
L’île Tiritiri Matangi pour la fin du voyage (52/55)
Alors qu’il ne reste que cinq petits jours avant le terme du périple néo-zélandais, l’aventurier du bout du monde se réserve un mets de choix pour la fin. Un sanctuaire, un lieu préservé : l’île Tiritiri Matangi. La quintessence de son voyage sur quarante-huit heures. Ce sanctuaire insulaire abrite une gamme inégalée de faunes sauvages. Un paradis accessible seulement par le ferry spécialement affrété, et 90 NZD. Mais, cerise sur le gâteau, Flavien a la chance qui lui sourit — une fois encore — il y a deux semaines, quand il réussit à retenir une nuit sur place.
« C’est un jour mémorable », affirme Flavien avec joie. Sur un conseil appuyé de Fabrice, le naturaliste réserve la visite de ce lieu saint. « Je me suis octroyé cette île sanctuaire pour le terme du voyage. » La chance m’a souri, glisse-t-il malicieusement. « Il y a deux semaines, j’ai réussi à organiser une nuit là-bas pour 45 NZD dans la hut du DOC. » Une planification mesurée de la fin de son périple pour que ça concorde avec cette date, la seule disponible.
Les sept fantastiques sous l’œil de Flavien
« Ce matin, après avoir déposé quelques effets à l’auberge — car je n’ai besoin que de mon duvet — je prends la direction du ponton d’embarquement sur le front de mer en plein centre-ville. » Avant tout, il faut une nouvelle fois biosécuriser l’ensemble de ses affaires. Puisque cette île est exempte de prédateurs depuis plusieurs décennies. C’est d’ailleurs une des fiertés des Néo-Zélandais. « En termes de conservation, de nombreuses espèces rares y trouvent l’un de leurs derniers refuges. »

Un peu plus d’une heure de navigation est nécessaire pour rallier cet endroit insulaire. En chemin, le naturaliste observe quelques puffins, quelques fous austraux et même quelques manchots pygmées. « Il y a beaucoup de monde sur le bateau, mais la plupart reparte avec le ferry pour 14 h 40. Seule une dizaine d’individus sont autorisés, comme moi, à dormir sur l’île chaque nuit. »
À peine débarqué que l’ambiance sonore est incroyable. Bien plus encore que Zealandia ou Ulva Island, les sanctuaires précédemment visités par le baroudeur. « J’essaie de m’écarter de la foule, en vain, au vu du nombre de personnes descendues. »
Alors, Flavien se rend à la hut pour y déposer ses affaires et se restaurer. « Je rencontre les autres passionnés de nature qui vont dormir là cette nuit. » (Crédits : Flavien Saboureau)
Deux femmes habituées lui donnent de précieuses suggestions pour trouver « les quatre espèces que je suis venu observer. À savoir Kokako, Takahē, Gecko de Ducaucel et surtout le Wētā punga (Giant Weta). Le plus gros insecte du monde qui serait visible de jour contrairement à ses cousins ». Suivant à la lettre les conseils avisés, « J’emprunte le sentier de la côte est. Le plus long, donc délaissé par les touristes descendus ce matin ». Après un peu plus de quinze minutes de marche à scruter la canopée des petits arbres « je trouve mon premier Giant Weta. Comment je suis heureux ! »
Comme le collectionneur, le naturaliste a enfin vu tous les types de Weta. Le premier observé est un mâle. Il est plus petit, mais quelques encablures plus loin, je trouve une femelle. « Elle peut peser jusqu’à deux souris et faire onze centimètres de long. » Affublé de son téléobjectif, il mitraille tel un paparazzi.
« Quand je m’approche, ils lèvent les pattes arrière pour paraître plus impressionnants encore. » Il joue à l’acrobate pour tenter de se placer au plus près. Juché sur un promontoire, il perçoit du bruit.
Flavien, surpris dans sa concentration, perd l’équilibre saute à la hâte et se réceptionne mal. « J’ai peur de m’être blessé à la cheville droite. »
(Crédits : Flavien Saboureau)

Fort heureusement, elle ne gonfle pas, mais la douleur est persistante à chaque pause. « Je continue lorsqu’au milieu de l’île, j’observe mon premier couple de Kokakos (Glaucope de Wilson). » Ces oiseaux très rares aux magnifiques joues bleues ont échappé de peu à l’extinction. « Il y aurait 70 tandems ici, mais je n’en reverrais pas de la journée. »

Après avoir effectué un tour complet, où l’on peut voir de magnifiques baies vierges, le naturaliste revient à la hut. Les visiteurs sont repartis. L’île est véritablement plus calme, les oiseaux encore plus nombreux.
« Malgré cela, je ne déniche pas le Takahē, l’un des emblèmes de la Nouvelle-Zélande. » La nuit s’annonce courte, plus une sieste qu’autre chose. Flavien se repose, recharge ses batteries, comme celles de son appareil photo. « Je discute avec un volontaire qui œuvre ici depuis 40 ans. Il me donne plein de petits trucs et astuces, en particulier l’endroit où trouver les geckos. » Après avoir englouti des pâtes au thon et pesto rosso, Flavien honore son rendez-vous avec l’étoile qui se situe dans le bras d’Orion. « Je vais voir le coucher de soleil sur le point haut de l’île, c’est magnifique », acquiesce le poète. (Crédits : Flavien Saboureau)
Puis la nuit tombée, tous ceux qui dorment ici se dispersent sur l’île à la recherche des trésors à la frontale : Kiwi d’Owen, Totara, Gecko, Weta. « Mon premier sera le Kiwi. Oui, j’ai réussi à voir le kiwi une seconde fois ! » La rencontre sera beaucoup plus fugace que la précédente. Il est impossible à Flavien de le photographier avec lumière rouge. Je garde le souvenir pour moi cette fois, se confie-t-il.
« Je continue mon chemin et trouve mon premier et unique centipède. Un mille-pattes géant et impressionnant, qui se cache sous une écorce, pas facile de lui tirer le portrait. »
Durant une heure, Flavien arpente par monts et par vaux en vain… Jusqu’à l’apparition, d’un Totara, « le Sphénodon que j’ai vu à Zealandia, produit un boucan pas possible dans les feuilles ». Il réussit, tant bien que mal, à en extraire quelques clichés. « Il me semble stressé, je n’insiste pas. »
Il est bientôt minuit, sa frontale est toujours chargée, alors il persévère. « Voici que se montre le Wētā punga à quelques centimètres de moi, c’est énorme comme bestiole. » Le naturaliste le photographie sous toutes les coutures. (Crédits : Flavien Saboureau)

Puis, en clôture de cette incroyable journée, il débusque cinq minutes plus loin, un gecko posé sur sa branche. « On m’a dit qu’ils se cachaient à la lumière blanche… mais en fin de compte, je réussis à faire des photos sans trop l’incommoder. » Sur la crête, le naturaliste en croise finalement des dizaines, situés dans les souches de Phornium tenax.

En fait, séjourner la nuit sur l’île, c’est plus une grosse sieste qu’autre chose, affirme Flavien d’un œil. « C’est l’un des derniers groupes taxonomiques à apercevoir ici avec la grenouille que je n’ai toujours pas vue », commente le naturaliste.
La mission est accomplie. Il est à présent une heure passée de trente minutes, quand l’aventurier va se enfin coucher.
« J’ai des étoiles plein les yeux, quelle île ! »
Mais pour pouvoir profiter du chant auroral des oiseaux, il faut se lever véritablement tôt. « Demain matin, le réveil est prévu avant 6 h 30. Que la nuit s’annonce courte », anticipe Flavien.
(Crédits : Flavien Saboureau)
« La faune sauvage de Tiritiri Matangi est un mélange de créatures qui sont arrivées ici d’eux-mêmes, ou ont été transférées d’îles voisines, telles que Te Hauturu-o-Toi/Little Barrier Island. Cela a fondé une population qui reflète principalement ce que les habitants d’origine auraient été. » Alors, si le cortège faunistique est multiple, les chants qu’il pourrait entendre sont issus des Takahē, Mātāta, Kōkako, Pōpokotea, Pāteke, Ruru, Titipounamu, Toutouwai, Hihi, Kiwi Pukupuku, Tūī.
Une symphonie comme réveil-matin
« Ce matin, la levée du corps est à 6 h 25. » Tous les pensionnaires de chambrée sont déjà partis sur les chemins. « Sur la route pour rejoindre les forêts, je crochète via une prairie espérant voir le Takahē de bon matin. Et cette fois-là la chance me sourit ! »
Un couple et son petit sont là, juste devant Flavien, à chercher de la nourriture dans les basses herbes. « Je me couche et les observe tout un moment. Je ne les dérange pas du tout, c’est même eux qui s’approchent de moi. Quelle chance ! »
Cette espèce considérée disparue a été recouvrée au milieu du siècle dernier. Quelques individus sont retrouvés dans une vallée retranchée du Fjordland. Ils ont échappé aux prédateurs introduits. « Il n’en restait alors qu’une centaine. Depuis, la population a doublé grâce aux différents programmes de conservation, d’ailleurs, quinze d’entre eux sont visibles sur l’île. » Les lumières aurorales sont géniales pour les photos, glisse Flavien pour ne pas déranger le jour se levant. « J’ai loupé la symphonie du matin, mais, pour voir le Takahē, je n’ai aucun regret ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

N’ayant pas déjeuné, il revient à la hut pour prendre les quelques cappuccinos qui lui restent. Puis, l’aventurier du bout du monde marcher sans objectif, ni but précis, il profite avec simplicité de cet instant. « Je me laisse la nature me surprendre. Je fais à nouveau le tour de l’île et j’ai la chance de découvrir deux différents Takahē ainsi que quatre nouveaux Kokakos. »

Il est bientôt midi à sa tocante. « Je passe donc à la boutique — ouverte seulement lors de la descente des visiteurs — pour acheter des souvenirs. » Après avoir terminé le bout de fromage et de pain, il fait son sac et ramasse toutes ses affaires.
Jusqu’au départ du ferry à 14 h 40, Flavien est un véritable Backpackers. « Je découvre encore des chemins que je n’ai pas empruntés, c’est un vrai labyrinthe, cette île. » Après près plus de trente kilomètres sur ce paradis, Flavien débarque en ville vers 16 h 30.
Le simili de nuit accumulé à la fatigue du voyage à raison de Flavien. « Je suis crevé. Après une douche, je fais une sieste. » (Crédits : Flavien Saboureau)
La soirée s’annonce. Il sort s’acheter une pizza, « petite et pas dingue encore une fois, que j’aurais mangé dans un parc en centre-ville ». Puis, il se creuse l’esprit pour rendre ses derniers moments ici, en Nouvelle-Zélande, inoubliables. « Je n’arrive pas à me décider, à savoir comment occuper mon week-end… en plus, les locations de voiture à la volée sont exorbitantes. » À suivre…

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