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  • À mi-voyage, Flavien court toujours (28/55)

    À mi-voyage, Flavien court toujours (28/55)

    Une arrivée tardive au camping hier soir, une tente montée en deux temps, trois mouvements, un matelas dégonflé depuis deux jours… Même en ajoutant des vêtements, il reste à plat. Tant et si bien que la nuit n’a pas été bonne. Comme attendu, l’expérience ne sert qu’à partir du moment où l’on en dispose. Cette quantième du 13 janvier 2025 ponctue la moitié de son voyage en Nouvelle-Zélande. Un parcours marqué de nombreuses confrontations, mais l’autre est tout aussi savoureuse.

    « Je me suis réveillé à 3 h 40… Impossible de me rendormir sur ce matelas dégonflé. » Il grimpe donc en pleine nuit dans la voiture. Ainsi il somnole sur le fameux siège passager, son meilleur ami du moment, jusqu’à 7 h 45. « J’attends l’ouverture de l’accueil du camping (Alexandra Tourist Park) pour payer les 28 NZD de la nuit puis direction Old Man Range (Kopuwai), une chaîne de montagnes reconnue pour sa flore », commente-t-il.

    Une belle frayeur… au volant

    Les paysages aux alentours sont dénudés… Pas une forêt à l’horizon… « Quel pays de contrastes ! » N’ayant pas réussi à glaner quelques informations sur l’accès, Flavien, bille en tête, attaque le chemin de gravier comme les jours précédents. Un léger détail s’accroche : il y a 1400 m de dénivelé à grimper cette fois. « Au bout de quelques centaines de mètres, je me rends compte que le terrain est bien plus compliqué et que ça ne va pas en s’arrangeant. J’ai peur pour ma caution… »

    Finalement au bout de quatre à cinq kilomètres de conduite, « je juge qu’il est plus prudent de m’arrêter ». Sage décision, semble-t-il. « Le chemin est inaccessible sans un 4×4. J’ai patiné dans la montée… Les gros cailloux me procurent des frayeurs pour le bas de caisse. »

    C’est statué ! L’aventurier marche durant les cinq mille mètres et les huit cents mètres de dénivelé, quand après un minuscule quart d’heure un 4×4 arrive à toute allure. « Je lui fais signe de s’arrêter, ce qu’il effectue par chance. Je balance mon sac à l’arrière du pick-up, et me voilà parti à vitesse grand V ».

    Le duo discute tout au long des dix petites minutes nécessaire pour gravir la difficulté. « Il fait du 50 km/h sur ce terrain défoncé, alors que j’arrivais à peine à faire du 10, voire 15 km/h de mon côté », s’insurge Flavien. (Crédits : Dovonan Kelly/Pexels)

    Le chauffeur s’épanche sur sa condition. Il est maçon, et il est parti chercher de l’or. Incroyable, songe Flavien. Le pick-up, l’or, un accent américain, tout pour faire penser aux USA… remarque le naturaliste. « Je sais que la région fut un haut lieu de la ruée vers l’or, mais j’ignorais que certains en cherchaient encore. »

    Il dépose Flavien et son sac au sommet, à près de 1700 m. « Le temps est au beau fixe, une nouvelle fois, quelle chance. Alors qu’il fait chaud en bas, à présent il me faut mettre deux couches. » Le paysage est dénudé à l’extrême, l’aventurier du bout du monde n’a jamais vu des fellfields aussi étendus, se confie-t-il. « Le chercheur d’or m’expliquait qu’il y a encore deux mois la glace s’accrochait aux rochers, compte tenu du vent donc du froid qui peut régner ici. » C’est un mont Ventoux néo-zélandais poussé à l’extrême, sourit-il de sa comparaison.

    Le royaume nu des fellfields

    En aparté, un fellfield est une haute plaine pierreuse, balayée par les vents, où la terre se mêle aux roches brisées, comme si la montagne avait éclaté en éclats d’ardoise. C’est surtout un monde de silence et d’austérité, au-delà de la limite forestière, là où seuls survivent les plus robustes : des coussins végétaux, des mousses tenaces et des fleurs alpines miniatures.

    La lumière, sur les pierres, s’y réfléchit comme sur une mer pétrifiée. À l’image du sol qui reflète les rais du soleil comme sur une route mouillée, Flavien y marche comme sur le toit du monde, dans un décor sculpté par le temps, l’eau et l’air, un lieu de dénuement le plus total, mais d’une extrême pureté.

    C’est un écosystème que l’on retrouve dans les Alpes du Sud ou sur certaines crêtes volcaniques, et qui témoigne de la force d’adaptation du vivant dans les environnements les plus rudes. « Un Raoulia et Dracophyllum muscoïdes dominent largement les communautés végétales », constate le naturaliste. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pour trouver des espèces nouvelles, il cherche derrière les énormes rochers dominant la crête et qui rendent ce lieu unique. La crête fait plusieurs kilomètres, le paysage est vite monotone, mais prodigue une vue plongeante sur la région environnante. « Après près de trois heures de prospection, je prends le chemin de la descente. Je parcours les 800 m de dénivelé à pied. » Lorsqu’il retrouve sa voiture de location, en bas, la température monte en flèche sur l’échelle du thermomètre. « 29 °C, je ne suis plus habitué. » Il en profite pour ôter quelques couches avant de déguster, sur le pouce, un bout de pain et de fromage. Puis file sur la côte ouest en direction d’Haast, à quatre heures de conduite.

    Flavien effectue une pause près d’un supermarché. Via le Wi-Fi, c’est le point météo des nycthémères à venir. « Ce que je n’ai pas fait depuis quatre jours, admet Flavien. Mis à part deux jours pluvieux, ça s’annonce pas si mal que ça », se réjouit-il. Installé à droite, ceinture bouclée, l’asphalte défile. « Cromwell, Wanaka, Haast, les villes s’enchaînent. » Avant sa destination, une curiosité attire son œil de photographe aguerri. « Je fais une légère pause intéressée, pour aller voir une cascade non loin de la route. »

    Le gourmand-gourmet de crèmes et cônes glacés fait chou blanc à Haast. « J’espérais, en m’arrêtant à l’unique café, y trouver une glace. » Il fait contre mauvaise fortune bon cœur, sachant qu’il y aura forcément d’autres endroits pour en déguster une. Stationné à Monro Beach, il s’enquiert d’autre chose. « C’est là mon ultime chance d’apercevoir le Gorfou du Fjordland. Romain, un ami d’Ugolin, l’a vu ici l’année dernière, mais plus tôt dans la saison. »

    Le timing était parfait

    En effet, celui-ci niche d’août à novembre. « Je tente ma chance. » Après une demi-heure de marche dans la forêt vierge, Flavien arrive sur une plage de galets magnifique. « Durant deux heures, un couple scrute les gorfous en vain », se résigne-t-il. Sur la plage, à l’abri des regards derrière un rocher, il déjeune. « Enfin, j’essaie malgré les nombreuses sandflies qui veulent ma peau. »

    Difficilement supportable, Flavien se dirige vers le cap pour y trouver du vent, « seul moyen de se débarrasser de ces sandflies ». Il y rencontre le poète caché. « La côte est magnifique. Le coucher de soleil s’annonce prometteur. Je m’installe sur un rocher et contemple les couleurs qui s’accentuent de minute en minute. » Toujours pas de gorfous… « Un autre couple d’Allemands arrive, quand les dauphins nous offrent une représentation de sauts, pile au moment où le soleil passe derrière l’horizon, le timing est parfait. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Un souvenir refait surface. L’an dernier, sur le canal de Beagle, des dauphins apparaissaient au passage devant un glacier. « C’est le cadeau de consolation de ce gorfou que je ne verrai donc sûrement jamais. Il n’y aura pas de treizième espèce durant ce voyage. » Le naturaliste s’en retourne de nuit sur le sentier qu’il peine à distinguer. « Il est interdit de dormir sur le parking… Il est bientôt 23 h et il n’y a que moi sur ce parking. Alors une fois de plus le siège passager sera mon meilleur allié. ». À suivre…

  • À vos risques et périls (27/55)

    À vos risques et périls (27/55)

    La journée débute par une maxime, ou un titre de film selon votre choix : l’aventure c’est l’aventure. C’est un adage que Flavien applique dès ce matin au réveil. Aujourd’hui le naturaliste pointe sur la carte Bordland Saddle. Seule inconnue est la piste pour rallier le col. Une distance de seize petits kilomètres à parcourir, dans un sens et dans l’autre. Si la nuit sur le siège passager laisse peu de séquelles sur le dos du baroudeur, partie du corps qui reste essentielle pour tout un chacun. La vie est faite de priorités, à trop reculer, on risque de confondre vitesse et précipitation.

    Le mal de dos de la veille semble avoir disparu durant le sommeil du juste, ou du moins il demeure silencieux. La bonne surprise est cette nuit sur le siège passager. « J’étais plein de préjugés, je m’attendais à pire que ça », bien que cela ne vaille pas la nuitée sur le matelas. « Je prends la direction de ce col qui se trouve au bout de 16 km de piste. » L’appréhension le gagne. Lui qui ne souffre pas de l’impréparation. « L’inconnue dans l’équation est l’état de la piste », s’interroge Flavien.

    Une randonnée périlleuse

    Malgré les recherches effectuées, peu ou pas d’informations glanées, alors il se lance tambour battant. Au bout de quelques kilomètres sans encombre, un panneau apparaît, comme surgi de nulle part. Ce dernier peut vous glacer le sang. « La suite est aux risques et périls de chacun », lit Flavien à bord de son automobile. Un message est adjoint : « La route est déconseillée pour les deux roues motrices. »

    « Je prends mon courage à deux mains. Je serre les fesses pour ma caution… Et je m’engage… Sur la piste. » L’ambiance dans la voiture est au silence absolu, même le moteur étouffe son ronronnement. Équipé d’une berline, l’aventurier joue l’équilibriste.

    « Je n’en mène pas large. » Il parcourt la distance en une heure, et rallie Bordland Saddle. Sur le parking, chaque véhicule est un 4×4, enfin tous sauf un. « Qu’est-ce que je fais ici », se questionne-t-il.

    Je suis là pour l’aventure, non ?

    Avec tant d’efforts, la météo semble lui faire une fleur. Le climat est radieux, pour un lieu où il est censé pleuvoir le plus en Nouvelle-Zélande. À peine garé, Flavien ne perd pas de temps. Il s’attaque au dénivelé de l’unique chemin partant du parking. Après moins d’un kilomètre, le sentier disparaît et plus de traces sur son GPS non plus. « Je suis là pour l’aventure, non ? », se persuade Flavien. Malgré un panorama remarquable, le naturaliste avoue n’avoir pas eu grand-chose à se mettre sous l’appareil photo. « Je tente de rallier le sommet qui me surplombe. »

    Les graminées, appelées tussock, sculptent et déploient une unité au paysage. « Comme en Patagonie, où cela m’avait frappé, l’espace de combat entre la forêt et la zone alpine est extrêmement bien marqué, autour de 1000 m d’altitude », glisse d’un commentaire Flavien. Ça grimpe dur jusqu’au sommet à 1645 m, surtout « dans ces herbes où on n’avance pas ». L’ascension devient technique. À l’aveugle, il virevolte, tel un cabri qu’il n’est pas, de part et d’autre de la crête pour rallier la cime. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est aérien ! Il ne faut pas être sujet au vertige, ajuste-t-il. Il n’y a pas de vent, la visibilité est complète, alors avec un peu de concentration ça se passe bien. » La vue est incroyable tout en haut, admet-il avec une pointe d’émotion. « Je trouve un petit galet à l’intérieur d’un sachet, où, un Japonais a inscrit son nom après être monté ici en 2008 et 2009 », raconte le baroudeur.

    Après l’effort, le réconfort de l’aventurier

    Puis c’est le moment de redescendre. Flavien traverse quelques névés, quand il croise un couple de locaux et engage la discussion. Il projette une soirée hors des sentiers battus, ils campent en contrebas du sommet ce soir. « Quelle riche idée », ponctue Flavien. Ils sont étonnés de tomber nez à nez avec un étranger ici. « Je leur confie que si j’avais à revenir en Nouvelle-Zélande, je leur piquerais leur idée. » Oui, pour la prochaine fois, car pour s’alléger, ses affaires pour bivouaquer sont au chaud dans la voiture. « Je n’ai pas non plus de nourriture. » D’ailleurs je n’ai pas mangé aujourd’hui, borborygme son estomac lors de la descente.

    Les seize kilomètres de piste avalés, « je prends la direction du nord, plus particulièrement Cronwell (Tīrau) ou bien Alexandra (Areketanara) à plus de trois heures de route ». La voiture crie famine, alors après avoir fait le plein, « je m’arrête dans une grande surface près de Queenstown pour acheter moult denrées, et en particulier de nombreuses cochonneries. » À peine Flavien est-il assis dans la voiture qu’une fougasse, juste déballée, disparaît à vue d’œil comme par enchantement.

    « Je suis si heureux de dénicher une fougasse que j’en garde un souvenir. Comme si c’était la meilleure chose que j’avais mangée jusque là. » En tout cas la seule de la journée, jusqu’à présent. « Je profite du Wi-Fi pour trouver un camping à 1 h 30 d’ici, à Alexandra. Je n’ai pas regardé l’heure de fermeture… 21 h », remarque-t-il, en posant le téléphone et en croisant les doigts, pour qu’il arrive avant que porte soit close. (Crédits : Kyle Roxas/Pexels)

    Un ange tutélaire, discret et fidèle, l’enveloppant d’une présence silencieuse, ne le quitte jamais, et pour cause. « Heureusement qu’une employée fait des heures supplémentaires… Elle me donne un emplacement que je payerai demain matin », sourit le béni des Dieux. Heureusement, car les batteries pour l’appareil photo sont à plat. Après deux jours de transpiration intense, la douche est plus que bienvenue. « Je n’ai toujours pas eu le temps de regarder à mon matelas. Je le pose quand même dans ma tente en ajoutant quelques couches de vêtements en dessous. On verra bien ce que va donner la nuit… » À suivre…

  • Trois attaques ébranlent l’environnement Google, et pas que…

    Trois attaques ébranlent l’environnement Google, et pas que…

    En l’espace de quelques semaines, Google a vu son écosystème frappé par trois secousses majeures : une faille critique dans son service Cloud Dataform, une campagne de phishing exploitant Google Classroom et une possible fuite massive de données touchant Gmail. Ces incidents, confirmés par des sources spécialisées, révèlent la fragilité des géants du numérique face à des cybermenaces protéiformes. Entre correctifs d’urgence, exploitation de plateformes éducatives et piratage revendiqué par Shiny Hunters, la sécurité de milliards d’usagers se retrouve une nouvelle fois sur la sellette.

    L’été 2025 aura mis à l’épreuve la cybersécurité de Google. Trois événements distincts, mais significatifs, ont ciblé son infrastructure et ses services : une faille critique dans Google Cloud Dataform, une campagne de phishing exploitant Google Classroom, et une possible fuite de données concernant potentiellement des milliards d’utilisateurs de Gmail, démenti par la maison mère Google..

    Faille critique dans Google Cloud Dataform

    Le 21 août 2025, Google a corrigé une vulnérabilité critique affectant Google Cloud Dataform, référencée sous le numéro CVE-2025-9118. La faille reposait sur un path traversal (CWE-22) qui consiste à « sortir » du dossier prévu par l’application en injectant des chemins tels que « ../../../../../etc/passwd ».

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    Le problème vient du fait que Google Dataform (un service cloud pour gérer des workflows de données SQL) lit le fichier package.json lors de l’installation de dépendances. Si ce fichier est piégé, il peut contenir des chemins qui obligent le système à écrire ou lire en dehors du répertoire prévu. Vulgairement, un immeuble, ici le Dataform, contient de multiples appartements individuels (les dépôts de différents clients). La faille est semblable à une porte dérobée dans une cloison mal sécurisée. Une personne malveillante peut s’introduire dans n’importe quel logement, en changer ce que bon lui semble, sans y être autorisée.

    L’attaquant à distance, sans avoir besoin de se connecter, peut créer un package.json malveillant — fichier qui décrit un paquet logiciel — pour lire ou modifier les fichiers d’autres clients, comme s’il était l’un d’eux. (Crédits : Caio/Pexels)

    Google a assuré que tous les clients ont été automatiquement protégés après le déploiement du correctif et qu’aucune action supplémentaire n’était requise de leur part. Le score CVSS 10.0 traduit la gravité maximale, car aucun mot de passe n’était requis, accès aux données privées, modification possible de fichiers.

    Campagne massive de phishing

    Quelques jours plus tôt, soit entre le 6 et le 12 août 2025, des acteurs malveillants exploitent la plateforme Google Classroom. Leur but : une campagne de phishing à grande échelle. Selon l’entreprise de cybersécurité Armorblox, environ 13 500 organisations à travers le monde ont été ciblées, via l’envoi de plus de 115 000 messages frauduleux.

    Le stratagème est aussi simple que redoutable. Les attaquants créent de faux cours dans Google Classroom, puis y intègrent des liens malveillants dissimulés dans des documents ou des annonces. Ces cours sont ensuite partagés par courriel sur des entreprises et administrations.

    Leur efficacité repose sur un levier psychologique : la confiance. Venant d’un service légitime, dont le nom de domaine et les certificats ne délivrent pas d’alerte immédiate, tout semble sûr. En réalité, il redirige vers des sites piégés qui distribuent des malwares ou récoltent des identifiants et mots de passe.

    Cette attaque, déjà observée, surfe sur une tendance. Détourner les services de confiance pour contourner les filtres de sécurité classiques et surtout tromper les utilisateurs. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Classe, tableau, écriture

    En détournant l’usage premier de Google Classroom, les cybercriminels hackent le pilier de confiance. Cela rappelle que le plus grand ennemi se cache dans les usages quotidiens. L’attaque exploite ce qu’il y a de plus humain : la confiance, la routine, l’habitude de cliquer sans se méfier, sans regarder. Cette affaire révèle que sans une culture de vigilance partagée par tous, la technologie ne suffira pas. Enfin, selon les révélations de PCWorld, le groupe de pirates Shiny Hunters affirme avoir compromis une base de données associée à Google, en exploitant des accès liés à Salesforce. L’incident aurait exposé les données d’au moins 2,5 milliards d’utilisateurs Gmail, incluant noms, identifiants d’entreprise et autres métadonnées.

    Shiny Hunters, qui sont-ils ?

    Le nom n’est pas nouveau. Depuis 2020, Shiny Hunters s’est imposé comme un acteur central du cybercrime mondialisé, multipliant les assauts contre des entreprises cotées comme contre des plateformes de niche. Leur stratégie : l’industrialisation de la compromission. Le collectif revendique une série de brèches spectaculaires.

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    Shiny Hunters est un collectif de cybercriminels qui a émergé en 2020. Célèbre pour des fuites massives — comme Tokopedia (91 millions de comptes volés), Wattpad (271 millions), AT&T (plus de 70 millions), ou encore l’exfiltration de 500 Go de code source Microsoft —, le groupe a rapidement gagné en notoriété. Il s’illustre par sa capacité à transformer les données volées en armes de chantage et de monétisation.

    À partir de 2025, leur méthode a profondément évolué. Shiny Hunters a fait un virage stratégique vers le vishing (phishing vocal) ciblant Salesforce. Ainsi, en usurpant l’identité du support IT, ils incitent des employés à installer des programmes malveillants, leur ouvrant l’accès aux CRM de Google, Workday, Cisco, Chanel ou Dior.

    (Crédits : BM Amaro/Pexels)

    Aujourd’hui, Shiny Hunters est en capacité de mener des campagnes d’exploitation sociale amplifiée par la technologie, avec une finalité économique claire : l’extorsion. Ce collectif n’est plus un simple groupe de pilleurs de données. Il mute en une entreprise criminelle sophistiquée, où l’intelligence sociale (vishing) devient l’une des clés pour pénétrer les bastions du cloud mondial.

    Shiny Hunters s’allie à Scattered Spider

    Après une année d’inactivité, « Shiny Hunters » refait surface. Silencieux entre juin 2024 et juin 2025, à la suite de l’arrestation de quatre de ses membres, ils signent leurs retours avec une vague d’attaques contre Salesforce.

    Selon les révélations de The Hacker News, « le groupe Shiny Hunters, tristement célèbre pour ses fuites massives de données, semble avoir conclu une alliance avec le gang Scattered Spider ». Reliaquest explique que « Shiny Hunters adopte les stratégies emblématiques de Scattered Spider ». Cette collaboration marque une montée en gamme du cybercrime, passant de l’exploitation individuelle à des campagnes de chantage coordonnées ciblant les clients de Salesforce.

    Scattered Spider, quant à lui, est un groupe de cybercriminels à but lucratif lié au collectif « The Community » (alias The Com). Initialement connu pour les opérations d’échange de données SIM, le groupe a progressé vers l’exécution de systèmes d’ingénierie sociale complexes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

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    Leurs outils sont une combinaison d’ingénierie sociale et des campagnes d’extorsion, une version 3.0 du cybercrime avec l’aide de l’IA. « Soupçonné d’inclure à la fois les membres Scattered Spider et Shiny Hunters, The Com est un réseau tentaculaire de sous-groupes et de cliques disparates qui s’engagent dans l’activité de prise de contrôle, de SIM-swapping, de vol de cryptomonnaie, et sextortion », explique Reliaquest. Quelles sont les prochaines étapes : le Chaos-as-a-Service ? Face à ces menaces, les États doivent-ils imposer une régulation plus ferme, ou le risque d’un monde numérique moins ouvert serait-il pire que le mal qu’il prétend combattre ?

  • Une course contre la montre… (26/55)

    Une course contre la montre… (26/55)

    Après une journée à conduire d’est en ouest, Flavien aspire à une nuit réparatrice. Jusqu’ici tout va bien… C’est sans compter cette nouvelle expérience nocturne, dont il se serait bien passé. Durant la nuit, petit à petit son matelas se dégonfle, se dégonfle… pour ne devenir qu’une fine couche de tissu. Un mal de dos, un lumbago, une lombalgie… bref. Puis, l’aventurier, pour éviter les tracas d’horaires, prend toujours une marge supplémentaire de temps à chaque rendez-vous. Ce qui est efficace quand vous êtes seul…

    « Ce matin, je ne me réveille pas sous les meilleurs auspices », grommelle Flavien en se tenant le dos telle une personne âgée. La moue des mauvais jours, barbu, ronchon… ce n’est pas un ours qui sort de son hibernation, non ! C’est juste son matelas qui s’est percé, et produit une douleur sourde et pénétrante : le fameux et célèbre « tour de reins ». La même douleur ressentie lorsque vous avez cinq à six lattes de cassées durant la nuit. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première fois que cela m’arrive en bivouac sauvage », relativise-t-il.

    Sur terre comme en mer, au cœur du Milford Sound

    Faute de temps, il recherchera l’origine de ce dégonflage ultérieurement. L’heure est au départ vers Milford Sound à 45 minutes de là, enfin plus ou moins le quart d’heure poitevin. Fixé la veille au soir, l’embarquement dans la voiture est prévu à huit heures avec auto-stoppeur de nationalité allemande. « Je me gare près de son hamac… mais il n’est pas prêt. » C’est donc après dix petites minutes que le duo décolle. « Mon GPS hors ligne m’indique une arrivée dans quarante-cinq minutes au Milford Sound », se réjouit Flavien. Le bateau lève l’ancre à 9 h 30, il est nécessaire d’y être un quart d’heure avant, murmure le naturaliste.

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    En réalité, le trajet durera bien plus des trois quarts d’heure prévus. La route est magnifique, longue d’une centaine de kilomètres, « c’est sûrement la plus longue des impasses que j’ai empruntées ». Comme prévu — le temps perdu ne se rattrape pas —, nous arrivons vers 9 h 15, angoisse-t-il. « Je suis stressé, avoue-t-il. Il reste encore dix minutes de marche pour rejoindre le terminal. »

    Pressée par le temps, la recherche de place gratuite (Deepwater Basin Parking) s’écourte. Ce petit parking est situé à 1,6 km de l’embarcadère. « Je paye 20 NZD pour deux heures, une machine à fric… », peste l’aventurier. Dans la précipitation, le duo franco-allemand se sépare en quatrième vitesse. Le terminal ultra touristique ressemble à un aéroport, au milieu de nulle part c’est assez ahurissant, remarque tout de même Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Tout le monde m’avait dit de faire ce tour en bateau malgré les 120 NZD qu’il coûte (60 €). » La croisière est un espace-temps de deux heures dans l’un des plus grands fjords au monde. Le bateau navigue des chutes de Bowen à celles de Striling, avec la vue sur les sommets Kimberly, Pembroke et Peak. « Je ne peux pas dire que je suis déçu… Mais je m’attendais à plus de découvertes », souffle Flavien, contrarié.

    Entre croisière décevante et randonnée grandiose, l’aventure continue

    De retour à quai, « je m’empresse de déplacer ma voiture vers un parking gratuit, pour éviter l’amende ». Bien entendu, grogne-t-il dans sa moustache, il est bien plus loin… Je dois marcher 15 minutes pour acheter de quoi à manger à l’unique café du Milford. « Je prends un hot-dog, le premier depuis des années… » Rien à voir avec son cousin chilien le Completo mangé à Santiago, juste avant son retour en France, il y a plus d’un an.

    En début d’après-midi, le baroudeur rejoint le départ d’une rando qui s’annonce grandiose avec cette météo. Pour un pays où il pleut régulièrement, le soleil est au beau fixe.

    « Je prends la direction de Gertrude Saddle, un col entre 1400 et 1500 mètres d’altitude, réputé pour la botanique. » La randonnée est aussi courte qu’elle affiche son dénivelé positif. Affichant 8,6 km aller et retour, elle débute à 785 m pour culminer à 1441 m. « Ça grimpe dur », confirme-t-il.

    Avec la pluviométrie habituelle, les roches sont érodées, ce qui en fait un paysage étonnant, confit entre deux respirations, le naturaliste. « Pour autant, le rocher accroche bien et je monte vite… Enfin, quand je ne m’arrête pas pour photographier les beaux Aciphylla qui jalonnent la rando », sourit enfin Flavien.

    « Arrivé au col, la vue sur le Milford Sound, 1500m plus bas, est époustouflante. J’ai rarement vu des paysages aussi grandioses. » D’autant que de belles espèces telles que Raoulia buchananii (ci-contre), ou Myosotis pulvinaris complètent le tableau. « Je monte un peu plus à la recherche d’autres espèces. » De retour dans la vallée, Flavien affiche une mine réjouie. « Malgré l’effort physique, j’ai préféré cette randonnée à la croisière du matin. »

    Après le bateau, la marche, place à la voiture. « Je conduis en direction de Te Anau, la plus grande ville du Fjordland peuplée de 2000 âmes. J’espère pouvoir commander une pizza. Je n’ai plus rien à me mettre sous la dent. » Il est vingt heures passées quand il arrive à bon port. Et il y a encore de l’agitation, c’est étonnant, s’amuse-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    La pizza engloutie, c’est encore une heure trente minutes de voiture au crépuscule. Le but affiché : rejoindre une zone de camping non loin de Blackmount, encore plus au sud. « Demain, je conduis la voiture au Bordland Saddle, à 950 m d’altitude, pour une rando très loin des habituels sentiers touristiques. » C’est encore une journée bien chargée qui se clôture. Une nuit plus reposante, espérons, sur le siège passager, car « je n’ai pas eu le temps de regarder à mon matelas ». À suivre…

  • Qui est le maître du venin : la méduse-boîte ou le serpent taïpan ?

    Qui est le maître du venin : la méduse-boîte ou le serpent taïpan ?

    Une question incongrue me direz-vous… L’un des deux est une star depuis son apparition dans le film : Seven Pounds. Quand l’autre connaît son apogée, comme ses cousins dans un long métrage de la sage Indiana Jones dans « Les Aventuriers de l’Arche perdue ». Après la puce et le kangourou, le loir et le chat, un autre duo improbable et surprenant. Ici la taille n’a pas plus d’importance. Spoiler : l’un vous tue en pleurant, l’autre vous tue en souriant. Une beauté ténébreuse face à un cœur eu sang froid. Alors… qui l’emporte dans ce duel au sommet ?

    Un duel improbable entre deux tueurs silencieux venus de mondes totalement opposés, mais d’un même continent. D’un côté, la méduse-boîte (Chironex fleckeri), fantôme translucide des mers chaudes d’Australie entre autre. De l’autre, le taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus), serpent discret mais VIP dans le monde très fermé des toxines surpuissantes, lui aussi est Australien.

    Le venin du serpent taïpan, entre vitesse d’action et létalité

    Le taïpan du désert est couramment présenté comme le serpent le plus venimeux du monde. Une seule morsure pourrait tuer une centaine d’adultes. Son venin est un cocktail complexe de neurotoxines, procoagulants et myotoxines. Il agit rapidement sur le système nerveux, provoquant paralysie et arrêt respiratoire. Heureusement, il est timide comme une grand-mère anglaise et attaque que rarement. D’autant qu’il se nourrit principalement de mammifères. Son met favori est le rat à longs poils.

    Le taïpan du désert,connu sous le nom de « serpent féroce » appartient à la famille des élapidés (famille de serpents venimeux vivant dans les régions tropicales). Ses cousins les plus connus sont : le cobra, le serpent brun, le pseudonaja, le serpent noir de Papouasie, le mamba, l’acanthophis ou vipère de la mort…

    Surnommé « le serpent le plus venimeux du monde », il réside principalement dans les zones arides d’Australie. Son venin est 25 fois plus toxique que celui du cobra, avec une dose létale médiane (LD50) de 0,025 mg/kg chez la souris.

    Son venin contient une cocktail létal agissant en une heure tout au plus. Les neurotoxines, telles que la paradoxine, bloquent la libération de neurotransmetteurs, entraînant une paralysie rapide. Les myotoxines détruisent les tissus musculaires, tandis que les coagulants provoquent des caillots sanguins, augmentant le risque de défaillance organique. (Crédits : XLerate)

    Malgré la puissance de son venin, le taipan du désert est extrêmement timide et évite les contacts humains. Il vit dans les régions arides de l’Australie centrale et est rarement observé. En raison de sa nature reclusive et de son habitat isolé, il n’existe aucun cas documenté de décès humain causé par sa morsure.

    La toxicité foudroyante de la méduse-boîte

    En apparence, la cuboméduse n’est pas la plus dangereuse des méduses. Petite, cubique, elle est appelée par le doux sobriquet de box jellyfish, par les anglophones. Elle vit dans les eaux chaudes d’Australie, comme en Asie du Sud-Est où elle trouve sa pitance. Sa préférence va aux petits poissons et aux crevettes roses (Acetes australis). Ce qui peut surprendre les visiteurs en Australie, est la présence de pancartes indiquant la présence de « guêpe de mer ».

    Mais la méduse-boîte n’est pas là pour plaisanter. Son venin contient des porines, sortes de poisons perforants qui détruisent les cellules à vitesse grand « V ». Contrairement aux autres cnidaires, il ne provoque pas de réaction allergique lorsqu’il entre en contact avec un autre être vivant.

    Le poison inoculé peut provoquer un arrêt cardiaque, un œdème pulmonaire et une telle douleur que certaines victimes se noient… par réflexe. Elle est d’ailleurs responsable de plusieurs dizaines de décès documentés depuis un siècle.

    La plus dangereuse des cuboméduses a pour nom scientifique Chironex fleckeri. Son corps, à l’âge adulte, peut mesurer jusqu’à 20 cm de côté avec pas moins de 60 tentacules longs de quatre mètres et de six millimètres d’épaisseur. Elle possède quatre grappes de six yeux qui lui permettent de former des images. (Crédits : DR1)

    Pratiquement transparente, la cuboméduse est particulièrement difficile à repérer. Le venin agit à la fois sur le cœur, les nerfs et la peau. Il est extrêmement difficile à neutraliser rapidement, même avec un anti-venin. La toxicité estimée est d’environ 0,04 mg/kg, mais surtout, elle peut injecter ce venin en plusieurs points à la fois, via ses longs tentacules urticants.

    Verdict : qui gagne ?

    Sur le papier, le venin du taipan est plus toxique gramme pour gramme. Dans les faits, la méduse-boîte tue plus vite et plus souvent, en particulier en l’absence de soins immédiats. Autrement dit : entre la seringue reptilienne et la nappe urticante, le danger le plus démocratique reste flottant. Si l’on mesure la toxicité pure, c’est-à-dire la dose nécessaire pour tuer, le taïpan du désert l’emporte.

    Mais si l’on parle d’effet immédiat et de danger réel pour l’humain, la méduse-boîte est plus meurtrière, car elle est plus susceptible de tuer très rapidement, avant même l’arrivée des secours. En aparté, un détail qui a son importance. L’Australie est le territoire qui contient une faune et flore unique, donc plus de dangers qu’ailleurs, en toute logique.

    Bien que le taipan du désert détienne le record de toxicité pure, la méduse-boîte représente un danger plus immédiat pour l’homme en raison de la rapidité de son action et de la fréquence de ses rencontres avec les humains.

    La nature a doté ces deux créatures de moyens de défense redoutables, mais leur impact sur l’homme dépend largement de leur environnement et de leur comportement. (Crédits : DS stories)

    Conclusion ? Si vous aimez nager, craignez les filaments. Si vous aimez randonner, respectez les sifflements. Et dans tous les cas, souvenez-vous : le silence est souvent l’arme des plus toxiques.

    1. Jan Bielecki, Alexander K. Zaharoff, Nicole Y. Leung, Anders Garm, Todd H. Oakley (edited by Ruthven (d)) — Jan Bielecki; Alexander K. Zaharoff, Nicole Y. Leung, Anders Garm, Todd H. Oakley (June 2014). “Ocular and Extraocular Expression of Opsins in the Rhopalium of Tripedalia cystophora (Cnidaria: Cubozoa)”. PLOS ONE 9 (6). DOI:10.1371/journal.pone.0098870. ↩︎
  • L’étonnant printemps de 1925

    L’étonnant printemps de 1925

    Une société évolue sans cesse, sinon elle meurt. Si les femmes voient leurs droits et leurs devoirs s’aligner sur ceux des hommes, ce ne fut pas toujours le cas. La politique se targue de vouloir afficher autant de femmes que d’hommes dans les assemblées. Mais il a fallu bien du courage aux femmes, aux suffragettes peu importe le parti politique, pour se mettre dans la lumière en 1925. Si les réseaux libèrent la parole et la portent aux quatre coins du monde, seule la presse existe en 1925, il ne faut pas l’oublier. La liberté d’aujourd’hui s’est construite hier.

    Le 26 août 1925, le quotidien « Le Journal » publie un croquis satirique intitulé « L’évolution féminine ». Derrière la caricature, un constat : la société française change, lentement, mais irréversiblement. Alors que l’Europe panse encore les plaies de la Grande Guerre, déjà, une autre bataille s’esquisse : celle de l’émancipation des femmes.

    Élues sans avoir le droit de vote

    Ce printemps-là, les Français sont appelés aux urnes pour les élections municipales des 3 et 10 mai 1925. Le scrutin marque un tournant. Le Parti communiste ose présenter une dizaine de candidates, un geste plus qu’audacieux à une époque où l’idée même d’une femme en politique hérisse encore la plupart des formations. « En dehors du Bloc ouvrier et paysan, les femmes candidates sur des listes électorales sont loin de réjouir les autres partis », rappellent les archives. Mais l’histoire s’écrit dans le tumulte : pas à pas, une brèche s’ouvre dans le mur de l’exclusion.

    La polémique est telle que le ministère de l’Intérieur doit intervenir. Il ordonne à la préfecture de la Seine d’instruire chaque bureau de vote : les bulletins déposés en faveur d’une candidate doivent être comptés. Une précision qui en dit long sur les résistances de l’époque.

    Et le 10 mai, l’impensable se produit : plusieurs femmes accèdent à des conseils municipaux de banlieue parisienne. Augustine Variot à Malakoff, Marie Chaix à Saint-Denis, Marthe Tesson à Bobigny. Événement doublement paradoxal : ces élues siègent dans l’arène politique… sans avoir, elles-mêmes, le droit de voter. Cela semble ubuesque aujourd’hui, mais « plus d’une dizaine d’entre elles sont élues », écrit Retronews.

    Mais l’accession de Marthe Tesson au poste d’adjointe au maire soulève alors un brouhaha national. Comment admettre qu’une femme dirige… alors qu’elle n’est même pas reconnue électrice ?

    Un imbroglio politique

    À travers ce printemps mouvementé, un symbole s’impose : l’égalité réelle ne naît pas d’un décret unique, mais de batailles successives, de brèches ouvertes et de résistances affrontées. Comme le dessin du quotidien Le Journal, l’évolution d’une société se mesure à l’équité de ses droits et de ses devoirs.

    Il faudra attendre vingt ans encore, et l’ordonnance du 21 avril 1944, pour que les Françaises obtiennent enfin le droit de vote et d’éligibilité. Mais en ce mois de mai 1925, dans les urnes de banlieue, le futur de la République s’était déjà invité. (Crédits : Le Journal/BnF/Gallica)

    L’exemple de Marthe Tesson ou Marie Chaix est criant de vérité sur la société d’hier, elle évolue petit à petit. Marthe Tesson siégera au conseil municipal de Bobigny jusqu’en novembre 1925, en tant que deuxième adjointe. Une suspension préfectorale d’un mois prononcée le 15 juin 1925, puis une de trois mois le 11 juillet entravent leurs avenirs d’élues politiques. Marthe Tesson et Marie Chaix, portent un recours devant le Conseil d’État, mais celui-ci sera rejeté le 29 janvier 1926. Elles quittent leurs fonctions le jour même.

  • Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Il existe des journées où notre seule pensée dès le réveil est : « J’aurais mieux fait de rester couché. » C’est le sentiment que Flavien arbore au saut du lit. Pourtant et malgré les écueils, elle sera au final meilleure qu’espérée, cette « maudite journée ». Flavien découvre davantage de nouvelles choses, expérimente des situations plus ou moins amusantes. Mais comme le chat, il réussit toujours par retomber sur ses pattes. Entre formation géologique, déconvenue et rencontre, celle qui commença sur une mauvaise note finit en symphonie.

    « Quelle journée encore », sourit Flavien sans pour autant nous expliquer pourquoi. Le réveil sonne tôt ce matin, à 5 h 20 quand la pluie se met à frapper, sans discontinuer, le sol. « Je m’empresse de ranger ma tente dans la voiture, j’espère qu’elle pourra y sécher. » Une fois embarqué, Flavien prend la direction de la plage de Moeraki Boulders (Kaihinaki).

    Entrez dans la légende Maorie Ārai-Te-Uru Marae

    Elles sont des roches sphériques qui ressemblent à des œufs de dinosaures, ou encore à des extraterrestres selon les légendes urbaines. Concrétions septaires, leur formation se situe entre 13 et 56 millions d’années, soit de l’Éocène au Miocène. « Elles me font rêver depuis que je les ai vues dans une revue naturaliste il y a quelques années », explique-t-il. En aparté, ces sphères de pierre fascinent autant les géologues que les voyageurs tels que Flavien. Issues d’un lent travail, elles semblent avoir roulé depuis les profondeurs du temps, pour être contemplées, sur cette plage.

    rocher, new-zealand, plage

    Les légendes maories, elles, y considèrent autre chose après le naufrage de l’arche mythique Arai-te-uru. Le filet de pêche du canoë et la gourde d’eau (calebasse) ont été transformés en pierre à Moeraki, où ils peuvent encore être vus sous la forme des Moeraki Boulders. Le canoë lui-même est resté à Shag Point. Entre science et épopée, ces boules offrent un spectacle où l’imagination se mêle au ressac.

    Pour faire une belle photo, l’aventurier minimise les aléas, jusqu’à l’heure de la marée basse. « J’ai pris un camping proche de la plage, car le soleil est censé se lever à 6 h 01 », commente Flavien en conduisant. La plage, qui accueille ces formations délicatement posées sur le sable est orientée à l’est. Le chant de l’aube offre ses éclats les plus précieux, murmure-t-il. « Après un quart d’heure, j’arrive sur la plage où cinq personnes sont déjà présentes, se rassure Flavien. J’avais peur qu’il y ait foule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux heures durant, le naturaliste tâtonne. « Ce n’est pas simple avec les lumières changeantes, la pluie menaçante et les gros nuages gris, de capter l’instant parfait pour une photo. » Un moment seul, un autre non, Flavien apprécie avec justesse ce moment tant espéré. Mais avant de partir, sur les coups de 8 h 30, « je prends une pâtisserie et un chocolat chaud au café (du même nom) qui surplombe la plage de plusieurs kilomètres de long. » Une longue journée de conduite l’attend, avec pas moins de 450 kilomètres, d’est en ouest. « J’espère être à Milford Sound ce soir, indique Flavien. Avec quelques étapes à réaliser. »

    Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !

    À peine assis, que le premier arrêt s’effectue au Shag Point. « L’odeur de la colonie me remémore quelques souvenirs », dit-il en observant des cormorans nicheurs et des otaries. Voguant au sud, il arrive à la péninsule d’Otago, près de Dunedin et du château Larnach. Ce bras de terre qui s’avance dans l’océan Pacifique est un sanctuaire naturel. Là, les falaises accueillent la danse des albatros royaux, seuls de leur espèce à nicher en dehors des îles océaniques. Plus bas, sur les rivages battus par les vents, lions de mer et otaries s’étirent paresseusement. Ici, l’homme n’est qu’un invité discret, toléré par la majesté sauvage de la faune.

    « Je descends à Sandfly Bay, une magnifique plage où quelques lions de mer et otaries se prélassent. » L’arrêt est de courte durée, la pluie menace. « Je reprends la voiture en direction de l’Albatros Center pour le visiter, mais l’entrée à 60 $ m’en dissuade. »

    De retour face au volant, direction la dernière étape à « The Nuggets Point ». Car au sud de la Nouvelle-Zélande se trouve un très beau phare. L’image est idyllique. « La vue se prolonge sur des îlots sauvages… un air de Bretagne. Les magnifiques plages de sable blanc, de bois flotté précédant l’arrivée valent à elles seules le détour. »

    Dressé depuis 1870 sur son éperon rocheux, le phare de Nugget Point scrute l’horizon avec une constance immuable. Autour de lui, une constellation d’îlots déchiquetés surnommés The Nuggets émerge des flots, comme des lingots jetés dans la mer. (Crédits : AJMANDELL1/Wikipedia)

    phare, océan, soleil

    Sur ces rochers, des colonies d’oiseaux marins et d’otaries se partagent le territoire, offrant un concert naturel au voyageur. Par temps clair, la vue s’étire à l’infini, donnant l’illusion d’un monde resté intact, entre Bretagne et Pacifique. À 16 h, les heures s’effacent, il faut s’élancer sur l’asphalte, avec un peu plus de quatre heures de route pour rejoindre Milford Sound.

    Jusqu’ici tout va bien…

    La fatigue se fait sentir. « Je m’arrête pour faire une sieste à Gore. » Reposé, il continue son périple jusqu’à Mossburn. Sa voiture de location a elle également besoin de faire le plein de carburant. « Je sors encore 100 NZD. Le SP91 s’affiche à 2,63 $ le litre », se désole l’aventurier du bout du monde. Toujours au cœur de la ville, Flavien prend son premier auto-stoppeur du voyage. Un baroudeur de nationalité allemande âgé de 20 ans, qui va lui aussi au Milford Sound (Piopiotahi).

    nature, repas, camping

    Petit aparté, Milford Sound est l’attraction naturelle la plus déroutante de Nouvelle-Zélande. Une combinaison magique de sommets montagneux, d’eaux d’un bleu profond et d’un bleu cristallin, où les falaises sont recouvertes de forêts. Cette journée est l’occasion pour Flavien, sans le savoir, de parcourir et de s’imprégner de la culture maorie à travers la légende Ārai-Te-Uru Marae.

    Revenons au périple de Flavien. L’arrivée de cet auto-stoppeur tombe à point nommé. « Je ne vois pas le temps passer à parler anglais, et l’envie de sommeil s’estompe. » Finalement, après deux heures de conduite, ils trouvent une aire de bivouac, qu’ils pensaient à tort payante. Plusieurs personnes sont installées, gardant son aspect sauvage, avec une magnifique vision sur le fjord qui nous entoure, ajoute Flavien. Le duo s’établit à une centaine de mètres l’un de l’autre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien se prépare des pâtes au pesto avec un nappage de fromage fondu. Les deux mangent ensemble. « Il est très sympa, encore étudiant, mais je ne connais même pas son prénom », s’interroge Flavien. Demain, il l’emmène jusqu’à la destination, à 45 min d’ici. « J’ai réservé le bateau pour visiter les fjords à 9 h 30 », ajuste le naturaliste. « Je ne me souviens plus depuis quand je n’ai pas croisé quelqu’un qui voyage tout seul… Tous voyagent en couple ici… Jamais vu ça », s’interroge d’une moue dubitative, l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • Tensions dans le cyberespace ?

    Tensions dans le cyberespace ?

    Les cyberattaques sont devenues le quotidien, alors qu’elles devraient être exceptionnelles. Dorénavant, la seule inconnue est la date à laquelle je vais, vous allez, nous allons… subir une attaque cybernétique. Car, une série de cyberattaques frappe simultanément des géants de la Tech et des opérateurs de télécommunications, exposant un peu plus encore des milliards de données personnelles. Renforçant la mainmise sur des données à fort potentiel, et pour une augmentation des tentatives d’attaque (DDoS, phishing, spearphishing…) tous azimuts.

    Derrière l’exploitation de ces failles, des organisations d’individus souvent nommés « hackers ». Ils utilisent notre dépendance à l’IT à des fins financières ou de cyberespionnage, que ce soit à titre individuel ou étatique. Les risques pour la sécurité numérique mondiale sont réels. L’exemple de la gestion du cloud du Pentagone par des ingénieurs chinois en Chine est flagrant. Ces derniers jours, le conglomérat derrière le ransomware Datacarry a revendiqué l’attaque contre la société française Peggy Sage avec un fichier compressé de 11,3 GB.

    Google, Orange et Cie…

    Mais c’est un coup de tonnerre numérique qui électrise un ou deux bits. Google confirme que 2,5 milliards d’utilisateurs de Gmail sont affectés. D’ailleurs Google n’est pas seul, Orange Belgique est aussi une victime. Tout comme des serveurs de l’armée d’Argentine qui auraient été compromis par des groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon. Concernant Google, c’est en lien étroit avec l’affaire Salesforce, d’autres clients font les frais de cette campagne : Air France-KLM, Bouygues Telecom. « Le Google Threat Intelligence Group (GTIG) suit les activités d’extorsion suite aux intrusions de UNC6040, parfois plusieurs mois après le vol initial de données, sous le nom de UNC6240. »

    Cela implique des appels (vishing) ou des courriels (phishing) aux employés des entreprises victimes. Ils exigent un règlement en bitcoin, dans les 72 heures. « Lors de ces communications, UNC6240 a constamment affirmé être le groupe de menace ShinyHunters. »

    « Ils ont exploité des vulnérabilités dans Salesforce pour manipuler les comptes », confie un ingénieur sous couvert d’anonymat. L’entité ShinyHunters/UNC6040, réputée pour ses campagnes ciblées et ses fuites massives, est très fortement soupçonnée d’être à l’origine de cette opération.

    Parmi elles, les « dangling buckets », permettant de récupérer des informations oubliées sur des serveurs mal configurés, et des manipulations de comptes à grande échelle. Le risque est immédiat : phishing, escroqueries… (Crédits : Caio/Pexels)

    Databreaches.net rapporte, début août, que « les acteurs de la menace ont déjà envoyé une demande d’extorsion à Google ». Google, dans un communiqué, a assuré avoir alerté toutes les victimes et renforcé ses protections via les passkeys et le programme de protection avancé. Néanmoins une vigilance constante est nécessaire face aux messages suspects. Car « UNC6040 est un groupe de menace à motivation financière qui accède aux réseaux des victimes par ingénierie sociale de phishing vocal. »

    Un opérateur sous haute surveillance

    À Bruxelles, l’attaque de 850 000 comptes Orange révèle un autre visage. Selon le communiqué d’Orange Belgique, des données — nom et prénom, numéro de téléphone, numéro de carte SIM, code PUK (Personal Unblocking Key) et les tarifs — ont été consultées. Aucun mot de passe ou donnée bancaire n’auraient été consultés, toujours selon ledit communiqué. Pour un utilisateur lambda, l’attaque pourrait sembler moins grave que celle touchant Google. Pourtant, les risques de vol d’identité et de fraude (sociale) sont réels.

    Le SIM swapping est la technique permettant de prendre le contrôle d’une ligne mobile pour accéder à des services financiers ou professionnels. Le porte-monnaie est au cœur des inquiétudes de chaque individu.

    Le secteur des télécommunications, considéré comme infrastructure critique, illustre à quel point la dépendance à des systèmes centralisés et vulnérables peut fragiliser la sécurité nationale.

    En Argentine, des serveurs de l’Armée, du ministère de la Santé et de la Fondation ArgenINTA ont été compromis via ransomware et exploitation de SharePoint. Les groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon, connus pour leurs liens avec Pékin, sont partiellement responsables. Des groupes que l’on retrouve avec ce que l’on pourrait nommer le petit « Pentagon-Gate ». Ces incidents démontrent qu’elles ne sont plus de simples cyberattaques, mais des opérations à dimension géopolitique et géostratégique.

    Quand la géopolitique s’invite dans le cyberespace

    Elles exploitent des vulnérabilités, ouvrant la voie au cyberespionnage et à la perturbation d’infrastructures critiques. « Chaque grande puissance joue sa partition dans le cyberespace, et autant dire que la symphonie est tout sauf harmonieux. »

    Les incidents récents révèlent des patterns communs : dépendance aux services cloud centralisés, exposition massive de données, et insuffisance des audits réguliers. Sur le plan géopolitique, ces attaques rappellent que la souveraineté numérique n’est pas une option. Alors, la maîtrise des systèmes d’information est un enjeu stratégique, car chaque faille est exploitée. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Ainsi, le renforcement des défenses critiques et la sensibilisation des utilisateurs ne sont plus des recommandations : elles constituent la première ligne face à des menaces de plus en plus sophistiquées et politiquement instrumentalisées. D’ailleurs le Royaume-Uni annonce en juin 2025 qu’avec une dotation d’un milliard de livres, l’État britannique déploie l’IA, car selon John Healey « le clavier est devenu une arme de guerre ».

  • Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Déjà un mois, en ce neuf janvier 2025 que Flavien a quitté la quiétude de Lavausseau, la cité des tanneurs, pour un périple néo-zélandais. Un mois de photographies, de vues à couper le souffle, de rencontres inoubliables… bref, un voyage hors du commun. Mais pourtant, loin d’être blasé, il rêve de choses simples. Ainsi, le plaisir de manger, de passer un moment en bonne compagnie, jouer au billard à l’autre bout du monde, jusqu’à un simple lever de soleil. Simple, sûrement mais sur le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, le mont Cook.

    « Ce matin, je me met un coup de pied aux fesses pour me lever », raconte-t-il. L’heure sur sa montre indique cinq heures passée de trente minutes. L’heure des derniers songes avant d’émerger logiquement de la couette, bien plus tard. Mais l’aventurier du bout du monde est en quête d’une nouvelle expérience. Il a vécu des couchers de soleil, dont celui sur le mont Cook, hier. Mais un lever de soleil à cette altitude en Nouvelle-Zélande, pas encore.

    Le temps est suspendu

    « J’ai mis un réveil à deux heures, pour voir les étoiles mais le froid m’en a découragé. » Malgré son sac sarcophage, son nez est tout simplement gelé, ce matin. « Il m’en faut plus pour me décourager. J’enfile deux pantalons, cinq couches en haut, mes gants, mon buff et mon bonnet. Autrement dit tout ce que j’ai. » Cet ensemble est agréable pour attendre à 6 h 06, les premiers rayons de soleil léchant le sommet.

    La température à Aoraki, soit mille mètres plus bas est de 5 °C, le 9 janvier 2025. « La température décroît de 0,65°C tous les 100 m quand on s’élève », explique le club alpin français de Lyon-Villeurbanne. Selon le calcul simplifié de température ressentie (Windchill) elle serait au moment du lever de soleil de -6 °C.

    « Il faut attendre 6 h 18 tapante, pour qu’il commence à réchauffer la dizaine de personnes qui, comme moi, attendent ce moment depuis plusieurs dizaines de minutes. »

    Aucun nuage à l’horizon, quel contraste avec la soirée d’hier… Pour continuer à profiter du moment, je monte jusqu’au Mont Ollivier à 1930 m. « Là haut, je suis tout seul à surplomber la vallée, à admirer les avalanches qui font un bruit fracassant dans ces vallées glaciaires qui m’entourent », commente Flavien tel un lézard au soleil. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est aux alentours de 7 h 30 quand « je retourne auprès de ma tente ». Elle est touchée à son tour par le soleil. « La chaleur est nécessaire pour sécher la pluie d’hier. » Comme un amateur de puzzle, l’aventurier étale toutes ses affaires sur les rochers jouxtant son lieu de villégiature. Durant plus d’une heure, les frusques sèchent avant de pouvoir les ranger dans le sac. Action nécessaire pour éviter que des moisissures s’installent à la longue.

    « J’en profite pour faire bouillir l’eau du refuge lors de la redescente. C’est la première randonnées où je ne trouve pas d’eau… En même temps elle est sous forme de neige ou de glace ici. »

    À 9 h pétantes, le naturaliste chemine dans les traces de la veille, avec des paysages bien plus admirables assure-t-il.

    C’est l’occasion de refaire les photos de plantes avec les rayons de soleil. « Les nuages grimpent, comme rappelés par le soleil… ainsi que les nombreuses personnes que je croise, s’ils savaient ce qu’ils ont loupé. »

    De retour à sa voiture de location, il se fige. « Hier, je croyais qu’il y avait du monde, et bien j’avais rien vu. » La route se trouve flanquée d’un ruban de part et d’autre sur près d’un kilomètre, tel un couloir silencieux de métal inerte. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est dingue tous ces touristes qui se traînent en claquette ou en robe pour faire les petits sentiers alentours. » L’aventurier du bout du monde via le WI-FI du centre des visiteurs, vérifie les prévisions météorologiques pour la suite de son périple.

    Le plus grand glacier néo-zélandais

    Les prévisions ne sont pas enchanteresses, bien au contraire. « La journée de demain n’est pas dingue, alors je retourne près de la côte. » En cas de temps peu enclin à la balade, l’écriture est idéale. « J’en profite pour acheter quelques cartes postales. » Après avoir mangé un sandwich dans un café plutôt luxueux, il se met au volant pour se retrouver à Tasman Lake, le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande.

    « Là aussi il y a foule », admet-il. Mais le marcheur solitaire, bifurque rapidement pour retrouver un sentier plus sauvage, où il observe moult espèces amphibies auprès de plusieurs lacs.

    « Ça fait soixante-douze heures que j’ai pas pris de douche… J’ai fait couler quelques litres de sueurs ces trois derniers jours. Les batteries de l’appareil photo sont pleines de vide, alors pas le choix. »

    Il est quinze heures bien tassées quand il se décide à reprendre la voiture pour réaliser les 3 h 30 de route le séparant du camping de ce soir. La route est belle, les paysages sont parfois très semblables aux steppes patagoniennes, je suis à nouveau surpris par ce pays, sourit-il. Arrivé au camping, je payerai seulement quatorze dollars néo-zélandais plus deux pour la douche… « C’est la bonne affaire après le plein d’essence qui ma coûté près de 100 NZD. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai pris la location la moins onéreuse, sans réfléchir à la consommation. Elle a l’air de bien tirer », se rend-il compte. Au menu, pâtes au pesto, vidage de la poubelle, remplissage des batteries, et organisation de ses futures journées en rapport à la météo. « Encore une belle journée, demain mes mollets et mes cuisses devraient pouvoir se reposer. » Ses jambes soufflent en silence, se taisent mais apprécient religieusement un peu de repos. À suivre…

  • Qui voit le mieux : l’abeille ou le renne ?

    Qui voit le mieux : l’abeille ou le renne ?

    La nature est parfois joueuse. Elle peut changer la couleur des mirettes de certains au gré des saisons. Elle octroie une vision à 360 degrés aux autres. L’Univers équipe certains animaux d’un sixième sens. Doués de sens supérieurs à ceux de l’être humain, les animaux nous surclassent. Invisible pour l’humain, l’ultraviolet est pourtant une longueur d’onde courante dans la nature. Certaines espèces y ont accès, tel un super-pouvoir. Alors, entre l’abeille, star de nos jardins, et le renne, seigneur des toundras, lequel voit vraiment ce que nous ne voyons pas ?

    « Mesdames et Messieurs, approchez ! », s’agite le commentateur. « Sous vos yeux, ébahis, dans le coin gauche du ring, poids plume incontesté de la pollinisation, championne du nectar et maîtresse des signaux invisibles, voici… sous vos applaudissements… l’Abeille ! » Quand le silence réapparaît, il reprend son micro : « Et dans le coin droit, le colosse des neiges, poids lourd des steppes arctiques, roi de la migration et maître du camouflage spectral, voici… voici… le Renne ! »

    Une vision florale augmentée

    Il est des regards qui ne se contentent pas de simplement contempler le monde : ils le traduisent, l’enrichissent, le transforment et le vivent pleinement. D’un côté du ring, l’abeille (Apis mellifera). Elle est la funambule du visible, capte les éclats fugitifs du rayonnement ultraviolet et métamorphose le banal d’une fleur en une carte lumineuse l’aiguillant vers le nectar.

    Cent milligrammes de pure efficacité, vision ultraviolette, détectrice de motifs floraux cachés, œil à facettes contenant jusqu’à 6 900 ommatidies, guidage GPS naturel, fidélité absolue aux fleurs… un bijou technologique. Son point faible est sa vision floue au-delà de quelques mètres. « Mais franchement, qui a besoin de voir loin quand on sait où trouver les fleurs ? »

    Saviez-vous qu’elle dispose de cinq yeux ? Les trois ocelles placées sur le sommet du crâne sont sensibles aux variations de lumière. Utiles pour la stabilisation lors du vol, entre le ciel et le sol. Les deux plus gros sont facilement identifiables par l’être humain, et constitués d’environ 5000 facettes hexagonales : les ommatidies.

    Chaque ommatidie se présente et fonctionne comme un récepteur visuel indépendant. Elle capte la partie du champ visuel situé juste devant, mais aucune image ne s’y forme. Chaque ommatidie, d’une taille de 5 à 50 µm, détient une partie de l’image qui se recompose en une photo granuleuse dans le cerveau.

    Une merveille de la nature.

    Un objet dans le champ visuel émet omnidirectionnellement des rayons. Il excite ainsi l’œil dans sa globalité, mais seul le rayon positionné dans l’axe du rhabdomère sera imprimé.

    Chaque œil contient des récepteurs percevant les ultraviolets, ces longueurs d’onde que notre lentille bloque. Quand une fleur se présente, nous la découvrons belle, mais banale. L’aculéate mellifère observe des cartes luminescentes, ou diagrammes invisibles à notre regard. Elles indiquent, par des motifs fluorescents, où se trouve précisément le nectar, précieuses informations.

    L’abeille ne voit pas comme nous. Chaque facette s’allume, s’éteint tour à tour. Ce qui produit une vision séquentielle fulgurante (100 images par seconde), quand l’œil humain en perçoit à peine vingt. Un talent vital pour l’ouvrière. Telle l’acrobate, elle repère une fleur agitée balayée par le vent, évite les branches d’une forêt dense, à la vitesse de sept mètres par seconde, soit plus de vingt-cinq kilomètres par heure. (Crédits : Silvio Fotografias/Pexels)

    « Les abeilles détectent des mouvements très fins, et ce, de façon plus rapide que nous. Elles n’ont pas une très bonne acuité : elles ont à peu près 1/10ᵉ de vision. Et elles voient flou par rapport à nous. Elles perçoivent les couleurs bien sûr, mais pas les mêmes que nous. Leur spectre est décalé dans les UV. Elles ne voient pas les couleurs rouges. Mais elles voient les ultraviolets que nous ne voyons pas », explique Aurore Avargues-Weber sur Radio France. Elles possèdent une vision trichromatique. Les abeilles distinguent le bleu, le vert et les U.V.. Les autres teintes leur apparaissent en noir.

    L’ultraviolet pour contrer l’adversité

    Dans le coin opposé, le renne. Le gardien des immensités polaires adapte son regard à l’onde bleue du crépuscule arctique. Ses yeux passent du doré à l’azur pour vivre la nuit. L’œil du renne n’est pas seulement un observateur : c’est un transformer du regard. En été, son tapetum lucidum — ce tapis brillant derrière la rétine — miroite dans des tons or et turquoise.

    Entre 90 et 180 kg, jusqu’à 300 kg, une adaptation oculaire saisonnière, vision UV dans les neiges éternelles, égalité des sexes face aux bois, tapetum lucidum modulable, la détection des prédateurs et des lichens grâce aux ultraviolets. Son point faible, il est moins agile qu’une abeille dans un champ de fleurs. « Mais personne n’a encore vu un renne butiner, n’est-ce pas ? »

    Mais l’hiver venu, sous le silence bleuté des nuits boréales, ce même miroir prendra une teinte d’un azur profond. Cela intensifie la sensibilité visuelle malgré une légère perte de netteté. Là où le renne rejoint l’abeille, c’est sur sa vision de l’ultraviolet.

    Une défense dernière génération

    Ce fait, bien moins connu, est découvert par des chercheurs de l’université de Tromsø, en Norvège, en 2011. « Même en hiver, au Yukon ou dans le nord du Manitoba, vous avez un cycle jour-nuit. Nous n’avons pas cela », explique Nicholas Tyler, à National Geographic. Ce chercheur au Centre d’études Sâmes, à l’université de l’Arctique de Norvège à Tromsø, martèle que « c’est une chose vraiment unique ».

    Pourquoi me direz-vous ? Parce que dans l’Arctique, où tout est blanc ou presque, la vision UV révèle des contrastes invisibles à l’œil humain. Le crépuscule hivernal est environ 100 000 fois moins lumineux que la lumière du jour estivale. Lorsque le soleil est sous l’horizon, ses rayons traversent une couche atmosphérique plus épaisse. Elle augmente l’absorption des longueurs d’onde plus longues (rouge/orange) par l’ozone, ce qui laisse prédominer les longueurs d’onde plus courtes (bleues) dans la lumière diffusée. Ce phénomène est connu sous le nom d’absorption de Chappuis.

    Il voit l’urine de loup, la fourrure du prédateur ou même des plantes légèrement abîmées, tels les lichens, car elles absorbent différemment les UV. (Crédits : Barry Tan/Pexels)

    Comme le chat, le tapetum lucidum améliore la vue malgré le peu de luminosité. Si bien que les yeux du renne reflètent une lumière or blé en été, et un bleu azur profond en hiver. Le renne y gagne en capacité de survie, tant pour détecter la menace que sa nourriture, ce quelle que soit la luminosité crépusculaire voire même la météorologie. Des nuances invisibles à nos yeux humains.

    Deux stratégies vitales

    Chez l’abeille, la vision ultraviolet est tournée vers la vie, la pollinisation des fleurs, la survie de la ruche. Chez le renne, elle est tournée vers la survie, la fuite, l’adaptation au froid extrême. Et chez l’humain ? Peanuts, Wallou, Nada, Rien.

    Leurs cerveaux ont appris à traduire cette lumière invisible en informations vitales. Et nous ? Nous avons recours à la science pour savoir, comprendre ce qui nous échappe. L’abeille et le renne ouvrent pour nous des fenêtres sur l’autre côté du visible. L’un dévoile les stratagèmes développés par les fleurs ; l’autre révèle la nuit et la vie sous une palette rare.

    Ces deux visions, merveilleuses dans leur adaptation, invitent à une vérité poétique : ce qui compte n’est pas seulement ce qu’on voit, mais comment on voit. Ce que vous ne voyez pas n’est pas forcément inexistant. Les UV, comme tant d’autres mystères du vivant, nous rappellent que la nature est bien plus vaste que notre perception humaine.

    Et si demain, on apprenait à « voir » autrement ? Du moins plus loin que notre cher et précieux smartphone ?

    (Crédits : Rakibul Alam Khan/Pexels)