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  • Rencontre au sommet de botanistes (41/55)

    Rencontre au sommet de botanistes (41/55)

    Un simple lever ou coucher de soleil panache une journée bien fade. Flavien va au-devant d’un nycthémère, bien qu’ordinaire dans un lieu hors du commun, se révèle grandiose. La palette des nuances et des coloris de la nature fait briller les yeux de l’aventurier du bout du monde. Puis la rencontre de deux aficionados laisse las la troisième. Encore que l’envolée lyrique soit vivement teintée, seuls les passionnés écoutent. Entre le Mount Ngāuruhoe et les lacs d’émeraude (Ngā Rotopounamu), Flavien en prend plein les yeux.

    « Si j’avais su l’incroyable journée qui m’attendait, je me serais levé encore plus tôt », raconte Flavien. Bien qu’il effectue un petit geste de la tête. Le réveil sonne à 6 h 15. Pile l’heure à laquelle les précouleurs du lever de soleil sont à leur apogée.

    Une journée haute en couleur

    Avant que le soleil n’effleure la terre néo-zélandaise, le mont Ngāuruhoe se dresse telle une énigme, dans le ciel nocturne. Il semble respirer, prêt à accueillir la lumière comme on reçoit une confidence. Le bleu indigo, profond, presque liquide, coule autour du cône volcanique et en souligne les arêtes. Il vient se délaver, devenant bleu-gris, pareil à une timide clarté hésitante. Le Ngāuruhoe apparaît alors plus proche, presque intime. C’est l’instant où l’on retient son souffle.

    Le nuage lenticulaire qui coiffe le Mount Ngāuruhoe devient rose.
    C’est l’ombre de la Terre qui peint le ciel. Cet arc subtil que les Maoris nomment la robe du matin. Le Ngāuruhoe en retrait, observe discrètement. Quand les jaunes doux et les pêches diaphanes s’invitent, tout vibre. Puis, sans prévenir, les couleurs s’enhardissent. Les oranges profonds, les corails, les rouges cuivrés enflamment comme la forge céleste derrière la montagne. Le Ngāuruhoe se découvre en noir absolu dans cette brume incandescente.

    L’aube se brise, le soleil paraît. À l’ouest, le Taranaki sort des nuages. La nuit fut humide, tente et sac de couchage sont trempés. Les nuages empêchent que les choses sèchent. « Je range le tout. J’espère que ça séchera ce soir, la moisissure est le pire des ennemis du trekkeur. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    À sept heures, Flavien vire en tête. Premier campeur à prendre la route du Tongariro. « Pour commencer, un col aux alentours de 1600 mètres d’altitude, c’est-à-dire 400 au-dessus ! Une bonne mise en jambe », s’amuse l’aventurier. Mais, il y a un monde fou, nous sommes le samedi 1er février 2025, en période de vacances scolaires d’été.

    Quand le superbe existe

    Le départ de la randonnée s’effectue sur des pontons de bois aménagés. « C’est pour ne pas abîmer les coulées de lave qui n’ont que quelques décennies », explique le naturaliste. Au fur et à mesure de la montée se découvrent des espèces — Veronica spathulata ou Veronica hookeriana. « Arrivé au col, se dévoile une immense caldeira plate qui me fait fortement penser à la Plaine des Sables, à la Réunion. »

    Un moment suspendu attend Flavien. « Une magnifique communauté végétale à Rytidosperma setifolium et Gentianella bellifidolia, occupe des hectares de lapilli. C’est tout simplement superbe… des paysages comme je les aime. » L’ascension se poursuit. Des randonneurs occasionnels peinent… Tu m’étonnes, souffle le naturaliste. « Sur la caldeira, une dizaine d’individus s’amasse. C’est trop pour moi. »

    Il quitte le sentier pour rejoindre le sommet du Mount Tongariro à 1967 m d’altitude. Mais à mil quatre cents mètres de l’endroit où il se trouve. L’aller-retour dure près d’une heure, sans personne à croiser. Les paysages, en partie grâce aux rochers d’un ocre intense, sont époustouflants. « Les trois volcans du coin sont complètement dégagés. Quel paysage lunaire ! Je prends mon pied ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien est à la recherche de l’Edelweiss du Nord — Leucogenes leontopodium — mais « malgré cette montée en altitude, sa recherche reste veine ». En redescendant, la langue de Molière chante. C’est un couple de Parisiens que Flavien interpelle. La discussion s’amorce. Mais, Flavien prend congé en leur disant : « On risque de se recroiser, je m’arrête à toutes les plantes ».

    Une passion dévorante

    Comme attendu, le trio se reforme au niveau du Red Crater, dont l’incroyable couleur rougeâtre est saisissante atteste le baroudeur. « Au cours des échanges, ils me demandent mon métier », commente Flavien. Et la magie des voyages refait son apparition.

    Frédéric est lui aussi un très grand passionné de botanique. Flora, à force de côtoyer un botaniste, commence à engranger de nombreuses connaissances à ce sujet. « Il ne nous en faut pas plus, nous voilà à débiter un nombre incalculable de noms latins à la minute. »

    À force de les entendre disserter en latin sur la moindre fougère, elle sent monter en elle cette teinte de désarroi — l’esprit couleur sauge fanée. Flora préfère allonger le pas plutôt que de s’égarer davantage dans leurs paroles.

    Il est spécialisé dans Arecaceae, les Cactaceae et les agrumes. Ce n’est pas forcément le violon d’Ingres de Flavien. Mais, ils trouvent tellement d’anecdotes à se raconter que Flora a déjà parcouru un chemin considérable. « Il n’en revient pas que j’ai pu voir Juania australis sur Robinson Crusoé. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Frédéric et Flavien s’échangent de nombreux tips, astuces et tuyaux pour s’y rendre. Tout en descendant jusqu’aux magnifiques Emerald Lakes, ils discutent, échangent, rient. Mais la beauté des lacs souffle la conversation comme on éteins une bougie. « Les lacs d’un bleu-souffre dont les flancs sont constellés de fumerolles, témoignent de la très forte activité volcanique. » Une première contemplation pour l’aventurier. «  Je suis émerveillé. C’est la première fois que j’observe ce genre de formation. » Flavien laisse Flora et Frédéric le temps d’immortaliser cet endroit malgré la foule nombreuse autour. À suivre…

  • Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Le premier jour d’un périple de trois dans le premier parc national néo-zélandais. Flavien s’attaque à un lieu symbolique à plus d’un titre. Situé au centre de l’île du Nord, il comprend les volcans Ruapehu, Ngauruhoe et Tongariro. Le parc comporte de nombreux sites sacrés pour les Māori : tapu. Sur une surface de près de 800 km2, le parc s’étend. Il abrite en son sein des espèces rares de faune et de flore. Un Graal pour le naturaliste, en quête de découvertes et d’émerveillement.

    Comme lors du précédent trek, Flavien ne se presse pas pour sortir du lit. Qu’il est agréable de demeurer au calme quand tout s’agite autour de soi ! « Je prends le temps de me lever », confirme-t-il en s’étirant. Les yeux se sont ouverts pour ne plus se refermer dès 7 h 45. Flavien se met à table vers 9 h. « Il me reste du yaourt, des blocs de muesli, du jus d’orange et une banane, c’est le grand luxe. » C’est de loin mon meilleur petit déjeuner du voyage, glisse l’aventurier entre deux bouchées.

    Voir Tongariro à la force du pouce

    À 10 h précises, le naturaliste règle les derniers détails avant de quitter l’auberge, en ce vendredi 31 janvier. Il laisse son petit sac, afin de voyager plus léger. « Je prends la direction de la même supérette qu’hier pour y poster les cartes écrites. » Il est temps désormais de tendre le pouce côté route pour rallier sans encombre le début de la randonnée à Whakapapa, à 15 km d’ici.

    « À peine ai-je levé le pouce qu’une camionnette me klaxonne pour que je monte. C’est un Serbe qui vit en Nouvelle-Zélande depuis de nombreuses années. Avec l’accent russophone, c’est assez folklorique d’essayer de se comprendre en anglais. »

    Il conduit n’importe comment, explique le baroudeur accroché à la poignée de la portière.

    Il dépose Flavien à un croisement. « Il me dit de prendre la canette de Sprite qui traîne dans sa portière. Ça ne m’arrange pas pour la randonnée, mais je ne refuse pas. » L’aventurier du bout du monde se place sur la perpendiculaire. « Dans la précipitation je perds une de mes deux sandales fabriquées maison, se désole-t-il. Elle a dû tomber dans le coffre de la camionnette. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Obnubilé, Flavien, chargé comme un mulet, recherche désespérément sa sandale. Puis une voiture freine à sa hauteur, lui proposant de l’emmener. « C’est une dinguerie, le stop ici… » Une Française au volant. Sur un trajet extrêmement court, la discussion prend place. « J’ai juste le temps de savoir qu’elle est en Nouvelle-Zélande pour un an. »

    Une promenade de santé

    Elle le dépose à la maison du parc national, enfin pas tout à fait. Elle s’arrête sur le parking juste en face : tawera place. Puis, juste avant de gravir les marches de la maison du parc, Flavien boit la canette offerte. Il, se met en ordre de marche pour les neuf kilomètres et deux cent soixante-quatorze mètres de dénivelé positif en direction de Mangatepopo Hut. « À côté de laquelle je pose ma tente. »

    Habitué à gravir des pentes plus ardues, l’aventurier du bout du monde trouve que « le chemin est presque pour ainsi dire plat tout du long, très peu de dénivelés ». Sur les flancs de ce plateau volcanique très actif, il traverse d’étonnantes végétations qui s’apparentent à des landes, la callune.

    Quelques nouvelles espèces s’offrent à lui, mais le paysage ne l’émerveille pas encore. Le ciel se couvre de nuages menaçants. Une chaleur orageuse colle les vêtements des marcheurs. « il fait très chaud pour cette altitude, je ne comprends pas pourquoi ça ne tourne pas à l’orage. » Depuis le début de son périple, il n’a pas vécu un orage néo-zélandais, à son grand regret. Après une pause déjeuner sur le pouce, il arrive à la Hut à 15 h 30, sans rencontrer de grandes surprises.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    De gros nuages noirs enveloppent les deux volcans qui m’entourent : le Pukeonake et le Pukekaikiore. Sans oublier les Ngauruhoe, Tongariro, ainsi que Red Crater, South Crater, Central Crater, Te Maari Craters. « La pluie ne tombe pas, tant mieux. » Flavien lambine, malgré cette paresse, il est le premier à s’installer. Suivi de près par deux Israéliens.

    Poulet et purée comme à la maison

    Les formalités effectuées, Flavien doit occuper son temps. « Mais je n’ai pas grand-chose à faire », se languit-il. La chaleur moite ne l’empêche pas de faire une sieste, dans l’antre infernal de sa tente. Il finit par déambuler les yeux fixés au sol, pour dénicher des plantes. « Après une heure de déambulation, je trouve Raoulia albo-sericea, endémique de ce plateau volcanique de quelques kilomètres de diamètre. »

    Elle pousse dans les dépôts de scories des bords de torrents, explique le naturaliste. Heureux de sa trouvaille au soleil couchant, il rentre, car son estomac crie famine. Mais avant de se sustenter, il zyeute les quelques documentations botaniques qu’il a enregistrées sur son téléphone pour identifier ses observations. « Le lyophilisé de ce soir, au poulet, en renferme un autre avec de la purée, c’est nouveau ça », s’exclame-t-il.

    En allant remplir ma gourde et faire sa vaisselle, Flavien croise une jeune femme qui le reconnaît au premier coup d’œil. « Elle me demande si je me trouvais à Angelus Hut il y a deux semaines, sur l’île du sud. » Flavien répond à la question par une question. « C’était la soirée où il est tombé des cordes ? ». La réponse affirmative laisse Flavien sans voix et sans souvenir de cette rencontre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Leur chemin se sépare. Après un brossage de dents en règle, il saisit son reflex. « il subsiste peu de nuages pour contempler le fameux Mount Ngāuruhoe (2287 m). Ce lieu sacré, où il est interdit de grimper. » La douceur enveloppe les campeurs, pas une once de vent. « La nuit s’annonce moins corsée qu’il y a soixante-douze heures », se réjouit-il. À suivre…

  • Les cloportes respirent-ils vraiment par les fesses ?

    Les cloportes respirent-ils vraiment par les fesses ?

    La fameuse histoire du pingouin qui respire par les fesses, s’assoit et … Il y a des questions qui font sourire mais qui ouvrent pourtant de vraies portes sur le vivant. Celle-ci en est une ! Mais derrière ce raccourci coloré se cache une réalité biologique fascinante, et un exemple parfait de la manière dont la nature transforme l’étrange en ingénieux. Ces petites créatures, qu’on surprend sous une pierre ou un tronc humide, ont l’air insignifiantes. Et pourtant, leur respiration recèle un mystère à la fois amusant et instructif.

    On croit souvent que respirer est un geste universel, identique d’un être vivant à l’autre, comme une sorte de rituel biologique partagé. Il n’en est rien. À travers les océans silencieux, les forêts épaisses, les sous-bois humides et même nos jardins, des créatures inventent chaque jour des façons de capter l’oxygène qui défient notre imagination. Certaines respirent par leur peau, d’autres par un réseau de tubes internes, d’autres encore – et l’idée ferait sourire si elle n’était scientifiquement établie – par les fesses, ou presque.

    Le cloporte, un crustacé… terrestre

    Premier rappel : le cloporte n’est pas un insecte. C’est un crustacé. Un cousin des crabes et des crevettes, qui pour une raison de brouille familiale… a quitté l’eau pour coloniser la terre ferme. Une prouesse à plus d’un titre !

    À première vue, le cloporte paraît banal, presque trivial, comme ces petites présences minuscules qui peuplent nos jardins. Pourtant, sous sa carapace se cache l’une des formes de respiration les plus déroutantes du règne animal.

    Car cet humble crustacé terrestre respire grâce à des pseudo-poumons situés… près de l’arrière du corps, sur son abdomen. D’où la confusion triviale.

    Un mécanisme si discret qu’il est soigneusement dissimulé. Le vestige de son passé aquatique.
    Ses poumons en plaques, ou pleopodes branchiaux modifiés, nécessitent une humidité constante.

    (Crédits : Chris F/Pexels)

    Ils affichent une lutte ancienne entre la mer qui l’a vu naître et la terre qui l’a adopté. Le cloporte marche sur le sol comme une créature amphibie qui n’aurait jamais totalement choisi son camp, avec un exosquelette. C’est un compromis, une respiration fragile, presque mélancolique. Comme si un jour il souhaitait retourner sous l’eau.

    La respiration insolite n’est pas l’apanage des cloportes

    Dans le règne animal, les stratégies respiratoires surprenantes abondent. Certaines salamandres et grenouilles aquatiques respirent presque exclusivement par la peau, absorbant l’oxygène grâce à leur surface humide. Le poisson pulmoné (Lepidosiren paradoxa) combine poumons et branchies, survivant ainsi des mois hors de l’eau pendant les sécheresses tropicales.

    Chez les tortues aquatiques, c’est via la cloaca qu’une partie de l’oxygène est absorbée, un mécanisme qui leur permet de rester longtemps immergées. L’araignée aquatique, Argyroneta aquatica crée des bulles d’air sous l’eau pour respirer plusieurs heures, tandis que certains insectes aquatiques emprisonnent de l’air sous leurs élytres pour prolonger leur plongée.

    Chez la grenouille, l’air circule de trois façons. Via les poumons, la cavité buccale, et par la peau. Cette dernière, richement vascularisée, transforme le corps entier en surface d’échange. Sous l’eau, c’est elle qui maintient la vie. Sur terre, elle complète ce que les poumons n’assurent pas pleinement.
    Avoir des grenouilles dans une mare est donc synonyme d’eau de qualité, car, la moindre altération devient une menace. Leur souffle dépend donc de la pureté du monde.

    Le rat-taupe nu quant à lui, fouisseur et quasi aveugle, a une respiration adaptée à la faible oxygénation de ses tunnels. Les poissons cavernicoles et certaines chauves-souris vivant dans des grottes tolèrent des niveaux d’oxygène extrêmement bas, compensant par des adaptations métaboliques et sensorielles.

    Et les fourmis ?

    Difficile d’imaginer que les plus nombreux habitants sur Terre respirent sans poumons. Et pourtant… Fourmis, drosophiles, libellules, blattes… Ils usent d’un réseau de tubes internes appelés trachées.
    Ces conduits s’ouvrant sur l’extérieur par de minuscules orifices nommés stigmates, acheminent l’air directement jusqu’aux cellules. Aucun sang, aucun poumon, aucune cage thoracique à soulever : seulement une architecture d’une efficacité redoutable.

    (Crédits : Ruben Boekeloo/Pexels)

    Le cloporte n’est pas seul dans ce cas. Dans la nature, la respiration prend des formes très variées : Les concombres de mer absorbent l’oxygène par… leur anus. Certaines tortues peuvent, en hibernation, capter l’oxygène dissous dans l’eau grâce à leur cloaque. Moralité : ce que nous trouvons « bizarre » est simplement une autre solution évolutive au même problème.

    Ce que ces adaptations nous enseignent

    L’oxygène, pour quasiment toute espèce sur terre est vital, enfin presque tous… Henneguya salminicola, un cnidaire microscopique (proche des méduses et coraux), identifié en 2020 comme le premier animal métazoaire connu ne possédant absolument aucun gène lié à la respiration aérobie. Autrement dit, il n’a pas besoin d’oxygène.

    Le ver de terre avance sans bruit, transforme la terre, l’aère et la fertilise… tout ceci sans poumons. Il respire par sa peau. Comme le cloporte, cela exige une humidité permanente. Alors quand la pluie nous mouille, pour lui chaque goutte d’eau est un souffle, chaque brume une promesse de survie.
    Les dipneustes, des poissons possèdent des poumons. Leur existence conte l’histoire de l’évolution qui mena l’ancien monde aquatique vers la terre ferme.
    D’autres poissons, comme les gouramis ou les poissons grimpants, ont développé des organes labyrinthiques leur permettant d’absorber l’air atmosphérique directement. Dans les zones pauvres en oxygène, ils deviennent des funambules respiratoires, à la frontière des deux mondes.

    Et l’humain dans tout ça ?

    L’humanité n’a pas fait mieux que de s’adapter. Sur une moyenne de 12 à 15 cycles respiratoires chaque minute, nous respirons naturellement sur terre.

    Les Bajau, nomades de la mer d’Asie du Sud-Est, ont une capacité exceptionnelle. Car, depuis plus de mille ans, ces chasseurs-cueilleurs marins dépendent de la nourriture qu’ils collectent lorsqu’ils plongent en grande profondeur.

    Ils ont développé une rate qui est devenue exceptionnellement dilatée. Elle optimise l’apnée. Des suites de l’évolution, certains membres restent près de 13 minutes à 60 mètres de profondeur, explique National Geographic.

    Les populations andines ou himalayennes vivent à des altitudes où le simple acte d’inspirer devient un exploit quotidien.
    Nous ne respirons pas autrement, mais nous apprenons à négocier avec le manque. L’évolution, là encore, avance par stratégies. (Crédits : Elianne Dipp/Pexels)

    À travers ces mécanismes, la nature dévoile une leçon fondamentale : il n’existe pas de manière « normale » de respirer. Il n’y a que des solutions, toutes ingénieuses. Le cloporte même en respirant « par les fesses », il contribue à la santé des écosystèmes. Alors, la prochaine fois que vous croiserez un cloporte, rappelez-vous : ce petit animal nous enseigne que la vie trouve toujours un chemin, parfois dans l’inattendu, souvent dans l’invisible.

  • Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Deux bus et trois cartes postales, Flavien traverse l’île du Nord comme on feuillette un carnet d’aventures. Parti avant l’aube, il découvre à Te Kūiti que chaque sourire invite à ralentir. Entre New World, une dame spontanée et des habitants curieux de son accent, l’attente du bus devient un moment suspendu. Plus au sud, le chemin le mène vers National Park Village, ses auberges de bord de route et ses rencontres cosmopolites. Une journée modeste, mais pleine de ces détails qui font des voyages ordinaires de grands souvenirs.

    Ce matin le réveil aura sonné pour l’aventurier. « À 6 h 10, je sors de la chambre pour finir de préparer mon sac », chuchote le globe-trotter, en marchant sur la pointe des pieds. Trente minutes se passent lorsqu’il prend le bus, juste à côté de l’auberge, en direction du nord et plus particulièrement : Te Kūiti, une petite bourgade pommée. Capitale mondiale de la tonte de mouton.

    De surprise en surprise

    Arrivé à destination, Flavien doit patienter quatre heures pour son futur voyage en direction du sud de l’Île du nord et de National Park City. En descendant, il pense s’ennuyer. Son supermarché favori, New World étant ouvert, « je fais le plein pour les trois prochains jours de randonnée, ils font des viennoiseries, du pain et des pizzas pour rien du tout ». Les six croissants s’affichent pour près de 3,30 euros. Puis, il s’installe sur une table de pique-nique au bord de Rora Street, au 71 de la rue.

    Il déguste sa pizza, puis se met à écrire quelques cartes postales. « La motivation est revenue, car j’ai appris que celles postées il y a un mois sont bien arrivées ! »

    Puis, peu à peu, les habitants intrigués s’approchent. « Ils ne sont pas habitués à voir des touristes ici. Les passants me demandent tous d’où je viens, en me souriant. Au supermarché, la caissière, qui avait l’air contente de rencontrer un étranger, m’a même donné une réduction avec sa carte… »

    Peu avant midi et demi, Flavien achète des timbres et poste quelques cartes. Le bus est arrivé à 13 h 20. Mais une dernière surprise attend Flavien.

    Avant de grimper dans le bus, une mamie, qui l’avait abordé durant le moment cartes postales, « me fait un câlin avant de monter. Je ne l’ai pas vu arriver, elle m’a surpris ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est marrant comme anecdote. Ça ne m’est jamais encore arrivé… les gens sont incroyablement sympathiques ! » Un avant-goût d’un trajet peu commun. Depuis New Plymouth le bus pour National Park City coûte 88 NZD. Mais en choisissant la bonne ville d’arrêt, le prix descend à 30 NZD, sûrement dû à l’attrait touristique, réfléchit Flavien.

    « La pause et le changement de chauffeur à Taumarunui sont interminables et, finalement, je descendrais à National Park City sans encombre, c’est la bonne opération du jour. »

    Après avoir effectué son entrée à l’auberge — qui ressemble un peu à un routier — il prend la direction de l’unique supérette faisant office de poste pour acquérir de nouvelles cartes postales et délivrer celles qui sont désormais timbrées.

    « Il y a un barbecue à l’auberge, alors j’en profite aussi pour acheter 300 g d’agneau pour seulement 7,5 NZD ! » À l’auberge, Flavien poursuit son atelier écriture, puis il prépare son sac… et enfin, il passe en cuisine.

    (Crédits : Mknz24/Wikipedia)

    « Il y a un Allemand, mon unique collègue de chambrée, dans un dortoir de neuf, une Israélienne, et un Argentin qui fait ses études à Melbourne, on discutera un bon moment de la Patagonie argentine », comment la naturaliste. La journée riche en émotion et en temps de trajet use l’aventurier. Après sa douche, il sombre tout en douceur. « Étonnant, je ne peux pas dire que la journée a été exténuante… Le Wi-Fi ne fonctionne pas, ce qui fait les affaires de mon sommeil. » À suivre…

  • Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit sans nuage, mais éclairée par les cités aux alentours. Ce passage nocturne est accompagné de vents aux alentours de 20 km/h, et de rafales cinq fois plus rapides. Le tout à 2518 mètres d‘altitude. Comme attendu, la nuit fut fraîche. La température moyenne au sommet du Tarakani Maunga est de -1 °C. Alors, qu’a dû ressentir Flavien à l’aube au moment où le soleil affiche timidement ses premiers rayons ? Car, dans les premières heures de la journée, le froid peut encore s’amplifier. Un véritable bonheur à cette altitude.

    Le Tarakani Maunga est plus qu‘un symbole, que ce soit pour les touristes ou les Néo-Zélandais. Flavien voulait absolument tenter cette expérience. Y passer une nuit, coûte que coûte.

    Une grosse dose de motivation

    Cette nuit, une dose conséquente de motivation est plus que nécessaire pour sortir à quatre heures. L’air colle la poussière sur chaque obstacle rencontré, c’est à dire partout sauf dans le sac de couchage. « Je m’encourage, m’habille véritablement chaudement, et essaie de me protéger du vent, moi et mon appareil photo » ajuste Flavien. Pas un seul nuage à l’horizon, mais une pollution visuelle malgré les 2518 mètres d’altitude.

    Froid, vent, stalagmite

    En contraste avec la Patagonie, où la pollution visuelle est inexistante, « ce n’est pas la plus belle observation de la Voie lactée que j’ai faite. Mais le spectacle vaut quand même le coup de se geler », admet Flavien.

    À peine le temps de se tomber dans les bras de Morphée et surtout de se réchauffer qu‘il faut à nouveau sortir de la tente, enfin seulement Flavien. Dix minutes après six heures, le réveil sonne de nouveau. Les premières lueurs éclairent déjà l’Univers endormi.

    Le vent présent a forci durant la nuit. L’aventurier du bout du monde pose un œil sur le paysage, l’autre sur l’évolution des rafales. Pour ne pas se faire dépasser et qu’il puisse réussir à ranger la tente.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sol, l’effet conjugué du froid et du vent forme, ce qui s’apparente à de très fines et très détaillées stalagmites faites de poussières et de glace. « Je n’ai jamais vu ça ! C’est beau ! Ça craque sous le poids des pas », s’émerveille le naturaliste. Quelques nuages effleurent la ligne d’horizon. Les couleurs de l’aube projetées par le soleil réchauffent et éclairent le visage frigorifié de Flavien. Au loin, seul le mont Ruapehu dépasse majestueusement des nuages. « Le moment est encore magique, j’essaie d’en profiter un maximum, mais à 6 h 45, je dois plier la tente. »

    En aparté, le Ruapehu est un des strato-volcans actifs, parmi les 1500, sur plus de 10 000. Il est couronné par un lac de cratère au sommet.

    Ce lac de cratère est un tapu. Il revêt une importance culturelle et spirituelle pour les communautés autochtones, ce qui ajoute à la signification profonde de la montagne. Comme l’est le célèbre rocher australien d’Uluru.

    En Nouvelle-Zélande, c‘est un site vénéré par l’iwi local dans la région. Un tapu est une interdiction à caractère religieux pesant sur une personne, un objet, un lieu ou une situation particulière. Il s’agit d’un concept de tapu qui existe dans plusieurs sociétés polynésiennes — par exemple aux Tonga, aux Samoa, à Wallis-et-Futuna et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il réside toujours des menaces d‘éruptions et de coulées de lahar. Un lahar, mot d’origine indonésienne, est une coulée boueuse d’origine volcanique. Elle est principalement constituée d’eau, de cendres volcaniques et de téphras. L’endroit où il se rencontre donc le plus régulièrement sur les pentes des volcans gris émettant des laves andésitiques. Le risque zéro n’existant pas, des mesures de précaution, tels des systèmes d’alerte précoce sophistiqués, sont en place. L’ultime éruption majeure remonte à 1996 et le dernier lahar en mars 2007.

    Tarakani, volcan, POV

    De son côté Flavien lutte contre le froid qui le saisit aux doigts. Car, avec le vent omniprésent, il faut réfléchir. L‘aventurier commence par retirer les sardines du côté abrité.

    « Pour ça, j’enlève les mitaines… mais mes doigts gelés me font souffrir. Le ressenti est autour de -15 °C. Je n’arrive pas à accomplir grand-chose avec. Ils sont tout blancs. C’est la première fois que j’ai aussi froid aux doigts », s’effraie Flavien. Pour être tatillon, Flavien, sans instrument de mesure, est très proche.

    La formule dite du « wind chill » est Température (ressentie) = 13,12 + 0.6215 x T − 11,37 x V 0.16 + 0.3965 x T x V 0.16 (Température de l’air en °C, V la vitesse du vent en km/h). Ce qui, selon les données météorologiques, une température ressentie de -12 °C. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien souffle sur ses doigts, autant que possible. « Je réussis à plier la tente à l’arrache, sans fermer la housse. Je dois faire vite, toutes mes affaires exposées au vent sont pleines de poussières, car la tente va au fond du sac… » Enfin, le sac sur le dos, l‘aventurier laisse la croupe sommitale derrière lui, relâchant la pression de l’instant. « Là-haut, le climat est souvent comparé à celui de l’Antarctique. Il affiche une moyenne annuelle de -1 °C… Je répète : -1 °C ! Pas étonnant que je ne trouve aucune plante vasculaire. »

    La légende de Taranaki Mounga

    La terre de Nouvelle-Zélande est un lieu haut en couleur et légende. Le volcan Taranaki Mounga ne déroge pas à la règle. Parmi Tane Mahuta, le dieu des forêts, et Tangaroa, le dieu de la mer, et Maui, le héros qui a pêché les îles de la Nouvelle-Zélande du fond de l’océan, celle de Taranaki tient une bonne place.

    Il est dit que Taranaki Mounga était nommé Pukeonaki. Il se tenait près de Tūrangi, avec Ruapehu, Tongariro et Pihanga. Pukeonaki et Tongariro ont tous deux chéri Pihanga. Comme souvent, la discussion monte en tension, devient houleuse, pour se finir en bagarre.

    À ce jeu, Tongariro est plus fort. Des suites de la férocité des coups échangés, Pukeonaki (Taranaki), qui porte les cicatrices de la bataille, se retire sous terre.

    C‘est ainsi que le lit du fleuve Whanganui se dessine, lors de son voyage vers la mer. Quand il a fait surface, il a vu la belle chaîne de Pouākai se tenir à l’intérieur des terres et est attiré vers elle. La progéniture de Pouākai et de Taranaki est devenue les arbres, les plantes, les oiseaux, les rochers et les rivières qui coulaient de leurs pentes. (Crédits : Gaurav Kumar/Pexels)

    Le 10 janvier 1770, le capitaine James Cook rebaptise Taranaki Mounga, mont Egmont. Le double nom du mont Egmont/Mount Taranaki en usage officiel depuis 1986, disparait. Désormais, la montagne ne conserve que son nom maori Taranaki Maunga.

    Sommet de la francophonie en terre étrangère

    « À la redescente, la glace du cratère est dure telle de la pierre. Sur les falaises les plus exposées, de longues stalactites côtoient les premières plantes vasculaires, comme un Colobanthus», commente Flavien. La descente est extrêmement poussiéreuse, accentuée par les rafales érodant les flancs du volcan. Le début est rocailleux, la suite, l’est beaucoup moins. « Je lace mes chaussures au plus haut, mais cela n’empêche pas quelques scories de rentrer dans cette descente rapide, mais harassante ».

    Flavien affiche une forme à toute épreuve. Ainsi, il croise une petite dizaine de personnes, dont un français de Châteauroux les Alpes près de Briançon. « C’est là que David, avec qui j’ai partagé une partie de la Patagonie, habite, improbable… »

    Flavien continue son cheminement, sans grands rebondissements. « La piste se transforme en sentier pour 4×4. J’ai connu plus agréable comme descente, mais au moins ça roule. » Un parcours qui met à l‘épreuve pieds et genoux.

    Un anticyclone l’accompagne. La vue sur le volcan depuis les forêts à Libocedrus bidwilii et Cordyline indivisa est incroyable, souffle-t-il. « Je presse le pas dans le dernier kilomètre, car je ne suis pas loin de perdre la bataille face à mon envie d’aller aux toilettes… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La flamme rouge passée, Flavien engage une course contre la montre. « Mon envie assouvie, j’achète une glace et un soda au Feijoa à la demeure du parc pour me réconforter des 1600 m de dénivelé négatif avalés ce matin. » Avant de visiter le mini musée de la maison du parc, Flavien discute avec deux compatriotes, dont un mignalien. « Incroyable, c’est le premier Poitevin que je croise dans mes voyages. » Il est temps de rentrer en ville, pour profiter d‘une délicieuse douche à l’auberge. Un couple à bord d’un SUV prend Flavien au passage.

    Un duo atypique. « Navigateurs, ils se sont rencontrés en 1972, en Australie. Elle est Néo-Zélandaise, il est Québécois. Le couple vit un semestre par pays. »

    Durant le trajet, les échanges en anglais paraissent naturels et compris de part et d‘autre, ce qui ravit Flavien. « Ils me déposent là où j’avais commencé mon périple vers le Ttaranaki, il y a deux jours. Que demander de plus ! »

    Avant de foncer dans la salle de bain, le baroudeur effectue un crochet au supermarché pour acheter un savon et sa boîte en plastique.

    « À l’auberge, je cuis mes pâtes pour terminer mon pesto Rosso et file sous douche, bien méritée ! » Après s’être lavé, c’est au tour du linge.

    Un restaurant en récompense

    L’après-midi est consacré à la distribution de nouvelles, jusqu’à l’achat des son billet de train de Paris à Poitiers. « Ce qui m’évite de payer une fortune au dernier moment. Le linge sec, je peux enfin enfiler un pantalon et aller me faire un resto. »

    Depuis trente jours, Flavien n’a pas mis les pieds sous la table.

    « Après les efforts de ces derniers jours, c’est mérité. »

    Une certitude, avec l’ensemble des périples et aventures connus de Flavien, le retour à la vie civile sera comme la retraite sera à préparer en amont. Car, depuis sa première péripétie sur l’île d’Amsterdam, à l’Amérique du Sud en passant par le pays au long nuage blanc, la routine pourrait apparaître quelconque. À moins que le hasard ne fasse bien les choses…

    (Crédits : Arnaud Malan/Pexels)

    Il est temps de faire le plein de protéines. « Je trouve une brasserie attenante à l’auberge. Je commande une pièce de bœuf de 300 g, avec un mille-feuille de pommes de terre et des onions rings, le tout en tee-shirt », se réjouit-il. C’est le grand écart de températures. Avant de rentrer profiter d’un vrai lit, une promenade digestive sur le front de mer, avec le sommet du Taranaki en point de mire. « Je n’en reviens pas d’avoir passé la nuit là-haut… » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

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    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

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    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Flavien se lance un challenge, l’ascension du deuxième plus haut volcan de la Nouvelle-Zélande. Celui qui est désormais est une personne à part dans la culture maorie se nomme Taranaki. Mais c’est sans compter sur la météo changeante. Ce lieu tient à cœur au naturaliste. La hauteur de 2518 mètres nécessite de s’équiper en conséquence. Pour autant, la déception de ne pouvoir le gravir serait une immense déception pour l’aventurier du bout du monde. Mais pourra-t-il réaliser son rêve, rien n’est moins sûr.

    Pour cette fin janvier, Flavien s’offre, une perspective, une respiration, une journée intense. Mais, comme les jours précédents, il débute par une grasse matinée. Car, malgré ce qui l’attend, il prend le temps de se lever. « Aujourd’hui je dois tenter l’ascension du Taranaki, deuxième plus haut volcan de Nouvelle-Zélande. » L’idée est de dormir à son sommet. Une histoire à dormir debout, car très peu de personnes tentent cette expérience. L’ascension y est périlleuse, plus d’une centaine de personnes y ont déjà laissé la vie.

    Fort coup de vent sur le Taranaki

    Avant de s’attaquer à pareille aventure, il est nécessaire de parer à toute éventualité. « Le temps nécessaire à l’ascension est de cinq ou six heures », relativise Flavien. Il se rassure en prenant conscience de la difficulté. « Je suis en pleine forme physique et mentale. J’ai le matériel et le consommable. Les prévisions météorologiques sont formidables. » Elles sont bien meilleures avant de nombreux jours, ajoute le naturaliste à haute voix. Donc, aux environs de 9 h 30, Flavien quitte l’auberge, non sans une petite appréhension. Ce qui m’attend n’est pas rien, pense-t-il.

    Chemin faisant, il se dirige vers un magasin de randonnée pour un sachet lyophilisé et une bouteille de gaz. « Je ne veux pas tomber en rad de gaz là-haut, surtout s’il fait très froid et que je dois me réchauffer. »

    N’ayant pas de transport en commun pour rejoindre le départ de la randonnée, l’aventurier du bout du monde tend son pouce sur l’avenue principale. « Le prix de la navette pour effectuer les 30 km de route est exorbitant. » À peine, il enclenche le mouvement du bras, qu’un automobiliste stoppe à sa hauteur. « Un Néerlandais, qui vient d’acheter son Van, roule à la cool. Le sac sur les genoux, le trajet aura été rapide, à peine dix minutes », s’amuse Flavien.

    La désillusion

    Il le dépose à l’intersection des deux routes et continue son chemin. Le naturaliste patiente un quart d’heure. « Un Américain s’arrête ! Nous allons au même endroit, c’est parfait », se réjouit-il. Il dépose Flavien à la maison du parc national et là mauvaise nouvelle : « ça vente fort. La ranger du parc national me déconseille fortement de m’y rendre, les rafales de vent y dépasseraient les 150 km/h. »

    Cerise sur le gâteau, les nuages s’agglomèrent au sommet. « Quelle désillusion, je n’ai que cette idée en tête. Il me faut de longues minutes pour accepter et me raviser. » Demain les conditions s’améliorent. « J’ai trois jours de nourriture, donc, comme solution de replis, je décide de faire le Pouakai trek en attendant. » Il s’acquitte des 10 NZD pour l’emplacement, et prend la direction de Holly Hut à 17,5 km d’ici, à côté de laquelle « je poserai ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est bientôt midi à sa montre, quand il prend le départ. « Je me presse, mais les magnifiques forêts que je traverse ne m’aident pas. Je fais des pauses pour photographier les forêts, en particulier Cordyline indivisa, qui donne une incroyable touche d’exotisme dans ces forêts vierges. » Il descend 300 mètres de dénivelé pour atteindre l’ailtude de 660 m. « C’est sur ce chemin que je trouve une orchidée épiphyte en pleines fleurs… et, Dawsonia superba, la plus grande mousse du monde. »

    Un pas en arrière

    « La dernière fois, je me suis trompé dans mon identification, c’était Polytrichadelphus magellanicus, mais cette fois, je suis sûr de moi. » Elle est presque aussi haute que son avant-bras, indique-t-il avec respect. Un pied devant l’autre « je rejoins Henry Peak, à 1224 m. Un vent à décorner un bœuf, il me déporte dangereusement par moment. » Bien qu’il a connu pire, il enfile néanmoins des couches supplémentaires.

    Conscient des bourrasques, Flavien admet la dangerosité et le conseil de la Ranger. « Je suis content de m’être ravisé, je n’ose même pas imaginer comment ça souffle à 2518 mètres d’altitude. »

    Une couverture nuageuse s’installe. Elle gâche un peu la vue, souffle Flavien dans sa moustache. « J’arrive près du lac Mangamahoe connu pour servir de miroir au Taranaki mais les vaguelettes m’empêchent de faire la photo digne de ce nom. » Le vent se lève, il est tout juste dix-huit heures. « Je ne traîne plus, il me reste presque deux heures de marche », explique-t-il en enfilant gants et bonnet avant la descente vers Holly Hut, à 1000 m d’altitude.

    « Je traverse de magnifiques forêts dominées par Libocedrus bidwilii, un conifère aux troncs tortueux et à l’allure squelettique », commente le naturaliste. Sa descente à la lumière du crépuscule se clôture, par la traversée d’une tourbière, milieu assez rare en Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Quelques gouttes se mettent à tomber. Étonnement, elles annoncent le beau temps. « À peine arrivé, le sommet du volcan Taranaki se dévoile. Le vent se calme. » Timing et conditions idéales pour monter la tente. Juste à côté des deux autres installées sur le camp. Il est l’heure de se restaurer. Au menu du soir « Je fais des… pâtes of course ! » Pour varier les plaisirs, cette fois c’est au pesto Rosso. « Ceux qui étaient là avant ont fait un feu, c’est agréable de s’asseoir au chaud, car ce vent m’a bien refroidi. » Une fois repu, au chaud, Flavien tente de vaquer à ses occupations quotidiennes « mais le sommeil m’emporte. » À suivre…

  • Qui court le plus vite : le bambou ou le furet ?

    Qui court le plus vite : le bambou ou le furet ?

    Bien entendu, un bambou ne va pas prendre ses jambes à son cou pour fuir cet article… quoique, si vous l’apercevez en bas de chez vous, faites-moi signe. Sur un tartan, les starting-blocks placés, les deux finalistes sont aux ordres du starter. D’un côté, un furet, fin, nerveux, prêt à bondir comme une flèche poilue ; de l’autre, un bambou, tige verte en jogging immobile, qui attend patiemment le coup de feu du départ. Le chronomètre démarre : l’un court, l’autre pousse. Alors, qui gagne cette course improbable ?

    Derrière la blague se cache une vraie question de science : jusqu’où peut aller la vitesse d’une plante, et peut-elle rivaliser, même un instant, avec un animal en mouvement ? Sachant que l‘être humain mesure tout et rien, l’invisible et le visible.

    Une course plus qu’improbable

    Commençons par la star à moustaches. Le furet, ce petit carnivore issu de la lignée des mustélidés — les cousins lointains des putois et des belettes — n’a pas grand-chose de végétal. Pour lui, la vitesse est un outil de survie : attraper ses proies, se faufiler dans des galeries, ou, aujourd’hui… piquer en courant vos chaussettes mal rangées.

    Côté chiffres, un furet peut atteindre 15 à 20 km/h. Ce n’est certes pas Usain Bolt, mais à son échelle de petite bête souple et gloutonne, c’est un joli sprint. Journalistiquement parlant : imaginez un serpent à poil avec la vitesse d’un scooter limité. Voilà. Un furet, c’est ça.

    En face, le bambou semble n’avoir aucune chance. Et pourtant, surprise ! C’est l’un des végétaux les plus rapides du monde. Certaines espèces peuvent croître jusqu’à 90 cm par jour. Non, ce n’est pas une faute de frappe : près d’un mètre en 24 heures. Cela correspond à 3 à 4 cm par heure ! Dit autrement, si vous restez assis devant une tige de bambou, vous pourriez la voir grandir à l’œil nu… après trois cafés serrés et une énorme dose de patience. Mais attention : le bambou ne « court » pas. Il pousse, verticalement, enraciné dans son sol. Sa vitesse est celle d’une croissance, pas d’un déplacement.

    (Crédits : Evgeniya Litovchenko/Pexels)

    Alors, confrontation. Le furet file à 5 mètres par seconde. Le bambou grimpe à 0,001 cm par seconde. Résultat : dans un sprint, le bambou est à la course ce que votre arrière-grand-père est au selfie : à la bourre. Mais là réside le piège de notre question. Car tout dépend du point de vue.

    Le furet, sprinteur souterrain

    À l’échelle du monde végétal, le bambou est une fusée, un vrai Usain Bolt chlorophyllien. Dans l’univers animal, bien sûr, il se fait manger par le concept même de la vitesse. Tout est relatif. Ce duel nous amuse, car il révèle notre biais : nous mesurons tout au chronomètre humain. Une plante semble immobile parce qu’elle vit à une autre temporalité.

    Voir un bambou bondir de 90 cm en une journée, c’est un exploit pour son monde. À côté d’un furet hystérique, ça paraît lent. Mais c’est un peu comme comparer un marathonien et une montagne : l’un avance, l’autre grandit. Et les deux, à leur manière, imposent le respect.
    On parle souvent de « vitesse » comme d’une valeur absolue. Mais pour qui ? Pour le furet, c’est vital. Pour le bambou, c’est sa façon d’occuper l’espace et de coloniser un terrain entier sans jamais bouger ses racines.

    Là-dessus, bambou et furet se renvoient presque dos à dos. Le bambou est un héros végétal : matériau de construction, abri, ressource durable et écologique. Certaines communautés humaines bâtissent leurs maisons, leurs meubles et même des ponts avec cette « herbe » géante. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Le furet, lui, a durablement accompagné les chasseurs dans les terriers de lapins. Sprinteur utile, il incarne la ruse et la rapidité animale. Ce qu’il obtient en vitesse et en mobilité, le bambou le gagne en endurance et en solidité. Deux façons de survivre, deux temporalités, deux mondes. Alors, qui remporte cette course improbable ? Techniquement, le furet explose le bambou en vitesse pure, sans débats possibles. Mais à long terme ? Le furet finira fatigué au bout de quelques dizaines de mètres. Le bambou, lui, continuera de pousser, imperturbable, jusqu’à dépasser l’animal… littéralement en hauteur.

    La vraie leçon de ce duel farfelu est ailleurs : comparer un bambou et un furet, c’est juxtaposer deux temporalités du vivant.

    L’instantané animal et la lenteur végétale. Et si on rit de cette comparaison, c’est parce qu’elle nous oblige à reconnaître ce que nous avons du mal à admettre : le temps ne s’écoule pas pareillement pour tous.

    Le furet court, le bambou pousse. Et nous, entre les deux, galopons par moments tels des furets, parfois poussons comme des bambous… mais toujours avec la même illusion : croire que nous menons de main de maître notre course face au temps qui passe.

    (Crédits : Ivan Samkov/Pexels)


  • Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Après plusieurs jours avec le luxe d’une voiture de location en Nouvelle-Zélande, les journées s’allongent et les trajets deviennent des parenthèses. Entre le linge qui sèche mal, la conduite du bus cahoteux et les envies de cuisine improvisée, le voyageur avance au rythme des rencontres. À Kaïkoura, il retrouve la mer, la lumière et l’envie de se poser… un instant avant de reprendre la route vers l’île du Nord. Mais c’est aussi l’expérience des trajets en bus qui fascine l’aventurier. Une étape tout en lenteur, ou presque, en fatigue heureuse et plaisirs simples.

    Ce matin c’est presque une grasse matinée pour Flavien. « Je sors du lit à 9 h 45. » Tout semble indiquer une véritable grasse matinée, mais une fois de plus Flavien veille très tard. Le résultat est une nuit comptable somme toute normale. Il doit effectuer son check-out à 10 h… mais ses vêtements ne sont pas encore tous secs. « Je descends dans le hall de l’auberge où j’étends mes vêtements sur les chaises tel un clodo, personne ne me dira rien alors tant mieux », souffle-t-il.

    De Christchurch à Kaïkoura, entre fatigue et liberté

    C’est ainsi qu’il profite du canapé de l’auberge jusqu’à midi. « Mon bus pour me rendre à Kaïkoura est prévu à 14 h 30. » Il profite de ce temps pour se rendre en ville et s’acheter un en-cas avant de filer jusqu’à l’arrêt de bus. Tel l’habitué, Flavien n’a plus besoin de carte ni de boussole pour se déplacer dans la seconde plus grande ville de Nouvelle-Zélande. Concentré sur l’écriture de son récit journalier, il commence à ressentir les soubresauts de la conduite du chauffeur. « Il conduit comme un dératé. Je commence à avoir mal à la tête, je finirai plus tard. »

    Arrivé à Kaïkoura, Flavien parcourt le kilomètre qui sépare l’arrêt de l’auberge. À peine le sac posé, il repart, mais cette fois en direction du supermarché. « Pour une fois j’ai envie de cuisiner. J’achète des patates, des champignons, une bavette, un yaourt et même des chips, c’est l’orgie ce soir ! »

    La cuisine est pleine de monde… Ses patates au creux de la poêle n’en finissent pas de cuire. « Deux Françaises me donnent du beurre, tout en discutant. Je m’installe à leur table. »

    Originaires de Paris, elles arrivent de Nouvelle-Calédonie, l’une est médecin, l’autre prof de judo. « Nous taillons la bavette, pendant que la mienne cuit sur le barbecue à disposition. Elle est cuite avant les patates qui sont sur le feu depuis bientôt une heure… Décidément. » (Crédits : Gabriela Palai/Pexels)


    Tandis qu’elles se retirent, un couple de Néerlandais s’installe à côté de moi. La discussion se propose : « Je leur parle des deux mois de stage que j’avais faits là-bas en 2017… » Finalement l’aventurier termine son repas sans avoir vu la soirée passée. Comme hier, la journée n’a pas été des plus excitantes, mais importante pour réfléchir à la suite du voyage. Les compteurs d’écriture remis à zéro, « je peux désormais réfléchir à la suite. »

    Une balade ensoleillée à Kaïkoura

    Ce matin c’est une nouvelle grasse matinée. « Je me réveille après 9 h, à croire que c’est la décadence. » Sauf qu’il s’est couché bien après minuit. Le temps est favorable, dans les deux sens. « Je prends le bus à 18 h, donc je décide de faire une rando de quatre heures et douze kilomètres », affirme-t-il. Pour la première fois depuis quelques jours, le baroudeur se projette. « Sur la terrasse ensoleillée de l’auberge, je réserve la prochaine auberge et le ferry, afin de définitivement quitter l’île du Sud pour celle du Nord. »

    Il anticipe pour le trek dans le parc national du Tongariro avant qu’il n’y ait plus de place. « Je dois faire l’impasse de deux étapes par manque de place pour poser ma tente. » Un inconvénient pour l’aventurier. « Je n’aime pas faire ça, car je ne peux pas gérer la météo, mais je n’ai malheureusement pas le choix… Même chose pour l’île de Tiritiri où je désire aller avant de quitter le pays », concède-t-il.

    Mais la chance lui sourit. « Il reste une place, que je réserve de suite. Ça me laisse moins de marge de manœuvre, moins de place à l’improvisation que j’apprécie. »

    Après avoir dévoré la fougasse achetée la veille, il file vers la péninsule de Kaïkoura. Elle est connue et reconnue pour ses baleines croisant au large. « Je reste sur la terre cette fois. Je rejoins l’extrémité de la péninsule où il est censé y avoir une nouvelle colonie d’otaries. »

    Sac de vingt kilogrammes sur le dos, « je n’ai pas voulu le laisser à l’auberge, mais j’aurais peut-être mieux fait. Porter ces 20 kg pour rien pendant 12 km n’est pas la meilleure idée de mon voyage. » Il a tout de même dissimulé son sac de victuailles dans un buisson non loin de l’arrêt de bus. « Pas un seul nuage, il fait chaud, heureusement qu’il y a un petit vent pour se rafraîchir », transpire Flavien. La géologie revêt une importance à ses yeux. « Je photographie des falaises et des rochers qui sont très classes. »

    En tant que touriste, il admet que l’endroit fait très station balnéaire. « C’est compréhensible, avec plus de 2000 heures d’ensoleillement par an, c’est l’un des endroits les plus ensoleillés du pays. » Arrivé au cap, il observe les otaries de loin, les ayant déjà mises sur papier glacé de nombreuses fois. « Avec ce beau temps, la balade est agréable, comme la vue panoramique. » (Crédits : Kari Kittlaus/Pexels)


    Mon premier est le Soleil. Mon second est un gourmand. Mon troisième est une randonnée. Mon tout est Flavien qui s’offre une glace gigantesque bien méritée. Le bus part à l’heure prévue. « Je prends place côté mer pour observer cette côte qui m’a tapé dans l’œil à l’aller. » Le chauffeur, très sympa, conduit mieux que celui de la veille, constate le baroudeur. À son arrivée à Picton, il est déposé devant l’entrée de l’auberge. Elle est très accueillante, dans son jus, et le propriétaire est une crème. L’ensemble pour 13 € la nuit, se réjouit Flavien. Les affaires posées et la douche prise : « Je cuisine ce qu’il me reste dans le fond du sac, c’est-à-dire des pâtes, du parmesan et un tube de sauce tomate. C’est agréable de cuisiner là, il n’y a pas grand monde et c’est très calme, ça change de précédentes auberges. » À suivre…

  • Périple dans la « Petite Patagonie » (32/55)

    Périple dans la « Petite Patagonie » (32/55)

    Ce matin Flavien prend le temps de s’offrir du temps. La nuit, bien que passée dans un camping, est agréable. Un sommeil court, mais réparateur sur un matelas qui tient la route, grâce aux rustines. Cette journée est légère en activité. Tant et si bien que Flavien traîne. Au menu, le plus haut col de la Nouvelle-Zélande, Island Saddle. Petit détail, il se trouve au bout d’une piste… de 40 km. Il est accessible, selon les autochtones, à tous les véhicules, en théorie.

    La tente rangée, les affaires chargées, place à la conduite en direction d’Island Saddle. « J’ai demandé au gérant du camping si c’est envisageable de le faire sans 4×4. Il réponds que oui », explique l’aventurier du bout du monde. La confiance ne tient qu’à peu de choses. « Je me suis mis en tête que je peux le faire avec ma berline. » Elle en a vu d’autres désormais, pense-t-il… « Le début est bien rugueux, mais les trente kilomètres qui suivent sont largement carrossables. Il m’arrive même de monter à 50 km/h », s’enorgueillit Flavien.

    Le No Man’s Land néo-zélandais

    « Plus j’avance dans ce “no man’s land”, plus la météo s’améliore, plus le paysage devient steppique. » Flavien affiche un sourire non dissimulé au volant. « Je suis heureux d’avoir osé. J’ai envie d’appeler ce coin-là petite Patagonie, tellement j’ai l’impression de revoir les paysages argentins. » Il admet à mots couverts par le ronronnement de sa berline : « Si on me montrait une photo, je serais bien incapable de faire la différence, si je ne différenciais pas les plantes. »

    Après plus d’une heure à soulever de la poussière, à croiser des motos, il fait escale au col, à 1370 m d’altitude. « La température a chuté, le vent a forci… Encore de quoi me rappeler des conditions qui me seraient presque familières. » Cette fin de matinée est occupée à photographier, dans le pierrier qui juxtapose le col, Lobelia roughii et Wahlenbergia cartilaginea.

    « Je passe près de deux heures à user ma semelle dans ce paysage minéral pour trouver les deux espèces en fleur. L’une est précoce, l’autre est tardive. Une mission impossible menée à bien. »

    Durant tout ce temps, il conserve ses quatre couches de vêtements. Puis, vers 14 h, « je regagne la voiture pour casser l’habituel casse-croûte fait de pain, de fromage et de banane, mais pas en même temps. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L’objectif est réussi alors le baroudeur se pose et profite du paysage. Il contemple ce tableau qui se dessine. Ce rêve en couleurs s’imprime sur une toile appuyée sur le chevalet. Parfois, une moto peint avec délicatesse une empreinte blanche sur cette œuvre éphémère et imaginaire. « Sur le retour, je m’arrête au bord du lac Tennyson. »

    Le nom fait déjà américain, mais c’est sans compter sur les Néo-Zélandais et leurs 4×4 traînants leurs jet-skis, constate Flavien. Mais c’est un autre détail qui attire son regard.

    « Le lac est d’une couleur incroyable et ses berges constellées de vipérines en fleur. Les steppes quant à elles regorgent de Gentianella corymbosa en fleurs, quel tableau ! Pour couronner le tout, Aciphylla aurea, une ombellifère géante, ponctue le paysage qui inspirerait plus d’un artiste à mon humble avis. »

    Le mode touriste est enclenché.

    Il reprend le même chemin qu’à l’aller, mais « à la cool, car je sais que ça passe. Il fait beau, j’ai le bras accoudé sur la portière, la fenêtre est ouverte… La vie est belle, non ? » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il hésite à poursuivre ses investigations florales. Mais sans s’être renseignée sur l’état de la piste pour accéder au lieu, les nuages qui chargent le sommet, sachant que la pluie est annoncée pour ce soir, la sagesse le fait renoncer. « Je rentre à Hanmer Spring. » Comme à son habitude, il achète une glace et, via le spot de Wi-Fi, détermine le programme de la soirée. « Pour terminer mon road-movie, direction la péninsule de Banks, à plus de… trois heures de route, une fois encore. »

    Visibilité maximale de cinq mètres

    Flavien laisse derrière lui les collines boisées et les eaux tranquilles des sources thermales d’Hanmer Spring. La route s’étiole à travers des vallées ouvertes, avant de grimper vers des plateaux plus sauvages, balayés par le vent. Au fur et à mesure que la mer se rapproche, le paysage se transforme et annonce l’entrée dans la péninsule de Banks, où la nature semble inchangée depuis des siècles, intacte et majestueuse.

    Arrivé sur l’isthme au soleil couchant, le baroudeur n’a pas réservé de lieu où dormir. « Je me gare sur un parking, à côté d’une table de pique-nique. » Des pâtes au pesto à la frontale, il décide de ne pas s’arrêter là. Il monte dans sa voiture, pour grimper sur les crêtes de la péninsule, à plus de 650 m d’altitude. « La frontale bien vissée, je suis excité à l’idée de rencontrer un gecko ou un weta. »

    Les investigations effectuées justifient le lieu où il se trouve. « Mais je ne suis pas habitué à la recherche nocturne, chose plus courante chez les zoologistes. » Il débute sa chasse au trésor, à l’interface des affleurements rocheux et des buissons. Pour le moment, il fait chou blanc.

    Je ne vois pas à cinq mètres

    « Franchement, j’aurais dû venir repérer le terrain de jour. » Les falaises et dévers ne sont pas rassurants, même pour un aventurier. « La frontale est à fond, mais la brume qui s’amène ne m’aide pas, je ne vois pas à cinq mètres. »

    Soudain, un bruit. Un truc bouge dans un buisson. C’est un minuscule gecko. « Le temps d’attraper mon appareil photo, il se laisse tomber, et disparaît dans la végétation », explique-t-il frustré. Il tourne la tête sur la gauche. Et là ! « Un énorme weta est posé sur un rocher. »

    « Quelle montée d’adrénaline en quelques minutes ! Je suis aux anges ! Ça me rappelle la découverte du kiwi. » Il est heureux comme un gosse, car, en tant que naturaliste botaniste, la recherche de la faune n’est pas sa spécialité.

    « Je le photographie sous toutes les coutures. » Flavien surexcité poursuit son investigation en espérant trouver un gecko, en vain. Dans un ultime coup d’œil, là, dans un buisson, il repère un énorme phasme. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il se révèle que c’est une espèce assez rare (Hemideina ricta), endémique de la côte est de l’île du Sud. Pas mal pour le premier phasme que je rencontre de ma vie », se félicite-t-il. Le sourire illuminant la nuit, il s’en retourne à sa voiture. « Je suis fier d’avoir pu trouver ce weta, emblème de la Nouvelle-Zélande et tellement difficile à dénicher. » Il se dirige vers sa voiture pour y passer la nuit sur son habituel siège passager. Les bras de Morphée grands ouverts l’accueillent prestement, après cette incroyable journée qui ne s’annonçait pas si riche en événements. Comme quoi la persévérance est un trésor que seul le temps sait enrichir. À suivre…