Il y a cent ans… avait lieu la bataille contre la pornographie

Un sujet que l’on pense contemporain, pourtant le 7 juin 1922, Charles Gide présidait le second congrès contre la pornographie. Déjà en 1908, les congressistes avaient demandé aux pouvoirs publics de les aider à lutter contre « l’immoralité » et au besoin de prendre la charge de défendre le patrimoine moral de la France. La définition, il y a un siècle de la pornographie est l’excitation à la débauche par l’image ou par la plume, à travers des « feuilles immondes dont la voie publique est encombrée »…

L’Académie française la définit comme une « représentation directe, voire brutale, de scènes, de sujets à caractère sexuel, et délibérément obscènes » qui lui-même est tiré du mot pornographe du XVIIIe et XIXe siècle « emprunté du grec pornographos, “auteur d’écrits sur la prostitution”, composé à l’aide de pornê, “femme de mauvaise vie, prostituée”, lui-même dérivé de pernanai, “exporter, vendre”, et graphein, “écrire” ». Paul Gaultier considérait la pornographie au même titre que la criminalité adolescente, l’alcoolisme, la dépopulation, le suicide, en qualité de grands fléaux dans son livre « Les maladies sociales ».

François Rabelais, serait un précurseur de la pornographie moderne, « Pantagruel » a d’ailleurs été condamné en 1533 comme ouvrage « obscène » par la Sorbonne. Ci-dessus, fresque murale peinte à Pompéi, à la réputation galvaudée de ville de débauche. (Crédits : DR)

La ville de Pompéi enseveli sous les frasques du Vésuve conserve depuis l’an 79 la vie telle qu’elle était. Ses murs sont couverts représentations diverses. Entre un homme se vantant de ses prouesses, une liste stipulant les tarifs des prostituées, les inscriptions et fresques érotiques, se retrouvent en grand nombre dans la cité ensevelie endormie. Elles lui ont longtemps valu la réputation d’une ville de débauche où les femmes étaient vouées avant tout au plaisir masculin. Il s’agit en fait d’une « équivoque archéologique » martèle l’historienne Éva Cantarella. Les femmes qui n’avaient ni le droit de vote ni celui d’être élues, avaient énormément d’influence sur la société au vu des inscriptions signées de leurs mains, explique le magazine ça m’intéresse.

La bienséance

Eugène Le Breton signait un article dans L’Ouest-Éclair, où, expliquait-il que pour lutter contre cette gangrène, il fallait pour « résister victorieusement aux assauts de la pornographie, pour vaincre la pornographie, mère du vice, du crime, de la débauche, de la souffrance et de la misère, et par surcroît, ennemie née de l’Art, de l’art plastique et de l’art littéraire, il faut l’union des forces morales du pays et des pouvoirs publics ». Les images sont pléthores au sein de l’Empire romain, des peintures murales, mais également en Chine. Le journaliste concluait que si l’on veut que la France soit forte, prospère et peuplée, c’est d’abord la moralité publique qu’il faut défendre, c’est la conscience nationale qu’il faut élever ce sont les âmes des enfants qu’il ne faut pas laisser corrompre.

Ne pas confondre sexualité et pornographie. Le second est une oeuvre cinématographique où les acteurs effectuent des performances filmées et scénarisées, évoquant des fantasmes plus ou moins avouables. L’autre est la recherche du plaisir charnel de deux individus, à travers le désir. (Crédits : Scott Webb/Pixabay)

Que penser alors de la bienséance, à l’heure où l’affaire menant à la démission d’un député européen hongrois faisait les gros titres, il y a deux ans ? Une orgie sexuelle impliquant vingt hommes adultes se déroulait en Belgique, le vendredi 27 novembre 2020. Deux jours après, Jozsef Szajer officialisait son retrait de la vie politique et du Parlement européen. « Je regrette profondément cette violation des restrictions anti-Covid, c’était irresponsable de ma part. Je suis prêt à payer l’amende prévue dans ce cas », avait-il expliqué. Ce qui est cocasse, est que c’était un proche du président hongrois Orban, membre fondateur du Fidesz, le parti national conservateur au pouvoir, et fervent opposant aux droits LGBT.

La lutte contre la pornographie continue

Deux associations de protection de l’enfance réclamaient aux FAI français de bloquer l’accès à des sites pornographiques, accusés de ne pas empêcher l’exposition des mineurs à leur contenu. La cour d’appel de Paris a confirmé le 19 mai 2022 le rejet de la demande. La promulgation de la loi du 30 juillet 2020 permettrait en réalité à l’Arcom (Ex CSA) de mettre en place des mesures pour interdire leur accès aux mineurs. Dans la loi, il est précisé que les sociétés concernées « ne peuvent s’exonérer de leurs responsabilités en se contentant de demander à un internaute s’il est majeur ». Pour cela, les sites web visés ont plusieurs moyens d’agir : le scan de la pièce d’identité, l’estimation de l’âge du visiteur à partir d’un selfie ou encore l’analyse des informations partagées sur les réseaux sociaux. Le danger ne crie gare que lorsqu’il arrive. Entre les fuites de données, le « revenge porn », le logiciel PimEyes, la vie privée existe-t-elle encore ? Alors pourquoi ne pas imaginer, dans un futur proche ou éloigné, que pour visiter n’importe quel site, il vous soit demandé un scan de votre CNI. Attention, de la pièce d’identité à la reconnaissance faciale, il n’y a qu’un pas, mais c’est pour votre bien !

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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