Il y a cent ans… suspicion de coup d’État en Allemagne

La cherté de la vie, que ce soit d’un côté ou de l’autre du Rhin, est réelle. L’Assemblée nationale en France maintenait sa confiance au ministre de l’Agriculture M Chéron. Le prix des matières premières, les importations et exportations, les discussions revenaient en boucle sur le coût de la vie. Les tensions suivant la Première Guerre mondiale ont fait naître des rancœurs parmi les différents belligérants, surtout en ce qui concerne les réparations. En Allemagne, des mouvances nationalistes faisaient déjà beaucoup de bruit, le 16 juin 1922.

Tandis qu’en France, les dockers bloquaient le port de Marseille, pour obtenir que les salaires de nuit soient portés à 40 francs, la peur d’un coup d’État semblait probable outre-Rhin. Le 24 juin 1922 était annoncé de grandes manifestations nationalistes, elles se dérouleraient à Caub. Les futurs participants sont nommés : Ludendorff, et le député pangermaniste Wullé. Caub est l’endroit ou durant la guerre napoléonienne, le maréchal Gebhard Leberecht von Blücher passa le Rhin. De plus, les nationalistes souffraient de se livrer le 28 juin 1922 à une démonstration de force, jour de l’anniversaire de la signature du traité de Versailles. Les autorités craignaient des conflits sanglants, car deux camps s’opposaient : les classes ouvrières à la Ligue nationale des officiers et des soldats allemands. L’intention était de reproduire la nuit de la Saint-Barthélemy envers le gouvernement et la République, et l’histoire montrera la montée en puissance d’un caporal. Depuis le 29 juillet 1921, Adolf Hitler est le dirigeant incontesté du parti nazi : « il n’était alors qu’un agitateur de brasserie : une célébrité locale assurément, mais à peine connue ailleurs ».

L’homme fils d’Émile Rathenau, fondateur d’AEG, est de confession juive. Le 17 juillet 1933, l’organisation paramilitaire Stahlhelm et le chef de la brigade Ehrhardt, affichent leur vision du futur en honorant publiquement les assassins de Rathenau au château de Saaleck. (Crédits : Le Journal/BnF/Gallica)

Deux mois après la signature du traité de Rapallo, le 24 juin 1922, le ministre des Affaires étrangères, Dr Walther Rathenau était assassiné à coups de grenade et de tirs de revolver. Les dispositions du gouvernement en danger indiquaient que par décret spécial, « toutes les manifestations susceptibles de troubler l’ordre et le calme et de mettre en danger la patrie vont être interdites ». Les rassemblements prévus le 28 juin contre le traité de paix et la question de la responsabilité allemande dans la Première Guerre mondiale étaient, d’ores et déjà, prohibés. Quatre jours après l’assassinat de Rathenau, un communiqué officiel de la préfecture de police annonçait les noms des meurtriers présumés. Il s’agissait de Ernest Werner Techow, 21 ans, Fischer dit le pécheur, 25 ans, Knauer, dit Koener, 25 ans, appartenant à l’organisation Consul qui exécuta 354 personnes de 1919 à 1922.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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