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  • À l’assaut du Mount Pirongia (44/55)

    À l’assaut du Mount Pirongia (44/55)

    La nuit se passe sans encombre. Le réveil prématuré laisse sur sa faim le baroudeur. Sa tocante affiche six heures quarante-cinq quand son œil zyeute les aiguilles. Il est beaucoup trop tôt pour se lever. D’autant que sa prochaine étape est la récupération de sa voiture de location, à midi. Il va jouir d’une liberté de mouvement, de temps et de recherche. Mais la relativité est propre à chacun. Mais un détail identifie Flavien comme un Français par de multiples petites habitudes alimentaires. De nombreux repas sont constitués de pain et de fromage.

    « Pour ce matin, j’avais programmé le réveil à 8 h… mais pas à 6 h 45. » Il n’est pas pressé et pour une bonne raison. Flavien récupère sa voiture de location à midi. Alors, c’est seulement aux alentours de 9 h 30 qu’il se décide à quitter l’auberge. Une légère marche pour rejoindre l’arrêt de bus. Mais la chaleur ressentie dans la chambrée l’invite à prendre une dernière douche juste avant son départ.

    La liberté de mouvement recouvrée

    Une voiture de location se mérite, a priori. Car, Flavien réalise un trajet jusqu’à l’aéroport de plus d’une heure en bus. Le premier volet durant trois quarts d’heure, puis à nouveau une demi-heure. « En plus, j’effectue le dernier kilomètre en marchant. » Arrivée, bon pied, bon œil, à l’agence « GreatCar », ils lui donnent pressément l’automobile sans beaucoup d’explication. N’ayant jamais conduit de véhicule hybride, l’aventurier les questionne. Comment se recharge-t-elle ? Ce à quoi ils répondent qu’une hybride n’a pas besoin d’être rechargée. « J’y comprends rien, qu’est-ce qu’elle a d’hybride alors ? »

    C’est une excellente question ! Alors en aparté, qu’est-ce qu’une voiture hybride ? Elle est un véhicule qui avance sur deux souffles.

    D’un côté, le moteur thermique, héritier d’un siècle d’automobile, fidèle compagnon des longues routes. Puis, de l’autre, l’électrique, discret, presque feutré, qui s’éveille dans le silence assourdissant des rues urbaines. Ensemble, ils se relayent, s’épaulent, se corrigent.

    À basse vitesse, l’électricité prend la main et efface le bruit comme la fumée se dissipe au gré du vent. Puis, au fur et à mesure que la route s’étire, le moteur thermique regagne sa place. L’énergie perdue au freinage n’est plus gaspillée : elle est récupérée, stockée, réutilisée. De la même manière que la Formule 1 depuis 2009. Donc, en roulant, au freinage et lors de la décélération, la batterie se recharge. (Crédits : Rudolf-Vati/Pixabay)

    Ainsi, l’hybride n’est pas une rupture brutale, mais une douce transition. L’automobile y apprend à consommer moins en écoutant davantage le rythme du monde qui l’entoure. Bref, voici ce qu’est une voiture hybride. Après avoir récupéré son bolide, Flavien s’écrit « le standing n’est pas le même qu’avec la précédente location, en même temps celle-ci ne me coûte de 40 NZD par jour au lieu de 60 ». Mais la comparaison ne s’arrête pas là. La caution n’est que de 500 dollars néo-zélandais contre 3000.

    En route pour de nouvelles aventures

    Peu avant midi, il se place au volant. « Me voici, en direction d’Hamilton pour faire quelques courses au New World avant de me diriger vers le Mount Pirongia. » C’est donc à 14 h 35 que Flavien opère son entrée dans cette réserve, où il fait très chaud, 28 °C, souffle-t-il. D’un pas décidé, il installe sa tente près du sommet ce soir et de redescendre demain matin.

    Toujours en retard comme le Lapin d’Alice, Flavien court devant le temps. « L’ascension de 700 m sur une distance de huit kilomètres est donnée pour quatre heures. Je table sur trois au vu de mes précédentes randonnées. » Pour emmener son téléobjectif, le naturaliste décide de ne pas ajouter à son sac de réchaud, seulement deux vestes, pas de poncho, pas de batteries… « C’est la première fois que je prends aussi peu de choses », avoue Flavien.

    Il attaque la montée dans la forêt luxuriante, tout en transpirant à grosses gouttes. « Je suis complètement paumé avec les espèces », s’étonne-t-il. Mais, il répond présent pour voir Dactylanthus taylorii, l’unique plante parasite de Nouvelle-Zélande. « Elle se fait rare. Elle est en danger d’extinction, mais je n’ai pas réussi à trouver de points exacts avant ma venue. » Selon les recherches, les autorités la protègent des prédateurs avec du grillage, ce qui devrait faciliter la tâche du naturaliste. (Crédits : Flavien Saboureau)

    C’est une Balanophoraceae, famille mythique qu’il n’a encore jamais vue. « Durant la montée j’observe trois nouvelles familles (Alseuosmiaceae, Strarsburgiaceae et Paracryphiaceae), chose très rare dans une vie de botaniste : croiser autant de nouvelles familles en une seule journée ». Mais une déconvenue attend Flavien. Arrivé sur une crête, il constate que le reste de l’ascension se fera sur celle qu’il surveille depuis le départ. « Je ne suis pas rendu. »

    Ça monte, ça descend, le tout au sein d’enchevêtrements de racines au milieu d’une trace plus qu’un sentier. « Au moins, je ne suis pas dérangé, je ne croise personne. » La météo au beau fixe, le paysage magnifique… « Ces crêtes me font penser à celles des forêts d’Araucaria en Patagonie. » Mais l’ascension paraît interminable… « C’est long…. Ce chemin ne dévoile que quinze mètres de visibilité. Je voulais de l’aventure, je suis servi », martèle le baroudeur.

    « C’est l’un des sentiers les plus sauvages que j’ai emprunté dans ce pays », reconnaît-il. Vers dix-huit heures, Flavien croise un chasseur en quête de chèvres. « Savez-vous où je peux trouver des cages pour le Dactylanthus ? »

    La réponse est laconique. « Il me réplique qu’il me montrera ça ce soir à la hut. » Il poursuit jusqu’au sommet à 959 m qu’il atteint à 19 h 15, soit 4 h 30 plus tard. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après avoir rejoint la hut et le campement, « je trouve quelques cages avec le trésor à l’intérieur… malheureusement fané ». C’est surtout le moment de s’installer. « Je monte ma tente sur les emplacements aménagés. Étonnement, dans cet endroit très paumé, il y a une dizaine de coins. » Mais l’aventurier du bout du monde sera seul ce soir.

    Quatre randonneurs se trouvent dans la hut. L’un d’eux est Australien. Il réalise la fameuse Te Riaroa, la traversée de la Nouvelle-Zélande en quatre mois, soit 3 000 kilomètres. Flavien, quant à lui, se restaure avec, avec…. Oui ! Du fromage et du pain, mais sur la terrasse face au coucher de soleil. « Quel moment ! »

    La température se rafraîchit, si bien qu’il enfile son pull. Le naturaliste en trouve une seule, encore à peu près en fleurs. Il est satisfait de ne pas être bredouille. Le Dactylanthus taylorii, plante singulière et presque clandestine, fait exception dans le monde végétal : il est pollinisé non par les insectes ou le vent, mais par des chauves-souris, en l’occurrence la chauve-souris à queue courte de Nouvelle-Zélande. Attirées par son odeur musquée et son nectar, elles assurent ainsi la reproduction de cette espèce parasite. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « La nuit tombée, frontale en place, je suis mon objectif. » Cerise sur le pavlova, dans l’une de ces cages, un weta semble y avoir trouvé refuge, c’est une nouvelle espèce que Flavien n’avait pas encore vue. Après une toilette de chat sous sa tente, il se projette déjà au lendemain. « J’ai rendez-vous avec les chasseurs. Ils m’indiqueront de divers lieux, qui avec un peu de chances d’autres Dactylanthus en pleine floraison. »

    Travaux et horaires ne font pas bon ménage

    En ce cinq février 2025, après de très nombreux réveils en terre néo-zélandaise, l’horloge interne est dorénavant calée. « Ce matin, j’ai programmé mon réveil pour 7 h 30. Mais, pas moyen de déroger aux habitudes, les yeux s’ouvrent un quart d’heure avant sept heures. » Malgré ces secondes manquantes escomptées, il a passé une bonne nuit. Peu avant huit heures, Flavien a rendez-vous avec les chasseurs. Dans la discussion, ils lui expliquent leurs présences ici durant dix jours chaque année. Employés du département de conservation, ils œuvrent à l’éradication des chèvres, introduites en 1770 par un certain James Cook. Elles sont devenues envahissantes et destructrices.

    Plus la descente s’amorce, plus la chaleur augmente. « Me revoilà à suer dès que je m’agrippe aux chaînes pour monter sur des escarpements. » En bas, la vision des fougères arborescentes de plus de vingt mètres de haut impressionne. « Tout autant que certains arbres, tels Dacrydium cupressinum ou Dacrycarpus dacrydioides qui montent à plus de 50 mètres », comment Flavien.

    Arrivé à la voiture à 12 h 30, le baroudeur reprend la route après avoir grignoté… le pain et le fromage qu’il lui reste. « J’ai deux heures et demie de route pour rejoindre un site géothermal fermant à 16 h 30. » Finalement, de nombreux travaux sur la route produisent un changement de programme. « Je bifurque sur visite la ville de Rotorua », se ravise-t-il. Après un arrêt tactique dans un New World, pour y trouver du Wi-Fi, l’aventurier opte pour une auberge, bien moindre que tous les campings hors de prix. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après avoir profité d’une douche tant attendue, et une lessive à la main, le gourmand file en direction de Kuirau Park. Situées à quelques pas du centre-ville, quelques formations géothermales sont observables gratuitement. Kuirau Park est l’un de ces lieux où la terre parle à voix haute. Le sol fume, l’eau bouillonne, des mares aux teintes laiteuses ou turquoise offrent un rappel discret, mais constant, que la ville repose sur une croûte terrestre instable et vivante. « L’odeur de souffre prend au nez et sent par moment jusque dans le centre-ville », décrit-il. Sur le chemin du retour, « je m’arrête à un kebab qui sert des wraps géants, et terriblement bons. » À suivre…

  • Quand Flavien passe près de la correctionnelle (43/55)

    Quand Flavien passe près de la correctionnelle (43/55)

    Ce matin-là, le réveil sonne à 6 h 45. La nuit a été humide, tout est à nouveau trempé. Le jour s’apparente à la nuit, le ciel est rempli de nuage, filtrant la chaleur du soleil. Mais pour boucler ce triptyque autour du Tongariro, Flavien doit mettre les bouchées doubles. Mais c’est aussi une journée placée sous le signe de la rencontre. Les nycthémères se suivent et se ressemblent. « Comme hier les nuages empêchent le soleil de paraître », se désole Flavien. L’ensemble de son matériel devra attendre la soirée pour sécher à l’auberge.

    Peu avant huit heures, l’aventurier file en direction de Whakapapa pour clore ce chapitre de trois jours. L’ultime étape de quinze kilomètres est donnée pour 5 h 45. « Selon les prévisions météorologiques, il doit pleuvoir pour midi. » Flavien enclenche la seconde, pour éviter de se mouiller. Les paysages similaires à hier forment une boucle temporelle.

    Une dépendance, malgré lui, au smartphone

    Aucune nouvelle espèce ne s’offre à lui. Les nuages étreignent le trio volcanique. Le sentier aménagé est propice à l’accélération, le baroudeur fuse à 4 km/h. « Il n’y a pas grand-chose à raconter… si ce n’est que le Ruapehu s’est découvert quelques minutes, histoire que je fasse quelques photos, avant de retrouver sa coiffe blanche. » Chemin faisant, la cascade, Taranaki fall, ne laisse pas l’aventurier pantois. Décidé, il arrive vers onze heures trente à destination.

    « Finalement, 3 h 45 plus tard, j’arrive au village », explique-t-il la mine radieuse. En effet, il met ainsi un terme à la marche longue et monotone de la matinée. D’autant qu’il trouve un point Wi-Fi à l’accueil. Ce qui lui permet d’identifier quelques belles encore inconnues à ses yeux. Mais avant de contenter sa curiosité culturelle, en visitant le petit musée de la maison du parc, « je mange le fromage et le pain qu’il me reste ». L’espace-temps s’allonge et se distord. « Je traîne pas mal, car je profite du Wi-Fi gratuit. » Peu après quatorze heures, l’aventurier du bout du monde tend son pouce gauche vers l’asphalte. Dix minutes s’écoulent, quand un véhicule le prend en stop. C’est une compatriote qui s’arrête, et cerise sur le gâteau. « Elle va à la même auberge que moi, c’est beau ! »

    Croque-Monsieur au menu

    La YHA National Park Backpackers & Climbing Wall, bien nommée. Mais avant de profiter du confort d’une douche et de son utilité qui n’est pas à démontrer, « je passe à la supérette acheter des timbres et à manger pour la suite, ce soir, croque-monsieur au menu ».

    Je n’avais pas encore imaginé à en faire, c’est pourtant si simple, pense-t-il à voix haute… Le goûter à base de yaourt, de mueslis et de banane le refait. Bien repu, « j’accompagne Idonie à la salle d’escalade ». Attenante à l’auberge, son mur de huit mètres ravive les passions. Flavien y loue un baudrier. « Je passe un peu plus d’une heure à l’assurer, il y a longtemps que je n’avais pas fait ça. »

    Elle est Anglaise, Française et Belge. Elle bourlingue depuis ses 18 ans. « C’est son 250jour de voyage… petit joueur je suis », conçoit le naturaliste. Puis, il s’exclame en pensée : « Enfin, j’ai quand même vécu près d’un demi-millier de jours sur Amsterdam. » Avant, elle était au Canada, en Colombie, puis elle s’envole aux États-Unis après… (Crédits : Aciphylla squarrosa — Apiaceae/Flavien Saboureau)

    Vers dix-huit heures, pendant que la machine à laver le linge fait son office, Flavien se lance dans l’écriture de quelques cartes postales. Les deux « backpackers » cuisine au barbecue. Le duo discute à bâtons rompus, jusqu’à la nuit tombée. Détail qui a son importance, la maman d’Idonie est aussi botaniste et elle bosse dans la production des vaccins. « Ce soir je voulais naviguer, parler, mais le mot de passe du Wi-Fi que j’avais sur un ticket s’est effacé pendant la rando, avec la friction dans mon porte-monnaie ; l’accueil n’étant pas ouvert, je ferai sans. »

    À quelques secondes près

    « Ce matin-là, je ne suis pas pressé. Mon bus pour Auckland est réservé pour 13 h 40. » Flavien émerge comme l’aube, tranquillement. Alors que Casimir concocte un Gloubi-boulga, Flavien se prépare son petit déjeuner au top : le reste du mégayaourt mélangé à des céréales et une banane.

    Il est 13 h 30 quand il se dirige vers l’arrêt de bus. L’aventurier du bout du monde ne se précipite pas. « Qu’est-ce que je vois ? Le bus qui prend la route  », s’insurge Flavien.

    Le naturaliste s’agite, produit de grands gestes en direction du chauffeur. Ce dernier lui répond par des appels de phares, puis stoppe. « Il m’explique m’avoir téléphoné hier pour dire qu’il partait plus tôt aujourd’hui. » Mais comme le mot de passe pour se connecter au Wi-Fi s’est effacé, que l’accueil était fermé, Flavien n’a pas pu recevoir de messages ou d’appels.

    « Un peu plus je le loupais alors que j’étais à l’heure, elle aurait été bonne celle-ci. » Soulagé, mais légèrement stressé, le naturaliste arrive à redescendre en tension. Comme à l’aller, un très long arrêt a lieu à Taumarunui… pour changer de chauffeur. Il en profite pour manger le reste de yaourt. (Crédits : Marius Mann/Pexels)

    Auckland est annoncé peu avant vingt heures. « Je me dirige vers l’auberge Surf’n Snow Backpacker. Ils ont de la place, top ! », se réjouit Flavien. Sauf que la chaleur dans la chambre est incroyable. Qui plus est un pensionnaire dort. Il est assisté d’un appareil facilitant la respiration. « J’appréhende pour les ronflements cette nuit », glisse-t-il. Mais avant de se coucher, il achète une pizza à un petit prix. « … On dirait du plastique, pas un bon plan, la bouffe ici… » À suivre…

  • La beauté des lacs d’émeraude (42/55)

    La beauté des lacs d’émeraude (42/55)

    Au creux de paysage lunaire, Flavien poursuit sa découverte de la Nouvelle-Zélande. Près des lacs d’émeraudes, les émanations des fumerolles repoussent tous les visiteurs. L’odeur de soufre y est tellement forte qu’elle est insupportable. Mais à cette altitude, le soleil qui dore notre peau, allongé sur une plage de sable fin, peut avoir des conséquences encore plus néfastes. Car les insolations ne laissent que peu de souvenirs agréables. Dans ces lieux majestueux, l’entraide renaît, et se partage autour du verre de l’amitié.

    « Je rejoins Frédéric et Flora un peu plus tard autour du Blue Lake », commente Flavien. Bien qu’il ne soit pas sur le sentier du trek, ajoute-t-il. Mais le léger détour offre une nouvelle vue sur la caldeira. Le trio discute à nouveau de voyage et botanique. Le temps, lorsque tout un chacun parle de ses passions, file. « Il est déjà treize heures. Les nuages se forment. » Flavien entreprend la descente près des fumerolles, où il effectue la pause déjeuner. Tel le lapin d’Alice, en retard, toujours en retard, il reprend sa marche. « Il me reste encore douze kilomètres, je n’ai fait que la moitié de la journée. »

    Insoutenable odeur de soufre

    « Sous les fumerolles, l’odeur de soufre est insupportable », explique Flavien tout en se pinçant le nez. Les réminiscences de sa jeunesse apparaissent, et de documentaires, il passe à la réalité. « Cela me rappelle ce que je regardais à la télé quand j’étais petit. Je voyais des scientifiques descendre près des cheminées de soufre dans les volcans indonésiens. »

    Le voyage se poursuit, à travers des paysages à couper le souffle. « J’ai l’impression d’être sur une autre planète ». À cet instant, et à cette altitude, le soleil tape fort, très fort, selon l’aventurier du bout du monde.

    Mais ce n’est pas la matière grise du naturaliste qui va refroidir le corps. Elle est en ébullition. Dans un environnement de roche basaltique noire et de lapilli, quelques plantes se développent. « Elles forment de magnifiques communautés dans ce désert minéral. » Comme à son habitude, il se mue en paparazzi avec de très nombreux clichés du paysage. « Je suis sous le charme ». La marche s’éternise, d’autant que le panorama est monotone. « Je suis à sec. Pas simple de trouver de l’eau dans cet environnement », admet le baroudeur.

    L’arrivée à une hut lui permet d’étancher sa soif et de se ravitailler. Mais un drôle de sentiment apparaît. « Je me sens un peu patraque. J’ai dû prendre un coup sur le crâne, malgré ma casquette. J’espère que ce n’est pas une insolation. » Le naturaliste se réhydrate. « Bien que les paysages soient magnifiques, la journée commence à être longue, je m’arrête peu pour les plantes désormais, signe de fatigue… »

    Une grosse fatigue accumulée

    Avant d’arriver au campement proche de Waihohonu Hut, il faudra traverser l’unique forêt de la journée et son dévers. Les nuages menacent de plus en plus la quiétude des randonneurs. Donc, peu après 17 h 30, « après 24 km et plus de mille mètres de dénivelé positif, je suis content de monter la tente ».

    Entre les nuages bien noirs, quelques rayons de soleil permettent à ma tente de sécher. « Je croise les Israéliens qui arrivent peu de temps après moi et qui me proposent de venir boire un verre à leur bivouac dans la soirée, je ne refuse pas. »

    Après avoir dévoré quelque peu et soulagé une envie pressante, Flavien se rend à leur camp avec le reste de graines en échange. Ils lui servent cinq shots de whisky… après une grosse journée et la fatigue accumulée depuis le départ de Lavausseau.

    « Je leur pose plein de questions sur la culture israélienne que je connais très peu. » Au bout d’une heure, il est temps d’aller se restaurer, mais avant, il leur laisse son paquet de pâtes et toutes les graines, n’ayant presque plus rien à manger. « À peine suis-je rentré à l’abri que la pluie se met à tomber. Je prépare mes lyophilisés sous l’abscisse de ma tente, pas très pratique, mais ce n’est pas une première. »

    De la bruine, à l’averse, l’orage s’annonce. « Ça gronde fort ! » C’est toujours aussi satisfaisant d’être sous sa tente quand il pleut. Après une toilette de chat, l’effet conjugué de la fatigue et de l’alcool met hors service Flavien. « Avant même 22 h je rejoins Morphée. Une bien belle journée encore une fois, entre rencontres et paysages, dans mon top 3 du voyage. » À suivre…

  • Quand les fuites de données rongent la confiance (numérique)

    Quand les fuites de données rongent la confiance (numérique)

    En quelques mois, la France, comme le monde entier, a vu chanceler l’un des piliers invisibles de sa modernité. Désormais ébranlée, la confiance dans la sécurité numérique vacille. Enseignes, géants technologiques, institutions publiques, fournisseurs de services… personne n’est épargné. Des millions de données personnelles exfiltrées, des centaines d’entreprises fragilisées, d’ailleurs, certaines firmes disparaissent, des citoyens démunis, soudain exposés à une criminalité sans visage. L’année 2025 marque d’une pierre blanche celle où la vulnérabilité n’est plus une exception, mais un état.

    À 7 h 42, dans le silence feutré d’une maison, Élodie se saisit de son ordiphone, ou smartphone. Un e-mail. Une alerte. Un message laconique l’informe qu’« une partie de vos données personnelles a pu être compromise… » Pas de coupable identifié. Juste cette notification — encore une — qui vient briser l’illusion fragile de sécurité numérique. Elle, comme des millions, se mue en une victime. Derrière son écran, le soupçon s’insinue. Que signifie cette « compromission » pour son identité, ses finances, sa vie privée ?

    Fuite de données en pagaille

    Cette histoire factice n’est malheureusement pas une fiction. C’est une vague, un tsunami qui déferle avec une intensité inédite. L’année 2025 est marquée par des fuites massives, des piratages en chaîne, des alertes répétées. Le monde numérique soudain vacille, et les citoyens (re) découvrent leur fragilité.

    Crime, cyber, attaque

    Le 3 décembre 2025, un rapport du GTIG confirme qu’une cyberattaque massive a exposé les données de plus de 200 entreprises utilisant des services reliés à Salesforce. L’activité suspecte affecte des applications d’un tiers, Gainsight. L’intrusion a permis aux hackers d’accéder à des instances, ouvrant la voie à une fuite d’informations sensibles.

    « Cette activité est probablement liée à UNC6240 (alias ShinyHunters) », déclare Austin Larsen, analyste principal de GTIG. Ils auraient mené l’opération mêlant ingénierie sociale, vishing, usurpation de comptes et exploitation de tokens d’authentification. « […] Salesforce a révoqué tous les tokens d’accès actif […] », indique Allen Tsai, porte-parole de Salesforce. (Crédits : Pete Linforth/Pixabay)

    Dans un contexte où les signalements de cybermalveillance augmentent fortement — hameçonnage, compromissions de comptes, rançongiciels — des publications, des alertes et des mises en garde contre les risques croissants liés aux informations volées sont affichées. La dernière en date concerne la violation de données personnelles de la Fédération Française de Tir.

    Une explosion des cyberattaques et des menaces en cascade

    Selon un article d’Euronews, l’Europe a enregistré une hausse spectaculaire des cyberattaques en 2025, affectant de nombreux secteurs. Si la patrie de Molière qui se retrouve parmi les pays les plus touchés, nos voisins et amis Belges font faces à une recrudescence d’escroquerie. Dans des courriels, les escrocs se font passer pour le Ministère Public ou le procureur général M. Van Leeuw. « Ces e-mails sont des faux et peuvent être dangereux. Soyez vigilant, n’ouvrez pas les pièces jointes et ne cliquez pas sur les liens contenus dans l’e-mail. »

    Le constat est limpide. Les vulnérabilités ne frappent plus individuellement, mais globalement. Nous possédons un modèle désormais fragilisé par l’interdépendance et la complexité croissante des chaînes logicielles, comme des fuites de données. Voici une liste non exhaustive des victimes d’attaques cybernétiques de l’année 2025 : Procureur général de l’État de Guanajuato (MEX), Merkle (JPN), Svenska kraftnät (SWE), Sunafil (PER), Milwaukee Police Department (USA), YAC GARTER CO., LTD. (JPN), Ville de Fumel (FRA), LG Balakrishnan & Bros Ltd (IND), Al-Babtain Power and Telecommunications Co. (SAU), Direction générale des impôts et domaines (Dgid) (SEN), Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France (FRA), Ordre des journalistes de Rome et du Lazio (ITA), Ville de Poitiers et Grand-Poitiers (FRA), Wibaie (FRA), CNFPT (FRA), Muséum national d’Histoire naturelle (FRA), Orange (FRA), Curaçao Tax Office (CUW), Delfingen (FRA), Uni-Asia Group Limited (SGN), Département de l’Aude (FRA), Büchner Barella (DEU), Alto Adige (ITA), Melilla (ESP), Glasgow (GBR), Département des Hauts-de-Seine (FRA), La Maison Liégeoise (BEL), Peter Green Chilled (GBR), Service public de Wallonie (BEL), District scolaire de Limestone (CAN), Groupe 3R (CHE), Bikur Rofeh (ISR), Adval Tech Group (CHE), Harvest (FRA), Orangeville (CAN), Bain de Bretagne (FRA), Écoles publiques de Portland (USA), Conseil scolaire Upper Canada (UCDSB) (CAN), La Police de Kingston (CAN), Berson (FRA), Leroy Merlin (FRA), France Travail (FRA)…

    Culture de la cybersécurité fragile

    L’origine du problème ne tient plus à un serveur mal configuré ou à un mot de passe trop faible. C’est désormais tout un ensemble, qui réside dans l’écosystème lui-même. En effet, il existe une externalisation massive & SaaS (Software-as-a-Service). De plus en plus d’entreprises laissent une part non négligeable de leur activité logicielle vers des tiers (CRM, support client, outils marketing, cloud…) En greffant un maillon à une chaîne, vous augmentez la surface d’attaque.

    D’autant que l’interconnexion des services ajoute un peu de piment. Un fournisseur de support en liaison avec plusieurs clients devient un hub de compromission. (Crédits : Obregonia D. Toretto/Pexels)

    Tour, communication, relais

    Selon le baromètre 2025 du CESIN, une entreprise française sur deux identifie les fuites de données comme un risque prioritaire, mais nombre d’entre elles ne jugent pas les solutions suffisamment sûres ou adaptées à leur taille. L’arrivée de l’IA générative, de services interconnectés, d’accès à distance, multiplie les vecteurs d’attaque, les erreurs possibles. Ce contexte structurel met en lumière la faiblesse d’un modèle numérique fondé sur la confiance.

    L’affaire Gainsight au révélateur

    Un prestataire, Gainsight se voit attribuer des accès légitimes — via tokens OAuth — à des CRM d’entreprises. Un acteur malveillant — via social engineering, vishing, usurpation d’identité — obtient ces tokens ou convainc un employé de les approuver. Grâce à ces accès, les pirates exportent, en masse, des bases de données entières. Cela concerne les contacts, utilisateurs, historiques, métadonnées…

    rue, public, asiatique

    Les données volées peuvent ensuite être revendues, publiées, ou servir à des campagnes de phishing ou d’usurpations d’identité ciblée. L’attaque ne nécessite pas une faille dans le cœur logiciel (Salesforce) — mais exploite la chaîne d’approvisionnement logicielle, ou « supply-chain ». Ce type d’attaque illustre une tendance récente : la cybercriminalité vers non plus le point le plus faible de l’infrastructure, mais l’écosystème global.

    Qu’est-ce qu’une attaque supply-chain ?

    Une attaque supply-chain consiste à cibler non la victime directe, mais un de ses fournisseurs ou prestataires. En compromettant ce maillon, l’attaquant obtient un accès indirect à de nombreuses cibles. Cette stratégie, très efficace à l’échelle industrielle, transforme un prestataire en point névralgique de compromission — un « hub » d’accès à plusieurs organisations.

    Vivre dans l’insécurité digitale

    Pour les victimes — salariés, clients, particuliers —, la prise de conscience est brutale. Plusieurs conséquences psychologiques se dessinent. Sentiment de vulnérabilité permanente. Car, le numérique, jusque-là perçu tel un lieu « fiable », apparais désormais comme un terrain miné.

    (Crédits : Ethan Brooke/Pexels)

    Des conséquences directes, avec la peur, ou une méfiance considérable de confier ses informations personnelles. Mais aussi le syndrome de l’appel au loup. Face à la multiplication des incidents, le risque d’habituation s’installe. Certains minimisent alors les alertes en acceptant une exposition comme « coût normal ». Mais en fonction de l’âge et de la culture cyber, la crainte d’usurpation d’identité, de fraude, de revente de données, voire de compromissions financières — car la menace ne dort jamais. L’addition de ces facteurs engendre un climat anxiogène, intime et collectif.

    La menace comme instrument systémique

    Quand les infos volées incluent des éléments personnels — noms, adresses, contacts, emails, données sensibles —, les risques sont concrets. Ainsi, comme le dévoile sur X (anciennement Twitter), SaxX, un tiers non autorisé a accédé aux données de santé des patients du site « Médecin direct » : prénom, nom, date de naissance, adresse e-mail, numéro de téléphone, adresse postale, numéro de sécurité sociale (si transmis), les données de santé (l’objet de la téléconsultation, les données renseignées dans le questionnaire de prétéléconsultation, les données échangées par écrit avec le professionnel de santé)

    Les organismes d’assistance comme Cybermalveillance.gouv.fr alertent en 2025. Les demandes d’aide ont explosé (jusqu’à + 82 % pour certaines catégories), traduisant l’intensification de la menace. Comme le montre le rapport de Surfshark : au second trimestre 2025, la France est le 2ᵉ pays le plus touché sur Terre par les violations de données, selon Surfshark. Au total, 11 946 923 e-mails français ont été compromis entre le 1ᵉʳ janvier et le 1ᵉʳ avril 2025, soit une augmentation de 441 % par rapport au trimestre précédent. Le chiffre croit à 15 466 792 au 1er juillet 2025 (+29 %).

    Cela révèle une mondialisation de la cybercriminalité. L’ingénierie sociale, combinée à l’exploitation des tiers, constitue la voie d’accès la plus rentable et la plus massive. Méthode qu’usent ShinyHunters/Scattered Spider. (Crédits : Brett Sayles/Pexels)

    câble, connexion, fibre



    Environ 83% des cyberincidents en France n’ont pas de pays d’origine identifié – 11 des 64 cas ont été attribués à au moins un pays d’origine, selon l’EuRepoC. Face à la fragilité et aux menaces contrent des États ou des entreprises, il faut repenser le modèle. Car le risque systémique existe. La fuite d’un fournisseur majeur affiche le vacillement d’un pan de l’économie numérique. La France est quatrième au rang mondial des comptes violés. Cela représente 703 912 680 depuis 2004.

    Vers un sursaut collectif ?

    L’urgence date d’hier. Le renforcement des réglementations avec la traçabilité des accès, l’obligation de signalement, la transparence sur les incidents, les sanctions… sans oublier l’hygiène numérique (mots de passe robustes, 2 FA, vigilance face aux phishings et aux sollicitations) se doit d’être la norme. « La plupart des gens utilisent le même e-mail pour différents comptes lors de l’inscription en ligne », rappelle Surfshark.

    Squelette, casque, VR

    Ce que risque tout un chacun est l’usurpation d’identité, phishing, harcèlement, perte de vie privée, stress, méfiance généralisée. Mais cela passe par la prise de conscience des données déjà fournies gratuitement lors de l’installation d’applications ou de jeu.

    L’année 2025 pourrait rester dans les mémoires comme l’année où la confiance numérique s’est fissurée — non sous les coups d’un virus explosif, mais sous la pression d’un écosystème globalisé, interconnecté, fragilisé. Derrière chaque fuite, chaque base de données volée, ce sont des individus, des familles, des entreprises, des destins qui vacillent.

    Mais ce basculement peut aussi être un appel. Un appel à la responsabilité collective — des États, des entreprises, des citoyens — pour bâtir ensemble un système plus résilient, plus transparent, plus respectueux de la vie numérique. (Crédits : Andrea Piacquadio/Pexels)

  • Qui sent le mieux : le chien ou le requin ?

    Qui sent le mieux : le chien ou le requin ?

    L’un vit à nos côtés, reniflant nos chaussettes, notre entrejambe en créant un moment gênant, ou suivant la trace d’un rongeur égaré. L’autre hante nos imaginaires marins, prédateur furtif capable, dit-on, de flairer une goutte de sang à des kilomètres. Le chien et le requin partagent un don sensoriel exceptionnel : l’art de sentir le monde. Mais qui possède vraiment le meilleur odorat ? Le chien renifle un gant oublié à trois kilomètres, le requin détecte une goutte de sang dans l’océan. Mais lequel des deux domine réellement l’univers des odeurs ? Le flair terrestre ou le nez marin ?

    Derrière cette question, une exploration fascinante des sens extrêmes et des mondes qu’ils révèlent. À l‘heure où la lutte contre le narcotrafic, pister des personnes recherchées ou disparues occupe les forces de l’ordre, le flair possède une importance de plus en plus primordiale. Mais pour autant, entre les vérités tronquées et les légendes urbaines, il faut du flair pour distinguer le vrai du faux.

    Ce chien à du flair, vous ne trouvez pas ?

    Impossible de parler d’odorat sans évoquer nos fidèles compagnons à quatre pattes. Toujours la truffe dans un trou, prêt à gratter. Ce nez est le fruit d’une longue évolution, il a transformé son nez en une véritable machine à décoder les odeurs. Son museau abrite entre 220 et 300 millions de récepteurs olfactifs, quand nous, pauvres êtres, nous nous contentons de 5 à 6 millions. Mais comme tout un chacun, nous avons des capacités plus ou moins développées. Ce que nous nommons talents. Certains se distinguent : le Saint-Hubert est le champion des pistes, lorsque le berger allemand est un policier qui a du flair.

    Chien, noir, truffe

    Leurs prouesses dépassent notre imagination. Ils retrouvent la trace d‘une personne disparue plusieurs jours après son passage, identifient un criminel dans une foule, ou détectent des maladies, comme certains cancers, l’hypoglycémie ou l’imminence d’une crise d’épilepsie.

    Leur secret, un système olfactif associé à un organe voméronasal capable de capter les phéromones. Ajoutez à cela un cerveau dont une large partie est dédiée à l’analyse des signaux chimiques, et vous obtenez un champion du pistage terrestre. L’air qu’il inspire se sépare en deux flux : l’un se dirige vers les poumons, l’autre — réservé à la détection — est dirigé vers une cavité spécialisée. Cet endroit où les molécules odorantes sont piégées, analysées, puis comparées. Une architecture subtile, décrite par la recherche scientifique, qui maximise le temps de contact entre l’odeur et les récepteurs.

    Un flair à toute épreuve

    Son reniflement crée un jeu de turbulences qui aspire en continu de nouvelles particules odorantes. Il agit telle une IRM 3D. Comme un athlète, le chien progresse avec l’entraînement. Ils distinguent donc des signatures complexes, identifient des mélanges où l’humain serait totalement perdu, et s’adaptent à des environnements saturés d’odeurs.

    Ainsi, chaque reniflement n’est pas un simple geste instinctif : c’est une lecture du monde. Une lecture dont la finesse dépasse de loin nos capacités humaines, et qui n’a pas fini d’inspirer les chercheurs — car comprendre le nez du chien, c’est peut-être entrevoir les limites de nos propres sens. (Crédits : Charles/Pexels)

    C’est l’un des champions incontestés du monde terrestre. Son bulbe olfactif, la zone du cerveau dédiée aux odeurs, est 40 fois plus développé que le nôtre, proportionnellement à sa taille. Certaines races, comme le Bloodhound (Chien de Saint-Hubert), peuvent suivre une odeur sur 300 kilomètres. Mais surtout, il ne se contente pas de sentir : il décrypte, il analyse, et associe chaque odeur à une information. Son odorat est interprétatif, contextuel et émotionnel.

    Le maître des effluves marins

    Sous la surface, un autre nez règne en maître. Le requin, prédateur millénaire, possède une réputation qui n’est pas usurpée. Une simple goutte de sang diluée dans 25 millions de litres d’eau — soit dix piscines olympiques — peut suffire à éveiller son appétit. Légende urbaine ou vérité ?

    Ses narines, situées sous le museau, ne servent pas à respirer, mais uniquement à sentir. Pour s‘oxygéner, il doit être en mouvement perpétuel, et user de ses branchies comme pour la plupart d’entre eux. Chaque narine est scindée en deux canaux, permettant une détection directionnelle ultra-précise. C’est en comparant le temps d’arrivée de l’odeur dans chaque conduit que le requin remonte la piste olfactive.

    En plus, son arsenal inclut les fameuses ampoules de Lorenzini, capables de détecter les champs électriques produits par les muscles et les battements de cœur de ses proies. Le combo des deux systèmes en fait un chasseur d’élite.

    Ampoules de Lorenzini

    Elles sont décrites pour la première fois au XVIIe siècle par l’anatomiste italien Stefano Lorenzini. Lesdits pores remplis de gelée se regroupent autour du museau et de la tête du requin. Chacun s’ouvre et se connecte à un canal menant à un bulbe sensoriel riche en cellules électroréceptrices. Ces cellules sont capables de détecter des champs électriques incroyablement faibles, jusqu’à cinq nanovolts par centimètre (0,000 000 005 Volt) un niveau de sensibilité qui dépasse l’entendement. Ce que la roussette (Scyliorhinus canicula) est capable de faire.

    Concernant la goutte de sang détecté par le requin reste une légende urbaine. Il ne peut ni détecter une goutte d’eau dans 25 millions de litres d’eau ni sentir une goutte de sang à plusieurs kilomètres. Seulement « dans des conditions optimales, de nombreux requins peuvent détecter le sang à partir d’un quart de mille de distance (463 mètres) ».

    (Crédits : Daniel Torobekov/Pexels)

    Requin, poisson, océan

    Cependant, ce qui peut déclencher un stimulus, c‘est une goutte de sang ou une explosion d’acides aminés provenant d’un poisson blessé. Cette incitation amène le requin à en chercher l’origine en nageant à contre-courant. Au dur et à mesure qu’il se rapproche, le requin perçoit petit à petit des signaux visuels et auditifs. Pour clore la légende urbaine, « des études scientifiques ont montré à plusieurs reprises que de nombreux requins ne trouvent pas le sang humain particulièrement attrayant. »


    Deux mondes, deux stratégies sensorielles

    Le chien interagit, comprend et communique via son odorat. Son nez est connecté à son intelligence sociale. Le requin lui chasse, survit et navigue au pif. Son odorat est efficace, mais plus instinctif. Chacun a donc développé un odorat parfaitement adapté à son environnement.

    Chat, mug, calme

    Alors, qui gagne ? Le chien, avec ses centaines de millions de récepteurs et sa polyvalence, ou le requin, capable de percevoir une trace infime dans l’immensité liquide ?

    Mais peut-on vraiment les comparer ? L’un respire l’air, l’autre filtre l’eau. L’un comprend une émotion, l’autre traque une goutte de sang.

    Là où le chien identifie, le requin localise. Deux stratégies, deux mondes. Mais avec l‘être humain, cela devient un trio et trois manières de sentir la vie. L’humain perçoit les odeurs comme des signaux, le chien les interprète comme des histoires et le requin les lit comme des coordonnées.

    (Crédits : Dagmara Dombrovska/Pexels)

    À l’heure où les technologies biomimétiques s’inspirent de plus en plus du vivant — capteurs chimiques, drones renifleurs, robots sous-marins —, comprendre ces différences n’est plus seulement un exercice. Et vous, que feriez-vous de ce super-pouvoir ? Flairer la vérité ou sentir le danger avant qu’il n’arrive ?

  • Rencontre au sommet de botanistes (41/55)

    Rencontre au sommet de botanistes (41/55)

    Un simple lever ou coucher de soleil panache une journée bien fade. Flavien va au-devant d’un nycthémère, bien qu’ordinaire dans un lieu hors du commun, se révèle grandiose. La palette des nuances et des coloris de la nature fait briller les yeux de l’aventurier du bout du monde. Puis la rencontre de deux aficionados laisse las la troisième. Encore que l’envolée lyrique soit vivement teintée, seuls les passionnés écoutent. Entre le Mount Ngāuruhoe et les lacs d’émeraude (Ngā Rotopounamu), Flavien en prend plein les yeux.

    « Si j’avais su l’incroyable journée qui m’attendait, je me serais levé encore plus tôt », raconte Flavien. Bien qu’il effectue un petit geste de la tête. Le réveil sonne à 6 h 15. Pile l’heure à laquelle les précouleurs du lever de soleil sont à leur apogée.

    Une journée haute en couleur

    Avant que le soleil n’effleure la terre néo-zélandaise, le mont Ngāuruhoe se dresse telle une énigme, dans le ciel nocturne. Il semble respirer, prêt à accueillir la lumière comme on reçoit une confidence. Le bleu indigo, profond, presque liquide, coule autour du cône volcanique et en souligne les arêtes. Il vient se délaver, devenant bleu-gris, pareil à une timide clarté hésitante. Le Ngāuruhoe apparaît alors plus proche, presque intime. C’est l’instant où l’on retient son souffle.

    Le nuage lenticulaire qui coiffe le Mount Ngāuruhoe devient rose.
    C’est l’ombre de la Terre qui peint le ciel. Cet arc subtil que les Maoris nomment la robe du matin. Le Ngāuruhoe en retrait, observe discrètement. Quand les jaunes doux et les pêches diaphanes s’invitent, tout vibre. Puis, sans prévenir, les couleurs s’enhardissent. Les oranges profonds, les corails, les rouges cuivrés enflamment comme la forge céleste derrière la montagne. Le Ngāuruhoe se découvre en noir absolu dans cette brume incandescente.

    L’aube se brise, le soleil paraît. À l’ouest, le Taranaki sort des nuages. La nuit fut humide, tente et sac de couchage sont trempés. Les nuages empêchent que les choses sèchent. « Je range le tout. J’espère que ça séchera ce soir, la moisissure est le pire des ennemis du trekkeur. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    À sept heures, Flavien vire en tête. Premier campeur à prendre la route du Tongariro. « Pour commencer, un col aux alentours de 1600 mètres d’altitude, c’est-à-dire 400 au-dessus ! Une bonne mise en jambe », s’amuse l’aventurier. Mais, il y a un monde fou, nous sommes le samedi 1er février 2025, en période de vacances scolaires d’été.

    Quand le superbe existe

    Le départ de la randonnée s’effectue sur des pontons de bois aménagés. « C’est pour ne pas abîmer les coulées de lave qui n’ont que quelques décennies », explique le naturaliste. Au fur et à mesure de la montée se découvrent des espèces — Veronica spathulata ou Veronica hookeriana. « Arrivé au col, se dévoile une immense caldeira plate qui me fait fortement penser à la Plaine des Sables, à la Réunion. »

    Un moment suspendu attend Flavien. « Une magnifique communauté végétale à Rytidosperma setifolium et Gentianella bellifidolia, occupe des hectares de lapilli. C’est tout simplement superbe… des paysages comme je les aime. » L’ascension se poursuit. Des randonneurs occasionnels peinent… Tu m’étonnes, souffle le naturaliste. « Sur la caldeira, une dizaine d’individus s’amasse. C’est trop pour moi. »

    Il quitte le sentier pour rejoindre le sommet du Mount Tongariro à 1967 m d’altitude. Mais à mil quatre cents mètres de l’endroit où il se trouve. L’aller-retour dure près d’une heure, sans personne à croiser. Les paysages, en partie grâce aux rochers d’un ocre intense, sont époustouflants. « Les trois volcans du coin sont complètement dégagés. Quel paysage lunaire ! Je prends mon pied ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien est à la recherche de l’Edelweiss du Nord — Leucogenes leontopodium — mais « malgré cette montée en altitude, sa recherche reste veine ». En redescendant, la langue de Molière chante. C’est un couple de Parisiens que Flavien interpelle. La discussion s’amorce. Mais, Flavien prend congé en leur disant : « On risque de se recroiser, je m’arrête à toutes les plantes ».

    Une passion dévorante

    Comme attendu, le trio se reforme au niveau du Red Crater, dont l’incroyable couleur rougeâtre est saisissante atteste le baroudeur. « Au cours des échanges, ils me demandent mon métier », commente Flavien. Et la magie des voyages refait son apparition.

    Frédéric est lui aussi un très grand passionné de botanique. Flora, à force de côtoyer un botaniste, commence à engranger de nombreuses connaissances à ce sujet. « Il ne nous en faut pas plus, nous voilà à débiter un nombre incalculable de noms latins à la minute. »

    À force de les entendre disserter en latin sur la moindre fougère, elle sent monter en elle cette teinte de désarroi — l’esprit couleur sauge fanée. Flora préfère allonger le pas plutôt que de s’égarer davantage dans leurs paroles.

    Il est spécialisé dans Arecaceae, les Cactaceae et les agrumes. Ce n’est pas forcément le violon d’Ingres de Flavien. Mais, ils trouvent tellement d’anecdotes à se raconter que Flora a déjà parcouru un chemin considérable. « Il n’en revient pas que j’ai pu voir Juania australis sur Robinson Crusoé. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Frédéric et Flavien s’échangent de nombreux tips, astuces et tuyaux pour s’y rendre. Tout en descendant jusqu’aux magnifiques Emerald Lakes, ils discutent, échangent, rient. Mais la beauté des lacs souffle la conversation comme on éteins une bougie. « Les lacs d’un bleu-souffre dont les flancs sont constellés de fumerolles, témoignent de la très forte activité volcanique. » Une première contemplation pour l’aventurier. «  Je suis émerveillé. C’est la première fois que j’observe ce genre de formation. » Flavien laisse Flora et Frédéric le temps d’immortaliser cet endroit malgré la foule nombreuse autour. À suivre…

  • L’Espagne sous les feux de la rampe IT

    L’Espagne sous les feux de la rampe IT

    Dans un monde où la guerre se joue de plus en plus derrière les écrans, l’Espagne se retrouve à l’avant-poste d’une bataille silencieuse et pourtant ravageuse : cyberattaques, ransomwares et campagnes DDoS se multiplient en 2025. Face à cette offensive numérique, Madrid répond par un plan massif de cyberdéfense, tandis que des signaux similaires émergent en Amérique latine. Ce n’est plus une simple criminalité, mais une guerre d’influence et de pouvoir.

    L’Espagne, longtemps perçue comme un pays en pleine transition numérique, se découvre en 2025 une fragilité stratégique. Le dernier rapport de Thales, évoqué par Data Center Market, révèle un bond de 61 % des cyberattaques par ransomware sur le territoire espagnol, avec 79 opérations enregistrées au premier semestre. L’Espagne prend le taureau par les cornes, en se dotant d’un programme cyber


    La guerre que personne ne voit (mais que tout le monde subit)

    Selon les analystes de Thales, des groupes comme Akira (669 victimes), Qilin (864) ou Cl0p (517) sont parmi les plus actifs. En 2025, 7230 victimes sont à déplorer. Cette montée en puissance ne se limite pas à la simple extorsion : elle s’intègre dans une stratégie hybride, où la guerre politique, économique et numérique s‘’’imbrique, se chevauche. Ce fléau ne se manifeste pas seulement par des rançongiciels, mais aussi par des attaques de déni de service concertées (DDoS).

    Les nombreuses attaques via DDoS, révèlent un hacktivisme, une riposte idéologique, mais pas seulement.

    Le centre de cybersécurité industriel ZIUR, basé au Pays basque, observe une augmentation drastique de ces dernières, liée à une campagne nommée #OpSpain.

    Les auteurs ? Le collectif NoName057. NoName 057 est un groupe de hackers pro-russes qui s‘est fait connaître en mars 2022 et a revendiqué la responsabilité de cyberattaques contre des agences gouvernementales, des médias et des entreprises privées ukrainiennes, américaines et européennes.

    Comme le maillon humain est souvent un des vecteurs d’attaque via l’ingénierie sociale, Maria Penilla, directrice de ZIUR, indique qu’il est fondamental « de mettre en œuvre des politiques qui exigent des mots de passe robustes… en plus d’effectuer des audits périodiques pour identifier les points faibles. »

    La riposte espagnole

    Face à ces menaces, le gouvernement ne reste pas inerte. En 2025, il annonce 1.157 milliard d’euros alloué à la cybersécurité et à la cyberdéfense.

    Selon Óscar López, ministre de la Transformation numérique, cette enveloppe financera des initiatives de prévention, de détection, mais aussi de réponse, notamment dans les infrastructures critiques, tels l’énergie, la santé ou les réseaux publics. Ce plan vient compléter celui de 2022, et que 60,4 % des fonds seront gérés par le ministère de la Défense.

    (Crédits : Enrico Perini/Pexels)

    L‘Espagne connaît un second trimestre plus apaisé, avec une baisse de 3.86 % (1702 incidents). « Les cinq groupes les plus actifs ont concentré près de 43 % des cas et les secteurs les plus touchés ont été la fabrication, la technologie, la santé, le banquier et la construction », relate Ziur. En effet, Qilin (864 victimes), Akira (670), Cl0p (517), Play (369) et Incransom (353), auquel s’ajoute Safepay (308) sont devenus les acteurs les plus hostiles. Dans cette stratégie l’Espagne s’affirme comme un acteur majeur de la cyberguerre. Non seulement pour protéger son territoire, mais pour peser sur l’échiquier international.

    L’ombre d’un conflit global

    Les cybercriminels ne sont plus de simples escrocs, ils deviennent mercenaires, parfois au service d’États. L‘hacktivisme augmente en Europe, à l’image de groupes liés à la Russie, comme UAC-0063 en Espagne. Au troisième trimestre 4941 attaques DDoS réussies sont comptabilisées, soit 2.423 de plus que le trimestre précédent. Le classement des cibles affiche en premier l’Allemagne, suivi par l’Ukraine, l’Italie, la Lituanie, la République tchèque, la France, la Belgique, la Finlande, la Norvège et, à la dixième place, l’Espagne.

    Ces opérations exploitent l‘humain, ses croyances et ses faiblesses, encore trop courantes : mots de passe faibles, réutilisation des anciens, absence de gestion centralisée… Ces différents points couplés à l’ingénierie sociale deviennent dramatiques face à des adversaires disciplinés, financés et motivés.

    Le miroir latino-américain

    Partout en Amérique latine, la tendance se reflète : croissance des ransomwares, hacktivisme, infiltration. Il y a 39 % de cyberattaque en plus en rapport à la moyenne mondiale. Le vecteur principal est l’e-mail (62 %), celui-là même qui est utilisé pour une authentification plus forte.

    Le Brésil truste la première place avec près d’un incident sur deux (47 %) devant le Mexique (23 %) et la Colombie (8 %). Les failles structurelles rendent la région particulièrement vulnérable. D’ailleurs les secteurs visés sont les gouvernements, la Défense, la Santé et les moyens de communication.

    Une guerre sans fumée

    Les groupes criminels s’organisent avec la sophistication des multinationales, utilisant le numérique comme levier pour étendre leur influence.

    Les criminels derrière les ransomwares usent des mêmes outils que tout un chacun. Ils détournent leur utilisation pour augmenter l’efficacité des attaques cybernétiques.

    « L’acteur de la menace a manipulé notre outil Claude Code pour tenter d’infiltrer environ trente cibles mondiales et a réussi dans un petit nombre de cas », explique Anthropic. (Crédits : Alex Azabache/Pexels)

    L’Espagne, d’un côté, investit lourdement pour renforcer sa cyberdéfense. L’Amérique latine, de l’autre, s’érige en terrain d’expérimentation. Dans ce chaos numérique, les populations, les services publics, et les industries sont pris en étau.

    Une évolution d’un côté comme de l’autre

    Un constat revient dans tous les rapports : la plupart des intrusions commencent par des erreurs humaines. Mais au jeu des données qui sont rendues publiques, elles alimentent des dictionnaires et pas seulement. « Le collectif aux contours flous des ShinyHunters […] se prépare-t-il à un tournant ? », questionne LeMagIT.

    Si les groupes tendent vers le modèle R.a.a.S (Ransomware-as-a-Service), ShinySp1d3r invente. Ce dernier est le nom d‘un RaaS émergent créé par ShinyHunters et Scattered Spider, relate Bleeping Computer.

    Une version en cours de développement de la prochaine plate-forme ShinySp1d3r a fait surface, offrant un aperçu de l’opération à venir.

    Le chiffrement développé par ShinyHunters, est construit à partir de zéro, plutôt que d’utiliser une base de code précédemment divulguée comme LockBit ou Babuk.

    (Crédits : Chait Goli/Pexels)

    En 2025, l’Espagne n’est plus seulement une victime du cybercrime : elle est un champ de bataille comme le monde entier. Les milliards investis, l’augmentation des ransomwares, tout converge vers un constat alarmant : le cyberespace est devenu un terrain de guerre. Il faut remettre l‘église au milieu du village, car il n’est plus le temps à la naïveté : la résilience commence par la prise de conscience.

  • Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Le premier jour d’un périple de trois dans le premier parc national néo-zélandais. Flavien s’attaque à un lieu symbolique à plus d’un titre. Situé au centre de l’île du Nord, il comprend les volcans Ruapehu, Ngauruhoe et Tongariro. Le parc comporte de nombreux sites sacrés pour les Māori : tapu. Sur une surface de près de 800 km2, le parc s’étend. Il abrite en son sein des espèces rares de faune et de flore. Un Graal pour le naturaliste, en quête de découvertes et d’émerveillement.

    Comme lors du précédent trek, Flavien ne se presse pas pour sortir du lit. Qu’il est agréable de demeurer au calme quand tout s’agite autour de soi ! « Je prends le temps de me lever », confirme-t-il en s’étirant. Les yeux se sont ouverts pour ne plus se refermer dès 7 h 45. Flavien se met à table vers 9 h. « Il me reste du yaourt, des blocs de muesli, du jus d’orange et une banane, c’est le grand luxe. » C’est de loin mon meilleur petit déjeuner du voyage, glisse l’aventurier entre deux bouchées.

    Voir Tongariro à la force du pouce

    À 10 h précises, le naturaliste règle les derniers détails avant de quitter l’auberge, en ce vendredi 31 janvier. Il laisse son petit sac, afin de voyager plus léger. « Je prends la direction de la même supérette qu’hier pour y poster les cartes écrites. » Il est temps désormais de tendre le pouce côté route pour rallier sans encombre le début de la randonnée à Whakapapa, à 15 km d’ici.

    « À peine ai-je levé le pouce qu’une camionnette me klaxonne pour que je monte. C’est un Serbe qui vit en Nouvelle-Zélande depuis de nombreuses années. Avec l’accent russophone, c’est assez folklorique d’essayer de se comprendre en anglais. »

    Il conduit n’importe comment, explique le baroudeur accroché à la poignée de la portière.

    Il dépose Flavien à un croisement. « Il me dit de prendre la canette de Sprite qui traîne dans sa portière. Ça ne m’arrange pas pour la randonnée, mais je ne refuse pas. » L’aventurier du bout du monde se place sur la perpendiculaire. « Dans la précipitation je perds une de mes deux sandales fabriquées maison, se désole-t-il. Elle a dû tomber dans le coffre de la camionnette. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Obnubilé, Flavien, chargé comme un mulet, recherche désespérément sa sandale. Puis une voiture freine à sa hauteur, lui proposant de l’emmener. « C’est une dinguerie, le stop ici… » Une Française au volant. Sur un trajet extrêmement court, la discussion prend place. « J’ai juste le temps de savoir qu’elle est en Nouvelle-Zélande pour un an. »

    Une promenade de santé

    Elle le dépose à la maison du parc national, enfin pas tout à fait. Elle s’arrête sur le parking juste en face : tawera place. Puis, juste avant de gravir les marches de la maison du parc, Flavien boit la canette offerte. Il, se met en ordre de marche pour les neuf kilomètres et deux cent soixante-quatorze mètres de dénivelé positif en direction de Mangatepopo Hut. « À côté de laquelle je pose ma tente. »

    Habitué à gravir des pentes plus ardues, l’aventurier du bout du monde trouve que « le chemin est presque pour ainsi dire plat tout du long, très peu de dénivelés ». Sur les flancs de ce plateau volcanique très actif, il traverse d’étonnantes végétations qui s’apparentent à des landes, la callune.

    Quelques nouvelles espèces s’offrent à lui, mais le paysage ne l’émerveille pas encore. Le ciel se couvre de nuages menaçants. Une chaleur orageuse colle les vêtements des marcheurs. « il fait très chaud pour cette altitude, je ne comprends pas pourquoi ça ne tourne pas à l’orage. » Depuis le début de son périple, il n’a pas vécu un orage néo-zélandais, à son grand regret. Après une pause déjeuner sur le pouce, il arrive à la Hut à 15 h 30, sans rencontrer de grandes surprises.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    De gros nuages noirs enveloppent les deux volcans qui m’entourent : le Pukeonake et le Pukekaikiore. Sans oublier les Ngauruhoe, Tongariro, ainsi que Red Crater, South Crater, Central Crater, Te Maari Craters. « La pluie ne tombe pas, tant mieux. » Flavien lambine, malgré cette paresse, il est le premier à s’installer. Suivi de près par deux Israéliens.

    Poulet et purée comme à la maison

    Les formalités effectuées, Flavien doit occuper son temps. « Mais je n’ai pas grand-chose à faire », se languit-il. La chaleur moite ne l’empêche pas de faire une sieste, dans l’antre infernal de sa tente. Il finit par déambuler les yeux fixés au sol, pour dénicher des plantes. « Après une heure de déambulation, je trouve Raoulia albo-sericea, endémique de ce plateau volcanique de quelques kilomètres de diamètre. »

    Elle pousse dans les dépôts de scories des bords de torrents, explique le naturaliste. Heureux de sa trouvaille au soleil couchant, il rentre, car son estomac crie famine. Mais avant de se sustenter, il zyeute les quelques documentations botaniques qu’il a enregistrées sur son téléphone pour identifier ses observations. « Le lyophilisé de ce soir, au poulet, en renferme un autre avec de la purée, c’est nouveau ça », s’exclame-t-il.

    En allant remplir ma gourde et faire sa vaisselle, Flavien croise une jeune femme qui le reconnaît au premier coup d’œil. « Elle me demande si je me trouvais à Angelus Hut il y a deux semaines, sur l’île du sud. » Flavien répond à la question par une question. « C’était la soirée où il est tombé des cordes ? ». La réponse affirmative laisse Flavien sans voix et sans souvenir de cette rencontre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Leur chemin se sépare. Après un brossage de dents en règle, il saisit son reflex. « il subsiste peu de nuages pour contempler le fameux Mount Ngāuruhoe (2287 m). Ce lieu sacré, où il est interdit de grimper. » La douceur enveloppe les campeurs, pas une once de vent. « La nuit s’annonce moins corsée qu’il y a soixante-douze heures », se réjouit-il. À suivre…

  • Les cloportes respirent-ils vraiment par les fesses ?

    Les cloportes respirent-ils vraiment par les fesses ?

    La fameuse histoire du pingouin qui respire par les fesses, s’assoit et … Il y a des questions qui font sourire mais qui ouvrent pourtant de vraies portes sur le vivant. Celle-ci en est une ! Mais derrière ce raccourci coloré se cache une réalité biologique fascinante, et un exemple parfait de la manière dont la nature transforme l’étrange en ingénieux. Ces petites créatures, qu’on surprend sous une pierre ou un tronc humide, ont l’air insignifiantes. Et pourtant, leur respiration recèle un mystère à la fois amusant et instructif.

    On croit souvent que respirer est un geste universel, identique d’un être vivant à l’autre, comme une sorte de rituel biologique partagé. Il n’en est rien. À travers les océans silencieux, les forêts épaisses, les sous-bois humides et même nos jardins, des créatures inventent chaque jour des façons de capter l’oxygène qui défient notre imagination. Certaines respirent par leur peau, d’autres par un réseau de tubes internes, d’autres encore – et l’idée ferait sourire si elle n’était scientifiquement établie – par les fesses, ou presque.

    Le cloporte, un crustacé… terrestre

    Premier rappel : le cloporte n’est pas un insecte. C’est un crustacé. Un cousin des crabes et des crevettes, qui pour une raison de brouille familiale… a quitté l’eau pour coloniser la terre ferme. Une prouesse à plus d’un titre !

    À première vue, le cloporte paraît banal, presque trivial, comme ces petites présences minuscules qui peuplent nos jardins. Pourtant, sous sa carapace se cache l’une des formes de respiration les plus déroutantes du règne animal.

    Car cet humble crustacé terrestre respire grâce à des pseudo-poumons situés… près de l’arrière du corps, sur son abdomen. D’où la confusion triviale.

    Un mécanisme si discret qu’il est soigneusement dissimulé. Le vestige de son passé aquatique.
    Ses poumons en plaques, ou pleopodes branchiaux modifiés, nécessitent une humidité constante.

    (Crédits : Chris F/Pexels)

    Ils affichent une lutte ancienne entre la mer qui l’a vu naître et la terre qui l’a adopté. Le cloporte marche sur le sol comme une créature amphibie qui n’aurait jamais totalement choisi son camp, avec un exosquelette. C’est un compromis, une respiration fragile, presque mélancolique. Comme si un jour il souhaitait retourner sous l’eau.

    La respiration insolite n’est pas l’apanage des cloportes

    Dans le règne animal, les stratégies respiratoires surprenantes abondent. Certaines salamandres et grenouilles aquatiques respirent presque exclusivement par la peau, absorbant l’oxygène grâce à leur surface humide. Le poisson pulmoné (Lepidosiren paradoxa) combine poumons et branchies, survivant ainsi des mois hors de l’eau pendant les sécheresses tropicales.

    Chez les tortues aquatiques, c’est via la cloaca qu’une partie de l’oxygène est absorbée, un mécanisme qui leur permet de rester longtemps immergées. L’araignée aquatique, Argyroneta aquatica crée des bulles d’air sous l’eau pour respirer plusieurs heures, tandis que certains insectes aquatiques emprisonnent de l’air sous leurs élytres pour prolonger leur plongée.

    Chez la grenouille, l’air circule de trois façons. Via les poumons, la cavité buccale, et par la peau. Cette dernière, richement vascularisée, transforme le corps entier en surface d’échange. Sous l’eau, c’est elle qui maintient la vie. Sur terre, elle complète ce que les poumons n’assurent pas pleinement.
    Avoir des grenouilles dans une mare est donc synonyme d’eau de qualité, car, la moindre altération devient une menace. Leur souffle dépend donc de la pureté du monde.

    Le rat-taupe nu quant à lui, fouisseur et quasi aveugle, a une respiration adaptée à la faible oxygénation de ses tunnels. Les poissons cavernicoles et certaines chauves-souris vivant dans des grottes tolèrent des niveaux d’oxygène extrêmement bas, compensant par des adaptations métaboliques et sensorielles.

    Et les fourmis ?

    Difficile d’imaginer que les plus nombreux habitants sur Terre respirent sans poumons. Et pourtant… Fourmis, drosophiles, libellules, blattes… Ils usent d’un réseau de tubes internes appelés trachées.
    Ces conduits s’ouvrant sur l’extérieur par de minuscules orifices nommés stigmates, acheminent l’air directement jusqu’aux cellules. Aucun sang, aucun poumon, aucune cage thoracique à soulever : seulement une architecture d’une efficacité redoutable.

    (Crédits : Ruben Boekeloo/Pexels)

    Le cloporte n’est pas seul dans ce cas. Dans la nature, la respiration prend des formes très variées : Les concombres de mer absorbent l’oxygène par… leur anus. Certaines tortues peuvent, en hibernation, capter l’oxygène dissous dans l’eau grâce à leur cloaque. Moralité : ce que nous trouvons « bizarre » est simplement une autre solution évolutive au même problème.

    Ce que ces adaptations nous enseignent

    L’oxygène, pour quasiment toute espèce sur terre est vital, enfin presque tous… Henneguya salminicola, un cnidaire microscopique (proche des méduses et coraux), identifié en 2020 comme le premier animal métazoaire connu ne possédant absolument aucun gène lié à la respiration aérobie. Autrement dit, il n’a pas besoin d’oxygène.

    Le ver de terre avance sans bruit, transforme la terre, l’aère et la fertilise… tout ceci sans poumons. Il respire par sa peau. Comme le cloporte, cela exige une humidité permanente. Alors quand la pluie nous mouille, pour lui chaque goutte d’eau est un souffle, chaque brume une promesse de survie.
    Les dipneustes, des poissons possèdent des poumons. Leur existence conte l’histoire de l’évolution qui mena l’ancien monde aquatique vers la terre ferme.
    D’autres poissons, comme les gouramis ou les poissons grimpants, ont développé des organes labyrinthiques leur permettant d’absorber l’air atmosphérique directement. Dans les zones pauvres en oxygène, ils deviennent des funambules respiratoires, à la frontière des deux mondes.

    Et l’humain dans tout ça ?

    L’humanité n’a pas fait mieux que de s’adapter. Sur une moyenne de 12 à 15 cycles respiratoires chaque minute, nous respirons naturellement sur terre.

    Les Bajau, nomades de la mer d’Asie du Sud-Est, ont une capacité exceptionnelle. Car, depuis plus de mille ans, ces chasseurs-cueilleurs marins dépendent de la nourriture qu’ils collectent lorsqu’ils plongent en grande profondeur.

    Ils ont développé une rate qui est devenue exceptionnellement dilatée. Elle optimise l’apnée. Des suites de l’évolution, certains membres restent près de 13 minutes à 60 mètres de profondeur, explique National Geographic.

    Les populations andines ou himalayennes vivent à des altitudes où le simple acte d’inspirer devient un exploit quotidien.
    Nous ne respirons pas autrement, mais nous apprenons à négocier avec le manque. L’évolution, là encore, avance par stratégies. (Crédits : Elianne Dipp/Pexels)

    À travers ces mécanismes, la nature dévoile une leçon fondamentale : il n’existe pas de manière « normale » de respirer. Il n’y a que des solutions, toutes ingénieuses. Le cloporte même en respirant « par les fesses », il contribue à la santé des écosystèmes. Alors, la prochaine fois que vous croiserez un cloporte, rappelez-vous : ce petit animal nous enseigne que la vie trouve toujours un chemin, parfois dans l’inattendu, souvent dans l’invisible.

  • Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Deux bus et trois cartes postales, Flavien traverse l’île du Nord comme on feuillette un carnet d’aventures. Parti avant l’aube, il découvre à Te Kūiti que chaque sourire invite à ralentir. Entre New World, une dame spontanée et des habitants curieux de son accent, l’attente du bus devient un moment suspendu. Plus au sud, le chemin le mène vers National Park Village, ses auberges de bord de route et ses rencontres cosmopolites. Une journée modeste, mais pleine de ces détails qui font des voyages ordinaires de grands souvenirs.

    Ce matin le réveil aura sonné pour l’aventurier. « À 6 h 10, je sors de la chambre pour finir de préparer mon sac », chuchote le globe-trotter, en marchant sur la pointe des pieds. Trente minutes se passent lorsqu’il prend le bus, juste à côté de l’auberge, en direction du nord et plus particulièrement : Te Kūiti, une petite bourgade pommée. Capitale mondiale de la tonte de mouton.

    De surprise en surprise

    Arrivé à destination, Flavien doit patienter quatre heures pour son futur voyage en direction du sud de l’Île du nord et de National Park City. En descendant, il pense s’ennuyer. Son supermarché favori, New World étant ouvert, « je fais le plein pour les trois prochains jours de randonnée, ils font des viennoiseries, du pain et des pizzas pour rien du tout ». Les six croissants s’affichent pour près de 3,30 euros. Puis, il s’installe sur une table de pique-nique au bord de Rora Street, au 71 de la rue.

    Il déguste sa pizza, puis se met à écrire quelques cartes postales. « La motivation est revenue, car j’ai appris que celles postées il y a un mois sont bien arrivées ! »

    Puis, peu à peu, les habitants intrigués s’approchent. « Ils ne sont pas habitués à voir des touristes ici. Les passants me demandent tous d’où je viens, en me souriant. Au supermarché, la caissière, qui avait l’air contente de rencontrer un étranger, m’a même donné une réduction avec sa carte… »

    Peu avant midi et demi, Flavien achète des timbres et poste quelques cartes. Le bus est arrivé à 13 h 20. Mais une dernière surprise attend Flavien.

    Avant de grimper dans le bus, une mamie, qui l’avait abordé durant le moment cartes postales, « me fait un câlin avant de monter. Je ne l’ai pas vu arriver, elle m’a surpris ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est marrant comme anecdote. Ça ne m’est jamais encore arrivé… les gens sont incroyablement sympathiques ! » Un avant-goût d’un trajet peu commun. Depuis New Plymouth le bus pour National Park City coûte 88 NZD. Mais en choisissant la bonne ville d’arrêt, le prix descend à 30 NZD, sûrement dû à l’attrait touristique, réfléchit Flavien.

    « La pause et le changement de chauffeur à Taumarunui sont interminables et, finalement, je descendrais à National Park City sans encombre, c’est la bonne opération du jour. »

    Après avoir effectué son entrée à l’auberge — qui ressemble un peu à un routier — il prend la direction de l’unique supérette faisant office de poste pour acquérir de nouvelles cartes postales et délivrer celles qui sont désormais timbrées.

    « Il y a un barbecue à l’auberge, alors j’en profite aussi pour acheter 300 g d’agneau pour seulement 7,5 NZD ! » À l’auberge, Flavien poursuit son atelier écriture, puis il prépare son sac… et enfin, il passe en cuisine.

    (Crédits : Mknz24/Wikipedia)

    « Il y a un Allemand, mon unique collègue de chambrée, dans un dortoir de neuf, une Israélienne, et un Argentin qui fait ses études à Melbourne, on discutera un bon moment de la Patagonie argentine », comment la naturaliste. La journée riche en émotion et en temps de trajet use l’aventurier. Après sa douche, il sombre tout en douceur. « Étonnant, je ne peux pas dire que la journée a été exténuante… Le Wi-Fi ne fonctionne pas, ce qui fait les affaires de mon sommeil. » À suivre…