Depuis la révélation de la cyberattaque du 27 juin 2025 visant l’institut de santé publique au Chili, les mesures vont bon train. Cette attaque cybernétique a tenu le pays en haleine pendant 12 jours. Période durant laquelle la paralysie des fonctions clés de l’organisme ravive les inquiétudes concernant la fragilité technologique de l’État. Bien que les services soient rétablis, le Ministère public a ouvert une enquête pour connaître les auteurs derrière cet acte cybernétique.
L’attaque informatique a, depuis le 27 juin, affecté le service public concernant la délivrance des médicaments, mais aussi la validation des laboratoires et la gestion douanière, obligeant cette dernière à modifier ses procédures. Le secteur privé a également été touché. Plusieurs entreprises alertent sur l’impact sur leurs processus d’importation, de distribution et de commercialisation de produits.
Cybercriminalité et IA
La communication s’effectue via la résolution exceptionnelle n°616. Elle explique que durant la nuit du vendredi 27 juin 2025 « le personnel de l’unité IT de l’ISP a détecté une attaque qui a affecté nos systèmes d’information. Selon les informations recueillies, celui-ci se serait généré depuis le Royaume-Uni et il s’agirait d’un ransomware. » Depuis, les services concernés travaillent avec l’Agence nationale de cybersécurité (ANCI). Des fuites de données sont envisagées.
La conséquence directe est la libération de produits importés – médicaments, cosmétiques, dispositifs médicaux et pesticides à usage sanitaire – sans avoir le certificat de destination douanière (CDA) ou l’autorisation d’utilisation et d’élimination (UyD). Ces documents sont normalement nécessaires à la libération et à la distribution des produits arrivés en douane.
Sur son site, l’ISP explique en date du 9 juillet 2025, 12 h, que « nous avons rétabli l’accès aux prestations […]. Concernant les prestations qui étaient en cours de traitement au moment de la contingence informatique : celles-ci se trouvent actuellement dans des bases de données et sont en cours de récupération. » (Crédits : Carlos Figueroa Rojas/Wikipedia)
Les députés martèlent qu’il s’agit d’une « alerte rouge » et appellent à la transparence sur les violations de données et les possibles fuites. À cet égard, il est nécessaire de rappeler que le Chili a enregistré 27,6 milliards de tentatives de cyberattaques en 2024, selon FortiGuard Labs. Ce qui reflète une augmentation due à l’utilisation de l’IA et à l’automatisation, affirme le rapport. En effet, le Chili, comme l’Amérique du Sud, a dû faire face à une augmentation alarmante des cyberattaques, qui est passée de 6 milliards en 2023 à 27,6 milliards en 2024.
Une Saint-Sylvestre à mille lieues des flonflons habituels. Sans cotillons, sans champagne, mais avec de la boue jusqu’au genou, une plante rare en ligne de mire et treize heures de marche dans cet écrin sauvage. Flavien célèbre cette fin d’année là où seuls les pas comptent vraiment : dans la nature brute de Rakiura. L’aventurier entame l’ascension de l’Anglem, au cœur de l’île Stewart. Des kilomètres de forêt humide, des empreintes de kiwi et des coussins d’espèces endémiques en guise de feu d’artifice.
Pour cette dernière journée de l’année, pas de grasse matinée. « À 7 h, je prends la direction de Christmas Hut pour y passer le réveillon du Premier de l’an, ça ne s’invente pas ! » Auparavant, une légère marche de 11,5 km se présente. C’est la distance qu’il doit réaliser pour pouvoir attaquer l’ascension du sommet dans l’après-midi. Au milieu de ce parcours, une très longue plage de deux kilomètres lui fait gagner du temps. Un changement de paysage qui ravit Flavien. « Je suis tout seul. Qu’est-ce que c’est sauvage », admet-il. « Sur le sable, des empreintes de kiwi, il me nargue… », s’amuse Flavien qui ne l’a toujours pas rencontré.
Bain de boue pour la Saint-Sylvestre
Cette plage lui réserve de belles surprises. « Il y a plein de plantes nouvelles dans les arrières dunes », remarque le naturaliste. La vitesse moyenne chute, mais les photos augmentent. Une cabane idéalement située lui permet de faire une pause, avant d’enchaîner les traversées de rivières et de longs chemins forestiers. « Très humides », commente-t-il. Ces guibolles encaissent le parcours accidenté. « Ça ne fait que monter et descendre, rien de mieux pour casser les jambes », souffle et souffre Flavien.
Il est aux environs de 12 h 45, quand, après six heures de marche, Flavien touche au but. Plusieurs personnes prennent possession de la Hut, bien avant son arrivée. Un feu crépite. « J’en profite pour sécher des vêtements et mon sac de couchage que je n’avais pas réussi à garder au sec. » Prévoyant, il installe sa tente pour pouvoir se reposer à son retour. Peu avant 14 h, Flavien repart pour 11 km de marche. Ce qui représente un aller-retour, le sommet étant à 5,5 km d’ici.
« Je décharge mon sac de ce qui m’est inutile là-haut. Car il y a 980 m de dénivelé positif à avaler. » À l’altitude de 200 m, chaque plante rencontrée est nouvelle. Ainsi, de très nombreuses plantes primitives — Sticherus, Gleichenia, Lycopodium, Schizaea et divers conifères — apparaissent. J’ai le sentiment de revenir au carbonifère, glisse-t-il du bout des lèvres. « Impressionnant ! Je ne m’attendais pas à ça. » Plus haut, Drosera et orchidées suivent le chemin.
Le pied gauche, ça porte bonheur
L’ascension le rapproche petit à petit des nuages. « Dès 600 m d’altitude, je suis dedans. » Les végétations deviennent très humides, souvent tourbeuses, le sentier l’est tout autant. « Malgré ma concentration, ma jambe gauche disparaît jusqu’au genou dans une souille. » Résultat, la chaussure est trempée, pleine de boue. Il faut faire avec, dans son dos, le sac ne contient aucune affaire de rechange.
À 800 m, « les crêtes m’offrent Dracophyllum menziesii, une plante incroyable dans ces végétations qui me font penser aux remparts de la Réunion. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Juste au-dessous du sommet, de magnifiques coussins de Raoulia goyenii naissent sous son regard. « C’est cette espèce, endémique du sommet, qui m’a incité à venir ici. » Elle forme de superbes tapis avec Dracophyllum politum et Donatia novae-zelandiae. « Il faut en vouloir pour l’observer. Je comprends mieux le peu de photos que l’on peut trouver de l’espèce », acquiesce-t-il.
Là-haut, au travers des nuages nombreux, le soleil essaye vainement de percer. « Je n’ai pas la vue qui, paraît-il, est à couper le souffle. Tant pis, le vent comme la température étaient supportables, les plantes étaient au rendez-vous, c’est déjà ça. »
La descente s’effectue presque au pas de course, d’autant que la luminosité baisse au fur et à mesure. « J’arrive à 20 h 45, après sept nouvelles heures de marche. » Ce qui représente treize heures de marche, quand on sait qu’un Français marche peu ou prou un kilomètre par jour en moyenne.
À peine arrivé, il nettoie comme il peut sa chaussure pleine de boue. Pendant ce temps, il laisse mijoter son lyophilisé à la paella. Réveillon oblige, il la déguste en extérieur, face au coucher de soleil.
(Crédits : Flavien Saboureau)
Puis, alors qu’il se restaure, cinq jeunes Néo-Zélandais arrivés dans l’après-midi « me tapent la discute sur la terrasse, ils sont très sympas ». L’un d’eux est d’ailleurs géologue et d’origine américaine. Chose cocasse, pour le moment le naturaliste ne rencontre que des locaux sur cette rando. La bonne idée d’avoir monté sa tente auparavant se savoure. « Une fois dans la tente, je ne tarde pas à m’endormir, quelle journée ! »
Grasse matinée pour la nouvelle année
« Pour la nouvelle année, je me permets une grasse matinée », explique-t-il en bayant aux corneilles. Il se lève à 8 h 15, pour se diriger vers Port Williams, où une grosse journée l’attend. « Cette nuit, à deux heures, une douleur au pouce m’a réveillé. Une discrète épine bien installée produit une inflammation bien rouge. Me voilà, affublé de ma frontale et équipé de ma pince à épiler… », raconte-t-il tout en réfléchissant.
Une idée lui trotte dans la tête. « J’ai assez de nourriture pour deux jours de plus. « Comme j’ai bien marché ces derniers jours, je tente le Rakiura trek », explique Flavien en ce mercredi matin.
Cette boucle est donnée pour trois jours. « Je pense arriver vendredi en milieu de journée. La pluie aura peut-être fait son apparition, mais l’auberge étant réservée, je pourrai prendre une douche et faire sécher mes affaires. » C’est à 9 h 30 qu’il entame les 5 h 30 de marche en direction de Bungaree Hut, où il a dormi il y a deux jours.
Rien ne change : les sommets ennuagés, la longue plage sous un soleil radieux, lieu idéal pour rencontrer une femelle lion de mer en pleine sieste. À Bungaree Hut, « j’attends que la marée soit basse pour traverser la plage de 800 m et continuer mon chemin ».
56 km en trois jours
Un randonneur lui indique avoir vu un kiwi il y a tout juste deux heures. « Décidément… Je ne suis pas chanceux ou pas assez patient. »
Au bout de 25 minutes, Flavien quitte ses chaussures, enfile son short et traverse malgré les vagues qui arrivent en haut de la plage.
Un quart d’heure est passé de dix-huit heures à son arrivée au camp de Port Williams, après 17,5 km de chemins boueux. La tente montée, l’estomac crie déjà famine. Au menu… un lyophilisé : « La fondue aux 3 fromages ». « Affamé, je prépare des “YumYum” en plus. Ces fameuses pâtes asiatiques que je n’ai pas mangées depuis Amsterdam. » (Crédits : Flavien Saboureau)
« À 19 h 45, je suis dans ma tente. Je fais une toilette de chat avec mon gant, car la transpiration des deux derniers jours commençait à s’accumuler. » C’est aussi le moment de s’occuper de ses pieds, qui encaissent ces derniers jours. Surtout avec les sandflies, ces petites mouches qui pullulent et s’attaquent au moindre bout de peau non protégé. C’est aussi le constat des épaules endolories, des jambes lourdes après les 56 km de ces 3 derniers jours. « J’enlève aussi un petit abcès, près d’un ongle, où le pus s’était accumulé. Le poids du sac, bien qu’allégé, me mâche la peau au-dessus de la clavicule, mais il n’y a pas grand-chose à y faire », se résigne Flavien. À suivre…
Au programme, un aller-retour en direction du sommet de l’île, le mont Anglem. Si l’altitude n’est pas un obstacle, la remise en route après dix jours à bord de l’Heritage Adventurer semble fastidieuse. Les muscles comme les épaules de l’aventurier du bout du monde ont possiblement été assouplis. Les kilomètres les mettent à l’épreuve. Flavien s’est renseigné sur le temps, et n’est pas surpris quand la pluie vient à tomber. Seules des petites mouches, au demeurant inoffensives, ont la possibilité de gâcher la fête, du moins le repas avec vue.
Après une bonne première nuit dans sa tente, Flavien se lève à 7 h. « Cette nuit a été humide, mais j’ai entendu le kiwi ! ». Il faut donc la ranger humide, l’urgence sera alors de la faire sécher avant ce soir. Parti pour cinq jours, il ne peut s’encombrer du superflu. Peu avant huit heures, il visite l’accueil de ce lieu d’hébergement pour y laisser son petit sac.
Une douce mélodie, ou presque
À son retour dans cinq jours, si tout se passe bien, il aura le plaisir d’y prendre une douche. Mais le prix de la consigne le fait grimacer. « Cinq dollars pour y laisser un sac de même pas un kilo », soupire-t-il. Pas le temps de penser ou de philosopher, il doit avaler quatre kilomètres pour se rendre au départ du sentier. « Nous sommes lundi (30/12), direction le sommet de l’île, le Mount Anglem que je dois atteindre mercredi avant que je fasse demi-tour. » Les prévisions météorologiques sont bonnes, avec une dégradation prévue dans la nuit de jeudi à vendredi. « Enfin ça c’est les prévisions, il paraît que la météo de cette île est imprévisible. »
Les premiers kilomètres sont magnifiques et de bon augure. Vers 10 h 30 une belle averse le surprend. Fort heureusement un abri se présente peu après le début. Une Néo-Zélandaise s’y réfugie quelques minutes plus tard. Elle lui glisse à l’oreille avoir croisé la route d’un kiwi dans la matinée. « Je n’en reviens pas. » L’averse terminée, ayant mangé un morceau pour reprendre des forces, Flavien prend la direction de Port Williams en ne se focalisant plus sur les plantes mais sur le kiwi, qui reste caché.
Arrivé à la Hut de Port Williams, sous un soleil radieux, il étend sa lessive et son ciré qui a bien servi ce matin. Aux environs de 13 h, il prend la direction de la Hut de Bungaree, où il compte poser sa tente ce soir ; la nuit dans la cabane coûte 10 NZD. « Le sentier jusque là aménagé change. Il devient par instant vraiment très boueux. »
Les dénivelés sont surmontables, mais l’enfilade de bosses casse les jambes. « Additionné à mes 21 kg sur le dos, j’ai les épaules en compote », tandis qu’il approche des 16 km. Plus que trois sur ces longs sentiers forestiers, magnifiques, bien que monotones. « Il serait facile de s’y perdre sans GPS ou marquage », remarque-t-il justement. Un régal pour les pupilles, comme les petites criques sableuses qui s’ouvrent, comme sorties de nulle part, sauvages et splendides, ajoute-t-il.
Arrivé à bon port quinze minutes après seize heures et après dix-neuf kilomètres, Flavien pose ses dents avec délectation sur sa tablette de chocolat. L’intuition le pousse à monter sa tente. Moins de vingt minutes suffisent pour que la pluie arrose l’île. « Je me demande si je vais réussir à garder mes affaires au sec ces prochains jours. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Après avoir délicieusement profité d’une sieste, direction la salle de bains au naturel. « Il n’y a pas de cascade alors je me lave au gant. La température (12/15 °C) reste agréable pour faire sa toilette à l’extérieur. » Un désagrément en nombre plus qu’en taille : les petites mouches (Sandfly). Elles piquent sévères » et gâchent le repas avec vue sur la mer. « Je suis obligé de manger mon hachis parmentier lyophilisé dans ma tente pour ne pas me faire dévorer. » Mais elles font le bonheur d’un Muscicapinae, le gobe-mouches (Miro Rubisole). Tout en mangeant, il réfléchit. Flavien hésite à enchaîner l’étape de demain (11 km) avec l’ascension vers le sommet (11 km, 1000 m D+). La nuit porte conseil, distille le sage. À suivre…
Le ransomware Hunters International qui apparaît à la fin de l’année 2023 annonce sa fin programmée en ce début juillet 2025. L’ensemble des malversations est désormais fermé. Le Ransomware-as-a-Service « offre » à toute entreprise concernée les outils nécessaires pour déchiffrer. Sur le site de fuite, plus aucune victime n’est affichée, car « en signe de bonne volonté et afin d’aider les personnes touchées par nos activités passées, nous offrons gratuitement un logiciel de déchiffrement à toutes les entreprises qui ont été victimes de notre ransomware ».
L’enseigne héritière du ransomware Hive baisse le rideau, explique LeMagIT. Ce choix serait en rapport avec les opérations de Police : End Game, Magnus et Morpheus. Mais également la rentabilité de ces opérations, avancent-ils. C’est l’occasion de se pencher sur ce groupe de cybercriminels, qui en moins de deux années, font couler beaucoup d’encre, et potentiellement des entreprises.
Le rideau est baissé
Bien que l’annonce du 17 novembre 2024 indiquant que Hunters International fermerait bientôt, en raison d’une surveillance accrue et d’une baisse de la rentabilité, Group-IB l’avait anticipé en avril. Les anciens opérateurs du ransomware Hive pourraient être impliqués dans l’administration de Hunters International. Car des similitudes du code source sont observées par différents chercheurs.
Au total 307 victimes déclarées et affichées, dont certaines notables telles Finance ICBC (UK), Quálitas (Mexique), U.S. Marshals Service (USA), Hoya Corp. (JPN), Austal (USA), Benetton Group (IT)… jusqu’à Integris Health, le plus grand réseau de soins de santé à but non lucratif de l’Oklahoma. Les données de 2,4 millions de personnes exfiltrées.
Ses cibles n’étaient pas choisies au hasard. L’intérêt stratégique est de mise. La santé, avec des données sensibles et l’urgence de réaction. L’industrie et la Défense, la capacité de nuisance, mais surtout la recherche et développement. « […] Après mûre réflexion et à la lumière des développements récents, nous avons décidé de fermer le projet Hunters International. […] » (Crédits : capture d’écran/Hunters International)
Il faut se remémorer les méthodes brutales, comme celle utilisée contre Fred Hutch Cancer Center (USA). Dans la plainte déposée, en page 10 est écrit que les patients recevaient des courriels menaçants. « Si vous lisez ceci, vos données ont été volées et seront bientôt vendues à divers courtiers en données et marchés noirs pour être utilisées dans des fraudes et d’autres activités criminelles. » Accompagné des données personnelles pour chaque destinataire : prénom, nom, adresse, numéro de dossier et informations médicales. Mais ils étaient aussi menacés d’une attaque dite « swatting ». Elle se produit lorsqu’une « fausse déclaration est faite aux forces de l’ordre afin que des agents d’intervention d’urgence, comme les équipes SWAT, se rendent au domicile d’une personne. »
Adaptation au marché
Après la fermeture programmée, au vu du message sur le site de fuites : « […] Après mûre réflexion et à la lumière des développements récents, nous avons décidé de fermer le projet Hunters International. […] », des questions demeurent. Surtout une : que font-ils désormais ? Alors que Hunters ferme, World Leaks apparaît : coïncidence ?
Le modèle business du ransomwware Hunters International n’est plus rentable. Donc ils publient un nouveau projet au 1er janvier : World Leaks (Silent). « Contrairement à Hunters International, qui combinait cryptage et extorsion, World Leaks (désormais Silent) opère comme un groupe d’extorsion uniquement en utilisant un outil d’exfiltration sur mesure », a déclaré Group-IB. Selon les opérateurs, le logiciel serait indétectable… La stratégie de communication est basée sur un concept des années 1970 : le FUD. Il est l’acronyme de Fear, Uncertainty, and Doubt pour peur, incertitude et doute. Le logiciel malveillant utilisé par Hunters International est développé « dans Rust pour cibler les architectures x64, x86 et ARM, ainsi que les systèmes d’exploitation Windows, Linux, FreeBSD et SunOS. » (Crédits : capture d’écran/Silent)
Dorénavant, Hunters international cherchent juste l’exfiltration des données, comme un groupe d’extorsion. « Maintenant, notre tâche principale est le vol de données confidentielles des entreprises. Des données qui intéresseront tout le monde. » Ils changent leurs fusils d’épaules. Désormais seul le service IT sera informé. « Les notes sont reçues exclusivement par le service informatique et les dirigeants de l’entreprise, aucun employé ne sait rien du piratage ni des autres personnes extérieures. Nous chiffrons rarement les systèmes. » Les opérateurs indiquent avoir tout un département qui étudie soigneusement chaque dossier et trouve les plus avantageux. « Le prix sera très élevé s’il apparaît sur notre blog, ou s’il est vendu à des concurrents, sur le marché noir ou transféré aux bonnes personnes. »
Non, il ne s’agit pas de la canicule qui a frappé l’Europe, mais de la vitesse maximale autorisée en 1911, notamment à Paris. Si les panneaux de signalisation font partie du décor, les chiffres qu’ils affichent sont le fruit de décennies de décisions politiques, de débats publics et d’évolutions techniques. Depuis les premières limitations imposées à la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’instauration du 80 km/h sur certaines routes secondaires en 2018, les seuils de vitesse traduisent bien plus que de simples préoccupations de sécurité routière.
Entre impératif de protection des usagers, contraintes écologiques et crispations sociales, la limitation de vitesse devient un marqueur révélateur des tensions entre liberté individuelle et intérêt collectif. La toute première réglementation applicable aux automobiles naît avec l’ordonnance du préfet de police Louis Lépine, le 14 août 1893. Depuis, de nombreuses villes limitent la vitesse maximale autorisée dans leurs agglomérations à 30 km/h. Tandis qu’en Europe certains pays font marche arrière sur les limitations.
Limiter pour mieux protéger ?
Le 30 mai 1851, la loi relative « à la police du roulage et des messageries publiques » est le texte fondateur de la sécurité routière. Le 16 août 1889, Léon Serpolet décroche le premier agrément de circuler sur un tricycle… à 16 km/h. Louis Lépine est à l’origine du « certificat de capacité ». La duchesse d’Uzès est la première femme à l’obtenir en 1897. Deux années se passent quand le décret en date du 10 mars 1899 rend obligatoire sa détention pour conduire un véhicule terrestre à moteur. Le 31 décembre 1922, il devient alors le « permis de conduire » ; quant à la suspension, elle n’existe qu’à partir du 12 avril 1927.
En 1893, la vitesse maximale autorisée (VMA) est de 20 km/h en rase campagne et 12 km/h en agglomération pour les voitures à pétrole. À l’époque, il s’agit moins de sécurité que… de préserver les chevaux et d’éviter les poussières. Ces seuils, ridicules au regard des performances actuelles, visaient à encadrer les premiers « fous du volant » qui, déjà, inquiétaient les autres usagers. Les vitesses maximales augmentent le 10 mars 1899 à respectivement 30 et 20 km/h. L’obligation de se ranger à droite apparaît le même jour.
L’évolution technologique des véhicules s’accompagne d’une régulation progressive. En 1954, une VMA de 60 km/h est instaurée en ville, suivie en novembre 1973 d’une mesure phare, conséquence du choc pétrolier. L’abaissement à 90 km/h sur les routes et à 130 km/h sur autoroute, en réaction à la flambée des accidents mortels (16 861) et au choc pétrolier.
Le choc pétrolier de 1973
Mais, en mars 1974, sous la présidence de Georges Pompidou, la VMA est augmentée à 140 km/h, ce jusqu’au 6 novembre 1974. Le décret officiel fixe les vitesses maximales à 130 km/h sur autoroutes, à 110 km/h sur voies express et 90 km/h sur les autres routes. En 1990, la vitesse s’uniformise à 50 km/h, en agglomération, puis des communes l’abaissent à 30 km/h.
Plus récemment, en juillet 2018, la décision du gouvernement d’Édouard Philippe d’abaisser la vitesse à 80 km/h sur certaines routes. Mais la loi dite « LOM » de 2019 permet aux départements de relever cette limite à 90 km/h… ce qu’ont fait plus de 30 départements à ce jour, notamment dans l’ouest, le nord et le centre de la France. Les limitations sont, comme les politiques et la politique, changeantes. Des raccourcis autoritaires sont effectués, car plus personne ne prend le temps. (Crédits : Markus Spiske/Pixabay)
Même dans l’apprentissage, nous brûlons les limites de vitesse autorisée. Pourtant, il est souvent nécessaire d’expliquer avec simplicité le pourquoi du comment. Ainsi, quand on parle de freinage d’urgence, tous évoquent la distance totale pour s’arrêter. Elle est — la distance d’arrêt (Da) — le temps de réaction (Tr) additionné à la distance de freinage (Df). Tr = v (en m.s⁻¹) x t (en s), soit pour 90 km/h, la vitesse est de 25 m/s. Soit 25 mètres parcourus en une seule seconde. Pour la Df = v²/2 a. La vitesse en mètre par seconde « a » la décélération 7 m.s⁻² sur route sèche, et en moyenne 4 sur route mouillée. Soit, pour 90 km/h, sur la route des vacances, une distance d’arrêt totale de Dt = (v x t) + (v x t) + (v²/2a). Ici Dt = (25 + 44,64), d’environ 70 mètres.
Les enjeux de limitation de vitesse
Plus les années défilent, plus les routes semblent de plus en plus limitées. Réduire la vitesse est un levier multiple qui touche à la sécurité routière, à la santé publique, à l’environnement et même à la cohésion sociale. Selon la Sécurité routière, un accident sur trois est directement lié à une vitesse excessive ou inadaptée. La probabilité d’être tué dans un choc augmente exponentiellement avec la vitesse.
À 50 km/h, un piéton a une chance sur deux de survivre. À 70 km/h, c’est quasiment nul. La réduction à 80 km/h sur les routes secondaires aurait, selon les chiffres officiels, permis de sauver 349 vies en deux ans (2018–2019), malgré la fronde de nombreux automobilistes et élus locaux.
Moins de vitesse, c’est aussi moins d’émissions de CO₂. À 110 km/h sur autoroute, une voiture moyenne consomme 10 à 15 % de carburant en moins qu’à 130 km/h. C’est pourquoi certaines ONG, et politiques plaident pour une limitation généralisée à 110 km/h, voire à 100 km/h, dans un contexte de lutte contre le changement climatique. La volonté est l’arrêt, pour les mêmes visées, des voitures thermiques. Pour les remplacer par des véhicules électriques moins polluants à l’utilisation, mais pas à la construction. Un changement de paradigme. (Crédits : Ralph Drasba/Pixabay)
Concernant la question de la vitesse, elle est autant culturelle que technique. Elle touche au rapport à l’espace, au temps, et à la liberté de mouvement. Reste une question sensible : celle de l’acceptabilité. Sur les routes françaises, le paysage réglementaire est morcelé. La vitesse autorisée dépend non seulement du type de voie, mais aussi du contexte local, urbain ou rural, de la météo et parfois… du bon vouloir du maire ou du préfet.
Zone 30, zone de rencontre… et 30 km/h
En ville, le passage de 50 à 30 km/h affiche une volonté, une transition en cours. La vitesse maximale en agglomération est officiellement de 50 km/h, sauf indication contraire. Mais dans les faits, les zones 30 se multiplient, notamment autour des écoles, des centres-villes et dans les « villes apaisées ». Paris, Grenoble, Nantes, Rennes, Lille, Strasbourg et Poitiers ont déjà généralisé cette limitation sur la quasi-totalité de leurs voiries. Il n’est pas rare de pester contre les usagers de bicyclettes, de trottinettes quand nous sommes au volant de notre voiture.
D’autant que nous sommes toujours pressées — les enfants à déposer à la crèche, dans les écoles, les bouchons, les horaires de travail… — ; qui plus est dans une zone à 30 km/h…
Abaisser la vitesse à 30 km/h en ville est louable. Elle se veut protectrice des plus vulnérables : piétons, enfants, cyclistes. À cette vitesse, le risque de décès en cas de collision chute drastiquement. C’est aussi moins de bruit, moins de stress, une meilleure cohabitation des usagers… C’est une évolution nécessaire, face à des centres urbains saturés. Loin d’être une contrainte arbitraire, cette limitation est un outil de prévention efficace, validé par les faits. La route se partage, et la sécurité ne devrait jamais être négociable.
Le respect dans le partage de la route
Mais, car il y a un mais. Cet abaissement engendre d’autres modifications, notamment en ce qui concerne les deux roues. Saviez-vous — qu’après avoir été testé en France dès les années 1990 — que la généralisation des doubles sens cyclables est rendue obligatoire dans les rues à sens unique, en zone 30 et en zone de rencontre ?
Rendu obligatoire par un décret n° 2008-754 du 30 juillet 2008 (art. 13) faisant référence à l’article R110-2 du Code de la route. Pour autant, c’est le maire de la commune qui, par arrêté municipal, instaure une ou plusieurs zones 30. Concernant les zones de rencontre, nos amis cyclistes et autres propriétaires des véhicules autorisés devraient lire l’article susnommé : « Dans cette zone, les piétons sont autorisés à circuler sur la chaussée sans y stationner et bénéficient de la priorité sur les véhicules. La vitesse des véhicules y est limitée à 20 km/h. » (Crédits : DR)
Les cyclistes sont autorisés à prendre à contre-sens des voies de circulation, comme à Cenon. Les zones 30 sont définies par une « section ou ensemble de sections de voies constituant une zone affectée à la circulation de tous les usagers. Dans cette zone, la vitesse des véhicules est limitée à 30 km/h. Toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, les conducteurs de cyclomobiles légers et les conducteurs d’engins de déplacement personnel motorisés, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police. […] » Ce qui a soulevé une question au Sénat, c’est qu’il y a un hic. Quand cela se déroule dans une ville construite au Moyen Âge. Le coût engendré comme la disposition des rues rend les choses parfois compliquées. Parfois, les deux roues circulent volontairement sur les trottoirs et demandent aux piétons, par leur sonnette, de les laisser passer, car un bus arrive en contre-sens.
Après la coupure générale de fourniture d’énergie, la péninsule ibérique est sujette à une attaque cybernétique. Elle touche, Hero, fabricant de sauces entre autres. La succursale espagnole est seule touchée selon Foodretail. L’entreprise rejoint trois autres compagnies ciblées : Alcampo, Consum et El Corte Inglés. Les fuites de données et les reventes sont légion. Celles de l’entreprise d’El Corte Inglés se retrouvaient quelques semaines plus tard à vendre au prix de 15 000 dollars. Mais la ville autonome de Melilla est aussi victime de cyberattaque.
Les systèmes d’information de l’usine Hero basée à Alcantarilla (Murcia) subissent un incident cybernétique ce lundi 30 juin 2025. L’annonce se produit le lendemain par les services dédiés. Mais l’usine de production a, semble-t-il, plus de chance que la ville de Melilla. La ville autonome espagnole, située au Maroc, est la cible Qilin, ransomware russophone.
Forcées de tout stopper
L’usine espagnole de la multinationale suisse Hero a, dès la détection, isolé les systèmes d’information concernés. Le but est tout simplement de stopper la propagation. L’enquête est en cours avec des équipes spécialisées. Cette cyberattaque, selon l’entreprise, « n’a affecté que l’exploitation locale de Hero en Espagne, sans impact sur d’autres filiales du Grupo Hero au niveau international. » Ce n’est pas le cas de Melilla.
Durant le week-end du samedi 21 et du dimanche 22 juin 2025, la ville autonome de Mellila au Maroc est victime du ransomware Qilin. Ce dernier revendique d’ailleurs la cyberattaque le 26 juin sur leur site de fuite.
Le groupe criminel assure avoir « complètement détruit l’infrastructure administrative et réseau de la ville ». Ils auraient volé des données d’un volume compris entre 4 à 5 téraoctets. Depuis le site WEB est toujours hors ligne.
La source de l’infection serait la connexion à distance d’un employé de la commune. Pour un retour dans les meilleurs délais, une quarantaine de personnes travaillent d’arrache-pied.
(Crédits : Google Maps)
Les cybercriminels demandent une rançon en cryptomonnaie d’un montant de 1,8 million d’euros pour qu’ils recouvrent l’ensemble des informations. Ce qui, au départ, selon le Conseil municipal, est « un incident technique qui se résoudrait en deux jours » se transforme « en une affaire grave ». Selon le maire, Juan José Imbroda, il n’y a pas de date connue de retour à la normale, ni du coût final de remise en état et en service des systèmes d’information. Seule bonne nouvelle, les 1200 fonctionnaires sont finalement payés, malgré la cyberattaque.
Les dix jours à se faire chouchouter, dorloter, et à se mettre les pieds sous la table se finissent. Flavien s’apprête à initier un nouveau départ au sein de son périple débuté il y a deux semaines. Il est temps de se séparer, pour retrouver peu à peu cette partie solitaire du voyage. Les protocoles pour l’ultime descente de l’Heritage Adventurer semblent stricts. Si le réveil de la veille n’a pas sonné, ce matin du 29 décembre 2024, les sacs doivent être déposés dès potron-minet, à sept heures.
« Ça y est, la fin n’aura jamais été aussi proche. » La levée des corps s’effectue à 6 h 30, parce que trente minutes plus tard les balluchons doivent être mis à l’accueil. Les dix True Young Explorer se regroupent jusqu’à 8 h 30, où « nous sommes appelés selon notre destination ». Seuls quatre d’entre eux descendent à Bluff, lieu d’amarrage de l’Heritage Adventurer. Flavien fait l’expérience de la rigueur ou de l’utopie zélée d’une douane australienne, car les croisiéristes ont débarqué sur Macquarie, territoire australien. « Ridicule… », souffle Flavien.
Flavien, à nouveau sur les routes
La douane passée suivent les au revoir, tandis que le quatuor s’installe dans le minibus en direction du terminal du ferry. Précautionneux, Flavien avait vu large, très large lors de sa réservation. « J’avais choisi le dernier bateau de la journée, celui de 17 h 45 », explique-t-il en avançant de quatre heures son départ au guichet. La tocante approche avec douceur des dix heures, quand le baroudeur découvre la cité, à taille humaine. « Les rues sont vides. J’ai l’impression de revoir certaines villes sud-américaines. »
Après avoir répondu à quelques-uns des soixante-dix e-mails reçus, « je profite du temps libre pour ajuster les cartes postales qui ne rentrent pas dans les enveloppes. » Une heure s’est écoulée en ce dimanche matin, quand Flavien se rend dans l’unique magasin, le Four Square. « Il semble que l’ATM de Stewart Island, où je me rends, n’accepte pas les cartes bancaires étrangères. » Les distributeurs automatiques de billets (DAB) sont nommés ATM (automated teller machine) en Nouvelle-Zélande.
Une fois son retrait d’argent effectué, l’hôtesse d’accueil distille une suggestion primordiale et culinaire. « Me voilà, sous un soleil radieux, marchant en direction de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, à 2 km de là… pour y découvrir le restaurant conseillé. » Chemin faisant, il croise le capitaine de l’Heritage Adventurer en plein « footing ». Au Oyster Cave, une sélection de bread toasts séduit Flavien. « C’est parfait ! »
Pas de camping sauvage à Oban
Le ventre plein, il s’en retourne au terminal. Calé dans le ferry, Flavien fait le constat d’une synchronicité idéale à un endormissement post-repas. « Peu d’oiseaux, une mer incroyablement calme, je dors pratiquement l’heure du trajet. » Quelques minutes avant quinze heures, il débarque sur la troisième île de Nouvelle-Zélande et découvre son unique ville, Oban (Pā nui o Hau)… Et ses 460 habitants.
Confiant, il se dirige vers le seul lieu de villégiature chez Mrs Woolly’s Campground pour y installer sa tente. « Je n’ai pas réservé vu la faible affluence, il y a une dizaine de jours. » À son grand désespoir, l’affichage annonce complet. « En plus, il est interdit de poser la tente à l’arrache ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)
La gérante glisse alors l’adresse d’un autochtone proposant une sorte de camp à deux kilomètres de là, mais sans indiquer le prix. Avant de s’y rendre, il montre patte blanche à l’accueil du DOC « pour préparer ma future rando sur l’île ». Tout s’enchaîne très rapidement, réagit-il. « Dès demain, je pars rallier le sommet de l’île, le Mount Anglem. »
Une soirée arrosée
La responsable s’assure qu’il est expérimenté, équipé et qu’il possède une balise de détresse, sécurité oblige. Il y a très peu de passage sur cette partie de la rando qui se fait généralement sur neuf jours, quand Flavien table sur cinq. « Elle m’explique à quoi je dois m’attendre. » Flavien a jeté un œil sur les prévisions météorologiques de la semaine à venir. « Elle ne semble pas trop mauvaise… » Pour une île où il pleut 270 jours par an.
Dans son sac à dos, qui s’allège au fur et à mesure du voyage, se trouvent six sachets de nourriture lyophilisée. Conscient de cette insuffisance pour cinq jours d’autonomie, il se rend à la petite supérette pour y faire quelques courses ; pendant que sa lessive, de la veille, sèche sur le front de mer.
Les emplettes effectuées, il se dirige vers l’adresse donnée par la gérante du camp de Mrs Woolly. C’est alors que la magie fait son retour.
« Dans une rue, une femme m’interpelle au vu de l’attirail que j’ai sur le dos. » Elle lui propose de poser sa tente dans le jardin de sa mère et de venir au pub avec eux, car chaque dimanche un quiz y est organisé. « Ça ne refuse pas. » Flavien passe le reste de la soirée avec un bon quart de la population. Mes hôtes sont rapidement enivrés, compliquant la compréhension et les échanges. Peu avant 21 h, et « après avoir échangé nos Whatsapp, je retourne à ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)
L’inconnu dans lequel sera plongé Flavien l’oblige à s’éveiller tôt demain matin. « Bon, par contre, il pleut. » C’était plus ou moins promis, confirme-t-il en ajoutant. « Ça y est ! Je vais enfin pouvoir passer ma première nuit en tente, avec l’incroyable chant du tui. » Tandis qu’il sombre peu à peu dans les bras de Morphée, il espère que le réveil ne sera pas trop humide pour entamer ce trek… S’annonçant déjà très boueux. « Un nouveau chapitre du voyage commence », se réjouit l’aventurier du bout du monde. À suivre…
Pour arriver sur l’île d’Enderby, cela se mérite. Mais le jeu en vaut plus que la chandelle. Débarrassée des espèces introduites par l’Homme, elle est désormais un refuge pour la faune en danger d’extinction. C’est d’ailleurs l’un des derniers jours de Flavien sur l’Heritage Adventurer, un retour aux sachets lyophilisés, à la solitude de la tente programmée. Mais pour le moment, rien ne sert de penser à ce qui va arriver demain, donc Flavien profite de l’instant présent, de la faune et de la flore de l’île d’Enderby.
Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. « Si nous n’avions pas vu le soleil la veille, ce jour-là, c’est bien différent. » Les rais de lumière jouent avec les voiles. Ces instants magiques que la poussière met en lumière. Les rayons de soleil se frayent un chemin à travers les rideaux des cabines. « Cette journée commence sous les meilleurs auspices », se réjouit Flavien d’un large sourire. Ils sont attendus à l’embarquement sur les zodiacs pour huit heures pétantes. « Aujourd’hui, nous visitons Enderby Island… Pardon, l’île d’Enderby, l’une de celles qui composent l’archipel Auckland ».
Onze espèces de manchots en trois ans
Bien que l’ensemble des croisiéristes foule à nouveau ce sol — nous sommes déjà venus la semaine dernière — l’émerveillement est au rendez-vous. Si bien qu’à peine débarqués sur la plage de sable, la plus grande horde de lions de mer de Nouvelle-Zélande du monde s’offre aux visiteurs. L’espèce est en danger d’extinction. Malgré qu’elle soit la plus imposante des colonies, elle n’excède pas 200 individus. « C’est déjà impressionnant quand on connaît la taille que peuvent atteindre les mâles. »
Cette île étant un refuge dénué de toute présence humaine, la faune et la flore soufflent. C’est alors que sept manchots à œil jaune se montrent, presque timidement. « Cette espèce très craintive. C’est le plus rare des manchots, il n’en resterait que 2500 à 3000 individus », relate Flavien. Il est calé dans le domaine, car depuis qu’il bourlingue sur les mers et océans du monde, « c’est la onzième espèce de manchot que je vois en moins de trois ans, incroyable… » Celui-ci est particulier, c’est le plus grand à nidification hypogée.
Chacun pose son gilet de sauvetage, avant de s’élancer sur une nouvelle balade, longue de 10 km à minima. Ils débutent sur les sentiers aménagés où ils rencontrent à nouveau des albatros royaux juchés sur leurs nids. « Ils sont tellement proches que nous faisons des détours pour ne pas les déranger. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Partis du sud, le groupe arrive rapidement aux falaises au nord de l’île. L’observation de dizaines d’albatros fuligineux à dos clair enchante les marcheurs. Leur site de nidification privilégié se trouve être les corniches rocheuses des falaises et les pentes abruptes. Si le reste du sentier est peu ou prou balisé, c’est les innombrables détours qui vont peser à la fin de la journée. « Nous devons garder une distance de cinquante mètres avec les manchots à œil jaune, explique Flavien. Et ils sont nombreux sur la côte. »
Une autre apparition ravit l’aventurier du bout du monde : les mégaherbes. De multiples, Anisotome latifolia sont fleuris, souffle-t-il.
Des règles strictes sont appliquées sur l’île d’Enderby. « Il est interdit de s’asseoir ou de poser le genou à terre. Nous mangeons donc installés sur une veste », admet-il. Ces dernières qui devront être désinfectées de retour sur l’Heritage Adventurer. Après la pause, ils se faufilent à travers la végétation à Poa litorosa. Puis les pléthores et énormes Stilbocarpa polaris les freinent véritablement.
Mais ce n’est rien face aux lions de mer, ici chez eux… Et territoriaux. « Les mâles sont très agressifs. » Ils doivent, pour passer, intercaler leurs sacs entre eux deux. Alors que Flavien et ses compagnons d’infortune s’introduisent dans les forêts à Metrosideros umbellata, le naturaliste observe de plus près la perruche endémique et le bellbird (Korimako). « Un oiseau au chant dingue », claque-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)
Nous finissons notre boucle sur la plage à lions de mer, sept heures plus tard. Il existe des soirées, des secondes où vous souhaitez profiter de l’instant. Il ne se passe rien d’exceptionnel et pourtant. Vous vous trouvez au bon moment, au bon endroit. C’est un de ces moments où Flavien se retrouve avec ses pensées en cette fin d’année 2024.
Dernière journée à bord
L’équipage est aux petits soins pour leurs protégés, si bien que pour cette ultime journée complète sur le bateau, les grasses matinées sont de rigueur. « À 10 h, nous avons toutes les informations pour le débarquement de demain. » Vers 13 h 15, juste après le repas, tous s’installent à bord des Zodiacs pour un dernier voyage. « L’accostage sur l’île Snares est interdit, mais en faire le tour est possible », explique-t-il. Un périple de deux heures assis sur un boudin pneumatique.
« Nous n’avions pas pu, aux premiers temps de l’expédition compte tenu d’une mer trop démontée. Aujourd’hui, avec une houle inférieure à deux mètres, ça s’annonce sous les meilleures auspices », claque Flavien.
Le paysage est tout simplement incroyable, avec l’ambiance que procurent les averses… Et les espèces au rendez-vous. « Nous nous rapprochons de plusieurs colonies du Gorfou des Snares, endémique de cette petite île, sans aucun doute l’emblème. » Ils sont partout, sur terre comme en mer. « Deux passereaux endémiques, le tomtit et le fernbird des Snares, se montrent », s’émerveille-t-il. Tandis qu’ils observent une des deux plantes endémiques, Stilbocarpa robusta, Flavien ecarquille les yeux. « Olearia lyallii et Brachyglottis stewartiae, très rares sur les quelques autres îles où elles existent, abondent ici… On voit même quelques floraisons », se réjouit l’aventurier.
(Crédits : Flavien Saboureau)
Les albatros de Buller délicatement posés à la surface, tels les damiers du Cap, semblent composer un tableau éphémère de Jean-Jacques Audubon. Les otaries de Nouvelle-Zélande ajoutent cette touche particulière à cette parenthèse enchantée déjà incroyable. L’émotion de ces instants laisse planer un silence que seul le Zodiac déchire dans son retour vers l’Heritage adventurer. « Il faut du quelques minutes pour se remettre de ce cocon temporel », acquiesce-t-il, en vérifiant si les photos, de ce manchot qu’il ne reverra sûrement jamais, sont réussies.
Pour immortaliser ces jours, capter la lumière d’un souffle, « je m’octroie un moment isolé sur le pont arrière pour profiter une dernière fois de ces moments sur l’océan austral ».
Ils étaient dix… Dix Young Explorers, qui, avant de manger couchent sur papier numérique un daguerréotype de groupe. « Je saisis l’occasion de faire une photo avec Lindsay et Chris, les guides les plus sympas. »
Le dernier repas, à la table du capitaine, s’éternise. « J’en profite bien avant, les lyophilisés des jours suivants… » Le leader de l’expédition remercie les dix Young Explorers pour l’énergie et les connaissances partagées aux croisiéristes.
Puis, une ultime fois, Flavien s’arrive à la bibliothèque où il rend les livres empruntés. (Crédits : Flavien Saboureau)
Mais avant de partir, il fait don de ses chaussures de ville à Fergus qui les voulait. « Je ne vais pas me trimbaler des souliers qui me seront inutiles pendant près de deux mois. » Quelques jours avant le retour, il faut que je pense à en commander de nouvelles pour ne pas devoir me promener en sandales à mon retour, sourit-il. À suivre…
Lorsqu’on évoque des oiseaux mal-aimés, plusieurs noms viennent en tête. Mais deux énergumènes volent la vedette aux autres. Il s’agit de la pie et du corbeau. Bruyants, omniprésents, chapardeurs ou de mauvais augure selon les cultures, les siècles et les croyances… Mais derrière ces préjugés se cachent deux espèces d’une intelligence redoutable. Décriés, ils se moquent bien de ce les autres pensent d’eux. Alors, entre la pie, cette voleuse d’objets brillants, et le corbeau, stratège silencieux, lequel est le plus intelligent ?
L’un marche dans le vent tel un prince vêtu de nuit. Son plumage n’est pas noir, il est noir corbeau. Au sein de son œil, une mémoire, un éclat de sagesse, une prophétie. Son vol, il l’effectue sans bruit, cueilleur de secrets, sculpteur d’outils, stratège des grands silences. La pie, est messagère des bois, elle rit bruyamment et vole les reflets argentés. Sous ses trilles vifs se cache un esprit joueur, un regard espiègle avec un sérieux brin d’arrogance. Dans son nid, des trésors que seuls les poètes et les pies savent voir.
Deux oiseaux, deux destins.
Le grand corbeau (Corvus corax) comme ses cousins corvidés à savoir le choucas, la corneille noire… est un oiseau cosmopolite, adaptatif, que l’on retrouve des campagnes aux villes, dans l’ensemble de l’hémisphère nord. C’est un animal sociable, capable de vivre en groupes complexes et hiérarchisés. Quant à la pie bavarde (Pica pica), reconnaissable à sa queue irisée et son cri ricanant, elle habite aussi bien les jardins que les forêts d’Europe.
Longtemps considérée comme nuisible, elle est pourtant l’un des oiseaux les plus fascinants du règne animal. La pie bavarde est nettement insectivore. Pour autant, au même degré que le grand corbeau, elle est nécrophage. Donc il est fréquent de voir ses oiseaux au sol sur nos routes, suite à la rencontre malheureuse avec de véhicules avec des hérissons, blaireaux, oiseaux…
Les deux énergumènes sont comme l’être humain : omnivore. Qui selon le dictionnaire de l’Académie française est définit telle que : « qui se nourrit d’aliments d’origine animale comme d’origine végétale. L’ours et le porc sont des espèces omnivores. » Mal vus, moqués, ces deux oiseaux ont pourtant conquis les chercheurs du monde entier dû aux outils usités pour se nourrir. (Crédits : Tom Swinnen/Pexels)
Définir l’intelligence animale est un défi, que seuls les êtres humains s’efforcent à quantifier. Ainsi ce n’est pas une question de QI, mais plus des capacités cognitives adaptatives. C’est-à-dire apprendre, résoudre un problème, se souvenir, communiquer, planifier… Les corvidés rivalisent donc avec les primates sur plusieurs de ces plans, sans aucune exagération. D’autant que les corbeaux vivent généralement de 10 à 15 ans, quand les exceptions poussent au bel âge de 40 printemps.
De la stratégie à la conscience de soi
Des études menées notamment en Nouvelle-Zélande sur le corbeau calédonien montrent leur capacité et connaissance à utiliser plusieurs outils pour atteindre une récompense. En laboratoire, d’autres espèces de corbeaux ont reconnu des visages humains, anticipé de futures actions. Une étude parue dans Science en 2020 révèle que les corbeaux ne sont pas seulement intelligents, ils possèdent une conscience.
Similitude avec l’être humain ? « Les derniers ancêtres communs des humains et des corbeaux vivaient il y a 320 millions d’années », répond Andreas Nieder.
Mais la pie n’est pas en reste. Elle est le premier oiseau connu et l’un des rares animaux — huit au total — à réussir le test du miroir. Elle est également douée pour collecter des objets, comme illustré dans les aventures de Tintin d’Hergé : « Les bijoux de la Castafiore ». Elle mémorise l’emplacement de caches alimentaires, communique par un éventail de sons très nuancé. Son cerveau, bien que petit, est particulièrement dense et efficient.
La vérité, c’est qu’il n’y a pas de grand gagnant ici. Ces deux oiseaux partagent une intelligence environnementale et sociale, mais différente. (Crédits : Kabomani-Tapir/Pixabay)
Le grand corbeau excelle dans la stratégie, la manipulation d’objets, la mémoire complexe. La pie bavarde quant à elle se distingue par sa conscience de soi, son comportement ludique et sa communication sociale. La pie et le corbeau bousculent nos préjugés, idées préconçues sur les capacités du vivant. Longtemps cantonnés aux rôles d’oiseaux de malheur, ils nous rappellent qu’intelligence et beauté ne sont pas toujours l’apanage de l’être humain. Il serait grand temps de les regarder, non comme des nuisibles, mais comme des compagnons de l’ordinaire qui nous observent peut-être bien plus que nous ne les comprenons.
Depuis peu, les affaires sur les cyberattaques sont de plus en plus documentées. L’affaire qui est devant le tribunal correctionnel de Lyon, en France, avec les 14 prévenus et 76 000 victimes présumées, plus d’un million d’euros de préjudice, est l’affaire dite « Adecco ». Elle donne la possibilité à tout un chacun de toucher du doigt les conséquences d’une attaque cybernétique. Mais si elles peuvent être de type DDoS, il existe aussi des attaques de masse et chirurgicales, avec de vraies personnes derrière le clavier.
Si l’affaire dite « Adecco » parait hors norme, c’est par le nombre de personnes ayant ester en justice. Chaque jour, des milliers, voire bien plus encore, d’attaques cybernétiques se déroulent. Elles sont légion. Que cela se passe en temps de paix ou non, elles ne s’arrêtent jamais. Si l’espionnage ne date pas d’hier, le cinéma et les documentations des affaires déclassifiées alimentent l’intérêt général. La génération Z est plongée au cœur des cyberattaques au sens général du terme. Rares sont les personnes qui ne possèdent pas un smartphone, ou ordiphone, dans lequel se trouve leur vie numérique.
Les attaques de masse
Comme à l’usine, depuis l’avènement du fordisme, l’automatisation est devenue la norme. Ce que les cybercriminels ont compris depuis longtemps, c’est que l’automatisation rend le crime scalable. Les attaques de masse, souvent peu sophistiquées, balayent Internet à la recherche d’appareils mal configurés : caméras, imprimantes, routeurs réseau, babyphones, dispositifs de surveillance de l’environnement, machines agricoles, écouteurs ou détecteurs de fumée… En général, toute attaque a pour origine du phishing.
Une fois infectés, ces objets deviennent des « zombies », contrôlés à distance. L’une des attaques de masse emblématiques est, en 2016, due au logiciel malveillant Mirai. Le 21 octobre 2016, aux alentours de 7 h, une société d’infrastructures Internet, Dyn, est visée par une attaque DDoS (déni de service distribué). Une deuxième se produit vers midi, enfin une troisième vague vers 16 h.
Les créateurs — Paras Jha, Josiah White et Dalton Norman —, à travers leurs lignes de codes, mettent à genoux des services comme Twitter, Netflix ou GitHub en s’attaquant à l’infrastructure de Dyn. Impact mondial, coût minime. Les botnets sont soit centralisés, soit contrôlés par niveaux, ou décentralisés, les plus redoutables (Trojan.Peacomm, Stormnet). (Crédits : Ryan Lansdown/Pexels)
« Une semaine plus tard, ils mirent en ligne le code source à disposition partout dans le monde, peut-être dans une tentative de dissimuler leur trace », écrit CloudFlare. Il existe de nombreuses autres attaques de ce genre : NotPetya (2017/Lazarus), WannaCry (2017/Russie), SolarWinds (2020/APT29)…
Attaques chirurgicales
À l’opposé des attaques de masse se trouvent les APT ou Advanced Persistent Threats. Ce sont des offensives ciblées, chirurgicales, menées contre des organisations stratégiques. Qui dit attaques ciblées, sophistiquées et sur un temps persistant, dit forcément des groupes ou entités disposant de moyens considérables. Car elles reposent sur une cartographie précise de la cible, un phishing personnalisé avec du social engineering, et enfin une prise de contrôle discrète.
Le protocole est une machine bien huilée. Il commence par de la collecte d’informations publiques (OSINT). Elles proviennent de nos publications volontaires ou des fuites de données. S’ensuit une infection ciblée à travers un e-mail, un SMS, un vocal piège… Arrive la latéralisation. « La phase de déplacement latéral d’une attaque est celle où l’assaillant cherche d’autres systèmes à compromettre sur le réseau », explique Lindsay Kaye, directrice senior de l’Insikt Group de Recorded Future, en charge des résultats opérationnels. Les acteurs malveillants cherchent des accès, d’autres systèmes à infecter ou des informations intéressantes. « Le déplacement latéral se produit avant le dépôt de la charge utile finale, qu’il s’agisse d’un ransomware, d’un malware utilisé avec le soutien d’un État ou d’autres outils malveillants », poursuit Lindsay Kaye sur LeMagIT. Enfin vient l’extraction des données.
Contrairement aux cyberattaques dites opportunistes, les APT visent des objectifs quantitatifs et qualitatifs — entreprises stratégiques, infrastructures critiques, institutions publiques — dans une logique d’espionnage, de sabotage ou de manipulation.
Comme le téléfilm de la fin des années 80 Arsène Lupin, avec Georges Descrières, où « il vient chez vous la nuit sans déranger votre sommeil », ils cherchent la plus grande discrétion. Le but est simple : y demeurer des mois, des années, tout en collectant des informations sensibles ou en préparant des actions destructrices.
Les attaques via APT sont régulièrement attribuées à des acteurs étatiques ou paraétatiques, comme le groupe APT28, APT41 ou Lazarus. Ces attaques constituent aujourd’hui l’un des plus grands risques pour la sécurité économique et géopolitique mondiale.
(Crédits : Summer Stock/Pexels)
Parmi les groupes les plus actifs, il y a APT28 ou Fancy Bear ; le groupe serait lié au renseignement russe, tout comme APT29 ou Cozy Bear. Lazarus Group est lié à la Corée du Nord, comme le Bureau 121, Apt41 ou Winnti est un groupe chinois ; enfin APT33 est associé à l’Iran. Ce dernier ciblerait les secteurs de l’aéronautique et de l’énergie. Mais également Unit 8200 en Israël, Lulzsec aux États-Unis, The Dark Overlord ou encore Ugnazi.
Qui se cache derrière le clavier ?
Comme dans la série Profilage, chaque entité, individu, possède des traits qui lui sont propres. L’image du geek installé dans sa chambre avec des restes de pizza froide tient plus de la légende des films de série Z. Dans l’affaire dite « Adecco », le féru d’informatique n’avait que 17 ans. Tous les cybercriminels ne se ressemblent pas. Plusieurs profils se distinguent : l’individuel, animé par le défi, l’ennui, la vengeance personnelle ou l’appât du gain. Le crime organisé, les hacktivistes (Anonymous, LulzSec…), ceux des États… pour interférer dans une élection présidentielle ou créer un scandale.
Derrière les écrans, certains noms circulent comme des ombres, des fantômes aux visages familiers parmi les analystes de cybersécurité et les enquêteurs d’Interpol. Ils sont ainsi quelques-uns à faire l’unanimité des forces de l’ordre à travers le monde.
Le plus recherché est Dmitry Khoroshev. Il est identifié comme le responsable du ransomware LockBit. L’un, voire le plus prolifique des groupes cybercriminels. Les sommes extorquées dépassent le milliard de dollars.
Evgeniy Mikhailovich Bogachev, alias « Slavik » ou « Lucky12345 », est le créateur du malware Zeus GameOver. Il est accusé d’avoir orchestré le vol de plus de 100 millions de dollars via des institutions financières infectées. Aujourd’hui, il vivrait en Russie, sous la protection de l’État, avec une prime de 3 millions de dollars promise par le FBI sur sa tête.
Maksim Yakubets alias « Aqua », chef du groupe Evil Corp, a sur sa tête une prime de 5 millions de dollars. Il est accusé d’être responsable des malwares Dridex, Bugat. Du côté de la Corée du Nord, Park Jin Hyok est membre du célèbre Bureau 121. Ce dernier est soupçonné des attaques cyber contre Sony Pictures en 2014. Mais aussi la propagation du ransomware WannaCry qui a paralysé le NHS britannique et touché plus de 150 pays, et le piratage de banques via le réseau SWIFT. En Iran, c’est le groupe APT35 ou Charming Kitten.
Alexsey Belan détient le plus grand nombre de compromissions de comptes, avec plus d’un demi-milliard et le « piratage » de Yahoo en 2014. Et encore des noms comme Yevgeniy Nikulin, accusé du piratage de LinkedIn et de Dropbox. Quant à Moises Luis Zagala Gonzalez, alias « Nosophoros », il serait le créateur du ransomware Thanos (utilisé en Iran et en Russie). (Crédits : Andrew Neel/Pexels)
La plus grande compromission en France est la fuite des données de France Travail, anciennement Pôle emploi avec 43 millions de comptes touchés. La recherche et l’arrestation pour la présentation devant la justice des personnes présumées auteures des faits cités est souvent compliquée. Aux USA, l’arsenal judiciaire, bien que redoutable, est désarmé face à des États qui voient en ces cyber-mercenaires des leviers géopolitiques, telle la Chine, la Corée du Nord ou encore la Russie pour ne citer que ces pays. Le crime cybernétique n’est plus un jeu de solitaire, c’est une affaire d’infrastructure, d’influence et parfois, d’impunité.
Une bonne hygiène est possible
La numérisation accélérée des services, la généralisation du télétravail et la prolifération des objets connectés (IoT) décuplent chaque jour la surface d’attaque. Chaque terminal, chaque routeur, chaque employé est une porte potentielle de fuite ou d’entrée. Toutes les entreprises sont et restent vulnérables, les TPE encore plus. Leur manque de moyens, l’absence de référents sécurité (RSSI), la méconnaissance des risques…. Selon l’ANSSI, en 2023, on comptait une attaque toutes les 37 secondes dans le monde.
Prévenir plutôt que subir. La réponse n’est pas seulement technique. Elle passe la culture, l’organisation et l’information. Parmi les leviers possibles, la formation à la SSI dès le collège et dans l’entreprise. En effet, les données que rapporte Heaven sont impressionnantes. « 9 enfants sur 10, âgés de 12 ans, disposent déjà d’un smartphone au quotidien. » D’autant que la CNIL, dans son rapport, indique une augmentation significative des fuites en 2024.
« 5 629 violations de données ont été notifiées à la CNIL en 2024, soit 20 % de plus par rapport à l’année précédente. »
L’adoption de bonnes pratiques et d’hygiène informatique semble nécessaire. Mais également des tests d’intrusion, des simulations et des audits. Car la sécurité est un processus, pas un état où la vigilance doit être continue, évolutive et partagée. (Crédits : cottonbro studio/Pexels)
La cybercriminalité est une menace transversale, qui dépasse les frontières comme les disciplines. Elle est économique, stratégique, parfois politique, mais surtout : elle est persistante. Face à elle, la meilleure défense reste la lucidité. L’idée que « cela n’arrive qu’aux autres » est l’alliée la plus fidèle des attaquants. La résilience ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, par la formation, la prévention, la coordination.