Étiquette : Flavien Saboureau

  • Voir l’île Rangitoto et s’envoler (54/55)

    Voir l’île Rangitoto et s’envoler (54/55)

    En ce dimanche 16 février 2025, Flavien s’enquiert de pain et de viennoiseries. Mais, chaque pays possède ses us et coutumes. Si en France, la majorité des bourgs se charge d’une bonne odeur de pain chaud, même le matin, ici l’aventurier du bout du monde rencontre des difficultés. Puis, il embarque vers l’île volcanique de Rangitoto, sa dernière visite sur une terre néo-zélandaise. Mais un autre cadeau l’attends, comme lors des ultimes kilomètres avant de retrouver son nid douillet, sa maison, son lit.

    Il n’est pas encore huit heures à sa montre que Flavien est déjà debout. Un mélange d’effervescence, d’envies de découverte apparaît. « Je prépare mon sac pour partir sur Rangitoto Island, dans le golfe d’Auckland. » Mais avant d’arriver au quai d’embarquement pour 8 h 45, « je passe acheter du pain et des cookies. Il n’est pas aisé de trouver quelque chose d’ouvert aussi tôt un dimanche matin. » Après une demi-heure d’attente, où il aura fallu biosécuriser les chaussures : « j’embarque ».

    Une rencontre volcanique

    Le temps s’assombrit. « Ils ont annoncé de la pluie pour aujourd’hui », indique l’aventurier déjà au fait des prévisions météorologiques. « Après une vingtaine de minutes de ferry, nous débarquons sur l’île. J’en ai foulé des volcaniques — Amsterdam, La Réunion, l’Ascension — mais celle-ci, avec 600 ans d’âge, est la plus jeune de toutes. » Un détail que tout naturaliste observe, contrairement à tout un chacun, « toutes les scories n’ont pas encore été colonisées par les plantes ». La forêt est relativement jeune et clairsemée, remarque-t-il. « Je me dirige, comme des dizaines d’autres, vers le sommet, plutôt bas — 260 mètres — pour une île de cette taille — 23 km2 —. La montée n’est pas bien compliquée, mais il y a quand même des randonneurs au bout de leur vie… »

    Là-haut, le panorama sur Auckland est imprenable malgré les quelques ondées marines qui obscurcissent partiellement l’horizon.

    Malgré une météo instable, le naturaliste reste sec pour le moment. « Sur le chemin descendant vers les grottes de laves qui se traversent sur quelques dizaines de mètres, je sortirais le téléobjectif pour photographier des oiseaux, comme le saddleback, déjà vu auparavant. »

    En milieu de journée, Flavien se pose pour manger son dernier et habituel en-cas. Vous l’aurez sans doute deviné, à force de lire ces quelques lignes : du pain et du brie. Une fois repu, il reprend le cours de sa marche. Avec un clin d’œil amical et amusé de la nature néo-zélandaise à l’aventurier, « j’enfile mon ciré avant que la pluie ne s’arrête aussitôt ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Comme à son habitude, il préfère les sentiers peu fréquentés et vides de personnes. « J’ai pris des chemins bien différents des autres, je ne croise plus beaucoup de monde. » En début d’après-midi, il déniche l’unique pied de Psilotum nudum. « C’est une fougère primitive que je n’ai observée qu’à La Réunion avant ça, je suis content. » Il est 14 h 15, et, pour rejoindre l’embarcadère, Flavien doit parcourir cinq kilomètres et demi. « Je presse le pas, le bateau nous récupère à 15 h 45. »

    Sûr de lui, il s’octroie une petite pause sur une plage de sable noir où il observe le Martin-pêcheur de Nouvelle-Zélande. « Il est bien moins grand que celui de Patagonie », ajoute-t-il.

    La route du bord de mer est plate et large, donc longue… Les mangroves poussent directement sur la lave : « C’est étonnant et unique, paraît-il ».

    Après un rythme effréné, « j’arrive avec vingt minutes d’avance sur l’horaire. » Peur de louper le ferry ou envie de battre un record, l’aventurier se repose dans un abri. « Je suis rincé de ma dernière grande marche en Nouvelle-Zélande. » Les conditions de navigations ont changé. La houle se forme, le bateau danse la gigue. « L’embarquement est compliqué pour certains. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les conditions climatiques depuis l’île d’Amsterdam, le voyage en Amérique du Sud et la Nouvelle-Zélande ont eu raison de ces écouteurs. « J’en achète de nouveau, et du poulet pané pour ce soir. » L’aventurier ne se voit pas durant presque une journée entière sans pouvoir s’isoler à l’instar des grands compétiteurs. De retour à l’auberge, « je prends une douche et je ne peux résister à Morphée. Je ne sais pas pourquoi je suis tant crevé, j’ai fait bien pire, sûrement le relâchement… » Après le repas, il discute via de nombreux messages pour préparer son retour, évoque-t-il. Il est minuit passé du quart d’heure poitevin, quand il ferme les deux yeux à la fois.

    Un (dernier) petit tour et puis s’en va…

    Pour le dernier réveil sur cette partie du globe, Flavien prend le soin de s’offrir du temps. L’aéronef ne s’envole qu’à vingt-deux heures. « Ce matin, comme hier, je ne suis pas pressé. D’ailleurs, je n’ai rien prévu. » Émergeant tranquillement, il sort à petits pas d’un état mélange de lassitude, de fatigue et de besoin de revenir sur les terres lavaucéennes.

    Chaussure, pied, usure

    « J’émerge doucement, je réponds à quelques messages et termine la préparation de mon sac. » Il s’offre une ultime douche jusqu’à son retour à la maison. La course au billet de banque souvenir s’enclenche. Comme un au revoir, « je passe une dernière fois au New World pour acheter mes habituelles viennoiseries, je payerai en cash pour avoir un billet de cinq NZD, mais celui qui ressort est gribouillé, pas de chance. »

    Seul au milieu de gratte-ciel, après avoir mangé, il met le cap vers le musée maritime. Une aspiration de connaissance, histoire et culture générale, se termine à 16 h 15, après deux heures pleines et entières de visite.

    Cinq dollars néo-zélandais en poche

    Il est temps ! Temps de dire véritablement au revoir à la Nouvelle-Zélande. « Je me déplace, comme un vieil habitué, dans l’équivalent d’un RER pendant 40 minutes avant d’emprunter un bus jusqu’au terminal international. » Une fois sur le lieu, il scinde son chargement en trois. Un pour la soute, le matériel photo avec lui en cabine, et un dernier cartonné pour y mettre les livres achetés avant-hier.

    Il est 19 h 30. « Je passe la douane et la sécurité avant d’arriver au Duty Free. J’aimerais y retrouver un billet de cinq dollars propre et pourquoi pas un de dix. » Aucun magasin ne se montre coopératif. « Je retire alors 50 NZD à un ATM. » Puis, avec cette somme en poche, Flavien revient dans une boutique pour le scinder en petites coupures. « Mes billets de cinq et dix dollars néo-zélandais en main, je pars au bureau de change pour récupérer le tout en euros. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé en salle d’embarquement, l’attente est courte, tout s’enchaîne parfaitement. « Je monte alors dans l’avion. C’est mes derniers pas sur cet incroyable pays que j’ai eu la chance de fouler, de son point le plus méridional à son point le plus septentrional. Installé, j’ai hâte qu’ils passent avec le repas, car j’ai très faim après le tout petit en-cas du midi. » À suivre…

  • Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Après plusieurs jours avec le luxe d’une voiture de location en Nouvelle-Zélande, les journées s’allongent et les trajets deviennent des parenthèses. Entre le linge qui sèche mal, la conduite du bus cahoteux et les envies de cuisine improvisée, le voyageur avance au rythme des rencontres. À Kaïkoura, il retrouve la mer, la lumière et l’envie de se poser… un instant avant de reprendre la route vers l’île du Nord. Mais c’est aussi l’expérience des trajets en bus qui fascine l’aventurier. Une étape tout en lenteur, ou presque, en fatigue heureuse et plaisirs simples.

    Ce matin c’est presque une grasse matinée pour Flavien. « Je sors du lit à 9 h 45. » Tout semble indiquer une véritable grasse matinée, mais une fois de plus Flavien veille très tard. Le résultat est une nuit comptable somme toute normale. Il doit effectuer son check-out à 10 h… mais ses vêtements ne sont pas encore tous secs. « Je descends dans le hall de l’auberge où j’étends mes vêtements sur les chaises tel un clodo, personne ne me dira rien alors tant mieux », souffle-t-il.

    De Christchurch à Kaïkoura, entre fatigue et liberté

    C’est ainsi qu’il profite du canapé de l’auberge jusqu’à midi. « Mon bus pour me rendre à Kaïkoura est prévu à 14 h 30. » Il profite de ce temps pour se rendre en ville et s’acheter un en-cas avant de filer jusqu’à l’arrêt de bus. Tel l’habitué, Flavien n’a plus besoin de carte ni de boussole pour se déplacer dans la seconde plus grande ville de Nouvelle-Zélande. Concentré sur l’écriture de son récit journalier, il commence à ressentir les soubresauts de la conduite du chauffeur. « Il conduit comme un dératé. Je commence à avoir mal à la tête, je finirai plus tard. »

    Arrivé à Kaïkoura, Flavien parcourt le kilomètre qui sépare l’arrêt de l’auberge. À peine le sac posé, il repart, mais cette fois en direction du supermarché. « Pour une fois j’ai envie de cuisiner. J’achète des patates, des champignons, une bavette, un yaourt et même des chips, c’est l’orgie ce soir ! »

    La cuisine est pleine de monde… Ses patates au creux de la poêle n’en finissent pas de cuire. « Deux Françaises me donnent du beurre, tout en discutant. Je m’installe à leur table. »

    Originaires de Paris, elles arrivent de Nouvelle-Calédonie, l’une est médecin, l’autre prof de judo. « Nous taillons la bavette, pendant que la mienne cuit sur le barbecue à disposition. Elle est cuite avant les patates qui sont sur le feu depuis bientôt une heure… Décidément. » (Crédits : Gabriela Palai/Pexels)


    Tandis qu’elles se retirent, un couple de Néerlandais s’installe à côté de moi. La discussion se propose : « Je leur parle des deux mois de stage que j’avais faits là-bas en 2017… » Finalement l’aventurier termine son repas sans avoir vu la soirée passée. Comme hier, la journée n’a pas été des plus excitantes, mais importante pour réfléchir à la suite du voyage. Les compteurs d’écriture remis à zéro, « je peux désormais réfléchir à la suite. »

    Une balade ensoleillée à Kaïkoura

    Ce matin c’est une nouvelle grasse matinée. « Je me réveille après 9 h, à croire que c’est la décadence. » Sauf qu’il s’est couché bien après minuit. Le temps est favorable, dans les deux sens. « Je prends le bus à 18 h, donc je décide de faire une rando de quatre heures et douze kilomètres », affirme-t-il. Pour la première fois depuis quelques jours, le baroudeur se projette. « Sur la terrasse ensoleillée de l’auberge, je réserve la prochaine auberge et le ferry, afin de définitivement quitter l’île du Sud pour celle du Nord. »

    Il anticipe pour le trek dans le parc national du Tongariro avant qu’il n’y ait plus de place. « Je dois faire l’impasse de deux étapes par manque de place pour poser ma tente. » Un inconvénient pour l’aventurier. « Je n’aime pas faire ça, car je ne peux pas gérer la météo, mais je n’ai malheureusement pas le choix… Même chose pour l’île de Tiritiri où je désire aller avant de quitter le pays », concède-t-il.

    Mais la chance lui sourit. « Il reste une place, que je réserve de suite. Ça me laisse moins de marge de manœuvre, moins de place à l’improvisation que j’apprécie. »

    Après avoir dévoré la fougasse achetée la veille, il file vers la péninsule de Kaïkoura. Elle est connue et reconnue pour ses baleines croisant au large. « Je reste sur la terre cette fois. Je rejoins l’extrémité de la péninsule où il est censé y avoir une nouvelle colonie d’otaries. »

    Sac de vingt kilogrammes sur le dos, « je n’ai pas voulu le laisser à l’auberge, mais j’aurais peut-être mieux fait. Porter ces 20 kg pour rien pendant 12 km n’est pas la meilleure idée de mon voyage. » Il a tout de même dissimulé son sac de victuailles dans un buisson non loin de l’arrêt de bus. « Pas un seul nuage, il fait chaud, heureusement qu’il y a un petit vent pour se rafraîchir », transpire Flavien. La géologie revêt une importance à ses yeux. « Je photographie des falaises et des rochers qui sont très classes. »

    En tant que touriste, il admet que l’endroit fait très station balnéaire. « C’est compréhensible, avec plus de 2000 heures d’ensoleillement par an, c’est l’un des endroits les plus ensoleillés du pays. » Arrivé au cap, il observe les otaries de loin, les ayant déjà mises sur papier glacé de nombreuses fois. « Avec ce beau temps, la balade est agréable, comme la vue panoramique. » (Crédits : Kari Kittlaus/Pexels)


    Mon premier est le Soleil. Mon second est un gourmand. Mon troisième est une randonnée. Mon tout est Flavien qui s’offre une glace gigantesque bien méritée. Le bus part à l’heure prévue. « Je prends place côté mer pour observer cette côte qui m’a tapé dans l’œil à l’aller. » Le chauffeur, très sympa, conduit mieux que celui de la veille, constate le baroudeur. À son arrivée à Picton, il est déposé devant l’entrée de l’auberge. Elle est très accueillante, dans son jus, et le propriétaire est une crème. L’ensemble pour 13 € la nuit, se réjouit Flavien. Les affaires posées et la douche prise : « Je cuisine ce qu’il me reste dans le fond du sac, c’est-à-dire des pâtes, du parmesan et un tube de sauce tomate. C’est agréable de cuisiner là, il n’y a pas grand monde et c’est très calme, ça change de précédentes auberges. » À suivre…

  • Une course contre la montre… (26/55)

    Une course contre la montre… (26/55)

    Après une journée à conduire d’est en ouest, Flavien aspire à une nuit réparatrice. Jusqu’ici tout va bien… C’est sans compter cette nouvelle expérience nocturne, dont il se serait bien passé. Durant la nuit, petit à petit son matelas se dégonfle, se dégonfle… pour ne devenir qu’une fine couche de tissu. Un mal de dos, un lumbago, une lombalgie… bref. Puis, l’aventurier, pour éviter les tracas d’horaires, prend toujours une marge supplémentaire de temps à chaque rendez-vous. Ce qui est efficace quand vous êtes seul…

    « Ce matin, je ne me réveille pas sous les meilleurs auspices », grommelle Flavien en se tenant le dos telle une personne âgée. La moue des mauvais jours, barbu, ronchon… ce n’est pas un ours qui sort de son hibernation, non ! C’est juste son matelas qui s’est percé, et produit une douleur sourde et pénétrante : le fameux et célèbre « tour de reins ». La même douleur ressentie lorsque vous avez cinq à six lattes de cassées durant la nuit. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première fois que cela m’arrive en bivouac sauvage », relativise-t-il.

    Sur terre comme en mer, au cœur du Milford Sound

    Faute de temps, il recherchera l’origine de ce dégonflage ultérieurement. L’heure est au départ vers Milford Sound à 45 minutes de là, enfin plus ou moins le quart d’heure poitevin. Fixé la veille au soir, l’embarquement dans la voiture est prévu à huit heures avec auto-stoppeur de nationalité allemande. « Je me gare près de son hamac… mais il n’est pas prêt. » C’est donc après dix petites minutes que le duo décolle. « Mon GPS hors ligne m’indique une arrivée dans quarante-cinq minutes au Milford Sound », se réjouit Flavien. Le bateau lève l’ancre à 9 h 30, il est nécessaire d’y être un quart d’heure avant, murmure le naturaliste.

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    En réalité, le trajet durera bien plus des trois quarts d’heure prévus. La route est magnifique, longue d’une centaine de kilomètres, « c’est sûrement la plus longue des impasses que j’ai empruntées ». Comme prévu — le temps perdu ne se rattrape pas —, nous arrivons vers 9 h 15, angoisse-t-il. « Je suis stressé, avoue-t-il. Il reste encore dix minutes de marche pour rejoindre le terminal. »

    Pressée par le temps, la recherche de place gratuite (Deepwater Basin Parking) s’écourte. Ce petit parking est situé à 1,6 km de l’embarcadère. « Je paye 20 NZD pour deux heures, une machine à fric… », peste l’aventurier. Dans la précipitation, le duo franco-allemand se sépare en quatrième vitesse. Le terminal ultra touristique ressemble à un aéroport, au milieu de nulle part c’est assez ahurissant, remarque tout de même Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Tout le monde m’avait dit de faire ce tour en bateau malgré les 120 NZD qu’il coûte (60 €). » La croisière est un espace-temps de deux heures dans l’un des plus grands fjords au monde. Le bateau navigue des chutes de Bowen à celles de Striling, avec la vue sur les sommets Kimberly, Pembroke et Peak. « Je ne peux pas dire que je suis déçu… Mais je m’attendais à plus de découvertes », souffle Flavien, contrarié.

    Entre croisière décevante et randonnée grandiose, l’aventure continue

    De retour à quai, « je m’empresse de déplacer ma voiture vers un parking gratuit, pour éviter l’amende ». Bien entendu, grogne-t-il dans sa moustache, il est bien plus loin… Je dois marcher 15 minutes pour acheter de quoi à manger à l’unique café du Milford. « Je prends un hot-dog, le premier depuis des années… » Rien à voir avec son cousin chilien le Completo mangé à Santiago, juste avant son retour en France, il y a plus d’un an.

    En début d’après-midi, le baroudeur rejoint le départ d’une rando qui s’annonce grandiose avec cette météo. Pour un pays où il pleut régulièrement, le soleil est au beau fixe.

    « Je prends la direction de Gertrude Saddle, un col entre 1400 et 1500 mètres d’altitude, réputé pour la botanique. » La randonnée est aussi courte qu’elle affiche son dénivelé positif. Affichant 8,6 km aller et retour, elle débute à 785 m pour culminer à 1441 m. « Ça grimpe dur », confirme-t-il.

    Avec la pluviométrie habituelle, les roches sont érodées, ce qui en fait un paysage étonnant, confit entre deux respirations, le naturaliste. « Pour autant, le rocher accroche bien et je monte vite… Enfin, quand je ne m’arrête pas pour photographier les beaux Aciphylla qui jalonnent la rando », sourit enfin Flavien.

    « Arrivé au col, la vue sur le Milford Sound, 1500m plus bas, est époustouflante. J’ai rarement vu des paysages aussi grandioses. » D’autant que de belles espèces telles que Raoulia buchananii (ci-contre), ou Myosotis pulvinaris complètent le tableau. « Je monte un peu plus à la recherche d’autres espèces. » De retour dans la vallée, Flavien affiche une mine réjouie. « Malgré l’effort physique, j’ai préféré cette randonnée à la croisière du matin. »

    Après le bateau, la marche, place à la voiture. « Je conduis en direction de Te Anau, la plus grande ville du Fjordland peuplée de 2000 âmes. J’espère pouvoir commander une pizza. Je n’ai plus rien à me mettre sous la dent. » Il est vingt heures passées quand il arrive à bon port. Et il y a encore de l’agitation, c’est étonnant, s’amuse-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    La pizza engloutie, c’est encore une heure trente minutes de voiture au crépuscule. Le but affiché : rejoindre une zone de camping non loin de Blackmount, encore plus au sud. « Demain, je conduis la voiture au Bordland Saddle, à 950 m d’altitude, pour une rando très loin des habituels sentiers touristiques. » C’est encore une journée bien chargée qui se clôture. Une nuit plus reposante, espérons, sur le siège passager, car « je n’ai pas eu le temps de regarder à mon matelas ». À suivre…

  • Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Déjà un mois, en ce neuf janvier 2025 que Flavien a quitté la quiétude de Lavausseau, la cité des tanneurs, pour un périple néo-zélandais. Un mois de photographies, de vues à couper le souffle, de rencontres inoubliables… bref, un voyage hors du commun. Mais pourtant, loin d’être blasé, il rêve de choses simples. Ainsi, le plaisir de manger, de passer un moment en bonne compagnie, jouer au billard à l’autre bout du monde, jusqu’à un simple lever de soleil. Simple, sûrement mais sur le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, le mont Cook.

    « Ce matin, je me met un coup de pied aux fesses pour me lever », raconte-t-il. L’heure sur sa montre indique cinq heures passée de trente minutes. L’heure des derniers songes avant d’émerger logiquement de la couette, bien plus tard. Mais l’aventurier du bout du monde est en quête d’une nouvelle expérience. Il a vécu des couchers de soleil, dont celui sur le mont Cook, hier. Mais un lever de soleil à cette altitude en Nouvelle-Zélande, pas encore.

    Le temps est suspendu

    « J’ai mis un réveil à deux heures, pour voir les étoiles mais le froid m’en a découragé. » Malgré son sac sarcophage, son nez est tout simplement gelé, ce matin. « Il m’en faut plus pour me décourager. J’enfile deux pantalons, cinq couches en haut, mes gants, mon buff et mon bonnet. Autrement dit tout ce que j’ai. » Cet ensemble est agréable pour attendre à 6 h 06, les premiers rayons de soleil léchant le sommet.

    La température à Aoraki, soit mille mètres plus bas est de 5 °C, le 9 janvier 2025. « La température décroît de 0,65°C tous les 100 m quand on s’élève », explique le club alpin français de Lyon-Villeurbanne. Selon le calcul simplifié de température ressentie (Windchill) elle serait au moment du lever de soleil de -6 °C.

    « Il faut attendre 6 h 18 tapante, pour qu’il commence à réchauffer la dizaine de personnes qui, comme moi, attendent ce moment depuis plusieurs dizaines de minutes. »

    Aucun nuage à l’horizon, quel contraste avec la soirée d’hier… Pour continuer à profiter du moment, je monte jusqu’au Mont Ollivier à 1930 m. « Là haut, je suis tout seul à surplomber la vallée, à admirer les avalanches qui font un bruit fracassant dans ces vallées glaciaires qui m’entourent », commente Flavien tel un lézard au soleil. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est aux alentours de 7 h 30 quand « je retourne auprès de ma tente ». Elle est touchée à son tour par le soleil. « La chaleur est nécessaire pour sécher la pluie d’hier. » Comme un amateur de puzzle, l’aventurier étale toutes ses affaires sur les rochers jouxtant son lieu de villégiature. Durant plus d’une heure, les frusques sèchent avant de pouvoir les ranger dans le sac. Action nécessaire pour éviter que des moisissures s’installent à la longue.

    « J’en profite pour faire bouillir l’eau du refuge lors de la redescente. C’est la première randonnées où je ne trouve pas d’eau… En même temps elle est sous forme de neige ou de glace ici. »

    À 9 h pétantes, le naturaliste chemine dans les traces de la veille, avec des paysages bien plus admirables assure-t-il.

    C’est l’occasion de refaire les photos de plantes avec les rayons de soleil. « Les nuages grimpent, comme rappelés par le soleil… ainsi que les nombreuses personnes que je croise, s’ils savaient ce qu’ils ont loupé. »

    De retour à sa voiture de location, il se fige. « Hier, je croyais qu’il y avait du monde, et bien j’avais rien vu. » La route se trouve flanquée d’un ruban de part et d’autre sur près d’un kilomètre, tel un couloir silencieux de métal inerte. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est dingue tous ces touristes qui se traînent en claquette ou en robe pour faire les petits sentiers alentours. » L’aventurier du bout du monde via le WI-FI du centre des visiteurs, vérifie les prévisions météorologiques pour la suite de son périple.

    Le plus grand glacier néo-zélandais

    Les prévisions ne sont pas enchanteresses, bien au contraire. « La journée de demain n’est pas dingue, alors je retourne près de la côte. » En cas de temps peu enclin à la balade, l’écriture est idéale. « J’en profite pour acheter quelques cartes postales. » Après avoir mangé un sandwich dans un café plutôt luxueux, il se met au volant pour se retrouver à Tasman Lake, le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande.

    « Là aussi il y a foule », admet-il. Mais le marcheur solitaire, bifurque rapidement pour retrouver un sentier plus sauvage, où il observe moult espèces amphibies auprès de plusieurs lacs.

    « Ça fait soixante-douze heures que j’ai pas pris de douche… J’ai fait couler quelques litres de sueurs ces trois derniers jours. Les batteries de l’appareil photo sont pleines de vide, alors pas le choix. »

    Il est quinze heures bien tassées quand il se décide à reprendre la voiture pour réaliser les 3 h 30 de route le séparant du camping de ce soir. La route est belle, les paysages sont parfois très semblables aux steppes patagoniennes, je suis à nouveau surpris par ce pays, sourit-il. Arrivé au camping, je payerai seulement quatorze dollars néo-zélandais plus deux pour la douche… « C’est la bonne affaire après le plein d’essence qui ma coûté près de 100 NZD. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai pris la location la moins onéreuse, sans réfléchir à la consommation. Elle a l’air de bien tirer », se rend-il compte. Au menu, pâtes au pesto, vidage de la poubelle, remplissage des batteries, et organisation de ses futures journées en rapport à la météo. « Encore une belle journée, demain mes mollets et mes cuisses devraient pouvoir se reposer. » Ses jambes soufflent en silence, se taisent mais apprécient religieusement un peu de repos. À suivre…

  • Le bonheur des trajets (22/55)

    Le bonheur des trajets (22/55)

    Comme escompté, rien de folichon à voyager en bus. C’est un trajet qui dépend souvent de la personne qui est assise juste à côté de vous. Après dix heures de périple, dont la moitié au côté d’un individu sous l’empire alcoolique, un autre trajet s’enchaîne pour récupérer la voiture de location. Un retour dans une auberge déjà visitée, une pizza à l’espace guinguette, et l’accès au Wi-Fi pour préparer les deux semaines à venir, tout ça en une journée de plus de treize heures.

    « Levé à 7 h 45, mon bus m’attend en bas de l’auberge », bâille Flavien. À 8 h 30, il s’envole pour dix heures de trajet en autobus, le rêve. « Un parcours, avec une heure de correspondance à Dunedin, que je connais bien désormais. » Après la pause casse-croûte de 12 h 15, le trajet de l’après-midi s’annonce fastidieux. « Un mec bourré, imprégné d’une odeur de cannabis, s’assoit à côté de moi. Il s’enfile plusieurs canettes, et parle espagnol… tout seul. » Enfin, Flavien arrive à Christchurch à 19 h 25, dans une auberge où il passe deux nuits, trois semaines en arrière.

    En route pour de nouvelles aventures

    Ce matin du mardi 7 janvier 2025, Flavien monte à nouveau dans un bus. « Je rejoins l’agence de location où une Toyota Camry, louée pour 61 NZD par jour, est à récupérer pour midi. » La chance sourit aux audacieux, comprend Flavien. Il se présente dès potron-minet, à 9 h 30. « C’est une bonne idée, elle est disponible », se réjouit-il.

    « J’hésite à me rendre au mont Cook ou à faire un arrêt au mont Hutt. » Ce dernier est réputé comme spot pour la botanique, et accessible via une station de ski. La météo est radieuse, Flavien effectue ce petit crochet. « J’emprunte la piste qui mène à la station de ski à 1650 m d’altitude. » C’est sans savoir que, dans les deux semaines à venir, des pistes comme celle-ci, il va en pratiquer tous les deux jours.

    Elle est longue, près de quatorze kilomètres, mais acceptable. « Je monte jusqu’à 1400 m où une barrière me stoppe. »

    Flavien nous décrit le panorama qui s’offre à ses yeux. « Dénudée, la vue sur la côte est impressionnante. Les paysages agricoles tracés au carré, en contrebas, tranchent avec la montagne minérale et indomptée. Un fleuve traverse ce paysage, le contraste est saisissant. Il est temps de prendre la marche en direction du mont Hutt à plus de 2100 m. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le « Rakaia » est le fleuve des plaines de Canterbury où se trouve Flavien. Il est l’un des plus grands cours d’eau tressés de Nouvelle-Zélande. Le sommet qu’il souhaite rejoindre culmine exactement à 2185 mètres. Le soleil en montagne n’a pas la même incidence qu’en plaine. « Le soleil tape fort, très fort. Je me badigeonne de crème solaire, c’est assez rare pour le dire ». En Amérique du Sud, il avait oublié de se protéger, et avait dû marcher avec un pull sur ses mollets cramoisis…

    Le cousin Weta

    La montée est épuisante, mais elle récompense l’aventurier. « Je trouve mon premier Weta. » Il est le spécimen emblématique des insectes géants de Nouvelle-Zélande. « Au sommet, une jeune Néo-Zélandaise arrive au même instant que Flavien. Elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un ici, à vrai dire moi non plus, explique Flavien. Il n’y a aucun tracé sur les cartes pour arriver jusque là… » À cette altitude, le naturaliste s’étonne de la profusion de petits insectes et de coccinelles. Pas une seule plante, seuls des cailloux tapissent le sol.

    « Avant la croupe sommitale, je trouve une véronique arbustive et une épilobe qui semblent s’être perdues dans cet environnement minéral. » Pas un nuage dans le ciel. « Je prends ma dose d’UV, mais quel pied ! » Sur le retour, Flavien rencontre des plantes aux environs des 2000 m. Mais aussi une denrée rare et essentielle à toute vie : de l’eau, qui sort de nulle part. De retour à la station de ski Mt Hutt, « je croise un Néo-Zélandais d’origine australienne, il est monté jusqu’ici en VTT, frappé… »

    Subjugué par cette prouesse sportive, Flavien entame la discussion. « Il me confie que des Européens, les Français, lui semblent les plus aventureux. » Un conseil distillé pour un autre chemin permet au naturaliste de trouver deux plantes incroyables : Haastia sinclairii et Hastia recurva. La descente est longue, seule la nature l’accompagne. « De retour à la voiture pour 18 h, je fais un ultime arrêt pour observer de magnifiques coussins de Raoulia eximia. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Peu visible au sommet du mont Hutt, Flavien se dirige vers le mont Cook, à plus de quatre heures de route. « La météo se dégrade. Les essuie-glaces donnent le tempo. Les phares s’allument. Je vais conduire de nuit pour la première fois », souligne l’aventurier du bout du monde. Au bout de trois heures et demies de conduite, « je m’arrête sur une aire de camping, normalement réservée aux vans. Mais qui va me dire quelque chose à cette heure-là… » Le siège passager sera son meilleur allié pour cette première nuit avec la voiture. À suivre…

  • Un charme irrésistible (21/55)

    Un charme irrésistible (21/55)

    Sur les sentiers boisés d’Ulva Island comme dans les ruelles silencieuses de la méridionale Invercargill, Flavien poursuit son voyage au bout de la planète Terre. Entre émerveillement ornithologique, rencontres inattendues et douce nostalgie, l’aventurier du bout du monde explore et expérimente. Une journée suspendue entre nature préservée, amitiés éphémères et départs à l’aube d’un nouveau chapitre. C’est aussi un jeu de rendez-vous, de découverte et de stupéfaction sur l’urbanisme à la sauce américaine.

    Ce matin du 4 janvier 2025, le réveil sonne à 8 h 15. Le ciel est clair, l’air encore frais. Une routine rassurante, presque inhabituelle, s’installe : même café que la veille, même petit-déjeuner, et le sandwich du midi glissé dans le sac comme une promesse d’aventure. À 9 h 45 précise, Flavien rejoint Golden Bay, où l’embarcation l’attend pour l’île d’Ulva (Te Wharawhara), perle sauvage, à seulement cinq minutes de traversée. « J’ai réservé le bateau pour l’île d’Ulva à 10 h », ponctue-t-il.

    À fond vers l’île d’Ulva

    « Cette petite île qui est juxtaposée à Stewart Island, pardon, l’île Stewart, est réputée pour ses nombreuses espèces d’oiseaux en voie de disparition », explique Flavien. À sa grande surprise, le bateau des îles subantarctiques a jeté l’ancre dans la baie. Entre curiosité et effervescence, il avance, arrive sur le ponton et reconnaît plein de visages familiers, comme Mat et Phil. « Mat, leader de l’expédition, est tout aussi étonné », s’amuse l’aventurier. Un échange bu tel un café au comptoir d’un bar, et Flavien repart avec un présent. « Mat m’indique un spot où je peux potentiellement voir le Gorfou du Fjordland », se réjouit-il.

    Ulva, Stewart, island

    Il prend le minuscule bateau bleu qui fuse tel un ricochet. Le retour est prévu à 15 h à l’embarcadère. « J’ai cinq heures d’exploration. » La toute petite île, Flavien en réalise deux fois le tour. L’île néo-zélandaise Ulva couvre une superficie d’environ 267 hectares, soit 2,67 km². C’est une île sanctuaire, incluse à Rakiura national park, réputée pour sa biodiversité exceptionnelle, notamment en oiseaux endémiques et rares, comme le Créadion de Lesson (Saddleback), le Nestor Superbe (Kaka) ou mieux le discret Kiwi. Celle qui s’en rapproche en métropole est située en Bretagne, l’île de Batz (3,05 km²).

    Quand on aime, on ne compte pas, souligne l’adage. « J’en réalise deux fois le tour. La première est celle qui m’offre le plus d’espèces : le Weka, la Perruche à front jaune ou encore le très rare Saddleback. » À peine de retour, Flavien se dirige vers l’endroit indiqué par Mat pour y observer le Gorfou, à 3 km de là. « Je fais chou blanc, mais la balade sous une météo radieuse est agréable. » (Crédits : AlasdairW/Wikipedia)

    Des petits traits de personnalité amusent souvent ceux qui les possèdent. « Il me reste 3,40 $ en monnaie, alors j’achète une boîte de biscuits pour 3,39 $. Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore faire ça… » De retour au camping, avec ses biscuits et un cents néo-zélandais en poche, il fonce sous la douche et tente de se raser. « Je dis que je tente de me raser, car je n’ai pas de tondeuse. Alors pour tailler ma moustache… j’utilise mon coupe-ongles… » Apprêté, il file en ville pour espérer y voir Ela, qui lui a envoyé un message cet après-midi. « Je ne la trouve pas, donc je me rends chez elle. » Elle n’avait pas remarqué sa réponse.

    Quelques minutes plus tard, le duo se retrouve autour d’un billard au South Sea Hôtel. « Je crois que la dernière fois que j’ai joué, c’était à Amsterdam », songe l’aventurier du bout du monde.

    Le pub d’ordinaire blindé est quasiment désert. L’instant est suspendu, comme sorti d’un écran de cinéma. « Jouer au billard, à l’autre bout du monde, dans un minuscule pub, avec quelqu’un rencontré quelques jours plus tôt », semble rêver Flavien. Après plusieurs verres, elle l’invite à déguster des huîtres avec sa famille. « Je ne veux pas taper l’incruste, alors nous mangeons une pizza au pub. » Chose importante, depuis le début de l’après-midi, la conversation se déroule en anglais. « Je suis content de mes progrès. Je commence à pouvoir vraiment discuter sans forcément réfléchir, chercher mes mots. » La première partie de soirée touche à sa fin, quand ils se disent « au revoir » pour de bon. « Elle souhaite voyager en Europe un jour, je l’invite à me contacter si elle vient en France. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Du pub au salon de l’auberge, il passe le reste de la soirée à planifier le lendemain. « C’est décidé, je repars pour de nouvelles aventures, après une semaine sur cette île au charme incroyable, voire irrésistible. » Mais avant de disparaître, s’il pouvait revoir une fois le kiwi. Il s’équipe de sa lampe frontale, puis, autour d’une heure, sort. « Je marche dans le village et les forêts autour pour essayer de l’apercevoir… » Mais 45 minutes s’écoulent en vain. « J’abandonne ! Il n’y a pas un bruit qui puisse le trahir. »

    D’Oban à Invercargill

    Ce matin, aucune urgence à l’horizon. « Je prends mon bateau à 12 h 15. » Cela lui permet de ranger son sac avec l’ensemble des affaires sèches. « C’est rare », acquiesce-t-il. Il est le moment de faire les ultimes emplettes, et de déposer les dernières lettres et faire tamponner quelques cartes. Il faut parfois tourner sept fois sa langue dans sa bouche, dit le sage, cela donne du temps à la réflexion. « La postière n’est toujours pas aimable… J’ai envie de lui faire une réflexion, mais je souhaite qu’elles arrivent à destination… », s’assagit Flavien.

    Il partage un sentiment tel qu’Eddy Mitchell lors de l’ultime émission « La Dernière Séance ». « Je prends un dernier chocolat chaud au pub. La vue sur la baie est baignée de ce soleil qui est là toute la journée. » Il effectue ses ultimes pas sur l’île et rejoint l’embarcadère. Flavien croise, pour la quatrième fois, un couple de jeunes Anglais. Ils possèdent une voiture à l’arrivée, mais c’est un van avec seulement deux places… « Je vais donc faire du stop pour parcourir les 30 km qui séparent Bluff d’Invercargill, où j’ai réservé une auberge pour ce soir. » Le temps est radieux. Flavien remarque le sommet de l’île depuis le large, celui même qu’il a grimpé. Mais, dû aux nuages, ou par pure timidité, il ne se découvre qu’au départ de Flavien.

    Coup de chance

    Le débarquement se déroule une heure plus tard. Flavien a ouï du français. La discussion s’engage. Ils vont à Invercargill et lui proposent de l’emmener. Magnifique, sourit-il en silence. « Je jette mon sac dans le pick-up pour ces 20 min de route. » Lui est néo-zélandais, elle française, et sont parents d’un adorable garçon. « Ils vivent désormais près d’Aubenas, en Ardèche, sacré contraste ! »

    Ils le déposent juste devant l’auberge, une économie de temps réalisée. Le choc lors de la découverte de la ville d’Invercargill (Waihōpai) est atténué. « Solène m’avait prévenu ! La ville tracée au cordeau n’a pas de charme », jette Flavien. Pourtant, il passe l’après-midi à se faire un avis. « Hormis un très beau parc et quelques monuments, comme un étonnant château d’eau, il n’y a pas grand-chose. » Une ambiance américaine y règne. Les rues dessinent des carrés parfaits, de grosses voitures américaines ponctuent les maisons de plain-pied. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les locations de voiture dans le sud sont vraiment trop chères pour sa bourse. Donc, c’est en bus qu’il s’en retourne à Christchurch, où il louera une voiture pour les quinze prochains jours. Le repas de pâtes englouti, il poursuit ses recherches pour déterminer les meilleurs endroits pour un botaniste. Flavien partage la chambrée avec quatre nouvelles personnes : deux Anglaises, un Autrichien et une autre jeune femme qui garde le silence, comme le secret de son pays d’origine. « Avec toutes ces recherches et réservations, je me couche bien tard », bâille-t-il. À suivre…

  • Une rencontre hors du temps (19/55)

    Une rencontre hors du temps (19/55)

    Plusieurs jours que le kiwi se joue de Flavien. Comme un jeu de pistes, un jour il laisse des traces sur le sable. Un autre, il pousse des cris étouffés par la faune. Le surlendemain, c’est un témoignage de rencontre avec un randonneur… Aujourd’hui c’est pour l’aventurier la dernière occasion de contempler, observer cet oiseau endémique. Le kiwi austral (Apteryx australis) tient son nom du terme māori kivi-kivi. Leur vue est médiocre, compensée par un odorat développé. Leurs narines sont situées d’ailleurs à l’extrémité de leur bec. Le kiwi reste caché le jour et sort à la nuit tombée.

    Flavien ne laisse aucune chance à l’imprévu. « Je me réveille à 6 h 30 », explique-t-il. « C’est ma dernière chance de le trouver », se résigne-t-il. La tente est pliée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. À 7 h 15, alors que tous émergent doucement, il trace la route du Rakiura Trek. « Ce qui ajoute 24 km à mes 56 km déjà parcourus… Ce n’est pas rien, mais le jeu en vaut la chandelle. » La météo est bonne, personne sur le chemin, c’est de bon augure, pense-t-il à voix haute.

    Quand le Kiwi apparaît

    « Ça bouge… » Le souffle se coupe, l’instant se fige, une goutte de sueur froide coule. « Ah mince, c’est un cerf de Virginie. Le troisième que je vois en quatre jours. » Flavien poursuit son chemin. Dans une descente interminable, un bruit déchire le silence. « Sur ma gauche ce bruit que j’ai entendu tout au long de mon trek. » Puis comme au cinéma, au détour d’une rue, la rencontre, presque le coup de foudre cinématographique. Cette fois, un kiwi aussi surpris que moi ne sait pas quoi faire et se fige. Aucun des deux ne bouge. « L’adrénaline monte d’un coup. Mon cœur bat comme rarement… »

    Flavien dégaine son appareil photo… L’objectif à plantes est fixé dessus… « Je fais avec », soupire-t-il en silence. « Pendant trente secondes, on se regarde dans le blanc des yeux. » Situé à moins de trois mètres, la rencontre est intense. « Quel animal ! Sorti de nulle part… Un vrai dinosaure. J’essaye de me rendre compte de ce moment… hors du temps. »

    Le kiwi cherche sa pitance, quelques invertébrés, et continue son chemin comme si de rien n’était. Flavien monte son téléobjectif. Au bruit produit par le kiwi, il le retrouve. « J’essaye de le suivre sans l’effrayer. » Dans ce silence assourdissant, le moindre pas crée un boucan d’enfer. « Ici une branche craque, là une fougère se frotte au pantalon. » C’est très compliqué de faire des photos dans cette végétation très dense où « je suis obligé de faire des détours pour éviter de me prendre les pieds dans des lianes ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après quinze minutes d’intenses émotions, Flavien lui jette un dernier regard… Comme un déchirement… « Je dis au revoir à l’unique kiwi que j’aurai vu de ma vie. » Emporté par l’émotion, « je ne sais plus où je suis à force de tourner, virer… » Bien entendu, « je n’ai ni mon sac ni ma boussole. » Il suit le sens de la pente pour recouvrer le sentier. « Je suis tellement heureux que je me congratule en serrant les poings à maintes reprises. »

    Une récompense bien méritée

    À cause de la très faible lumière, à cette heure dans ces forêts denses, les clichés ont un fort bruit. Compte tenu des nuits courtes à cette latitude, Stewart Island est l’unique lieu où l’on peut espérer faire une photo de jour du kiwi. « Quelle chance j’ai eue ! » Revenons les pieds sur terre. Il lui reste seulement 21 km avant de revenir au village. Flavien a la tête dans les nuages, car « je ne ressens plus le poids de mon sac » vissé sur ses épaules. Chemin faisant, le chemin est véritablement boueux. « Il est difficile de se frayer un passage sans y laisser la chaussure », constate Flavien.

    Les efforts donnent soif. Plusieurs arrêts nécessaires pour remplir sa précieuse gourde filtrante. « Ici, l’eau est maronnasse. Cela est dû à la forte concentration en tanin ; ça me rappelle l’île de Navarino où l’eau avait cette couleur à cause des nombreuses tourbières. »

    Aux alentours de 11 h 45, le naturaliste s’accorde une pause. « Je m’arrête sous un abri pour manger, et m’octroyer une sieste d’une petite demi-heure. » Une heure s’écoule quand il se met en chemin pour les 11 derniers kilomètres. La vue sur certaines plages vierges est magnifique, mais les 56 km des jours passés pèsent. « J’ai hâte d’arriver et de me poser… s’il reste une place. »

    Arrivé à 16 h 30, aucun lit n’est libre, mais une place subsiste pour sa tente. Installé, il s’empresse de me rendre à la supérette pour s’offrir, telle une récompense, une glace et des Oreo… De retour au camping, le summum du luxe : une douche. « C’est toujours aussi agréable de se sentir propre. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « À un fast-food, je commande un burger pour changer de la paella (lyophilisée) de ce midi. » Cette journée est placée sous l’ordinaire qui se transforme en luxe. À l’auberge, l’aventurier du bout du monde goûte au plaisir d’utiliser une machine à laver le linge, véritable et indispensable progrès de l’auberge. « Pour six dollars le lavage, et quatre pour le séchage… n’est rien à côté du plaisir d’avoir des vêtements qui sentent bon. » Depuis vingt-cinq jours maintenant, c’est une lessive à la main qu’effectue Flavien. La journée des cadeaux se poursuit. La soirée se clôture, dans sa tente, à donner des nouvelles, envoyer des messages enroulé dans son duvet. « Quelle journée ! Je m’en souviendrai toute ma vie… » À suivre…

  • Un nouveau départ (16/55)

    Un nouveau départ (16/55)

    Les dix jours à se faire chouchouter, dorloter, et à se mettre les pieds sous la table se finissent. Flavien s’apprête à initier un nouveau départ au sein de son périple débuté il y a deux semaines. Il est temps de se séparer, pour retrouver peu à peu cette partie solitaire du voyage. Les protocoles pour l’ultime descente de l’Heritage Adventurer semblent stricts. Si le réveil de la veille n’a pas sonné, ce matin du 29 décembre 2024, les sacs doivent être déposés dès potron-minet, à sept heures.

    « Ça y est, la fin n’aura jamais été aussi proche. » La levée des corps s’effectue à 6 h 30, parce que trente minutes plus tard les balluchons doivent être mis à l’accueil. Les dix True Young Explorer se regroupent jusqu’à 8 h 30, où « nous sommes appelés selon notre destination ». Seuls quatre d’entre eux descendent à Bluff, lieu d’amarrage de l’Heritage Adventurer. Flavien fait l’expérience de la rigueur ou de l’utopie zélée d’une douane australienne, car les croisiéristes ont débarqué sur Macquarie, territoire australien. « Ridicule… », souffle Flavien.

    Flavien, à nouveau sur les routes

    La douane passée suivent les au revoir, tandis que le quatuor s’installe dans le minibus en direction du terminal du ferry. Précautionneux, Flavien avait vu large, très large lors de sa réservation. « J’avais choisi le dernier bateau de la journée, celui de 17 h 45 », explique-t-il en avançant de quatre heures son départ au guichet. La tocante approche avec douceur des dix heures, quand le baroudeur découvre la cité, à taille humaine. « Les rues sont vides. J’ai l’impression de revoir certaines villes sud-américaines. »

    Mer, poteau, plancher

    Après avoir répondu à quelques-uns des soixante-dix e-mails reçus, « je profite du temps libre pour ajuster les cartes postales qui ne rentrent pas dans les enveloppes. » Une heure s’est écoulée en ce dimanche matin, quand Flavien se rend dans l’unique magasin, le Four Square. « Il semble que l’ATM de Stewart Island, où je me rends, n’accepte pas les cartes bancaires étrangères. » Les distributeurs automatiques de billets (DAB) sont nommés ATM (automated teller machine) en Nouvelle-Zélande.

    Une fois son retrait d’argent effectué, l’hôtesse d’accueil distille une suggestion primordiale et culinaire. « Me voilà, sous un soleil radieux, marchant en direction de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, à 2 km de là… pour y découvrir le restaurant conseillé. » Chemin faisant, il croise le capitaine de l’Heritage Adventurer en plein « footing ». Au Oyster Cave, une sélection de bread toasts séduit Flavien. « C’est parfait ! »

    Pas de camping sauvage à Oban

    Le ventre plein, il s’en retourne au terminal. Calé dans le ferry, Flavien fait le constat d’une synchronicité idéale à un endormissement post-repas. « Peu d’oiseaux, une mer incroyablement calme, je dors pratiquement l’heure du trajet. » Quelques minutes avant quinze heures, il débarque sur la troisième île de Nouvelle-Zélande et découvre son unique ville, Oban (Pā nui o Hau)… Et ses 460 habitants.

    Confiant, il se dirige vers le seul lieu de villégiature chez Mrs Woolly’s Campground pour y installer sa tente. « Je n’ai pas réservé vu la faible affluence, il y a une dizaine de jours. » À son grand désespoir, l’affichage annonce complet. « En plus, il est interdit de poser la tente à l’arrache ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La gérante glisse alors l’adresse d’un autochtone proposant une sorte de camp à deux kilomètres de là, mais sans indiquer le prix. Avant de s’y rendre, il montre patte blanche à l’accueil du DOC « pour préparer ma future rando sur l’île ». Tout s’enchaîne très rapidement, réagit-il. « Dès demain, je pars rallier le sommet de l’île, le Mount Anglem. »

    Une soirée arrosée

    La responsable s’assure qu’il est expérimenté, équipé et qu’il possède une balise de détresse, sécurité oblige. Il y a très peu de passage sur cette partie de la rando qui se fait généralement sur neuf jours, quand Flavien table sur cinq. « Elle m’explique à quoi je dois m’attendre. » Flavien a jeté un œil sur les prévisions météorologiques de la semaine à venir. « Elle ne semble pas trop mauvaise… » Pour une île où il pleut 270 jours par an.

    Dans son sac à dos, qui s’allège au fur et à mesure du voyage, se trouvent six sachets de nourriture lyophilisée. Conscient de cette insuffisance pour cinq jours d’autonomie, il se rend à la petite supérette pour y faire quelques courses ; pendant que sa lessive, de la veille, sèche sur le front de mer.

    Les emplettes effectuées, il se dirige vers l’adresse donnée par la gérante du camp de Mrs Woolly. C’est alors que la magie fait son retour.

    « Dans une rue, une femme m’interpelle au vu de l’attirail que j’ai sur le dos. » Elle lui propose de poser sa tente dans le jardin de sa mère et de venir au pub avec eux, car chaque dimanche un quiz y est organisé. « Ça ne refuse pas. » Flavien passe le reste de la soirée avec un bon quart de la population. Mes hôtes sont rapidement enivrés, compliquant la compréhension et les échanges. Peu avant 21 h, et « après avoir échangé nos Whatsapp, je retourne à ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sac, linges, bord de mer

    L’inconnu dans lequel sera plongé Flavien l’oblige à s’éveiller tôt demain matin. « Bon, par contre, il pleut. » C’était plus ou moins promis, confirme-t-il en ajoutant. « Ça y est ! Je vais enfin pouvoir passer ma première nuit en tente, avec l’incroyable chant du tui. » Tandis qu’il sombre peu à peu dans les bras de Morphée, il espère que le réveil ne sera pas trop humide pour entamer ce trek… S’annonçant déjà très boueux. « Un nouveau chapitre du voyage commence », se réjouit l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • De Shanghai à Auckland (3/55)

    De Shanghai à Auckland (3/55)

    L’attente dans l’aéroport, la pluie à Shanghai, le manque de sommeil depuis quasiment un nycthémère usent Flavien. Si bien que la chaleur environnante de l’avion est propice à l’endormissement. Le repas n’est pas encore servi que Flavien est déjà dans les bras de Morphée. Encore onze heures trente minutes de trajet pour atteindre le paradis des naturalistes. Après tant d’attente, il pourra au fil du voyage poser sa tente dans les paysages merveilleux de la Nouvelle-Zélande. Avec une première approche à travers la plus grande ville, Auckland.

    Le repas est juste servi, alors que Flavien est réveillé par les cris étouffés de son estomac. La place entre les sièges est la première surprise de cette compagnie rappelle-t-il. Ses genoux ne touchent pas le fauteuil devant lui, ce qui est pour les personnes de grande taille un luxe très apprécié. Le dîner en vol englouti, il retourne aussitôt dit dans un sommeil réparateur. « Je me réveille quatre heures plus tard. Quel plaisir de trouver sommeil dans l’avion », bâille-t-il.

    Terre en vue

    « J’entrouvre le volet du hublot, dessous c’est l’océan Pacifique et les îles de la Papouasie. » Il est temps de mettre les pendules à l’heure, enfin le smartphone. Flavien aligne l’heure du portable sur le fuseau horaire d’Auckland. Il est 12 h 15. Le vol paisible laisse libre cours à des préoccupations humaines. « J’espère toujours que mon sac me suit en soute… » Plus que quatre petites heures avant d’arriver au pays du long nuage blanc, l’excitation monte. Il ne reste que deux heures quand l’impatience est à son comble. « J’ouvre le volet et surprise, une terre. »

    Le sol érodé et rouge lui confère une idée précise du lieu que lui et les autres passagers du vol MU779 de China Eastern Airlines survolent : la Nouvelle-Calédonie et ses mines de nickel. « Il suffit de peu de temps pour m’en assurer, quelques minutes après se dévoile le lagon ! » Flavien rêve un jour qui sait, de fouler ce caillou, où le taux d’endémisme des plantes est le plus important au monde avec Madagascar confie-t-il. « Je prends mon pied de la voir. »

    Comme un enfant qui demande sans cesse « quand est-ce qu’on arrive ? » lors du départ en vacances, Flavien bout d’impatience. Il ne cesse de regarder au travers du hublot. « Je ne veux pas rater les premiers bouts de terre de la Nouvelle-Zélande. » L’Aoetaroa se mérite, elle ne se dévoile qu’au tout dernier instant.

    À la recherche de ses bagages

    À peine quelques dizaines de secondes passent, quand le vol atterrit sur l’asphalte. Flavien, toujours accroché à son hublot, observe la tenue des personnels sur le tarmac. Ils sont rares ceux qui ne portent pas un short ou un tee-shirt. « C’est décidé, je descends de l’avion en tee-shirt. » Le reste de l’argent retiré au duty free de Roissy Charles de Gaulle s’échange au bureau. Les 40 euros se transforment en 63 dollars néo-zélandais (NZD).

    La récupération des bagages dure plus que prévu. « Nous sommes tous à patienter pendant près d’une heure, sans informations. Ça ne me rassure pas sur la présence, ou non, de mes affaires dans la soute. » Il apparaît enfin, ce qui permet à Flavien de pousser un « ouf » de soulagement. « La crème solaire a succombé à l’habituelle maltraitance des bagages », confie-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Passage obligé : la douane et le contrôle de biosécurité. « Avant de partir, j’ai rempli le formulaire de déclaration en ligne. » Comme en Australie, l’entrée des denrées sur le territoire est soumise à un contrôle strict. « Ayant déclaré l’une de ces denrées, l’attente fut longue. » Une heure plus tard, Flavien est dirigé vers le lieu du contrôle. C’est encore plusieurs minutes de patience. La vérification minutieuse du matériel de camping, en particulier la tente, et des produits lyophilisés, car ces derniers contiennent de la viande.

    Enfin en Nouvelle-Zélande

    « J’ai bien cru que les sachets lyophilisés ne passeraient pas… tout est bien qui finit bien. » Sorti de l’aéroport, un bus pour le centre-ville et Flavien arrivent au même instant à l’arrêt de bus. « Ce n’est pas donné le voyage », pense-t-il en donnant 20 NZD au conducteur du SkyDrive Airport Express. L’avantage est qu’il le dépose à côté de son auberge, en à peine plus d’une demi-heure.

    La première impression de Nouvelle-Zélande, enfin d’Auckland, est très bonne admet l’aventurier. La ville est très propre, ils ont du goût avoue Flavien alors sous le charme. La trame de couleur autour du gris anthracite est reprise un peu partout, ce qui lui confère une unité. « Juste dix minutes après être sortie de l’aéroport, il pleut », observe-t-il avec une certaine nonchalance. C’est sous la pluie qu’il fait son arrivée à l’auberge.

    Elle est située en plein centre-ville, juste à côté de l’iconique Skytower. « L’entrée se passe au mieux. Je récupère ma chambre où les trois autres occupants sont déjà là depuis plusieurs jours. »

    Une Canadienne très sympathique, qui est en visa travail, lui prodigue moult conseils et renseignements. « Voilà mes premières conversations longues en anglais, ça revient vite, c’est cool. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il s’assied trente minutes, envoie quelques messages et file sous la douche. Il fait bientôt nuit remarque-t-il, tandis qu’il cherche de quoi manger. « Je me rabats sur un taco pour ce premier repas… », après avoir cherché en vain une spécialité locale. De retour à l’auberge, il fait toujours aussi chaud et humide. La chambrée s’endort fenêtre ouverte. « Le lit superposé est frêle. Il bouge dès que je me tourne. Ça ne m’empêche pas — loin de là — de m’endormir, enfin en position allongée sur un truc à peu près confortable », souffle Flavien qui s’enfonce dans le sommeil du bienheureux. À suivre…

  • De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    Il est 8 h 45, en ce premier mars quand Flavien sort de sa chambre qui est d’ores et déjà rangée. Les ultimes images se gravent à jamais dans sa mémoire, alors qu’il déambule dans les rues. Surtout que par enchantement, il croise une à une les personnes qu’il a eu la chance de côtoyer une semaine durant. L’embarquement dans le bateau est prévu pour 10 h 15. C’est une dernière fois qu’il navigue ainsi sur l’océan pacifique sud. Ensuite, l’aéronef décollera pour le déposer sur le sol chilien, quelque six cents kilomètres plus tard.

    Il file logiquement vers les bureaux de la CONAF pour dire au revoir aux agents, et en particulier à Ignacio, Gonzalo est quant à lui malade ce matin-là. « À 9 h j’avance tranquillement vers le port où je dois prendre le bateau pour l’aéroport à 10 h 15. » Il reste tel un enfant une bonne trentaine de minutes devant son Abutilon fétiche. Comme une sensation de vouloir graver une dernière image de calme et de bonheur du fameux colibri.

    À toute berzingue… sur l’océan

    Chemin faisant, Flavien se rapproche du port. « Je rencontre de nombreuses personnes croisées durant ce séjour, à l’image du postier, que je salue une dernière fois. C’est marrant de connaître tant de monde au bout d’une seule semaine, le charme de ces villages insulaires… », s’émeut-il derrière sa barbe.

    L’aventurier habitué à se mouvoir, tel un électron autour de son atome, fait les cent pas sur le ponton. « Je traîne en attendant l’heure », observant la vie quotidienne de gens dans ce lieu peu ordinaire. Certains montent leurs bateaux sur cale pour effectuer des réparations quand d’autres transportent des langoustes en scooter. « L’animal dans une main et l’autre sur le guidon, il n’y a qu’ici que l’on voit ça. »

    Avec toutes ces belles dernières images en tête je peux partir l’esprit tranquille, pense-t-il à voix haute. « J’aimerais rester bien plus longtemps. Toutes les espèces rencontrées me confortent dans mon absence de frustration, le pire des sentiments pour moi. »

    « À huit dans la barcasse, gilets de sauvetage enfilés, nous traçons à toute berzingue plein ouest. » Afin de pouvoir photographier la mythique grotte de Robinson Crusoé, il demande à un couple de pouvoir changer de place. « Lui est français, quelle surprise. Moi qui pensais être le seul de l’hexagone ici. »

    Le bateau va bien plus vite, combiné au vent la traversée est sportive. L’occasion d’observer une ultime fois ces falaises tout aussi impressionnantes que celles d’Amsterdam. Les passagers débarquent à Bahia del Padre. Comme à l’aller la faune locale est présente, en nombre beaucoup plus important que lors de son arrivée. « Avec le cri de ces centaines de juvéniles, je ne me suis jamais autant senti à Amsterdam que depuis mon départ de cette dernière île. » Le temps est compté, Flavien ne dispose que de trois cents petites secondes pour immortaliser le moment.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le 4×4 nous amène à l’aérodrome avec la charrette chargée de nos bagages. « N’ayant que sept sièges dans le véhicule, le Français s’installe dans la charrette. Une scène hors du temps, j’aurais bien voulu être à sa place. » Durant vingt bonnes minutes, les voyageurs patientent que l’avion atterrisse. « Les pilotes, comme l’appareil, sont identiques au trajet aller, seule différence le décollage est bien moins impressionnant », souffle-t-il.

    Flavien sombre dans les bras de Morphée

    Tenant son carnet de voyage, la semaine passée ne lui laisse que peu de temps pour le remplir. « Je compte sur ce vol pour rattraper mon retard, mais à peine ai-je écrit une journée que je tombe dans les bras de Morphée », s’étonne Flavien. Moi qui ne dors habituellement pas beaucoup dans les aéronefs, je devais être sacrément fatigué remarque à son réveil, les oreilles le faisant souffrir. « Quand j’ouvre les yeux, nous ne sommes plus au-dessus de l’océan. Mes oreilles douloureuses me susurrent que nous descendons. »

    Vingt minutes plus tard nous atterrissons sur cette piste, loin de notre aérodrome au charme unique. Le Français le questionne sur l’endroit où il compte aller. « Vers Valparaíso dans l’après-midi, il fait beaucoup trop chaud ici à Santiago », répond l’aventurier.

    Les incongruités refont surface. « Et voilà que les synchronicités font leur retour ; ils y habitent depuis 7 ans ! Ils suggèrent de m’y amener. » Flavien réfléchit quelques secondes, car il doit récupérer ses affaires laissées chez Clémentine et Gonzalo… « Je n’hésite pas longtemps et j’accepte leur proposition. » Ils retrouvent leur voiture et nous voilà partis en direction du Pacifique. En chemin, ils passent par les fameuses forêts brûlées récemment, dont les incendies ont malheureusement produit tant de victimes en février 2024.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Grotte, Robinson, roman

    « Lui est breton, reporter pour Arte ou France 5. Je lui glisse alors l’idée de faire quelque chose sur Amsterdam. » Bien qu’en direction du Pacifique, Flavien ne perd pas le nord. Le hasard, s’il existe, fait toujours bien les choses. « Il a fait l’école de l’IFCAM, à Ménigoute, à quelques kilomètres de la maison, incroyable… » L’auberge repérée par Flavien se trouve dans un quartier peu fréquentable selon leurs dires. « Ils m’emmènent dans le quartier du Cerro Conception et m’indique une digne de ce nom. »

    À la découverte de Valparaíso

    C’est alors l’occasion de découvrir cette ville très colorée et caractérisée par ces quarante-deux Cerros habités. « Je ne tarde pas à trouver une auberge à 11 000 pesos la nuit en plein cœur du plus beau quartier de Valparaíso. Indécis sur la suite il y a encore quelques heures, les aléas du voyage font bien les choses. » Elle est la troisième ville du pays. Sa population atteint 300 000 habitants et quasiment le million avec son agglomération.

    Elle mélange les genres, du trolley au funiculaire, Valparaíso se divise en quarante-deux cerros. Les « ascensores » sont classés au patrimoine de l’UNESCO.

    Le cerro, colline en français scinde la ville en différent mode de vie, du plus chic au moins aisé. Le cerro Panteón doit son patronyme à la construction des cimetières. Chaque religion est régie par ses propres codes. Ainsi celui des Disidentes, comme son patronyme le suggère fut créé à l’attention des personnes de confessions non catholiques. Le Cerro Polanco attend le mois de novembre 2012 avec le projet socioculturel Graffestival pour connaître enfin un renouveau.

    La belle surnommée « Valpo » par ses habitants, oscille entre maisons richement colorées et des fresques murales, la couleur y est omniprésente.

    Elle se découvre à travers ses « ascensores » pour grimper sur les Cerros et sillonner la ville. L’église de la Matriz et la place Santo Domingo, la place Echaurren et rue Serrano, Prat Pier, les places Sotomayor et Justicia, le quartier du musée maritime, Cerro Alegre et Cerro Concepción… sont autant de lieux magiques à arpenter. Ils en existent tant d’autres.

    Les deux collines, Alegre et Concepción font partie intégrante du Quartier Historique défini par l’UNESCO. Elles jouissent logiquement de leurs renommées pour attirer visiteurs, hôtels, boutiques, restaurants, cafés et autres types d’affaires et de commerces s’articulant autour du tourisme. Mais résumer Valparaíso ainsi est maladroit. (Crédits : Luis Eduardo Bastias/Pixabay)

    En si peu de temps, Flavien ne peut qu’effleurer cette ville hautement colorée. Après avoir pris ses marques, il se dirige vers les rues adjacentes à la découverte de l’incontournable street art local. Il dîne, ou soupe selon tout un chacun, dans ce qui serait l’équivalent d’une brasserie, explique-t-il. « Je ne rentre pas trop tard pour réfléchir à ce que je peux faire demain. » Pourquoi ne pas visiter le Cerro Bellavista ? Il ne tient pas son nom au hasard, encore lui. Au cœur de l’amphithéâtre, elle offre une vue splendide et incomparable l’Océan Pacifique et le reste de la baie. C’est le berceau artistique de la ville, avec la maison-musée du célèbre poète Pablo Neruda condamné à l’exil politique. À suivre…