La Guerre, késako ? (deuxième partie)

Il existe un discours, une langue qu’apprennent les officiers supérieurs dans l’Art de la Guerre, cours dispensé à l’École de Guerre. Il peut paraître abscons, obscur ou incompréhensible que les conflits devenant des Guerres soient régis par un langage, voir de bonnes manières. C’est ainsi qu’il apparaît une stratégie, une conduite de l’armée, terme utilisé à tort et à travers dans le domaine civil. Il n’y a également pas de gentils et de méchants, mais des belligérants ou neutre dans un conflit comme une guerre.

Les guerres ne sont plus politiques, mais religieuses, ou écologiques, mais sans nul doute climatiques selon l’évolution de notre planète et de nos comportements dans les années à venir. « Quelque soit le projet sur lequel on s’affronte, religieux, économique, idéologique, à partir du moment où il y a enjeu de pouvoir, entre collectivités, nous sommes dans le domaine politique », martèle Martin Motte. Le plus grand stratège du XIXe siècle Carl von Clausewitz affirmait que « la guerre est la continuation politique par d’autres moyens. La guerre est un caméléon ».

Il ne faut pas grand chose pour déclencher un conflit, une guerre, vous connaître vous et vôtre adversaire, et le final recherché, le reste est stratégie. La dépêche de « Ems » est un papier qui froissa l’Ego de Napoléon III pour le précipiter dans une guerre, alors que sa préparation n’était pas achevée. (Crédits : DR)

Le 29 septembre 1806, la Prusse mobilise son armée contre Napoléon. Le capitaine Clausewitz écrivit à sa fiancée qu’il ne doutait pas de la victoire. En quinze jours l’empereur anéantit sa confiance. L’officier est fait prisonnier de guerre, il passera deux ans en France et en Suisse. Il en tirera des enseignements qui changeront à jamais sa vision des conflits. « Le premier, le plus important, le plus décisif acte de jugement qu’un homme d’État, ou un commandant en chef exécute consiste dans l’appréciation correcte du genre de guerre qu’il entreprend, afin de ne pas la prendre pour ce qu’elle n’est pas et de ne pas vouloir en faire ce que la nature des circonstances lui interdit d’être ».

Culture, communication et stratégie

La stratégie selon le général André Beaufre est « l’art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit. » De son côté le général de Gaulle assurait que « la culture générale est la véritable école du commandement ». Car si vous accumulez des connaissances en histoire, géographie, en politique, en économie sans oublier l’histoire des religions et des philosophies, vous obtiendrez une meilleure compréhension du camp antagoniste. Sun Tzu dans l’art de la guerre, le travail du stratège est de créer des conditions favorables. Puis vient le jeu de dupe, soit cacher ses troupes en les camouflant dans des localités, bois, forêts, ou au contraire laisser croire en intoxicant l’adversaire que les forces sont innombrables.

« L’opération fortitude de 1944, où les alliés ont déployé des chars factices sur la rive britannique du Pas-de-Calais pour faire croire aux Allemands que le débarquement aurait lieu précisément dans le Pas-de-Calais », distille Martin Motte, Historien et directeur d’étude à l’École pratique des Hautes Études (EPHE). Ici un char américain. (Crédits : DR)

Dans l’émission spéciale de C politique la suite du 13 mars 2022, le général de division Vincent Desportes, répond à Roger Cohen, journaliste, chef du bureau du New-York Times à Paris indiquant que Poutine serait fou et irrationnel. « Il n’est pas tombé dans quelque chose qui est irrationnel, mais qui fait partie de sa propre rationalité […] Je crois que la plus grande erreur c’est de dire que quelqu’un est fou. Si vous voulez comprendre l’autre vous ne devez pas avoir une explication psychologique, vous devez chercher à comprendre quels sont ses intérêts, quel est son mode de raisonnement », martèle le Général.

Il a ce que, nous militaire, appelons un final recherché, il s’aperçoit qu’il n’y arrive pas […] il va donc progressivement monter en violence

Général de division vincent desportes. ancien directeur de l’école de guerre. c pol 13/03/22

Daphné Rousseau, journaliste à l’AFP, intervenait dans l’émission « C Politique la suite » du 13 mars 2022 sur France5 dont le titre était « L’Ukraine est-elle en train de gagner la bataille des images ? ». Elle indique qu’il est nécessaire de se méfier des images, mots et autres moyens de communiquer, car elle fut confrontée à une scène incroyable, sur le sol ukrainien. Elle raconte que les journalistes de différents médias sont invités par les services secrets ukrainiens à une conférence de presse avec dix prisonniers russes.

Propagande : nom féminin (latin congregatio de propaganda fide, congrégation pour propager la foi, de propagare, propager). Est l’action systématique exercée sur l’opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social : La propagande électorale. (Crédits : Tayeb Mezahdia/Pixabay)

« […] Puants, les larmes aux yeux, préparés par un petit briefing, lequel on entendait tout à travers la porte, comprenez ce que vous avez fait, regardez les gens que vous avez tué, vos mères pensent que vous êtes morts… puis ils alignent ces soldats face à des journalistes pour leur faire dire à quel point le président Poutine est fou […] ». La journaliste indique que les campagnes de propagande quelques soit le côté, peuvent et pourraient aller bien plus loin encore, et qu’en tant que journaliste il faut garder la tête froide. Et surtout se méfier des comparaisons, entre les images que les médias partagent et ce que vit la population, car il n’y a aucune mesure, et surtout coller le plus au réel.

La stratégie avant tout

Pour Sun Tzu, la planification stratégique doit commencer par l’étude des cinq facteurs fondamentaux que sont l’influence morale, les conditions météorologiques, le terrain, l’autorité du général et la doctrine. Tout dépend de votre force et de votre aptitude à communiquer dans le sens premier du terme. Ainsi la victoire découle d’une appréciation correcte du rapport de forces, chaque protagoniste se doit de fausser la perception de son adversaire en usant de dissimulation, de ruse et d’intoxication (opération fortitude) : « Proche, faites croire que vous êtes loin, et loin, que vous êtes proche ». La provocation est un moyen comme un autre. Bismarck en 1870, trafiquait la fameuse « dépêche d’Ems » pour humilier Napoléon III et le forcer à déclarer la guerre à la Prusse alors que l’armée française n’avait pas fini ses préparatifs.

Il obéit forcément à un mode de raisonnement

Général de division vincent desportes. ancien directeur de l’école de guerre. C pol 13/03/22

« Plus près de nous, il est probable qu’Al-Qaïda, en frappant le World Trade Center, a voulu pousser les États-Unis à une réaction irréfléchie, et de fait l’invasion de l’Irak n’a guère servi leur image internationale… », note Martin Motte. Le principal ennemi n’est pas celui auquel nous pensons. Comme dans la vie quotidienne, la seule limite est celle que vous vous imposez. « Connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même ; en cent batailles, vous ne courrez jamais aucun danger. Quand vous ne connaissez pas l’ennemi, mais que vous vous connaissez vous-même, vos chances de victoire ou de défaite sont égales. Si vous êtes à la fois ignorant de l’ennemi et de vous-même, vous êtes sûr de vous trouver en péril à chaque bataille ».

En ordre rangé

L’idéal dicte l’ordre des priorités. Ainsi, il faut s’attaquer à la stratégie de l’ennemi, et ne surtout pas le sous-estimer en le prenant pour fou. Chaque individu possède son raisonnement, il peut être à l’inverse du vôtre contradictoire, loufoque, voire grossier, mais il existe. L’entendre est saisir la voie de la réussite, le comprendre, la victoire. Transformer votre point faible, par ruse, tactique ou stratégie et rendre celui-ci votre plus grand atout. Autrement dit, manœuvrer pour inverser le cours de la bataille, afin d’obtenir une supériorité locale alors que vous êtres infériorité globale. « En conséquence, le général avisé veille à ce que ses troupes se nourrissent sur l’ennemi, car un boisseau de vivres pris à l’ennemi équivaut à une vingtaine des siens ».

L’art de la guerre peut s’apparenter aux échecs. Votre ouverture fixe l’attention de l’adversaire, ce qui vous rend extraordinaire est d’exploiter cette fixation en portant ailleurs un coup auquel l’ennemi ne s’attend pas. (Crédits : Rick Brown/Pixabay)

Alors, pour sortir d’un conflit, d’une guerre, il faut comprendre le but du belligérant adverse, ne pas le prendre pour fou, ne pas le sous-estimer, cerner son raisonnement… mettre en contraste l’histoire de la région, des peuples, ethnies, religions, politiques qui font ce qu’ils sont. Comme il est impossible de comparer l’Europe avec son histoire, à travers les siècles et confronter celle des États-Unis, sans adjoindre l’Histoire des Amérindiens. La guerre à son école, dont l’enseignement est distillé par des individus ayant les capacités à transmettre à d’autres, militaires, ayant la faculté de l’enregistrer et de l’appliquer sur le terrain. À suivre…

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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