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  • Un bain de foule (23/55)

    Un bain de foule (23/55)

    Les étapes de montagne concentrent énormément de monde. Comme lors du Tour de France cycliste, le point de vue est peu ordinaire. C’est ainsi que Flavien se retrouve à prendre un bain de foule. Tous sont venus observer le glacier Mueller, le lac Hooker et le mont Cook (Aoraki). Ce triptyque est tout simplement magnifique. Mais d’autres surprises l’attendent. Entre le Kea, le brouillard dans les névés et une température proche de zéro et le coucher de soleil somptueux qui illumine le mont Cook, à 3724 mètres d’altitude.

    « Ce matin, je ne me presse pas. Je me suis endormi tard… Et il ne fait pas beau », se justifie Flavien. Il est plus de huit heures, lorsqu’il passe la tête à l’extérieur. Sa seconde nuit sur le siège passager de la voiture de location s’est écoulée sans encombre. « Comme d’habitude, la voiture est tout embuée. » Après avoir changé de place, il parcourt la distance le séparant du village, nommé Aoraki. Il sert de camp de base pour toutes randonnées autour du mont Cook, sommet de la Nouvelle-Zélande.

    À l’assaut du mont Cook

    Sur l’heure de route, les essuie-glaces marquent le tempo d’une musique entêtante. Rythmé par ce ballet incessant, le chant des gouttes tourne en boucle. « La matinée est pluvieuse. Je profite pour téléphoner une heure durant. » Flavien, prends la direction du lac Hooker dans lequel se jette un glacier. « C’est une randonnée accessible, je m’attends à voir des marcheurs… Je ne suis pas déçu. » Des centaines et des centaines de personnes parcourent les cinq kilomètres les séparant. « Un torrent de visages, commente Flavien. Ça me rappelle celle d’El Chalten, en Argentine, qui était noire de monde. »

    D’ailleurs les paysages se ressemblent beaucoup, c’est assez marquant, réfléchit l’aventurier à voix haute. La météo n’est pas aussi catastrophique qu’annoncé. « La couche nuageuse nous permet de voir l’entièreté du lac et le glacier… Et les quelques icebergs dérivant sur le lac. » La moraine glaciaire est impressionnante.

    « Deux heures et trente minutes, c’est mon temps pour effectuer ces 10 km. Le chemin est très roulant, et le dénivelé n’est que de 200 mètres », conclut-il. De retour à la voiture, les choses sérieuses commencent. « Je prépare mon sac pour poser ma tente plus haut. » Flavien ne passe qu’une nuit en hauteur et allège son sac en conséquence. La couverture nuageuse se situe aux alentours des 1500 m. Durant les 700 premiers mètres, le paysage est superbe, et les végétations magnifiques. Prenant de l’altitude, « j’ajoute des couches. Je passe en mode waterproof. À cette altitude, l’ambiance est très humide et fraîche. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chemin faisant, l’air de rien, le naturaliste découvre une beauté de la nature. « Je tombe sur mes premiers Hectorella caespitosa. Une espèce que je souhaitais à tout prix observer, car c’est l’unique cousine de Lyallia kerguelensis », explique l’aventurier du bout du monde. La floraison n’est pas des plus originales, mais elle débute à peine. « J’ai de la chance, sourit-il. Des cinq espèces que je voulais absolument voir en Nouvelle-Zélande, il ne m’en reste donc plus qu’une. »

    Un froid glacial

    « Plus loin, talonnant un névé, une incroyable renoncule me surprend. Je ne sais pas ce que c’est », avoue-t-il. Le chemin se poursuit, dans une purée de pois à couper au couteau, sur les névés encore présents. L’ambiance et la visibilité sont telles que Flavien ne voit le refuge qu’au dernier moment, il est 18 h 15. « Je me presse de monter ma tente, car le brouillard se transforme en pluie fine », grelotte-t-il.

    « Je passe les quarante-cinq minutes suivantes à l’intérieur à attendre que l’averse cesse. J’essaie aussi de me réchauffer, il ne fait que 3 °C. »

    L’endroit est véritablement minéral. « Je croise les doigts pour ne pas avoir effectué cet effort que pour deux espèces, bien quelles ne soient pas des moindres. » Le rituel semble fonctionner.

    Les nuages s’étiolent, tandis que la pluie cesse. « Je profite de cette accalmie pour manger au chaud dans la Hut. » Le repas terminé, Flavien sort. C’est alors qu’il découvre, avec bonheur et humilité, les paysages montagneux, entrecoupés de nuages. Quelques Keas – seul perroquet alpin du monde – s’amusent près de la dizaine de personnes que nous sommes à admirer le panorama. « L’un s’approche à moins d’un mètre de moi… Mon objectif macro suffit à immortaliser l’instant ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée tire à sa fin, quand la cime du mont Cook se couvre d’or. « J’en ai connu des crépuscules et des couchers de soleil… Mais celui-ci fait partie du top 5 ! » Après avoir fait bouillir de l’eau au refuge pour la rendre potable, il clôture cette journée bien au chaud dans son sac de couchage. « Je ne pensais pas faire ce genre de bivouac en Nouvelle-Zélande, je suis ravi de mon choix d’hier soir de prendre le risque de monter ici malgré la météo très instable. » À suivre…

  • Qui dort le plus : le loir ou le chat ?

    Qui dort le plus : le loir ou le chat ?

    Deux espèces, deux écoles, deux courants. D’un côté, le chat, prince incontestable de la sieste, capable de s’assoupir entre deux croquettes comme d’autres entre deux respirations. De l’autre, le loir, petit rongeur, dont la devise pourrait être : « Dormir longtemps pour mieux vivre ». Mais alors, qui remporte la médaille du plus gros dormeur ? Penchons-nous sur ces deux champions, avec l’impartialité d’un juge olympique… et l’œil amusé d’une journaliste en manque cruel de café, pendant que bébé dort.

    Ils sont des dormeurs invétérés. Ils dorment partout, tout le temps, et avec un art assumé de la sieste. Mais entre le chat, star des sofas, comme des lieux et positions insolites… Et le loir, hibernant professionnel affichant une expérience certaine : qui décrochera la palme du plus gros dormeur ? Derrière cette question légère semble se cacher un besoin plus profond : à quoi sert vraiment le sommeil, et pourquoi certains dorment… plus que d’autres ?

    Le chat, le roi des siestes

    Animal favori des Français, le chat passe en moyenne de treize à seize heures par jour à dormir. Chez les chatons et les vieux matous, ce chiffre touche des sommets, jusqu’à 20 heures. Mais attention : il ne s’agit pas d’un sommeil profond prolongé. Le chat alterne entre micro-siestes et sommeil léger, toujours prêt à bondir au moindre bruit. C’est un dormeur polyphasique, qui dort en plusieurs fois, souvent aux heures où ses humains sont actifs.

    Enfin, pas partout. « Il n’est pas rare que mon chat bondisse sur mon ventre, puis descende, lorsque je dors. Ce, jusqu’à mon réveil. En cause : un manque de croquettes qu’il juge passablement critique et inacceptable. »

    Cela représente, pour un félin en bonne santé, plus des deux tiers de son existence passés dans un demi-monde de silence et de chaleur : un rêve éveillé.

    Mais pourquoi dort-il autant ? Parce que me semble une bonne réponse. C’est surtout que son organisme, de chasseur nocturne, est programmé pour conserver son énergie entre deux phases de prédation. La chasse se limite aujourd’hui à une boule de papier alu, une chaussette, une croquette hors de sa place habituelle. (Crédits : Francesco Ungaro/Pexels)

    Ne vous y trompez pas. Lors des différentes phases, chaque muscle est et reste prêt à l’action. Ses oreilles captent le moindre bruissement, sa queue frémit à la plus discrète des vibrations. Son sommeil est un mélange d’instinct et d’adaptation à la vie domestique. Où cette dernière n’a fait qu’adoucir cette discipline en lui offrant coussins, plaids, linge sur une table à repasser et bras accueillants, à chaque instant où il en fait la demande.


    Le loir est un marathonien du sommeil

    Le loir discret, rongeur arboricole, vit dans les forêts d’Europe, parfois jusque dans nos greniers. Une expression lui est consacrée, c’est pour dire : « dormir comme un loir ». Et pour cause… Mais si le chat est champion du quotidien, le loir joue dans une autre catégorie, voire hors catégorie. Il hiberne jusqu’à sept mois par an, souvent de septembre à avril. Ce qui représente plus de 210 jours d’affilée.

    Durant cette période, son métabolisme ralentit drastiquement : température corporelle, rythme cardiaque, respiration chutent, bref il hiberne. Il entre dans une forme de pause vitale pour survivre à l’hiver. Il dort, économisant chaque calorie pour y survivre.

    Quand le Saint-Laurent, cher à Joe Dassin avec la chanson « Dans les yeux d’Émilie », revient à la vie. Donc, lorsque les beaux jours reviennent, le loir ne se transforme pas pour autant en hyperactif.

    Il perdure dans son rythme de croisière. Il continue de beaucoup dormir — plus de 13 heures par jour en été — pour compenser son rythme de vie ralenti.

    (Crédits : Julien31/Wikipedia)

    Selon une étude de l’université de Zurich (2016), son cerveau montre une activité de récupération exceptionnelle pendant le sommeil post-hibernation, presque supérieure à celle observée chez l’homme après une privation de sommeil.


    Dormir, c’est survivre

    Qu’il s’agisse du chat ou du loir, le sommeil n’est pas un luxe : c’est une fonction vitale. Vital pour tous, même les êtres humains. Il permet la réparation cellulaire, la régulation hormonale, la consolidation de la mémoire et de l’apprentissage. Chez les animaux sauvages, il conditionne même la survie, en optimisant les ressources énergétiques.

    Pendant que chat et loir vivent à leur rythme, près d’un tiers des Français dorment moins de 6 heures par nuit. Une privation chronique qui altère mémoire, humeur et santé cardiovasculaire. Devrions-nous réhabiliter la sieste, et pourquoi pas… l’hibernation ?

    Mais entre ces deux énergumènes, quel est le verdict ?

    En heures cumulées, le loir l’emporte haut la main grâce à son hibernation. Mais dans l’art du repos quotidien, le chat reste imbattable. La morale : que l’on soit félin ou rongeur, dormir n’est jamais du temps perdu.

    Peut-être qu’en réapprenant à dormir comme un animal, nous finirions par vivre… un peu plus humainement. (Crédits : Kaboompics.com/Pexels)

    Car ces deux champions nous rappellent que dormir est un besoin vital, pas un luxe. Et vous, de quel côté penchez-vous ? Dormeur par pointillisme ou au contraire marmotte assumée ? Dans un monde en perpétuelle agitation, peut-être avons-nous tout à gagner à réapprendre. Comme eux, prendre de la hauteur, pour un l’art de la sieste intelligente, prendre le temps de s’offrir du temps pour soi.

  • Le bonheur des trajets (22/55)

    Le bonheur des trajets (22/55)

    Comme escompté, rien de folichon à voyager en bus. C’est un trajet qui dépend souvent de la personne qui est assise juste à côté de vous. Après dix heures de périple, dont la moitié au côté d’un individu sous l’empire alcoolique, un autre trajet s’enchaîne pour récupérer la voiture de location. Un retour dans une auberge déjà visitée, une pizza à l’espace guinguette, et l’accès au Wi-Fi pour préparer les deux semaines à venir, tout ça en une journée de plus de treize heures.

    « Levé à 7 h 45, mon bus m’attend en bas de l’auberge », bâille Flavien. À 8 h 30, il s’envole pour dix heures de trajet en autobus, le rêve. « Un parcours, avec une heure de correspondance à Dunedin, que je connais bien désormais. » Après la pause casse-croûte de 12 h 15, le trajet de l’après-midi s’annonce fastidieux. « Un mec bourré, imprégné d’une odeur de cannabis, s’assoit à côté de moi. Il s’enfile plusieurs canettes, et parle espagnol… tout seul. » Enfin, Flavien arrive à Christchurch à 19 h 25, dans une auberge où il passe deux nuits, trois semaines en arrière.

    En route pour de nouvelles aventures

    Ce matin du mardi 7 janvier 2025, Flavien monte à nouveau dans un bus. « Je rejoins l’agence de location où une Toyota Camry, louée pour 61 NZD par jour, est à récupérer pour midi. » La chance sourit aux audacieux, comprend Flavien. Il se présente dès potron-minet, à 9 h 30. « C’est une bonne idée, elle est disponible », se réjouit-il.

    « J’hésite à me rendre au mont Cook ou à faire un arrêt au mont Hutt. » Ce dernier est réputé comme spot pour la botanique, et accessible via une station de ski. La météo est radieuse, Flavien effectue ce petit crochet. « J’emprunte la piste qui mène à la station de ski à 1650 m d’altitude. » C’est sans savoir que, dans les deux semaines à venir, des pistes comme celle-ci, il va en pratiquer tous les deux jours.

    Elle est longue, près de quatorze kilomètres, mais acceptable. « Je monte jusqu’à 1400 m où une barrière me stoppe. »

    Flavien nous décrit le panorama qui s’offre à ses yeux. « Dénudée, la vue sur la côte est impressionnante. Les paysages agricoles tracés au carré, en contrebas, tranchent avec la montagne minérale et indomptée. Un fleuve traverse ce paysage, le contraste est saisissant. Il est temps de prendre la marche en direction du mont Hutt à plus de 2100 m. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le « Rakaia » est le fleuve des plaines de Canterbury où se trouve Flavien. Il est l’un des plus grands cours d’eau tressés de Nouvelle-Zélande. Le sommet qu’il souhaite rejoindre culmine exactement à 2185 mètres. Le soleil en montagne n’a pas la même incidence qu’en plaine. « Le soleil tape fort, très fort. Je me badigeonne de crème solaire, c’est assez rare pour le dire ». En Amérique du Sud, il avait oublié de se protéger, et avait dû marcher avec un pull sur ses mollets cramoisis…

    Le cousin Weta

    La montée est épuisante, mais elle récompense l’aventurier. « Je trouve mon premier Weta. » Il est le spécimen emblématique des insectes géants de Nouvelle-Zélande. « Au sommet, une jeune Néo-Zélandaise arrive au même instant que Flavien. Elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un ici, à vrai dire moi non plus, explique Flavien. Il n’y a aucun tracé sur les cartes pour arriver jusque là… » À cette altitude, le naturaliste s’étonne de la profusion de petits insectes et de coccinelles. Pas une seule plante, seuls des cailloux tapissent le sol.

    « Avant la croupe sommitale, je trouve une véronique arbustive et une épilobe qui semblent s’être perdues dans cet environnement minéral. » Pas un nuage dans le ciel. « Je prends ma dose d’UV, mais quel pied ! » Sur le retour, Flavien rencontre des plantes aux environs des 2000 m. Mais aussi une denrée rare et essentielle à toute vie : de l’eau, qui sort de nulle part. De retour à la station de ski Mt Hutt, « je croise un Néo-Zélandais d’origine australienne, il est monté jusqu’ici en VTT, frappé… »

    Subjugué par cette prouesse sportive, Flavien entame la discussion. « Il me confie que des Européens, les Français, lui semblent les plus aventureux. » Un conseil distillé pour un autre chemin permet au naturaliste de trouver deux plantes incroyables : Haastia sinclairii et Hastia recurva. La descente est longue, seule la nature l’accompagne. « De retour à la voiture pour 18 h, je fais un ultime arrêt pour observer de magnifiques coussins de Raoulia eximia. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Peu visible au sommet du mont Hutt, Flavien se dirige vers le mont Cook, à plus de quatre heures de route. « La météo se dégrade. Les essuie-glaces donnent le tempo. Les phares s’allument. Je vais conduire de nuit pour la première fois », souligne l’aventurier du bout du monde. Au bout de trois heures et demies de conduite, « je m’arrête sur une aire de camping, normalement réservée aux vans. Mais qui va me dire quelque chose à cette heure-là… » Le siège passager sera son meilleur allié pour cette première nuit avec la voiture. À suivre…

  • Cyberattaque d’Aeroflot et pharmacies paralysées en Russie

    Cyberattaque d’Aeroflot et pharmacies paralysées en Russie

    Une vague de cyberattaques a frappé la Russie en juillet 2025. Elles touchent en quasi-simultanéité Aeroflot, le fleuron de l’aviation civile, et un vaste réseau de pharmacies. Sur fond de tensions internationales, la nature coordonnée de ces attaques relance les soupçons d’une cyberguerre latente, aux contours encore flous, mais aux conséquences bien réelles. Cette guerre, qui ne dit pas son nom, se déroule pourtant aux yeux et à la vue de tous : sur l’Internet. Concernant Aeroflot, la perturbation est partie pour durer.

    Bien avant le commencement du conflit entre l’Ukraine et la Russie, les cyberattaques étaient légion. Mais depuis, chaque camp cible davantage l’autre et vice-versa, sans oublier les appuis de chaque belligérant. Ainsi, il est logique de voir le nombre d’attaques, revendiquées publiquement, croître. Mais aussi le nombre d’actions des forces de l’ordre contre des organisations criminelles, telle l’opération Eastwood d’Europol contre le groupe russophone NoName057(16).

    Coup d’arrêt en Russie

    La compagnie aérienne Aeroflot est contrainte d’annuler plus de 50 vols aller-retour lundi 28 juillet 2025. Ce qui a immanquablement perturbé les déplacements à travers la Russie. Silent Crow revendique la cyberattaque contre Aeroflot. Deux groupes pro-ukrainiens s’entendent. Le premier Silent Crow (Ukraine) et le second Cyberpartisans BY (Biélorussie). Ce dernier s’est déjà illustré par le passé.

    Le 24 janvier 2022, le groupe connu sous le nom de « Belarussian Cyber-Partisans » réclame la maternité, sur X, de la cyberattaque de type ransomware de la société ferroviaire biélorusse. « Nous avons les clés de chiffrement, et nous sommes prêts à remettre les systèmes de la compagnie Belarusian Railroad en mode normal. » Peu de temps après cette offensive cybernétique, le site WEB de l’entreprise faisait son retour en ligne.

    Cette cyberattaque fait suite à la déclaration du ministre de la Défense biélorusse, Viktor Khrenin. Déclaration appuyée de vidéos sur les réseaux sociaux montrant « des convois militaires russes et des trains avec du matériel militaire se déplaçant à travers le sud de la Russie et la Biélorussie ».

    Silent Crow et Cyberpartisans BY

    Concernant l’attaque cybernétique de la compagnie Aeroflot, Yuliana Shemetovets, porte-parole du groupe criminel Cyberpartisans BY, explique sur le site d’opposition biélorusse Zerkalo que : « Notre objectif principal était de tout détruire, de tout faire exploser. Le but n’était pas de voler des données, mais nous avons pris tout ce que nous pouvions. »

    Au final, ils auraient siphonné 22 téraoctets de données, puis auraient déclenché l’effacement total des informations, affectant les 7000 serveurs de la compagnie. Les hacktivistes précisent que le directeur général d’Aeroflot, Sergey Aleksandrovsky, n’a pas changé de mot de passe depuis 2022. Et qu’elle utilise des systèmes d’exploitation obsolètes Windows XP et Windows 2003 sur leurs réseaux. Ainsi ils « sont parvenus à la mise en péril de l’ensemble de leur infrastructure », affirment-ils. Ils ont également confirmé qu’ils étaient sur le réseau de l’entreprise d’Aeroflot pendant « quelques mois » avant la mise en œuvre de la cyberattaque, qui a commencé dans la nuit du 28 juillet 2025. (Crédits : Evgeniya Kuzmina/Pexels)

    Le fait de « piratage » est reconnu au Bureau du Procureur général de la Fédération de Russie. Au Kremlin, la situation a été qualifiée d’alarmante. The Moscow Times relate la déclaration de Dmitri Peskov, porte-parole du président russe : « La menace des pirates est une menace qui persiste pour toutes les grandes entreprises qui fournissent des services à la population. » La compagnie aérienne explique que dès mercredi « Aeroflot assure son programme de vols conformément à l’horaire à partir de 10 h ».

    Pharmacies et soins de santé à l’arrêt

    Le lendemain, 29 juillet, c’est au tour des chaînes Neopharm et Stolichki de fermer leurs portes. Plus de 1 100 officines deviennent inaccessibles : rupture de l’accès aux stocks, paiements impossibles, bases clients effacées. Pas de revendication officielle. Mais les analystes évoquent une action coordonnée, probablement en représailles à des cyberattaques russes récentes en Ukraine.

    La chaîne de pharmacies Stolichki confirme une défaillance en ce 29 juillet 2025. « Nous avons subi une panne technique majeure suite à une cyberattaque […] le fonctionnement des pharmacies est perturbé », commente la compagnie sur Telegram. Elle exploite environ un millier d’officines sur l’ensemble du territoire. Les caisses enregistreuses ne fonctionnent pas, les employés ont été renvoyés chez eux.

    Une autre compagnie fait les frais de cette attaque : Neofarm. Elle gère plus de 110 pharmacies à Moscou, Toula, Kostroma et à Saint-Pétersbourg. « Stolichki et Neofarm font partie de la même société holding, précédemment contrôlée par l’ancien législateur de la Douma d’État, Yevgeny Nifantiev », relate The Record Media. En ce 31 juillet, aucune amélioration n’est annoncée à la mi-journée. (Crédits : Roman Ska/Pexels)

    Pharmacie, Russie, nuit


    Elles ne sont pas les seules à subir les foudres des cybercriminels. La société AirNet ayant subi une attaque de type DDoS avertissait ses clients de la panne momentanée de ses services. Au milieu du mois de juillet, plus de 2000 magasins de la chaîne WineLab ont montré porte close, durant trois jours. Attaque qui aurait eu lieu aux alentours du 14 juillet, affirme dans son communiqué la firme. Ce qui a provoqué une perte financière de 200 à 300 millions de roubles, soit entre 2,18 et 3,27 millions d’euros de manque à gagner.

  • Un charme irrésistible (21/55)

    Un charme irrésistible (21/55)

    Sur les sentiers boisés d’Ulva Island comme dans les ruelles silencieuses de la méridionale Invercargill, Flavien poursuit son voyage au bout de la planète Terre. Entre émerveillement ornithologique, rencontres inattendues et douce nostalgie, l’aventurier du bout du monde explore et expérimente. Une journée suspendue entre nature préservée, amitiés éphémères et départs à l’aube d’un nouveau chapitre. C’est aussi un jeu de rendez-vous, de découverte et de stupéfaction sur l’urbanisme à la sauce américaine.

    Ce matin du 4 janvier 2025, le réveil sonne à 8 h 15. Le ciel est clair, l’air encore frais. Une routine rassurante, presque inhabituelle, s’installe : même café que la veille, même petit-déjeuner, et le sandwich du midi glissé dans le sac comme une promesse d’aventure. À 9 h 45 précise, Flavien rejoint Golden Bay, où l’embarcation l’attend pour l’île d’Ulva (Te Wharawhara), perle sauvage, à seulement cinq minutes de traversée. « J’ai réservé le bateau pour l’île d’Ulva à 10 h », ponctue-t-il.

    À fond vers l’île d’Ulva

    « Cette petite île qui est juxtaposée à Stewart Island, pardon, l’île Stewart, est réputée pour ses nombreuses espèces d’oiseaux en voie de disparition », explique Flavien. À sa grande surprise, le bateau des îles subantarctiques a jeté l’ancre dans la baie. Entre curiosité et effervescence, il avance, arrive sur le ponton et reconnaît plein de visages familiers, comme Mat et Phil. « Mat, leader de l’expédition, est tout aussi étonné », s’amuse l’aventurier. Un échange bu tel un café au comptoir d’un bar, et Flavien repart avec un présent. « Mat m’indique un spot où je peux potentiellement voir le Gorfou du Fjordland », se réjouit-il.

    Ulva, Stewart, island

    Il prend le minuscule bateau bleu qui fuse tel un ricochet. Le retour est prévu à 15 h à l’embarcadère. « J’ai cinq heures d’exploration. » La toute petite île, Flavien en réalise deux fois le tour. L’île néo-zélandaise Ulva couvre une superficie d’environ 267 hectares, soit 2,67 km². C’est une île sanctuaire, incluse à Rakiura national park, réputée pour sa biodiversité exceptionnelle, notamment en oiseaux endémiques et rares, comme le Créadion de Lesson (Saddleback), le Nestor Superbe (Kaka) ou mieux le discret Kiwi. Celle qui s’en rapproche en métropole est située en Bretagne, l’île de Batz (3,05 km²).

    Quand on aime, on ne compte pas, souligne l’adage. « J’en réalise deux fois le tour. La première est celle qui m’offre le plus d’espèces : le Weka, la Perruche à front jaune ou encore le très rare Saddleback. » À peine de retour, Flavien se dirige vers l’endroit indiqué par Mat pour y observer le Gorfou, à 3 km de là. « Je fais chou blanc, mais la balade sous une météo radieuse est agréable. » (Crédits : AlasdairW/Wikipedia)

    Des petits traits de personnalité amusent souvent ceux qui les possèdent. « Il me reste 3,40 $ en monnaie, alors j’achète une boîte de biscuits pour 3,39 $. Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore faire ça… » De retour au camping, avec ses biscuits et un cents néo-zélandais en poche, il fonce sous la douche et tente de se raser. « Je dis que je tente de me raser, car je n’ai pas de tondeuse. Alors pour tailler ma moustache… j’utilise mon coupe-ongles… » Apprêté, il file en ville pour espérer y voir Ela, qui lui a envoyé un message cet après-midi. « Je ne la trouve pas, donc je me rends chez elle. » Elle n’avait pas remarqué sa réponse.

    Quelques minutes plus tard, le duo se retrouve autour d’un billard au South Sea Hôtel. « Je crois que la dernière fois que j’ai joué, c’était à Amsterdam », songe l’aventurier du bout du monde.

    Le pub d’ordinaire blindé est quasiment désert. L’instant est suspendu, comme sorti d’un écran de cinéma. « Jouer au billard, à l’autre bout du monde, dans un minuscule pub, avec quelqu’un rencontré quelques jours plus tôt », semble rêver Flavien. Après plusieurs verres, elle l’invite à déguster des huîtres avec sa famille. « Je ne veux pas taper l’incruste, alors nous mangeons une pizza au pub. » Chose importante, depuis le début de l’après-midi, la conversation se déroule en anglais. « Je suis content de mes progrès. Je commence à pouvoir vraiment discuter sans forcément réfléchir, chercher mes mots. » La première partie de soirée touche à sa fin, quand ils se disent « au revoir » pour de bon. « Elle souhaite voyager en Europe un jour, je l’invite à me contacter si elle vient en France. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Du pub au salon de l’auberge, il passe le reste de la soirée à planifier le lendemain. « C’est décidé, je repars pour de nouvelles aventures, après une semaine sur cette île au charme incroyable, voire irrésistible. » Mais avant de disparaître, s’il pouvait revoir une fois le kiwi. Il s’équipe de sa lampe frontale, puis, autour d’une heure, sort. « Je marche dans le village et les forêts autour pour essayer de l’apercevoir… » Mais 45 minutes s’écoulent en vain. « J’abandonne ! Il n’y a pas un bruit qui puisse le trahir. »

    D’Oban à Invercargill

    Ce matin, aucune urgence à l’horizon. « Je prends mon bateau à 12 h 15. » Cela lui permet de ranger son sac avec l’ensemble des affaires sèches. « C’est rare », acquiesce-t-il. Il est le moment de faire les ultimes emplettes, et de déposer les dernières lettres et faire tamponner quelques cartes. Il faut parfois tourner sept fois sa langue dans sa bouche, dit le sage, cela donne du temps à la réflexion. « La postière n’est toujours pas aimable… J’ai envie de lui faire une réflexion, mais je souhaite qu’elles arrivent à destination… », s’assagit Flavien.

    Il partage un sentiment tel qu’Eddy Mitchell lors de l’ultime émission « La Dernière Séance ». « Je prends un dernier chocolat chaud au pub. La vue sur la baie est baignée de ce soleil qui est là toute la journée. » Il effectue ses ultimes pas sur l’île et rejoint l’embarcadère. Flavien croise, pour la quatrième fois, un couple de jeunes Anglais. Ils possèdent une voiture à l’arrivée, mais c’est un van avec seulement deux places… « Je vais donc faire du stop pour parcourir les 30 km qui séparent Bluff d’Invercargill, où j’ai réservé une auberge pour ce soir. » Le temps est radieux. Flavien remarque le sommet de l’île depuis le large, celui même qu’il a grimpé. Mais, dû aux nuages, ou par pure timidité, il ne se découvre qu’au départ de Flavien.

    Coup de chance

    Le débarquement se déroule une heure plus tard. Flavien a ouï du français. La discussion s’engage. Ils vont à Invercargill et lui proposent de l’emmener. Magnifique, sourit-il en silence. « Je jette mon sac dans le pick-up pour ces 20 min de route. » Lui est néo-zélandais, elle française, et sont parents d’un adorable garçon. « Ils vivent désormais près d’Aubenas, en Ardèche, sacré contraste ! »

    Ils le déposent juste devant l’auberge, une économie de temps réalisée. Le choc lors de la découverte de la ville d’Invercargill (Waihōpai) est atténué. « Solène m’avait prévenu ! La ville tracée au cordeau n’a pas de charme », jette Flavien. Pourtant, il passe l’après-midi à se faire un avis. « Hormis un très beau parc et quelques monuments, comme un étonnant château d’eau, il n’y a pas grand-chose. » Une ambiance américaine y règne. Les rues dessinent des carrés parfaits, de grosses voitures américaines ponctuent les maisons de plain-pied. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les locations de voiture dans le sud sont vraiment trop chères pour sa bourse. Donc, c’est en bus qu’il s’en retourne à Christchurch, où il louera une voiture pour les quinze prochains jours. Le repas de pâtes englouti, il poursuit ses recherches pour déterminer les meilleurs endroits pour un botaniste. Flavien partage la chambrée avec quatre nouvelles personnes : deux Anglaises, un Autrichien et une autre jeune femme qui garde le silence, comme le secret de son pays d’origine. « Avec toutes ces recherches et réservations, je me couche bien tard », bâille-t-il. À suivre…

  • Qui est le plus haut : la puce ou le kangourou ?

    Qui est le plus haut : la puce ou le kangourou ?

    Dans le sport moderne, particulièrement dans l’athlétisme, il existe les épreuves de saut en hauteur, en longueur, à la perche et le triple saut. Si Javier Sotomayor détient le record du monde avec 2,45 mètres, chez les femmes c’est Yaroslava Mahuchikh qui culmine avec 2,1 mètres. Pour autant, ces hauteurs sont relatives. Si nous mettons en contraste l’incomparable, que se passe-t-il ? Entre la puce et le kangourou, qui saute le plus loin, toute proportion gardée.

    L’être humain est un mammifère doué d’une certaine intelligence et aussi de capacités physiques. Mike Powell détient le record du saut en longueur le plus grand à 8,95 mètres, ce depuis 1991. Galina Chistyakova s’affiche quant à elle avec 7,52 mètres. L’Homo sapiens que nous sommes reste un géant face à la puce. L’ingéniosité de nos prothèses, de nos trampolines et de notre capacité à observer, comprendre et mesurer les exploits des autres espèces fait notre force.

    Un saut de puce

    Quand on pense aux plus grands sauteurs du règne animal, on imagine sans peine le kangourou bondissant à travers les vastes étendues australiennes. Mais derrière ce mastodonte à la queue musclée se cache une autre star du saut. Elle est bien plus discrète, parfois même dérangeante : la puce. Minuscules, invisibles à l’œil nu lorsqu’elles bondissent, ces acrobates (parasitaires) pourraient bien battre les géants australiens… à leur échelle bien sûr. Mais qui possède le meilleur saut : le kangourou ou la puce ?

    Un mode de déplacement qui ne manque pas de rebond. Parmi les quarante-cinq espèces, quatre se détachent. Le kangourou, qu’il soit géant, gris, roux ou antilope, bondit. Le roux avec ses 1,80 mètre pour 90 kg s’impose. Le kangourou antilope mesure 1,2 mètre pour 37 kg. La couleur du mâle est rousse, tandis que la femelle se pare de gris.

    Ils tirent leurs forces de leur queue, ce qui n’est pas le cas de tous les mammifères. En pleine saison de rut, les combats de boxe sont légion pour départager les prétendants. Ces marsupiaux peuvent atteindre les 25 km/h et produisent des bonds de 1,90 m de long. En cas de danger, la hauteur passe à plus de 3 m de haut et 9 m de long, pour filer à 80 km/h sur 2,5 kilomètres. Usain Bolt, quant à lui, sprinte sur 100 m à près de 38 km/h seulement.

    80 km/h sur 2,5 kilomètres

    Pour autant, la meilleure défense est l’attaque. Les marsupiaux assènent de coups leur adversaire, et tentent par ruse de les attirer dans de l’eau pour les noyer. Si la genèse des sauts est, selon la piste des chercheurs, possiblement identifiée, le kangourou ne peut se pouvoir en arrière. Sa très lointaine cousine australienne, l’émeu, ne peut non plus se déplacer en arrière.

    Saviez-vous que le nom de kangourou, selon la légende, vient d’une incompréhension de communication ? Les Européens demandèrent aux Aborigènes en Australie comment s’appelait cet animal. Ils répondirent « kangaroo ». Ce qui se traduit par « je ne comprends pas ». Le terme est ensuite resté, car les Européens pensaient qu’il s’agissait du nom de l’animal. (Crédits : Valeriia Miller/Pexels)

    En Australie, le kangourou est appelé « boomer », tandis que la femelle est appelée « flyer ». Cette dernière possède une poche maternelle faite de muscles. Elle peut à loisir se tendre et se resserrer pour éviter que le petit kangourou ne tombe. Car, suite à une période de gestation de 30 jours, un embryon d’environ 2 cm à sa naissance se développe dans cette poche. La fameuse poche couvre les mamelles et sert de couveuse pour les petits kangourous, jusqu’à 9 mois.

    La puce, minuscule mais redoutable

    Cet insecte est redouté, voire détesté. Même le meilleur conseiller en communication peinerait à redorer son image. Malgré sa fascinante biomécanique, la puce provoque chez l’humain un sentiment de dégoût et de démangeaison quasi instinctif. Ce parasite hématophage privilégie les lieux où se cocooner : parquet, lit… Elle aime se faufiler dans les replis du linge ou du pelage animal. Elle fut l’un des vecteurs de la peste bubonique, via la bactérie Yersinia pestis transmise par les rats.

    Mais nous nous intéressons ici à la biomécanique de cet insecte. Ne mesurant que 2 à 3 mm, la puce saute sans prévenir. Elle peut bondir jusqu’à une moyenne de 32 centimètres en longueur et 20 centimètres de haut. Rapporté à sa taille, cela équivaut à un être humain mesurant 1,8 m qui sauterait près de six piscines olympiques (288 m). Et en hauteur, il pourrait du sol atterrir sur le toit de la plus haute des Tours Duo, dans le XIIIᵉ arrondissement de Paris.

    Comment est-ce possible ?

    Grâce à la résiline. C’est une protéine élastique présente dans ses pattes arrière. Cette substance agit comme un ressort microscopique, libérant une énergie colossale en une fraction de seconde. Le saut est si rapide qu’il est impossible à suivre à l’œil nu, ce qui rend la puce si difficile à attraper…

    Et l’être humain dans tout ça ?

    Il se positionne très loin derrière. Une athlète d’exception telle Galina Chistyakova (7,52 m le 11 juin 1988) ou Mike Powell, recordman du saut en longueur (8,95 mètres en 1991), restent des géants modestes face à la ridicule puce, qui bondit jusqu’à 160 fois sa taille en longueur, et 100 fois en hauteur. Même les meilleurs athlètes ne possèdent pas de telles dispositions biomécaniques.

    (Crédits : Centers for Disease Control and Prevention – CDC – / Janice Carr/Wikipedia)

    Ce qui fait notre force ? L’ingéniosité de nos prothèses, de nos trampolines, et surtout… notre capacité à observer, comprendre et mesurer les exploits des autres espèces. En prenant en compte les proportions, la puce saute le plus loin et le plus haut des deux. Mais, dans le contexte, rien ne sert d’avoir de telles dispositions hors de son milieu naturel.

  • Quand le thé est froid

    Quand le thé est froid

    Les relations entre la Chine est les États-Unis sont actuellement sensibles. Le géant américain, Microsoft, affirme cesser séance tenante d’utiliser des ingénieurs basés en Chine pour sécuriser ses services cloud Azure. Ces derniers sont destinés au département de la défense étasunienne, soit le Pentagone. La décision découle du rapport écrit par le média d’investigation ProPublica. D’autant que les autorités chinoises emploient un nouveau type de logiciel malveillant pour extraire des données à partir de téléphones saisis lors d’un contrôle frontalier.

    Ce qui n’était qu’un bruit de couloir devient une tempête politico-médiatique. Un article de ProPublica du 15 juillet 2025 met à jour une faille majeure dans l’architecture de cybersécurité des États-Unis. En effet, Microsoft faisait appel à des ingénieurs chinois pour la maintenance de ses systèmes sensibles. Cette pratique encadrée par un dispositif de contrôle nommé « digital escorting ». « Mais ces travailleurs n’ont souvent pas l’expertise technique nécessaire pour surveiller la police d’ingénieurs étrangers ayant des compétences beaucoup plus avancées », explique ProPublica.

    Cloud, Chine et PentagonLeaks…

    Le système mis en place par Microsoft repose sur une idée simple : permettre à des ingénieurs étrangers d’intervenir sur des serveurs sensibles. Mais à la condition qu’ils soient supervisés par un citoyen américain habilité. Ces escortes numériques, censée jouer les vigies « n’ont souvent pas l’expertise technique nécessaire pour surveiller la police d’ingénieurs étrangers ayant des compétences beaucoup plus avancées », a constaté ProPublica.

    Massistant, chine, warfare

    « Certains sont d’anciens militaires avec peu d’expérience du codage qui sont payés à peine plus que le salaire minimum pour le travail », ajoute ProPublica. L’illusion du contrôle masque une réalité brutale : dans ce rapport de forces asymétrique, les clefs du système sont potentiellement dans les mains d’opérateurs étrangers.

    En parallèle, un second rapport révèle l’existence de Massistant. Les chercheurs du Lookout Threat Lab ont découvert une application criminalistique, un outil de forensique mobile développé par Xiamen Meiya Pico. Elle est capable d’extraire l’intégralité des données d’un smartphone saisi : messages (même chiffrés), photos, localisations, audios… Ce logiciel, utilisé sur le terrain par les autorités chinoises, opère sans exploit zero-day, ni piratage. Il suffit d’un téléphone déverrouillé et d’un accès physique. (Credits : Xiamen Meiya Pico/Xiamen Meiya Pico/TechCrunch)

    La police d’État chinoise possède depuis le 1er juillet 2024 « des pouvoirs étendus pour fouiller les appareils électroniques, y compris les smartphones et les ordinateurs portables […] dans le cadre d’une campagne nationale visant à garantir la “sécurité nationale” ». Donc, là où Microsoft joue l’externalisation pour des raisons financières, la Chine y voit une opportunité d’ingérence. La loi chinoise impose aux entreprises de coopérer avec les services de renseignement. Dans cette configuration, chaque ligne de code, chaque intervention technique devient un vecteur d’espionnage possible.

    Tempête à Washington D.C.

    Les révélations de ProPublica provoquent un électrochoc à Washington D.C.. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé la rupture immédiate de toute collaboration avec des équipes chinoises sur le susnommé cloud. Un audit express de deux semaines est lancé sur l’ensemble des contrats cloud du département de la Défense. Électrochoc amplifié par les vulnérabilités de SharePoint de Microsoft et son exploitation par Linen Typhoon, Violet Typhoon et Storm-2603, groupes réputés proches du gouvernement chinois.

    « Au moment de la rédaction du présent rapport, Microsoft a observé deux acteurs chinois de l’État-nation, Linen Typhoon et Violet Typhoon, exploitant ces vulnérabilités ciblant les serveurs SharePoint orientés vers l’internet », relate Microsoft.

    D’ailleurs le rapport déclassifié, sur l’évaluation annuelle des menaces (05/02/2024 — Page 11), martèle que : « la Chine reste la menace cybernétique la plus active et persistante pour les réseaux gouvernementaux, privés et d’infrastructure critique des États-Unis. »

    Il ajoute que « les activités d’espionnage cybernétique de Pékin et l’exportation par son industrie de technologies de surveillance, d’information et de communication augmentent les menaces d’opérations cybernétiques agressives contre les États-Unis et la suppression de la libre circulation de l’information dans le cyberespace. »

    Sous le feu de cyberattaques

    Du côté du Congrès, les demandes se font pressantes : le sénateur Tom Cotton exige une liste exhaustive des sous-traitants faisant appel à du personnel chinois. L’affaire prend des airs de scandale d’État.

    Face à la pression, Microsoft a publié un communiqué annonçant la fin de toute implication chinoise sur les systèmes militaires. Une manœuvre de damage control nécessaire pour protéger un secteur qui représente plus du quart de ses revenus mondiaux.

    Cette affaire Microsoft illustre la dépendance critique des institutions américaines vis-à-vis de prestataires privés dont les impératifs commerciaux priment souvent sur les exigences stratégiques.

    La question qui se pose : à qui doit revenir la responsabilité de la sécurité des données de défense ? Peut-on confier des infrastructures critiques à des entreprises extérieures au pays ? L’Europe tente, avec Gaia-X, de répondre par la création de clouds souverains. Les États-Unis, eux, sont face à un choix : reprendre la main ou continuer à naviguer à vue dans un espace numérique devenu un théâtre d’opérations hybrides. (Crédits : Juan Rojas/Pexels)

    Niagara, chute, USA

    Ce que révèle cette affaire n’est pas uniquement une brèche, mais la vision d’un adversaire qui, avance à pas feutrés, avec une vision à long terme. Dans le cyberespace, ce ne sont plus les missiles qui font la guerre, mais les lignes de code. Microsoft, entreprise privée à but lucratif vient d’en faire l’expérience. C’est aussi aux dirigeants d’opter pour des solutions, et d’opter pour des systèmes d’information adéquats : entre le profit et la sécurité nationale, il faut choisir.

  • Un inconnu désormais célèbre (20/55)

    Un inconnu désormais célèbre (20/55)

    Après plus de quatre-vingts kilomètres avalés en quatre journées par Flavien, comme pour le Tour de France, le nycthémère de repos est le bienvenu. Une grasse matinée en perspective, et tels les super-héros, il met sa cape de super-touriste. L’effervescence n’est pas celle des plages de nos côtes françaises en pleine saison estivale, mais le monde est souvent petit. Il part à la découverte de la ville d’Oban (Pā nui o Hau), et du manchot pygmée, le plus petit représentant de l’espèce… Quand l’impensable se produit.

    « Ce matin c’est grasse matinée… Enfin une grasse matinée de voyage », explique Flavien qui sort de sa tente à 8 h 15. Il semble que le kiwi s’amuse de sa rencontre passée avec le baroudeur. « Cette nuit, vers trois heures, un kiwi m’extirpe de mon sommeil. » Le kiwi se trouve près de la tente, quand il produit un cri incroyablement fort dans la quiétude nocturne.

    Flavien, connu comme le kiwi

    C’est en touriste, peu efficient, que Flavien déambule dans les rues d’Oban. Il s’offre une journée de repos après avoir crapahuté durant quatre-vingt-seize heures. « Je marche vers l’un des deux cafés du village pour déguster un petit déjeuner. » L’estomac de Flavien ne tient plus en place face à de telles promesses. « Ça fait quelque temps que je n’en ai pas pris », ajoute-t-il. L’estomac repu, l’aventurier du bout du monde traîne ses guêtres.

    Musée, Stewart, New-Zealand

    Il zigzague entre les quelques boutiques pour y trouver cartes postales et souvenirs. « J’en profite pour acheter des timbres à la poste », ponctue-t-il.

    Comme l’écrivain, du silence lui est nécessaire. « Je reviens à l’auberge pour écrire mes cartes postales. » Pas un seul endroit ne l’a convaincue. Il commence à pleuvoir, je suis bien à l’abri, souffle-t-il.

    Les heures défilent quand, monsieur l’estomac, se rappelle à son bon souvenir. « J’achète un sandwich frais, à l’unique supérette du village, avant de terminer l’écriture. » Les dix cartes postales finies, le gourmand refait surface. « Je les dépose à la Poste, et je m’offre une glace pour fêter le retour du soleil… » (Crédits : Rakiura Museum)

    À 15 h, Flavien visite le musée de l’île : Rakiura Museum (Te Puka o Te Waka). Le musée Rakiura ouvre ses portes le 25 septembre 1960. Depuis, il abrite une vaste collection d’objets historiques, de photographies et de documents d’archives liés à l’histoire de l’île. L’occasion d’en connaître un peu, et de mieux appréhender cette île. Des histoires sur les premiers établissements, l’île des poissons de Codfish, The Neck, l’île d’Ulva, l’île de Ruapuke et la baie de Halfmoon vous sont contées. Car, explique le musée, Rakiura était un lieu de rencontre pour les premiers peuples polynésiens, maoris, britanniques, européens et américains.

    Des frites, des frites, des frites…

    Après s’être rempli la tête durant une heure, qui est le temps d’observation minimal recommandé (45 à 60 minutes) place à la mission du soir : tenter de voir le manchot pygmée. Mais avant toute chose, il faut emmagasiner des calories, pour affronter la recherche nocturne. « Je dévore un tacos au foodtruck du village, mais il n’y a pas grand-chose à manger dedans, se désole Flavien avant de recouvrer le sourire. Je file au pub où je sais que pour 10 $ il y a un grand bol de frite… Meilleur rapport quantité prix… »

    Flavien s’habille en conséquence pour la mission. Le Manchot pygmée (Eudyptula minor) est le plus petit des dix-neuf espèces de manchots. Sa robe est d’un bleu indigo ou bleu argenté au niveau de la tête, le dos, la queue et les ailes. Seul le ventre se pare d’un plumage blanc.

    Originaire de Nouvelle-Zélande, il est communément connu sous le nom de pingouin de fées ou pingouin bleu, mais aussi sous son nom de Koror.

    « C’est le seul aux mœurs exclusivement nocturnes à terre », ajoute le naturaliste. Sur les conseils de personnes rencontrées, Flavien se rend à Ackers Point, à trois ou quatre kilomètres du village. « Je suis censé y voir la seule colonie de puffins fuligineux, appelés Tītī ici, à la tombée de la nuit. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Oban, New-Zealand, trek

    Il est tout juste 20 h, quand Flavien part. Affublé de ses gants, son bonnet et sa frontale à lumière rouge pour ne pas déranger les manchots. « J’ai à peine marché cinq cents mètres que mon prénom résonne », s’étonne Flavien. Qui pour m’appeler ici ? Je ne connais personne, pense-t-il à voix haute. « C’est Ela, une des True Young Explorers de l’Heritage Adventurer. » Ela habite sur l’île Stewart, mais n’est pas censée être présente durant la venue de Flavien. « Elle m’a repéré avec ma veste bleue — que je ne quitte plus depuis des années maintenant. On échange 10 min, avant de se donner rendez-vous au pub demain soir. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Voir Oban et le fameux Tītī

    Heureux de cette rencontre inattendue, l’aventurier du bout du monde poursuit son chemin. Il arrive devant un tout petit phare. L’endroit accueille déjà une toute petite dizaine de personnes, en attente du coucher de soleil. « Le moment est magique ! Le coucher de soleil se reflète sur les quelques albatros timides qui traînent. » L’heure s’égraine jusqu’au crépuscule, quand les premiers Tītī se découvrent pour retrouver leurs terriers.

    Manchot pygmée, Blue Pingouin, Stewart

    « Pour une fois il n’y a pas un nuage », contemple Flavien. L’île est d’ailleurs réputée pour son ciel pur. Un tel ciel le replonge immanquablement dans des souvenirs pas si éloignés que ça. « Ça, me remémore l’incroyable ciel étoilé d’Amsterdam. Me voilà à essayer de retrouver les constellations que je connais… Orion, Croix du sud, Nuages de Magellan… »

    Des étoiles, oui, mais pas une seule trace du manchot pygmée, ou blue penguin. Flavien admiratif devant un couple mieux équipé que lui. « Ils ont carrément une torche rouge, un avantage non négligeable pour trouver le manchot sur le trajet du retour », songe-t-il.

    Flavien suit son intuition et le couple sur le retour. « Grâce à leur torche, je réussis à prendre quelques photos de nuit. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le trio se sépare avant l’entrée du village. « Je les remercie, et continue avec ma pauvre frontale », s’amuse-t-il. Il en trouve même avec cette faible luminosité. Il est l’heure de rentrer à l’auberge. C’est à ce moment où une chouette de Nouvelle-Zélande se laisse entendre, mais ne se laisse pas voir. « Déjà qu’il n’y a pas grand monde habituellement, souffle tout bas Flavien… Il n’y a pas un chat qui traîne à cette heure. » Il est minuit passé de quarante-cinq minutes quand « je retourne dans ma tente où j’y passe, mais sixième nuit consécutive ». À suivre…

  • Europol a lancé Eastwood contre NoName057(16)

    Europol a lancé Eastwood contre NoName057(16)

    Une opération conjointe au niveau international est lancée dès le 14 juillet 2025. La cible d’Europol n’est autre que le réseau cybercriminel NoName057(16). De très nombreuses autorités judiciaires sont intervenues dans les opérations simultanées. Une grande partie de l’infrastructure de ce groupe d’activistes pro-russes est désormais hors service. NoName057(16) est apparu en mars 2022. Les attaques cybernétiques de type DDoS visaient des sites WEB et des institutions outre-Atlantique et en Europe, comme en Suisse.

    Europol, à travers le communiqué, indique le déroulement de l’opération. La France, en septembre 2024, subissait les attaques dudit groupe. « Le centre régional Centre-Val-de-Loire, les sites de l’open data de Marseille et de Sortir à Marseille, la ville de Nice ainsi que la métropole de Nantes sont visés le lundi 2 septembre 2024 via des attaques par déni de service (DDoS). »

    Mandats d’arrêt émis

    De nouvelles personnes viennent de rentrer sur le tableau des personnes les plus recherchées en Europe. Les conséquences de l’opération Eastwood conduisent à la perturbation « d’une infrastructure d’attaque composée de plus de cent systèmes informatiques dans le monde entier tandis qu’une grande partie de l’infrastructure centrale de serveurs du groupe a été mise hors ligne. »

    Plusieurs pays ont émis des mandats d’arrêt. La Suisse, à travers le ministère public de la Confédération (MPC), a « étendu la procédure pénale à ces trois personnes et lancé un mandat d’arrêt à leur encontre […] ».

    La Suisse avait subi des attaques de type DDoS les 15 juin et 25 novembre 2023, en janvier 2024 et 2025 (World Economic Forum), mais également lors du concours Eurovision de la chanson, le 16 mai 2025. L’Espagne, via la Guardia Civil, arrête, il y a tout juste un an en juillet 2024, trois hacktivistes présumés.

    (Crédits : Capture d’écran/Eumostwanted)

    L’opération Eastwood conduit à deux arrestations, plusieurs mandats d’arrêt émis par l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne. Mais également vingt-quatre perquisitions, dont une en France. Une grande partie de l’infrastructure de NoName057(16) est mise hors ligne, avec la perturbation de 100 serveurs à travers le monde.

  • Une rencontre hors du temps (19/55)

    Une rencontre hors du temps (19/55)

    Plusieurs jours que le kiwi se joue de Flavien. Comme un jeu de pistes, un jour il laisse des traces sur le sable. Un autre, il pousse des cris étouffés par la faune. Le surlendemain, c’est un témoignage de rencontre avec un randonneur… Aujourd’hui c’est pour l’aventurier la dernière occasion de contempler, observer cet oiseau endémique. Le kiwi austral (Apteryx australis) tient son nom du terme māori kivi-kivi. Leur vue est médiocre, compensée par un odorat développé. Leurs narines sont situées d’ailleurs à l’extrémité de leur bec. Le kiwi reste caché le jour et sort à la nuit tombée.

    Flavien ne laisse aucune chance à l’imprévu. « Je me réveille à 6 h 30 », explique-t-il. « C’est ma dernière chance de le trouver », se résigne-t-il. La tente est pliée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. À 7 h 15, alors que tous émergent doucement, il trace la route du Rakiura Trek. « Ce qui ajoute 24 km à mes 56 km déjà parcourus… Ce n’est pas rien, mais le jeu en vaut la chandelle. » La météo est bonne, personne sur le chemin, c’est de bon augure, pense-t-il à voix haute.

    Quand le Kiwi apparaît

    « Ça bouge… » Le souffle se coupe, l’instant se fige, une goutte de sueur froide coule. « Ah mince, c’est un cerf de Virginie. Le troisième que je vois en quatre jours. » Flavien poursuit son chemin. Dans une descente interminable, un bruit déchire le silence. « Sur ma gauche ce bruit que j’ai entendu tout au long de mon trek. » Puis comme au cinéma, au détour d’une rue, la rencontre, presque le coup de foudre cinématographique. Cette fois, un kiwi aussi surpris que moi ne sait pas quoi faire et se fige. Aucun des deux ne bouge. « L’adrénaline monte d’un coup. Mon cœur bat comme rarement… »

    Flavien dégaine son appareil photo… L’objectif à plantes est fixé dessus… « Je fais avec », soupire-t-il en silence. « Pendant trente secondes, on se regarde dans le blanc des yeux. » Situé à moins de trois mètres, la rencontre est intense. « Quel animal ! Sorti de nulle part… Un vrai dinosaure. J’essaye de me rendre compte de ce moment… hors du temps. »

    Le kiwi cherche sa pitance, quelques invertébrés, et continue son chemin comme si de rien n’était. Flavien monte son téléobjectif. Au bruit produit par le kiwi, il le retrouve. « J’essaye de le suivre sans l’effrayer. » Dans ce silence assourdissant, le moindre pas crée un boucan d’enfer. « Ici une branche craque, là une fougère se frotte au pantalon. » C’est très compliqué de faire des photos dans cette végétation très dense où « je suis obligé de faire des détours pour éviter de me prendre les pieds dans des lianes ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après quinze minutes d’intenses émotions, Flavien lui jette un dernier regard… Comme un déchirement… « Je dis au revoir à l’unique kiwi que j’aurai vu de ma vie. » Emporté par l’émotion, « je ne sais plus où je suis à force de tourner, virer… » Bien entendu, « je n’ai ni mon sac ni ma boussole. » Il suit le sens de la pente pour recouvrer le sentier. « Je suis tellement heureux que je me congratule en serrant les poings à maintes reprises. »

    Une récompense bien méritée

    À cause de la très faible lumière, à cette heure dans ces forêts denses, les clichés ont un fort bruit. Compte tenu des nuits courtes à cette latitude, Stewart Island est l’unique lieu où l’on peut espérer faire une photo de jour du kiwi. « Quelle chance j’ai eue ! » Revenons les pieds sur terre. Il lui reste seulement 21 km avant de revenir au village. Flavien a la tête dans les nuages, car « je ne ressens plus le poids de mon sac » vissé sur ses épaules. Chemin faisant, le chemin est véritablement boueux. « Il est difficile de se frayer un passage sans y laisser la chaussure », constate Flavien.

    Les efforts donnent soif. Plusieurs arrêts nécessaires pour remplir sa précieuse gourde filtrante. « Ici, l’eau est maronnasse. Cela est dû à la forte concentration en tanin ; ça me rappelle l’île de Navarino où l’eau avait cette couleur à cause des nombreuses tourbières. »

    Aux alentours de 11 h 45, le naturaliste s’accorde une pause. « Je m’arrête sous un abri pour manger, et m’octroyer une sieste d’une petite demi-heure. » Une heure s’écoule quand il se met en chemin pour les 11 derniers kilomètres. La vue sur certaines plages vierges est magnifique, mais les 56 km des jours passés pèsent. « J’ai hâte d’arriver et de me poser… s’il reste une place. »

    Arrivé à 16 h 30, aucun lit n’est libre, mais une place subsiste pour sa tente. Installé, il s’empresse de me rendre à la supérette pour s’offrir, telle une récompense, une glace et des Oreo… De retour au camping, le summum du luxe : une douche. « C’est toujours aussi agréable de se sentir propre. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « À un fast-food, je commande un burger pour changer de la paella (lyophilisée) de ce midi. » Cette journée est placée sous l’ordinaire qui se transforme en luxe. À l’auberge, l’aventurier du bout du monde goûte au plaisir d’utiliser une machine à laver le linge, véritable et indispensable progrès de l’auberge. « Pour six dollars le lavage, et quatre pour le séchage… n’est rien à côté du plaisir d’avoir des vêtements qui sentent bon. » Depuis vingt-cinq jours maintenant, c’est une lessive à la main qu’effectue Flavien. La journée des cadeaux se poursuit. La soirée se clôture, dans sa tente, à donner des nouvelles, envoyer des messages enroulé dans son duvet. « Quelle journée ! Je m’en souviendrai toute ma vie… » À suivre…