Il y a cent ans… un ministre enfonçait des portes ouvertes

Le ministre de l’Agriculture, indiquait un certain 23 mai 1922, que les cultivateurs français devaient vendre leur blé au moins aussi cher qu’il leur a coûté à produire. Ce qui met en exergue les belles paroles politiques depuis un siècle. M Chéron mettait donc en parallèle les protections douanières dont bénéficiaient les industries, et l’absence complète pour les marchandises agricoles, une gageure. La compréhension des uns diffère des autres.

Les Français entendaient que la production industrielle nécessitait cette protection, car il permettait « aux patrons de vivre et de donner des salaires suffisants à leurs ouvriers ». Dans le même temps, la prime de cherté de 720 francs était maintenue, et le pain passait à 1,05 franc. Que penser quand le cultivateur qui paye cher ses machines et pièces de rechange, et de l’autre l’opinion publique est moins conciliante lorsqu’il s’agit de produit agricole comme ledit pain. Le ministre spécifiait qu’ils doivent vendre leur production plus cher que le prix de revient, quel est-il ?

Le ministre lançait alors cette phrase : « C’est avant tout de la prospérité de notre agriculture que dépend le relèvement du pays ».

Le journaliste indiquait que 90 % ne possédaient pas de comptabilité, de ce fait ils ne pouvaient connaître leur marge brute, qui représente la différence, hors taxe, entre le tarif de commercialisation et le coût de revient de biens ou de services. Le rédacteur entreprenait des calculs ramenés à l’hectare, classés par saisons et catégories de travaux.

Main-d’œuvre, 15 journées d’hommes, à 14,14 francs212,10
Attelages 21 journées, à 15,13 francs317,75
Semences 150 kilos de blé trié, à 103 francs154,50
Engrais 500 sup 14%, à 35 francs175
Engrais 150 kilos sulfate d’ammoniaque, à 203 francs304,50
Total de dépenses au 31 décembre 19201 163,85
Détails des dépenses faites sur un hectare pour une récolte de blé en 1920-1921, ce qui était connu comme les comptes d’emblavures, autrement les terres ensemencées de blé nécessitant un besoin conséquent en engrais.

L’exemple du rendement choisit par les équipes du quotidien Le Matin, est selon leurs dires, exceptionnel. Il séjourne habituellement aux alentours des 18 à 20 quintaux par hectare. Le prix d’une journée d’ouvrier était scindé par 9,5 francs pour le salaire et 4,64 pour les frais de nourriture lors de la période automne-hiver. Elle montait alors jusqu’à 20,62 francs.

2 jours 1/2 d’hommes, à 16,82 francs42,05
1 jour 3/4 cheval, à 16,56 francs29,10
Engrais 50 kilos sulfate ammoniaque, à 114 francs57,00
Travaux de récolte
8 journées d’hommes, à 20,62 francs164,96
4 journées chevaux, à 16,56 francs66,25
Ficeleuse-lieuse 5 kilos, à 4,20 francs21,00
Battage et livraison
24 quintaux 50, à 8,00 francs le quintal196,00
Dépense à répartir
Fermage150,00
Frais généraux204,00
À déduire paille 4 500 kilos à 4%180,00
Total des dépenses nettes1 914,20
Façons culturales et engrais de printemps 1921. Le prix de revient pour 24,50 quintaux est de 77,30 francs par unité, sans compter l’intérêt du capital d’exploitation ni les dépenses de la vie courante de la famille du cultivateur.

En 1922, à la sortie de la conférence de Gènes suite à la Première Guerre mondiale « le paysan est celui qui dépense le plus de force, et cela depuis le lever jusqu’au coucher de soleil, sans jamais donner de son temps aux distractions dont on jouit dans d’autres milieux. Aussi, à tout prix, il ne faut pas décourager ce monde-là ». Les frais généraux augmentaient dans de grandes proportions, ce qui était la conséquence des frais d’entretien du matériel et bâtiments, les impôts, assurances, salaires du chef d’exploitation…

« Sans parler du regard du consommateur qui les considère souvent comme des pollueurs alors qu’ils sont les premiers empoisonnés par la chimie […] Avec 15 h de travail par jour, pas de vacances, un isolement, un épuisement moral et physique, ce n’est pas rose. » (Crédits : dendoktoor/Pixabay)

La différence entre 1922 et aujourd’hui, sans doute le montant de l’endettement, et la pression exercée par celle-ci. « On les a poussés à investir… Ils produisent souvent à perte. Ils vivent entre le ciel et la terre. Ils sont vulnérables à la météo. On ne sait jamais s’il y aura un orage, de la grêle, une sécheresse, des crises sanitaires, des maladies… », explique Édouard Bergeon, réalisateur du film « Au nom de la Terre ».

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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