Pérégrinations

Voir l’île Rangitoto et s’envoler (54/55)

En ce dimanche 16 février 2025, Flavien s’enquiert de pain et de viennoiseries. Mais, chaque pays possède ses us et coutumes. Si en France, la majorité des bourgs se charge d’une bonne odeur de pain chaud, même le matin, ici l’aventurier du bout du monde rencontre des difficultés. Puis, il embarque vers l’île volcanique de Rangitoto, sa dernière visite sur une terre néo-zélandaise. Mais un autre cadeau l’attends, comme lors des ultimes kilomètres avant de retrouver son nid douillet, sa maison, son lit.

Il n’est pas encore huit heures à sa montre que Flavien est déjà debout. Un mélange d’effervescence, d’envies de découverte apparaît. « Je prépare mon sac pour partir sur Rangitoto Island, dans le golfe d’Auckland. » Mais avant d’arriver au quai d’embarquement pour 8 h 45, « je passe acheter du pain et des cookies. Il n’est pas aisé de trouver quelque chose d’ouvert aussi tôt un dimanche matin. » Après une demi-heure d’attente, où il aura fallu biosécuriser les chaussures : « j’embarque ».

Une rencontre volcanique

Le temps s’assombrit. « Ils ont annoncé de la pluie pour aujourd’hui », indique l’aventurier déjà au fait des prévisions météorologiques. « Après une vingtaine de minutes de ferry, nous débarquons sur l’île. J’en ai foulé des volcaniques — Amsterdam, La Réunion, l’Ascension — mais celle-ci, avec 600 ans d’âge, est la plus jeune de toutes. » Un détail que tout naturaliste observe, contrairement à tout un chacun, « toutes les scories n’ont pas encore été colonisées par les plantes ». La forêt est relativement jeune et clairsemée, remarque-t-il. « Je me dirige, comme des dizaines d’autres, vers le sommet, plutôt bas — 260 mètres — pour une île de cette taille — 23 km2 —. La montée n’est pas bien compliquée, mais il y a quand même des randonneurs au bout de leur vie… »

Là-haut, le panorama sur Auckland est imprenable malgré les quelques ondées marines qui obscurcissent partiellement l’horizon.

Malgré une météo instable, le naturaliste reste sec pour le moment. « Sur le chemin descendant vers les grottes de laves qui se traversent sur quelques dizaines de mètres, je sortirais le téléobjectif pour photographier des oiseaux, comme le saddleback, déjà vu auparavant. »

En milieu de journée, Flavien se pose pour manger son dernier et habituel en-cas. Vous l’aurez sans doute deviné, à force de lire ces quelques lignes : du pain et du brie. Une fois repu, il reprend le cours de sa marche. Avec un clin d’œil amical et amusé de la nature néo-zélandaise à l’aventurier, « j’enfile mon ciré avant que la pluie ne s’arrête aussitôt ». (Crédits : Flavien Saboureau)

Comme à son habitude, il préfère les sentiers peu fréquentés et vides de personnes. « J’ai pris des chemins bien différents des autres, je ne croise plus beaucoup de monde. » En début d’après-midi, il déniche l’unique pied de Psilotum nudum. « C’est une fougère primitive que je n’ai observée qu’à La Réunion avant ça, je suis content. » Il est 14 h 15, et, pour rejoindre l’embarcadère, Flavien doit parcourir cinq kilomètres et demi. « Je presse le pas, le bateau nous récupère à 15 h 45. »

Sûr de lui, il s’octroie une petite pause sur une plage de sable noir où il observe le Martin-pêcheur de Nouvelle-Zélande. « Il est bien moins grand que celui de Patagonie », ajoute-t-il.

La route du bord de mer est plate et large, donc longue… Les mangroves poussent directement sur la lave : « C’est étonnant et unique, paraît-il ».

Après un rythme effréné, « j’arrive avec vingt minutes d’avance sur l’horaire. » Peur de louper le ferry ou envie de battre un record, l’aventurier se repose dans un abri. « Je suis rincé de ma dernière grande marche en Nouvelle-Zélande. » Les conditions de navigations ont changé. La houle se forme, le bateau danse la gigue. « L’embarquement est compliqué pour certains. » (Crédits : Flavien Saboureau)

Les conditions climatiques depuis l’île d’Amsterdam, le voyage en Amérique du Sud et la Nouvelle-Zélande ont eu raison de ces écouteurs. « J’en achète de nouveau, et du poulet pané pour ce soir. » L’aventurier ne se voit pas durant presque une journée entière sans pouvoir s’isoler à l’instar des grands compétiteurs. De retour à l’auberge, « je prends une douche et je ne peux résister à Morphée. Je ne sais pas pourquoi je suis tant crevé, j’ai fait bien pire, sûrement le relâchement… » Après le repas, il discute via de nombreux messages pour préparer son retour, évoque-t-il. Il est minuit passé du quart d’heure poitevin, quand il ferme les deux yeux à la fois.

Un (dernier) petit tour et puis s’en va…

Pour le dernier réveil sur cette partie du globe, Flavien prend le soin de s’offrir du temps. L’aéronef ne s’envole qu’à vingt-deux heures. « Ce matin, comme hier, je ne suis pas pressé. D’ailleurs, je n’ai rien prévu. » Émergeant tranquillement, il sort à petits pas d’un état mélange de lassitude, de fatigue et de besoin de revenir sur les terres lavaucéennes.

Chaussure, pied, usure

« J’émerge doucement, je réponds à quelques messages et termine la préparation de mon sac. » Il s’offre une ultime douche jusqu’à son retour à la maison. La course au billet de banque souvenir s’enclenche. Comme un au revoir, « je passe une dernière fois au New World pour acheter mes habituelles viennoiseries, je payerai en cash pour avoir un billet de cinq NZD, mais celui qui ressort est gribouillé, pas de chance. »

Seul au milieu de gratte-ciel, après avoir mangé, il met le cap vers le musée maritime. Une aspiration de connaissance, histoire et culture générale, se termine à 16 h 15, après deux heures pleines et entières de visite.

Cinq dollars néo-zélandais en poche

Il est temps ! Temps de dire véritablement au revoir à la Nouvelle-Zélande. « Je me déplace, comme un vieil habitué, dans l’équivalent d’un RER pendant 40 minutes avant d’emprunter un bus jusqu’au terminal international. » Une fois sur le lieu, il scinde son chargement en trois. Un pour la soute, le matériel photo avec lui en cabine, et un dernier cartonné pour y mettre les livres achetés avant-hier.

Il est 19 h 30. « Je passe la douane et la sécurité avant d’arriver au Duty Free. J’aimerais y retrouver un billet de cinq dollars propre et pourquoi pas un de dix. » Aucun magasin ne se montre coopératif. « Je retire alors 50 NZD à un ATM. » Puis, avec cette somme en poche, Flavien revient dans une boutique pour le scinder en petites coupures. « Mes billets de cinq et dix dollars néo-zélandais en main, je pars au bureau de change pour récupérer le tout en euros. »

(Crédits : Flavien Saboureau)

Arrivé en salle d’embarquement, l’attente est courte, tout s’enchaîne parfaitement. « Je monte alors dans l’avion. C’est mes derniers pas sur cet incroyable pays que j’ai eu la chance de fouler, de son point le plus méridional à son point le plus septentrional. Installé, j’ai hâte qu’ils passent avec le repas, car j’ai très faim après le tout petit en-cas du midi. » À suivre…

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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