Pérégrinations

Une journée de repos au pays du long nuage blanc (47/55)

Ah ! Qu’il est doux de ne rien faire — Quand tout s’agite autour de nous ! C’est par cette phrase tirée du Livret de Galatée (opéra-comique de Victor Massé) de Michel Carré que Flavien prend au pied de la lettre. La fatigue accumulée, les kilomètres avalés, les dénivelés engloutis… Tant et si bien qu’après les deux derniers jours très intenses, l’aventurier du bout du monde s’accorde enfin du temps pour vivre. Le couche-tard tient en sa main une envie farouche de procrastiner. Une fois n’est pas coutume, c’est à la mode des sixties, mode baba cool que le naturaliste va passer cette journée du 8 février 2025.

« Après m’être couché tard, ou tôt, selon tout un chacun, ce matin, je traîne au lit », explique-t-il. Le réveil est programmé à 8 h 30, mais ce n’est qu’à l’aube des neuf heures que le naturaliste s’extirpe de sa tente. « Je fais tout et rien. » Flavien alterne, ouvre un œil, puis l’autre. Enfin, il déguste un petit déjeuner en répondant à quelques courriels. Il est prévu que le baroudeur quitte le camping à dix heures, mais il a aussi repoussé d’une heure. Une fois apte, il se met au volant de sa petite citadine pour le point le plus à l’est de la Nouvelle-Zélande à 400 km, soit près de six longues heures de route.

Une navigation entre deux eaux

La météo est si agréable que part moment, il jette le coude hors de la portière. « Il y a de nombreux travaux sur la route, mais je ne suis pas pressé. » Les paysages ne cassent pas quatre pattes à un Whio, admet-il, mais ils sont reposants. « Je fais une première pause à Wairoa parce qu’il y a un New World. » C’est à cet endroit précis qu’il est sûr de trouver l’habituelle fougasse du midi. Il aborde la ville de Gisborne en milieu d’après-midi, après près de 250 kilomètres effectués. « Je m’y arrête, pour acheter des légumes pour ce soir, j’en ai marre des pâtes… »

Bay, paysage, nouvelle-zélande

Le plein de carburant effectué, il reprend l’asphalte. Un parfum des sixties flotte, entre les Beach Boys et l’un des symboles de la révolution sexuelle, la minijupe de Mary Quant. « La route longe de magnifiques plages prisées par les surfeurs et les hippies, j’aime beaucoup l’ambiance. »

La prochaine pause est un lieu mythique, Tolaga Bay. C’est la fameuse baie où le capitaine Cook avait débarqué. L’attraction du coin est le ponton d’un demi-kilomètre de long. Déception pour Flavien, l’état laissant à désirer, il est fermé à sa moitié. Mais pour compenser, les falaises qui le surplombent adoucissent de leur beauté éclairée par la lumière du soir.

« Je pensais faire la route d’une seule traite, mais la fatigue en décide autrement. » Une sieste s’impose à Tokomaru Bay.

(Crédits : TKY4047/Wikipedia)

« Tous les villages traversés sont encore très fortement peuplés par les Maoris. » La région respire l’entièreté de la nation maorie. « Il y a de nombreux bâtiments et d’édifices religieux typiques du pays. » Mais un autre constat ravit le baroudeur. « Je croise peu de voitures. C’est un coin très sauvage, délaissé des touristes, tant mieux ! »

Avant de toucher des yeux sa destination, il doit emprunter une piste. Il ne peut s’empêcher de lâcher, entre ses moustaches, un petit « ça faisait longtemps ! »

L’envie de bivouaquer à l’extrémité du cap le titille. Mais le phare est fermé, constate-t-il, et un détail qui a son importance : la route se termine dans la propriété d’agriculteurs. « Je rebrousse chemin sur quelques kilomètres, où j’ai repéré une zone plate près de la piste. »

Faute de grives on mange des merles. « C’est parfait ! La vue magnifique sur la baie très sauvage, peuplée de dizaines de vaches. » Seule une autre voiture, à plusieurs centaines de mètres, a eu la même idée que lui. La personne, quant à elle, décide de faire un énorme feu de camp, constate le naturaliste. (Crédits : russellstreet/flickr)

embarcadère, pont, cook

« De mon côté, je reste modeste avec mon petit réchaud pour me préparer mon cappuccino. » Les tomates achetées cet après-midi se marient à merveille avec son reste de fougasse. Repas de roi, une banane est servie pour le dessert. La vue sur la baie avec la douce chaleur de la lumière tombante enchante le jeune homme. C’est encore un bivouac réussi. « J’avoue avoir parfois des difficultés à dénicher de parfaits lieux de bivouac, mais à chaque fois que je réussis, c’est toujours le grand luxe, du cinq étoiles. » À suivre…

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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