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  • Cyberattaque : c’est à dire ? (1/2)

    Cyberattaque : c’est à dire ? (1/2)

    Depuis quelques années, le terme cyberattaque est devenu courant dans le langage. Les séries « Stalk », « Mr. Robot », « Person of interest » et films « WarGame », « Conversation secrète », « Ennemi d’État », « Westworld » et bien sûr « Snowden » ont démocratisé ces termes. Certaines affaires font la une des journaux lorsqu’un centre hospitalier, une entreprise ou des écoles sont l’objet d’une cyberattaque. Pour autant, savez-vous ce qu’est véritablement une attaque cybernétique ?

    Pas un seul jour sans que les titres de la presse informent de cyberattaques, principalement WEB. Quelques affaires documentées démontrent qu’elles ne sont pas l’apanage des seuls cybercriminels. Elles peuvent être aussi l’œuvre d’États. L’affaire des fuites de données de l’entreprise Adecco est d’ailleurs en procès depuis le 17 juin 2025 pour deux semaines. Mais commençons par le commencement, la définition. Une cyberattaque est une atteinte à des systèmes informatiques nommés systèmes d’information réalisée dans un but malveillant. Elle est comme l’hydre, elle a plusieurs visages.

    Du défacement au sabotage silencieux : anatomie d’une cybercriminalité polymorphe

    Le mythe du hacker solitaire, affublé d’un hoodie et d’une pizza à portée de main, appartient désormais au folklore. La cybercriminalité d’aujourd’hui est polymorphe, professionnelle et profondément ancrée dans les enjeux du monde contemporain. Elle cible aussi bien les individus que les multinationales, les hôpitaux que les États, dans une logique tantôt opportuniste, tantôt géopolitique, tantôt financière et parfois les trois ensemble.

    Trois grandes motivations dominent le paysage : atteinte à l’image, espionnage, et sabotage. À travers elles, c’est toute une cartographie des risques numériques qui se dessine, du symbole au système, de l’humiliation publique à l’effondrement fonctionnel. Le défacement est à la cybersécurité ce que le tag est à l’architecture : un geste de visibilité, parfois revendicatif, souvent symbolique. Il s’agit de modifier l’apparence d’un site web pour y afficher un message, une signature, une revendication.

    En 2023 encore, le collectif Anonymous a revendiqué des centaines d’actes de ce type, notamment contre des sites russes, en réaction à la guerre en Ukraine. Le message affiché est totalement clair : « vous n’êtes pas intouchables ».
    (Crédits : ASSY/Pixabay)

    Moins dangereux qu’un ransomware, le défacement est souvent perçu comme bénin. Mais il révèle une faille dans le système, et peut servir de précurseur à des attaques plus graves. En cybersécurité, la symbolique précède parfois l’opérationnel.

    Espionnage numérique, le vol silencieux

    Si le défacement hurle, car visible au demeurant, l’espionnage numérique murmure. Pas question d’abîmer ou de perturber, mais de voir sans être vu. Une fois infiltré dans le système, l’assaillant collecte des documents stratégiques, des courriels sensibles, des secrets industriels, sans altérer le fonctionnement visible de la cible : pas vu, pas pris.

    L’actualité brûlante au proche et Moyen-Orient ravivent des blessures jamais cicatrisées. La volonté d’empêcher l’Iran de posséder la bombe atomique ne date pas d’hier. C’est pour cela que l’un des cas les plus célèbres de cyberattaque est en forme de Matriochka. Un quatuor au service de ses concepteurs.

    Elle se compose de Stuxnet, Duqu, Flame et Gauss, connue sous le nom officieux de « Olympic Games ». Cette opération concertée aurait impliqué la NSA et les services israéliens avec l’unité 8200.

    D’abord Stuxnet en 2010 avec le sabotage des centrifugeuses de Natanz, via SCADA. En 2011, Duqu, c’est une collecte d’informations pour préparer de futures attaques. Flame en 2012, bien que lancée en 2006-2007 d’après Kaspersky Lab est de l’espionnage de masse, notamment de réseaux diplomatiques et scientifiques.
    Gauss partage certaines fonctionnalités de Flame, notamment les sous-programmes d’infection USB. C’est purement le ciblage bancaire et de la logistique financière dans les pays dits arabes. Plus précisément, des ordres d’interception des données provenant d’utilisateurs de banques israélienne, libanaise, palestinienne et syrienne.

    Enfin, l’acte chirurgical, voire l’opération au laser, s’effectue par miniFlame. Il est une backdoor ultra-ciblée utilisée comme module complémentaire à Flame, permettant un contrôle granulaire des machines infectées.

    (Crédits : Rafael Guajardo/Pexels)

    Les différentes composantes ont eu des cibles privilégiées écrit Kaspersky Lab. Flame s’intéressait en particulier à l’Égypte, l’Europe, l’Iran, Israël, le Liban, la Palestine, l’Arabie Saoudite, le Soudan, la Syrie et l’Ukraine ; Duqu visait la France, la Hongrie, l’Iran et le Soudan ; Gauss Israël, le Liban, la Palestine et la Syrie ; StuxNet l’Iran.

    Sabotage numérique, bloquer pour faire plier

    Parfois, l’objectif n’est ni l’image ni le renseignement, mais tout bonnement la paralysie. Le sabotage numérique vise à rendre un service inopérant, souvent via des attaques DDoS ou l’injection de ransomwares. Les impacts peuvent être directs : arrêt d’activité, pertes financières, mise en danger des utilisateurs. En 2021, l’hébergeur français OVH a subi l’une des attaques DDoS les plus puissantes jamais enregistrées — à l’époque —, culminant à 1 Tbit/s.

    En 2024, CloudFlare subit la plus grande attaque DDoS jamais enregistrée : « une attaque qui a atteint 5,6 térabits par seconde (Tb/s) et 666 millions de paquets par seconde à son pic. »

    L’attaque DDoS considérée comme le premier acte de cyberguerre ou warfare date de 2007, en Estonie. L’étincelle est issue de la relocalisation du « soldat de la bravoure de Tallinn », un monument de la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement russe était soupçonné d’en être l’instigateur. L’enquête s’est stoppée aux frontières de la Russie. Cet incident conduit à l’élaboration de lois internationales pour la cyberguerre.

    L’ampleur de l’attaque a rappelé que, dans le cyberespace, les infrastructures numériques peuvent s’effondrer aussi brutalement qu’un château de cartes, puis suit l’exfiltration de données. La fuite est invisible, mais les dégâts sont bien réels.

    Qu’est-ce qu’une attaque DDoS ?

    Rendre un dispositif indisponible pour ses utilisateurs en interrompant son fonctionnement normal. Elle est « distribuée », car elle provient de nombreuses sources. Comme une élève ou quinze professeurs lui parlent en même temps, il sature.

    Il existe l’attaque dite par débordement de tampon. C’est amener une entité à utiliser toutes les ressources disponibles de l’espace du disque dur, de la mémoire ou encore du CPU. L’attaque par inondation, est comme son nom l’indique saturer un serveur avec une quantité « huge » de paquets. Pour la réussite de cet acte malveillant, l’attaquant doit disposer d’une plus grande bande passante.

    Des attaques courantes sont : Smurf attack, Ping flood et Ping of Death. (Crédits : andreas160578/Pixabay)

    Les conséquences sont multiples : juridique, réputationnelle, financière, opérationnelle avec une désorganisation et un arrêt de production. Le Centre Hospitalier de Versailles, fin 2022, a vu ses services profondément désorganisés après une attaque mêlant exfiltration et chiffrement de fichiers. À suivre…

  • Contre mauvaise météo, bonnes fleurs (14/55)

    Contre mauvaise météo, bonnes fleurs (14/55)

    Cette journée aura été la plus engagée de l’expédition. Pour un lendemain de Noël avec un repas, que dis-je une journée gargantuesque, le clairon sonne le réveil à 6 h 30. Au menu, une ascension, celle de l’île subantarctique inhabitée de la Nouvelle-Zélande : l’île Campbell (Motu Ihupuku). Elle culmine à 569 m. Mais comme tous les lieux soumis à des règles strictes, les enfreindre vous expose à un rappel à l’ordre, une amende, voire plus. Le rappel à la loi ou à l’ordre ne se fait pas attendre, qui que l’on soit.

    À 7 h 30, avec six autres personnes, Flavien doit partir pour réaliser l’ascension, note-t-il entre guillemets, du sommet de l’île Campbell, à savoir le Mount Honey (569 m). Habitué à de bien plus hautes altitudes, mais comme il le note quelques jours auparavant, la moyenne d’âge des croisiéristes est élevée. Après le trajet en zodiac, huit individus débarquent au fond d’une baie perdue. Le groupe est encadré par Lindsay.

    Le partage d’une passion fleurit toujours

    Le lieu de l’accostage est peu profond pour le Zodiac. Le groupe des huit saute de l’embarcation pour continuer avec de l’eau jusqu’aux genoux pour rallier la côte. Mais les hôtes de l’île sont peu ou prou enclins à voir débarquer des visiteurs, car un lion de mer les intimidera. « Nous voilà partis. Au début, nous traversons des fourrés à Dracophyllum plus hauts que nous, faisant croire à une forêt », s’étonne Flavien. L’impression d’un instant s’efface à l’apparition des premiers dénivelés.

    Flavien, photo, fleur

    Ils retrouvent ces ligneux lors de la traversée des nombreux talwegs. Ces derniers constellent les pentes du Mount Honey. « Hier soir, j’ai croisé les doigts pour que les hauts de l’île ne soient pas couverts… Pas assez fort », confie-t-il.

    Dès 150 m d’altitude, la brume les entoure. Les paysages jusque-là magnifiques se remplissent d’une ambiance mystique. La sécurité est de mise. Les huit restent groupés dans ce brouillard qui occupe de plus en plus d’espace au fur et à mesure de la montée.

    « A snipe », crie Lindsay. C’est une bécasse, endémique, que beaucoup d’entre nous espèrent voir, traduit l’aventurier du bout du monde. Quelques pas supplémentaires, et les premiers nids d’albatros royaux se découvrent aux yeux ébahis. « Incroyable », ponctue-t-il ! « Je n’avais pas vu, d’aussi près, des oiseaux d’une telle taille depuis les albatros d’Amsterdam en décembre 2022. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien grimpe, le regard vissé au sol, si bien que « me voilà à quatre pattes tout du long à essayer sans arrêt de rattraper le groupe compte tenu des innombrables espèces végétales qui s’offrent à moi ». Flavien trouve la renoncule tant recherchée, mais non fleurie. Il arbore une moue de désillusion. Voyant sa déception, tous se plient en quatre pour trouver cette espèce. « Arrivés dans une zone où toutes les renoncules étaient fleuries, je ne cesse d’entendre mon prénom, ici et là, résonner. Tous sont heureux de l’avoir trouvé », s’émeut-il devant tant de gentillesse.

    Dites-le avec des fleurs

    Le brouillard est si intense et dense que la visibilité se réduit comme peau de chagrin. « N’ayant pas grand-chose d’autre à voir, compte tenu du brouillard, tout le monde se met à chercher des plantes. » Espèces auxquelles aucun de porte attention habituellement. Comme un gosse dans un magasin de bonbons, avec autant d’espèces trouvées, dont une foule de mégaherbes, « je suis heureux de les voir se pencher sur les plantes, mission de partage réussie ! »

    Le guide — en outre très sympa — est content de cette émulsion autour des plantes, compte tenu du brouillard qui bloque la visibilité à 10 m, si ce n’est moins, ajuste Flavien. Arrivés au sommet, ils accélèrent le pas. « L’humidité, le vent, nous offrent un ressenti glacial. Nos barbes, pour ceux qui en ont comme nos sourcils, plient sous les gouttes attachées. » La température aux pieds du mont affiche 8 °C sous abri. Tandis qu’à cette altitude « on doit facilement diviser la température de moitié ».

    Voici l’explication d’une végétation aussi rase ici. « Je retrouve les fellfields déjà vues sur les sommets des autres îles subantarctiques visitées. » Nous redescendons de l’autre côté, côté nord. Une pause pique-nique sous un rocher, avant de poursuivre. « Encore une fois, nous ne traînons pas. » La couche de nuage traversée, ils apprécient une vue imprenable sur Persévérance Harbour et le bateau d’apparence minuscule dans la baie. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Cabane, réserve, campbell

    Ayant déjà vu Cardamine subcarnosa et Abrotanella rosulata dans la montée, la descente m’offre la première Gentianella antarctica, se réjouit-il. « Je crois avoir vu les trois espèces strictement endémiques de l’île. Si je n’ai pas été chanceux avec la météo, je l’ai été ailleurs. » Il est tout juste 13 h 30 à la montre de Flavien. « Cela fait six heures que nous marchons », compte-t-il. C’est à ce moment qu’il est proposé de faire la rando du Col Lyall, de l’autre côté de la baie. « Arrivés au pied du Mount Honey, le zodiac vient nous chercher pour nous emmener de l’autre côté. »

    On ne badine pas avec les règles

    Libres de déambuler, mais ils croisent sans cesse d’autres personnes. Ce n’est pas le même style de rando, pense Flavien à voix haute. Il emprunte un platelage de bois durant plusieurs kilomètres jusqu’à une zone où nichent de nouveaux albatros royaux. « Les nuages ne sont pas de la partie à cette altitude plus modeste de 250 m. Les paysages sont incroyables, comme imaginés », raconte le baroudeur, tandis qu’il continue jusqu’à l’extrémité du sentier où sont censés fleurir des hectares de mégaherbes.

    Flavien, nature, immensité

    Toujours suivre ces intuitions, confie le sage. Ce n’est pas une année favorable à la floraison des mégaherbes. Un guide luis indique n’avoir jamais vu aussi peu de floraisons chez ces plantes. « Quelle déception », appuie-t-il. Frustré, Flavien cherche les quelques pieds fleuris pour essayer d’en sortir quelque chose en photos. « Je sors du chemin sur 10 m. Mauvaise idée ! »

    La représentante de l’Etat (DOC) le voit. Un avis de tempête est annoncé. « Elle me passe une soufflante. Qu’est-ce que c’est chiant, ces règles ! Je suis à l’autre bout du monde, dans l’une des îles les plus inaccessibles, et je n’ai pas le droit de dévier du platelage, alors que l’on a fait du hors-piste toute la matinée. » Mais tout n’est pas perdu, il a réussi sa photo. Flavien file vers l’ancienne station météo pour prendre le zodiac… qui, après dix heures de marche et plus de 1000 photos le ramène au bateau. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Une journée qui se termine sur une apothéose. « L’occasion de voir la Sarcelle de Campbell, un canard qui a perdu la capacité de vol, le pied ! » Flavien est exténué, quand, il monte à bord de l’Heritage Adventurer. Le cerveau en surchauffe par la masse d’informations intégrées aujourd’hui. « Avant le repas, et après avoir bio-sécurisé nos vêtements pour demain, nous longerons la pointe nord de l’île pour contempler l’unique, mais énorme, colonie d’albatros de Campbell. » Les falaises impressionnantes laissent admirer les nombreux dykes et colonnes basaltiques. Il est 21 h 30, quand exténué, Flavien se glisse sous la couette, les yeux gonflés par le marchand de sable. À suivre…

  • Flame, le virus fantôme

    Flame, le virus fantôme

    En mai 2012, les experts de Kaspersky, le laboratoire de cybersécurité basé à Moscou, annoncent une découverte qui fait date : un programme-espion d’une complexité inédite rôde sur les réseaux du Proche-Orient. Son nom : « Flame ». Les recherches indiquent que plus de 1 000 machines sont identifiées comme infectées. Les systèmes d’information appartiennent à des pays savamment ciblés. L’Iran, en fer de lance, mais aussi le Liban, la Syrie, le Soudan ou encore les Territoires palestiniens.

    Rapidement, la presse spécialisée évoque une campagne d’espionnage à grande échelle — un projet hautement stratégique, silencieux et méticuleusement ciblé. Il n’est pas comme Stormous qui revendique une cyberattaque contre les systèmes de l’Éducation nationale. Flame n’est pas un ransomware ni un ver destructeur. Il n’efface rien, ne bloque rien, mais il observe, collecte, intercepte. Une opération de renseignement cybernétique, probablement conçue pour durer dans le temps, à l’insu de ses victimes.

    Aux origines du cyberespionnage d’État

    Ce qui frappe immédiatement les analystes, c’est la richesse fonctionnelle du programme malveillant. Il est tout sauf un simple, déjà par son poids de 20 Mo. Il s’apparente plus à une plateforme d’espionnage modulaire. Ses opérateurs peuvent l’adapter en fonction des cibles et des besoins. « Il est beaucoup plus difficile de pénétrer un réseau, d’en apprendre plus à son sujet, d’y résider pour toujours et d’en extraire des informations sans être détecté que d’entrer et de se piquer à l’intérieur du réseau, causant des dommages », déclare en 2012 Michael V. Hayden, un ancien directeur de la NSA et directeur de la CIA ayant quitté ses fonctions trois ans plus tôt.

    Flamme, feu, chaleur

    Parmi ses fonctionnalités : l’interception des e-mails et des documents de type Word, Excel, PDF ; l’enregistrement des conversations audio, via l’activation du micro ; des captures d’écran régulières, lors de l’usage de logiciels spécifiques ; l’analyse du trafic réseau et des connexions Bluetooth ; et l’extraction furtive des données vers des serveurs distants.

    Le tout dans un code d’une taille peu ordinaire. Il représente près de 20 mégaoctets, soit dix à vingt fois plus qu’un malware classique en 2012. Cerise sur le gâteau, il est capable de se mettre à jour à distance, de s’auto-effacer, sans oublier le principal : échapper à la détection des antivirus traditionnels. Il dépeint, en 2012, le summum de l’ingénierie logicielle appliquée à l’espionnage. (Crédits : Miriam Espacio/Pexels)

    Comme Stuxnet, pas besoin de test de paternité pour émettre des soupçons précis et vraisemblables. Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un outil conçu par un État ou un groupement interétatique. Pour étayer ces propos, les experts en rétro-ingénierie, entre autres, s’appuient sur la sophistication du code, la durée de développement supposée, la précision géopolitique du ciblage. Devant autant d’indices convergents, aucun doute. Un magistrat construit un faisceau d’indices. Ce dernier est un ensemble d’indices qui, par leur convergence, permettent de prouver un fait juridique ou un acte juridique.

    Une signature discrète mais révélatrice

    Une proximité avérée avec Stuxnet, le ver informatique qui a frappé les centrifugeuses nucléaires iraniennes en 2010. Certaines parties de code semblent partagées ou s’inspirent des mêmes bibliothèques. Un autre membre de la famille apparaît également : Duqu. Ce dernier est considéré pour avoir été créé par l’unité israélienne 8200. « L’unité 8200 est probablement la meilleure agence de renseignement technique au monde et se situe au même niveau que la NSA à tout point de vue, sauf l’échelle », explique Peter Roberts, chercheur principal au Royal United Services Institute de Grande-Bretagne.

    Bien entendu, aucune preuve formelle ne confirme ces allégations. Des enquêtes journalistiques, comme les « Pandora papers », les « Panama papers » et des rapports de cybersécurité, affirment que Flame s’inscrit dans l’identique lignée que Stuxnet, connu sous le nom d’« Olympic Games ».

    C’est un tournant, au moins pour le grand public. Il s’agit alors d’un outil digne de la guerre froide numérique. Très utile à des fins de collecte à grande échelle, sur le long terme, dans des zones de tension diplomatique.

    Le niveau est monté d’un cran. La logique n’est plus de punir ou d’extorquer, mais de savoir avant tout le monde. Pour anticiper les mouvements, cartographier les réseaux décisionnels, scientifiques ou militaires. (Crédits : Kevin Ku/Pexels)

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    Les militaires habitués aux codes de la Guerre voient une évolution drastique. Plus un bruit, pas de fumée, aucun champ de bataille visible. Flame déclare un changement de paradigme. Dans le cyberespace, la guerre n’est plus annoncée. Elle est diffuse et permanente, méthodique et chirurgicale. Les règles classiques de souveraineté et du droit international peinent à s’y appliquer. Le cyberespace devient un terrain de manœuvre parallèle, peuplé d’outils invisibles et de fronts mouvants.

    Héritage et enseignements


    Plus de dix années après sa découverte, il continue d’occuper une place particulière dans la mémoire. Il contribue à dévoiler au grand public l’existence d’une cyberactivité étatique soutenue, financée et technologiquement avancée. Il montre ou démontre que les États, eux aussi, pouvaient être acteurs — voire pionniers — d’un certain niveau de « piratage ».

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    Depuis, d’autres campagnes ont été révélées : Equation Group, Shadow Brokers, Pegasus… D’ailleurs, dans le cadre de l’enquête qui concerne les données recueillies, via Pegasus, par le consortium de journalistes, onze États sont pointés du doigt. Le Maroc, le Mexique, l’Arabie saoudite, l’Inde, l’Indonésie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Togo et le Rwanda. En Europe, seule la Hongrie est visée par l’enquête.

    Depuis, une accélération de la militarisation du cyberespace et une prise de conscience mondiale des vulnérabilités systémiques qui nous entourent. Quoique sur la prise de conscience de vulnérabilité, il subsiste des doutes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Flame n’est pas une simple concaténation de lignes de code. C’est un prélude à une ère nouvelle, une ébauche d’une société différente, où la cyberguerre n’est plus une hypothèse, mais une composante bien réelle des relations internationales. Les fuites successives et massives de data, la propagande, les communications tronquées, les diversions font partie d’un tout. Le programme malveillant Flame permet d’effectuer un retour vers le passé pour envisager un futur, qui se vit au présent.

  • Flavien se remplume (13/55)

    Flavien se remplume (13/55)

    En ce jour de réveillon en métropole, Flavien se lève à tout juste 7 h. La journée commence par une routine agréable : le petit déjeuner. Moment qui est plus rare lorsque vous ouvrez votre toile de tente, en plein milieu de nulle part. Flavien en profite pour se remplumer au vu des prochaines étapes. L’objet du jour est la visite d’une baie, tout au fond de l’endroit où il mouille depuis hier soir. Ce matin, la mer est formée. Heureusement, moins de deux heures après le petit déjeuner, ils déboulent à Sandy Beach.

    À 8 h 30, tous montent à bord des zodiacs pour se rendre au fond de la baie dans laquelle ils sont amarrés depuis la veille. « Il s’en est fallu de peu pour que l’on ne puisse pas débarquer , raconte Flavien. Sur la plage, la faune est partout, des milliers de manchots royaux et de gorfous de Schlegel m’entourent, sans parler des éléphants de mer. » L’aventurier du bout du monde photographie tout ce beau monde pendant plus d’une heure avant d’emprunter la passerelle aménagée pour mener à la colonie de gorfous de Schlegel.

    Gargantua n’a qu’à bien se tenir

    Malheureusement, elle est fermée à mi-chemin. Car les pétrels géants, espèce extrêmement sensible au dérangement, y nichent. « Ce sera tout de même l’occasion de photographier de magnifiques tapis de Pleurophyllum hookeri, dont trois pieds sont fleuris », se rassure Flavien. Il cherche en vain quelques insectes. Ces aptères sont timides, à moins que le froid ne freine les ardeurs de chacun. Accaparé par les mégafaunes qui l’entourent, il est surpris quant à l’arrivée des Zodiacs, deux heures plus tard. « Déjà ? Je n’ai pas vu le temps passer », appuie Flavien.

    La température fraîche ce matin a frigorifié plus d’un explorateur. De retour à bord, Flavien s’offre un moment pour se réchauffer. « À ne pas bouger sous ce ressenti inférieur à zéro, qui plus est en se faisant rincer sur le zodiac, je n’ai vraiment pas chaud, malgré les cinq couches enfilées. »

    Le corps mis à rude épreuve, rien de tel qu’une légère sieste pour reprendre des forces et de la chaleur, avant le repas de midi. Cet après-midi, ils retournent tous à terre pour une nouvelle heure sur cette plage, ils font durer le plaisir, pense Flavien. « L’équipage, dont je ne parle pas assez, est très sympa ! Les repas… Je n’en parle même pas… Une tuerie… Ça tombe bien, trop léger à mon départ, je vais prendre un peu de gras pour la suite de mon trip. » Une fois sur la plage, la brume matinale s’étant estompée, Flavien se métamorphose encore en paparazzi. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Plante, faune, Pleurophyllum hookeri

    C’est entre 17 et 18 h que le bateau lève l’ancre. « Je récupère les enveloppes et cartes postales transmises pour qu’elles soient tamponnées sur Macquarie. Quel plaisir de découvrir cet estampillage, se réjouit-il ! Il est temps de faire mes adieux à cette île que je ne reverrai sûrement jamais, celle à la géologie si particulière, la seule à s’être formée sur la croûte océanique. » Durant le débriefing, le programme de la journée de mer de demain est dévoilé. « Elle est bien entendu dédiée à Noël, des repas à volonté s’annoncent, se languit Flavien. Puis un monsieur expérimenté nous présentera sa quête des manchots. Il a observé toutes les espèces dans sa vie. »

    Un autre Noël… Loin des siens

    Tel un habitué, Flavien feuillette les livres et documentations à la bibliothèque et teste le Wi-Fi pour le réveillon de demain. « Il faut payer 25 NZD pour la Wi-Fi. » Ce que refuse Flavien, mais la rumeur indique qu’il est possible de se connecter au Wi-Fi de l’équipage. Ils accèdent seulement à WhatsApp. « Chose faite ! Je le laisse allumé quelques minutes chaque jour, en cas d’urgence familiale. »

    Flavien, plage, Gorfous

    Jusqu’à ce soir, Flavien n’a envoyé aucun message depuis qu’il est en pleine mer. « Cap sur Campbell Island, la Mecque des mégaherbes », se réjouit-il en allant se faxer sous sa couette. Le lendemain, jour du réveillon de Noël, l’Heritage Adventurer se pare d’une ambiance particulière. Surtout lorsque l’on se trouve seul en ce jour, sans un membre de sa famille, comme Flavien.

    La mélancolie le touche, ses yeux observent les croisiéristes, contemplent la joie qu’il partage avec pudeur. La journée alterne entre gourmandise culinaire et bibliothèque. « Ce matin, nous prenons un gros lunch qui remplace le petit déjeuner et le repas du midi. Ils mettent les petits plats dans les grands. » En début d’après-midi, ayant, pour une fois, du temps libre, « je monte écrire mes cartes à la bibliothèque. » Sauf que le besoin de réconfort et d’échanges lui procure des idées, enfin surtout une. « L’idée m’est venue d’allumer WhatsApp. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les deux heures censées être consacrées à l’écriture se passent à échanger par messages. Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe. Puis à 17 h, tous sont de retour à table. « Nous attaquons le second repas, qui dure deux trois heures avant la soirée à jouer. Un jeu de questions placé sous le signe de l’humour. » En ce jour, comme si l’océan avait décidé d’épargner les plus fragiles. L’océan est incroyablement calme pour ces latitudes, constate silencieusement Flavien. Le soir venu, il s’attelle à l’écriture de ses cartes postales. « J’en écris six, c’est pas si mal, vu comment c’était parti », s’amuse Flavien qui a recouvré le moral suite aux échanges par messages. À suivre…

  • Accès suspendu à Pornhub, et après…

    Accès suspendu à Pornhub, et après…

    Depuis le milieu de l’après-midi du mercredi 4 juin 2025, certains sites WEB proposant du contenu pornographique sont suspendus. YouPorn, RedTube et Pornhub de l’éditeur Aylo ne sont plus « accessibles » en France. L’un engage la liberté, l’autre la protection des mineurs. « S’ils ne veulent pas protéger nos enfants, alors qu’ils s’en aillent. C’est inacceptable, ce coup de pression qu’ils nous mettent », répond Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du numérique.

    « À partir du 4 juin, nous suspendons l’accès à notre site Internet en France pour s’adresser à vous, nos usagers adultes français ! », écrit Aylo, éditeur de trois sites pornographiques (YouPorn, RedTube et Pornhub). Suite au blocage des sites pornos accessibles aux mineurs, la ministre se targue en affirmant que : « comme un videur en boîte de nuit, il nous faut aujourd’hui une vérification d’âge. » Peut-on encore protéger efficacement les mineurs sur le web, avec en permanence leur smartphone, quand la technologie évolue plus vite que la loi et que les adolescents en maîtrisent déjà tous les codes ?

    La bataille est engagée

    Cette interrogation, que partagent de nombreux parents, enseignants comme juristes, révèle la complexité d’un monde numérique en mutation constante. Les jeunes savent déjà contourner les filtres, créer des comptes anonymes, utiliser des VPN, change de serveur DNS et bien d’autres astuces encore. Face à cela, les lois, souvent lentes à être votées puis appliquées, peinent à suivre dans le WEB 2.0.

    Les internautes français découvrent désormais une page d’accueil vide, car ils sont inaccessibles depuis le territoire. Enfin, pas tout à fait vide, une illustration évoquant le tableau d’Eugène Delacroix « La Liberté guidant le peuple » est proposée avec un texte. La cause ? Une loi française exigeant des sites pornographiques une vérification d’âge plus stricte, destinée à bloquer l’accès des mineurs.

    Sur le papier, l’intention est noble. Éviter que nos enfants, parfois dès 11 ou 12 ans, ne tombent sur des contenus explicites. Les contenus proposés, qui mettent en scène des acteurs et actrices, sont de la fiction, qui peut être souvent violents ou dégradants. La réaction d’Aylo en dit long : elle préfère se retirer que se soumettre à des obligations jugées « dangereuses pour la vie privée » et « techniquement inefficaces ». (Crédits : Pavel Danilyuk/Pexels)

    L’Arcom affiche des statistiques sur un rapport de mai 2023 : dès 12 ans, plus de la moitié des garçons se rendent sur des sites adultes en moyenne chaque mois (12-13 ans, 51 % de garçons, 31 % de filles). « Je refuse que nos enfants grandissent avec la pornographie », assure la ministre. L’étude porte sur 14 111 sites recensés par Médiamétrie, dont 179 sites disposent d’une audience significative, soit plus de 50 panélistes. En précisant que les plateformes de partage de vidéos ou les réseaux sociaux ne sont pas prises en compte.

    Pornographie cs Réalité

    La fiction cinématographique suit l’évolution de la société. Par des expériences neurobiologiques, en faisant visionner des images pornographiques à des mineurs avec des capteurs sur le cerveau, vous observerez des réactions neurobiologiques apparentes sont les mêmes que dans un trauma, explique Marie Estelle Dupont, psychologue clinicienne.

    Quand tout un chacun visionne vidéos et images, les neurones miroirs entrent en jeu. L’apprentissage par répétition produit des traces mnésiques. Nommée aussi « engramme », elle est une modification durable du cerveau résultant de l’encodage d’une nouvelle information. L’apprentissage s’effectue par l’encodage, la consolidation, le stockage et le rappel. Lorsqu’une expérience, un fait ou une compétence est appris, le cerveau ne se contente pas de stocker cette information de manière statique.

    Ce concept fondamental amène à comprendre comment notre cerveau encode, conserve et rappelle les informations. Chaque souvenir, chaque compétence apprise laisse une empreinte durable dans notre cerveau, façonnant notre capacité à naviguer dans le monde.

    « Quand vous aimez le tennis et que vous regardez Roger Federer jouer au tennis, vos neurones miroirs vont faire progresser les schémas moteur. Mais quand vous regardez une scène de crime, une scène de viol, une scène de torture, vous avez des traces mnésiques », explique Marie Estelle Dupont.

    Pour prendre du recul, l’expérience est vitale. Le mineur n’a pas la maturité pour cela. Ce qui explique « quand on fait des enquêtes, il y a 46 % des jeunes qui nous disent qu’ils ont des pratiques violentes. 97 % du temps, c’est des garçons vers les filles, évidemment, puisque dans le porno, on retourne à quelque chose de très archaïque, où, en fait, ce n’est pas la dimension du plaisir qui compte, c’est la dimension de la domination et de la destructivité », martèle Marie-Estelle Dupont. (Crédits : Liza Summer/Pexels)

    Sur les réseaux, de nombreuses vidéos évoquent un chiffre, prônant la quantité à la qualité : le « bodycount ». Ce dernier prône la qualité des personnes. Comme par hasard, une fille qui aurait, selon les suppositions perdrait de sa « valeur » selon certains « influenceurs ». Les mêmes garçons qui ont été biberonnés à la pornographie débridée, où, quand ils émettent une onde cérébrale, pensent que les fictions pornographiques sont la réalité. « Maintenant, il y a une notion de réputation sexuelle où, si les filles ne se soumettent pas à très jeune à certaines pratiques, elles ont peur d’être harcelées et qu’il y ait un espèce d’effet de délation de celles qui ne veulent pas. »

    Temps juridique vs Adolescents

    L’étude de l’Arcom détermine que 57,5 % des garçons de 12 à 17 ans consultent des sites à caractère pornographique, contre 27,25 % des filles du même âge. Pour de nombreuses personnes, cette loi est une avancée essentielle. La bataille entre les législateurs et les adolescents ressemble à un jeu de chat et de souris… sauf que la souris court à la vitesse de la fibre, et le chat s’embourbe dans les procédures parlementaires. La loi française du 30 juillet 2020, comme celle en cours au Royaume-Uni (Online Safety Act, votée en 2023), et la loi étasunienne Senate Bill 287, plus connue sous « S.B. 287 », imposent donc un contrôle renforcé.

    Il est nécessaire de prouver son identité par différents moyens (carte bancaire, reconnaissance faciale…), autant d’outils pour s’assurer que l’internaute est majeur.

    En France, la loi produit ses premiers effets. Côté britannique, elle entrera pleinement en vigueur dans un mois, avec des obligations de « robust age assurance » pour les plateformes. Mais là encore, le rythme reste lent face à la créativité numérique des adolescents. Pendant ce temps, les États-Unis avancent en ordre dispersé. La Californie indique que toute application qui ne limite pas ses contenus nocifs aux mineurs peut être poursuivie en justice. L’approche plus dissuasive que protectrice ne garantit pas non plus une application uniforme à l’échelle fédérale. Partout, les États tâtonnent, contraints de réécrire des lois dans un monde où les ados ont déjà changé de plateforme, de langage et d’algorithmes. Le temps juridique est un temps long, le leur est instantané. (Crédits : Kindel Media/Pexels)

    Finalement, on peut bien légiférer, filtrer, surveiller… Mais peut-on vraiment protéger efficacement les mineurs dans un univers qu’ils comprennent mieux que nous ? Quand la technologie galope, que les codes se déverrouillent à douze ans, et que la loi, elle, marche encore à pas d’escargot ? Cette question, chaque parent se la pose. Mais c’est une question d’éducation. Le comportement, les attitudes, le savoir-vivre sont l’apanage des parents ou de l’État ? Logiquement, l’État produit des enseignements et les parents éduquent leurs enfants. Il est temps de remettre l’église au milieu du village, en affrontant avec lucidité et humilité : nous ne dresserons pas de murailles numériques solides si nous oublions de parler, d’écouter et de transmettre.

  • Au sein d’un autre monde (12/55)

    Au sein d’un autre monde (12/55)

    Les expériences acquises par Flavien s’accumulent. Imaginez-vous en plein milieu de l’océan Austral. Votre bateau navigue suivant un roulis qui désormais vous berce. Puis un bruit vous sort de votre torpeur, de vos rêves. Un bruit si familier que vous vous éveillez à la vitesse d’un escargot. Comme lorsque vous êtes dans vos pénates. Vous êtes reposé, votre nuit s’est bien passée, jusqu’au moment où vous regardez l’heure sur votre montre. Horreur, malheur, vous êtes en retard.

    Flavien est réveillé à 8 h par le bruit d’un aspirateur. « Je vais pouvoir prendre mon petit-déjeuner aujourd’hui », se réjouit-il. L’aventurier se lève, encore engourdi de sommeil. Le plancher grince sous son pied nu, l’humidité, le froid. Flavien baisse les yeux, de l’eau. Pas une flaque, mais un véritable dégât des eaux en plein océan. « Je comprends mieux l’aspirateur. C’est alors le branle-bas de combat. » Le trio change alors de cabine, direction le pont n° 6, trois étages au-dessus. Quelques affaires, dont ses gants posés hier soir au sol, partent au séchoir.

    Une journée à peine croyable

    La chambrée déménagée, « je me rends compte que l’odeur que j’évoquais hier soir aura été un problème vite résolu… » Flavien, amariné, constate judicieusement que plus on monte dans en bateau, plus le roulis se ressent, tout en ayant une pensée pour son colocataire canadien. Les croisiéristes prennent, à 10 h 45, les zodiacs pour débarquer sur l’île Macquarie. Ses affaires biosécurisées prêtes, il profite de l’attente pour déambuler sur les ponts. « Je prends mes premières photos de l’île qui semble surgir d’un autre monde. Celle dont j’entends parler depuis tant d’années. » C’est également l’occasion de photographier pour la première fois, en mer, le gorfou de Schlegel, l’espèce emblématique de l’île, endémique stricte, ajoute-t-il.

    Macquarie, phare, voyage

    À côté de la base scientifique, « nous mettons pied à terre, ou plutôt à sable, vers 11 h 10 », sourit Flavien, déjà accaparé à prendre des clichés. Il ne résiste pas face aux milliers de manchots, d’éléphants de mer affalés sur la plage, dont l’odeur lui a presque manqué. En tant que « True Young Explorer », il aide les guides à maintenir le groupe entier pour éviter l’inertie de groupe. Elle se définit par « sa tendance à conserver habitudes et modes de fonctionnement, même lorsque des changements pourraient lui être bénéfiques. »

    « Accaparé par ce qui m’entoure, je ne sais pas si j’ai réussi ma mission », s’interroge-t-il. Alors que de nouvelles espèces, comme Poa foliosa et Stilbocarpa polaris, s’offrent à lui. « Je rencontre l’un des hivernants qui m’interpellent en voyant mon bonnet où est noté Astrolabe. » Ce brise-glace français navigue au large d’Amsterdam en 2022, à qui Flavien commande le fameux bonnet.

    Ce dernier est venu ici quelques semaines plus tôt pour débarquer neuf Australiens. « Car oui, cette île est australienne. Mon passeport est donc censé être descendu pour être tamponné, comme quelques lettres que j’aie demandé à être tamponnée hier, explique l’aventurier. La première fois que je pose pied en Australie sera donc ici, original ! »

    Les deux hommes échangent des bribes de conversation sur leur expérience similaire. Les croisiéristes sont censés avoir reculé de deux heures leurs montres, ayant changé de fuseau horaire. « Mais pour un côté pratique, tout le bateau sera resté à l’heure néo-zélandaise. Le réveil a dû être matinal pour les hivernants. »

    (Crédits : Janrey Artus/Pexels)

    La marche se poursuit. Le groupe monte sur un promontoire aménagé pour avoir la vue sur l’isthme, la pointe nord de l’île, où est implantée la base dans laquelle ils ne peuvent se rendre. « Nous ne sommes pas libres de nos mouvements. Nous devons rester sur les sentiers, mais pour les deux heures passées à terre, il y a déjà de quoi s’émerveiller. » En redescendant par une autre plage bondée de manchots et d’éléphants de mer, Flavien observe les insectes, mais n’en trouve aucun qui a perdu ses ailes. « Demain est ma dernière chance », soupire-t-il. Après quelques centaines de photos, le groupe se rend aux Zodiacs, cap sur la salle à manger. Il est bientôt 14 h. « La faim se fait sentir, à croire que je m’habituerais au confort », s’amuse Flavien de cette pensée.

    À table, moussaillons !

    À peine l’entrée entamée que le bateau met le cap plein sud, par la côte ouest. Selon les plus anciens, ce n’est que la troisième fois que cela arrive. Habituellement, les vents viennent de l’ouest, compte tenu du courant circumpolaire antarctique, mais pas aujourd’hui, alors l’Heritage Adventurer en profite. « Depuis ma chaise, une orque se produit en spectacle à quelques centaines de mètres, à bâbord. » Sustenté, il grimpe sur les ponts pour immortaliser le moment, et contempler les nombreuses colonies de gorfous de Schlegel tout au long des 30 km de la côte ouest.

    De surprise en surprise, la météo se maintient au beau fixe, enfin presque. « Il ne pleut pas. Le soleil fait même quelques rares intrusions, sur cette île où il pleut 310 jours par an, quelle chance ! »

    Les sommets de l’île culminent à plus de 200 mètres d’altitude. Ils sont restés la tête dans les nuages tout au long de la journée. « Comme très souvent aux dires des locaux. »

    Arrivé à la pointe sud, le capitaine manœuvre pour que l’on puisse apercevoir au mieux la plus grande colonie de manchots au monde. « Plus de 600 000 gorfous nichent ici, difficile à imaginer », admet Flavien. Quelques miles plus loin, le pacha œuvre pour permettre aux croisiéristes d’assister à une chasse d’orques. Puis une dernière, pour admirer l’une des plus grandes colonies de manchots royaux qui puisse exister, avec plus de 250 000 individus. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Proue, brume, mer

    « Ce gros bateau s’approche étonnamment de la côte. Je n’ai jamais vu ça », s’étonne-t-il. Sur ses photos, Flavien a l’impression d’être dans la colonie, ou presque. Le navire qui a ralenti sa vitesse se positionne à Sandy Bay pour y passer la nuit ancrée. « C’est là que nous devrions passer la journée de demain. »

    Un programme alléchant

    L’ensemble des croisiéristes assiste au briefing concernant la journée à venir. Mais un autre programme tient en haleine l’ensemble des personnes sur le bateau. Le barbecue dont tout l’équipage nous parle depuis hier. « Sur le pont numéro 6, avec une vue sur des milliers de manchots, sous une température de 4 °C au ressenti bien inférieur à 0 °C et avec une playlist de Noël… nous mangeons un barbecue. C’est un moment intemporel dont je me souviendrai longtemps », souffle-t-il, et pourtant ce n’est pas son premier sur un bateau.

    Barbecue, bateau, crustacés

    Il y a quelques années maintenant, à son retour de l’île d’Amsterdam, un barbecue avait déjà été réalisé. À la différence que cette fois-ci « nous étions en tee-shirt sous des latitudes subtropicales avec vue sur les lumières des villes réunionnaises ». Deux salles, deux ambiances, à vrai dire. Flavien, devenant un rat de bibliothèque, termine sa soirée au chaud. « Je me rends à la bibliothèque pour tenter d’identifier les invertébrés photographiés aujourd’hui. »

    Après plusieurs pages tournées, une très bonne nouvelle apparaît. Au moins l’un d’entre eux, un diptère, serait endémique. Profitant de chaque instant, Flavien s’offre un bol d’air iodé à la saveur particulière du sud de l’Australie. Il observe trois orques, un adulte et deux jeunes, qui semblent chasser dans le fond de la baie, très brumeuse.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Comme à son habitude, il use de chaque seconde qui lui est octroyée pour contempler ce que ses yeux voient. « Ce soir, à 23 h 09 précise, il fait encore bien jour compte tenu de la latitude (54,567690° S) et du non-changement d’heure, ou plutôt de notre déplacement vers l’ouest du globe, précise Flavien. Quelle journée ! Demain s’annonce tout aussi incroyable si la météo tient ses promesses. » À suivre…

  • Akira, ransomware aux allures rétro

    Akira, ransomware aux allures rétro

    Sorti de nulle part ou presque au printemps 2023, le rançongiciel Akira truste les places de choix chez les ransomware. Les victimes, au nombre de 808, se trouvent en particulier aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, au Royaume-Uni et au Brésil pour la moitié. Il a depuis plus d’une année gravi des échelons en qualité de Ransomware-as-a-Service (RaaS). Selon Recorded Future, il est l’un des plus actifs et persistants. De très nombreuses victimes dont certaines ne se relèvent pas, et mettent la clé sous la porte.

    Depuis son apparition en mars 2023, le ransomware Akira s’est imposé comme une menace de premier plan dans le paysage cybercriminel. Contrairement à son nom évoquant un manga culte et à son interface néo-rétro, Akira n’a rien d’un jeu. Il s’agit d’un ransomware opérant selon le modèle du RaaS : une plateforme mise à disposition de cybercriminels affiliés, qui partagent les rançons avec les développeurs du code malveillant.

    Une menace persistante au design trompeur

    Akira se distingue par sa stratégie de double extorsion. Ainsi, avant le chiffrement, il exfiltre des données tout en menaçant de les publier si la victime refuse de payer la rançon. Cette méthode décuple la pression psychologique sur les entreprises et organisations ciblées. Des soupçons appuyés notent des liens avec le groupe Conti dissous en 2022. Des migrations d’anciens affidés de BlackBasta provoquent l’explosion de la franchise. Akira présente des similitudes avec le ransomware Conti v2. A minima, les concepteurs d’Akira ont été au moins inspirés par les sources de Conti divulguées.

    Écran, Akira, ransomware

    En juin 2023, Avast Threat Labs indique la liste des exclusions de type de fichier. « Akira ignore les fichiers avec les mêmes extensions que Conti, sauf qu’il y a akira_readme.txt au lieu de R3ADM3.txt. » Sur la liste des exclusions d’annuaires, Akira ignore les mêmes dossiers que Conti. Le 29 juin 2023, un déchiffreur est publié par Avast pour cette version.

    Akira exploite des vulnérabilités connues, et notamment CVE-2019-6693, CVE-2022-40684 et notamment la faille CVE-2023-20269 affectant les VPN Cisco ASA, pour s’introduire dans les réseaux. Une fois l’accès obtenu, il utilise des outils légitimes comme AnyDesk pour maintenir un accès distant ou encore WinRAR pour compresser les fichiers volés. (Crédits : capture d’écran/Akira)

    La filiation ou paternité relève de l’achat des droits d’exploitations. « Arctic Wolf s’est concentré sur l’analyse de la chaîne de blocs, estimant que dans les trois transactions suspectes qu’il a observées, les utilisateurs de ransomware Akira ont payé plus de 600 000 dollars au total aux adresses affiliées à Conti », explique The Record.

    Un arsenal technique affûté

    Akira exploite des vulnérabilités connues pour s’introduire dans les réseaux. Une fois l’accès obtenu, il déploie ses tentacules. Ce dernier use d’une méthode de chiffrement complexe. En 2023, les recherches démontrent que le chiffrement s’effectuait via une combinaison des algorithmes Chacha 2008 et KCipher2. Puis, les clés étaient chiffrées avec RSA-4096, destiné à un usage sensible.

    Yohanes Nugroho, chercheur en cybersécurité, détermine que la génération unique des clefs repose sur l’algorithme SHA-256. Qu’en plus, il est appliqué en 1500 tours sur quatre horodatages distincts, à la nanoseconde près ! Il n’y a pas de déchiffrement possible avec des méthodes classiques.

    La faille (sur Linux) que découvre le chercheur est liée à l’utilité même de la protection : l’horodatage. La rétro-ingénierie recrée les clés de chiffrement.

    « Le malware ne s’appuie pas sur un seul moment dans le temps, mais sur quatre moments distincts avec une précision à la nanoseconde. La corrélation entre ces moments permet de limiter le champ de recherche, rendant la force brute plus efficace. » (Crédits : Recorded Future)

    Schéma, ransomware, chiffrement

    En début d’année 2025, Akira a lancé une nouvelle version de son logiciel malveillant, écrite en Rust. Cette version cible des extensions de fichiers spécifiques et intègre des mécanismes d’évasion améliorés, rendant sa détection plus difficile. « Cependant, une fois que cela a été publié, les attaquants ont mis à jour leur cryptage. Je m’attends à ce qu’ils changent de nouveau leur chiffrement après que j’ai publié ceci », explique le chercheur.

    Des victimes au nombre de 808

    Depuis son apparition en mars 2023, le ransomware Akira a ciblé 808 victimes, selon Ransomware Live. La moitié d’entre elles se retrouve aux États-Unis (305), au Canada (40), en Allemagne (28), au Royaume-Uni (17), au Brésil (17). En mai 2025, l’entreprise KNP Logistics, l’un des plus grands transporteurs britanniques, a été contrainte à la fermeture après la cyberattaque de juin 2023.

    Écrans, Virus, ransomware

    Parmi les victimes notables figurent Nissan Australie (12/2023), l’université de Stanford (10/2023), le zoo de Toronto (01/2024), dont les données sont divulguées sur le site de fuite.

    Les dernières victimes en date sont : McKenzie Commercial Contractors (USA, 29/05/2025), AGME Automated Assembly Solutions (Allemagne, même date), Termignoni SpA (Italie, m.d.), et Del Corona & Scardigli (Canada, m.d.)

    Selon des données de Ransomware[.]live, Akira a revendiqué plus de 250 attaques en un an, affectant aussi bien des écoles publiques américaines, des fournisseurs d’énergie (Mississippi Power) que des entreprises agroalimentaires.

    (Crédits : Tima Miroshnichenko/Pexels)

    Si l’entreprise ne paie pas la rançon (allant de 200 000 dollars à plus de 4 millions de dollars des États-Unis sur la base des informations d’Arctic Wolf and Incident Response), le nom et les données de la victime sont publiés sur le site de fuite d’Akira. D’ailleurs, le ransomware revendique les victimes à un rythme effréné : « 54 au mois d’avril, à date, après 62 en mars, et un total de 80 en février. Mais dans ce dernier cas, au moins 21 des revendications se rapportaient à des faits antérieurs. »

  • La facture salée des cyberattaques

    La facture salée des cyberattaques

    Les attaques cybernétiques ne cessent d’augmenter depuis le premier trimestre 2025. Mis à part la violation des données, leur publication ou la vente sur des réseaux annexes, un coût est souvent ignoré. Les cyberattaques sont devenues, à l’ère du tout numérique, des catastrophes économiques aux effets en cascade. Les cas récents de Marks & Spencer et de Coinbase le confirment avec éclat : des centaines de millions d’euros évaporés, des chaînes logistiques perturbées, des cours de Bourse en chute libre.

    Pendant longtemps, les cyberattaques étaient perçues comme des incidents techniques, relégués aux équipes dites informatiques. Aujourd’hui, elles s’invitent au cœur des conseils d’administration, des États, de la géopolitique, de la guerre économique et militaire. Elles redessinent la carte des risques stratégiques.

    M&S : une faille à 300 millions d’euros

    Le 22 avril 2025, une cyberattaque cible le géant de la distribution Marks & Spencer. Dans un communiqué, l’entreprise reconnaît que « la nature de l’incident signifie que certaines informations personnelles des clients ont été volées ». Lesdites informations sont : le nom, l’e-mail, le numéro de téléphone, la date de naissance, l’historique des achats et les détails de paiement en ligne.

    Magasin, Leeds, UK

    Il n’existe, au stade de l’enquête en cours, aucune preuve du partage ou non, des données. La paternité est conférée à une organisation de cybercriminels liés au réseau Scattered Spider externalisant un programme désigné DragonForce. Les victimes les plus connues de Scattered Spider sont les casinos américains : Caesars et MGM Resorts.

    La première attaque du groupe date de 2022. Depuis, cinq membres sont arrêtés, quatre Américains et un Écossais. Ahmed Hossam Eldin Elbadawy, Noah Michael Urban, Evans Onyeaka Osiebo, Joel Martin Evans et Tyler Buchanan. Ce dernier, appréhendé en Espagne en juin 2024, est extradé vers les USA. Au-delà de la somme astronomique, c’est l’étendue des dégâts qui frappe : dysfonctionnement prolongé de l’unité e-commerce, désorganisation de la gestion des stocks, hausse des dépenses de cybersécurité… (Crédits : Mtaylor848/Wikipedia)

    « […] nous avons décidé de suspendre la prise de commandes via nos sites web et applications de M&S.com […] », explique la marque sur son site web. L’objet des intrusions non autorisées n’est plus seulement de simples fichiers volés, mais des modèles économiques, et leurs conséquences peuvent être mortelles pour les entreprises touchées.

    Coinbase : faille humaine et sociale

    À quelques milliers de kilomètres, c’est un autre géant qui semble vaciller. La plateforme américaine d’échange de cryptomonnaies Coinbase révèle avoir été victime d’une attaque aux conséquences potentiellement plus lourdes encore. Les estimations hautes affichent jusqu’à 400 millions de dollars de pertes. « Des criminels ont ciblé nos agents de support client à l’étranger. Ils ont utilisé des offres en espèces pour convaincre un petit groupe d’initiés de copier des données dans nos outils de support client pour moins de 1 % des utilisateurs mensuels de Coinbase. »

    Ce qu’ils ont : nom, adresse, téléphone et e-mail, pièces d’identité, données du compte (instantanés de solde et historique), données d’entreprise limitées. Ce qu’ils n’ont pas : identifiants de connexion ou codes 2FA, clés privées, capacité à déplacer ou accéder aux fonds des clients, accès aux comptes Coinbase Prime…

    L’entreprise a immédiatement rompu ses contrats avec les prestataires impliqués. Au lieu de payer la rançon, la société fait un pied de nez aux cybercriminels. Ils établissent un fonds de récompense de la même somme, 20 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation et à la condamnation des attaquants. De plus, les adresses des cybercriminels sont marquées, afin que les autorités « puissent les suivre et travailler à la récupération des actifs. » (Crédits : Worldspectrum/Pexels)

    Crypto, bitcoin, main

    Ce que révèlent ces deux affaires, c’est que la cybersécurité ne se résume pas à des pare-feu ou des protocoles. Elle touche à l’organisation même des entreprises, à la gestion de leurs partenaires, à la formation de leurs employés, à leur capacité à anticiper les modes opératoires de plus en plus sophistiqués des cybercriminels : l’ingénierie sociale.

    Ingénierie sociale : quand la menace parle votre langue

    Ce n’est plus seulement par la technique que les entreprises chutent : c’est par la parole, par l’illusion, par l’être humain. L’ingénierie sociale, cet art trouble de manipuler les comportements pour accéder à des informations ou à des systèmes, ne cesse de gagner en raffinement suite aux nombreuses fuites de données.

    Pirate, chapeau, corsaire

    Les fautes grossières dans des courriels douteux sont en diminution. Les attaques par phishing, spearphishing… sont de plus en plus crédibles. Le manque d’attention, de temps, la précipitation, le mobile first, fait qu’elles se glissent dans le quotidien d’un employé, sans éveiller le moindre soupçon.

    Et face à cette menace invisible, aucune ligne de code ne suffit. Ce qu’il faut, c’est une éducation., une culture de la vigilance, du doute constructif, de la responsabilité partagée. La cybersécurité ne se décrète pas, elle s’enseigne, se vit, se répète. Cela, aussi bien dans le monde professionnel que dans la sphère familiale. Elle n’est plus l’exclusivité des experts IT, mais elle doit être un réflexe collectif, une éthique du quotidien. Ce n’est pas la technologie qui échoue, c’est souvent la confiance mal placée, le silence gêné, le clic trop rapide. (Crédits : Mateusz Dach/Pexels)


    Parce qu’à l’ère de l’ingénierie sociale, le vrai pare-feu, c’est la conscience humaine. Le plus grand exploit jamais enregistré est le vol de 1,5 milliard de dollars en février à Bybit, deuxième plateforme mondiale de cryptomonnaies. Face à cela, les entreprises commencent à revoir leurs priorités. Mais l’ampleur des réformes à mener est immense : reconsidérer la gouvernance, auditer les chaînes de sous-traitance, investir massivement dans les outils de détection, intégrer la cybersécurité dès la conception des services. Car ce n’est plus une simple menace, c’est une condition de survie.

  • La naupathie canadienne (11/55)

    La naupathie canadienne (11/55)

    À trois petits jours de Noël, Flavien s’offre une grasse matinée. Pas de réveil, pas de pression, alors, Morphée le garde jusqu’à 8 h 45. « Dormir ou déjeuner, il faut choisir », pourrait être un slogan. Cerise sur le gâteau, l’oreille interne s’est habituée, donc plus de signes du mal de mer. Ce qui lui permet de déambuler comme bon lui semble. D’autant que cette journée est entièrement consacrée à la navigation en pleine mer. La chance de l’aventurier est que l’Heritage Adventurer possède une bibliothèque. Il pose un regard sur les livres pour préparer sa visite de l’île de Macquarie, l’autre sur la vue imprenable du pont numéro 7.

    « Aujourd’hui, je déambule dans le bateau », s’amuse le marin. Il apprécie, et pour cause : « Mon oreille est désormais habituée à cet incessant roulis, je peux profiter des jours de mer comme je les aime. » Quand il ne photographie pas les belles des prés à quatre pattes, il écoule son temps dans les livres. « Entre différentes lectures sur l’histoire des îles, les lions de mer de Nouvelle-Zélande, réalisés par les guides, je passe une grande partie de la journée à la bibliothèque au pont n° 7 », relate l’aventurier du bout du monde.

    Préparation en bibliothèque pour l’île Macquarie

    La vue sur l’immensité bleue est limitée. « L’ambiance est brumeuse, mais j’adore. » Toujours avoir un coup d’avance, murmure-t-il en cherchant de la documentation sur l’île Macquarie, où ils débarquent demain. « Je découvre un guide sur les insectes, c’est parfait. » Il souhaite trouver quelques diptères brachyptères pour compléter ma collection. Une collection de photos d’insectes aptères prises sur les autres îles subantarctiques (Paractora moseleyi, Tipula kuescheli, Brachypteragrotis patricei). « J’ai repéré quatre insectes, trois diptères et un hyménoptère, qui ont évolué dans les laisses de mer. »

    Botanique, plante, Puccinellia macquariensis

    « En dehors de ces objectifs, quelques plantes endémiques comme Azorella macquariensis ou Puccinellia macquariensis s’ajoutent. » Pour autant, Flavien n’est pas seul. « Ça s’annonce corsé, je n’aurai pas beaucoup de temps pour farfouiller dans algues et espérer trouver quelques imagos, tout ça au milieu des milliers de manchots qui risquent de m’accaparer », souffle-t-il.

    En début d’après-midi, tous passent par la case biosécurité. « Je questionne les guides sur ces potentielles plantes et insectes endémiques… Hormis l’un d’entre eux, ils ne semblent connaître que les oiseaux, étonnant », souligne Flavien. Demain, ce sera donc au talent, se conditionne-t-il. « Quelle joie si je trouve l’un de ces organismes ! »

    Se faire confiance

    Il alterne entre la bibliothèque, le pont n° 5 à écouter les lectures, et l’air libre envoûtant de la pleine mer. « Les oiseaux n’étant pas très nombreux, je profite pour ne rien faire et admirer cet océan qui m’est désormais familier. C’est la quatrième année que je navigue à sa surface. » Avant de se questionner sur le futur.

    « Parfois, je réfléchis au sens que je vais donner à ma vie après ce voyage… puis je me focalise sur l’instant présent, ne pouvant guère apporter de réponse à cette question pour le moment. »

    Il est 22 h 38 à sa montre, quand Flavien observe être seul à la bibliothèque, avec un semblant d’horizon comme point de fuite. La mer est plutôt calme, compare-t-il aux jours précédents. Habitué à marcher dans la nature, la température extérieure tourne autour de 8/9 °C, ce qui est très plaisant. « Il fait très, trop chaud dans le bateau. » (Crédits : Puccinellia macquariensis/Flavien Saboureau)

    Soixante-douze heures de navigation, Flavien tiraillé, se confesse à travers une tirade. « Dans un sens, être dans un bateau luxueux, où l’opulence est agréable quand j’imagine la suite de mon périple, qui devrait être plus “roots“. Mais dans un autre, ce n’est pas agréable de se sentir surmaterné. Je connais bien le bateau maintenant, ce qui me permet de m’extraire de cette frénésie humaine en trouvant quelques coins calmes. Instants précieux pour me rendre compte des incroyables latitudes et territoires dans lesquels je me trouve. Ces moments intemporels, même s’ils me remémorent d’incroyables souvenirs, resteront gravés eux aussi. » L’heure défile, il est arrivé l’heure de retrouver la chambre. « J’y suis moins, car le Canadien souffre de naupathie. Il n’arrête pas de vomir, l’odeur s’imprègne dans l’entièreté de la cabine. Demain, il faut y remédier, mais je ne sais pas comment nous allons faire », se questionne le dormeur. À suivre…

  • Doublement des cyberattaques en Amérique latine

    Doublement des cyberattaques en Amérique latine

    Il y a moins d’articles publiés sur les attaques cybernétiques de type ransomware, mais pourquoi ? La banalité d’un phénomène devenu courant ? La lassitude des lecteurs ou des journalistes ? Un peu des deux. L’information est dominée par d’autres sujets. Pour autant, les cyberattaques perdurent, les opérateurs derrière les ransomwares ne faiblissent pas, bien au contraire. Le constat est quasiment identique sur le globe terrestre, comme en Amérique latine où les cyberattaques ont doublé au premier trimestre 2025 par rapport à 2024.

    Selon les chiffres de Check Point, les établissements, de la très petite entreprise à la multinationale de la région américaine, ont subi 2,6 attaques par semaine. Une augmentation significative de 108 % par rapport au premier trimestre de l’année passée.

    Les cyberattaques croissent de 47 %

    Le constat est alarmant. « Une augmentation de près de 50 % des menaces cybernétiques dans le monde, avec une hausse de 126 % des attaques par ransomware. » Au premier trimestre de l’année 2025, les cyberattaques ont augmenté de 47 %, ce qui représente une moyenne de 1 925 attaques hebdomadaires (Afrique 3 286, +39% ; Asie-Pacifique 2 934, +38% ; Amérique latine 2 640, +108% ; Europe 1 612, +57% ; Amérique du Nord 1 357, +40 %). À travers la planète et de manière générale, l’éducation termine en tête avec 4 484 attaques par semaine. Suivent le gouvernement (2 678) et les télécommunications (2 664).

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    Si l’Afrique concentre la moyenne la plus élevée, avec 3 286 attaques hebdomadaires, l’Amérique latine n’est malheureusement pas en reste. Elle affiche la plus forte augmentation avec 108 %. La banalité des attaques augmente, quand celles par ransomware croissent de 126 %. L’Amérique du Nord concentre 62 % des incidents mondiaux, l’Europe 21 %. Les biens et services de consommation sont le secteur le plus ciblé (13,2 %).

    « Même les journalistes qui écrivent habituellement sur les ransomwares ne parlent plus des incidents aussi souvent qu’avant. Plusieurs journalistes m’ont même dit que Cl0p s’est plaint que personne ne couvre son exploit Cleo et les fuites de données qui ont suivi », explique Allan Liska, spécialiste du renseignement sur les menaces chez Recorded Future. (Crédits : Darwin Laganzon/Pixabay)

    Allan Liska indique avoir abordé le sujet de la lassitude à l’égard des ransomwares dans les conseils d’administration, mais concernant ces attaques cybernétiques, tous s’en moquent la majeure partie du temps.

    Les différents vecteurs d’attaques

    Les attaques de type ransomware augmentent, affichant 126 % de croissance au niveau mondial par rapport au premier trimestre 2024. Soit un total de 2 289 incidents signalés. Ils usent de faux courriels, de faux messages, de phishing, de spearphishing… mais pas seulement. Le clonage, plus ou moins bien réussi, de sites existants est de plus en plus prégnant.

    Au Mexique, c’est la marque de vêtements de plein air MAJA Sportswear qui met en garde ses clients. Un site WEB reproduisant son image tente d’escroquer les utilisateurs. Cela reflète l’évolution de la société, avec l’utilisation exponentielle de l’intelligence artificielle. Qui plus est, avec la saturation d’information et de communication, qui rend difficile la distinction entre le réel et le virtuel.

    « Ce que nous avons détecté, c’est une tentative de reproduction de notre site. Le design est similaire, les images sont les mêmes, les produits sont les mêmes. La seule chose qui n’était pas authentique était l’intention : il s’agissait d’une escroquerie visant nos clients », explique Jesús Polanco, responsable du commerce électronique de MAJA.

    Comment ça fonctionne ?

    Les cybercriminels clonent la conception et le contenu d’un site en question. Cela ne ressemble en rien au défaçage d’un site. Ils achalandent et proposent des produits à des prix très bas, défiant toute concurrence. Ils obtiennent ainsi vos données personnelles et bancaires.

    Les secteurs les plus touchés jusqu’à présent sont la mode, les cosmétiques et la technologie, mais toute entreprise ayant une présence numérique est vulnérable.

    Comment identifier un faux site ?

    Par des attentions abordables à tout un chacun. Il faut vérifier l’URL du site. Elle doit commencer par « https:// ». Elle correspond lettre pour lettre au domaine officiel. Ne pas faire confiance aux promotions absurdes, trop alléchantes, ni aux liens qui arrivent par courriels ou par les réseaux sociaux non vérifiés. (Crédits : Sid Maia/Pexels)

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    Les diverses fuites renforcent la pseudo véracité des messages reçus. En cas de doute, il suffit de choisir votre moteur de recherches préféré, de taper le nom de la marque ou du produit. Consultez toujours les réseaux officiels de la marque, ou encore écrire directement en cas de doute. Jamais, Ô grand jamais votre banque, la direction générale des finances publiques (DGFIP), et tout autre organisme ne vous demanderont de confirmer les données en leur possession.