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  • Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Il existe des journées où notre seule pensée dès le réveil est : « J’aurais mieux fait de rester couché. » C’est le sentiment que Flavien arbore au saut du lit. Pourtant et malgré les écueils, elle sera au final meilleure qu’espérée, cette « maudite journée ». Flavien découvre davantage de nouvelles choses, expérimente des situations plus ou moins amusantes. Mais comme le chat, il réussit toujours par retomber sur ses pattes. Entre formation géologique, déconvenue et rencontre, celle qui commença sur une mauvaise note finit en symphonie.

    « Quelle journée encore », sourit Flavien sans pour autant nous expliquer pourquoi. Le réveil sonne tôt ce matin, à 5 h 20 quand la pluie se met à frapper, sans discontinuer, le sol. « Je m’empresse de ranger ma tente dans la voiture, j’espère qu’elle pourra y sécher. » Une fois embarqué, Flavien prend la direction de la plage de Moeraki Boulders (Kaihinaki).

    Entrez dans la légende Maorie Ārai-Te-Uru Marae

    Elles sont des roches sphériques qui ressemblent à des œufs de dinosaures, ou encore à des extraterrestres selon les légendes urbaines. Concrétions septaires, leur formation se situe entre 13 et 56 millions d’années, soit de l’Éocène au Miocène. « Elles me font rêver depuis que je les ai vues dans une revue naturaliste il y a quelques années », explique-t-il. En aparté, ces sphères de pierre fascinent autant les géologues que les voyageurs tels que Flavien. Issues d’un lent travail, elles semblent avoir roulé depuis les profondeurs du temps, pour être contemplées, sur cette plage.

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    Les légendes maories, elles, y considèrent autre chose après le naufrage de l’arche mythique Arai-te-uru. Le filet de pêche du canoë et la gourde d’eau (calebasse) ont été transformés en pierre à Moeraki, où ils peuvent encore être vus sous la forme des Moeraki Boulders. Le canoë lui-même est resté à Shag Point. Entre science et épopée, ces boules offrent un spectacle où l’imagination se mêle au ressac.

    Pour faire une belle photo, l’aventurier minimise les aléas, jusqu’à l’heure de la marée basse. « J’ai pris un camping proche de la plage, car le soleil est censé se lever à 6 h 01 », commente Flavien en conduisant. La plage, qui accueille ces formations délicatement posées sur le sable est orientée à l’est. Le chant de l’aube offre ses éclats les plus précieux, murmure-t-il. « Après un quart d’heure, j’arrive sur la plage où cinq personnes sont déjà présentes, se rassure Flavien. J’avais peur qu’il y ait foule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux heures durant, le naturaliste tâtonne. « Ce n’est pas simple avec les lumières changeantes, la pluie menaçante et les gros nuages gris, de capter l’instant parfait pour une photo. » Un moment seul, un autre non, Flavien apprécie avec justesse ce moment tant espéré. Mais avant de partir, sur les coups de 8 h 30, « je prends une pâtisserie et un chocolat chaud au café (du même nom) qui surplombe la plage de plusieurs kilomètres de long. » Une longue journée de conduite l’attend, avec pas moins de 450 kilomètres, d’est en ouest. « J’espère être à Milford Sound ce soir, indique Flavien. Avec quelques étapes à réaliser. »

    Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !

    À peine assis, que le premier arrêt s’effectue au Shag Point. « L’odeur de la colonie me remémore quelques souvenirs », dit-il en observant des cormorans nicheurs et des otaries. Voguant au sud, il arrive à la péninsule d’Otago, près de Dunedin et du château Larnach. Ce bras de terre qui s’avance dans l’océan Pacifique est un sanctuaire naturel. Là, les falaises accueillent la danse des albatros royaux, seuls de leur espèce à nicher en dehors des îles océaniques. Plus bas, sur les rivages battus par les vents, lions de mer et otaries s’étirent paresseusement. Ici, l’homme n’est qu’un invité discret, toléré par la majesté sauvage de la faune.

    « Je descends à Sandfly Bay, une magnifique plage où quelques lions de mer et otaries se prélassent. » L’arrêt est de courte durée, la pluie menace. « Je reprends la voiture en direction de l’Albatros Center pour le visiter, mais l’entrée à 60 $ m’en dissuade. »

    De retour face au volant, direction la dernière étape à « The Nuggets Point ». Car au sud de la Nouvelle-Zélande se trouve un très beau phare. L’image est idyllique. « La vue se prolonge sur des îlots sauvages… un air de Bretagne. Les magnifiques plages de sable blanc, de bois flotté précédant l’arrivée valent à elles seules le détour. »

    Dressé depuis 1870 sur son éperon rocheux, le phare de Nugget Point scrute l’horizon avec une constance immuable. Autour de lui, une constellation d’îlots déchiquetés surnommés The Nuggets émerge des flots, comme des lingots jetés dans la mer. (Crédits : AJMANDELL1/Wikipedia)

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    Sur ces rochers, des colonies d’oiseaux marins et d’otaries se partagent le territoire, offrant un concert naturel au voyageur. Par temps clair, la vue s’étire à l’infini, donnant l’illusion d’un monde resté intact, entre Bretagne et Pacifique. À 16 h, les heures s’effacent, il faut s’élancer sur l’asphalte, avec un peu plus de quatre heures de route pour rejoindre Milford Sound.

    Jusqu’ici tout va bien…

    La fatigue se fait sentir. « Je m’arrête pour faire une sieste à Gore. » Reposé, il continue son périple jusqu’à Mossburn. Sa voiture de location a elle également besoin de faire le plein de carburant. « Je sors encore 100 NZD. Le SP91 s’affiche à 2,63 $ le litre », se désole l’aventurier du bout du monde. Toujours au cœur de la ville, Flavien prend son premier auto-stoppeur du voyage. Un baroudeur de nationalité allemande âgé de 20 ans, qui va lui aussi au Milford Sound (Piopiotahi).

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    Petit aparté, Milford Sound est l’attraction naturelle la plus déroutante de Nouvelle-Zélande. Une combinaison magique de sommets montagneux, d’eaux d’un bleu profond et d’un bleu cristallin, où les falaises sont recouvertes de forêts. Cette journée est l’occasion pour Flavien, sans le savoir, de parcourir et de s’imprégner de la culture maorie à travers la légende Ārai-Te-Uru Marae.

    Revenons au périple de Flavien. L’arrivée de cet auto-stoppeur tombe à point nommé. « Je ne vois pas le temps passer à parler anglais, et l’envie de sommeil s’estompe. » Finalement, après deux heures de conduite, ils trouvent une aire de bivouac, qu’ils pensaient à tort payante. Plusieurs personnes sont installées, gardant son aspect sauvage, avec une magnifique vision sur le fjord qui nous entoure, ajoute Flavien. Le duo s’établit à une centaine de mètres l’un de l’autre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien se prépare des pâtes au pesto avec un nappage de fromage fondu. Les deux mangent ensemble. « Il est très sympa, encore étudiant, mais je ne connais même pas son prénom », s’interroge Flavien. Demain, il l’emmène jusqu’à la destination, à 45 min d’ici. « J’ai réservé le bateau pour visiter les fjords à 9 h 30 », ajuste le naturaliste. « Je ne me souviens plus depuis quand je n’ai pas croisé quelqu’un qui voyage tout seul… Tous voyagent en couple ici… Jamais vu ça », s’interroge d’une moue dubitative, l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Déjà un mois, en ce neuf janvier 2025 que Flavien a quitté la quiétude de Lavausseau, la cité des tanneurs, pour un périple néo-zélandais. Un mois de photographies, de vues à couper le souffle, de rencontres inoubliables… bref, un voyage hors du commun. Mais pourtant, loin d’être blasé, il rêve de choses simples. Ainsi, le plaisir de manger, de passer un moment en bonne compagnie, jouer au billard à l’autre bout du monde, jusqu’à un simple lever de soleil. Simple, sûrement mais sur le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, le mont Cook.

    « Ce matin, je me met un coup de pied aux fesses pour me lever », raconte-t-il. L’heure sur sa montre indique cinq heures passée de trente minutes. L’heure des derniers songes avant d’émerger logiquement de la couette, bien plus tard. Mais l’aventurier du bout du monde est en quête d’une nouvelle expérience. Il a vécu des couchers de soleil, dont celui sur le mont Cook, hier. Mais un lever de soleil à cette altitude en Nouvelle-Zélande, pas encore.

    Le temps est suspendu

    « J’ai mis un réveil à deux heures, pour voir les étoiles mais le froid m’en a découragé. » Malgré son sac sarcophage, son nez est tout simplement gelé, ce matin. « Il m’en faut plus pour me décourager. J’enfile deux pantalons, cinq couches en haut, mes gants, mon buff et mon bonnet. Autrement dit tout ce que j’ai. » Cet ensemble est agréable pour attendre à 6 h 06, les premiers rayons de soleil léchant le sommet.

    La température à Aoraki, soit mille mètres plus bas est de 5 °C, le 9 janvier 2025. « La température décroît de 0,65°C tous les 100 m quand on s’élève », explique le club alpin français de Lyon-Villeurbanne. Selon le calcul simplifié de température ressentie (Windchill) elle serait au moment du lever de soleil de -6 °C.

    « Il faut attendre 6 h 18 tapante, pour qu’il commence à réchauffer la dizaine de personnes qui, comme moi, attendent ce moment depuis plusieurs dizaines de minutes. »

    Aucun nuage à l’horizon, quel contraste avec la soirée d’hier… Pour continuer à profiter du moment, je monte jusqu’au Mont Ollivier à 1930 m. « Là haut, je suis tout seul à surplomber la vallée, à admirer les avalanches qui font un bruit fracassant dans ces vallées glaciaires qui m’entourent », commente Flavien tel un lézard au soleil. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est aux alentours de 7 h 30 quand « je retourne auprès de ma tente ». Elle est touchée à son tour par le soleil. « La chaleur est nécessaire pour sécher la pluie d’hier. » Comme un amateur de puzzle, l’aventurier étale toutes ses affaires sur les rochers jouxtant son lieu de villégiature. Durant plus d’une heure, les frusques sèchent avant de pouvoir les ranger dans le sac. Action nécessaire pour éviter que des moisissures s’installent à la longue.

    « J’en profite pour faire bouillir l’eau du refuge lors de la redescente. C’est la première randonnées où je ne trouve pas d’eau… En même temps elle est sous forme de neige ou de glace ici. »

    À 9 h pétantes, le naturaliste chemine dans les traces de la veille, avec des paysages bien plus admirables assure-t-il.

    C’est l’occasion de refaire les photos de plantes avec les rayons de soleil. « Les nuages grimpent, comme rappelés par le soleil… ainsi que les nombreuses personnes que je croise, s’ils savaient ce qu’ils ont loupé. »

    De retour à sa voiture de location, il se fige. « Hier, je croyais qu’il y avait du monde, et bien j’avais rien vu. » La route se trouve flanquée d’un ruban de part et d’autre sur près d’un kilomètre, tel un couloir silencieux de métal inerte. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est dingue tous ces touristes qui se traînent en claquette ou en robe pour faire les petits sentiers alentours. » L’aventurier du bout du monde via le WI-FI du centre des visiteurs, vérifie les prévisions météorologiques pour la suite de son périple.

    Le plus grand glacier néo-zélandais

    Les prévisions ne sont pas enchanteresses, bien au contraire. « La journée de demain n’est pas dingue, alors je retourne près de la côte. » En cas de temps peu enclin à la balade, l’écriture est idéale. « J’en profite pour acheter quelques cartes postales. » Après avoir mangé un sandwich dans un café plutôt luxueux, il se met au volant pour se retrouver à Tasman Lake, le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande.

    « Là aussi il y a foule », admet-il. Mais le marcheur solitaire, bifurque rapidement pour retrouver un sentier plus sauvage, où il observe moult espèces amphibies auprès de plusieurs lacs.

    « Ça fait soixante-douze heures que j’ai pas pris de douche… J’ai fait couler quelques litres de sueurs ces trois derniers jours. Les batteries de l’appareil photo sont pleines de vide, alors pas le choix. »

    Il est quinze heures bien tassées quand il se décide à reprendre la voiture pour réaliser les 3 h 30 de route le séparant du camping de ce soir. La route est belle, les paysages sont parfois très semblables aux steppes patagoniennes, je suis à nouveau surpris par ce pays, sourit-il. Arrivé au camping, je payerai seulement quatorze dollars néo-zélandais plus deux pour la douche… « C’est la bonne affaire après le plein d’essence qui ma coûté près de 100 NZD. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai pris la location la moins onéreuse, sans réfléchir à la consommation. Elle a l’air de bien tirer », se rend-il compte. Au menu, pâtes au pesto, vidage de la poubelle, remplissage des batteries, et organisation de ses futures journées en rapport à la météo. « Encore une belle journée, demain mes mollets et mes cuisses devraient pouvoir se reposer. » Ses jambes soufflent en silence, se taisent mais apprécient religieusement un peu de repos. À suivre…

  • Un bain de foule (23/55)

    Un bain de foule (23/55)

    Les étapes de montagne concentrent énormément de monde. Comme lors du Tour de France cycliste, le point de vue est peu ordinaire. C’est ainsi que Flavien se retrouve à prendre un bain de foule. Tous sont venus observer le glacier Mueller, le lac Hooker et le mont Cook (Aoraki). Ce triptyque est tout simplement magnifique. Mais d’autres surprises l’attendent. Entre le Kea, le brouillard dans les névés et une température proche de zéro et le coucher de soleil somptueux qui illumine le mont Cook, à 3724 mètres d’altitude.

    « Ce matin, je ne me presse pas. Je me suis endormi tard… Et il ne fait pas beau », se justifie Flavien. Il est plus de huit heures, lorsqu’il passe la tête à l’extérieur. Sa seconde nuit sur le siège passager de la voiture de location s’est écoulée sans encombre. « Comme d’habitude, la voiture est tout embuée. » Après avoir changé de place, il parcourt la distance le séparant du village, nommé Aoraki. Il sert de camp de base pour toutes randonnées autour du mont Cook, sommet de la Nouvelle-Zélande.

    À l’assaut du mont Cook

    Sur l’heure de route, les essuie-glaces marquent le tempo d’une musique entêtante. Rythmé par ce ballet incessant, le chant des gouttes tourne en boucle. « La matinée est pluvieuse. Je profite pour téléphoner une heure durant. » Flavien, prends la direction du lac Hooker dans lequel se jette un glacier. « C’est une randonnée accessible, je m’attends à voir des marcheurs… Je ne suis pas déçu. » Des centaines et des centaines de personnes parcourent les cinq kilomètres les séparant. « Un torrent de visages, commente Flavien. Ça me rappelle celle d’El Chalten, en Argentine, qui était noire de monde. »

    D’ailleurs les paysages se ressemblent beaucoup, c’est assez marquant, réfléchit l’aventurier à voix haute. La météo n’est pas aussi catastrophique qu’annoncé. « La couche nuageuse nous permet de voir l’entièreté du lac et le glacier… Et les quelques icebergs dérivant sur le lac. » La moraine glaciaire est impressionnante.

    « Deux heures et trente minutes, c’est mon temps pour effectuer ces 10 km. Le chemin est très roulant, et le dénivelé n’est que de 200 mètres », conclut-il. De retour à la voiture, les choses sérieuses commencent. « Je prépare mon sac pour poser ma tente plus haut. » Flavien ne passe qu’une nuit en hauteur et allège son sac en conséquence. La couverture nuageuse se situe aux alentours des 1500 m. Durant les 700 premiers mètres, le paysage est superbe, et les végétations magnifiques. Prenant de l’altitude, « j’ajoute des couches. Je passe en mode waterproof. À cette altitude, l’ambiance est très humide et fraîche. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chemin faisant, l’air de rien, le naturaliste découvre une beauté de la nature. « Je tombe sur mes premiers Hectorella caespitosa. Une espèce que je souhaitais à tout prix observer, car c’est l’unique cousine de Lyallia kerguelensis », explique l’aventurier du bout du monde. La floraison n’est pas des plus originales, mais elle débute à peine. « J’ai de la chance, sourit-il. Des cinq espèces que je voulais absolument voir en Nouvelle-Zélande, il ne m’en reste donc plus qu’une. »

    Un froid glacial

    « Plus loin, talonnant un névé, une incroyable renoncule me surprend. Je ne sais pas ce que c’est », avoue-t-il. Le chemin se poursuit, dans une purée de pois à couper au couteau, sur les névés encore présents. L’ambiance et la visibilité sont telles que Flavien ne voit le refuge qu’au dernier moment, il est 18 h 15. « Je me presse de monter ma tente, car le brouillard se transforme en pluie fine », grelotte-t-il.

    « Je passe les quarante-cinq minutes suivantes à l’intérieur à attendre que l’averse cesse. J’essaie aussi de me réchauffer, il ne fait que 3 °C. »

    L’endroit est véritablement minéral. « Je croise les doigts pour ne pas avoir effectué cet effort que pour deux espèces, bien quelles ne soient pas des moindres. » Le rituel semble fonctionner.

    Les nuages s’étiolent, tandis que la pluie cesse. « Je profite de cette accalmie pour manger au chaud dans la Hut. » Le repas terminé, Flavien sort. C’est alors qu’il découvre, avec bonheur et humilité, les paysages montagneux, entrecoupés de nuages. Quelques Keas – seul perroquet alpin du monde – s’amusent près de la dizaine de personnes que nous sommes à admirer le panorama. « L’un s’approche à moins d’un mètre de moi… Mon objectif macro suffit à immortaliser l’instant ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée tire à sa fin, quand la cime du mont Cook se couvre d’or. « J’en ai connu des crépuscules et des couchers de soleil… Mais celui-ci fait partie du top 5 ! » Après avoir fait bouillir de l’eau au refuge pour la rendre potable, il clôture cette journée bien au chaud dans son sac de couchage. « Je ne pensais pas faire ce genre de bivouac en Nouvelle-Zélande, je suis ravi de mon choix d’hier soir de prendre le risque de monter ici malgré la météo très instable. » À suivre…

  • Le bonheur des trajets (22/55)

    Le bonheur des trajets (22/55)

    Comme escompté, rien de folichon à voyager en bus. C’est un trajet qui dépend souvent de la personne qui est assise juste à côté de vous. Après dix heures de périple, dont la moitié au côté d’un individu sous l’empire alcoolique, un autre trajet s’enchaîne pour récupérer la voiture de location. Un retour dans une auberge déjà visitée, une pizza à l’espace guinguette, et l’accès au Wi-Fi pour préparer les deux semaines à venir, tout ça en une journée de plus de treize heures.

    « Levé à 7 h 45, mon bus m’attend en bas de l’auberge », bâille Flavien. À 8 h 30, il s’envole pour dix heures de trajet en autobus, le rêve. « Un parcours, avec une heure de correspondance à Dunedin, que je connais bien désormais. » Après la pause casse-croûte de 12 h 15, le trajet de l’après-midi s’annonce fastidieux. « Un mec bourré, imprégné d’une odeur de cannabis, s’assoit à côté de moi. Il s’enfile plusieurs canettes, et parle espagnol… tout seul. » Enfin, Flavien arrive à Christchurch à 19 h 25, dans une auberge où il passe deux nuits, trois semaines en arrière.

    En route pour de nouvelles aventures

    Ce matin du mardi 7 janvier 2025, Flavien monte à nouveau dans un bus. « Je rejoins l’agence de location où une Toyota Camry, louée pour 61 NZD par jour, est à récupérer pour midi. » La chance sourit aux audacieux, comprend Flavien. Il se présente dès potron-minet, à 9 h 30. « C’est une bonne idée, elle est disponible », se réjouit-il.

    « J’hésite à me rendre au mont Cook ou à faire un arrêt au mont Hutt. » Ce dernier est réputé comme spot pour la botanique, et accessible via une station de ski. La météo est radieuse, Flavien effectue ce petit crochet. « J’emprunte la piste qui mène à la station de ski à 1650 m d’altitude. » C’est sans savoir que, dans les deux semaines à venir, des pistes comme celle-ci, il va en pratiquer tous les deux jours.

    Elle est longue, près de quatorze kilomètres, mais acceptable. « Je monte jusqu’à 1400 m où une barrière me stoppe. »

    Flavien nous décrit le panorama qui s’offre à ses yeux. « Dénudée, la vue sur la côte est impressionnante. Les paysages agricoles tracés au carré, en contrebas, tranchent avec la montagne minérale et indomptée. Un fleuve traverse ce paysage, le contraste est saisissant. Il est temps de prendre la marche en direction du mont Hutt à plus de 2100 m. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le « Rakaia » est le fleuve des plaines de Canterbury où se trouve Flavien. Il est l’un des plus grands cours d’eau tressés de Nouvelle-Zélande. Le sommet qu’il souhaite rejoindre culmine exactement à 2185 mètres. Le soleil en montagne n’a pas la même incidence qu’en plaine. « Le soleil tape fort, très fort. Je me badigeonne de crème solaire, c’est assez rare pour le dire ». En Amérique du Sud, il avait oublié de se protéger, et avait dû marcher avec un pull sur ses mollets cramoisis…

    Le cousin Weta

    La montée est épuisante, mais elle récompense l’aventurier. « Je trouve mon premier Weta. » Il est le spécimen emblématique des insectes géants de Nouvelle-Zélande. « Au sommet, une jeune Néo-Zélandaise arrive au même instant que Flavien. Elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un ici, à vrai dire moi non plus, explique Flavien. Il n’y a aucun tracé sur les cartes pour arriver jusque là… » À cette altitude, le naturaliste s’étonne de la profusion de petits insectes et de coccinelles. Pas une seule plante, seuls des cailloux tapissent le sol.

    « Avant la croupe sommitale, je trouve une véronique arbustive et une épilobe qui semblent s’être perdues dans cet environnement minéral. » Pas un nuage dans le ciel. « Je prends ma dose d’UV, mais quel pied ! » Sur le retour, Flavien rencontre des plantes aux environs des 2000 m. Mais aussi une denrée rare et essentielle à toute vie : de l’eau, qui sort de nulle part. De retour à la station de ski Mt Hutt, « je croise un Néo-Zélandais d’origine australienne, il est monté jusqu’ici en VTT, frappé… »

    Subjugué par cette prouesse sportive, Flavien entame la discussion. « Il me confie que des Européens, les Français, lui semblent les plus aventureux. » Un conseil distillé pour un autre chemin permet au naturaliste de trouver deux plantes incroyables : Haastia sinclairii et Hastia recurva. La descente est longue, seule la nature l’accompagne. « De retour à la voiture pour 18 h, je fais un ultime arrêt pour observer de magnifiques coussins de Raoulia eximia. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Peu visible au sommet du mont Hutt, Flavien se dirige vers le mont Cook, à plus de quatre heures de route. « La météo se dégrade. Les essuie-glaces donnent le tempo. Les phares s’allument. Je vais conduire de nuit pour la première fois », souligne l’aventurier du bout du monde. Au bout de trois heures et demies de conduite, « je m’arrête sur une aire de camping, normalement réservée aux vans. Mais qui va me dire quelque chose à cette heure-là… » Le siège passager sera son meilleur allié pour cette première nuit avec la voiture. À suivre…

  • Un charme irrésistible (21/55)

    Un charme irrésistible (21/55)

    Sur les sentiers boisés d’Ulva Island comme dans les ruelles silencieuses de la méridionale Invercargill, Flavien poursuit son voyage au bout de la planète Terre. Entre émerveillement ornithologique, rencontres inattendues et douce nostalgie, l’aventurier du bout du monde explore et expérimente. Une journée suspendue entre nature préservée, amitiés éphémères et départs à l’aube d’un nouveau chapitre. C’est aussi un jeu de rendez-vous, de découverte et de stupéfaction sur l’urbanisme à la sauce américaine.

    Ce matin du 4 janvier 2025, le réveil sonne à 8 h 15. Le ciel est clair, l’air encore frais. Une routine rassurante, presque inhabituelle, s’installe : même café que la veille, même petit-déjeuner, et le sandwich du midi glissé dans le sac comme une promesse d’aventure. À 9 h 45 précise, Flavien rejoint Golden Bay, où l’embarcation l’attend pour l’île d’Ulva (Te Wharawhara), perle sauvage, à seulement cinq minutes de traversée. « J’ai réservé le bateau pour l’île d’Ulva à 10 h », ponctue-t-il.

    À fond vers l’île d’Ulva

    « Cette petite île qui est juxtaposée à Stewart Island, pardon, l’île Stewart, est réputée pour ses nombreuses espèces d’oiseaux en voie de disparition », explique Flavien. À sa grande surprise, le bateau des îles subantarctiques a jeté l’ancre dans la baie. Entre curiosité et effervescence, il avance, arrive sur le ponton et reconnaît plein de visages familiers, comme Mat et Phil. « Mat, leader de l’expédition, est tout aussi étonné », s’amuse l’aventurier. Un échange bu tel un café au comptoir d’un bar, et Flavien repart avec un présent. « Mat m’indique un spot où je peux potentiellement voir le Gorfou du Fjordland », se réjouit-il.

    Ulva, Stewart, island

    Il prend le minuscule bateau bleu qui fuse tel un ricochet. Le retour est prévu à 15 h à l’embarcadère. « J’ai cinq heures d’exploration. » La toute petite île, Flavien en réalise deux fois le tour. L’île néo-zélandaise Ulva couvre une superficie d’environ 267 hectares, soit 2,67 km². C’est une île sanctuaire, incluse à Rakiura national park, réputée pour sa biodiversité exceptionnelle, notamment en oiseaux endémiques et rares, comme le Créadion de Lesson (Saddleback), le Nestor Superbe (Kaka) ou mieux le discret Kiwi. Celle qui s’en rapproche en métropole est située en Bretagne, l’île de Batz (3,05 km²).

    Quand on aime, on ne compte pas, souligne l’adage. « J’en réalise deux fois le tour. La première est celle qui m’offre le plus d’espèces : le Weka, la Perruche à front jaune ou encore le très rare Saddleback. » À peine de retour, Flavien se dirige vers l’endroit indiqué par Mat pour y observer le Gorfou, à 3 km de là. « Je fais chou blanc, mais la balade sous une météo radieuse est agréable. » (Crédits : AlasdairW/Wikipedia)

    Des petits traits de personnalité amusent souvent ceux qui les possèdent. « Il me reste 3,40 $ en monnaie, alors j’achète une boîte de biscuits pour 3,39 $. Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore faire ça… » De retour au camping, avec ses biscuits et un cents néo-zélandais en poche, il fonce sous la douche et tente de se raser. « Je dis que je tente de me raser, car je n’ai pas de tondeuse. Alors pour tailler ma moustache… j’utilise mon coupe-ongles… » Apprêté, il file en ville pour espérer y voir Ela, qui lui a envoyé un message cet après-midi. « Je ne la trouve pas, donc je me rends chez elle. » Elle n’avait pas remarqué sa réponse.

    Quelques minutes plus tard, le duo se retrouve autour d’un billard au South Sea Hôtel. « Je crois que la dernière fois que j’ai joué, c’était à Amsterdam », songe l’aventurier du bout du monde.

    Le pub d’ordinaire blindé est quasiment désert. L’instant est suspendu, comme sorti d’un écran de cinéma. « Jouer au billard, à l’autre bout du monde, dans un minuscule pub, avec quelqu’un rencontré quelques jours plus tôt », semble rêver Flavien. Après plusieurs verres, elle l’invite à déguster des huîtres avec sa famille. « Je ne veux pas taper l’incruste, alors nous mangeons une pizza au pub. » Chose importante, depuis le début de l’après-midi, la conversation se déroule en anglais. « Je suis content de mes progrès. Je commence à pouvoir vraiment discuter sans forcément réfléchir, chercher mes mots. » La première partie de soirée touche à sa fin, quand ils se disent « au revoir » pour de bon. « Elle souhaite voyager en Europe un jour, je l’invite à me contacter si elle vient en France. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Du pub au salon de l’auberge, il passe le reste de la soirée à planifier le lendemain. « C’est décidé, je repars pour de nouvelles aventures, après une semaine sur cette île au charme incroyable, voire irrésistible. » Mais avant de disparaître, s’il pouvait revoir une fois le kiwi. Il s’équipe de sa lampe frontale, puis, autour d’une heure, sort. « Je marche dans le village et les forêts autour pour essayer de l’apercevoir… » Mais 45 minutes s’écoulent en vain. « J’abandonne ! Il n’y a pas un bruit qui puisse le trahir. »

    D’Oban à Invercargill

    Ce matin, aucune urgence à l’horizon. « Je prends mon bateau à 12 h 15. » Cela lui permet de ranger son sac avec l’ensemble des affaires sèches. « C’est rare », acquiesce-t-il. Il est le moment de faire les ultimes emplettes, et de déposer les dernières lettres et faire tamponner quelques cartes. Il faut parfois tourner sept fois sa langue dans sa bouche, dit le sage, cela donne du temps à la réflexion. « La postière n’est toujours pas aimable… J’ai envie de lui faire une réflexion, mais je souhaite qu’elles arrivent à destination… », s’assagit Flavien.

    Il partage un sentiment tel qu’Eddy Mitchell lors de l’ultime émission « La Dernière Séance ». « Je prends un dernier chocolat chaud au pub. La vue sur la baie est baignée de ce soleil qui est là toute la journée. » Il effectue ses ultimes pas sur l’île et rejoint l’embarcadère. Flavien croise, pour la quatrième fois, un couple de jeunes Anglais. Ils possèdent une voiture à l’arrivée, mais c’est un van avec seulement deux places… « Je vais donc faire du stop pour parcourir les 30 km qui séparent Bluff d’Invercargill, où j’ai réservé une auberge pour ce soir. » Le temps est radieux. Flavien remarque le sommet de l’île depuis le large, celui même qu’il a grimpé. Mais, dû aux nuages, ou par pure timidité, il ne se découvre qu’au départ de Flavien.

    Coup de chance

    Le débarquement se déroule une heure plus tard. Flavien a ouï du français. La discussion s’engage. Ils vont à Invercargill et lui proposent de l’emmener. Magnifique, sourit-il en silence. « Je jette mon sac dans le pick-up pour ces 20 min de route. » Lui est néo-zélandais, elle française, et sont parents d’un adorable garçon. « Ils vivent désormais près d’Aubenas, en Ardèche, sacré contraste ! »

    Ils le déposent juste devant l’auberge, une économie de temps réalisée. Le choc lors de la découverte de la ville d’Invercargill (Waihōpai) est atténué. « Solène m’avait prévenu ! La ville tracée au cordeau n’a pas de charme », jette Flavien. Pourtant, il passe l’après-midi à se faire un avis. « Hormis un très beau parc et quelques monuments, comme un étonnant château d’eau, il n’y a pas grand-chose. » Une ambiance américaine y règne. Les rues dessinent des carrés parfaits, de grosses voitures américaines ponctuent les maisons de plain-pied. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les locations de voiture dans le sud sont vraiment trop chères pour sa bourse. Donc, c’est en bus qu’il s’en retourne à Christchurch, où il louera une voiture pour les quinze prochains jours. Le repas de pâtes englouti, il poursuit ses recherches pour déterminer les meilleurs endroits pour un botaniste. Flavien partage la chambrée avec quatre nouvelles personnes : deux Anglaises, un Autrichien et une autre jeune femme qui garde le silence, comme le secret de son pays d’origine. « Avec toutes ces recherches et réservations, je me couche bien tard », bâille-t-il. À suivre…

  • Au sein d’un autre monde (12/55)

    Au sein d’un autre monde (12/55)

    Les expériences acquises par Flavien s’accumulent. Imaginez-vous en plein milieu de l’océan Austral. Votre bateau navigue suivant un roulis qui désormais vous berce. Puis un bruit vous sort de votre torpeur, de vos rêves. Un bruit si familier que vous vous éveillez à la vitesse d’un escargot. Comme lorsque vous êtes dans vos pénates. Vous êtes reposé, votre nuit s’est bien passée, jusqu’au moment où vous regardez l’heure sur votre montre. Horreur, malheur, vous êtes en retard.

    Flavien est réveillé à 8 h par le bruit d’un aspirateur. « Je vais pouvoir prendre mon petit-déjeuner aujourd’hui », se réjouit-il. L’aventurier se lève, encore engourdi de sommeil. Le plancher grince sous son pied nu, l’humidité, le froid. Flavien baisse les yeux, de l’eau. Pas une flaque, mais un véritable dégât des eaux en plein océan. « Je comprends mieux l’aspirateur. C’est alors le branle-bas de combat. » Le trio change alors de cabine, direction le pont n° 6, trois étages au-dessus. Quelques affaires, dont ses gants posés hier soir au sol, partent au séchoir.

    Une journée à peine croyable

    La chambrée déménagée, « je me rends compte que l’odeur que j’évoquais hier soir aura été un problème vite résolu… » Flavien, amariné, constate judicieusement que plus on monte dans en bateau, plus le roulis se ressent, tout en ayant une pensée pour son colocataire canadien. Les croisiéristes prennent, à 10 h 45, les zodiacs pour débarquer sur l’île Macquarie. Ses affaires biosécurisées prêtes, il profite de l’attente pour déambuler sur les ponts. « Je prends mes premières photos de l’île qui semble surgir d’un autre monde. Celle dont j’entends parler depuis tant d’années. » C’est également l’occasion de photographier pour la première fois, en mer, le gorfou de Schlegel, l’espèce emblématique de l’île, endémique stricte, ajoute-t-il.

    Macquarie, phare, voyage

    À côté de la base scientifique, « nous mettons pied à terre, ou plutôt à sable, vers 11 h 10 », sourit Flavien, déjà accaparé à prendre des clichés. Il ne résiste pas face aux milliers de manchots, d’éléphants de mer affalés sur la plage, dont l’odeur lui a presque manqué. En tant que « True Young Explorer », il aide les guides à maintenir le groupe entier pour éviter l’inertie de groupe. Elle se définit par « sa tendance à conserver habitudes et modes de fonctionnement, même lorsque des changements pourraient lui être bénéfiques. »

    « Accaparé par ce qui m’entoure, je ne sais pas si j’ai réussi ma mission », s’interroge-t-il. Alors que de nouvelles espèces, comme Poa foliosa et Stilbocarpa polaris, s’offrent à lui. « Je rencontre l’un des hivernants qui m’interpellent en voyant mon bonnet où est noté Astrolabe. » Ce brise-glace français navigue au large d’Amsterdam en 2022, à qui Flavien commande le fameux bonnet.

    Ce dernier est venu ici quelques semaines plus tôt pour débarquer neuf Australiens. « Car oui, cette île est australienne. Mon passeport est donc censé être descendu pour être tamponné, comme quelques lettres que j’aie demandé à être tamponnée hier, explique l’aventurier. La première fois que je pose pied en Australie sera donc ici, original ! »

    Les deux hommes échangent des bribes de conversation sur leur expérience similaire. Les croisiéristes sont censés avoir reculé de deux heures leurs montres, ayant changé de fuseau horaire. « Mais pour un côté pratique, tout le bateau sera resté à l’heure néo-zélandaise. Le réveil a dû être matinal pour les hivernants. »

    (Crédits : Janrey Artus/Pexels)

    La marche se poursuit. Le groupe monte sur un promontoire aménagé pour avoir la vue sur l’isthme, la pointe nord de l’île, où est implantée la base dans laquelle ils ne peuvent se rendre. « Nous ne sommes pas libres de nos mouvements. Nous devons rester sur les sentiers, mais pour les deux heures passées à terre, il y a déjà de quoi s’émerveiller. » En redescendant par une autre plage bondée de manchots et d’éléphants de mer, Flavien observe les insectes, mais n’en trouve aucun qui a perdu ses ailes. « Demain est ma dernière chance », soupire-t-il. Après quelques centaines de photos, le groupe se rend aux Zodiacs, cap sur la salle à manger. Il est bientôt 14 h. « La faim se fait sentir, à croire que je m’habituerais au confort », s’amuse Flavien de cette pensée.

    À table, moussaillons !

    À peine l’entrée entamée que le bateau met le cap plein sud, par la côte ouest. Selon les plus anciens, ce n’est que la troisième fois que cela arrive. Habituellement, les vents viennent de l’ouest, compte tenu du courant circumpolaire antarctique, mais pas aujourd’hui, alors l’Heritage Adventurer en profite. « Depuis ma chaise, une orque se produit en spectacle à quelques centaines de mètres, à bâbord. » Sustenté, il grimpe sur les ponts pour immortaliser le moment, et contempler les nombreuses colonies de gorfous de Schlegel tout au long des 30 km de la côte ouest.

    De surprise en surprise, la météo se maintient au beau fixe, enfin presque. « Il ne pleut pas. Le soleil fait même quelques rares intrusions, sur cette île où il pleut 310 jours par an, quelle chance ! »

    Les sommets de l’île culminent à plus de 200 mètres d’altitude. Ils sont restés la tête dans les nuages tout au long de la journée. « Comme très souvent aux dires des locaux. »

    Arrivé à la pointe sud, le capitaine manœuvre pour que l’on puisse apercevoir au mieux la plus grande colonie de manchots au monde. « Plus de 600 000 gorfous nichent ici, difficile à imaginer », admet Flavien. Quelques miles plus loin, le pacha œuvre pour permettre aux croisiéristes d’assister à une chasse d’orques. Puis une dernière, pour admirer l’une des plus grandes colonies de manchots royaux qui puisse exister, avec plus de 250 000 individus. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Proue, brume, mer

    « Ce gros bateau s’approche étonnamment de la côte. Je n’ai jamais vu ça », s’étonne-t-il. Sur ses photos, Flavien a l’impression d’être dans la colonie, ou presque. Le navire qui a ralenti sa vitesse se positionne à Sandy Bay pour y passer la nuit ancrée. « C’est là que nous devrions passer la journée de demain. »

    Un programme alléchant

    L’ensemble des croisiéristes assiste au briefing concernant la journée à venir. Mais un autre programme tient en haleine l’ensemble des personnes sur le bateau. Le barbecue dont tout l’équipage nous parle depuis hier. « Sur le pont numéro 6, avec une vue sur des milliers de manchots, sous une température de 4 °C au ressenti bien inférieur à 0 °C et avec une playlist de Noël… nous mangeons un barbecue. C’est un moment intemporel dont je me souviendrai longtemps », souffle-t-il, et pourtant ce n’est pas son premier sur un bateau.

    Barbecue, bateau, crustacés

    Il y a quelques années maintenant, à son retour de l’île d’Amsterdam, un barbecue avait déjà été réalisé. À la différence que cette fois-ci « nous étions en tee-shirt sous des latitudes subtropicales avec vue sur les lumières des villes réunionnaises ». Deux salles, deux ambiances, à vrai dire. Flavien, devenant un rat de bibliothèque, termine sa soirée au chaud. « Je me rends à la bibliothèque pour tenter d’identifier les invertébrés photographiés aujourd’hui. »

    Après plusieurs pages tournées, une très bonne nouvelle apparaît. Au moins l’un d’entre eux, un diptère, serait endémique. Profitant de chaque instant, Flavien s’offre un bol d’air iodé à la saveur particulière du sud de l’Australie. Il observe trois orques, un adulte et deux jeunes, qui semblent chasser dans le fond de la baie, très brumeuse.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Comme à son habitude, il use de chaque seconde qui lui est octroyée pour contempler ce que ses yeux voient. « Ce soir, à 23 h 09 précise, il fait encore bien jour compte tenu de la latitude (54,567690° S) et du non-changement d’heure, ou plutôt de notre déplacement vers l’ouest du globe, précise Flavien. Quelle journée ! Demain s’annonce tout aussi incroyable si la météo tient ses promesses. » À suivre…

  • La naupathie canadienne (11/55)

    La naupathie canadienne (11/55)

    À trois petits jours de Noël, Flavien s’offre une grasse matinée. Pas de réveil, pas de pression, alors, Morphée le garde jusqu’à 8 h 45. « Dormir ou déjeuner, il faut choisir », pourrait être un slogan. Cerise sur le gâteau, l’oreille interne s’est habituée, donc plus de signes du mal de mer. Ce qui lui permet de déambuler comme bon lui semble. D’autant que cette journée est entièrement consacrée à la navigation en pleine mer. La chance de l’aventurier est que l’Heritage Adventurer possède une bibliothèque. Il pose un regard sur les livres pour préparer sa visite de l’île de Macquarie, l’autre sur la vue imprenable du pont numéro 7.

    « Aujourd’hui, je déambule dans le bateau », s’amuse le marin. Il apprécie, et pour cause : « Mon oreille est désormais habituée à cet incessant roulis, je peux profiter des jours de mer comme je les aime. » Quand il ne photographie pas les belles des prés à quatre pattes, il écoule son temps dans les livres. « Entre différentes lectures sur l’histoire des îles, les lions de mer de Nouvelle-Zélande, réalisés par les guides, je passe une grande partie de la journée à la bibliothèque au pont n° 7 », relate l’aventurier du bout du monde.

    Préparation en bibliothèque pour l’île Macquarie

    La vue sur l’immensité bleue est limitée. « L’ambiance est brumeuse, mais j’adore. » Toujours avoir un coup d’avance, murmure-t-il en cherchant de la documentation sur l’île Macquarie, où ils débarquent demain. « Je découvre un guide sur les insectes, c’est parfait. » Il souhaite trouver quelques diptères brachyptères pour compléter ma collection. Une collection de photos d’insectes aptères prises sur les autres îles subantarctiques (Paractora moseleyi, Tipula kuescheli, Brachypteragrotis patricei). « J’ai repéré quatre insectes, trois diptères et un hyménoptère, qui ont évolué dans les laisses de mer. »

    Botanique, plante, Puccinellia macquariensis

    « En dehors de ces objectifs, quelques plantes endémiques comme Azorella macquariensis ou Puccinellia macquariensis s’ajoutent. » Pour autant, Flavien n’est pas seul. « Ça s’annonce corsé, je n’aurai pas beaucoup de temps pour farfouiller dans algues et espérer trouver quelques imagos, tout ça au milieu des milliers de manchots qui risquent de m’accaparer », souffle-t-il.

    En début d’après-midi, tous passent par la case biosécurité. « Je questionne les guides sur ces potentielles plantes et insectes endémiques… Hormis l’un d’entre eux, ils ne semblent connaître que les oiseaux, étonnant », souligne Flavien. Demain, ce sera donc au talent, se conditionne-t-il. « Quelle joie si je trouve l’un de ces organismes ! »

    Se faire confiance

    Il alterne entre la bibliothèque, le pont n° 5 à écouter les lectures, et l’air libre envoûtant de la pleine mer. « Les oiseaux n’étant pas très nombreux, je profite pour ne rien faire et admirer cet océan qui m’est désormais familier. C’est la quatrième année que je navigue à sa surface. » Avant de se questionner sur le futur.

    « Parfois, je réfléchis au sens que je vais donner à ma vie après ce voyage… puis je me focalise sur l’instant présent, ne pouvant guère apporter de réponse à cette question pour le moment. »

    Il est 22 h 38 à sa montre, quand Flavien observe être seul à la bibliothèque, avec un semblant d’horizon comme point de fuite. La mer est plutôt calme, compare-t-il aux jours précédents. Habitué à marcher dans la nature, la température extérieure tourne autour de 8/9 °C, ce qui est très plaisant. « Il fait très, trop chaud dans le bateau. » (Crédits : Puccinellia macquariensis/Flavien Saboureau)

    Soixante-douze heures de navigation, Flavien tiraillé, se confesse à travers une tirade. « Dans un sens, être dans un bateau luxueux, où l’opulence est agréable quand j’imagine la suite de mon périple, qui devrait être plus “roots“. Mais dans un autre, ce n’est pas agréable de se sentir surmaterné. Je connais bien le bateau maintenant, ce qui me permet de m’extraire de cette frénésie humaine en trouvant quelques coins calmes. Instants précieux pour me rendre compte des incroyables latitudes et territoires dans lesquels je me trouve. Ces moments intemporels, même s’ils me remémorent d’incroyables souvenirs, resteront gravés eux aussi. » L’heure défile, il est arrivé l’heure de retrouver la chambre. « J’y suis moins, car le Canadien souffre de naupathie. Il n’arrête pas de vomir, l’odeur s’imprègne dans l’entièreté de la cabine. Demain, il faut y remédier, mais je ne sais pas comment nous allons faire », se questionne le dormeur. À suivre…

  • De la carte SD à la carte postale (8/55)

    De la carte SD à la carte postale (8/55)

    Cette journée n’est pas la plus excitante, souffle-t-il, mais elle compose l’entièreté d’un voyage. Deux journées de transition pour se déplacer d’un bout du pays à l’autre, avant d’être coupé du monde : dix nycthémères en plein océan austral. Mais au préalable, il doit se rapprocher du point méridional de la Nouvelle-Zélande. Mais la distance entre les villes de Christchurch et Queenstown équivaut à celle entre Paris et Bordeaux, à vol d’oiseau. Il est contraint de trouver la solution à son problème de carte SD…

    Le réveil est doux ce matin. Aux alentours de 9 h 15, Flavien commence à se préparer. « Je dois faire le check-out à 10 h », explique-t-il. Après avoir récupéré ses affaires disséminées ici et là, il se transforme en véritable « tancarville ». « Les vêtements sont presque secs, mais je les accroche à l’arrière de mon sac à dos. » Il dépose l’ensemble à la bagagerie et se rend au centre-ville.

    Journée ordinaire, dans un lieu extraordinaire

    Après un retrait de 200 NZD au distributeur automatique de billets, il se trouve face à la porte fermée du musée Canterbury (Ekea mai te waka ki tua). Il se rabat vers le Jardin botanique (Te Māra Huaota o Waipapa), juste à côté. « Je suis étonné de voir autant d’espèces des quatre coins du monde dans un pays qui réglemente autant l’introduction d’espèces », remarque-t-il. Il poursuit par l’annexe du musée délocalisé dans une rue adjacente, ou presque. « C’est gratuit et heureusement, souffle-t-il. C’est vraiment tout petit et en dix minutes, j’en ai fait le tour. » Le repas de midi se compose d’un Pie de bacon et poulet. Pour clore la journée, quelques achats. « Je passe au magasin pour acheter de quoi accompagner les pâtes de ce soir, et la première tablette de chocolat du voyage. »

    De retour à l’auberge, il laisse ses affaires sécher sur la terrasse et prend la direction de la gare routière. « Je réserve le bus de 14 h 25 pour Dunedin. Je dois être à Queenstown demain soir. » Une fois de plus, il s’accommode des aléas. Le trajet direct depuis Christchurch est trop cher pour sa bourse (+ 200 NZD, 105 €). Il fera étape pour la nuit à Dunedin. Six heures durant, défilent les paysages. « Des kilomètres et des kilomètres de cultures, d’élevages de vaches laitières rendent les beaux paysages néo-zélandais on ne peut plus quelconques. »

    Arrivé à Dunedin, il prend la direction de l’auberge. « En préparant mes pâtes dans la cuisine, qui voilà ? Les deux Françaises qui étaient dans le même bus que Maxime et moi, il y a trois jours. »

    Le trio, ainsi constitué, dîne. Ce qui est l’occasion d’échanger plus longuement. « L’une s’appelle Clémence, vient de Rouen, et l’autre Mathilde, vient de Marseille », révèle l’aventurier. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Elles commencent le voyage à trois, mais ne sont plus que deux. En prenant congé de Clémence et Mathilde, « je me rends compte que je n’aurais, jusqu’à maintenant, pas passé une seule journée en Nouvelle-Zélande sans prendre un bus, qu’il soit de ligne ou de ville. »

    Les emblématiques de Dudenin

    À tout juste une semaine de Noël, la journée ressemble trait pour trait à la précédente. « À 9 h, je déguste quelques carrés de chocolat et termine la sorte de yaourt liquide acheté la veille. Après avoir déposé mon sac à la bagagerie, direction le centre-ville. » Il acquiert quelques cartes postales, sans véritablement trouver son bonheur. Il ressort de la boutique avec dix d’entre elles, et des timbres pour l’étranger. Le prix est de trois dollars, environ 1,60 euro. Le prix est de 2,1 € pour envoyer une carte de la France vers l’étranger.

    « La cathédrale, au style très européen, photographiée je me dirige vers la gare, l’édifice emblématique de Dunedin. l’un des monuments les plus couchés sur pellicule du pays », s’interroge Flavien.

    Un genre unique en Nouvelle-Zélande, avec en son sein une galerie d’art. Le musée d’Otago en ligne de mire « je n’ai pas envie de payer pour visiter… ça tombe bien, une bonne partie du musée se parcourt gratuitement. » Près de deux heures à explorer des collections naturalistes et des expositions sur les peuples du Pacifique. À 12 h 45, retour au centre-ville pour acheter quelques en-cas, et surtout dénicher un vendeur de cartes mémoire. Avec difficulté « j’en trouve une de 64 GB, pour 50 $ chez un commerçant d’appareils photographiques. » Après avoir essayé la carte défectueuse, le couperet tombe. L’unique possibilité de recouvrer tout ou partie des clichés se fera avec un logiciel spécifique.

    À 14 h, il se positionne pour prendre le bus qui doit l’emmener à Queenstown, dont l’heure de départ est 14 h 25. « Là-bas je dois réaliser mon check-in entre 15 h et 21 h… avec 5 h de trajet », la marge de manœuvre est réduite. « Toujours à l’heure habituellement, un seul impératif pour qu’il ne soit pas à l’heure », ironise-t-il en pensant à la Loi de Murphy.

    Ce n’est qu’à quinze heures passées de cinq minutes que le bus démarre. Sur la route, les paysages sont quelconques, pose Flavien. En fin de parcours, quelques gorges remarquables agrémentent le trajet. « Arrivé à destination, je marche 500 m pour rejoindre l’hôtel, à partir duquel je suis pris en charge. » Après avoir reçu le planning des heures à venir, des prochains nycthémères, il se rend dans sa chambre, avant la salle à manger. « Il y a du monde, affirme-t-il. Comme escompté la moyenne d’âge est bien élevée… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il dîne à la table des autres jeunes qui ont eu la bourse comme lui. « Pas un seul Européen à l’horizon. C’est parti pour dix jours d’anglais intensif. » Il tente de suivre les conservations, avouant préférer le papoter. Après le repas, les six « boursiers » marchent au bord du lac Wakatipu, pour admirer le coucher de soleil. Une discussion sur les oiseaux et l’heure de se reposer sonne. Je partage ma chambre avec un Néo-Zélandais, et un Canadien qui parle tout de même un peu français, note Flavien. « Demain est le grand jour du départ… appareillage à 17 h », se réjouit-il. À suivre…

  • Bercé par l’effluve des chaussettes sales (7/55)

    Bercé par l’effluve des chaussettes sales (7/55)

    En ce 16 décembre 2024, Flavien se réveille sur le siège avant d’une petite citadine. Si le bruit de l’averse sur la toile de tente berce le campeur… ce n’est pas du tout le cas lorsqu’elle sombre sur le toit d’une voiture. C’est pourquoi Flavien au milieu de la nuit change de place, pour bouger le véhicule. La recherche de plantes s’effectue souvent à quatre pattes. Il est plus agréable quand le sol n’est pas détrempé. Si bien que la quantité d’eau tombée durant la nuit n’engage en rien une pensée optimiste pour la journée à venir.

    La pluie, bien qu’annoncée, cesse. Le soleil illumine l’habitacle de la voiture pour le plus grand plaisir de l’aventurier. « Finalement la nuit a été plutôt agréable », remarque Flavien avec surprise. Pour une fois c’est acceptable. Cela ne vaut pas un lit, mais il avait disposé au préalable plusieurs vestes sur le siège. Le but étant de le rendre aussi confortable que possible.

    Flagrant délit de vol de brownie, un suspect en fuite

    « Je me suis réveillé à une heure, pour bouger la voiture, j’étais sous des branches. Les gouttes, de la pluie battante, produisaient un boucan d’enfer », raconte-t-il en s’étirant. Il est presque huit heures à sa montre quand il prend la direction de l’accueil du DOC, sous un grand soleil dominant. Il y règle les 15 NZ $ de la nuit. C’est alors que quatre ou cinq nestors Kea, nommés régulièrement Kea, s’amusent sur les toits aux alentours, sous les yeux encore amusées de l’aventurier.

    Brownie, terrasse, chocolat

    Il est le seul perroquet alpin du monde. « Je saisis donc mon téléobjectif pour essayer de les photographier, mais les lumières ce matin ne sont pas simples », constate le photographe.

    Avant de repartir, Flavien recherche en vain Hymenolaimus malacorhynchos. Le Hyménolaime bleu est danger d’extinction. Il est affiché sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).

    « C’est l’un des trois seuls canards au monde à être inféodé aux cours d’eau, un peu à la manière du cincle plongeur », explique Flavien. Il s’arrête légèrement plus loin pour déguster un chocolat chaud et un brownie, tout en espérant se connecter à l’internet. « En plus de la Wi-Fi qui ne fonctionne pas, un Kea vole mon brownie, alors que je prenais une photo, décidément… Je ne sais toujours pas où trouver Hectorella caespitosa. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Contre mauvaise fortune, bon cœur, souffle l’adage. « Je me dirige vers le col d’Arthur’s Pass où j’ai repéré la présence de tourbières. » Flavien y décroche le gros lot. « Le nombre d’espèces nouvelles est incroyable. Je passe plus de deux heures à quatre pattes à chercher des plantes plus petites les unes que les autres », sourit-il. Au programme des découvertes : les Donatia novae-zelandiae, Schizaea australis, Drosera arcturii…

    Course poursuite contre le temps

    Le temps est relatif, mais s’écoule inexorablement, surtout quand votre occupation vous plaît. « Il est 14 h 15. J’ai encore deux heures de route pour restituer la voiture à 17 h pétantes, avec le plein de carburant », constate-t-il. Le soleil se cache, au fur et à mesure de son avancée vers l’Est, derrière des nuages deviennent de plus en plus sombres. « Je m’arrête 20 minutes à Kura tawhiti, un ensemble impressionnant de formations calcaires très érodées. » Son étonnement est à la hauteur de la découverte dans cette partie du pays, quand on connaît son histoire géologique ajoute-t-il.

    Annoncée par l’omniprésence de cumulonimbus menaçants, l’averse se joint à Flavien. Avec hâte, il rebrousse chemin jusqu’à son véhicule. Sa réserve de temps est épuisée. C’est tambour battant que Flavien conduit, sous une pluie battante, pour rendre la voiture avant la fermeture du bureau de location. Au moment décisif, impossible de trouver l’ouverture de la trappe à carburant. « Un aller-retour en urgence à l’agence pour qu’ils m’expliquent que c’est sous le siège. Je n’ai jamais vu ça, ça ne s’invente pas… »

    À peine arrivé, il vide la Toyota de son attirail, rend les clés, quand il est pris en charge par leur navette direction l’aéroport, sans que la voiture ne soit contrôlée. « Ils le feront demain, ce n’est pas forcément rassurant », avoue-t-il. Arrivée à bon port, il file vers la même auberge que la veille, espérant trouver un lit de libre. « Ce soir, je me repose dans un dortoir pour huit. Cet effluve de chaussette là-dedans… », grimace Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Tourbière, nature, eau

    Puis Flavien profite d’une douche bien méritée. Il fait l’habituelle lessive à la main, dans un évier minuscule. « J’espère que ça sera un minimum sec demain, pense-t-il en étalant un peu partout dans le dortoir. Ce n’est pas pour arranger l’odeur qui règne ici », remarque-t-il justement. Après l’envoi de photos et de messages, son ventre crie famine. « Ce soir, c’est burger ! Je n’ai pas mangé ce midi, accaparé par ma tourbière, ça me fera un peu de gras. » De retour à l’auberge, il réserve son bus et son lieu de repos de demain. Il tente d’identifier quelques espèces vues ces deux derniers jours… Le temps file si vite que « je me couche tard. À 0 h 30, je suis encore le nez dans mes recherches », bâille-t-il. À suivre…

  • De Shanghai à Auckland (3/55)

    De Shanghai à Auckland (3/55)

    L’attente dans l’aéroport, la pluie à Shanghai, le manque de sommeil depuis quasiment un nycthémère usent Flavien. Si bien que la chaleur environnante de l’avion est propice à l’endormissement. Le repas n’est pas encore servi que Flavien est déjà dans les bras de Morphée. Encore onze heures trente minutes de trajet pour atteindre le paradis des naturalistes. Après tant d’attente, il pourra au fil du voyage poser sa tente dans les paysages merveilleux de la Nouvelle-Zélande. Avec une première approche à travers la plus grande ville, Auckland.

    Le repas est juste servi, alors que Flavien est réveillé par les cris étouffés de son estomac. La place entre les sièges est la première surprise de cette compagnie rappelle-t-il. Ses genoux ne touchent pas le fauteuil devant lui, ce qui est pour les personnes de grande taille un luxe très apprécié. Le dîner en vol englouti, il retourne aussitôt dit dans un sommeil réparateur. « Je me réveille quatre heures plus tard. Quel plaisir de trouver sommeil dans l’avion », bâille-t-il.

    Terre en vue

    « J’entrouvre le volet du hublot, dessous c’est l’océan Pacifique et les îles de la Papouasie. » Il est temps de mettre les pendules à l’heure, enfin le smartphone. Flavien aligne l’heure du portable sur le fuseau horaire d’Auckland. Il est 12 h 15. Le vol paisible laisse libre cours à des préoccupations humaines. « J’espère toujours que mon sac me suit en soute… » Plus que quatre petites heures avant d’arriver au pays du long nuage blanc, l’excitation monte. Il ne reste que deux heures quand l’impatience est à son comble. « J’ouvre le volet et surprise, une terre. »

    Le sol érodé et rouge lui confère une idée précise du lieu que lui et les autres passagers du vol MU779 de China Eastern Airlines survolent : la Nouvelle-Calédonie et ses mines de nickel. « Il suffit de peu de temps pour m’en assurer, quelques minutes après se dévoile le lagon ! » Flavien rêve un jour qui sait, de fouler ce caillou, où le taux d’endémisme des plantes est le plus important au monde avec Madagascar confie-t-il. « Je prends mon pied de la voir. »

    Comme un enfant qui demande sans cesse « quand est-ce qu’on arrive ? » lors du départ en vacances, Flavien bout d’impatience. Il ne cesse de regarder au travers du hublot. « Je ne veux pas rater les premiers bouts de terre de la Nouvelle-Zélande. » L’Aoetaroa se mérite, elle ne se dévoile qu’au tout dernier instant.

    À la recherche de ses bagages

    À peine quelques dizaines de secondes passent, quand le vol atterrit sur l’asphalte. Flavien, toujours accroché à son hublot, observe la tenue des personnels sur le tarmac. Ils sont rares ceux qui ne portent pas un short ou un tee-shirt. « C’est décidé, je descends de l’avion en tee-shirt. » Le reste de l’argent retiré au duty free de Roissy Charles de Gaulle s’échange au bureau. Les 40 euros se transforment en 63 dollars néo-zélandais (NZD).

    La récupération des bagages dure plus que prévu. « Nous sommes tous à patienter pendant près d’une heure, sans informations. Ça ne me rassure pas sur la présence, ou non, de mes affaires dans la soute. » Il apparaît enfin, ce qui permet à Flavien de pousser un « ouf » de soulagement. « La crème solaire a succombé à l’habituelle maltraitance des bagages », confie-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Passage obligé : la douane et le contrôle de biosécurité. « Avant de partir, j’ai rempli le formulaire de déclaration en ligne. » Comme en Australie, l’entrée des denrées sur le territoire est soumise à un contrôle strict. « Ayant déclaré l’une de ces denrées, l’attente fut longue. » Une heure plus tard, Flavien est dirigé vers le lieu du contrôle. C’est encore plusieurs minutes de patience. La vérification minutieuse du matériel de camping, en particulier la tente, et des produits lyophilisés, car ces derniers contiennent de la viande.

    Enfin en Nouvelle-Zélande

    « J’ai bien cru que les sachets lyophilisés ne passeraient pas… tout est bien qui finit bien. » Sorti de l’aéroport, un bus pour le centre-ville et Flavien arrivent au même instant à l’arrêt de bus. « Ce n’est pas donné le voyage », pense-t-il en donnant 20 NZD au conducteur du SkyDrive Airport Express. L’avantage est qu’il le dépose à côté de son auberge, en à peine plus d’une demi-heure.

    La première impression de Nouvelle-Zélande, enfin d’Auckland, est très bonne admet l’aventurier. La ville est très propre, ils ont du goût avoue Flavien alors sous le charme. La trame de couleur autour du gris anthracite est reprise un peu partout, ce qui lui confère une unité. « Juste dix minutes après être sortie de l’aéroport, il pleut », observe-t-il avec une certaine nonchalance. C’est sous la pluie qu’il fait son arrivée à l’auberge.

    Elle est située en plein centre-ville, juste à côté de l’iconique Skytower. « L’entrée se passe au mieux. Je récupère ma chambre où les trois autres occupants sont déjà là depuis plusieurs jours. »

    Une Canadienne très sympathique, qui est en visa travail, lui prodigue moult conseils et renseignements. « Voilà mes premières conversations longues en anglais, ça revient vite, c’est cool. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il s’assied trente minutes, envoie quelques messages et file sous la douche. Il fait bientôt nuit remarque-t-il, tandis qu’il cherche de quoi manger. « Je me rabats sur un taco pour ce premier repas… », après avoir cherché en vain une spécialité locale. De retour à l’auberge, il fait toujours aussi chaud et humide. La chambrée s’endort fenêtre ouverte. « Le lit superposé est frêle. Il bouge dès que je me tourne. Ça ne m’empêche pas — loin de là — de m’endormir, enfin en position allongée sur un truc à peu près confortable », souffle Flavien qui s’enfonce dans le sommeil du bienheureux. À suivre…