Pérégrinations

Vers les Pinnacles et au-delà (49/55)

Comme il pouvait s’y attendre, l’humidité rencontrée à minuit s’est installée un peu partout. Tant et si bien, que le constat est sans appel : tout est trempé. Pourtant, il n’a pas plu durant la nuit. Flavien tient aujourd’hui un agenda de ministre au travail. C’est à travers le Kauaeranga Kauri Trail que l’aventurier du bout du monde va dominer la péninsule de Coromandel. Le tracé de six kilomètres propose un dénivelé de 524 mètres, le tout en sens unique. Mais ce chemin possède aussi une portée historique pour le peuple Maori.

Il est 6 h 45, les nuages restent et persistent, cachant le soleil et sa douce chaleur. « Je ne réussis pas à faire sécher ma tente », admet-il, en pensant à s’en occuper cet après-midi. Si tôt rangée, le baroudeur se met en ordre de marche. « Je ne traîne pas, la journée s’annonce un peu chargée. » Il entame son périple en se rendant au sommet des Pinnacles, à 780 mètres d’altitude.

Seul au monde… ou presque

Les débuts sont d’ores et déjà prometteurs. Sur le sentier, la flore est parfois très intéressante, souffle le naturaliste accroupi, au chevet de ces belles. « Je me suis arrêté sur un bord de chemin où, dans un rayon de cinq mètres j’observe : Halocarpus biformis, Agathis australis, Phyllocladus trichomanoides, Dacridium cupressinum, Schizaea fistulosa, Lateristachys lateralis, Quintana serrata, Drosera binnata et Ixerba brexioides… » La liste promet des rencontres d’une époque révolue. « Il y a de quoi se croire au jurassique avec toutes ces espèces ancestrales : c’est magnifique. »

Avant de gravir le sommet, il songe à adoucir sa charge. « Je m’arrête à la hut, énorme et moderne, pour y déposer du matos et grimper plus léger. » Il sort de la hut, quand le ciel se tapisse de nuages. « Quelques gouttes tombent… Dommage les végétations sont sympas ici, notamment la rare espèce endémique Olearia townsonii», remarque le naturaliste en accélérant la foulée. Les derniers mètres s’effectuent avec des chaînes et des cale-pieds.

« Là-haut je suis seul ! Le panorama n’est pas celui que j’espérais, mais ça donne une ambiance très sauvage, le coin est magnifique sur ce promontoire abrupt où il ne faut pas faire un faux pas », raconte l’aventurier dont la vue est cachée par la couverture nuageuse, une nouvelle fois. Lors de la descente, l’intensité pluvieuse croit, le privant d’une observation détaillée. (Crédits : Flavien Saboureau)

Il parvient à s’abriter pour dévorer mon pain et mon brie. Une aventurière et son enfant en bas âge juché sur son dos l’imitent. « Elle est très sympa. » Le bambin gambade tout juste, remarque Flavien. « Il est obnubilé par mon fromage, alors je lui en donne un petit bout. » Elle indique que c’est la première fois qu’il en mange. Flavien l’invite à découvrir la variété disséminée en France.

« Je serai bien resté plus longtemps, mais la pluie a cessé, alors je poursuis mon retour. » Les bords de chemin sont constellés de Dawsonia superba. Le naturaliste distille que cette fameuse mousse est la plus grande du monde. Et que leur route s’est déjà croisée au pied du Taranaki.

La descente perdure, mais il découvre pléthores d’espèces, dont une famille — les Loxsomaceae —, qu’il n’a pas encore vue. « Ma carte mémoire est pleine, il faut sans arrêt que je fasse de la place », se lamente Flavien. Il est 14 h, quand il retrouve le parking. « Je file jusqu’à la maison du DOC pour remplir mes bouteilles et trouver un camping pour ce soir. » La veille il fait chou blanc sur la réservation.

(Crédits : Flavien Saboureau)

« J’ai grand besoin de prendre une douche. » La dernière date de trois jours. Alors, avec cette température et l’humidité : « c’est la cata », souffle-t-il. Une fois au volant, il parcourt les quatre heures qui l’en séparent. Comme toute capitale, il existe des heures où il est nécessaire de l’éviter.

« J’arrive vers 16 h à Auckland. Il fallait bien que je me tape des bouchons. » Cette expérience dure trois quarts d’heure…

« Comme hier, j’ai dû prendre une portion de route payant — Toll Road — pour seulement 2,5 NZD. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’il faut aller payer sur internet, comme pour l’autoroute entre Montluçon et Moulin. »

L’aventurier du bout du monde touche enfin son but. « J’arrive au camping à 18 h 45. Heureusement la réception est encore ouverte. » Il se rend sur son emplacement, dans un camping littéralement vide avant de se diriger vers un food truck pour prendre un burger. « Décevant encore une fois. Déjà qu’ils mangent mal, en plus de ça, ce n’est pas bon… »

(Crédits : Olearia townsonii – Asteraceae/Flavien Saboureau)

Il s’attelle à ériger sa tente, afin qu’elle puisse sécher de la nuit précédente. Puis c’est le moment tant attendu de la douche. « Que dire…. elle était fameuse. En plus, un Néerlandais m’a laissé un jeton, j’ai pu y rester dix minutes au lieu de cinq. » Malgré un réveil qui s’annonce matinal demain, programmé pour sept heures, comme à son habitude, l’aventurier éteint toutes lumières aux alentours de minuit. À suivre…

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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