Pérégrinations

À la conquête de livres et de souvenirs (53/55)

Pour une fois, Flavien s’offre une véritable grasse matinée. Bien qu’il se soit endormi préoccupé du lendemain, la nuit fut agréable et reposante. Il décide, fort à propos, de lâcher prise. Lâcher-prise sur l’organisation de ces derniers moments, il opte pour l’achat de souvenirs. C’est donc le costume de touriste que le jeune homme enfile de bon matin, avec la panoplie qui va avec. Mais une journée sans se rendre au New World, est une journée sans viennoiseries, ou comme un Français sans fromage… quoique…

« Mon réveil sonne à neuf heures. J’ai déjà les yeux grands ouverts, mais je profite jusqu’au bout. » Faute d’occupation malgré les recherches intensives, c’est donc en position de touriste que le naturaliste se positionne. « Je dédie cette journée à l’acquisition de souvenirs pour la famille », souligne Flavien. Mais : charité bien ordonnée commence par soi-même. « Et à l’achat des livres avec lesquels j’aimerai revenir », conclut-il.

À fond, à fond… mais pas trop vite

C’est donc à onze heures — oui, je sais. Mais aujourd’hui, je profite — qu’il file au New World pour acheter des viennoiseries et quelques ciabattas pour ce midi. Ce pain blanc d’origine italienne se décline avec différents ingrédients, tous les plus appétissants que les autres. Car tout au long de son périple en terre maori, c’est bien la première fois qu’il ne se plaint pas de ce qu’il mange. Difficile de comparer la gastronomie de son pays avec celui dont nous sommes l’hôte.

« Je prends la direction d’une première librairie située sur le front de mer, en centre-ville. » Une fois sur place, le naturaliste ne voit aucun des livres escomptés… que des romans. « C’est mal barré », souffle-t-il. Le vendeur lui confirme qu’il n’a pas en rayon les deux livres recherchés : Above the tree line et Ghost of Gondwana. C’est donc via une marche de deux minuscules kilomètres, qu’il se rend auprès d’une librairie excentrée. Sa stupéfaction est de taille à son arrivée. « Elle me paraît vraiment toute petite, j’ai peur d’avoir fait le chemin pour rien. »

Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais juger un livre à sa couverture ?

Ce à juste titre, car qu’elle n’est pas sa surprise à son entrée dans cet antre de la culture. « Une étagère entière est dédiée aux livres naturalistes. Je trouve la plupart des références que j’avais repérées dans les différentes librairies ou muséums. » (Crédits : Pixabay/Pexels)

Comme lorsqu’un gourmand entre dans une pâtisserie, ou une fromagerie, il faut effectuer une sélection terrible, mais nécessaire. « D’autres livres me font de l’œil, mais les deux choisis coûtent déjà 150 NZD et pèsent lourds. Je dois penser à mon porte-monnaie, qui, lui, s’allège, et au poids de mes bagages dans l’avion… » Flavien explique avoir tenté d’acheter l’un des deux avant son départ en Nouvelle-Zélande. « Il ne se trouvait que dans une librairie anglaise pour un prix de près de 200 €. »

Estomaqué, l’aventurier ressort plus léger de quelque monnaie, mais empli d’une satisfaction pleine et entière. « Je n’aurais pas imaginé que ce soit aussi simple. » Il est à peine midi et demi lorsqu’il passe le seuil de la librairie, laissant derrière lui le carillon de la porte. Les livres au fond du sac à dos. Il file au parc visité il y a deux mois Auckland Domain : le Pukekawa.

Oh surprise ! « Ce week-end, Auckland est terre d’accueil d’une étape de la coupe du monde des fameuses caisses à savon RedBull », s’amuse Flavien. Durant les présentations et interludes, le touriste se régale des danses maories. « L’ambiance est agréable, je me laisse tenter, pensant ne jamais revoir ça. »

Course de caisses à savon

Durant près de deux heures, il se régale. « Il y a du monde tout au long du parcours. Ce n’est pas facile de dégoter une place », reconnaît-il. It’s bucketing down, commentent des Néo-Zélandais. Littéralement, ils tombent des seaux. « N’ayant pas de ciré, je dépose mes livres à l’auberge à trois petits kilomètres. »

Vient à Flavien l’une des choses les moins aisées pour le naturaliste : choisir des cadeaux souvenirs. « Je visite trois boutiques pour dénicher mon bonheur. » La soirée s’écoule à trouver une occupation pour les deux ultimes nycthémères. « J’ai vraiment envie de découvrir la grenouille de Nouvelle-Zélande — Leiopelma —, cherchée en vain la semaine dernière », se languit l’aventurier. La seule qu’il veut voir ici, et qui se dérobe malgré ses investigations. (Crédits : Flavien Saboureau)

Mais c’est un déchirement qui, enjoint à la fatigue physique, atteint le baroudeur. « Je n’arrive pas à trouver d’endroit précis pour la voir. En plus il n’y a pas de transports pour s’y rendre, les voitures de location sont financièrement inabordables au dernier moment. Il va falloir accepter que je reparte sans l’observer », s’attriste-t-il. Demain, écoutant les conseils des deux femmes rencontrées à de Tiritiri, « je visite Rangitoto Island. » Après du rangement, à quelques heures du retour, Flavien est las. « Ce soir, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la Nouvelle-Zélande, il me tarde désormais de rentrer ». À suivre…

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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