Trempez-la dans l’huile, trempez-la dans l’eau… (fin)

Elles parlent à mots cachés des us et coutumes des siècles passés, les comptines, mais pas seulement. Comme la capoeira, art martial afro-brésilien qui aurait ses racines dans les techniques de combat des peuples africains du temps de l’esclavage, les comptines permettaient à leurs auteurs de conter de manière explicite le comportement et de moquer les grands de ce monde. Il était un petit navire raconte les pérégrinations d’un mousse… qui échappe à la mort grâce à une prière et des milliers de petits poissons.

Elles doivent être lues avec le contexte de l’époque. « Il était un petit navire » commence joyeusement, puis rapidement l’histoire se gâte. « Au bout de cinq à six semaines. Les vivres vin, vin, vinrent à manquer. Ohé, ohé… On tira z’à la courte paille. Pour savoir qui, qui, qui serait mangé ». Oui, sur un air gai et entraînant, elle raconte le récit d’un jeune mousse qui doit être mangé par l’équipage pour les sauver. Ils réfléchissent à la manière de le préparer, pendant qu’il prie la Vierge Marie sa patronne. Des milliers de petits poissons sautent dans le navire, épargnant l’enfant au dernier moment. Traitant de la souffrance sociale entre le XVIIe et le XIXe siècle. Car le « mousse, page ou garçon, est un jeune matelot qui sert de valet aux gens de l’Équipage. » Assimilé au matelot, dès l’embarquement, le mousse basculait donc dans le monde adulte, explique Thierry Sauzeau.

À la pêche aux moules

Une autre chanson enfantine qui peut prêter à confusion. « À la pêche aux moules » conte le voyage d’une jeune femme ou fille à la ville, venant de la campagne avec un panier rempli de victuailles, semble-t-il. Par ce voyage, elle apprend à ses dépens que certaines personnes manquent cruellement d’éducation, de savoir-vivre ou savoir-être.

A la pêche aux moules, moules, moules
Je ne veux plus y aller maman
Les gens de la vile, vile, vile
M’ont pris mon panier maman
Les gens de la vile, vile, vile
M’ont pris mon panier maman

De prime abord, il s’agit d’un simple panier, sauf que la comptine date du XVIIIe siècle. À cette époque l’objet convoité, selon Le Littré, à comme signification le « jupon garni de baleines, qui soutenait la robe des femmes. » La lecture change alors de sens, « Ils vous font des caresses. Et des p’tits compliments. » Cette comptine met en garde les jeunes filles se rendant naïvement en ville, quand les jeunes garçons n’en veulent qu’à leur panier, sans en éprouver la valeur.

« Ah ! vous dirai-je, maman, ce qui cause mon tourment ? Depuis que j’ai vu Lysandre, me regarder d’un air tendre ». Cette comptine est connue dans le monde entier. Cùng quây quần en vietnamien, en anglais, Twinkle, Twinkle, Little Star, Três galinhas a cantar, en Portugais (Crédits : Altamir Lavoratti/Pixabay)

Nous n’irons plus au bois

La majorité des comptines pour enfants ont été créées au XVIIIe siècle. Le second sens est ignoré. Les colporter était une façon de braver les interdits de l’Église, prégnante avant la loi de Séparation des pouvoirs et du culte en 1905. La comptine « Nous n’irons plus au bois… » a été conçue pendant la période de Noël 1753. Mais l’histoire remonte soixante-dix ans en arrière. Louis XIV signe l’ordonnance du 20 avril 1684 qui renforce les pouvoirs de la police et instaure le délit de prostitution. Mais après sa mort du Roi Soleil, le jeune Louis XV qui n’a que cinq ans, la régence du royaume est confié au duc d’Orléans. Sous l’influence de Jeanne-Antoinette Poisson, épouse du fermier général Le Normand d’Etiolles plus connue sous le patronyme de Madame de Pompadour, maîtresse-en-titre du Roi Louis XV, cette chanson verra le jour

Lauriers, sacrés rameaux qu’on veut réduire en poudre, vous qui mettez sa tête à couvert de la foudre…

Horace ACTE V Scène III

Mais également face à une épidémie de maladies vénériennes, la médecine n’était pas à son évolution actuelle. Dans la comptine, l’auteure explique que « les lauriers ont été coupés ». Ces personnes se prostituaient dans les bois de Versailles, avant d’en être chassées. Les branches de cet arbre semblaient selon les écrits protéger de la foudre. C’est pour cela que les maisons dites closes ou de prostitution arboraient des lauriers au-dessus du fronton de la porte.

Loup y es-tu ?

Mettons-nous à la place de l’enfant, avec son innocence, que les adultes devraient de temps à autre reprendre. La comptine sert de base à un jeu, entre plusieurs minots et un adulte. Ce dernier se cache derrière un buisson, un meuble… Les enfants chantent et attendent la réponse du loup.

Promenons-nous dans les bois,
Pendant que le loup n'y est pas.
Si le loup y était
Il nous mangerait,
Mais comme il y est pas,
Il nous mangera pas.
Loup, y es-tu ? Que fais-tu ? M'entends-tu ?

Le loup répond qu’il met sa chemise, sa culotte, ses chaussettes… La culotte sous la révolution était un vêtement se portant au-dessus de tout autre. Il s’apparente (de loin) au pantacourt, car au XVIIIe siècle, chez les hommes, elle descend alors jusqu’aux genoux. À la fin de la comptine, l’adulte sort de sa cachette et vient ravir, au sens propre comme au figuré, les enfants, en les mangeant de baisers ou bisous. Prêtez attention aux parents jouant avec leurs chérubins dans les parcs de vote ville, ces petits chenapans tentent après une course folle et effrénée de devancer le père ou la mère… fréquemment le parent prend dans ses bras sa progéniture, le couvrant de baisers bruyants. Les comptines sont comme les films de Disney, avec des sens différemment compris en fonction de l’âge du public.

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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