creux de la poêle n’en finissent pas de cuire. « Deux Françaises me donnent du beurre, tout en discutant. Je m’installe à leur table. »

    Originaires de Paris, elles arrivent de Nouvelle-Calédonie, l’une est médecin, l’autre prof de judo. « Nous taillons la bavette, pendant que la mienne cuit sur le barbecue à disposition. Elle est cuite avant les patates qui sont sur le feu depuis bientôt une heure… Décidément. » (Crédits : Gabriela Palai/Pexels)


    Tandis qu’elles se retirent, un couple de Néerlandais s’installe à côté de moi. La discussion se propose : « Je leur parle des deux mois de stage que j’avais faits là-bas en 2017… » Finalement l’aventurier termine son repas sans avoir vu la soirée passée. Comme hier, la journée n’a pas été des plus excitantes, mais importante pour réfléchir à la suite du voyage. Les compteurs d’écriture remis à zéro, « je peux désormais réfléchir à la suite. »

    Une balade ensoleillée à Kaïkoura

    Ce matin c’est une nouvelle grasse matinée. « Je me réveille après 9 h, à croire que c’est la décadence. » Sauf qu’il s’est couché bien après minuit. Le temps est favorable, dans les deux sens. « Je prends le bus à 18 h, donc je décide de faire une rando de quatre heures et douze kilomètres », affirme-t-il. Pour la première fois depuis quelques jours, le baroudeur se projette. « Sur la terrasse ensoleillée de l’auberge, je réserve la prochaine auberge et le ferry, afin de définitivement quitter l’île du Sud pour celle du Nord. »

    Il anticipe pour le trek dans le parc national du Tongariro avant qu’il n’y ait plus de place. « Je dois faire l’impasse de deux étapes par manque de place pour poser ma tente. » Un inconvénient pour l’aventurier. « Je n’aime pas faire ça, car je ne peux pas gérer la météo, mais je n’ai malheureusement pas le choix… Même chose pour l’île de Tiritiri où je désire aller avant de quitter le pays », concède-t-il.

    Mais la chance lui sourit. « Il reste une place, que je réserve de suite. Ça me laisse moins de marge de manœuvre, moins de place à l’improvisation que j’apprécie. »

    Après avoir dévoré la fougasse achetée la veille, il file vers la péninsule de Kaïkoura. Elle est connue et reconnue pour ses baleines croisant au large. « Je reste sur la terre cette fois. Je rejoins l’extrémité de la péninsule où il est censé y avoir une nouvelle colonie d’otaries. »

    Sac de vingt kilogrammes sur le dos, « je n’ai pas voulu le laisser à l’auberge, mais j’aurais peut-être mieux fait. Porter ces 20 kg pour rien pendant 12 km n’est pas la meilleure idée de mon voyage. » Il a tout de même dissimulé son sac de victuailles dans un buisson non loin de l’arrêt de bus. « Pas un seul nuage, il fait chaud, heureusement qu’il y a un petit vent pour se rafraîchir », transpire Flavien. La géologie revêt une importance à ses yeux. « Je photographie des falaises et des rochers qui sont très classes. »

    En tant que touriste, il admet que l’endroit fait très station balnéaire. « C’est compréhensible, avec plus de 2000 heures d’ensoleillement par an, c’est l’un des endroits les plus ensoleillés du pays. » Arrivé au cap, il observe les otaries de loin, les ayant déjà mises sur papier glacé de nombreuses fois. « Avec ce beau temps, la balade est agréable, comme la vue panoramique. » (Crédits : Kari Kittlaus/Pexels)


    Mon premier est le Soleil. Mon second est un gourmand. Mon troisième est une randonnée. Mon tout est Flavien qui s’offre une glace gigantesque bien méritée. Le bus part à l’heure prévue. « Je prends place côté mer pour observer cette côte qui m’a tapé dans l’œil à l’aller. » Le chauffeur, très sympa, conduit mieux que celui de la veille, constate le baroudeur. À son arrivée à Picton, il est déposé devant l’entrée de l’auberge. Elle est très accueillante, dans son jus, et le propriétaire est une crème. L’ensemble pour 13 € la nuit, se réjouit Flavien. Les affaires posées et la douche prise : « Je cuisine ce qu’il me reste dans le fond du sac, c’est-à-dire des pâtes, du parmesan et un tube de sauce tomate. C’est agréable de cuisiner là, il n’y a pas grand monde et c’est très calme, ça change de précédentes auberges. » À suivre…

  • Sous le ciel ensoleillé d’Akaroa (33/55)

    Sous le ciel ensoleillé d’Akaroa (33/55)

    Sur la péninsule de Banks, les collines plongent dans la grande bleu azur où s’ébattent les dauphins d’Hector, le plus petit au monde. En cette aurore radieuse, Flavien embarque pour une ultime traversée : celle d’un voyage en Nouvelle-Zélande où nature, histoire et humanité se répondent. D’un front de mer à un sommet battu par le vent, entre Fish and chips et forêts d’Hinawai, il capture chaque instant d’une aventure à la fois intime et universelle — celle du lien fragile entre l’homme et le vivant.

    « Ce matin, personne n’a frappé à la vitre de la voiture, alors je pousse le réveil jusqu’à 9 h. » Une nuit agréable, une nouvelle fois, sur le siège passager. Le petit déjeuner est frugal. « Je termine le gâteau à la cannelle et à la pomme », tandis qu’il se dirige vers la jetée. Il reste de la place pour partir sur la prochaine sortie en bateau dans la baie. « Bonne nouvelle ! », se réjouit-il. Le ticket n’est pas donné, mais pour 120 NZD, il aspire à observer le dauphin d’Hector, le plus rare et le plus petit de tous. « Je n’ai pas beaucoup vu de cétacés pendant ce voyage, j’espère bien me rattraper ce matin. »

    Du pain, du fromage et une banane

    Avant d’embarquer pour une croisière de deux heures à 10 h 45, « je prends un chocolat chaud au café d’en face ». La première heure n’est pas très réconfortante, s’inquiète l’aventurier : chou blanc. Mais, il se rassure, car « je pense avoir tiré le portrait d’un manchot pygmée à aileron blanc, endémique de la péninsule. »

    C’est alors que la magie opère. « Comme dans les films… Un, puis deux, puis trois… puis une vingtaine de dauphins entourent le bateau. » Il ne lâche pas son appareil photo ni le téléobjectif fixé dessus. Rusé, il anticipe la navigation pour se positionner du bon côté pour la lumière. « Je pense à ma sœur, Ophélie, qui est fan de dauphins… Enfin, dans son enfance, c’est une certitude », sourit-il. Plusieurs espèces déjà observées par le baroudeur, mais rarement d’aussi près, assure la naturaliste.

    Le trajet continue en direction d’une petite colonie d’otaries. « Décidément ! C’est la septième fois du voyage que je contemple ces otaries endémiques de Nouvelle-Zélande. » Chemin faisant, l’heure du retour au port sonne. « Deux heures sous une météo radieuse et une mer presque d’huile. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La Capitaine leur confie que c’est la plus belle journée de la saison. Après être descendu, « je prends un Fish and chips. » La suite, Flavien n’y a pas réfléchi, alors il traîne dans la ville, profitant de la douceur et de la chaleur des rayons du soleil néo-zélandais. Après avoir fait quelques courses, il se rend à 16 heures à l’Akaroa Museum qui raconte l’histoire de cette ville, la plus française d’entre toutes, souffle Flavien. « Ici, on voit des drapeaux français accrochés aux demeures, c’est assez déconcertant. »

    En aparté : C’est en 1838 que Jean François Langlois, capitaine français d’un baleinier – Le Chachalot — négocie plusieurs milliers d’hectares de terres aux Maoris, pour fonder une colonie française. Sa résidence, la maison Langlois-Éteveneaux, se trouve aujourd’hui là où elle a été bâtie, dans sa forme originelle. Historiquement, elle est l’unique survivante construite par les colons français au début des années 1840.

    Langlois convainc le roi Louis-Philippe de financer la colonie. Le capitaine crée la compagnie Nanto-Bordelaise et rassemble des émigrants. À son retour, l’Angleterre venait de signer le traité de Waitangi avec les chefs maoris, et le drapeau anglais flottait.

    « Le musée fermant trente minutes plus tard, je prends la direction de la réserve d’Hinawai, l’un des seuls lieux à peu près préservés et boisés de la péninsule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien tente vainement d’y voir un gecko. L’ambiance y est sympathique, ajoute-t-il. « Il y a une petite cabane où l’on peut dormir gratuitement. Le propriétaire semble être une brave personne, que je n’ai pas le plaisir de rencontrer. » Il profite de la liberté octroyée par la voiture. La montée vers le sommet est raide, le chemin peu marqué. « Ça veut dire que je ne serai pas dérangé par la foule là-haut », se réjouit-il par avance. J’arriverai à 806 m d’altitude à 19 h 40.

    « J’ai du temps à tuer. C’est l’occasion de faire une sieste et de faire le point sur ces incroyables et intenses quinze jours qui viennent de passer. » Au menu, un énième coucher de soleil, avec de quoi casser la croûte : du pain, du fromage et une banane. « La vue sur la baie so Frenchie est incroyable. Quelques nuages semblent vouloir taper l’incruste en vain. Alors, ils nappent les crêtes d’un duvet blanc… »

    L’astre de feu passe derrière l’horizon, Flavien redescend et croise les doigts. Il espère dénicher quelques bestioles nocturnes.

    La frontale éclaire au maximum et à quelques centaines de mètres de la voiture, « J’illumine le dessous d’un Raukaua simplex et là surprise ! Plusieurs Wetas sortent de leur cachette. Je suis étonné, c’est beaucoup plus facile qu’hier. » Plus loin une autre espèce, avec des antennes de plus de 30 cm. « Whouhaou ! Les monstres… », sourit-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Durant plus d’une heure, il évolue d’arbre en arbre, tel un orpailleur à la recherche d’un trésor. Il est 23 h 30 à sa tocante. « Il est temps de rentrer. Bien qu’interdit, je souhaite poser ma tente près de la voiture, mais l’humidité et la flemme l’en dissuadent. » Comme pour un au revoir, il profite une ultime fois du siège passager. Mais avant de partir… L’aventurier tourne autour de gros rochers non loin de la voiture pour y dénicher une nouvelle espèce de Weta terrestre : « Décidément c’est une orgie ce soir ! Une dernière journée pleine de découvertes. »

    De retour à Christchurch

    C’est la dernière nuit du baroudeur sur le siège passager de la voiture de location. Ce matin, il souhaite contempler la naissance du jour, ce moment suspendu de l’éveil de la nature. « J’ai calé le réveil à six heures pour voir le lever de soleil. Raison pour laquelle je me suis stationnée de ce côté de la montagne. Mais, un bref coup d’œil, et je me rendors aussitôt. » À 7 h 30, Flavien jouit de la présence du soleil pour ranger la voiture et mettre toutes ses affaires dans son sac.

    Pour le retour à Christchurch, le naturaliste conduit sur la route d’altitude de la péninsule. « J’en profite ce matin, car on y trouve beaucoup moins de circulation et les lumières sont top. »

    C’est aux alentours de dix heures qu’il parvient à une station de lavage repérée la veille. « Oui, les stations en libre-service sont rares, car, comme en Patagonie, il faut payer des gens pour nettoyer sa voiture. »

    Pour la modique somme de 19 NZD (9,5 €), il passe et repasse l’aspirateur. Après l’habitacle, c’est l’extérieur que Flavien doit bichonner. « Je m’y reprends à plusieurs fois pour laver la carrosserie. Elle est dans un sale état après toutes ces pistes empruntées dont la poussière s’est incrustée partout. »

    (Crédits : Darcy Lawrey/Pexels)

    Une fois que la voiture recouvre son aspect d’origine, et après trente minutes à traverser la ville, « j’arrive près de l’agence de location. Mais avant de restituer la voiture, je fais le plein et achète quelques lingettes pour nettoyer le tableau de bord et les portes. » Ensuite c’est un moment de suspense peu agréable. Puis, « À l’agence, je croise les doigts pour qu’ils me rendent ma caution sans problème… Ce qui est le cas », souffle avec grand soulagement Flavien. Car même si le ménage est réalisé, il existe toujours un risque de passer à côté de quelque chose sans le voir.

    La navette le prend et le dépose à l’arrêt de bus de l’aéroport. Un gros quart d’heure s’écoule quand Flavien aperçoit arriver l’autobus de la ligne 8. « Je grimpe dedans et vingt-cinq minutes plus tard, je suis au pied de mon auberge habituelle. » Une fois de plus ils ont une place pour lui. Il est 13 h. L’aventurier change de casquette pour une toque de chef. « Je cuisine des pâtes pour terminer mon pesto. En début d’après-midi, une douche bien agréable, avec la sempiternelle lessive à la main. Ce que je n’ai pas fait depuis un moment, mais comme je reste à l’auberge plus longtemps, ça devrait pouvoir sécher. »

    Après deux semaines de grand air, « je passe dans le lit le reste de l’après-midi. Comme un besoin de couper. » Il ne s’extirpe que pour aller manger un burger en soirée. Ce temps lui permet de régler quelques trucs comme sa déclaration auprès de l’URSAAF. (Crédits : Lgh_9/Pexels)

    C’est le moment idéal pour identifier quelques plantes et donner des nouvelles à ses proches. « En fin de soirée, je partage mes expériences de voyages, et réciproquement, avec les trois Françaises présentes dans le dortoir. L’une se prénomme Johanna, elle vient de Cherbourg. Une autre est dijonnaise, et a fait GPN, s’étonne Flavine. C’est la première Française que je croise qui s’y connaît un peu en naturalisme… Avant de me coucher, je réserve mon bus et mon auberge de demain. » À suivre…

  • Qui a la meilleure mémoire : l’éléphant ou la pieuvre ?

    Qui a la meilleure mémoire : l’éléphant ou la pieuvre ?

    La mémoire est un outil essentiel pour la survie dans un monde naturel. Aujourd’hui, peu utilisent leur mémoire, remplacée par ce bon vieux smartphone, et pourtant. Elle est indispensable. Le sujet de la mémoire peut provoquer un duel absurde sur la question. Cela dit, il éclaire notre manière de penser le monde. Car, qui de l’éléphant ou de la pieuvre détient la meilleure mémoire ? Souvent, l’être humain place l’Homme au-dessus de la liste. Mais est-ce, en proportion gardée, une place de tout premier, ou est-ce une affabulation ?

    L’un parcourt les plaines de la savane comme les forêts tropicales et subtropicales, conduit par la mémoire de ses ancêtres. L’autre est tapi dans l’ombre des profondeurs, dans son royaume marin. Deux animaux au sein de deux mondes nous offrent deux formes d’intelligence. Et qui sait, une leçon sur nous-mêmes, sans avoir à interroger l’IA.

    La mémoire ancestrale au service du troupeau

    Nous avons toutes et tous entendu la fameuse expression : « avoir une mémoire d’éléphant ». Et pour cause. L’éléphant est capable de retenir les visages, les chemins, les dangers, les points d’eau, des décennies durant. Une matriarche peut conduire son groupe vers une mare oubliée en période de sécheresse, sur la base d’un souvenir vieux de plusieurs années. Cette mémoire remarquable est essentielle à sa survie et à celle du troupeau.

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    Elles détiennent un savoir transmis au fil des générations. Cela permet une guidance du groupe vers des ressources vitales, même dans les environnements les plus arides.

    Cette mémoire s’étend au-delà des simples faits. Elle englobe des connaissances sociales, sociétales, acquises au cours de décennies d’expérience. Les éléphants sont tout aussi capables de reconnaître des individus grâce à des vocalisations uniques, un peu à la manière des prénoms. Ce qui facilite la cohésion et la communication au sein du groupe.

    Cette mémoire collective se nourrit de l’expérience et de la transmission. Ce qui constitue le socle de la structure sociale des éléphants, où chaque membre joue un rôle essentiel dans la préservation de la communauté. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Selon une étude menée au Kenya par le biologiste Richard Byrne, les éléphants peuvent reconnaître plus de cent individus à leur simple barrissement. Ils différencient les amis des ennemis. Leur mémoire sociale est aussi étendue que la spatiale. Elle se transmet par apprentissage cognitif au sein du troupeau. Leur cerveau ? L’un des plus imposants du règne animal, environ 5 kg (1,4 kg pour l’Homme), avec un hippocampe très développé. L’hippocampe est une structure du télencéphale des mammifères, qui appartient au système limbique et joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale.

    Le poulpe, maître des énigmes

    Face à ce colosse terrestre, la pieuvre semble presque fragile. Et pourtant, grâce à ses huit bras, ses ventouses, son cerveau éclaté en plusieurs centres nerveux : tout chez lui respire l’étrangeté et l’ingéniosité. « Elles ont trois cœurs et plusieurs cerveaux, possèdent une intelligence qui peut rivaliser avec celle d’animaux comme les corbeaux (connus pour leur intelligence) et les singes, et leurs capacités de communication visuelle sont mystérieuses et séduisantes », explique Stéphanie Schmidt dans Trust My Science.

    Des chercheurs du SISSA à Trieste, de la SZN à Naples et de l’IIT à Gênes ont séquencé le génome de trois individus de deux espèces différentes. À savoir, la pieuvre commune (Octopus vulgaris) et la pieuvre à deux points de Californie (Octopus bimaculoides). Ils y ont décelé des éléments génétiques mobiles, les transposons.

    Le transposon, appelé gène sauteur, est une séquence d’ADN capable de se déplacer de manière autonome dans un génome, par un mécanisme appelé transposition.

    Une étude de l’Institut de neurosciences de Naples a montré que, malgré une évolution séparée de celle de l’être humain, elle partage avec nous des bases biologiques de mémoire. (Crédits : Pia B/Pexels)

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    Pour autant, « nous ne savons pas si leurs comportements apparemment complexes sont même étayés par une intelligence complexe ou s’ils utilisent des raccourcis cognitifs pour régir de tels comportements », explique Alex Schnell de l’université de Cambridge.

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    Néanmoins, au niveau des cellules nerveuses des pieuvres, « les transposons de la famille LINE (Long INterspersed Element) semblent conserver leur activité de copier-coller, à l’instar de ce qui se produit dans certaines zones du cerveau humain impliquées dans l’apprentissage et la mémoire », concluent les auteurs.

    Pour eux, cette similitude entre l’homme et la pieuvre serait le résultat d’une « convergence évolutive ». Simplement acquise de façon indépendante au sein de lignées distinctes, par la sélection naturelle, sous la pression de l’environnement.

    Différentes manières d’apprendre, en mémorisant ou en copiant. Certaines apprennent en observant leurs congénères. La pieuvre mimétique (Thaumoctopus mimicus) est passée maître dans l’art de la dissimulation. (Crédits : Ann Antonova/Pexels)

    Sa mémoire est rapide et adaptative. Si pendant longtemps la pieuvre est considérée comme solitaire, des doutes sont apparus depuis qu’en « 2012, Peter Godfrey-Smith […] et […] Matthew Lawrence ont pourtant observé des pieuvres sombres (Octopus tetricus) vivant en groupe sur une formation rocheuse de la baie de Jervis, au sud de Sydney, en Australie. »

    L’homme fait face aux miroirs

    Et nous, humains, où nous situons-nous entre la matriarche des plaines et le maître des énigmes abyssales ? Notre mémoire est polymorphe, éclatée en plusieurs facettes : mémoire à long terme, mémoire de travail, mémoire émotionnelle, mémoire procédurale. Comme l’éléphant, nous sommes des créatures de la transmission : nous racontons, nous enseignons, nous écrivons pour que le savoir survive au temps.

    Foule, femme, terre

    Mais, à l’instar de la pieuvre, nous savons aussi improviser, résoudre un problème inédit, bricoler une solution dans l’urgence. Notre mémoire est donc un mélange des deux : héritière des ancêtres, mais aussi stratège de l’instant.

    L’éléphant nous rappelle l’importance des racines et des liens sociaux, quant à la pieuvre, elle nous invite à cultiver l’agilité de l’esprit. Entre la lenteur majestueuse et la fulgurance tentaculaire, l’homme oscille, capable du meilleur comme du pire.

    Peut-être que la véritable mémoire humaine, au fond, ne se résume pas à retenir ou à comprendre, mais à donner du sens — à transformer un souvenir en histoire, et une histoire en civilisation.

    (Crédits : Josh Sorenson/Pexels)

    Alors, comparer l’éléphant et la pieuvre, c’est opposer deux philosophies. L’éléphant incarne la durée. La pieuvre, elle, brille dans l’instant présent. L’un se souvient pour transmettre, l’autre pour survivre. Tous deux nous obligent à élargir nos définitions : la mémoire n’est pas seulement l’art de conserver, elle est aussi l’art de réagir, d’interpréter, d’inventer. Alors, qui a la meilleure mémoire ? L’éléphant ou la pieuvre ? La question est peut-être mal posée. Car il n’y a pas de hiérarchie entre ces deux formes de génie, uniquement des adaptations différentes à deux mondes irréconciliables : la terre et l’océan. La véritable mémoire n’est pas celle qui se mesure, mais celle qui permet d’habiter son milieu avec justesse. Et dans ce jeu silencieux, éléphants et pieuvres nous rappellent qu’il existe mille manières de penser… et autant de façons de se souvenir.

  • Périple dans la « Petite Patagonie » (32/55)

    Périple dans la « Petite Patagonie » (32/55)

    Ce matin Flavien prend le temps de s’offrir du temps. La nuit, bien que passée dans un camping, est agréable. Un sommeil court, mais réparateur sur un matelas qui tient la route, grâce aux rustines. Cette journée est légère en activité. Tant et si bien que Flavien traîne. Au menu, le plus haut col de la Nouvelle-Zélande, Island Saddle. Petit détail, il se trouve au bout d’une piste… de 40 km. Il est accessible, selon les autochtones, à tous les véhicules, en théorie.

    La tente rangée, les affaires chargées, place à la conduite en direction d’Island Saddle. « J’ai demandé au gérant du camping si c’est envisageable de le faire sans 4×4. Il réponds que oui », explique l’aventurier du bout du monde. La confiance ne tient qu’à peu de choses. « Je me suis mis en tête que je peux le faire avec ma berline. » Elle en a vu d’autres désormais, pense-t-il… « Le début est bien rugueux, mais les trente kilomètres qui suivent sont largement carrossables. Il m’arrive même de monter à 50 km/h », s’enorgueillit Flavien.

    Le No Man’s Land néo-zélandais

    « Plus j’avance dans ce “no man’s land”, plus la météo s’améliore, plus le paysage devient steppique. » Flavien affiche un sourire non dissimulé au volant. « Je suis heureux d’avoir osé. J’ai envie d’appeler ce coin-là petite Patagonie, tellement j’ai l’impression de revoir les paysages argentins. » Il admet à mots couverts par le ronronnement de sa berline : « Si on me montrait une photo, je serais bien incapable de faire la différence, si je ne différenciais pas les plantes. »

    Après plus d’une heure à soulever de la poussière, à croiser des motos, il fait escale au col, à 1370 m d’altitude. « La température a chuté, le vent a forci… Encore de quoi me rappeler des conditions qui me seraient presque familières. » Cette fin de matinée est occupée à photographier, dans le pierrier qui juxtapose le col, Lobelia roughii et Wahlenbergia cartilaginea.

    « Je passe près de deux heures à user ma semelle dans ce paysage minéral pour trouver les deux espèces en fleur. L’une est précoce, l’autre est tardive. Une mission impossible menée à bien. »

    Durant tout ce temps, il conserve ses quatre couches de vêtements. Puis, vers 14 h, « je regagne la voiture pour casser l’habituel casse-croûte fait de pain, de fromage et de banane, mais pas en même temps. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L’objectif est réussi alors le baroudeur se pose et profite du paysage. Il contemple ce tableau qui se dessine. Ce rêve en couleurs s’imprime sur une toile appuyée sur le chevalet. Parfois, une moto peint avec délicatesse une empreinte blanche sur cette œuvre éphémère et imaginaire. « Sur le retour, je m’arrête au bord du lac Tennyson. »

    Le nom fait déjà américain, mais c’est sans compter sur les Néo-Zélandais et leurs 4×4 traînants leurs jet-skis, constate Flavien. Mais c’est un autre détail qui attire son regard.

    « Le lac est d’une couleur incroyable et ses berges constellées de vipérines en fleur. Les steppes quant à elles regorgent de Gentianella corymbosa en fleurs, quel tableau ! Pour couronner le tout, Aciphylla aurea, une ombellifère géante, ponctue le paysage qui inspirerait plus d’un artiste à mon humble avis. »

    Le mode touriste est enclenché.

    Il reprend le même chemin qu’à l’aller, mais « à la cool, car je sais que ça passe. Il fait beau, j’ai le bras accoudé sur la portière, la fenêtre est ouverte… La vie est belle, non ? » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il hésite à poursuivre ses investigations florales. Mais sans s’être renseignée sur l’état de la piste pour accéder au lieu, les nuages qui chargent le sommet, sachant que la pluie est annoncée pour ce soir, la sagesse le fait renoncer. « Je rentre à Hanmer Spring. » Comme à son habitude, il achète une glace et, via le spot de Wi-Fi, détermine le programme de la soirée. « Pour terminer mon road-movie, direction la péninsule de Banks, à plus de… trois heures de route, une fois encore. »

    Visibilité maximale de cinq mètres

    Flavien laisse derrière lui les collines boisées et les eaux tranquilles des sources thermales d’Hanmer Spring. La route s’étiole à travers des vallées ouvertes, avant de grimper vers des plateaux plus sauvages, balayés par le vent. Au fur et à mesure que la mer se rapproche, le paysage se transforme et annonce l’entrée dans la péninsule de Banks, où la nature semble inchangée depuis des siècles, intacte et majestueuse.

    Arrivé sur l’isthme au soleil couchant, le baroudeur n’a pas réservé de lieu où dormir. « Je me gare sur un parking, à côté d’une table de pique-nique. » Des pâtes au pesto à la frontale, il décide de ne pas s’arrêter là. Il monte dans sa voiture, pour grimper sur les crêtes de la péninsule, à plus de 650 m d’altitude. « La frontale bien vissée, je suis excité à l’idée de rencontrer un gecko ou un weta. »

    Les investigations effectuées justifient le lieu où il se trouve. « Mais je ne suis pas habitué à la recherche nocturne, chose plus courante chez les zoologistes. » Il débute sa chasse au trésor, à l’interface des affleurements rocheux et des buissons. Pour le moment, il fait chou blanc.

    Je ne vois pas à cinq mètres

    « Franchement, j’aurais dû venir repérer le terrain de jour. » Les falaises et dévers ne sont pas rassurants, même pour un aventurier. « La frontale est à fond, mais la brume qui s’amène ne m’aide pas, je ne vois pas à cinq mètres. »

    Soudain, un bruit. Un truc bouge dans un buisson. C’est un minuscule gecko. « Le temps d’attraper mon appareil photo, il se laisse tomber, et disparaît dans la végétation », explique-t-il frustré. Il tourne la tête sur la gauche. Et là ! « Un énorme weta est posé sur un rocher. »

    « Quelle montée d’adrénaline en quelques minutes ! Je suis aux anges ! Ça me rappelle la découverte du kiwi. » Il est heureux comme un gosse, car, en tant que naturaliste botaniste, la recherche de la faune n’est pas sa spécialité.

    « Je le photographie sous toutes les coutures. » Flavien surexcité poursuit son investigation en espérant trouver un gecko, en vain. Dans un ultime coup d’œil, là, dans un buisson, il repère un énorme phasme. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il se révèle que c’est une espèce assez rare (Hemideina ricta), endémique de la côte est de l’île du Sud. Pas mal pour le premier phasme que je rencontre de ma vie », se félicite-t-il. Le sourire illuminant la nuit, il s’en retourne à sa voiture. « Je suis fier d’avoir pu trouver ce weta, emblème de la Nouvelle-Zélande et tellement difficile à dénicher. » Il se dirige vers sa voiture pour y passer la nuit sur son habituel siège passager. Les bras de Morphée grands ouverts l’accueillent prestement, après cette incroyable journée qui ne s’annonçait pas si riche en événements. Comme quoi la persévérance est un trésor que seul le temps sait enrichir. À suivre…

  • Une véritable purée de pois (31/55)

    Une véritable purée de pois (31/55)

    La consolidation de fortune faite de pierres pour asseoir la tente au sol a tenu fort heureusement. Face au vent, Flavien a su en tirer une leçon supplémentaire. Le point météo de la veille indique que le temps est censé se dégrader dans la journée. Le nycthémère appartient à ceux qui se lèvent tôt, explique l’adage. C’est dans ces conditions que l’aventurier décide de profiter dès potron-minet de la journée de ce dix-huit janvier 2025. Le voile de la nuit se déchire à 6 h 11, heure locale, mais Flavien jouis du samedi, début du week-end, pour dormir jusqu’à six heures quarante-cinq.

    « Je me réveille assez tôt », bâille-t-il en s’extirpant de son sac de couchage. À l’instant de l’aube avancée, le soleil commence à lécher la tente : « J’étends mes affaires sur les rochers en espérant que ça sèche. » Si la nuit a été venteuse, elle fut tout aussi humide. L’extérieur de son sac de couchage est trempé, constate-t-il. Mais bousculé par l’apparition des nuages, le botaniste presse le pas. « À 7 h 30, je prends la direction du parking… à 9 km de là. » Rien de tel qu’une petite marche matinale, pour vous mettre en forme pour la journée. Il suit la crête qu’il n’a pas osé emprunter hier.

    Un repas comme à la maison

    La première partie est magnifique : « La crête surplombe une mer de nuages comme je n’en ai pas vu depuis un moment. » Une autre surprise enchante Flavien : les crêtes sont recouvertes d’innombrables coussins de Haastia pulvinaris et Raoulia bryoides, parfois R. eximia. La densité impressionne le naturaliste, bien qu’il ait déjà voyagé sur plusieurs continents.

    Trek, vue, camping

    Ce qui devait arriver arriva. « Je n’arrête pas d’en prendre des photos et je ne progresse pas d’un pouce. » Petit à petit, un tapis de coton semble boucher un à un les coins dénudés du ciel. Conscient de ce changement de temps, Flavien s’efforce tant bien que mal d’avancer dans ces énormes pierriers. « Mais il y a toujours une plante qui m’interrompt », sourit-il.

    Au bout d’un moment les nuages enveloppent toute la montagne. « Je ne vois plus rien. Les photographies ne rendent rien, donc je n’ai d’autre choix que de progresser dans cette brume. »

    Le vent, partenaire de jeu, s’immisce dans la partie. L’ambiance demeure alors très humide. Ce qui n’est pas l’idéal pour son reflex, qu’il range aussitôt dans le sac. « J’enfile ma veste et ma capuche, car les minuscules perles d’eau s’accrochent de partout… en particulier à mes sourcils et ma barbe qui se mettent à goutter. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Son vêtement est conçu pour être imperméable, évitant que tout randonneur ne soit trempé, jusqu’à un certain point bien sûr. Autre avantage, elle laisse s’échapper la transpiration. Équipé, il accélère le pas. « Le sentier se métamorphose. Il est plus roulant et j’enclenche la seconde avant que le temps ne se dégrade encore plus. »

    Parvenu à l’étage forestier, Flavien observe une ambiance brumeuse. L’endroit revêt tout de suite un costume plus mystique. « Les forêts de Nothofagus ne m’ont jamais autant remémoré la Patagonie. » Le cortège floristique est plus intéressant et l’appareil photo sort de son fourreau.

    C’est donc après six heures de trajet, vers 13 h 30, qu’il arrive à la voiture. Ses affaires de bivouac n’étant pas tout à fait sèches, il les étale dans l’habitacle.

    « Je prends la direction d’Hanmer Springs, si proche à vol d’oiseau, mais à plus de trois heures de route », explique -t-il. L’itinéraire n’offre rien de particulier. Si ce n’est que « je passe par le Lewis Pass, un des derniers cols alpins que je n’ai pas encore emprunté. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Viande, pâte, repas

    Arrivé à Hanmer Springs en fin d’après-midi, il cherche en vain une auberge. Seul le camping propose de l’accueillir. « Il y a du monde. Je ne pensais pas que cette région était si prisée », s’étonne-t-il. Qui dit touristique, dit envolé des prix. « La place dans le camping n’est pas donnée (35 NZD, 17,5 €), souligne Flavien. Mais il y a un barbecue. » Après avoir apprécié de prendre une douche, il faut récompenser l’estomac. Il file à la supérette pour acheter de la viande et des chips, entre autres. « Je me fais plaisir. J’ai l’impression d’être en été en France. » Profitant du confort offert par la prestation, il passe sa soirée dans une espèce de salon à téléphoner aux amis et à la famille jusqu’à près de deux heures, le lendemain matin. À suivre…

  • Lara, Brenda et Morena sauvagement assassinées en Argentine

    Lara, Brenda et Morena sauvagement assassinées en Argentine

    Le monde en Argentine s’est arrêté ce samedi 27 septembre 2025. Lara Morena Gutierrez, 15 ans, et deux cousines âgées de 20 ans, Brenda del Castillo et Morena Verri, sont décédées dans d’atroces souffrances. Elles étaient censées se rendre à une fête qui se révélera être un piège mortel… Sur fond de trafic de drogue. Aucune limite n’appartient à cette société criminelle. Leur calvaire aurait été filmé et diffusé en direct dans un groupe privé de plus de 40 personnes. Depuis, douze individus sont interpellées, un mandat d’arrêt international à l’encontre du chef présumé « Pequeño J ».

    Amérique du Sud, Buenos Aires, le 19 septembre 2025. La nuit tombe sur la capitale argentine, mais pour Brenda Del Castillo (20 ans), Morena Verdi (20 ans) et Lara Gutiérrez (15 ans), la soirée s’annonçait festive. Elles quittent leurs foyers et montent dans un pick-up blanc au rond-point du quartier de « La Tabalada », vers 21 h 30. Elles viennent tout simplement de disparaître à jamais. Leurs téléphones cessent d’émettre. L’ultime bornage permettra à la police de localiser leur dernière position.

    L’Argentine s’indigne face au triple féminicide

    Leurs corps sont retrouvés cinq jours plus tard dans une maison à Florencio Varela, à moins de trente kilomètres au sud de Buenos Aires. Lara, Brenda et Morena ont été torturées, mutilées, tuées et enterrées dans le jardin. « Il y a eu préméditation […] », a déclaré mercredi le ministre de la Sécurité de la province de Buenos Aires, Javier Alonso. C’est à 21 h 29 que les trois jeunes femmes sont montées volontairement dans un pick-up Chevrolet Tracker de couleur blanche. Elles attendaient à l’intersection des avenues Monseñor Bufano et Crovara près de la station-service, dans la localité de La Tablada, située au nord-est du district de La Matanza, dans la province de Buenos Aires.

    La Direction départementale des enquêtes (DDI) de La Matanza a suivi le trajet du véhicule volé grâce à la vidéosurveillance. Le chauffeur se stoppe devant une maison, placée dans les rues Chañar et Jachal, à Varela. Plusieurs perquisitions ont été menées peu avant 8 heures ce mercredi 24 septembre, conduisant à de nombreuses arrestations.

    Deux corps ont été retrouvés enterrés, le troisième une heure après. Après avoir été transportés à la morgue, les proches ont reconnu les victimes. Les autopsies révèlent l’horreur : coups, brûlures, mutilations, démembrements. (Crédits : Google Maps)

    À Lara, on a coupé les cinq doigts d’une main et une partie de l’oreille avant de la décapiter. Morena et Brenda ont subi des tortures similaires. Le crime aurait été commandité par Tony Janzen Valverde Victoriano, alias « Pequeño J », trafiquant péruvien de 20 ans, et son bras droit, Matías Agustín Ozorio, également péruvien. Le procureur Gastón Duplaá de l’UFI décentralisée nᵒ 2 de La Matanza est chargé de l’enquête. « Les trois jeunes femmes assassinées, selon la plainte de leurs familles, étaient exploitées sexuellement dans cette région », relate Pagina 12.

    Des peines de prison jusqu’à perpétuité

    Au stade de l’enquête, douze individus sont en détention préventive pour ce triple assassinat. Quatre personnes en lien avec le lieu du crime. Il s’agit de Miguel Villanueva Silva, Péruvien, et d’Andrés Maximiliano Parra, Celeste González Guerrero et Daniela Iara Ibarra, tous trois Argentins. Ils sont inculpés d’« homicide qualifié pour avoir été commis avec la participation préméditée de deux ou plusieurs personnes, pour avoir été commis par traîtrise et acharnement et pour avoir été commis par un homme contre une femme par violence de genre ». L’un d’eux a évoqué le vol de 5 kg de cocaïne comme origine des crimes.

    Les huit autres détenus ont été arrêtés dans un bidonville de Buenos Aires, accusés d’appartenir à l’organisation criminelle qui perpétra ces assassinats. Magalí Celeste González Guerrero (28 ans), Andrés Maximiliano Parra (18 ans), Iara Daniela Ibarra (19 ans) et Miguel Angel Villanueva Silva (27 ans) sont d’ores et déjà transférés à la prison de Melchor Romero. Magalí Celeste González Guerrero a décidé de coopérer avec la justice. Ces informations cruciales ont permis de faire la lumière sur le déroulement du crime et les identités des agresseurs.

    Lázaro Víctor Sotacuro, cinquième suspect pour le triple féminicide, a été capturé dans un foyer à Villazin (Bolivie), à 600 mètres de la frontière avec l’Argentine. La police recherche le présumé commanditaire, un narcotrafiquant péruvien Tony Janzen Valverde Victoriano, alias « Pequeño J », contre lequel pèse un mandat d’arrêt international, ainsi que deux tueurs à gages. (Crédits : Ron Lach/Pexels)

    Ce triple assassinat est officiellement qualifié de féminicide. Villanueva Silva et Ibarra, s’ils sont reconnus coupables par un tribunal, encourent la réclusion à perpétuité, soit 50 ans de prison au maximum selon le code pénal modifié en 1994. Les deux autres personnes arrêtées, Andrés Maximiliano Parra, 18 ans, et Magalí Celeste González Guerrero, 28 ans, qui nettoyaient la scène de crime, ont été accusées de recel aggravé. Tous ont été déférés à la demande du procureur Dupláa, avalisée par le juge d’instruction de l’affaire.

    Manifestations spontanées dans l’ensemble du pays

    Des manifestations spontanées ont éclaté à Plaza de Mayo et devant le Congrès. Des centaines de citoyens dénoncent ainsi l’inaction des autorités face au problème colossal du trafic de drogue en Argentine. Les slogans scandés à l’unisson « Justice », des bougies allumées sur les trottoirs et des pleurs étouffés à la hauteur de la douleur collective. « L’Argentine n’est pas habituée à des crimes perpétrés avec autant d’acharnement », affirme El País América.

    « Il n’y a pas de précédent pour la sauvagerie, et encore moins pour la brutalité avec laquelle ces trois jeunes femmes ont été assassinées », qualifie l’avocat de la famille de Brenda, Fernando Burlando. Le gouverneur Axel Kicillof a pris la parole, appelant à une réponse coordonnée face au narcotrafic et exhortant le président Milei à prendre ses responsabilités.

    « Je demande au président qu’il convoque urgemment les gouverneurs pour une table de travail nationale, parce que la question du narcotrafic est internationale, mais elle affecte tout le territoire de l’Argentine », a exigé Axel Kiciloff. Le message est clair : le pays ne peut plus ignorer l’ampleur du fléau. Cependant, la Casa Rosada est restée silencieuse, alimentant le sentiment d’impuissance face à une menace qui dépasse les capacités des autorités locales. (Crédits : Anita Pouchard Serra/El País)

    Les enquêtes préliminaires orientent les soupçons vers des réseaux de narcotrafic actifs dans plusieurs provinces. Les experts et autorités judiciaires indiquent que ce triple meurtre pourrait être lié à des luttes internes entre cartels. Mais également à une stratégie d’intimidation des populations et des témoins. Le modus operandi correspond aux méthodes observées dans d’autres affaires de criminalité organisée transnationale. « Les quartiers les plus humbles d’aujourd’hui sont gérés par le trafic de drogue avec la complicité de la police, c’est comme ça », témoigne Vanina, au quotidien El País.

    Une onde de choc

    L’Argentine se réveille groggy de ce déchaînement de violence. Ces féminicides, loin d’être de simples drames isolés, révèlent le mécanisme pervers d’une société où les réseaux de drogue exploitent la vulnérabilité des quartiers populaires. Lieux où les femmes deviennent les premières victimes collatérales, car le corps des femmes devient une monnaie d’échange. Les tueurs liés à des bandes criminelles, transforment la mort en message, la peur en stratégie de contrôle.

    Ces narcotrafiquants utilisent la violence « pour envoyer un message à la communauté de voisins où ils s’installent ou aux autres groupes avec lesquels ils peuvent avoir une rivalité ; ou pour inspirer la peur ou s’amuser un moment », explique Esteban Rodríguez Alzueta, chercheur à l’université nationale de Quilmes, « Aujourd’hui, ce sont mes deux petites-filles qu’ils ont tuées. Cette fois-ci, ils ont pris trois vies, mais demain, ils vont en prendre quatre, puis cinq. Ça ne peut pas continuer comme ça », a déclaré au quotidien Perfil le grand-père de Morena et Brenda.

    Ce féminicide n’est malheureusement pas un fait divers isolé. Cette violence s’inscrit dans une dynamique régionale où le narcotrafic mexicain, paraguayen et brésilien étend son influence. L’Argentine devient un point stratégique pour le trafic de drogue. (Crédits : Anita Pouchard Serra/El País)

    Les cartels utilisent des zones comme Florencio Varela pour écouler leur marchandise, blanchir de l’argent et exercer leur pouvoir. Ils profitent et exploitent la vulnérabilité des quartiers populaires pour asseoir leur domination. La dimension géopolitique de ce triple féminicide apparaît dès lors que l’on considère le rôle des réseaux de narcotrafic dans la région. L’Argentine, comme toute l’Amérique du Sud, telle la Colombie se retrouve exposée à une criminalité capable d’influencer les décisions politiques et économiques. Les cartels utilisent la terreur ciblée pour intimider les populations et fragiliser les administrations locales, compliquant la gouvernance et la mise en œuvre des politiques publiques.

    Arrestations de Matías Ozorio et « Pequeño J »

    Le présumé commanditaire et son bras droit sont désormais sous les verrous. Les deux criminels avaient pris la fuite au Pérou. La police de Buenos Aires a confirmé mardi 30 septembre — en collaboration avec la direction antidrogue de la police nationale péruvienne — avoir arrêté au sud de Lima « Pequeño J », le présumé commanditaire du triple féminicide narco à Florencio Varela. La fuite de Tony Janzen Valverde Victoriano s’est interrompue sur l’autoroute Panamericana à 70 kilomètres de Lima, caché dans un camion.

    Avec Matías Agustín Ozorio, il devait se rejoindre à 22 heures, sur la place Parque Lima dans le district de Los Olivos. Aucun des deux n’est arrivé au point de rencontre. Le dernier post des cousines était une image à l’intérieur du véhicule. Deux porte-clés, l’un de « Baby Yoda » et l’autre de « Luigi ». Ces porte-clés contenaient des bâtonnets avec lesquels les filles consommeraient de la drogue nommé Tusi.

    « Ils veulent stigmatiser les victimes en disant qu’elles voulaient de l’argent facile ou qu’elles étaient des prostituées, comme si c’était pour cela qu’il était juste de les tuer, sans même savoir comment est la vie dans nos quartiers, les rares options qui sont offertes aux filles pour vivre, pour survivre », ajoute Vanina. (Crédits : Infobae)

    Brenda, Morena et Lara ne sont pas seulement des victimes individuelles. Leur mort résonne comme un signal d’alarme pour tout un pays, voire un continent. Cela souligne la nécessité de renforcer les dispositifs de sécurité, d’éclairer la société sur les enjeux du narcotrafic et de coordonner les efforts internationaux. Entre émotion, indignation et réflexion stratégique, l’Argentine est confrontée à l’urgence. L’urgence de protéger ses citoyens et ses institutions contre des menaces de plus en plus complexes et globales.

  • À la recherche du canard… bleu (30/55)

    À la recherche du canard… bleu (30/55)

    Après la visioconférence d’hier soir, Flavien est aspiré par son téléphone jusqu’à tard dans la nuit. Mais, ce soir, enfin cette nuit, il dort dans un lit, le premier depuis neuf jours. Sauf que lorsque vous partagez une chambre à plusieurs, il arrive parfois des surprises. Le lendemain sa finalité est de rallier le mont Arthur, et chemin faisant de tenter d’apercevoir le canard bleu, surnommé par son cri : Whio. Il est un canard inféodé dont il ne reste que 3 000 spécimens sur Terre.

    « Hier soir, je me suis couché tard », admet Flavien. L’aventurier semble avoir des valises sous les yeux ce matin. Il faut dire que la dernière fois qu’il a regardé son téléphone, il est deux heures. Comme un bonheur ne vient jamais seul, une femme d’un âge certain s’est mise à ronfler « comme pas possible », ajoute-t-il… « La nuit ne fut donc pas celle que j’espérais », soupire-t-il en poussant le réveil jusqu’à 8 h 20.

    De la frustration au plaisir, en une journée

    La voiture chargée, « je prends la direction du mont Arthur, où je compte dormir ce soir ». La durée escomptée pour arriver à destination lui laisse du temps de libre. Pourtant, l’aventurier n’est pas coutumier du fait, a-t-il une idée derrière la tête ? « Hier soir, j’ai glané des informations pour tenter de trouver le très rare Whio. » Ce canard inféodé aux torrents est en danger selon l’IUCN. Il ne reste que 3 000 individus, dont une population de quelques dizaines autour du Mont.

    Canard, UICN, Nouvelle-Zélande

    « Après avoir emprunté une route gravillonnée, tout de même plus praticable qu’il y a deux jours, j’arrive à mille mètres d’altitude. » Flavien stationne la voiture, puis descend un torrent, le Flora Stream, sur six kilomètres !

    « J’y croyais, j’ai mis toutes les chances de mon côté, mais rien. C’est frustrant de savoir qu’ils sont là, et de ne pouvoir les observer », admet-il. Une femme croisée sur le chemin lui indique les avoir vus hier un peu plus bas. Ni une ni deux : « Je marche deux kilomètres de plus, en vain. » Flavien n’affiche pas la même réussite qu’avec le Kiwi.

    Il est treize heures, quand il jette l’éponge. « Je dois grimper au sommet à 1700 m et parcourir les huit kilomètres pour revenir à la voiture. » Il y laisse son téléobjectif, pour prendre ses affaires de bivouac et repartir à la conquête du sommet. (Crédits : Karora/Wikipedia)

    « Je prends la direction du sommet à 760 m plus haut et 8,4 km plus loin. » C’est donc une pente moyenne assez élevée à laquelle se confronte l’aventurier (9 %). Dès les premiers mètres, le naturaliste n’avance déjà plus, et pour cause. « Je traverse de magnifiques forêts à Nothofagus fusca, N. cliffortioides et Dracophyllum traversii et n’arrête pas de déclencher l’appareil photo. » Cette journée à 24 kilomètres n’est pas encore finie, souffle l’aventurier.

    Une très longue journée de marche

    Flavien tombe en pâmoison devant ce Dracophyllum qui forme de véritables arbres. Tant et si bien qu’il ne tarit pas d’éloges. « Tout simplement admirable quand on connaît les autres espèces… », concède -t-il sans pour autant terminer sa phrase. Il se met à réfléchir, se remémore toutes les forêts traversées. Puis comme surgit une illumination : « C’est l’une des plus classes », conclut-il. À 1300 m, il passe devant une des fameuses « Hut » qui lui servira de refuge de secours s’il ne trouve pas chaussure à son pied ce soir. Le sommet se trouve dans les nuages, mais il se découvre en fin d’après-midi.

    Une fois au-dessus des cimes des arbres, le paysage se laisse découvrir. La particularité du coin, les karsts. « Je ne pensais pas voir ça en Nouvelle-Zélande. C’est beau, mais il n’y a pas d’eau. Je n’ai qu’un litre jusqu’à demain matin, je n’ai pas été des plus prévoyants sur ce coup-là. »

    La marche est longue, plus il grimpe, plus des espèces nouvelles se découvrent. Un couple croise sa route, lui indique qu’il y a une place pour sa tente sur la croupe sommitale. « Ça me rassure ! Jusqu’à maintenant je n’ai rien trouvé de convenable sur cette roche saillante. » Arrivé en haut, le soleil réchauffe le corps et l’esprit.

    Seul face à la nature

    Il n’y a pas de vent au sommet, l’aventurier se retrouve seul face à l’immensité. « La vue est majestueuse, je vois même Nelson (Whakatū) d’ici. Le coucher de soleil s’annonce splendide. » Mais, un petit hic contrarie son implantation. « L’installation de la tente est technique sur ce substrat 100 % minéral, les sardines ne s’enfoncent pas, alors je fais au mieux avec les cailloux qui traînent. » Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le vent ne se lève pas cette nuit. « Car, je ne peux pas être plus exposé à près de 1800 m d’altitude », tente de se rassurer Flavien.

    Par manque d’eau — juste un litre jusqu’à demain matin —, le repas est frugal et rustique. « Je grignote un bout de pain et de fromage que j’ai avec moi, agrémenté de quelques graines et fruits secs, c’est mieux que rien. » Le repas vite avalé, il photographie toutes les espèces qui ont colonisé le sommet. « Les réparations de mon matelas semblent tenir, je suis content pour mon dos, surtout sur ces cailloux… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    arbre, forêt,

    La pénombre parvient, suite au coucher de soleil. Le vent arrive. L’aventurier bidouille une consolidation pour sa tente. « Sans pouvoir enfoncer de sardine, c’est du bricolage », constate-t-il en croisant les doigts pour que le vent se calme dans la nuit. La chaleur du soleil laisse place à la fraîcheur, au froid apporté par le vent. « Ça commence sérieusement à cailler maintenant que le soleil s’est fait la malle », tandis qu’un frisson lui parcourt le corps, amenant au même moment la chair de poule. À suivre…

  • Présidentielle camerounaise, vers une crise politique ?

    Présidentielle camerounaise, vers une crise politique ?

    Le Cameroun s’apprête à vivre, le 12 octobre 2025, une présidentielle qui s’annonce sous haute tension. La Commission électorale (Elecam) a invalidé la candidature de Maurice Kamto, principal opposant au président sortant Paul Biya, âgé de 92 ans et en lice pour un huitième mandat. Cette décision, confirmée par le Conseil constitutionnel, a déclenché une onde de choc politique et sociale. Derrière l’événement se dessine un malaise profond : quel avenir pour la démocratie camerounaise et pour la jeunesse désabusée ?

    Pas un seul Camerounais, à Yaoundé, dans tout le pays ou ailleurs sur Terre, n’a manqué la retransmission de l’Elecam, soit sur place ou sur son smartphone. Un camouflé de justice, disent certains, quand d’autres applaudissent. Si l’élection à venir divise, imaginez un pays en Europe comme partout ailleurs où le président serait au pouvoir depuis près d’un demi-siècle.

    Un héritage multiple et complexe

    Le Cameroun, situé en Afrique centrale, est surnommé « l’Afrique en miniature ». La raison en est la diversité de ses paysages et cultures. Ce pays est le résultat d’une histoire millénaire marquée par des migrations successives. Dès le XIᵉ siècle, le nord du pays est sous domination de l’empire de Kanem-Bornou. Il s’étend à son apogée — au XVIᵉ siècle — sur la majorité du Tchad, la bordure orientale du Niger, le nord-est du Nigeria, le nord du Cameroun et une partie du sud de la Libye. Ce royaume structure des routes commerciales transsahariennes et développe un réseau administratif avancé, comme l’instauration d’impôts. Ces échanges permettent l’introduction de l’islam dans la région, influençant la culture, l’éducation et le droit coutumier.

    Cameroun, Yaoundé, Afrique

    Au sud-ouest, des chefferies bantoues telles que les Bamums, les Bamilékés et les Tikars s’organisaient autour de structures politiques hiérarchisées. Le royaume Bamoun, fondé au XIVᵉ siècle, se distingue par la création d’un alphabet syllabique, le Shü-mom, et par l’émergence d’une riche tradition artistique. Les Bamilékés sont connus pour leurs chefferies indépendantes et leur dynamisme commercial, en particulier le commerce du café et du cacao. Ces sociétés précoloniales témoignent de l’immense richesse culturelle et linguistique : le Cameroun compte environ 250 langues et dialectes regroupés en quatre grandes familles linguistiques (bantou, nigéro-congolaise, soudanique et nilo-saharienne).

    L’arrivée des Européens à la fin du XIXᵉ siècle le transforme profondément. La colonisation allemande (1884 ‑1918) introduit des routes et des plantations commerciales, avec une administration centralisée, souvent brutale, pour contrôler la population et exploiter les ressources.

    Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles divise le pays. La France administre environ 80 % du territoire : le centre et le sud. Comme dans toute invasion, quelle qu’elle soit, des coutumes sont instaurées. La France impose la langue, un système éducatif et administratif centralisé. Elle développe des cultures d’exportation (le cacao, le café et l’hévéa).

    Les Britanniques prennent le contrôle du nord-ouest et du sud-ouest. Ils imposent leur système éducatif, langue et des institutions plus décentralisées. Cette division historique commente les disparités linguistiques, administratives et culturelles persistantes, à l’origine des tensions contemporaines. (Crédits : Safari Consoler/Pexels)

    Le Cameroun inaugure un mouvement africain de 18 pays. Il devient indépendant le 1ᵉʳ janvier 1960 sous le nom de République unie du Cameroun, suivie par le rattachement du Cameroun britannique du sud en 1961 après un référendum. Ahmadou Ahidjo fut le premier président. Il instaure un régime centralisé visant à consolider l’unité nationale. La modernisation du pays s’effectue par la construction d’infrastructures, la nationalisation d’industries et la création d’institutions étatiques.

    Si le Cameroun inaugure les festivités le 1ᵉʳ janvier 1960, d’autres suivent de près. D’ailleurs cette période est nommée « Année de l’Afrique ».

    27 avril 1960 – Togo, 25 juin 1960 – Somalie, 26 juin 1960 – Madagascar, 30 juin 1960 – République démocratique du Congo, 1ᵉʳ août 1960 – Bénin, 3 août 1960 – Niger, 5 août 1960 – Burkina Faso, 7 août 1960 – Côte d’Ivoire, 11 août 1960 – Tchad, 13 août 1960 – République centrafricaine, 15 août 1960 – République du Congo, 16 août 1960 – Gabon, 17 août 1960 – République du Cameroun du Nord, 20 août 1960 – Sénégal (après dissolution de la Fédération du Mali), 22 septembre 1960 – Mali (après séparation d’avec le Sénégal), 1ᵉʳ octobre 1960 – Nigéria, 28 novembre 1960 – Mauritanie.

    (Crédits : amphithéâtre de l’université de Yaoundé 1 en 2014/Bdx/Wikipédia)

    Amphi, Yaoundé, étudiants

    Mais au Cameroun, un homme cultive le secret depuis plus de 40 ans. Depuis son arrivée au pouvoir en 1982, Paul Biya ne l’a plus quitté, faisant de lui l’un des dirigeants les plus anciens, pas seulement en Afrique. Seul Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) fait mieux que lui. Il est président depuis 1979, soit 46 ans. Concernant Paul Biya, l’ensemble de ses discours sont scénarisés, le protocole est rigide. Quant au contre-pouvoir qu’est le monde du journalisme, il n’est pas souvent, voire jamais convié. La dernière interview, consentie à un journaliste local, remonte à 2002.

    Yaoundé, carrefour, afrique

    Cette continuité amène forcément une stabilité politique. Mais à contrario, elle accentue des tensions ethniques, régionales et linguistiques, ainsi qu’entre zones urbaines en forte croissance et zones rurales marginalisées. C’est en surfant sur ces différences que son règne perdure.

    Il est facilité « par les complexités inhérentes au Cameroun, la diversité ethnique et linguistique de la nation, englobant plus de 250 groupes, entrave l’opposition unifiée. Les alliés politiques exploitent ces divisions, alimentant les sentiments tribaux, tandis que les héritages religieux et coloniaux contribuent à cette fragmentation. Le nord majoritairement musulman est souvent en désaccord avec le sud chrétien, tandis que les différences persistantes entre les régions anglophone et francophone — s’éloignant des divisions coloniales — compliquent encore une position unifiée contre le dirigeant de longue date », explique Shuimo Trust Dohyee (Africascountry). (Crédits : Kelly/Pexels)

    Aujourd’hui, le Cameroun se trouve à un carrefour historique et démographique. Sa population estimée à plus de 29,12 millions, un taux de croissance démographique de 2,6 % par an, le pays doit relever des défis majeurs en matière d’urbanisation, d’emploi et de services publics. Entre héritage, diversité culturelle, pression démographique, le Cameroun illustre la complexité d’un pays qui tente de conjuguer traditions, héritages et modernité dans un contexte africain en pleine mutation.

    Invalidation du candidat Maurice Kamto

    Le 12 octobre prochain, le Cameroun se prépare à élire son prochain président. À 92 ans, Paul Biya brigue alors un huitième mandat consécutif. Cette longévité comme la situation interroge : le Cameroun peut-il encore espérer une véritable alternance démocratique ? Mais à quelques semaines du scrutin, l’invalidation de la candidature de Maurice Kamto, principal opposant au président sortant Paul Biya, soulève une question plus qu’une autre : « Le Cameroun bénéficie-t-il d’un régime démocratique ? »

    Maurice, Kamto, Cameroun

    Arrivé second de la présidentielle de 2018 (503 384 voix, 14,23 % des votants, 7,55 % des électeurs), remporté par Paul Biya (2 521 934 voix, 71,28 % des votants, 37,82 des électeurs) l’invalidation de sa candidature par Elecam scelle son avenir.

    L’invalidation de sa candidature est justifiée au motif que son parti aurait présenté deux dossiers de candidature (Maurice Kamto et Dieudonné Yebga), en contradiction avec le code électoral. « La décision d’exclure Maurice Kamto de la course à la présidence reflète la persistante intolérance du gouvernement à l’égard de toute opposition et dissidence et intervient dans un contexte de répression accrue à l’encontre d’opposants, d’activistes et d’avocats à l’approche des élections, prévues plus tard cette année », écrit Human Rights (HWR). Le débat persiste sur l’indépendance de ces institutions, souvent perçues comme proches du régime. En marge de la décision du 26 juillet, des marches et manifestations sont organisées à Yaoundé, puis le 4 août. (Crédits : Bagassi Koura/Vox Africa)

    Elles sont 52 personnes à avoir été arrêtées ce jour-là. Parmi elles, dix sont toujours retenues, indique RFI. Des militants et sympathisants du parti d’opposition de Maurice Kamto, le MRC. Ils étaient venus assister aux audiences publiques du contentieux préélectoral au Conseil constitutionnel, dont l’accès à la salle leur avait été interdit. « Il n’y a eu ni bagarre ni manifestation », assure l’avocat Hyppolite Meli. Pourtant, ces militants ont été interpellés peu après, dans un supermarché, et accusés de « rébellion ». À noter qu’Olivier Bibou Nissack est privé de liberté depuis 2020. « Les autorités devraient mettre fin à la répression de l’opposition et libérer immédiatement toutes les personnes arrêtées pour des raisons politiques », poursuit HRW. Il existe toujours une différence entre ce qui est légitime et ce qui est légal.

    L’État des lieux du Cameroun

    À la question : « Le Cameroun bénéficie-t-il d’un régime démocratique ? » Pour répondre à cette simple question, il est nécessaire de faire l’État des lieux. Le parlement européen en date du 3 avril 2025, acte le comportement délétère du pouvoir en place contre les journalistes. Elle prie instamment les autorités camerounaises de mettre « un terme à leur pratique consistant à juger des civils devant des tribunaux militaires, contraire au droit international, et de cesser d’invoquer abusivement des accusations de terrorisme, de subversion et de diffusion de fausses informations dans les procédures engagées contre des journalistes. »

    démocratie, Cameroun, Afrique

    L’Union européenne exhorte à libérer immédiatement et sans condition Amadou Vamoulké, Kingsley Fomunyuy Njoka, Mancho Bibixy, Thomas Awah Junior et Tsi Conrad. Mais également de cesser leur pratique consistant à juger des civils devant des tribunaux militaires, ce qui est tout bonnement contraire au droit international.

    Elle invective de cesser sur le champ d’invoquer de manière abusive des accusations de terrorisme, de subversion et de diffusion de fausses informations dans les procédures engagées contre des journalistes. Comme Christophe Gleizes, journaliste français qui est condamné à sept ans de prison ferme en Algérie pour « apologie du terrorisme ».

    Fin 2024, 361 journalistes étaient emprisonnés dans le monde, selon un décompte du Comité de protection des journalistes (CPJ) publié vendredi 16 janvier. Pour la première fois Israël se trouve dans le haut du classement des pays qui enferment le plus, derrière la Chine. (Crédits : OurWorldinData.org/democracy|CC BY)

    Selon l’ONG Freedom House, le Cameroun obtient en 2024 un score de 15/100. Les droits politiques sont notés à 6/40 et les libertés civiles 9/60. De ce fait, l’ONG le classe parmi les pays « non libres ». En comparaison la France affiche 89/100 (38/40 et 51/60), avec des nuances marquées concernant la période du Covid-19. Le Democracy Index de l’Economist Intelligence Unit (EIU) attribue au Cameroun de Paul Biya la note de 2,2/10, dans son dernier rapport. Ce qui lui confère une place dans la catégorie « régime autoritaire ».

    L’EIU se base sur différents facteurs : le pluralisme électoral, les libertés civiles, la participation politique, la culture démocratique et le fonctionnement du gouvernement. Quant au Polity IV Project, il évalue le pays à -7, confirmant une dynamique autocratique enracinée. Ces indicateurs internationaux mettent en lumière la fragilité de la démocratie camerounaise et confortent les critiques adressées au régime Biya.

    Jusqu’ici, la communauté internationale s’est montrée prudente. Ce silence relatif reflète un équilibre délicat : préserver la stabilité régionale tout en dénonçant les atteintes aux libertés. Avec plus de 1,2 million d’électeurs inscrits, d’après les chiffres d’ELECAM, l’extrême nord du Cameroun reste un bastion électoral important pour le parti au pouvoir. Ce qui inquiète les pays voisins du Cameroun est le risque de crise postélectorale, donc de stabilité dans la région. (Crédits : Kelly/Pexels)

    Afrique, paysage, ville

    Bien au-delà du scrutin qui ne semble selon la presse n’avoir que peu de changement, le Cameroun reste confronté à des crises sécuritaires majeures. Dans l’Extrême-Nord, Boko Haram a repris ces attaques terroristes, fragilisant la cohésion nationale. Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le conflit séparatiste, déclenché en 2016, a déjà fait plus de 6 000 morts, de nombreux otages et déplacé plus d’un million de personnes. Une élection contestée pourrait attiser ces foyers de tensions et amplifier la violence politique.

    Afrique, chute, eau

    L’économie camerounaise repose encore sur des piliers fragiles : l’exportation de pétrole, de cacao, de café et de bois. Malgré une légère augmentation du PIB de 3,5 % en 2024, contre 3,2 % en 2023, « sous l’effet de la hausse des prix du cacao, de l’augmentation des rendements du coton et de l’amélioration de l’approvisionnement en électricité. »

    Une diminution de l’inflation moyenne de 7,4 % à 4,5 % entre 2023 et 2024, le déficit budgétaire global s’est creusé jusqu’à 1,5 % du PIB en 2024 (0,7 % en 2023). La dette publique augmente de 1,52 %, passant de 46,1 % à 46,8 % du PIB, l’essentiel sous forme de dette extérieure. D’autant que « malgré la croissance globale de la richesse totale qui a atteint 553 milliards de dollars en 2020, contre 311 milliards de dollars en 1995, la richesse nationale par habitant a diminué de 11 % entre 1995 et 2020. » (Crédits : Quang Nguyen Vinh/Pexels)

    « Le pays est confronté à un risque élevé de surendettement dû à des problèmes de liquidité », communique la Banque mondiale. Le communiqué alerte sur l’épuisement des forêts du pays. « L’épuisement des forêts du Cameroun s’est considérablement accéléré après 2010, avec une conversion significative des forêts de plaine en mosaïques forestières entre 2010 et 2020 et dépassant cinq fois le taux observé au cours de la décennie précédente. » Il est donc impératif de mettre en œuvre des réformes budgétaires audacieuses pour combler ces lacunes et stimuler la productivité à l’échelle de l’économie, insiste Robert Utz, économiste (la Banque mondiale) et l’un des auteurs du rapport.

    La jeunesse camerounaise, une génération désenchantée

    L’invalidation de Kamto a provoqué un sentiment de résignation chez de nombreux jeunes. Témoignages et reportages montrent que certains ont choisi de déchirer leur carte d’électeur, symbole d’un désengagement politique profond, et face au chomage. La jeunesse, qui représentait un espoir de renouvellement, semble aujourd’hui désabusée par un système politique verrouillé. Ce désenchantement reflète une fracture sociale : entre un pouvoir enraciné et une jeunesse aspirant à plus de transparence, le fossé se creuse inexorablement.

    Trace, route, Afrique

    Le recul durable de la participation électorale et l’affaiblissement de la société civile sont à envisager. En 2018, la participation atteignait 53,85 %. La stabilité politique du pays et de la région Afrique centrale pourrait être fragilisée. « C’est une espèce d’oligarchie qui gouverne aujourd’hui notre nation (Cameroun). Bien malin celui qui dirait qui actionne les manettes », a déclaré l’ancien ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary à TV5 Monde.

    La gestion de cette élection sera donc scrutée de près, tant à l’échelle nationale qu’internationale, d’autant que la fille du président, Brenda Biya appelait dans une vidéo supprimée depuis à ne pas voter pour son père. Ce avant de revenir sur ses déclarations. (Crédits : Kelly/Pexels)

    Trois scénarios s’ouvrent alors pour le Cameroun. Le statu quo : Paul Biya est réélu sans contestation majeure, prolongeant la stabilité institutionnelle, mais aussi le blocage politique, le manque de liberté, les arrestations arbitraires… La crise politique : la contestation post-électorale dégénère en répression, avec un isolement international accru et un risque de radicalisation des mouvements sociaux, ainsi qu’une instabilité ressentie chez les pays voisins. Ou bien la transition forcée : un départ naturel ou politique du président ouvre une ère d’incertitude, avec une succession difficile à maîtriser et des luttes internes au sein du RDPC, son parti.

  • Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Après une nouvelle nuit sur le siège passager, Flavien affiche une moue dubitative, voire la tête de Grincheux. Les années se suivent, et semblent être le miroir des précédentes. Le coup de Trafalgar arrive à mi-parcours, juste après les fêtes familiales de Noël. Depuis son voyage sur l’île d’Amsterdam (TAAF) en 2021, il n’a pas profité des festivités en famille. La chaleur de ces moments ne se rattrape pas, le temps file, mais l’expérience acquise en vaut-elle la chandelle ? Est-ce que l’année 2025 sera celle du renouveau ? Seul Flavien le sait…

    « Ce matin, je ne me suis pas levé du bon pied », confirme l’aventurier du bout du monde. Le premier coup de mou du périple se présente. Comble du bonheur, la pluie lui souhaite la bonne journée. « Ça faisait longtemps », soupire-t-il intérieurement ! Voyageant seul, il ne peut compter que sur lui pour se remonter le moral. C’est ainsi qu’il se lève, et se prépare à se ceindre les reins.

    L’indécis part en voyage

    Pas vu pas pris, dirait le légionnaire. « Je ne tarde pas à prendre la route, car il est interdit de dormir sur ce parking. » Avant que quiconque débarque, il file en direction de Fox Glacier. Après près de deux heures de route, passant parfois dans des forêts millénaires incroyables, savoure-t-il, « J’arrive à Franz Joseph, l’étape du matin. » Cette petite ville s’est construite avec le tourisme du glacier qui la surplombe.

    Glacier, neige, nature

    Partir à la découverte des glaciers Fox (Te Moeka o Tuawe) et Franz Josef (Kā Roimata o Hine Hukatere) est une pérégrination incontournable pour les aventuriers. Au cœur du Westland Tai Poutini National Park. Le voyageur se sent minuscule, témoin d’un monde en équilibre fragile, où chaque pas rappelle que la beauté peut s’effacer.

    Le temps très brumeux laisse place à la pluie. Flavien marche sur un kilomètre pour admirer la vue sur le glacier. « Il est aujourd’hui à plus de 3 km de là alors qu’il était ici quelques décennies plus tôt, impressionnant. »

    Le glacier recule, la vallée s’élargit, et pourtant, au cœur de cette blancheur, demeure le sentiment de toucher du doigt quelque chose de plus ancien que l’homme. « Finalement, je rallonge la marche par une petite rando de 4,5 km. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Avec ce temps, rien d’exceptionnel à se mettre sous la dent. Mis à part Dawnsonia superba, la plus grande mousse du monde, « J’avais oublié qu’elle poussait en Nouvelle-Zélande, elle ». Flavien reste indécis sur le programme de la journée, déjà entamée. Seule certitude, le coucher de soleil sur les Pancakes Rock ce soir, à 3 h 30 de trajet au nord d’ici, commente-t-il. « Donc, avant de reprendre la route pour une énième fois, je passe au DOC. »

    L’avantage est que, mis à part la fonction officielle, il fait office d’office de tourisme. L’aventurier en profite pour remplir ses gourdes et jeter un œil à ses messages.

    « C’est toujours un moment à part d’allumer le Wi-Fi. » La connexion au monde irréel de l’Internet où tout un chacun partage tout et rien. « C’est comme un sentiment de solitude quand on voit ce que les amis font entre eux. »

    C’est à cet instant qu’il apprend une nouvelle qui ne le ravit pas du tout. Mais la vie nous enseigne à faire face aux mésaventures. « Tant qu’à faire, autant savoir ça aujourd’hui. L’avantage est que ça ne me casse pas une super journée », se rassure-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    mer, océan, nature

    Chamboulé, voire émoussé, il se place devant le volant et avale l’asphalte pour réfléchir. Au fur et à mesure, le soleil fait son apparition. Flavien est désormais moins seul. D’autant que quelques Rhopalostylis apparaissent en bord de route. « C’est l’unique palmier de Nouvelle-Zélande, que je n’avais pas encore vu sur l’île du Sud. »

    À défaut d’une glace, des Pancakes Rock

    C’est en fin d’après-midi que l’aventurier du bout du monde arrive près des Pancakes Rock. Frustré de n’avoir pas trouvé une glace à croquer à Haast, il espère se rattraper. « Je prends un cornet avec deux boules », se réjouit le jeune homme. Il faut se faire plaisir, pense-t-il tout haut. Mais un autre l’attend patiemment. « J’enchaîne par une modeste rando de 4 km dans la vallée des palmiers. Romain me l’a recommandé. Il avait raison, j’en suis ravi. » Des milliers de palmiers poussent au milieu de fougères arborescentes dans des gorges calcaires, qui sont dignes de celles du Tarn, ou presque s’amuse Flavien.

    Pancakes, Rock, New-Zealand

    Des dizaines de Wekas — ces petits râles aptères et endémiques que je n’avais rencontrés que très brièvement sur Ulva Island — traversent le chemin sans peur. « J’ai le loisir de les photographier sur toutes les coutures. »

    Le futur s’annonce pluvieux. Direction le point Wi-Fi pour organiser la journée du 15 janvier, donc demain, murmure-t-il. « Je réserve une auberge. Ça fait neuf jours que je n’ai pas dormi dans un lit. Oui, je sais, j’ai connu pire, mais si je veux recouvrer mon quota de sommeil pour mes derniers moments avec la voiture de location. »

    Mais un autre événement le conduit aussi dans cette auberge. « J’ai une visioconférence pour l’atlas des TAAF dans la soirée, il me faut donc un endroit calme et adéquat. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La soirée se finit près de ces fameux Pancakes Rock à admirer le coucher de soleil… nuageux. Voir le verre à moitié plein, dit le sage. « Ces formations dolomitiques sont impressionnantes. » Flavien réussit tant bien que mal à les photographier. Avant de dénicher un nouvel espace de stationnement pour y passer la nuit, Flavien dîne sur le parking du glacier, le réchaud à même le bitume. « Pourquoi ? Parce que je suis juste à côté des toilettes pour accéder à l’eau et pouvoir faire la vaisselle, pardi ! ».

    Une vie sans sous-vêtements…

    Comme la précédente, « je dors sur un parking interdit à la nuitée ». L’auberge qu’il a réservée pour ce soir se trouve à Nelson. Il n’y a que quatre courtes heures de conduite pour s’y rendre, « alors il faut que je comble mon trajet vers le nord », songe Flavien, une idée derrière la tête.

    Durant la matinée, il emprunte la route longeant la côte Ouest. « Elle est magnifique », commente le naturaliste. Il effectue quelques arrêts, mais le plus important est réservé à Westport, la « grosse » ville du Nord-Ouest. Sur place, le mode tourisme est activé. « J’aime bien l’ambiance de la petite rue principale. Je me fais plaisir, et je m’offre un chocolat chaud. »

    Charité bien ordonnée commence par soi-même, Flavien !

    « En venant, j’ai vu sur un panneau qu’une colonie d’otaries n’était pas loin. » Un spectacle observé à plusieurs reprises, mais comme à chaque fois la magie opère. « La colonie n’est pas aussi importante que j’espérais, souffle-t-il. Je regarde les jeunes jouer et pousser leurs cris qui me rappellent de nombreux souvenirs. » (Crédits : RyanMcGuire/Pixabay)

    laverie, vêtements, lessive

    Puis, il reprend le volant, la route continue. « Je traverse très peu de villages, c’est sauvage », explique-t-il. Jusqu’au moment où un panneau indique qu’il n’y a plus de stations-service pendant les prochains 100 km. C’est à ce moment que, malgré la certitude du réservoir plein, l’œil de Flavien se fige sur la jauge à carburant.

    Le bonheur simple de s’allonger sur un lit

    Avant de voir le panneau de la ville de Nelson, Flavien ondule dans les gorges de Buller. C’est un endroit où la rivière du même nom (Kawatiri) chemine entre falaises de schiste et de grès. Elle ouvre inclusivement la vision d’une nature sauvage et secrète à chaque visiteur. « J’effectue quelques pauses dans les gorges que je serpente », avoue l’aventurier en filant vers Nelson… La grande localité se niche au nord de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, qu’il atteint à 14 h 30.

    matelas, orange, main

    Sa réservation située au cœur de ville offre peu ou pas de gratuité au stationnement. « Je trouve une place pour seulement 3 NZD (1,5 €) pour être garé jusqu’au lendemain matin. »

    Mais à 15 h arrive la délivrance. « Je m’allonge enfin sur un lit, neuf jours plus tard… » Un plaisir que tout un chacun goûte quotidiennement sans en prendre la pleine conscience. C’est aussi le moment de la grande lessive de printemps, pour le contenu et le contenant.

    « Pour seulement 8 NZD, tous mes vêtements sont propres et secs. » Donc, à la place d’examiner les habits tourner et se retourner dans la machine à laver le linge, il en profite pour faire ses emplettes. Mais comme l’ensemble de ses vêtements, ou presque, se contemple à travers le hublot, « je me promène à Nelson sans sous-vêtements en attendant… ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il prend enfin le temps de se pencher sur son matelas. Grâce aux rustines présentes dans son sac, la réparation semble tenir. « Je croise les doigts », prie Flavien. Avant de s’installer dans le lounge pour sa visio : « J’engloutis une pizza bien grasse pour changer des pâtes au pesto et du fromage. » L’équipement utilisé depuis sa première expédition sur l’île d’Amsterdam s’use. « Aussi, cet après-midi j’ai acheté de nouveaux écouteurs, car les anciens arrivaient en bout de course, comme une partie de mon matos d’ailleurs… » Sa réunion dure 2 h 30, mais il passe le reste de la soirée sur son portable, le confort d’un lit fait tout oublier, même le temps qui file à toute vitesse. À suivre…

  • Cyberattaques : un fléau qui frappe la France

    Cyberattaques : un fléau qui frappe la France

    En France, les cyberattaques ne cessent de se multiplier, touchant aussi bien les hôpitaux que les entreprises privées. Le site Ransomware Live recense déjà 402 attaques revendiquées par des groupes criminels organisés, ce depuis 2017. Un chiffre impressionnant, qui ne reflète pourtant qu’une partie de la réalité, puisque de nombreuses intrusions restent dans l’ombre. Les conséquences pour les entreprises subissant des cyberattaques peuvent être multiples : financières, réputationnelle et juridique.

    Les conséquences sont lourdes : pertes financières, atteinte à l’image, responsabilité juridique… faillite. Aucun secteur n’est épargné. Les cybercriminels, souvent jeunes, multiplient les assauts en exigeant des rançons contre la restitution ou la non-divulgation de données chiffrées. Mais les premières attaques remontent au 11 décembre 1989.

    Une menace omniprésente, des conséquences sans limites !

    Les vendredi 12 et samedi 13 mai 2017, Renault a dû interrompre la production dans de nombreuses usines à Batilly en Meurthe-et-Moselle, Douai dans le Nord, Sandouville en Seine-Maritime, Novo Mesto dans le sud-est de la Slovénie ou encore à Pitesti, en Roumanie. Il était urgent d’isoler les ordinateurs et les serveurs infectés par le ransomware Wannacry. Europol qualifie cette cyberattaque « d’un niveau sans précédent », car plusieurs dizaines de milliers de systèmes d’informations sont affectés, dans au moins 70 pays.

    Il n’y a pas un seul jour où des sociétés publiques comme privées ne soient sous le joug de groupes composés de cybercriminels, souvent jeunes. Les ransomwares « Qilin » revendique les cyberattaques de Bio3g, Wouters France, EPLS, PathoQuest, « The Gentlemen » affiche LPP, SAelen/Heizomat et Peggy Sage via « Datacarry ».

    Depuis « Wannacry » et Renault en 2017 , les ransomwares sont responsables de plus de 400 attaques réussies et rendues publiques dans l’hexagone. Parmi les plus actifs : LockBit (91 attaques connues), Qilin (30), 8Base (27), RansomHub (18), Hunters (12), Alphv/BlackCat (11), et d’autres comme Cl0p, Cactus, Play…

    Double extorsion

    Si les ransomwares dominent l’actualité, ils ne sont pas seuls. Les principaux vecteurs les plus connus du grand public sont les ransowmares, phishing et spear-phishing comme les attaques DDoS.

    Le phishing consiste à piéger les victimes par de faux courriels pour leur soutirer des informations sensibles. Le spear-phishing va plus loin, avec des messages personnalisés et donc plus crédibles. Les attaques DDoS, déni de service distribué paralysent quant à elles des sites web en les saturant de requêtes.

    Ces méthodes, souvent combinées, peuvent conduire à l’arrêt total d’une activité. De nombreux groupes, tels que Datacarry, adoptent une stratégie de double extorsion : ils menacent de les divulguer si la rançon n’est pas payée.

    (Crédits : Anete Lusina/Pexels)

    Ces attaques peuvent paralyser les sites web d’entreprises, entraînant des pertes financières et une altération de la réputation, voire bien pire : la faillite. Le plus emblématique des exemples sur les conséquences des cyberattaques se déroule outre-manche. Le géant britannique du transport, KNP Logistics a dû fermer ses portes en mai 2025 après une attaque du ransomware Akira de juin 2023. Une faillite brutale après 158 ans d’existence.

    L’attaque de Peggy Sage par Datacarry

    Le 15 août 2025, la marque française de cosmétiques Peggy Sage a été victime d’une cyberattaque revendiquée par le groupe Datacarry. Les opérateurs derrière le ransomware divulguent 11,3GB de données compressées sur leur site vitrine. L’ensemble des informations une fois décompressé atteint 14,3 GB. Quatre dossiers et trois documents au format CSV : stg_client de 6,9 Mo, un autre ods_client de 139.1 ko et dwh_client de 963,4 ko.

    Respectivement, ils affichent 268, 12742 et 1896 lignes. Puis quatre dossiers : Personnel de 1,2 Go (1,4 Go décompressé), shop_personnel de 5,9 Go (6,1 Go), recrut de 644,3 Mo (880,9 Mo), webOrders_old de 141,7 Mo (501,3 Mo) et recrut2 de 4,2 Go (5,5 Go).

    Les fichiers divulgués sont particulièrement sensibles : données personnelles (pièces d’identité, cartes vitales, coordonnées bancaires, adresses, numéros de téléphone…), documents RH (Documents pour le recrutement, correspondances France Travail, organigramme…), données internes (commandes, bases clients, favoris de navigation…). (Crédits : capture d’écran)

    Autrement dit, des informations exploitables pour lancer d’autres attaques ciblées contre les salariés ou les clients, par phishing ou usurpation d’identité. Chaque nouvelle cyberattaque rappelle la même réalité : la cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux experts. Elle concerne les entreprises, leurs employés, et les citoyens dont les données circulent désormais sans protection. À l’heure où plus de 400 attaques revendiquées depuis 2017, rien qu’en France par ransomware, ont déjà été revendiquées par les cybercriminels, la question n’est plus de savoir si une vous allez être attaqué, mais : quand ?