lundi, mars 4, 2024
Le saviez-vous ?

Connaissez-vous Léon Gautier ?

Ce nom ne vous dit rien ? Vous êtes sûr ? Il est encore temps, rassurez-vous. Il est, parmi tant d’autres la cheville ouvrière de notre liberté. Il est le dernier survivant des 177 commandos Kieffer qui débarquèrent un certain 6 juin 1944 à 7 h 23. Il a fêté ses 100 printemps le 27 octobre 2022. En 1940 le contexte en France est particulier. Engagé à 17 ans dans la marine, il se retrouve il y a 79 ans parachuté en France. Ce fusilier marin des forces françaises libre est un artisan de paix.

Léon Gautier est né le 27 octobre 1922 à Rennes. Il travaille comme apprenti carrossier lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Cherchant à faire son devoir de patriote, et âgé de dix-sept ans, seule la Marine peut l’accepter. Il est recruté comme canonnier sur le cuirassé Courbet. Il participe à la défense de l’embouchure de la Vire contre la Kriegsmarine allemande. Le cuirassé fait ensuite route vers l’Angleterre pour défendre la ville de Portsmouth.

Défilé de la Troop 8 du No. 10 (Inter-Allied) Commando au Camp d’Achnacarry. (Crédits : Musée de la Libération de Paris — musée du Général Leclerc — musée Jean Moulin/Auteur inconnu)

L’homme se porte ensuite volontaire à bord du sous-marin Le Surcouf jusqu’en janvier 1941. Il servira comme fusilier marin. Il apprend la création d’une unité d’élite anglaise ouverte aux Français, les commandos, et tente sa chance. Le stage de recrutement est redoutable. Suite à la preuve de ses capacités mises en exergue à Achnacarry en Écosse, il intègre la Troop 8 au sein du 1er bataillon de fusiliers-marins commandos. Le bataillon est dirigé par le commandant Philippe Kieffer.

Le Commando Kieffer avec au centre son créateur Philippe Kieffer. (Crédits : Droits réservés)

Léon Charles Alexandre Gautier, badge numéro 98 du n° 4 du Commando Kieffer, débarque à Colleville-Montgomery, plus exactement à Sword Beach avec ses 176 compagnons. Une fois au sol, ils doivent s’emparer de points stratégiques. Ces différents lieux s’étiolent depuis la plage sur près de deux kilomètres, jusqu’au central téléphonique et le complexe défensif du Casino à Ouistreham. Fort heureusement, une tempête avait soufflé une semaine avant le débarquement, empêchant de faire sortir l’explosion au-dessus du sable des mines mortelles sur les alliés.

Le capitaine Charles Trepel et la Troop 8 du No. 10 (Inter-Allied) Commando devant Achnacarry Castle. Léon Gautier apparaît à la troisième place au deuxième rang en bas à gauche, de la photographie datant du 14 juillet 1943. (Crédits : https://dday-overload.com)

Une fois réalisés, ils progressent en direction de Bénouville, avec la traversée sous le feu de l’ennemi de Pegasus Bridge, jusqu’à la côte du village d’Amfreville. Ils partaient pour tenir la position durant quatre jours, ces soldats livrent bataille durant 78 jours et 78 nuits sans aucune relève et tiennent la position. Les commandos clôturent la bataille de Normandie à Saint-Maclou dans l’Eure. De retour en Angleterre, il se blesse à une cheville à la fin du mois d’août. Il épousera Dorothy Banks en octobre 1944, qu’il a rencontré dans la salle de transmission du quartier général à Douvres, en 1943.

L’accolade désormais célèbre entre le Français, Léon Gautier et l’ancien parachutiste Allemand Johannes Börner. Parler de la guerre avec la jeunesse est primordial. « Il ne faut pas que ces choses-là arrivent de nouveau. Il faut savoir que les gens ont souffert d’un côté comme de l’autre ». (Crédits : Reuters)

Après la disparition de Hubert Germain, le dernier des 1038 Compagnons de la Libération, Léon Gautier met son énergie à défendre la liberté et à répéter haut et fort que « la guerre est la pire des choses qui puisse exister ». Le traumatisme de la Guerre reste présent jusqu’à la fin. « On n’en parlait jamais, même mes enfants n’étaient pas au courant de ce que j’avais fait ».

La France a longtemps oublié les Français qui avaient débarqué. « Vous auriez demandé en 1960 qui étaient dans le débarquement, on ne nommait jamais les Français. On nous a oubliés complètement après la guerre, la France nous a oubliés. On nous a laissé tomber comme des vielles chaussettes, mais ce n’est pas grave on s’en remet », souriait-il en répondant aux élèves du Lycée Maurois de Deauville en 2014. Ayant eu l’honneur d’interviewer Monsieur Léon Gautier en 2007, sa femme me glissait une phrase qui résonne encore et toujours de son sens et du poids de ses mots : « Merci pour ce que vous faites pour lui ». Merci pour le courage dont vous avez fait preuve, celui de défendre notre pays, votre pays où tant de vos compagnons d’armes sont restés, merci d’être un acteur de la Paix.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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