Les pandémies à travers les âges

De nombreuses personnes expriment, sur l’internet, qu’une pandémie arriverait tous les siècles 1820, 1920, 2020… Ils semblent oublier celles des années 1957 et 1968, le SIDA ou encore la tuberculose, pour ne citer que ces dernières. De l’ignorance à la désinformation, jusqu’au complot, il n’y a qu’un pas que tout un chacun peut franchir consciemment ou inconsciemment.

Le dictionnaire de l’Académie de médecine définit le terme pandémie par : « Épidémie qui frappe de nombreux pays ou le monde entier ou qui atteint la plupart des individus d’un même pays. » L’étymologie de pandémie est issue du grec « pan », qui signifie « tout » et « demos » pour « peuple ». Elle survient lorsqu’un nouveau virus, ou bactérie apparaît, se propage dans le monde entier, en l’absence d’immunité dans la grande majorité de la population, par exemple un nouveau type de grippe.

Depuis quand existent-elles ?

Les témoignages de pandémie se transmettent grâce à l’écriture. Les grandes épidémies sont rares, puis augmentent avec les échanges commerciaux. Ainsi la première épidémie connue fut la peste dite « d’Athènes » entre 430 à 426 avant notre ère. C’est au début de la guerre du Péloponnèse, en 430, quand les spartiates entrent en Attique, péninsule et région de la Grèce, menée par Périclès, que la force des Athéniens est vaincue par un ennemi invisible, mais meurtrier, la peste.
Décrite par l’historien Thucydide — atteint puis guéri —, la maladie se manifeste par des diarrhées, des rougeurs, des convulsions précédées par des fièvres. Elle aurait tué plus du quart de la population de l’Attique. « Il brûle d’une fièvre si dévorante qu’il ne peut supporter le contact des tissus les plus légers. Il faut rester nu. Par désir d’une eau fraîche, beaucoup, pris d’une soif inextinguible, sont entraînés à se jeter au fond des puits », raconte l’article « La peste d’Athènes. Épidémie et conséquences politiques » d’Olivier Battistini pour Conflits.

De l’année 165 à 190, la peste Antonine, a touché l’Empire romain, durant les règnes de Marc-Aurèle et Commode. Il s’agit probablement d’une épidémie de variole. Elle est connue par des écrits antiques, dont celui du médecin Gallien. Elle aurait tué environ 10 % de la population, soit plusieurs millions d’individus.
La variole est une affection contagieuse aiguë, causée par le virus variolique. Elle se transmet d’un individu à l’autre par des particules en suspension ou des gouttelettes provenant des personnes infectées qui présentent les symptômes de la maladie. « Suite à une campagne de vaccination mondiale menée par l’OMS, la variole a été déclarée éradiquée en 1980. Elle ne survient plus de façon naturelle, mais des stocks de virus variolique sont encore conservés dans deux laboratoires de confinement renforcé », souligne l’OMS.

Michel Serre, Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720 (DR)

Près de 50 000 cas de peste entre 1990 et 2020

La toute première pandémie n’arrive qu’à partir du milieu du Ve siècle. La peste – Yersina Pestis – serait probablement venue d’Asie, par la route de la soie. Dans le livre « Les Sociétés en Europe du milieu du VIe à la fin du IX siècle » où les textes sont réunis et présentés par Alain J. Stoclet, l’historien Procope de Césarée raconte : « Il y eut en ces temps-là une pestilence qui manqua d’emporter la race humaine tout entière. […] Elle ne se manifesta pas seulement dans une région ni n’affligea tel homme plutôt qu’un autre […], mais embrassa toute la terre et prit la vie de tous les hommes. […] ». L’estimation du nombre de morts, principalement autour de la méditerranée, oscille de vingt-cinq à cent millions de décès.
Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, livre quatrième « De la mort de Théodebert Ier à celle de Sigebert Ier, roi d’Austrasie (547 – 575) » raconte : « […] il y eut dans tout le pays une telle mortalité sur le peuple, qu’il est impossible de compter les multitudes qui périrent. Comme les cercueils et les planches manquaient, on en enterrait dix et plus dans une même fosse ; on compta, un dimanche, dans une basilique de Saint-Pierre, trois cents corps morts. La mort était subite ; il naissait dans l’aine ou dans l’aisselle une plaie semblable à la morsure d’un serpent ; et ce venin agissait tellement sur les hommes qu’ils rendaient l’esprit le lendemain ou le troisième jour [xxxvi] ; et la force du venin leur ôtait entièrement le sens. Ainsi mourut le prêtre Caton […] » Comme le fit le pape Pelage II, en 590.

La peste noire, du XIVe siècle à aujourd’hui

La plus grande épidémie de l’histoire est sans doute celle de la peste noire, qui débuta en 1347 pour finir en 1352. Elle aurait tué d’un tiers à la moitié de la population européenne, soit environ 34 millions de personnes. À nouveau, elle arrive par la route de la soie. Constantinople fut la première ville touchée en Europe, puis Marseille… Elle atteint les îles britanniques et la Scandinavie.

Carte de diffusion de la peste noire en Europe et Afrique du Nord. (Crédits : FlyingPC)


Elle frappe de nouveau et à maintes reprises au XVIIe siècle, à Lyon. Puis en 1656, plus de la moitié des habitants de Naples sont morts, leur nombre est estimé à 450 000. Dix ans plus tard, c’est Londres qui est meurtrie. Près de 100 000 décès, soit 20 % de la population. Le grand incendie de la City du jeudi 2 septembre au lundi 6 septembre 1666 aurait aidé à clore la pandémie. Le même nombre de défunts est à déplorer en Provence. Arrivée par le biais d’un navire marchand en 1720, jusqu’à 1722, cette épidémie de peste est la dernière sur le sol français. « La peste est une maladie infectieuse très grave chez l’homme avec un taux de létalité de 30 % à 100 % en l’absence de traitement », prévient l’OMS. Selon la voie d’infection, il est observé trois formes de peste : la peste bubonique, septicémique et pulmonaire. La forme bubonique, caractérisée par une tuméfaction douloureuse des ganglions lymphatiques appelés « bubons », est la plus courante.
De 2010 à 2015, l’OMS rapporte que 3248 décès sont imputés à la peste.

« Le ministère attaqué du Choléra morbus », estampe de Grandville (Crédits : Gallica-BnF)

Variole, Choléra, Grippes…

Chassez une épidémie, une autre prend la place. La variole fut un fléau majeur durant trois siècles, de 1500 à 1800. À la fin du XVIIIe siècle, le médecin anglais Edward Jenner vaccine James Phillips 8 ans, le 14 mai 1796. Il utilise du pus issu de la vaccine des vaches, maladie apparentée, mais bénigne pour l’homme. Ce sera le début avec succès de la vaccination.
De 1817 à 1923, c’est le choléra qui fait des ravages. À travers six pandémies, de l’Asie — dont il est originaire — au continent américain en passant par l’Europe, l’infection fera des millions de morts. Mais c’est la troisième vague de 1852 à 1860 qui sera la plus meurtrière.
De 1855 à 1945, la peste de Chine a fait des ravages en Inde, avec une dizaine de millions de morts. L’Europe et l’Amérique maîtriseront les quelques cas.

Les soldats suédois touchés par l’épidémie de grippe qui a ravagé la planète en 1918. (Crédits : EL MUNDO)

50 millions de morts


La grippe espagnole est la plus forte pandémie ayant frappé l’Europe depuis la peste noire du XIVe siècle. Elle aurait tué entre 20 et 50 millions de personnes en 1918 et 1919, selon l’OMS (voir tableau ci-dessous). Originaire d’Asie, elle apparaît en mars 1918 dans les bases militaires américaines, au Kansas. Nommée ainsi, car l’Espagne, non soumise au secret militaire, fut la première à en parler publiquement. Le virus s’est propagé comme une traînée de poudre, suite à l’arrivée, en Europe des militaires d’outre-Atlantique.
De 1956 à 1958, la grippe asiatique affecte mortellement d’un à quatre millions de personnes, essentiellement en Asie. Les souvenirs français sont moindres, elle aurait causé 15 000 décès. Une décennie plus tard, la grippe de Hong-Kong sévit. Si elle laisse peu de souvenirs aux Français, elle dénombre 30 000 morts dans l’hexagone, et jusqu’à 4 millions selon l’OMS. Quant à la grippe H1N1, dite « influenza », elle engendre entre 100 et 400 mille décès. Les jeunes adultes et les enfants sont les plus touchés.

Tableau récapitulatif des pandémies de grippe (Crédits : OMS)


La tuberculose a contaminé 10 millions de personnes, dont 1,4 million de morts dans le monde en 2019 : 56 % sont des hommes, 32 des femmes et 12 % sont des enfants.


Chaque semaine, environ 5500 jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont infectées par le VIH.


Le virus d’immunodéficience humaine (VIH) communément nommé SIDA atteint le système immunitaire. Les premiers signes sont apparus en 1970, aux États-Unis. À ce jour, un traitement à base de médicament antirétroviral peut permettre de vivre comme tout un chacun. 26 millions de personnes avaient accès à la thérapie antirétrovirale en juin 2020. Sur les cinq continents, 38,0 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2019, 1,7 million est devenu nouvellement infecté en 2019. Des maladies liées au sida en 2019, 690 000 personnes meurent. 75,7 millions ont été infectés par le VIH depuis le début de l’épidémie.
Au total 32,7 millions de personnes décédées de suite de maladies liées au sida depuis le début de l’épidémie (fin 2019) selon l’ONUSIDA.

Message explicite et sans équivoque (Crédits : ONUSIDA)

« Les femmes et les filles représentaient environ 48 % de toutes les nouvelles infections à VIH en 2019. En Afrique subsaharienne, elles représentaient 59 % de toutes les nouvelles infections. Plus d’un tiers (35 %) des femmes dans le monde ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou des violences sexuelles de la part d’un partenaire non régulier à un moment de leur vie. Chaque semaine, environ 5500 jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont infectées par le VIH », martèle l’ONUSIDA

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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