Il y a cent ans… le ministre de l’Agriculture s’entêtait

Imaginez qu’un ministre aujourd’hui au XXIe siècle majore les prix des biens de consommation, quoiqu’il en coûte, ce serait un pur fantasme… En 1922, le 27 mai, cette chose est bien réelle. Après l’augmentation du prix au kilo du pain, saupoudré de formule alambiquée issue d’une joute verbale, le ministre de l’Agriculture confiant dans la vertu de ses décrets avoua que tout allait rentrer dans l’ordre, qu’il ne fallait pas s’inquiéter.

Comme affichait le slogan d’une célèbre marque de chocolat, « et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu », mais bien sûr ! Le coût de la viande aux halles ne cessait de croître. Le bœuf passait de 50 à 100 francs, sur les demi-porcs la hausse était de 20 francs, de 100 francs sur les longes, de 50 francs sur le lard et de 70 francs sur les jambons. Quant au veau, la première qualité augmentait de 50 francs et de 150 francs pour la deuxième et troisième. Celle concernant le mouton battait tous les records, 100 francs pour la première qualité, 150 francs sur la deuxième et 200 francs pour la dernière. Le journaliste n’affichait aucune complaisance ni tendreté d’être pris pour du poulet : « Que M. Chéron se moque du consommateur, nous commençons bien à nous en douter ; mais que le consommateur accepte passivement, c’est plus singulier. »

Le prix du pain ne cessera d’augmenter, pour atteindre 35,40 francs en 1950, mais redescendra à 35 centimes grâce à la magie de la conversion des anciens aux nouveaux francs. Est-ce la même chose que les consommateurs ont vécus en passant des francs à l’euro ? (Crédits : Ina Lübeck Hertel/Pixabay)

De par les motifs que le ministre avait fait valoir, et suite à l’entretien que le préfet de la Seine, M Autrand avait eu avec les représentants des syndicats de la boulangerie, le prix du kilo de pain passerait à 1,05 franc au 1er juin 1922. Là ou la décision est cocasse, est que lorsque le consommateur prendra 500 grammes de pain, il devra payer 55 centimes. Mais pour que cela soit équitable, pour un demi-kilo, le client sera en droit d’exiger une pesée de 20 grammes supplémentaires.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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