La pression de l’ensemble du voyage est relâchée dans l’aéronef. Tant et si bien que Flavien passe la majeure partie du vol à dormir. C’est aussi, pendant ce laps de temps où il est bloqué dans un espace réduit, le moyen de faire un récapitulatif du périple. Contrairement aux précédents, pas un seul microbe ou virus n’a voulu accompagner l’aventurier du bout du monde. Si un leitmotiv est nécessaire, le naturaliste sait qu’à la fin de la journée, il roupillera dans son lit… Et ça, ça n’a pas de prix !
« Le premier trajet en avion d’Auckland à Shanghai s’est déroulé à une vitesse folle. » Flavien a tellement bien réussi à dormir — ce qui n’est pas courant en vol — qu’il n’a pas pu réaliser l’écriture qu’il souhaitait accomplir, avant l’atterrissage à Shanghai. Arrivé là-bas vers cinq heures, avec un départ pour la France à midi et demi, « je n’ai pas le temps de visiter la ville comme j’avais pu le faire à l’aller. Alors, je m’installe dans un hall après avoir traversé cet énorme aéroport, désert à cette heure-là. »
Le retour, tant attendu au bercail
« D’ailleurs, l’une des grandes chances de ce voyage tient dans le fait que je n’ai pas été malade une seule fois. J’en ai pourtant bu de l’eau des rivières, subi des chocs de températures… À croire que la bonne étoile était au-dessus de moi. » Durant cette période, l’aventurier s’occupe à parcourir les lignes du livre : Above the Treeline. Installé sur son siège en partance pour Paris, « je sors l’autre — Ghosts of Gondwana — que je dévore de nombreuses heures. Je ne réussis pas à ferme l’œil comme sur le précédent vol. » C’est la première fois que Flavien lit aussi longtemps en anglais.
« Ça demande une concentration de chaque instant. Ce qui est loin d’être une lecture reposante. » Parfois, sans sommation, la fatigue l’emporte, et le naturaliste s’endort du sommeil du juste. « J’ai même loupé un repas qui me sera apporté un peu plus tard. »
Après avoir atterri à l’aéroport Charles de Gaulle à 18 h 30, avec une demi-heure de retard, « je crains pour mon train qui part de la gare Montparnasse à 19 h 50 pétantes. » Comme on dit, que le bonheur ne vient jamais seul : « Mon bagage met du temps à arriver ».
Vingt minutes de retard, et quarante euros plus tard
C’est alors qu’il s’engouffre dans le RER B, puis entre dans une rame de métro, mais le retard ne se rattrape jamais. Arrivé à 20 h 10, « je réserve une place dans le dernier train. Il part à 21 h. Dans cette expérience, je dépense quarante euros… mais ce soir, je dors dans mon lit. »
L’aventurier du bout du monde résiste tant bien que mal à l’appel du téléphone pour faire le point sur sa pérégrination. « Avec toutes ces aventures loin de la maison, je ne mesure pas encore la chance que j’ai eu. De l’opportunité dont j’ai pu profiter en voyageant. Aujourd’hui, je prends l’avion comme ma voiture, grommelle-t-il. Ça doit rester exceptionnel. »
Flavien prend alors une respiration lente et profonde, dite diaphragmatique. Elle ponctue d’une pause sa réflexion, comme une ronde. « Je n’ai pas envie de consommer les périples, comme au fast-food. Il faut que ça subsiste un événement. De toute façon, ce voyage a terminé de me ruiner, il me sera difficile de repartir très prochainement. Je suis pauvre de patrimoine, mais je suis riche de découvertes et de rencontres. » (Crédits : Adrien Olichon/Pexels)
L’introspection continue. « Dans l’ensemble, je crois que ce voyage a été moins rempli d’imprévus que l’année dernière. Il demeure plus passionnant d’un point de vue naturaliste, mais après tout, quel est l’intérêt de comparer !J’espère —et je souhaite —que l’existence puisse encore m’offrir de nouvelles aventures. Qui sait, cette fois, elles seront peut-être partagées. » Le retour à la vie civile semble être comme ces sous-mariniers qui foulent la terre ferme après de long mois de navigation. « Postuler à Gough Island ? Trouver un job en Nouvelle-Calédonie ? M’inscrire à des cours de voile ? Reprendre mon quotidien en métropole ? » Il y a pléthores de questions qui se bousculent au portillon. « En attendant, quelle chance j’ai eue, avant mon 27e printemps, de découvrir toutes ces contrées australes que je ne soupçonnais même pas, il y a quatre ans. »
En ce dimanche 16 février 2025, Flavien s’enquiert de pain et de viennoiseries. Mais, chaque pays possède ses us et coutumes. Si en France, la majorité des bourgs se charge d’une bonne odeur de pain chaud, même le matin, ici l’aventurier du bout du monde rencontre des difficultés. Puis, il embarque vers l’île volcanique de Rangitoto, sa dernière visite sur une terre néo-zélandaise. Mais un autre cadeau l’attends, comme lors des ultimes kilomètres avant de retrouver son nid douillet, sa maison, son lit.
Il n’est pas encore huit heures à sa montre que Flavien est déjà debout. Un mélange d’effervescence, d’envies de découverte apparaît. « Je prépare mon sac pour partir sur Rangitoto Island, dans le golfe d’Auckland. » Mais avant d’arriver au quai d’embarquement pour 8 h 45, « je passe acheter du pain et des cookies. Il n’est pas aisé de trouver quelque chose d’ouvert aussi tôt un dimanche matin. » Après une demi-heure d’attente, où il aura fallu biosécuriser les chaussures : « j’embarque ».
Une rencontre volcanique
Le temps s’assombrit. « Ils ont annoncé de la pluie pour aujourd’hui », indique l’aventurier déjà au fait des prévisions météorologiques. « Après une vingtaine de minutes de ferry, nous débarquons sur l’île. J’en ai foulé des volcaniques — Amsterdam, La Réunion, l’Ascension — mais celle-ci, avec 600 ans d’âge, est la plus jeune de toutes. » Un détail que tout naturaliste observe, contrairement à tout un chacun, « toutes les scories n’ont pas encore été colonisées par les plantes ». La forêt est relativement jeune et clairsemée, remarque-t-il. « Je me dirige, comme des dizaines d’autres, vers le sommet, plutôt bas — 260 mètres — pour une île de cette taille — 23 km2 —. La montée n’est pas bien compliquée, mais il y a quand même des randonneurs au bout de leur vie… »
Là-haut, le panorama sur Auckland est imprenable malgré les quelques ondées marines qui obscurcissent partiellement l’horizon.
Malgré une météo instable, le naturaliste reste sec pour le moment. « Sur le chemin descendant vers les grottes de laves qui se traversent sur quelques dizaines de mètres, je sortirais le téléobjectif pour photographier des oiseaux, comme le saddleback, déjà vu auparavant. »
En milieu de journée, Flavien se pose pour manger son dernier et habituel en-cas. Vous l’aurez sans doute deviné, à force de lire ces quelques lignes : du pain et du brie. Une fois repu, il reprend le cours de sa marche. Avec un clin d’œil amical et amusé de la nature néo-zélandaise à l’aventurier, « j’enfile mon ciré avant que la pluie ne s’arrête aussitôt ». (Crédits : Flavien Saboureau)
Comme à son habitude, il préfère les sentiers peu fréquentés et vides de personnes. « J’ai pris des chemins bien différents des autres, je ne croise plus beaucoup de monde. » En début d’après-midi, il déniche l’unique pied de Psilotum nudum. « C’est une fougère primitive que je n’ai observée qu’à La Réunion avant ça, je suis content. » Il est 14 h 15, et, pour rejoindre l’embarcadère, Flavien doit parcourir cinq kilomètres et demi. « Je presse le pas, le bateau nous récupère à 15 h 45. »
Sûr de lui, il s’octroie une petite pause sur une plage de sable noir où il observe le Martin-pêcheur de Nouvelle-Zélande. « Il est bien moins grand que celui de Patagonie », ajoute-t-il.
La route du bord de mer est plate et large, donc longue… Les mangroves poussent directement sur la lave : « C’est étonnant et unique, paraît-il ».
Après un rythme effréné, « j’arrive avec vingt minutes d’avance sur l’horaire. » Peur de louper le ferry ou envie de battre un record, l’aventurier se repose dans un abri. « Je suis rincé de ma dernière grande marche en Nouvelle-Zélande. » Les conditions de navigations ont changé. La houle se forme, le bateau danse la gigue. « L’embarquement est compliqué pour certains. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Les conditions climatiques depuis l’île d’Amsterdam, le voyage en Amérique du Sud et la Nouvelle-Zélande ont eu raison de ces écouteurs. « J’en achète de nouveau, et du poulet pané pour ce soir. » L’aventurier ne se voit pas durant presque une journée entière sans pouvoir s’isoler à l’instar des grands compétiteurs. De retour à l’auberge, « je prends une douche et je ne peux résister à Morphée. Je ne sais pas pourquoi je suis tant crevé, j’ai fait bien pire, sûrement le relâchement… » Après le repas, il discute via de nombreux messages pour préparer son retour, évoque-t-il. Il est minuit passé du quart d’heure poitevin, quand il ferme les deux yeux à la fois.
Un (dernier) petit tour et puis s’en va…
Pour le dernier réveil sur cette partie du globe, Flavien prend le soin de s’offrir du temps. L’aéronef ne s’envole qu’à vingt-deux heures. « Ce matin, comme hier, je ne suis pas pressé. D’ailleurs, je n’ai rien prévu. » Émergeant tranquillement, il sort à petits pas d’un état mélange de lassitude, de fatigue et de besoin de revenir sur les terres lavaucéennes.
« J’émerge doucement, je réponds à quelques messages et termine la préparation de mon sac. » Il s’offre une ultime douche jusqu’à son retour à la maison. La course au billet de banque souvenir s’enclenche. Comme un au revoir, « je passe une dernière fois au New World pour acheter mes habituelles viennoiseries, je payerai en cash pour avoir un billet de cinq NZD, mais celui qui ressort est gribouillé, pas de chance. »
Seul au milieu de gratte-ciel, après avoir mangé, il met le cap vers le musée maritime. Une aspiration de connaissance, histoire et culture générale, se termine à 16 h 15, après deux heures pleines et entières de visite.
Cinq dollars néo-zélandais en poche
Il est temps ! Temps de dire véritablement au revoir à la Nouvelle-Zélande. « Je me déplace, comme un vieil habitué, dans l’équivalent d’un RER pendant 40 minutes avant d’emprunterun bus jusqu’au terminal international. » Une fois sur le lieu, il scinde son chargement en trois. Un pour la soute, le matériel photo avec lui en cabine, et un dernier cartonné pour y mettre les livres achetés avant-hier.
Il est 19 h 30. « Je passe la douane et la sécurité avant d’arriver au Duty Free. J’aimerais y retrouver un billet de cinq dollars propre et pourquoi pas un de dix. » Aucun magasin ne se montre coopératif. « Je retire alors 50 NZD à un ATM. » Puis, avec cette somme en poche, Flavien revient dans une boutique pour le scinder en petites coupures. « Mes billets de cinq et dix dollars néo-zélandais en main, je pars au bureau de change pour récupérer le tout en euros. »
(Crédits : Flavien Saboureau)
Arrivé en salle d’embarquement, l’attente est courte, tout s’enchaîne parfaitement. « Je monte alors dans l’avion. C’est mes derniers pas sur cet incroyable pays que j’ai eu la chance de fouler, de son point le plus méridional à son point le plus septentrional. Installé, j’ai hâte qu’ils passent avec le repas, car j’ai très faim après le tout petit en-cas du midi. » À suivre…
Alors qu’il ne reste que cinq petits jours avant le terme du périple néo-zélandais, l’aventurier du bout du monde se réserve un mets de choix pour la fin. Un sanctuaire, un lieu préservé : l’île Tiritiri Matangi. La quintessence de son voyage sur quarante-huit heures. Ce sanctuaire insulaire abrite une gamme inégalée de faunes sauvages. Un paradis accessible seulement par le ferry spécialement affrété, et 90 NZD. Mais, cerise sur le gâteau, Flavien a la chance qui lui sourit — une fois encore — il y a deux semaines, quand il réussit à retenir une nuit sur place.
« C’est un jour mémorable », affirme Flavien avec joie. Sur un conseil appuyé de Fabrice, le naturaliste réserve la visite de ce lieu saint. « Je me suis octroyé cette île sanctuaire pour le terme du voyage. » La chance m’a souri, glisse-t-il malicieusement. « Il y a deux semaines, j’ai réussi à organiser une nuit là-bas pour 45 NZD dans la hut du DOC. » Une planification mesurée de la fin de son périple pour que ça concorde avec cette date, la seule disponible.
Les sept fantastiques sous l’œil de Flavien
« Ce matin, après avoir déposé quelques effets à l’auberge — car je n’ai besoin que de mon duvet — je prends la direction du ponton d’embarquement sur le front de mer en plein centre-ville. » Avant tout, il faut une nouvelle fois biosécuriser l’ensemble de ses affaires. Puisque cette île est exempte de prédateurs depuis plusieurs décennies. C’est d’ailleurs une des fiertés des Néo-Zélandais. « En termes de conservation, de nombreuses espèces rares y trouvent l’un de leurs derniers refuges. »
Un peu plus d’une heure de navigation est nécessaire pour rallier cet endroit insulaire. En chemin, le naturaliste observe quelques puffins, quelques fous austraux et même quelques manchots pygmées. « Il y a beaucoup de monde sur le bateau, mais la plupart reparte avec le ferry pour 14 h 40. Seule une dizaine d’individus sont autorisés, comme moi, à dormir sur l’île chaque nuit. »
À peine débarqué que l’ambiance sonore est incroyable. Bien plus encore que Zealandia ou Ulva Island, les sanctuaires précédemment visités par le baroudeur. « J’essaie de m’écarter de la foule, en vain, au vu du nombre de personnes descendues. »
Alors, Flavien se rend à la hut pour y déposer ses affaires et se restaurer. « Je rencontre les autres passionnés de nature qui vont dormir là cette nuit. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Deux femmes habituées lui donnent de précieuses suggestions pour trouver « les quatre espèces que je suis venu observer. À savoir Kokako, Takahē, Gecko de Ducaucel et surtout le Wētā punga (Giant Weta). Le plus gros insecte du monde qui serait visible de jour contrairement à ses cousins ». Suivant à la lettre les conseils avisés, « J’emprunte le sentier de la côte est. Le plus long, donc délaissé par les touristes descendus ce matin ». Après un peu plus de quinze minutes de marche à scruter la canopée des petits arbres « je trouve mon premier Giant Weta. Comment je suis heureux ! »
Comme le collectionneur, le naturaliste a enfin vu tous les types de Weta. Le premier observé est un mâle. Il est plus petit, mais quelques encablures plus loin, je trouve une femelle. « Elle peut peser jusqu’à deux souris et faire onze centimètres de long. » Affublé de son téléobjectif, il mitraille tel un paparazzi.
« Quand je m’approche, ils lèvent les pattes arrière pour paraître plus impressionnants encore. » Il joue à l’acrobate pour tenter de se placer au plus près. Juché sur un promontoire, il perçoit du bruit.
Flavien, surpris dans sa concentration, perd l’équilibre saute à la hâte et se réceptionne mal. « J’ai peur de m’être blessé à la cheville droite. »
(Crédits : Flavien Saboureau)
Fort heureusement, elle ne gonfle pas, mais la douleur est persistante à chaque pause. « Je continue lorsqu’au milieu de l’île, j’observe mon premier couple de Kokakos (Glaucope de Wilson). » Ces oiseaux très rares aux magnifiques joues bleues ont échappé de peu à l’extinction. « Il y aurait 70 tandems ici, mais je n’en reverrais pas de la journée. »
Après avoir effectué un tour complet, où l’on peut voir de magnifiques baies vierges, le naturaliste revient à la hut. Les visiteurs sont repartis. L’île est véritablement plus calme, les oiseaux encore plus nombreux.
« Malgré cela, je ne déniche pas le Takahē, l’un des emblèmes de la Nouvelle-Zélande. » La nuit s’annonce courte, plus une sieste qu’autre chose. Flavien se repose, recharge ses batteries, comme celles de son appareil photo. « Je discute avec un volontaire qui œuvre ici depuis 40 ans. Il me donne plein de petits trucs et astuces, en particulier l’endroit où trouver les geckos. » Après avoir englouti des pâtes au thon et pesto rosso, Flavien honore son rendez-vous avec l’étoile qui se situe dans le bras d’Orion. « Je vais voir le coucher de soleil sur le point haut de l’île, c’est magnifique », acquiesce le poète. (Crédits : Flavien Saboureau)
Puis la nuit tombée, tous ceux qui dorment ici se dispersent sur l’île à la recherche des trésors à la frontale : Kiwi d’Owen, Totara, Gecko, Weta. « Mon premier sera le Kiwi. Oui, j’ai réussi à voir le kiwi une seconde fois ! » La rencontre sera beaucoup plus fugace que la précédente. Il est impossible à Flavien de le photographier avec lumière rouge. Je garde le souvenir pour moi cette fois, se confie-t-il.
« Je continue mon chemin et trouve mon premier et unique centipède. Un mille-pattes géant et impressionnant, qui se cache sous une écorce, pas facile de lui tirer le portrait. »
Durant une heure, Flavien arpente par monts et par vaux en vain… Jusqu’à l’apparition, d’un Totara, « le Sphénodon que j’ai vu à Zealandia, produit un boucan pas possible dans les feuilles ». Il réussit, tant bien que mal, à en extraire quelques clichés. « Il me semble stressé, je n’insiste pas. »
Il est bientôt minuit, sa frontale est toujours chargée, alors il persévère. « Voici que se montre le Wētā punga à quelques centimètres de moi, c’est énorme comme bestiole. » Le naturaliste le photographie sous toutes les coutures. (Crédits : Flavien Saboureau)
Puis, en clôture de cette incroyable journée, il débusque cinq minutes plus loin, un gecko posé sur sa branche. « On m’a dit qu’ils se cachaient à la lumière blanche… mais en fin de compte, je réussis à faire des photos sans trop l’incommoder. » Sur la crête, le naturaliste en croise finalement des dizaines, situés dans les souches de Phornium tenax.
En fait, séjourner la nuit sur l’île, c’est plus une grosse sieste qu’autre chose, affirme Flavien d’un œil. « C’est l’un des derniers groupes taxonomiques à apercevoir ici avec la grenouille que je n’ai toujours pas vue », commente le naturaliste.
La mission est accomplie. Il est à présent une heure passée de trente minutes, quand l’aventurier va se enfin coucher. « J’ai des étoiles plein les yeux, quelle île ! »
Mais pour pouvoir profiter du chant auroral des oiseaux, il faut se lever véritablement tôt. « Demain matin, le réveil est prévu avant 6 h 30. Que la nuit s’annonce courte », anticipe Flavien.
(Crédits : Flavien Saboureau)
« La faune sauvage de Tiritiri Matangi est un mélange de créatures qui sont arrivées ici d’eux-mêmes, ou ont été transférées d’îles voisines, telles que Te Hauturu-o-Toi/Little Barrier Island. Cela a fondé une population qui reflète principalement ce que les habitants d’origine auraient été. » Alors, si le cortège faunistique est multiple, les chants qu’il pourrait entendre sont issus des Takahē, Mātāta, Kōkako, Pōpokotea, Pāteke, Ruru, Titipounamu, Toutouwai, Hihi, Kiwi Pukupuku, Tūī.
Une symphonie comme réveil-matin
« Ce matin, la levée du corps est à 6 h 25. » Tous les pensionnaires de chambrée sont déjà partis sur les chemins. « Sur la route pour rejoindre les forêts, je crochète via une prairie espérant voir le Takahē de bon matin. Et cette fois-là la chance me sourit ! »
Un couple et son petit sont là, juste devant Flavien, à chercher de la nourriture dans les basses herbes. « Je me couche et les observe tout un moment. Je ne les dérange pas du tout, c’est même eux qui s’approchent de moi. Quelle chance ! »
Cette espèce considérée disparue a été recouvrée au milieu du siècle dernier. Quelques individus sont retrouvés dans une vallée retranchée du Fjordland. Ils ont échappé aux prédateurs introduits. « Il n’en restait alors qu’une centaine. Depuis, la population a doublé grâce aux différents programmes de conservation, d’ailleurs, quinze d’entre eux sont visibles sur l’île. » Les lumières aurorales sont géniales pour les photos, glisse Flavien pour ne pas déranger le jour se levant. « J’ai loupé la symphonie du matin, mais, pour voir le Takahē, je n’ai aucun regret ! » (Crédits : Flavien Saboureau)
N’ayant pas déjeuné, il revient à la hut pour prendre les quelques cappuccinos qui lui restent. Puis, l’aventurier du bout du monde marcher sans objectif, ni but précis, il profite avec simplicité de cet instant. « Je me laisse la nature me surprendre. Je fais à nouveau le tour de l’île et j’ai la chance de découvrir deux différents Takahē ainsi que quatre nouveaux Kokakos. »
Il est bientôt midi à sa tocante. « Je passe donc à la boutique — ouverte seulement lors de la descente des visiteurs — pour acheter des souvenirs. » Après avoir terminé le bout de fromage et de pain, il fait son sac et ramasse toutes ses affaires.
Jusqu’au départ du ferry à 14 h 40, Flavien est un véritable Backpackers. « Je découvre encore des chemins que je n’ai pas empruntés, c’est un vrai labyrinthe, cette île. » Après près plus de trente kilomètres sur ce paradis, Flavien débarque en ville vers 16 h 30.
Le simili de nuit accumulé à la fatigue du voyage à raison de Flavien. « Je suis crevé. Après une douche, je fais une sieste. » (Crédits : Flavien Saboureau)
La soirée s’annonce. Il sort s’acheter une pizza, « petite et pas dingue encore une fois, que j’aurais mangé dans un parc en centre-ville ». Puis, il se creuse l’esprit pour rendre ses derniers moments ici, en Nouvelle-Zélande, inoubliables. « Je n’arrive pas à me décider, à savoir comment occuper mon week-end… en plus, les locations de voiture à la volée sont exorbitantes. » À suivre…
Malgré la déconvenue, le manque de place pour étendre ses jambes, son ultime nuit sur le siège passager n’aura pas été si terrible, bien au contraire. Il profite du Wi-Fi de son supermarché préféré, le New World, pour extérioriser son expérience de la veille. C’est aussi la recherche d’un magasin spécialisé pour une hypothétique récupération des photos et surtout une autre carte mémoire. Mais il doit restituer son véhicule de location avant de filer vers son dernier lieu de découverte : Tiritiri Matangi Island.
À deux jours de la Saint-Valentin, Flavien pense bien à autre chose. « La nuit n’a pas été si mauvaise que ça. » Le réveil du corps s’effectue à sept heures. Profitant du peu de monde à cette heure matinale, « je fais le plein de carburant. » C’est aussi l’occasion pour donner quelques nouvelles et expliquer ce qui lui est arrivé la veille au soir : « J’ai besoin d’extérioriser ».
Quand la technique vous lâche, une seconde fois
Comme tout un chacun, il parcourt l’internet à la recherche d’expérience dite utilisateur. « J’ai besoin de me rassurer. Je lis des lignes contenues dans des pages de sites web et blogs relatant mon problème et proposant des solutions : comment récupérer des photos sur une carte SD. » Cette recherche vaine, il change de siège pour sillonner les trois heures en direction de l’agence de location. « Je ne prends pas la portion de route payante aujourd’hui, j’ai du temps devant moi. » C’est à onze heures qu’il arrive.
« À l’agence, je range le bazar accumulé dans la voiture. » Si bien qu’une demi-heure s’égraine avant qu’il use du Wi-Fi pour réserver une auberge. « Aujourd’hui je change pour dénicher un endroit avec de meilleures douches. » Étant devenu piéton, il s’offre un périple de près de deux heures de bus pour rejoindre le centre-ville et son inédite demeure d’un soir : SilverFern Backpackers.
« Cet après-midi, je dois impérativement trouver une nouvelle carte mémoire… mais aussi un chargeur pour mes batteries d’appareil photo, car il m’a lui aussi lâché il y a deux jours. » Une seule est chargée sur les deux, ce qui ne suffira pas, bien que le voyage soit bientôt terminé. Flavien déniche un magasin en centre-ville où il dégote ce qu’il recherche, mais rien pour la carte SD, mis à part lui donner une adresse.
« Là-bas le gérant n’est pas très motivé et ne semble pas très compétent. Il essaye quand même de tester ma carte, mais me dit qu’il n’y a rien à faire, je n’insiste pas par peur qu’il efface tout. »
La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la lessive, qui s’effectue dans une laverie automatique. « Je passe au supermarché pour acheter mon repas de ce soir — riz au saumon — et de la nourriture pour les deux prochains jours sur l’incroyable île de Tiritiri. Elle a été recommandée par Fabrice Le Bouard ».
Autant mettre le temps à profit. « Je prends une douche, pendant que la machine fait son office. »
(Crédits : Eugene Golovesov/Pexels)
Les émotions de la fin d’un voyage font ressurgir des angoisses. Ainsi, un mélange de solitude et d’oppression vient habiter l’aventurier du bout du monde. Une chose qui, à quelques jours près, le touche en 2024 lorsqu’il était à Punta Arenas. La fatigue, l’inquiétude sur l’avenir de ces quelque 8000 photos jouent dans la balance des émotions. « Comme l’année dernière, au même nombre de jours je crois, je n’arrive pas à rester en place, dans la douche, par exemple, sans me sentir oppressé. » J’ai donc passé un appel téléphonique d’une heure, souffle à demi-mot Flavien. « Ça m’a fait du bien, j’ai pensé à autre chose l’espace d’un instant. » À suivre…
La journée s’annonce plus que chargée. L’aventurier, en ce mardi 11 février 2025, va vivre les sensations dignes de montagnes russes émotionnelles. Si le réveil somme toute programmé à 7 h, c’est à ce moment que Flavien prend la poudre d’escampette. Aujourd’hui, il part à la rencontre de la faune et de la flore. Les vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande au cœur de la grotte de Waipū Caves. Ensuite il a rendez-vous avec le maître de la forêt Waipoua. L’un des plus grands de son espèce, avec quatorze mètres de circonférence pour cinquante de haut : le Tāne Mahuta.
« J’ai passé une journée bien remplie, mais je ne m’attendais pas à cette conclusion », se lamente Flavien. Elle commence tôt lorsqu’il décampe à sept heures, en se dirigeant vers Waipū Caves. Elle est une grotte où il est censé observer les fameux vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande : Arachnocampa luminosa. Sans doute la plus connue est Waitomo Glowworm Caves. Elle affiche un prix d’entrée à 81 NZD, et elle est bondée de touristes, tout pour plaire à Flavien. « Celle-ci — Waipū Caves — est gratuite », sourit-il.
Un p’tit jeune de 2000 ans
Après une demi-heure de route et piste en bon état, il est en sécurité. « Arrivé là-bas, je croyais marcher deux kilomètres, mais finalement, l’entrée était à même pas cent mètres du parking. » Un nombre conséquent de vans y sont stationnés. « Je suis le premier de la journée à m’y rendre », affirme l’aventurier. Ce qui est parfait pour le réjouir. Tenue adéquate, frontale en place « je commence l’exploration de cette grande grotte ». Il parcourt l’entièreté à l’aveugle. « Je ne les trouve pas », se languit-il.
Pour poursuivre, il décide d’ôter ses chaussures. Donc, en marchant le long de la rivière souterraine, et après quelques minutes dans l’obscurité la plus totale, « je trouve enfin ce fameux plafond rempli de petites loupiotes créées par ces vers luisants, c’est incroyable ! »
C’est un vrai spectacle. « Je reste près d’une heure à tenter des photos en pause longue, ça rend super bien », s’exclame Flavien, la mine réjouie. Après s’être lavé les pieds pleins d’argile, il se rechausse et retourne à la voiture. « Il est 9 h », ajoute-t-il. Place à trois heures d’asphalte en direction de Tāne Mahuta, le plus gros arbre de Nouvelle-Zélande. Il n’est pas un inconnu pour le naturaliste qui a déjà compilé de nombreuses revues à son sujet.
Le Tāne Mahuta
« C’est un Agathis australis, une espèce sensible à un phytophthora qui décime ses populations. » Alors, avant d’emprunter le sentier aménagé pour se rendre à son pied, chaque visiteur a l’obligation de biosécuriser ses chaussures. « C’est avec des brosses et des appareils dignes de l’entrée d’une salle blanche que je nettoie les miennes. Ils ne rigolent pas avec les protocoles de biosécurité ici. »
L’heure de se restaurer s’affiche sur sa montre. Donc, avant de visiter ce cher Tāne Mahuta, « je mange mon pain et mon fromage frais sur une aire ménagée ». La marche est courte pour lui rendre visite. « Son tronc est impressionnant, bien plus que l’Alerce (Fitzroya cupressoides) vu l’année dernière en Patagonie. » Les passionnés et voyageurs s’amassent de plus en pus. Flavien se faufile, rebrousse chemin et part découvrir le deuxième plus gros après seulement un kilomètre en voiture. (Crédits : DR)
« Il se mérite un peu plus avec mille cinq cents mètres de marche. Qui plus est sur le sentier, on observe d’autres individus bien plus jeunes, mais déjà immenses. » Après avoir admiré ces géants, il reprend le chemin dans la forêt. « C’est sûrement la plus belle forêt dans laquelle j’ai roulé, des Kauri énormes sont dispersés de part et d’autre de l’asphalte. » Désormais c’est quatre nouvelles heures de route qui l’attendent pour se rendre au Cape Reinga. L’endroit le plus septentrional du pays clôture sa complète traversée de la Nouvelle-Zélande. « Sur le parcours, je prends une piste pendant de nombreux kilomètres, je ne suis pas serein ! Où va-t-elle me mener ? »
Vers l’inconnu et bien au-delà
« Finalement, j’ai eu raison de me faire confiance, car, à son extrémité, j’observe mes premières mangroves. Cela montre encore la diversité de la Nouvelle-Zélande. Combien de pays peuvent se vanter d’avoir des manchots et des mangroves sur le même territoire ? » La route est longue, longue… Avant d’arriver, le naturaliste remarque un panneau indiquant des dunes géantes à trois kilomètres sur la gauche. « J’ai le vague souvenir que quelqu’un m’en a parlé. » D’un geste de la main gauche, un bruit envahit l’habitacle. Le clignotant répète son tic-tac obstiné dans l’habitacle silencieux. Après avoir garé la voiture, « j’y vais pieds nus », lance-t-il.
« J’ai tellement l’impression d’être de retour en France, à la dune du Pilat, mais avec moins de personnes. » Le cœur se met en marche au fur et à mesure de la montée. Au sommet, le vent lance les grains de sable qui viennent fouetter l’aventurier du bout du monde. « Quel paysage ! Je reste une bonne demi-heure avant de faire demi-tour. » Sur le chemin du retour, une Française m’aborde, prétendant avoir pris une photo de moi au loin sur la dune, puis en demandant mon numéro WhatsApp pour m’envoyer l’image. »
Il est 18 h 30. C’est l’heure de se rendre à l’extrémité du cap et son célèbre phare. L’aficionado de coucher de soleil est ravi. Il s’annonce radieux, souffle-t-il doucement comme pour garder la magie de l’instant. Il fait de la place sur sa carte mémoire pour pouvoir croquer le phare… Et patatras !!!
(Crédits : Flavien Saboureau)
Ce que redoute tout photographe arrive. C’est un bouleversement qui change la suite du voyage, et pas que. « Ma carte mémoire crash. Le message m’indique qu’il faut la formater, comme avec l’autre en début de voyage. » Il lui est impossible de consulter les quelque 8000 photos… autant dire la quasi-totalité du voyage. « J’ai envie de chialer ! Tout ça pour rien ?!? » Flavien est assommé. Il retourne à la voiture, hagard. « Je n’ai même plus la force de profiter du moment, pourtant je sais que je ne reviendrais jamais ici. »
À partir de cet instant, rien n’atteint Flavien, ses pensées sont focalisées sur cette catastrophe numérique.
« Je suis obnubilé par ce qui vient de m’arriver. Je suis incapable de décrocher. Pourquoi ? Tout se passait tellement bien jusqu’à maintenant, ce voyage était parfait. »
Ce périple est un investissement. Les photos doivent me servir pour une future exposition et des projets de livre. « Mon seul espoir est de pouvoir les récupérer au retour grâce à un logiciel. »
(Crédits : Anna Tarazevich/Pexels)
Flavien reprend la route et observe le coucher de soleil au volant. Il est 19 h 30, remarque-t-il. Il lui reste huit heures de conduite avant de rendre le véhicule pour mercredi midi. « J’aimerais quand même me reposer un peu demain matin. » Après trois heures, il se stationne sur le parking du New World de Whangarei. Idéal pour avoir du Wi-Fi et faire le plein de la voiture. « Il est temps que je dorme pour une seconde et dernière nuit sur le siège passager.Quel rebondissement inattendu dans cette journée, certes chargée, mais inoubliable ! » À suivre…
Comme il pouvait s’y attendre, l’humidité rencontrée à minuit s’est installée un peu partout. Tant et si bien, que le constat est sans appel : tout est trempé. Pourtant, il n’a pas plu durant la nuit. Flavien tient aujourd’hui un agenda de ministre au travail. C’est à travers le Kauaeranga Kauri Trail que l’aventurier du bout du monde va dominerla péninsule de Coromandel. Le tracé de six kilomètres propose un dénivelé de 524 mètres, le tout en sens unique. Mais ce chemin possède aussi une portée historique pour le peuple Maori.
Il est 6 h 45, les nuages restent et persistent, cachant le soleil et sa douce chaleur. « Je ne réussis pas à faire sécher ma tente », admet-il, en pensant à s’en occuper cet après-midi. Si tôt rangée, le baroudeur se met en ordre de marche. « Je ne traîne pas, la journée s’annonce un peu chargée. » Il entame son périple en se rendant au sommet des Pinnacles, à 780 mètres d’altitude.
Seul au monde… ou presque
Les débuts sont d’ores et déjà prometteurs. Sur le sentier, la flore est parfois très intéressante, souffle le naturaliste accroupi, au chevet de ces belles. « Je me suis arrêté sur un bord de chemin où, dans un rayon de cinq mètres j’observe : Halocarpus biformis, Agathis australis, Phyllocladus trichomanoides, Dacridium cupressinum, Schizaea fistulosa, Lateristachys lateralis, Quintana serrata, Drosera binnata et Ixerba brexioides… » La liste promet des rencontres d’une époque révolue. « Il y a de quoi se croire au jurassique avec toutes ces espèces ancestrales : c’est magnifique. »
Avant de gravir le sommet, il songe à adoucir sa charge. « Je m’arrête à la hut, énorme et moderne, pour y déposer du matos et grimper plus léger. » Il sort de la hut, quand le ciel se tapisse de nuages. « Quelques gouttes tombent… Dommage les végétations sont sympas ici, notamment la rare espèce endémique Olearia townsonii», remarque le naturaliste en accélérant la foulée. Les derniers mètres s’effectuent avec des chaînes et des cale-pieds.
« Là-haut je suis seul ! Le panorama n’est pas celui que j’espérais, mais ça donne une ambiance très sauvage, le coin est magnifique sur ce promontoire abrupt où il ne faut pas faire un faux pas », raconte l’aventurier dont la vue est cachée par la couverture nuageuse, une nouvelle fois. Lors de la descente, l’intensité pluvieuse croit, le privant d’une observation détaillée. (Crédits : Flavien Saboureau)
Il parvient à s’abriter pour dévorer mon pain et mon brie. Une aventurière et son enfant en bas âge juché sur son dos l’imitent. « Elle est très sympa. » Le bambin gambade tout juste, remarque Flavien. « Il est obnubilé par mon fromage, alors je lui en donne un petit bout. » Elle indique que c’est la première fois qu’il en mange. Flavien l’invite à découvrir la variété disséminée en France.
« Je serai bien resté plus longtemps, mais la pluie a cessé, alors je poursuis mon retour. » Les bords de chemin sont constellés de Dawsonia superba. Le naturaliste distille que cette fameuse mousse est la plus grande du monde. Et que leur route s’est déjà croisée au pied du Taranaki.
La descente perdure, mais il découvre pléthores d’espèces, dont une famille — les Loxsomaceae —, qu’il n’a pas encore vue. « Ma carte mémoire est pleine, il faut sans arrêt que je fasse de la place », se lamente Flavien. Il est 14 h, quand il retrouve le parking. « Je file jusqu’à la maison du DOC pour remplir mes bouteilles et trouver un camping pour ce soir. » La veille il fait chou blanc sur la réservation.
(Crédits : Flavien Saboureau)
« J’ai grand besoin de prendre une douche. » La dernière date de trois jours. Alors, avec cette température et l’humidité : « c’est la cata », souffle-t-il. Une fois au volant, il parcourt les quatre heures qui l’en séparent. Comme toute capitale, il existe des heures où il est nécessaire de l’éviter.
« J’arrive vers 16 h à Auckland. Il fallait bien que je me tape des bouchons. » Cette expérience dure trois quarts d’heure…
« Comme hier, j’ai dû prendre une portion de route payant — Toll Road — pour seulement 2,5 NZD. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’il faut aller payer sur internet, comme pour l’autoroute entre Montluçon et Moulin. »
L’aventurier du bout du monde touche enfin son but. « J’arrive au camping à 18 h 45. Heureusement la réception est encore ouverte. » Il se rend sur son emplacement, dans un camping littéralement vide avant de se diriger vers un food truck pour prendre un burger. « Décevant encore une fois. Déjà qu’ils mangent mal, en plus de ça, ce n’est pas bon… »
Il s’attelle à ériger sa tente, afin qu’elle puisse sécher de la nuit précédente. Puis c’est le moment tant attendu de la douche. « Que dire…. elle était fameuse. En plus, un Néerlandais m’a laissé un jeton, j’ai pu y rester dix minutes au lieu de cinq. » Malgré un réveil qui s’annonce matinal demain, programmé pour sept heures, comme à son habitude, l’aventurier éteint toutes lumières aux alentours de minuit. À suivre…
Après avoir profité d’une nuit tranquille, sur un bivouac parfait selon le naturaliste, une nouvelle journée commence. Mais la procrastination ne prend pas pour autant de vacances. C’est ainsi que Flavien souhaite bénéficier d’un lever de soleil radieux, mais l’orientation l’oblige, avec bonheur, à repousser l’heure du réveil. Mais les quatre cents kilomètres de la veille sont un amuse-bouche pour les quatre mille cinq cents hectomètres du nycthémère. L’aventurier a en point de mire, la péninsule du Coromandel (Te Tara-o-te-ika-o-Māui).
À 8 h, il range sa tente. Puis, il se rend près des petites falaises où quelques plantes lui ont tapé dans l’œil hier soir. « Il y a un modeste groupe de cormorans sur la plage. Ils ont droit à un shooting photo », s’amuse Flavien. Enfin, quelques minutes avant neuf heures, « je reprends la route pour la péninsule du Coromandel à 450 kilomètres de là. »
À défaut de grenouille d’Archeyi, un Weta
Le temps est au beau fixe, rien de plus agréable pour remonter la côte est de l’île du Nord. Attiré par un arbre gigantesque, l’aventurier stoppe sa route dans un petit village maori. « Il s’agit du plus gros Metrosideros umbellata qui existe. Il est impressionnant avec ses branches de plus d’un mètre de diamètre, touchant le sol. » Tout juste quelques minutes avant midi, le baroudeur s’arrête dans le village d’Ōpōtiki. Mais dans un lieu particulier, dont on pourrait penser, à juste titre, qu’il est fan : au New World. « J’y trouve du Wi-Fi, et j’y achète du poulet frit pour ce midi. C’est très gras, peut-être un peu trop… »
Sur le chemin, Flavien observe durant de très nombreux kilomètres White Island. C’est en son sein que le tourisme volcanique et les circonstances dramatiques occasionnent 22 morts, le 9 décembre 2019. Le bitume comme les plantations de kiwi défilent. « Je me demandais d’où venait cette réputation… Maintenant je sais. » En milieu d’après-midi, Flavien passe à la pompe. Il fait un constat qui lui redonne le sourire. « Elle ne consomme pas, ça change de la première. Alors qu’avec elle, je faisais du treize kilomètres par litre, avec celle-ci, je tourne autour de vingt-cinq, soit quatre litres au cent kilomètres… pas mal ! »
La grenouille d’Archeyi
Arrivé sur la péninsule du Coromandel, « je m’arrête à l’accueil du DOC pour vérifier la météo et remplir mes bouteilles d’eau ». Puis, une fois n’est pas coutume, « je prends la piste très poussiéreuse pour les huit derniers kilomètres qui me séparent du début de la randonnée ». Les affaires arrimées sur le dos de l’aventurier, ce dernier quitte le parking à 17 h 15. Son but est de rejoindre le bivouac à trois petits kilomètres et trois cents mètres de dénivelé positif. Le naturaliste effectue ce parcours en une heure, sous une pluie fine. Il décide d’installer sa tente pour éviter d’être trempé. « Finalement ça s’arrête de pleuvoir quand je termine de la monter, bien entendu… »
Flavien est seul sur le camp aménagé dans la forêt. « Je suis entouré de jeunes Kauri, un arbre qui devrait m’accompagner jusqu’à la fin du voyage. » Au menu, des pâtes au pesto Rosso — pour changer —. « Je suis à court d’idées de plats rapides », souffle-t-il. Puis, il modélise le lieu en allant remplir sa gourde. « Ce soir, à la nuit tombée, j’aimerais trouver la grenouille d’Archeyi, une des trois espèces de Nouvelle-Zélande, toutes aussi rares les unes que les autres. » (Crédits : Agathis australis/Flavien Saboureau)
Sur ce sujet, l’aventurier mise et espère que sa bonne étoile l’accompagne, comme elle l’a très souvent été pendant ce voyage, admet-il. « Au retour de mon escapade nocturne, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais… mais, comme d’habitude, j’ai eu de belles surprises. » La première est la découverte de l’une des 22 espèces de Galaxias. Ils sont des poissons emblématiques des cours d’eau néo-zélandais. La star du moment s’est laissée observer et photographier de longues minutes entre les galets du petit ruisseau.
Puis, dans a nuit noire, frontale en place, Flavien sursaute. Un bruit dantesque le fait bondir. Il s’agit des anguilles rencontrées à Wellington. « Elle produit un barouf pas possible en remontant le ruisseau peu en eau. De nuit, elles sont impressionnantes. »
Peut-être las des kilomètres, nuits, pluies et fatigues, Flavien n’ayant pas trouvé la grenouille, il regrette de ne pas avoir insisté plus que ça, confie-t-il en aparté. « Sur le retour je regarde scrupuleusement tous les arbres qui surplombent le chemin à la recherche du Weta d’Auckland. » Il y a énormément d’indices de sa présence, mais ils restent bien cachés. Une demi-heure plus tard, un individu moins prompt à se dissimuler apparaît à la lumière de la frontale.
(Crédits : Flavien Saboureau)
Le naturaliste arbore sa mine réjouie. « Je commence à bien connaître ces bêtes qui m’étaient tellement inconnues et mythiques avant de partir. » L’aventurier du bout du monde s’en retourne à sa tente aux alentours de minuit. « C’est déjà très humide, constate-t-il. Qu’est-ce que ça sera demain matin ? » À suivre…
Ah ! Qu’il est doux de ne rien faire — Quand tout s’agite autour de nous ! C’est par cette phrase tirée du Livret de Galatée (opéra-comique de Victor Massé) de Michel Carré que Flavien prend au pied de la lettre. La fatigue accumulée, les kilomètres avalés, les dénivelés engloutis… Tant et si bien qu’après les deux derniers jours très intenses, l’aventurier du bout du monde s’accorde enfin du temps pour vivre. Le couche-tard tient en sa main une envie farouche de procrastiner. Une fois n’est pas coutume, c’est à la mode des sixties, mode baba cool que le naturaliste va passer cette journée du 8 février 2025.
« Après m’être couché tard, ou tôt, selon tout un chacun, ce matin, je traîne au lit », explique-t-il. Le réveil est programmé à 8 h 30, mais ce n’est qu’à l’aube des neuf heures que le naturaliste s’extirpe de sa tente. « Je fais tout et rien. » Flavien alterne, ouvre un œil, puis l’autre. Enfin, il déguste un petit déjeuner en répondant à quelques courriels. Il est prévu que le baroudeur quitte le camping à dix heures, mais il a aussi repoussé d’une heure. Une fois apte, il se met au volant de sa petite citadine pour le point le plus à l’est de la Nouvelle-Zélande à 400 km, soit près de six longues heures de route.
Une navigation entre deux eaux
La météo est si agréable que part moment, il jette le coude hors de la portière. « Il y a de nombreux travaux sur la route, mais je ne suis pas pressé. » Les paysages ne cassent pas quatre pattes à un Whio, admet-il, mais ils sont reposants. « Je fais une première pause à Wairoa parce qu’il y a un New World. » C’est à cet endroit précis qu’il est sûr de trouver l’habituelle fougasse du midi. Il aborde la ville de Gisborne en milieu d’après-midi, après près de 250 kilomètres effectués. « Je m’y arrête, pour acheter des légumes pour ce soir, j’en ai marre des pâtes… »
Le plein de carburant effectué, il reprend l’asphalte. Un parfum des sixties flotte, entre les Beach Boys et l’un des symboles de la révolution sexuelle, la minijupe de Mary Quant. « La route longe de magnifiques plages prisées par les surfeurs et les hippies, j’aime beaucoup l’ambiance. »
La prochaine pause est un lieu mythique, Tolaga Bay. C’est la fameuse baie où le capitaine Cook avait débarqué. L’attraction du coin est le ponton d’un demi-kilomètre de long. Déception pour Flavien, l’état laissant à désirer, il est fermé à sa moitié. Mais pour compenser, les falaises qui le surplombent adoucissent de leur beauté éclairée par la lumière du soir.
« Je pensais faire la route d’une seule traite, mais la fatigue en décide autrement. » Une sieste s’impose à Tokomaru Bay.
(Crédits : TKY4047/Wikipedia)
« Tous les villages traversés sont encore très fortement peuplés par les Maoris. » La région respire l’entièreté de la nation maorie. « Il y a de nombreux bâtiments et d’édifices religieux typiques du pays. » Mais un autre constat ravit le baroudeur. « Je croise peu de voitures. C’est un coin très sauvage, délaissé des touristes, tant mieux ! »
Avant de toucher des yeux sa destination, il doit emprunter une piste. Il ne peut s’empêcher de lâcher, entre ses moustaches, un petit « ça faisait longtemps ! »
L’envie de bivouaquer à l’extrémité du cap le titille. Mais le phare est fermé, constate-t-il, et un détail qui a son importance : la route se termine dans la propriété d’agriculteurs. « Je rebrousse chemin sur quelques kilomètres, où j’ai repéré une zone plate près de la piste. »
Faute de grives on mange des merles. « C’est parfait ! La vue magnifique sur la baie très sauvage, peuplée de dizaines de vaches. » Seule une autre voiture, à plusieurs centaines de mètres, a eu la même idée que lui. La personne, quant à elle, décide de faire un énorme feu de camp, constate le naturaliste. (Crédits : russellstreet/flickr)
« De mon côté, je reste modeste avec mon petit réchaud pour me préparer mon cappuccino. » Les tomates achetées cet après-midi se marient à merveille avec son reste de fougasse. Repas de roi, une banane est servie pour le dessert. La vue sur la baie avec la douce chaleur de la lumière tombante enchante le jeune homme. C’est encore un bivouac réussi. « J’avoue avoir parfois des difficultés à dénicher de parfaits lieux de bivouac, mais à chaque fois que je réussis, c’est toujours le grand luxe, du cinq étoiles. » À suivre…
Après avoir étudié, après de longues attentes, le Whio, l’aventurier du bout du monde s’installe sur le siège passager de sa voiture de location pour rejoindre Morphée. Mais c’est sans compter le manque de place et un compagnon d’infortune toute la nuit. Pour observer la colonie de Fous austraux, une aventure dans l’aventure se propose. C’est donc encore une expérience où l’humilité est de mise face à Dame nature. Mais, chemin faisant, Flavien conduit vers son camping quand un barrage des forces de Police lui intime de s’arrêter : son souffle est requis…
Ce matin, Flavien programme le réveil à 6 h 30 pour aller observer le canard bleu, une nouvelle fois. Mais c’est un autre invité qui marque de sa présence la nuitée. « Un moustique qui est resté dans la voiture cette nuit m’a dévoré », explique-t-il d’un œil revanchard. Cette rencontre fortuite a éveillé à maintes reprises le naturaliste. En plus, comme attendu, « je n’avais pas la place pour mes jambes comme dans la précédente voiture… »
Seul face au danger
Mais l’envie d’observer à nouveau le Whio, repousse ses désagréments au second plan. « À peine éveillé, je prends le volant pour les trois kilomètres qui me séparent du spot d’hier soir. » Les canards ont depuis la veille changé de place. « Je les retrouve en amont de la rivière. » Ainsi, durant près d’une heure, à une dizaine de mètres, le baroudeur reste, un sourire béa, à les contempler tels des trésors de la nature. Ce moment de béatitude est rompu à l’arrivée d’un pêcheur. L’aventurier lorgne, au loin sur l’asphalte.
Son objectif prochain se trouve à Napier, à 180 km d’ici ; soit à près de deux heures trente de route. « J’aimerais observer la plus grande colonie de Fous Austraux », ajuste Flavien. Mais un léger détail s’ajoute. Pour ce faire, il faut se présenter à marée basse, longer les falaises sur neuf kilomètres. « Aujourd’hui la marée est haute à 13 h 55. Ça ne m’arrange pas… » Arrivé vers 11 h, après avoir traversé les paysages de l’est sous quelques gouttes, il délivre les dernières cartes postales. « Je me rends au New World Green Meadows pour acheter quelques viennoiseries et une pizza pour ce midi. » À l’ombre d’un arbre, Flavien se restaure et se repose, car la journée est loin d’être terminée…
Peu après 13 h, le naturaliste s’engage vers le centre-ville, connu mondialement pour son architecture Art déco. « Je retrouve l’ambiance des villes d’Amérique du Sud. » La cité vit, le 3 février 1931, un séisme de magnitude de 7,8 sur l’échelle ouverte de Richter. Cet épisode marquera à jamais la région.
Face à la nature
Après la demi-heure d’asphalte le séparant du point de départ de randonnée des Fous austraux Cape Kidnappers Track (Te Kauwae-a-Māui), Flavien débute à 15 h. « La marée est encore haute. » L’horaire de marée basse s’affiche à 20 h 7. Un passionné d’origine allemande attend lui aussi. Il patiente une heure avant de s’élancer, souligne Flavien. Des panneaux informent du danger des marées et des chutes de pierres issues des falaises hautes de 60 mètres. « J’y vais ! » Deux kilomètres sans encombre, jusqu’au premier blocage.
« Je peux continuer en quittant mon pantalon… mais c’est la porte ouverte à n’importe quoi », avoue le baroudeur avec humilité. Les 18 km sont donnés pour cinq heures, sans le temps de photographier les oiseaux. « Je suis attendu au camping situé à 30 minutes de route pour 21 h : le timing est serré. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Tandis que l’océan Pacifique Sud se retire doucement, il continue sa route. « Je n’étais pas très rassuré sous ces falaises prêtes à s’écrouler. » Elles ressemblent beaucoup à celles d’Étretat, constate l’aventurier du bout du monde. Arrivé à deux kilomètres, un petit cap, où nichent déjà quelques individus, est clos par un mètre d’eau.
Sans pantalon, les pieds dans l’eau
Combien de temps encore dois-je poireauter ? L’aiguille tourne, bout-il d’impatience. « Hop, en caleçon ! » L’eau affiche 18 °C, les chaussures et le pantalon s’accrochent au sac à dos. Plusieurs tentatives sont nécessaires face au ressac des vagues. Le naturaliste poursuit pieds nus « J’ai bien fait, une nouvelle avancée me barre la route, décidément… »
À force d’arrêt, d’impatience et de rochers, l’Allemand le rattrape, son heure de départ était plus efficiente, admet-il. En effet, rien ne sert de courir : il faut partir à point, explique la fable de La Fontaine, « Le lièvre et la Tortue ».
Le duo franco-allemand s’entraide.
« On s’épaule pour escalader l’avancée qui nous barre la route. » L’envie de traverser à la nage, le sac sur la tête refroidit le tandem. Par la suite le terrain s’améliore. Ils quittent la plage. Un dernier effort avant de toucher au but. Ils s’attaquent au dénivelé jusqu’à l’énorme colonie de plusieurs milliers d’oiseaux à 104 mètres d’altitude. À Gannets Colony, à l’extrémité d’un cap, tout près d’un phare : « Il est déjà 18 h ». (Crédits : Flavien Saboureau)
Pendant près d’une heure, il les photographie. « C’est la première fois que je vois une aussi grosse colonie d’oiseaux qui ne sont, ni des albatros ni des manchots. » L’ambiance olfactive et auditive est identique. L’aventurier imagine découvrir de nombreux touristes venus se délecter du spectacle, mais les nidicoles n’auront aperçu que les deux passionnés aujourd’hui. Le moment, trop court, aura été magique, mais ils doivent repartir. « Il est 19 h. Mais il reste à minima deux heures de marche, et la nuit tombe à 20 h 30. »
La joie de partager ce moment est inoubliable. Son binôme se nomme Simon. Il a 27 ans, exerce la profession d’architecte, et a déjà visité plus de 40 pays. Petit joueur, suis-je avec mes douze ou treize contrées, songe Flavien. Un danger surprend le duo. « Il a failli laisser une de ses chaussures dans un sable mouvant. »
Arrivés sains et saufs, ils cheminent grâce aux rais de lumière partagés par notre satellite. « Lui reste dormir dans son van. Moi, je prends la route pour rejoindre le camping à une demi-heure : j’espère qu’il est encore ouvert. » Tenu par le temps, il scrute sa montre. Puis, sur la route, un barrage policier l’arrête. « Je crois que la dernière fois que cela m’est arrivé, c’était au Chili avec David… » Ils le font souffler. « Le moment doit être lunaire, vu de l’extérieur. L’appareil n’est pas le même qu’en France. Je cherche le tuyau, mais il n’y a rien. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Le policier présente un appareil devant la bouche, en lui intimant de parler dedans. Il détecte si vous avez récemment bu de l’alcool. Si l’alcool est décelé, un test de dépistage est effectué. « Je me demande ce qu’il me dit avec one, two, three… » Cet arrêt inopportun n’entrave en rien la suite. « Arrivé au camping, tout s’enchaîne bien, une petite note m’attend avec mon prénom. Je monte la tente, prends une douche et mange des pâtes et du jambon blanc acheté ce midi. » À minuit et demi, il sombre dans les bras de Morphée avec encore de belles histoires à raconter. À suivre…
Attention, la pression augmente ! Un geyser est en approche. Alors que la fin du périple néo-zélandais est visible, Flavien en profite pour multiplier les découvertes et les visites. Entre le Wai-o-tapu et ses éléments géothermiques, la grotte d’Orākei Kōrako, le voyage qu’aurait pu imaginer et conter Mélies au sein du Crater of the moon jusqu’au canard bleu le Whio. Mais ce sont les chutes de Huka falls qui appellent à la prudence et à l’humilité. Car, bien avant de les voir, elles avertissent bruyamment aux oreilles des visiteurs, de leurs présences.
« Ce matin, je suis levé bien avant huit heures, mais quelle surprise de me retrouver seul dans la chambre. » Après avoir récupéré la voiture de location, l’aventurier se dirige vers les champs géothermiques. La première étape est le Wai-o-tapu, le plus connu de tous. « J’arrive là-bas vers neuf heures », souligne-t-il. Après s’être acquitté des 45 NZD d’entrée, et avoir reçu un coup de tampon sur le poignet, il profite du peu de monde pour faire son tour. Sans omettre la grimace de rigueur concernant l’odeur de souffre : difficile de s’habituer souffre -t-il.
Flavien au pays des geysers
D’énormes trous de boue sont bouillants, le bruit des bulles et des gaz qui s’en échappent sont impressionnants, commente le naturaliste. Arrivée à la Champagne Pool, l’un des emblèmes du pays, la magnificence des couleurs l’enchante. « Je profite du calme avant la tempête pour faire quelques photos. » Mais, car il y a un mais, « si je veux voir le geyser, l’autre attraction du parc, je dois retourner à la voiture et accomplir quelques kilomètres. »
C’est un geyser qui est déclenché une fois par jour… grâce à du savon. « Ce n’est pas très naturel, mais il fallait payer une fortune pour voir le seul autre geyser de Nouvelle-Zélande qui se soulève spontanément une à deux fois par jour », explique-t-il. Arrivée dans les premiers, la foule ne tarde pas à s’amasser. « J’ai l’impression d’être au Puy du Fou », s’exclame Flavien, entouré d’une bonne centaine de personnes.
Mais qu’est-ce qu’un geyser ?
C’est assez simple en fait. Un geyser est une manifestation d’éjection d’une colonne d’eau chaude et de vapeur. Le terme est dérivé du mot islandais geysir, qui signifie « jaillir ».
(Crédits : Wai-o-tapu/Flavien Saboureau)
Pour ce phénomène géothermique, trois conditions sont nécessaires : de l’eau en abondance, une source de chaleur intense généralement liée à un magma proche de la surface, et un plomberie complexe d’espaces, de fissures et de conduits étroits. Le Lady Knox Geyser, situé dans la zone géothermique de Wai-o-Tapu où se trouve l’aventurier, est un exemple célèbre où l’on maîtrise en partie ce phénomène.
À l’état naturel, Lady Knox entre en éruption irrégulièrement tous les deux à trois jours. Mais, chaque matin à 10 h 15 précise, les guides du parc déposent un tensioactif dans l’orifice du geyser. Comme l’explique Flavien, les gardiens déposent une petite quantité de savon biodégradable.
Le mécanisme physique repose sur la dynamique de pression et de cavitation dans le système de conduits. L’eau est chauffée jusqu’à des températures supérieures à 100 °C, tout en restant liquide grâce à la pression des couches d’eau supérieures. Une bulle de vapeur initiale peut alors croître, abaisser localement la pression et entraîner une libération rapide d’énergie sous forme de vapeur et d’eau projetée vers le haut hors du conduit. (Crédits : Flavien Saboureau)
Le jet peut atteindre 20 m de hauteur, quant à Yellowstone avoisine les soixante mètres. Lady Knox illustre qu’au cœur d’un champ géothermique actif, la combinaison d’eau, de chaleur et de conduits contraints peut être manipulée pour déclencher des éruptions visibles, tout en reposant sur les principes fondamentaux de la thermodynamique des fluides et de la pression des phases liquides et gazeuses. Élémentaire, mon cher…
Voyage épique au Crater of the Moon
« Maintenant que j’en ai fini avec cet endroit qui, bien que touristique, est totalement fou, je reprends la route vers Orākei Kōrako. » Ce site bien moins connu, situé à une quarantaine de kilomètres plus au sud, se révèle tout aussi incroyable, admet-il. L’entrée n’est toujours pas donnée, souffle Flavien dans sa moustache en donnant les 49 NZD nécessaires, « surtout pour une visite annoncée pour une heure et demie… mais j’y vais quand même ».
Après un léger voyage en bateau, l’épopée débute sur les chapeaux de roue. Dès son arrivée, le spectacle surprend l’aventurier du bout du monde. « Je traverse de magnifiques terrasses bouillantes aux innombrables couleurs. Finalement je n’ai pas besoin d’aller dans le Danakil ou le Yellowstone pour voir des merveilles pareilles. » La visite promise est en effet courte, bien qu’elle passe près de mares de boues bouillantes, ainsi que dans l’unique grotte géothermale. De retour sur l’autre rive, Flavien s’arrête un instant.
Une glace en guise de réconfort
« Je suis rincé. C’est intense depuis ce matin. » C’est à ce moment qu’un peu de réconfort est le bienvenu. « Je prends une glace et décide d’aller au Crater of the Moon qu’une fille m’avait conseillé à l’auberge de Christchurch. » C’est encore une heure de route que le baroudeur affronte. L’entrée de dix NZD s’ajoute à la dépense. « Il ne reste plus qu’une heure avant que ça ferme. » Le paysage est empli de fumerolles venues de terre dans un paysage dénudé. « Ce site se situe au milieu d’un champ géothermal utilisé pour produire de l’électricité », ajoute Flavien. Certaines fumerolles très actives vous décoiffent lorsqu’elle vous souffle dessus. « Je reste un peu sur ma faim, mais je commence à être difficile avec ce que je vois aussi… », admet-il.
Huka Falls apporte le point final d’une journée… gargantuesque. Ces chutes d’eau au très fort débit viennent de l’énorme lac de Taupo, rincé, mais a priori difficilement fatigable, Flavien se décide à faire l’heure de route qui le sépare de Tūrangi. « Je fais le détour, car demain, j’aimerai dénicher le Whio. Le fameux canard endémique, qui ne ressemble à aucun autre », qu’il a à maintes reprises cherché pendant le voyage. (Crédits : Flavien Saboureau)
« Arrivé là-bas, après avoir longé le beau lac de Taupō, j’attaque d’ores et déjà sa recherche. » N’ayant pas effectué de réservation pour dormir ce soir, c’est donc son compagnon de route qui va l’accueillir : le siège passager. La première tentative demeure vaine. Flavien remonte dans la voiture vers l’amont. « Je me gare dans un lotissement. Je longe de nouveau les rives sur plusieurs centaines de mètres, mais rien », se lamente-t-il.
Seuls quelques pêcheurs et des passants se promènent avec leurs chiens… « Je suis un peu désabusé. J’y ai consacré des heures de mon voyage, mais toujours rien. » Force est de constater que les recherches creusent l’appétit. « Je me pose alors pour manger mes pâtes au thon sur un banc qui fait face à la rivière. Le moment est agréable avec les belles couleurs du crépuscule. »
L’eau frémit quand le naturaliste jette un regard sur les berges. Le temps est suspendu. « Ils sont là ! Les parents et un petit sortent des fourrés pour glaner de la nourriture. » Flavien est excité comme une puce. « Je m’approche avec mon téléobjectif pour leur tirer le portrait. » Sauf que la luminosité décroît, alors il augmente les ISO.
(Crédits : Flavien Saboureau)
Alors qu’il reprend son repas où il l’a laissé, un minibus d’êtres affublés de jumelles débarque. « Je leur montre les oiseaux, ils sont tous très heureux. » Ce spot semble être connu. Puis, tout doucement, la petite famille s’approche nonchalamment de Flavien. « Ils m’auront bien nargué depuis tout ce temps ! Mais quelle journée pleine de découvertes et de rebondissements ! J’en veux tout le temps ! » Puis le moment tant attendu arrive. Le naturaliste retrouve le siège passager. « C’est la première fois dans cette voiture. J’ai moins de place pour les jambes que dans l’autre. » À suivre…