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  • La cybersécurité de la santé est en hypotension

    La cybersécurité de la santé est en hypotension

    Les attaques cybernétiques mettent le monde de la santé en urgence absolue. Cet univers est confronté à une menace numérique sans précédent. Depuis quelques années, les cyberattaques se multiplient, ciblent les données médicales sensibles, paralysent des services entiers. Ce qui pose des questions sur la résilience du système de santé. L’attaque récente contre le logiciel Weda, utilisé par des milliers de médecins, cristallise ces risques. Est-elle révélatrice d‘un mal encore plus profond ?

    Mais cet incident intervient dans un contexte plus vaste. Le secteur de la santé fait face à une hausse des menaces cyber et à des défis structurels dans l‘exercice de la médecine, autant en milieu rural qu’en milieu urbain. Du CHSF à Cannes en passant par Argenteuil, les hôpitaux souffrent en silence. Bientôt, les professionnels de santé passeront plus de temps sur les écrans que sur les patients. Pour la question cyber, la réponse institutionnelle tient en quatre lettres : CaRE. Acronyme pour Cybersécurité accélération et Résilience des Établissements.

    Crise de tachycardie pour Weda

    Dans la nuit du 10 novembre 2025, Weda, éditeur de logiciels métiers du groupe Vidal, utilisé par des médecins généralistes, spécialistes, sages-femmes ou centres de soins, a été victime d’un cyberincident. Face au risque, l’éditeur a suspendu la plateforme en mode SaaS (Softaware as a Service), invoquant la protection des données des professionnels et des patients.

    Seringue, liquide, santé

    Le bilan, à ce stade, est lourd : 23 000 professionnels de santé auraient été impactés. Tandis que la société revendique 85 000 praticiens. Pendant cette période, de nombreux praticiens ont dû revenir au crayon et au papier. Weda évoque une remise en marche partielle de certains services, mais la situation reste dégradée : les dossiers, les prescriptions ou les ordonnances numériques ne sont pas pleinement accessibles.

    L’éditeur relate avoir « détecté une activité inhabituelle sur certains comptes utilisateurs, laissant penser à des tentatives d’accès non autorisés ». L’éditeur travaille activement avec des équipes techniques et de cybersécurité pour sécuriser l’infrastructure. Avec, en parallèle, l‘alerte auprès des autorités compétentes : le CERT Santé, l’ANSSI et la CNIL. (Crédits : nts01/Pixabay)

    « Les premières analyses indiquent que les accès malveillants auraient pu permettre une extraction partielle de données, mais ni l’ampleur ni la confirmation formelle d‘une fuite de données ne sont encore établies », explique Weda.

    Un contexte de menace en forte croissance

    L’attaque contre Weda ne survient pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte où les incidents de cybersécurité dans le secteur de la santé se multiplient, mais où la réponse institutionnelle tente de rattraper le retard.

    Selon le CERT Santé, l’année 2024 a enregistré 749 incidents déclarés dans les établissements de santé et médico-sociaux, soit une augmentation de près de 29 % par rapport à 2023.

    Pour autant, une hausse de signalements n’implique pas nécessairement une aggravation. Selon l’Agence du Numérique en Santé (ANS), elle traduit davantage une meilleure appropriation des dispositifs de remontée d’incidents.

    En même temps, la gravité des incidents (déclarés) majeurs semble diminuer. Les établissements seraient mieux préparés à faire face, grâce à des audits, des exercices de crise, et un accompagnement renforcé par le CERT Santé au sein de CaRE. (Crédits : Engin Akyurt/Pixabay)

    Doigt, saturation, hôpital

    Pour l’année 2023, sur 581 incidents déclarés, la moitié étaient d’origine malveillante, selon les rapports du CERT. Parmi eux, 35 % auraient eu un impact sur la prise en charge de la patientèle.

    Face au fléau des ransomwares : take CaRE

    Les rançongiciels restent l’une des menaces les plus présentes. Sans oublier, les attaques cybernétiques : DDoS, phishing, spearphishing, vishing… En 2024, le CERT Santé signale que la menace due au ransomware est la plus prégnante. Ainsi, plusieurs établissements ont dû recourir à des modes de fonctionnement dégradés durant plusieurs semaines. L’augmentation des incidents liés aux ransomwares (+28,9 %) montre à quel point ces attaques restent un défi majeur.

    Main, radio, hopital

    Face à cette menace croissante, les autorités françaises ont mis en place une stratégie structurée et ambitieuse : le programme CaRE. Qu’est-ce que CaRE ? Lancé par l’ANS, le programme CaRE vise à renforcer la gouvernance et la résilience des établissements de santé face aux cyberattaques. Articulé autour d‘axes, tels que l’amélioration de la sécurité des systèmes d’information, structurer les référentiels de sécurité (via la PGSSI-S), l’accompagnement dans la gestion de crise, et mutualiser des compétences.

    Au chevet du malade

    Le programme prévoit aussi un accompagnement financier et technique : le CERT Santé joue un rôle capital en accompagnant opérationnellement les structures et en réalisant des audits ciblés. Toutefois, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme. Le rapport sur « la sécurité informatique des établissements de santé » est factuel. Elle rappelle que « cet engagement financier (750 millions d’euros) n’est assuré que jusqu’à la fin de l’année 2024. Il est indispensable qu’il soit poursuivi jusqu’au terme du programme. »

    Dans sa première partie, le rapport présente « l’état de la menace à laquelle les 2 400 hôpitaux publics et privés sont confrontés expose les raisons de la vulnérabilité des systèmes d’information hospitaliers et évalue les conséquences des cyberattaques sur les hôpitaux en termes de fonctionnement et de coût. »

    (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Constat effectué, en page 11, entre janvier 2021 et mars 2023, sur 215 incidents identifiés. La France est première avec 43 incidents, l‘Espagne deuxième avec 25, puis l’Allemagne avec 23, avant les Pays-Bas et l’Italie avec respectivement 20 et 19. La Cour des comptes ajoute que, dès 2027, c’est aux établissements eux-mêmes de s’en charger : « Le financement par les établissements de santé de l’élévation de leur cyberprotection devra être poursuivi. »

    Entre menaces, régulation et résilience

    Comment le secteur santé va-t-il se transformer pour devenir cyber-résilient ? Trois axes principaux se dessinent. Les rançongiciels ne sont pas le seul danger. À l’avenir, les cybercriminels pourraient exploiter l’IA pour automatiser et cibler leurs attaques. La multiplicité des dispositifs médicaux connectés IoMT (Internet of Medical Things) élargit la surface d’attaque. Chaque appareil connecté est un point d’entrée vulnérable en devenir.

    À la mi-septembre 2025, Anthropic détecte une activité suspecte. L‘enquête a ensuite permis de déterminer une campagne d’espionnage très sophistiquée. Les attaquants ont utilisé l’IA à un degré sans précédent, en utilisant l’IA pour exécuter les cyberattaques elles-mêmes.

    « L’acteur de menace — que nous évaluons avec une grande confiance comme étant un groupe parrainé par l’État chinois — a manipulé notre outil Claude Code pour tenter d’infiltrer environ trente cibles mondiales et a réussi dans un petit nombre de cas », argumente Anthropic.

    Vers une culture cyber

    Pour que le secteur de la santé devienne véritablement résilient, comme d’autres, plusieurs leviers sont essentiels. En premier lieu, ils doivent posséder une culture du cyber et une gouvernance structurée, en plus de leur profession. Trois scénarii pour 2030

    L’optimiste : la majorité des établissements ont atteint une maturité, avec des PCA/PRA, une gouvernance, des audits réguliers et des investissements. L’IA est utilisée, comme le garde des Sceaux le préconise dès 2026, pour la justice avec des question de Droit.

    Le réaliste : des progrès sont perceptibles, mais inégaux. Le programme CaRE fonctionne, mais certains établissements sont limités par les ressources. Quant au pessimiste, les financements ralentissent, les cyberattaques, au sens large, deviennent de plus en plus fréquentes.

    (Crédits : Tara Winstead/Pexels)

    Pilulier, santé, sucre

    L’attaque contre Weda, comme celle du Centre hospitalier de la Haute-Comté à Pontarlier, est un signal d’alarme : elle rappelle brutalement que, dans un monde de plus en plus numérisé, la cybersécurité en santé n’est plus une option, mais vitale. Les chiffres 2023‑2024 montrent une situation paradoxale : plus d’incidents, mais aussi une maturité grandissante. Pour autant, les défis restent nombreux en 2025. Car la menace ne cesse d’évoluer.

  • Vaste enquête anticorruption en Ukraine

    Vaste enquête anticorruption en Ukraine

    Depuis plusieurs semaines, un cas de corruption d’ampleur secoue le cœur de l’État ukrainien. Le Bureau national de lutte contre la corruption (NABU) ainsi que le Bureau du procureur spécial anticorruption (SAPO) enquêtent sur un réseau présumé de pots-de-vin et de détournements de fonds au sein d’Energoatom, l’entreprise publique chargée de l’exploitation des centrales nucléaires du pays. Au cœur du dossier : Timur Mindich, homme d’affaires influent et proche du président Volodymyr Zelensky.

    Le NABU révèle, le 11 novembre 2025, l‘opération « Midas ». Elle commence à l’été 2024. Un réseau présumé de corruption de haut rang dans la vie politique ukrainienne est démasqué. Huit personnes interpellées, pour les chefs d’accusation suivant : corruption, abus de pouvoir et enrichissement illicite. Le chef présumé est Timur Mindich, proche du président Volodymyr Zelensky et copropriétaire de la société de production, Kvartal 95. Ce dernier aurait été mis au courant et a quitté le pays, quelques heures avant d’être inculpé. Plusieurs autres poids lourds impliqués : l’ancien vice-premier ministre Oleksiy Chernyshov, le ministre de la Justice Herman Halushchenko, et Rustem Umerov, ancien ministre de la Défense.

    Une enquête explosive au cœur de l‘énergie ukrainienne

    L‘enquête sur la corruption autour de la compagnie nucléaire d’État Energoatom se transforme en un scandale retentissant. « L’un des plus grands scandales politiques de l’histoire de l’Ukraine », selon The KYV Independent. Les enquêteurs estiment que dix à quinze pour cent du montant de plusieurs marchés auraient été reversés à des intermédiaires. Le total avoisine 100 millions de dollars. Certains évoquent un préjudice pouvant atteindre le triple.

    Les fonds auraient transité par un réseau d’entreprises écrans et de comptes à l’étranger. Les perquisitions menées à Kiev et dans différentes villes ont permis la saisie de documents comptables, de correspondances électroniques et d’enregistrements téléphoniques. Les autorités indiquent plus de 1 000 heures d’écoutes.

    Des enregistrements où les opérateurs usent de noms de code et de langage chiffré, pour parler de présumés pots-de-vin. Ainsi, des pseudonymes fleurissent les enregistrements : « Karlsson », « Rocket », « Tenor », « Che Guevara », « Professeur », « Tower ».

    Des quatre autres inculpés pour le blanchiment d‘argent, selon le NABU, l’un d’eux est l’homme d’affaires Oleksandr Tsukerman. Mais Timur Mindich, homme d’affaires connu pour avoir soutenu la campagne présidentielle de Zelensky en 2019, reste le suspect principal. (Crédits : Energepic/Pexels)

    Selon les enregistrements, les participants au système de corruption présumé auraient remis deux sommes d‘argent à l’ancien vice-premier ministre Chernyshov. Elles sont de 1,2 million de dollars et 100 000 euros. Il a été accusé d’enrichissement illicite. « […] les contractants d’Energoatom étaient obligés de verser des pots-de-vin pour éviter le blocage des paiements pour les biens/services livrés ou pour ne pas perdre leur statut de fournisseur […] », a déclaré le NABU.

    D’autres noms circulent : Herman Halushchenko, ancien ministre de l’Énergie ; Oleksiy Chernyshov, ex-vice-premier ministre, aujourd’hui à la tête de Naftogaz ainsi que plusieurs cadres du ministère et de la société publique.

    Le 22 juillet 2025, des milliers d’Ukrainiens descendaient dans les rues du pays, pour lutter contre la promulgation d’une loi torpillant l’indépendance des institutions anticorruption.

    Le Président Zelensky, lors de son allocution, martelait que les deux institutions anticorruption continueraient à « fonctionner », mais qu’elles devaient être débarrassées de toute « influence russe ». (Crédits : Max Vakhtbovycn/Pexels)

    Quatre mois plus tard, les deux institutions anticorruption agissent en fanfare. Les prévenus nient les faits qui leur sont reprochés. Ils restent présumés innocents jusqu‘à preuve du contraire. Le gouvernement, quant à lui, appelle à la prudence. Un porte-parole du président a insisté sur la nécessité de « laisser la justice suivre son cours », tout en rappelant que la lutte anticorruption « reste une priorité stratégique ».

    Un test pour la crédibilité du pouvoir ukrainien

    Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible. Alors que l’Ukraine dépend largement du soutien financier occidental pour maintenir son effort de guerre et préparer sa reconstruction, la transparence de ses institutions est scrutée de près par ses partenaires.

    « Le moment est critique : une telle enquête peut soit affaiblir durablement la confiance, soit démontrer que l’Ukraine est capable de se réformer même sous la pression du conflit », analyse un diplomate européen cité par The Washington Post.

    Les agences anticorruption, créées après 2014 sous la pression de l’Union européenne et du FMI, jouent ici une partie décisive. Leur indépendance réelle vis-à-vis du pouvoir exécutif reste au centre du débat : certaines ONG redoutent des pressions politiques ou des tentatives d’étouffer l’affaire.

    Energoatom occupe une place cruciale dans le système énergétique ukrainien : ses quatre centrales nucléaires assurent plus de la moitié de la production d’électricité du pays. (Crédits : Atlantic Ambience/Pexels)

    Depuis le début de la guerre, l’entreprise a dû faire face à des bombardements répétés, à des coupures de réseau et à une gestion d’urgence des infrastructures. La perspective d’une corruption systémique dans un secteur aussi vital choque l’opinion publique. Alors que les autorités ukrainiennes multiplient les appels à la discipline et à la solidarité nationale, cette affaire risque de ternir durablement leur image.

    Un tournant à venir ?

    Pour Volodymyr Zelensky, cette crise survient à un moment délicat. Populaire pour sa résistance face à Moscou, le président ukrainien fait désormais face à une usure du pouvoir et à des tensions internes croissantes. L’affaire Energoatom pourrait cristalliser les critiques sur sa capacité à éradiquer la corruption, promesse centrale de sa campagne de 2019.

    « La capacité de Zelenskyy à se distancer de ses anciens associés tout en préservant l‘’’indépendance du NABU déterminera la crédibilité de l’Ukraine aux yeux de ses alliés occidentaux », affirme Intellinews. Le président a ordonné un suivi « rapide et exemplaire » de l’enquête. Mais dans les cercles politiques ukrainiens, beaucoup s’interrogent déjà : cette affaire marquera-t-elle un tournant dans la gouvernance du pays ? Ou bien se perdra-t-elle, comme tant d’autres, dans le brouillard des scandales inachevés ?

    En chiffres, c’est 10-15 % de commissions occultes sur certains marchés publics, avec 100 à 300 millions de dollars américains $ de fonds détournés présumés. Le tout sort après 15 mois d’enquête, plus de 1 000 heures d’écoutes. Au centre, la société Energoatom, avec 200 milliards de hryvnias (environ 4,1 milliards d’euros) de chiffre d’affaires annuel. Une affaire à suivre… (Crédits : Алесь Усцінаў/Pexels)

    D‘autant qu’une affaire de corruption peut en cacher une autre. L’enquête du NABU révèle, le 28 octobre 2025, un détournement présumé de 90 millions d’euros. Entre mai et septembre 2023, le SSSCIP a acheté 400 drones DJI Mavic 3 et 1 300 drones Autel Evo Max 4T à des prix 70 à 90 % plus élevés que les taux du marché. Deux fonctionnaires du SSSCIP ainsi que deux représentants d’entreprises privées ont été mis en examen pour soupçons de détournement de fonds à grande échelle (article 191, partie 5 du Code pénal ukrainien). Au-delà des montants et des noms, ces affaires illustrent la fragilité d’un État, en conflit armé, qui tente de bâtir sur les ruines de son passé. Dans une Ukraine où chaque mégawatt compte, où l’hiver qui arrive sera encore très dur, la lumière qui vacille n’est pas seulement celle des ampoules, c’est aussi celle de la confiance dans et hors de l’Ukraine. « Je crois que la ministre de la Justice et le ministre de l’Énergie ne peuvent pas rester en poste. […] J’ai demandé au Premier ministre ukrainien de s’assurer que ces ministres présentent leur démission », a déclaré Volodymyr Zelensky sur son compte Telegram.

  • Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit sans nuage, mais éclairée par les cités aux alentours. Ce passage nocturne est accompagné de vents aux alentours de 20 km/h, et de rafales cinq fois plus rapides. Le tout à 2518 mètres d‘altitude. Comme attendu, la nuit fut fraîche. La température moyenne au sommet du Tarakani Maunga est de -1 °C. Alors, qu’a dû ressentir Flavien à l’aube au moment où le soleil affiche timidement ses premiers rayons ? Car, dans les premières heures de la journée, le froid peut encore s’amplifier. Un véritable bonheur à cette altitude.

    Le Tarakani Maunga est plus qu‘un symbole, que ce soit pour les touristes ou les Néo-Zélandais. Flavien voulait absolument tenter cette expérience. Y passer une nuit, coûte que coûte.

    Une grosse dose de motivation

    Cette nuit, une dose conséquente de motivation est plus que nécessaire pour sortir à quatre heures. L’air colle la poussière sur chaque obstacle rencontré, c’est à dire partout sauf dans le sac de couchage. « Je m’encourage, m’habille véritablement chaudement, et essaie de me protéger du vent, moi et mon appareil photo » ajuste Flavien. Pas un seul nuage à l’horizon, mais une pollution visuelle malgré les 2518 mètres d’altitude.

    Froid, vent, stalagmite

    En contraste avec la Patagonie, où la pollution visuelle est inexistante, « ce n’est pas la plus belle observation de la Voie lactée que j’ai faite. Mais le spectacle vaut quand même le coup de se geler », admet Flavien.

    À peine le temps de se tomber dans les bras de Morphée et surtout de se réchauffer qu‘il faut à nouveau sortir de la tente, enfin seulement Flavien. Dix minutes après six heures, le réveil sonne de nouveau. Les premières lueurs éclairent déjà l’Univers endormi.

    Le vent présent a forci durant la nuit. L’aventurier du bout du monde pose un œil sur le paysage, l’autre sur l’évolution des rafales. Pour ne pas se faire dépasser et qu’il puisse réussir à ranger la tente.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sol, l’effet conjugué du froid et du vent forme, ce qui s’apparente à de très fines et très détaillées stalagmites faites de poussières et de glace. « Je n’ai jamais vu ça ! C’est beau ! Ça craque sous le poids des pas », s’émerveille le naturaliste. Quelques nuages effleurent la ligne d’horizon. Les couleurs de l’aube projetées par le soleil réchauffent et éclairent le visage frigorifié de Flavien. Au loin, seul le mont Ruapehu dépasse majestueusement des nuages. « Le moment est encore magique, j’essaie d’en profiter un maximum, mais à 6 h 45, je dois plier la tente. »

    En aparté, le Ruapehu est un des strato-volcans actifs, parmi les 1500, sur plus de 10 000. Il est couronné par un lac de cratère au sommet.

    Ce lac de cratère est un tapu. Il revêt une importance culturelle et spirituelle pour les communautés autochtones, ce qui ajoute à la signification profonde de la montagne. Comme l’est le célèbre rocher australien d’Uluru.

    En Nouvelle-Zélande, c‘est un site vénéré par l’iwi local dans la région. Un tapu est une interdiction à caractère religieux pesant sur une personne, un objet, un lieu ou une situation particulière. Il s’agit d’un concept de tapu qui existe dans plusieurs sociétés polynésiennes — par exemple aux Tonga, aux Samoa, à Wallis-et-Futuna et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il réside toujours des menaces d‘éruptions et de coulées de lahar. Un lahar, mot d’origine indonésienne, est une coulée boueuse d’origine volcanique. Elle est principalement constituée d’eau, de cendres volcaniques et de téphras. L’endroit où il se rencontre donc le plus régulièrement sur les pentes des volcans gris émettant des laves andésitiques. Le risque zéro n’existant pas, des mesures de précaution, tels des systèmes d’alerte précoce sophistiqués, sont en place. L’ultime éruption majeure remonte à 1996 et le dernier lahar en mars 2007.

    Tarakani, volcan, POV

    De son côté Flavien lutte contre le froid qui le saisit aux doigts. Car, avec le vent omniprésent, il faut réfléchir. L‘aventurier commence par retirer les sardines du côté abrité.

    « Pour ça, j’enlève les mitaines… mais mes doigts gelés me font souffrir. Le ressenti est autour de -15 °C. Je n’arrive pas à accomplir grand-chose avec. Ils sont tout blancs. C’est la première fois que j’ai aussi froid aux doigts », s’effraie Flavien. Pour être tatillon, Flavien, sans instrument de mesure, est très proche.

    La formule dite du « wind chill » est Température (ressentie) = 13,12 + 0.6215 x T − 11,37 x V 0.16 + 0.3965 x T x V 0.16 (Température de l’air en °C, V la vitesse du vent en km/h). Ce qui, selon les données météorologiques, une température ressentie de -12 °C. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien souffle sur ses doigts, autant que possible. « Je réussis à plier la tente à l’arrache, sans fermer la housse. Je dois faire vite, toutes mes affaires exposées au vent sont pleines de poussières, car la tente va au fond du sac… » Enfin, le sac sur le dos, l‘aventurier laisse la croupe sommitale derrière lui, relâchant la pression de l’instant. « Là-haut, le climat est souvent comparé à celui de l’Antarctique. Il affiche une moyenne annuelle de -1 °C… Je répète : -1 °C ! Pas étonnant que je ne trouve aucune plante vasculaire. »

    La légende de Taranaki Mounga

    La terre de Nouvelle-Zélande est un lieu haut en couleur et légende. Le volcan Taranaki Mounga ne déroge pas à la règle. Parmi Tane Mahuta, le dieu des forêts, et Tangaroa, le dieu de la mer, et Maui, le héros qui a pêché les îles de la Nouvelle-Zélande du fond de l’océan, celle de Taranaki tient une bonne place.

    Il est dit que Taranaki Mounga était nommé Pukeonaki. Il se tenait près de Tūrangi, avec Ruapehu, Tongariro et Pihanga. Pukeonaki et Tongariro ont tous deux chéri Pihanga. Comme souvent, la discussion monte en tension, devient houleuse, pour se finir en bagarre.

    À ce jeu, Tongariro est plus fort. Des suites de la férocité des coups échangés, Pukeonaki (Taranaki), qui porte les cicatrices de la bataille, se retire sous terre.

    C‘est ainsi que le lit du fleuve Whanganui se dessine, lors de son voyage vers la mer. Quand il a fait surface, il a vu la belle chaîne de Pouākai se tenir à l’intérieur des terres et est attiré vers elle. La progéniture de Pouākai et de Taranaki est devenue les arbres, les plantes, les oiseaux, les rochers et les rivières qui coulaient de leurs pentes. (Crédits : Gaurav Kumar/Pexels)

    Le 10 janvier 1770, le capitaine James Cook rebaptise Taranaki Mounga, mont Egmont. Le double nom du mont Egmont/Mount Taranaki en usage officiel depuis 1986, disparait. Désormais, la montagne ne conserve que son nom maori Taranaki Maunga.

    Sommet de la francophonie en terre étrangère

    « À la redescente, la glace du cratère est dure telle de la pierre. Sur les falaises les plus exposées, de longues stalactites côtoient les premières plantes vasculaires, comme un Colobanthus», commente Flavien. La descente est extrêmement poussiéreuse, accentuée par les rafales érodant les flancs du volcan. Le début est rocailleux, la suite, l’est beaucoup moins. « Je lace mes chaussures au plus haut, mais cela n’empêche pas quelques scories de rentrer dans cette descente rapide, mais harassante ».

    Flavien affiche une forme à toute épreuve. Ainsi, il croise une petite dizaine de personnes, dont un français de Châteauroux les Alpes près de Briançon. « C’est là que David, avec qui j’ai partagé une partie de la Patagonie, habite, improbable… »

    Flavien continue son cheminement, sans grands rebondissements. « La piste se transforme en sentier pour 4×4. J’ai connu plus agréable comme descente, mais au moins ça roule. » Un parcours qui met à l‘épreuve pieds et genoux.

    Un anticyclone l’accompagne. La vue sur le volcan depuis les forêts à Libocedrus bidwilii et Cordyline indivisa est incroyable, souffle-t-il. « Je presse le pas dans le dernier kilomètre, car je ne suis pas loin de perdre la bataille face à mon envie d’aller aux toilettes… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La flamme rouge passée, Flavien engage une course contre la montre. « Mon envie assouvie, j’achète une glace et un soda au Feijoa à la demeure du parc pour me réconforter des 1600 m de dénivelé négatif avalés ce matin. » Avant de visiter le mini musée de la maison du parc, Flavien discute avec deux compatriotes, dont un mignalien. « Incroyable, c’est le premier Poitevin que je croise dans mes voyages. » Il est temps de rentrer en ville, pour profiter d‘une délicieuse douche à l’auberge. Un couple à bord d’un SUV prend Flavien au passage.

    Un duo atypique. « Navigateurs, ils se sont rencontrés en 1972, en Australie. Elle est Néo-Zélandaise, il est Québécois. Le couple vit un semestre par pays. »

    Durant le trajet, les échanges en anglais paraissent naturels et compris de part et d‘autre, ce qui ravit Flavien. « Ils me déposent là où j’avais commencé mon périple vers le Ttaranaki, il y a deux jours. Que demander de plus ! »

    Avant de foncer dans la salle de bain, le baroudeur effectue un crochet au supermarché pour acheter un savon et sa boîte en plastique.

    « À l’auberge, je cuis mes pâtes pour terminer mon pesto Rosso et file sous douche, bien méritée ! » Après s’être lavé, c’est au tour du linge.

    Un restaurant en récompense

    L’après-midi est consacré à la distribution de nouvelles, jusqu’à l’achat des son billet de train de Paris à Poitiers. « Ce qui m’évite de payer une fortune au dernier moment. Le linge sec, je peux enfin enfiler un pantalon et aller me faire un resto. »

    Depuis trente jours, Flavien n’a pas mis les pieds sous la table.

    « Après les efforts de ces derniers jours, c’est mérité. »

    Une certitude, avec l’ensemble des périples et aventures connus de Flavien, le retour à la vie civile sera comme la retraite sera à préparer en amont. Car, depuis sa première péripétie sur l’île d’Amsterdam, à l’Amérique du Sud en passant par le pays au long nuage blanc, la routine pourrait apparaître quelconque. À moins que le hasard ne fasse bien les choses…

    (Crédits : Arnaud Malan/Pexels)

    Il est temps de faire le plein de protéines. « Je trouve une brasserie attenante à l’auberge. Je commande une pièce de bœuf de 300 g, avec un mille-feuille de pommes de terre et des onions rings, le tout en tee-shirt », se réjouit-il. C’est le grand écart de températures. Avant de rentrer profiter d’un vrai lit, une promenade digestive sur le front de mer, avec le sommet du Taranaki en point de mire. « Je n’en reviens pas d’avoir passé la nuit là-haut… » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    pont, nature trek

    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

    Pouākai, nature, new-zealand

    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    repas, gaz, nature

    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

    Taranaki, volcan, soleil

    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Flavien se lance un challenge, l’ascension du deuxième plus haut volcan de la Nouvelle-Zélande. Celui qui est désormais est une personne à part dans la culture maorie se nomme Taranaki. Mais c’est sans compter sur la météo changeante. Ce lieu tient à cœur au naturaliste. La hauteur de 2518 mètres nécessite de s’équiper en conséquence. Pour autant, la déception de ne pouvoir le gravir serait une immense déception pour l’aventurier du bout du monde. Mais pourra-t-il réaliser son rêve, rien n’est moins sûr.

    Pour cette fin janvier, Flavien s’offre, une perspective, une respiration, une journée intense. Mais, comme les jours précédents, il débute par une grasse matinée. Car, malgré ce qui l’attend, il prend le temps de se lever. « Aujourd’hui je dois tenter l’ascension du Taranaki, deuxième plus haut volcan de Nouvelle-Zélande. » L’idée est de dormir à son sommet. Une histoire à dormir debout, car très peu de personnes tentent cette expérience. L’ascension y est périlleuse, plus d’une centaine de personnes y ont déjà laissé la vie.

    Fort coup de vent sur le Taranaki

    Avant de s’attaquer à pareille aventure, il est nécessaire de parer à toute éventualité. « Le temps nécessaire à l’ascension est de cinq ou six heures », relativise Flavien. Il se rassure en prenant conscience de la difficulté. « Je suis en pleine forme physique et mentale. J’ai le matériel et le consommable. Les prévisions météorologiques sont formidables. » Elles sont bien meilleures avant de nombreux jours, ajoute le naturaliste à haute voix. Donc, aux environs de 9 h 30, Flavien quitte l’auberge, non sans une petite appréhension. Ce qui m’attend n’est pas rien, pense-t-il.

    Chemin faisant, il se dirige vers un magasin de randonnée pour un sachet lyophilisé et une bouteille de gaz. « Je ne veux pas tomber en rad de gaz là-haut, surtout s’il fait très froid et que je dois me réchauffer. »

    N’ayant pas de transport en commun pour rejoindre le départ de la randonnée, l’aventurier du bout du monde tend son pouce sur l’avenue principale. « Le prix de la navette pour effectuer les 30 km de route est exorbitant. » À peine, il enclenche le mouvement du bras, qu’un automobiliste stoppe à sa hauteur. « Un Néerlandais, qui vient d’acheter son Van, roule à la cool. Le sac sur les genoux, le trajet aura été rapide, à peine dix minutes », s’amuse Flavien.

    La désillusion

    Il le dépose à l’intersection des deux routes et continue son chemin. Le naturaliste patiente un quart d’heure. « Un Américain s’arrête ! Nous allons au même endroit, c’est parfait », se réjouit-il. Il dépose Flavien à la maison du parc national et là mauvaise nouvelle : « ça vente fort. La ranger du parc national me déconseille fortement de m’y rendre, les rafales de vent y dépasseraient les 150 km/h. »

    Cerise sur le gâteau, les nuages s’agglomèrent au sommet. « Quelle désillusion, je n’ai que cette idée en tête. Il me faut de longues minutes pour accepter et me raviser. » Demain les conditions s’améliorent. « J’ai trois jours de nourriture, donc, comme solution de replis, je décide de faire le Pouakai trek en attendant. » Il s’acquitte des 10 NZD pour l’emplacement, et prend la direction de Holly Hut à 17,5 km d’ici, à côté de laquelle « je poserai ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est bientôt midi à sa montre, quand il prend le départ. « Je me presse, mais les magnifiques forêts que je traverse ne m’aident pas. Je fais des pauses pour photographier les forêts, en particulier Cordyline indivisa, qui donne une incroyable touche d’exotisme dans ces forêts vierges. » Il descend 300 mètres de dénivelé pour atteindre l’ailtude de 660 m. « C’est sur ce chemin que je trouve une orchidée épiphyte en pleines fleurs… et, Dawsonia superba, la plus grande mousse du monde. »

    Un pas en arrière

    « La dernière fois, je me suis trompé dans mon identification, c’était Polytrichadelphus magellanicus, mais cette fois, je suis sûr de moi. » Elle est presque aussi haute que son avant-bras, indique-t-il avec respect. Un pied devant l’autre « je rejoins Henry Peak, à 1224 m. Un vent à décorner un bœuf, il me déporte dangereusement par moment. » Bien qu’il a connu pire, il enfile néanmoins des couches supplémentaires.

    Conscient des bourrasques, Flavien admet la dangerosité et le conseil de la Ranger. « Je suis content de m’être ravisé, je n’ose même pas imaginer comment ça souffle à 2518 mètres d’altitude. »

    Une couverture nuageuse s’installe. Elle gâche un peu la vue, souffle Flavien dans sa moustache. « J’arrive près du lac Mangamahoe connu pour servir de miroir au Taranaki mais les vaguelettes m’empêchent de faire la photo digne de ce nom. » Le vent se lève, il est tout juste dix-huit heures. « Je ne traîne plus, il me reste presque deux heures de marche », explique-t-il en enfilant gants et bonnet avant la descente vers Holly Hut, à 1000 m d’altitude.

    « Je traverse de magnifiques forêts dominées par Libocedrus bidwilii, un conifère aux troncs tortueux et à l’allure squelettique », commente le naturaliste. Sa descente à la lumière du crépuscule se clôture, par la traversée d’une tourbière, milieu assez rare en Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Quelques gouttes se mettent à tomber. Étonnement, elles annoncent le beau temps. « À peine arrivé, le sommet du volcan Taranaki se dévoile. Le vent se calme. » Timing et conditions idéales pour monter la tente. Juste à côté des deux autres installées sur le camp. Il est l’heure de se restaurer. Au menu du soir « Je fais des… pâtes of course ! » Pour varier les plaisirs, cette fois c’est au pesto Rosso. « Ceux qui étaient là avant ont fait un feu, c’est agréable de s’asseoir au chaud, car ce vent m’a bien refroidi. » Une fois repu, au chaud, Flavien tente de vaquer à ses occupations quotidiennes « mais le sommeil m’emporte. » À suivre…

  • Qui court le plus vite : le bambou ou le furet ?

    Qui court le plus vite : le bambou ou le furet ?

    Bien entendu, un bambou ne va pas prendre ses jambes à son cou pour fuir cet article… quoique, si vous l’apercevez en bas de chez vous, faites-moi signe. Sur un tartan, les starting-blocks placés, les deux finalistes sont aux ordres du starter. D’un côté, un furet, fin, nerveux, prêt à bondir comme une flèche poilue ; de l’autre, un bambou, tige verte en jogging immobile, qui attend patiemment le coup de feu du départ. Le chronomètre démarre : l’un court, l’autre pousse. Alors, qui gagne cette course improbable ?

    Derrière la blague se cache une vraie question de science : jusqu’où peut aller la vitesse d’une plante, et peut-elle rivaliser, même un instant, avec un animal en mouvement ? Sachant que l‘être humain mesure tout et rien, l’invisible et le visible.

    Une course plus qu’improbable

    Commençons par la star à moustaches. Le furet, ce petit carnivore issu de la lignée des mustélidés — les cousins lointains des putois et des belettes — n’a pas grand-chose de végétal. Pour lui, la vitesse est un outil de survie : attraper ses proies, se faufiler dans des galeries, ou, aujourd’hui… piquer en courant vos chaussettes mal rangées.

    Côté chiffres, un furet peut atteindre 15 à 20 km/h. Ce n’est certes pas Usain Bolt, mais à son échelle de petite bête souple et gloutonne, c’est un joli sprint. Journalistiquement parlant : imaginez un serpent à poil avec la vitesse d’un scooter limité. Voilà. Un furet, c’est ça.

    En face, le bambou semble n’avoir aucune chance. Et pourtant, surprise ! C’est l’un des végétaux les plus rapides du monde. Certaines espèces peuvent croître jusqu’à 90 cm par jour. Non, ce n’est pas une faute de frappe : près d’un mètre en 24 heures. Cela correspond à 3 à 4 cm par heure ! Dit autrement, si vous restez assis devant une tige de bambou, vous pourriez la voir grandir à l’œil nu… après trois cafés serrés et une énorme dose de patience. Mais attention : le bambou ne « court » pas. Il pousse, verticalement, enraciné dans son sol. Sa vitesse est celle d’une croissance, pas d’un déplacement.

    (Crédits : Evgeniya Litovchenko/Pexels)

    Alors, confrontation. Le furet file à 5 mètres par seconde. Le bambou grimpe à 0,001 cm par seconde. Résultat : dans un sprint, le bambou est à la course ce que votre arrière-grand-père est au selfie : à la bourre. Mais là réside le piège de notre question. Car tout dépend du point de vue.

    Le furet, sprinteur souterrain

    À l’échelle du monde végétal, le bambou est une fusée, un vrai Usain Bolt chlorophyllien. Dans l’univers animal, bien sûr, il se fait manger par le concept même de la vitesse. Tout est relatif. Ce duel nous amuse, car il révèle notre biais : nous mesurons tout au chronomètre humain. Une plante semble immobile parce qu’elle vit à une autre temporalité.

    Voir un bambou bondir de 90 cm en une journée, c’est un exploit pour son monde. À côté d’un furet hystérique, ça paraît lent. Mais c’est un peu comme comparer un marathonien et une montagne : l’un avance, l’autre grandit. Et les deux, à leur manière, imposent le respect.
    On parle souvent de « vitesse » comme d’une valeur absolue. Mais pour qui ? Pour le furet, c’est vital. Pour le bambou, c’est sa façon d’occuper l’espace et de coloniser un terrain entier sans jamais bouger ses racines.

    Là-dessus, bambou et furet se renvoient presque dos à dos. Le bambou est un héros végétal : matériau de construction, abri, ressource durable et écologique. Certaines communautés humaines bâtissent leurs maisons, leurs meubles et même des ponts avec cette « herbe » géante. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Le furet, lui, a durablement accompagné les chasseurs dans les terriers de lapins. Sprinteur utile, il incarne la ruse et la rapidité animale. Ce qu’il obtient en vitesse et en mobilité, le bambou le gagne en endurance et en solidité. Deux façons de survivre, deux temporalités, deux mondes. Alors, qui remporte cette course improbable ? Techniquement, le furet explose le bambou en vitesse pure, sans débats possibles. Mais à long terme ? Le furet finira fatigué au bout de quelques dizaines de mètres. Le bambou, lui, continuera de pousser, imperturbable, jusqu’à dépasser l’animal… littéralement en hauteur.

    La vraie leçon de ce duel farfelu est ailleurs : comparer un bambou et un furet, c’est juxtaposer deux temporalités du vivant.

    L’instantané animal et la lenteur végétale. Et si on rit de cette comparaison, c’est parce qu’elle nous oblige à reconnaître ce que nous avons du mal à admettre : le temps ne s’écoule pas pareillement pour tous.

    Le furet court, le bambou pousse. Et nous, entre les deux, galopons par moments tels des furets, parfois poussons comme des bambous… mais toujours avec la même illusion : croire que nous menons de main de maître notre course face au temps qui passe.

    (Crédits : Ivan Samkov/Pexels)


  • Quand l’IA confond arme et paquet de chips

    Quand l’IA confond arme et paquet de chips

    Une affaire qui pourrait prêter à sourire, si elle ne se déroulait pas aux États-Unis. Là où la criminalité, les ports d’armes et le développement de l’IA se font concurrence. Car si un individu souhaite commettre un crime, un délit, ce ne sont pas les caméras de surveillance (CCTV) qui l’en empêchera. Ici à Baltimore, Omnilert AI Gun Detection System a été installé dans les écoles publiques du comté en 2023. Ce même dispositif n’a pas détecté, à Nashville, près d’Antioche une arme qui a causé la mort de deux personnes.

    Un lycéen, Taki Allen, du comté de Baltimore, se retrouve menotté par les forces de l’ordre après un entraînement de football américain. Pourquoi ? Parce que l’intelligence artificielle couplée aux caméras existantes de son école a pris son sachet de chips froissé pour une arme à feu.

    Pour un simple sachet de chips

    En sortant pour se poser sur les marches de l’école, Taki Allen 16 ans, ne pensait pas se retrouver face à de nombreuses voitures de police et leurs occupants braquant leurs armes à feu sur lui. Je levais les mains en disant: « Qu’est-ce qui se passe ? » Les policiers lui ordonnent de se mettre à genoux et lui passent les menottes. Avant de se rendre compte qu’aucune arme n’est présente, juste un paquet de chips.

    Chips, femme, supermarché

    Les policiers qui ont répondu à la scène ont rapidement annulé l’alerte tandis que les membres du conseil réclament maintenant un examen du système d’IA. « Le programme est basé sur la vérification humaine et, dans ce cas, le programme a fait ce qu’il était censé faire, c’est-à-dire signaler une alerte et permettre aux humains de vérifier s’il y avait lieu de s’inquiéter à ce moment-là », a déclaré Myriam Rogers, la surintendante.

    « Sachez que la sécurité de nos élèves et de la communauté scolaire est l’une de nos plus grandes priorités », déclare la directrice de l’école, Kate Smith, dans une lettre adressée aux parents.

    Deux morts à Nashville

    L’année 2024 enregistre 488 fusillades sur l’ensemble du territoire américain. Ce fait peut laisser entendre les dispositifs mis en place. Mais, Omnilert AI Guns est mis en défaut suite à la fusillade du 23 janvier 2025, au lycée d’Antioch à Nashville.

    « Un élève de 17 ans a pris le bus ce matin pour se rendre au lycée d’Antioch. Au cours de la matinée, cet individu s’est rendu à la cafétéria où il a affronté une jeune fille de 16 ans. Il l’a frappée et lui a tiré dessus » , explique John Drake, chef de la police de Nashville.

    Là, où le système a failli est dans la détection. Mais, dans la fusillade d’Antioche, il semble que l’arme n’ait pas été brandie – ou du moins pas assez longtemps pour déclencher une alerte d’Omnilert. « Sur la base de la position et de l’emplacement du tireur par rapport à nos caméras, le système n’a pas été activé par son arme », a déclaré un porte-parole de l’école, Sean Braisted à CNN.

    (Crédits : Matheus Henrin/Pexels)

    Donc, il n’existe pas de système miracle. Josselin Corea Escalante 16 ans, est décédée à l’hôpital car le meurtrier a su déjouer les caméras de surveillance, n’a pas brandi l’arme, et de ce fait s’est introduit dans l’école sans éveiller les soupçons… pour commettre son crime. Si les États-Unis concentrent la majeure partie des fusillades perpétrés dans des écoles, cela arrive ailleurs. Le 13 mars 1996 à Dunblane (Écosse, Royaume-Uni), le 26 avril 2002 à Erfurt (Allemagne), le 26 septembre 2022 à Izhevsk (Russie, Ijevsk), ou encore le 3 mai 2023 à Vladislav Ribnikar (Serbie)…

  • Une journée à parcourir Te Papa (35/55)

    Une journée à parcourir Te Papa (35/55)

    On ne change pas les bonnes habitudes, enfin bonnes, tout dépend du point de vue. Ce matin Flavien traîne encore au lit. Depuis trois jours la levée du corps se fait tardive. Aujourd’hui, en ce 25 janvier de l’an de grâce 2025, le cap s’aligne sur la culture. Au menu le plus musée de Nouvelle-Zélande Te Papa, concert au jardin botanique… Et une chute de plus de deux mètres qui, fort heureusement, se finit avec quelques égratignures et une grosse frayeur. Tout ceci à cause d’un weta, aux proportions gargantuesques, jusqu’à 30 cm avec les antennes…

    « Ce matin-là ressemble aux précédents. Je sors du lit , car le gars de l’auberge vient me chercher pour le check-out », explique Flavien. Il n’a pas vu la réservation d’une nuit supplémentaire. Ce n’est pas le réveil idéal, mais ça peut remémorer des sauts du lit adolescent, avant de partir à l’école. Une fois debout, la journée peut commencer.

    Flavien fait une chute vertigineuse

    Aujourd’hui Flavien a coché la visite du plus grand musée de Nouvelle-Zélande à Wellington : Te Papa Tongarewa. Surnommé Te Papa, ce lieu des trésors de cette terre, du Maori au français, est connu et reconnu. Si bien que la fréquentation avoisine les 1,3 million de visiteurs chaque année, depuis sa création en 1992. « Avant de m’y rendre, je passe au supermarché pour m’acheter des viennoiseries. J’entre à 11 h 15, et ne repars du musée qu’à la fermeture… à 18h00. »

    Comme les autres musées que Flavien a eu la chance de parcourir, on y trouve de tout, de l’histoire naturelle, de la guerre, de la culture maorie, etc. « Je suis passé à l’étage de la guerre, mais n’étais pas dans le mouv’… Je suis revenu à l’étage d’histoire naturelle pour découvrir quelques espèces que je ne connaissais pas encore. » Avant de partir, comme à l’accoutumée, un passage à la librairie souvent proche de la sortie. « Je repère les livres avec lesquels j’aimerai bien revenir, j’espère qu’ils seront à Auckland avant mon départ », souffle le curieux et avide de connaissance.

    À défaut de cuisine, « ce midi, je mange sur le pouce du Philadelphia et du pain. » Sophia, une des filles de l’expédition des îles subantarctiques, l’a convaincue d’assister à un concert donné au jardin botanique ce soir. « Je passe à l’auberge récupérer quelques affaires, et à la supérette pour acheter quelques fougasses que je déguste lors des 2 km qui me séparent de l’auberge. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    À 19 h 15 précises, l’aventurier part en direction du jardin botanique en prenant le Cable Car. Il est le funiculaire emblématique de la ville qu’il se devait d’emprunter. « Avec moi j’ai emmené mon appareil photo et ma frontale, car j’ai une idée qui me trotte dans la tête », explique sans trop en dire. L’ambiance au concert est bon-enfant. Ici, tout le monde se retrouve : pique-nique et amis. « Le contexte est vraiment sympathique, mais la musique trop douce pour ce genre d’évènement », relate Flavien avant de prendre la poudre d’escampette.

    Plus de peur que de mal

    Après quatre-vingt-dix minutes, il continue sa route. « C’était vraiment bien, mais tout seul… » Le jeu de lumières nocturnes est sympa dans le jardin. Une contre soirée l’invite, à trois petits kilomètres d’ici. « J’ai repéré un spot pour voir de nouveaux wetas. » Sauf qu’à cet endroit, le dénivelé est important. « Après seulement vingt minutes sur le site, je trouve Pachyrhamma edwardsii, que je suis venu chercher. » Adepte des falaises, l’espèce n’est pas simple à photographier, mais elle est énorme. Elle est si grosse qu’elle a surpris Flavien en sautant sur l’aventurier du bout du monde.

    « Je chute du promontoire rocheux dans le ruisseau, deux ou trois mètres plus bas, avec mon appareil photo. » Un instant aussi rapide que bref. « J’aurais pu me faire très mal. Hormis quelques égratignures et un mal de cheville, je m’en sors bien », souffle-t-il. À quelque chose, malheur est bon : « C’est alors que je devine quelques trucs qui brillent sur la falaise à gauche. »

    C’est les fameux Glowworm, ces vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande. « Ça brille dans la nuit d’un bleu incroyable. C’est incroyable, mystique… dans cette ambiance forestière où seuls les Kaka, se font entendre. » Flavien est hagard. « Je reste bouche bée quelques minutes devant un tel spectacle. » Il poursuit avec le sentiment d’être observé. Comme dans « Harry Potter à l’école des sorciers » où Ron Weasley se retrouve dans la forêt interdite face à Aragog. « Les araignées sont partout, certaines font au moins 5 cm de diamètre, je n’en ai jamais vu autant, il ne faut pas être phobique… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il part en quête d’une autre espèce de weta. « Elle rentre dans sa branche dès qu’elle voit la lueur de ma frontale. » Finalement, il trouve son bonheur sur un talus. Avant de terminer l’exploration du soir, vers 23 h 45, « je tombe sur d’énormes anguilles en voulant traverser une rivière. Je suis impressionné par la taille, des murènes… Plus tard, j’apprendrais qu’il s’agit d’Anguilla dieffenbachii, la plus grande anguille du monde qui peut faire deux mètres de long et 40 kg ! » La frontale n’a plus de batterie, ce qui signe la fin de soirée. Je fais les 4km de descente qui me séparent de l’auberge où j’arriverai à 00h45.

    Du bus, du bus et encore du bus

    Ce matin, il anticipe le check-out, avec un réveil à 8 h 10. « Je prends la douche que je n’ai pas eu le temps de prendre hier soir, fais mon sac, et prendre la direction d’un café en centre-ville. » C’est le lieu de rendez-vous prévu avec Sophia à 9 h… sauf qu’il est fermé. Le duo se rabat sur son voisin.

    « Mon bus part à 10 h, alors jusqu’à 9 h 45 nous n’arrêtons pas de parler, il y en avait des choses à se raconter depuis le mois dernier… », sourit Flavien. Une fois dans le bus, il apprécie le fait de se poser, qu’il ponctue d’un murmure : « Enfin ! »

    Peu après midi, une correspondance d’une heure à PalmerNorth mais il pleut. Aucune possibilité de visiter sans être complètement trempé. « J’ai programmé ce voyage aujourd’hui en fonction des prévisions météorologiques. Elles sont justes, la pluie est bien présente. »

    À 13 h 40 je prends le second bus en direction de New Plymouth, destination finale où l’arrivée est prévue à 17h35. Le Wi-Fi du bus fonctionne ! C’est l’occasion d’envoyer de nombreux e-mails, de se renseigner pour la suite. « Ça tombe bien, car il pleut et les paysages n’ont rien d’exceptionnel. » (Crédits : InterCity)

    « L’arrêt de bus est juste à côté de l’auberge (Akiri Backpackers) que j’avais réservée, c’est beau ça ! » Sitôt les bagages posés « je prends la direction du supermarché pour faire le plein pour les prochains jours et d’une pizzeria pour manger à ma faim avant plusieurs jours moins conforts. » Flavien passe sa soirée sur son téléphone à réserver les prochains bus, auberges et même une voiture, bien moins chère que dans le nord. À suivre…

  • Verisure fait face à une fuite de données

    Verisure fait face à une fuite de données

    Une filiale suédoise du géant de la sécurité connectée Verisure a été victime d’un accès non autorisé. L’incident a été révélé le vendredi 17 octobre 2025, par un communiqué. C’est également la date où Dairy Farmers of America confirme que la cyberattaque du mois de juin a causé la fuite de données personnelles. Outre manche, la facture est très salée pour Jaguar-Land Rover et l’industrie britannique, qui affiche la somme astronomique de 2,5 milliards d’euros. Ces trois événements font écho aux cyberattaques toujours aussi nombreuses et dévastatrices.

    Le ransomware Play est l’un des plus prolifiques depuis la « mise en sommeil » de LockBit. Il placarde, depuis sa première découverte 1052 victimes. Le groupe cible en particulier les États-Unis. Ils procéderaient, selon le CISA, par l’achat probable de véritables comptes ainsi que l’exploitation des données.

    Fuite de données en Suède pour Verisure

    Sur un communiqué officiel daté du 17 octobre, Verisure indique avoir détecté « un accès non autorisé d’un tiers » concernant des données liées à sa filiale suédoise Alert Alarm, stockées sur le système d’un prestataire externe de facturation. L’entreprise n’a pas fait plus de communication.

    Selon l’enquête diligentée par la société, les informations compromises contiennent des prénoms, noms, adresses postales, adresses e-mail ainsi que des numéros de sécurité sociale (personnummer) d’environ 35 000 clients actuels et anciens de Alert Alarm. La firme suédoise dessert moins de 6 000 clients actifs à l’heure actuelle.

    Verisure affirme qu’à ce stade « aucune preuve d’intrusion dans son propre réseau ou système » n’a été relevée.

    Dairy Farmers of America

    C’est au mois de juin que le ransomware Play revendique l’attaque contre l’entreprise DFA. Sur leur site de fuite, 74 fichiers compressés de 500 Mo et un de 345,5 Mo sont affichés. Soit plus de 45 Gb de données confidentielles.

    C’est à nouveau des fuites de renseignements de 4546 personnes qui se retrouvent sous les feux des projecteurs. Les informations volées sont les prénoms, les noms, les numéros de sécurité sociale, le permis de conduire ou les numéros d’identification délivrés par l’État, les dates de naissance, les numéros de compte bancaire et les numéros Medicare ou Medicaid.

    Dans la lettre adressée aux autorités compétentes, la société confirme la détection de l’intrusion non autorisée en date du 13 juin, commencée le 11 par une campagne d’ingénierie sociale. Cela touche l’ensemble des succursales de l’Iowa à l’Oregon, du Nouveau-Mexique, Columbia, Maryland, New York, Caroline du Nord et Rhode Island (Crédits : Mike N/Pexels)


    L’enquête aboutie le 15 septembre dernier. Il s’avère que deux jours avant la détection les cybercriminels étaient déjà au cœur de l’entreprise. Les risques à venir sont réels : les données exposées que sont les identifiants, les adresses, les numéros personnels, etc. peuvent être réutilisées pour du phishing ciblé, du vishing ou encore du vol d’identité. Alors, les victimes bénéficient de deux ans de services de protection de l’identité.

  • Cyberattaque contre Jaguar-Land Rover

    Cyberattaque contre Jaguar-Land Rover

    Le 28 août 2025, le constructeur automobile britannique, filiale du conglomérat indien Tata Motors, voit ses systèmes informatiques plongés dans le chaos. À Halewood, dans le nord-ouest de l’Angleterre, les employés reçoivent un ordre inhabituel : ne pas se présenter au travail. Les systèmes ERP SAP, les contrôleurs SCADA, les automates programmables robotiques, les outils CRM et même les portails de concessionnaires sont à l’arrêt. L’entreprise reconnaît rapidement une attaque à large spectre affectant ses environnements industriels et bureautiques.

    Les chaînes d’assemblage de Jaguar-Land Rover (JLR) ont été ralenties, puis stoppées à la suite d’un incident informatique majeur. Les premières investigations du Cyber Monitoring Centre (CMC) britannique et du National Cyber Security Centre (NCSC) révèlent une cyberattaque à effet domino. C’est l’une de ces offensives où la faille ne vient pas de l’intérieur, mais d’un prestataire, d’un fournisseur ou d’un maillon négligé de la chaîne numérique, ce pour quelques raisons que ce soit.

    Un séisme industriel et systémique

    D’après The Hindu Business Line, les serveurs compromis ont eu un effet domino. Cet effet s’est fait ressentir dans plusieurs usines à travers le monde. Ce qui provoque une suspension de la production. En Slovaquie, Eberspächer Gruppe GmbH & Co., fournisseur de systèmes d’échappement, a dû stopper l’activité de sa manufacture de Nitra. Le Britannique Autins Group, l’un des sous-traitants majeurs, a pour sa part informé ses actionnaires d’un « impact significatif » sur ses opérations locales. « JLR a été impacté par un cyberincident. Nous avons pris des mesures immédiates pour atténuer son impact en arrêtant de manière proactive nos systèmes. […] À ce stade, il n’y a aucune preuve que des données sur les clients ont été volées, mais nos activités de vente au détail et de production ont été gravement perturbées », a déclaré un porte-parole de JLR après l’incident du samedi 30 août 2025.

    « Le modèle de CMC estime que l’événement a causé un impact financier britannique de 1,9 milliard de £ et a affecté plus de 5 000 organisations britanniques. » Les bouleversements touchent tout autant les sites d’exploitation que les transporteurs, les prestataires logistiques ainsi que les concessions automobiles. Dans son rapport, le comité technique du CMC, présidé par Ciaran Martin (ancien directeur du NCSC), prévient que « cet incident répond aux critères de la catégorie 3 en raison d’une perte financière comprise entre 1 et 5 milliards de livres sterling pour les organisations concernées et d’un impact significatif sur plus de 2 700 entités britanniques. »

    Pour les experts du CMC, la dépendance des entreprises aux systèmes IT [Information technology] et OT [operationel technology] interconnectés constitue le véritable maillon faible. Les points de convergences entre l’IT [SQL, Cloud, CRM, ERP, RDP, HTTPS, Internet access] et l’OT [Machinery, Assembly Lines, RTUs, HMIs, SCADA, PLCs, Modbus] seraient le talon d’Achille. Les chaînes logistiques multi-niveaux, la sous-traitance massive et la concentration de données critiques dans des environnements cloud accentuent donc leurs expositions.

    ShinyHunters
    une signature familière

    Vingt-quatre heures après l’attaque, une organisation bien connue de la scène cyber, en réclame la paternité : ShinyHunters. Sur leur chaîne Telegram, « le groupe dit des Shiny Hunters [et en particulier Rey, qui a officié un temps sous la bannière de Hellcat] », explique LeMagIT.

    Derrière ce trouve un collectif ayant déjà revendiqué des attaques contre des détaillants britanniques et des entreprises comme Google, Air France-KLM, Allianz for Life, Cisco ou Pandora, via des intrusions dans leurs instances Salesforce. [Crédits : Bradley De Melo/Pexels]

    Le mode opératoire correspond à celui de l’organisation Scattered Spider : des campagnes de phishing, de vishing, et l’exploitation de comptes d’accès à privilèges. Une approche redoutable, car elle contourne les défenses techniques en s’appuyant sur la psychologie et la routine des utilisateurs.

    Un précédent aux allures de crise nationale

    Le gouvernement britannique a dû réagir. Selon le rapport du CMC, l’État s’est porté garant à hauteur de 1,5 milliard de livres sterling pour maintenir les liquidités de Jaguar-Land Rover. Le but limiter et éviter une onde de choc sur l’économie du pays.

    Le CMC appelle à une révision des cadres et à un renforcement des couvertures assurantielles face aux menaces cyber. « Les perturbations opérationnelles posent aujourd’hui le plus grand risque pour la plupart des entreprises », conclut-il.

    À peine vingt-quatre heures après la révélation de l’incident chez Jaguar-Land Rover, Bridgestone annonce à son tour l’interruption de son usine de Joliette, au Canada, en raison d’une possible cyberattaque. La troisième depuis 2022. « L’usine demeure à l’arrêt jusqu’à vendredi 19 h. Selon les progrès réalisés par l’équipe informatique, nous prévoyons vous partager le plan de redémarrage des activités en cours de journée le vendredi 5 septembre », précise la société. Les droits de chômage partiel ne sont pas les mêmes qu’en France. « On n’est pas payé. Il faut être sept jours à l’arrêt pour faire une demande de chômage. » Elle met à disposition des 1400 employés 200 $ par jour, car l’usine est le poumon économique de la région lanaudoise.

    Bridgestone
    victime collatérale

    Ces attaques, menées par des organisations à motivation financière, traduisent aussi une géo-politisation du cyberespace. Les services européens de renseignement évoquent depuis 2024 une multiplication des offensives à visée de cyberespionnage industriel, souvent attribuées à des groupes affiliés à la Russie ou à la Chine.

    Au-delà du Royaume-Uni, cet épisode résonne comme un signal d’alarme pour l’industrie européenne. À l’heure où entre en vigueur la directive NIS2, censée renforcer la cybersécurité des opérateurs essentiels, le cas JLR illustre les limites du dispositif : la conformité ne garantit pas la résilience. L’ensemble des acteurs doivent composer avec la réalité : la cybersécurité industrielle est un enjeu de souveraineté économique. [Crédits : Pixabay/Pexels]

    « La digitalisation de l’industrie, si elle n’est pas accompagnée d’une culture de sécurité, revient à installer des portes automatiques sans serrure », ironise un expert du NCSC. Cette cyberattaque a mis en lumière la vulnérabilité d’un modèle entier : celui d’une industrie mondialisée, hyperconnectée et dépendante de prestataires interopérables. Jaguar-Land Rover n’est peut-être que le premier domino d’une série que l’Europe industrielle n’a plus le luxe ni le temps d’ignorer.