Société

Nous mentent-ils ?

Le mensonge, qu’il soit pieux, dans le but d’être utile ou agréable, d’éviter un chagrin, afin de ne pas blesser, ou encore par obligation, par conservation de secret professionnel ou d’État, il reste un mensonge. Ce qui dérange est la multiplication et la fréquence des mensonges, car croire devient difficile, voire impossible. L’expression « à force de crier au loup » prend tout son sens dans un monde contemporain dit de « communication ».

Mais d’où vient ce mot mentir, et sa conséquence verbeuse qu’est le mensonge. Le verbe mentir est apparu au Xe siècle. Du latin, « mentiri », il donne pour vrai, affirmer ce qu’on sait être faux. Le nom issu du verbe est un mensonge, c’est la vérité, bref… Ce nom est issu du bas latin « mentio », de même sens, explique l’Académie française. C’est un propos contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper, voici le mensonge.

Les affaires « Alfred Dreyfus » et « François Mitterrand »

Le Lieutenant-colonel Alfred Dreyfus.

La première est l’arrestation, la condamnation et la dégradation du Lieutenant-Colonel Alfred Dreyfus (1859-1835). En 1892, Édouard Drumont fondateur du journal La Libre Parole (avec en sous-titre « La France aux Français »), antidreyfusard, nationaliste et antisémite, il est le créateur, avec le marquis de Morès, de la Ligue nationale antisémitique de France. Député d’Alger de 1898 à 1902, il est l’une des principales figures historiques de l’antisémitisme en France. Il est d’ailleurs le premier à annoncer à mots couverts l’arrestation d’Alfred Dreyfus. Le journal affichera cette une (voir ci-contre) après les deuxièmes procès et condamnation de Dreyfus le 10 septembre 1899. Ce dernier est accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne et passe devant le conseil de guerre le 19 décembre 1894. Le 5 janvier 1895, il est dégradé dans la cour d’honneur de l’École militaire de Paris devant une foule haineuse criant « À mort Judas ! Mort au juif ! » Il sera réhabilité le 12 juillet 1906.

Le président François Mitterrand

L’autre se passe quelques années ultérieurement. Le 16 octobre 1959, un commando tire à la mitraillette sur la voiture du sénateur de la Nièvre, François Mitterrand. Près du jardin du Luxembourg, à Paris, il échappe à l’attentat en se réfugiant dans le jardin de l’Observatoire. Son sang-froid est célébré dans les jours qui suivent. Pourtant les soupçons changent de direction. « Le Sénat va lever son immunité parlementaire et Mitterrand sera inculpé. Mitterrand, la fausse victime, le menteur, accuse le coup. Des amis le voient pleurer, le pensent proche du suicide », raconte Claude Askolovitch sur France Inter.  Ce qui est sur, c’est que le mystère reste entier. L’ancien gaulliste devenu poujadiste Robert Pesquet — ayant avoué l’organisation de l’attentat et rencontré François Mitterrand auparavant — est-ce qu’il l’a fait avec la complicité de François Mitterrand pour remettre ce dernier au cœur du jeu politique ? Ou pour discréditer le futur président de la République. À vous de vous faire une idée.

Tchernobyl, mensonge d’État français

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl explose. 650 000 militaires, pompiers, mettront dix jours avant de maîtriser l’incendie. Sous la présidence de François Mitterrand, et Jacques Chirac Premier ministre, en place de puis cinq semaines, une politique du silence est mise en place pour ne pas ébranler la confiance des Français quant au nucléaire. « Il y a ce que l’on appelle un lobby du nucléaire, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui ont des énormes intérêts financiers à ce que le nucléaire, soit bien perçu par la population », explique Jean-Claude Bourret présentateur du journal télévisé (1975-1987).

Communiqué mensonger

À l’époque l’éminent professeur Pierre Pellerin du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants), sous la tutelle de la ministre Michèle Barzach, ministre de la Santé et de la Famille. « Je voudrais bien dire, ici, clairement, que même pour les Scandinaves la santé n’est absolument pas menacée […] ça ne menace personne, sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l’usine et encore […] », martèlait le professeur. Même la journaliste et présentatrice du bulletin météo Brigitte Simonetta se veut rassurante : « En France, l’anticyclone des Açores s’est développé, la météo affirme qu’il restera jusqu’à vendredi prochain suffisamment puissant pour offrir une barrière de protection. Il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’est. » Interrogée pour le magazine en 2002, elle explique avoir fait de son mieux avec les informations reçues « Je me demande si à l’époque je n’ai pas preuve d’incompétence, j’éprouve des remords avec ce que l’on sait maintenant […] », raconte-t-elle dans l’émission Secrets d’actualité présentée par Laurent Delahousse. Pour autant comme explique les paroles de la chanson « Né en 17 À Leidenstadt » de Jean-Jacques Goldman « Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens… ».

Le nuage contenant des composants issus de l’explosion du réacteur n°4 de de la centrale nucléaire de Tchernobyl a parcouru l’ensemble de la France et la Corse. (Crédits : DR)

Le nuage est passé sur la France

Aujourd’hui, la vérité est crue, le nuage est bien passé sur la France contrairement à ce que disait l’État. Jean-Claude Zerbig, ingénieur au commissariat à l’énergie atomique (1965-1998) à Saclay, en région parisienne. « Toutes les alarmes étaient en déclenchement, ça sonnait de partout et les gens ne voyaient pas du tout d’où ça pouvait venir », soulignait l’ingénieur en se rappelant du 1er mai 1986. Dans la caserne d’Ajaccio, le déclenchement du détecteur de radioactivité sonne à 10 h 20 selon la main courante de la caserne le 2 mai 1986. Nice-Matin écrivait dans son édition du dimanche 4 mai 1986 : « Ajaccio : un étrange nuage a enveloppé, avant-hier soir le centre-ville d’Ajaccio, lui donnant pendant quelques minutes un aspect fantomatique […] L’appareil en provenance de Paris, à 21 h 35 et celui venant de Nice, à 22 h, n’ont pas pu se poser sur la piste de Campo-dell’Oro, la visibilité étant inférieure à 200 m ». Le 6 mai 1986, une missive arrive de l’hôtel de Villeroy : « Le territoire français a été totalement épargné’ affirme le communiqué du ministre de l’Agriculture », François Guillaume. Corine Lalo, journaliste grand reporter intriguée se rends à la frontière franco-allemande, tous les chiffres lui sont donnés sur l’ampleur de la catastrophe. La vérité arrivera le 10 mai 1986, sur le plateau de Jean-Claude Bourret.

La frontière entre la vérité et le mensonge est mince, elle dépend du point de vue et des intéressés. (Crédits : Getty Images/iStockphoto)

L’omission est-elle un mensonge ?

Elle est l’action d’omettre, manquer à faire, à dire une chose. Du côté du droit, c’est un terme de jurisprudence qualifiant le manquement à une chose exigée par la loi, et qui, dans certains cas, entraîne la nullité. En droit, cela va bien plus loin. La non-dénonciation de crime est un délit. (À ne pas confondre avec la Délation, qui est une Dénonciation inspirée par l’intérêt, la haine, le désir de nuire ou le sectarisme). Le fait, pour quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 € d’amende (Code pénal, art. 434-1). Lorsque le crime visé au premier alinéa de l’art. 434-1 constitue une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation […] la peine est portée à cinq ans d’emprisonnement et à 75.000 € d’amende (Code pénal Art. 434-2).

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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