Étiquette : naturelovers

  • Est-ce que les arbres sont de grands bavards ?

    Est-ce que les arbres sont de grands bavards ?

    Entrez dans une forêt ! Écoutez… Rien, vous n’entendez rien. Seul le calme, parfois ponctué par le souffle du vent dans les arbres et le bruissement de vos pas sur le sol. Pourtant, sous vos pieds, c’est une vraie salle de rédaction, remplie de bavards. Les arbres, immobiles et silencieux à nos yeux et à nos oreilles, sont en réalité de véritables commères. Est-ce un mythe poétique ou vérité scientifique ? Depuis plusieurs décennies, les chercheurs découvrent que ce qu’on croyait un « tas de troncs plantés là » ressemble plutôt à un réseau social… mais avec de la chlorophylle.

    Juste sous la surface du sol se cache une autoroute souterraine sans limitation de vitesse : le Wood Wide Web. Pas un simple WiFi, plus un réseau Ethernet, fait de filaments de champignons mycorhiziens reliant les racines des différents arbres. Imaginez un câblage en forme de pieuvre. Tel un clavardage, les arbres échangent des nutriments, du carbone, de l’eau et… des informations chimiques.

    Le langage des racines et des champignons

    Ces réseaux, jalousement cachés à nos yeux, sont étudiés depuis des décennies. Elles montrent comment des arbres transfèrent du carbone via leurs connexions fongiques. L’entraide n’est plus l’apanage de l’être humain, bien au contraire. Un arbre malade ou attaqué peut redistribuer ses ressources vers ses plus proches voisins. C’est comme envoyer un « SMS ». Le biologiste allemand Peter Wohlleben, dans son best-seller « La vie secrète des arbres », décrit ce système comme l’équivalent de veines qui relieraient les arbres entre eux.

    Arbre, femme, racines

    Derrière ces métaphores se joue une réalité complexe. Il ne s’agit pas de mots échangés sur une terrasse. Nous parlons de signaux biochimiques et physiologiques déclenchés par différents facteurs de stress (environnement, lumière, attaques d’insectes). Les mycorhizes facilitent les échanges. Quant à leur exact rôle dans la communication ? C’est un sujet encore débattu au sein de la communauté scientifique.

    Car, ces échanges ne se limitent pas au sous-sol. Dans les savanes d’Afrique, les acacias possèdent en eux une arme redoutable. Quand une girafe commence à grignoter leurs feuilles de manière gargantuesque, ils réagissent.
    Ils libèrent du tanin pour rendre le repas désagréable… Puis, ajoute autour d’eux une barrière, par l’émission de gaz volatil.
    (Crédits : The local bus/Pexels)

    Ces signaux chimiques préviennent également les voisins : « Attention ! Goinfre en approche ! » C’est ainsi que les autres acacias montent leur taux de tanins, au cas où la girafe aurait encore un petit creux. De quoi nous donner des complexes quant à notre propre « efficacité » en communication et en sécurité. Les arbres possèdent un système d’alerte anti-intrusion inné, automatique, opérationnel et inviolable… en théorie, du moins.

    À quoi sert cette communication ?

    Nous pourrions nous émerveiller de cette « solidarité »… mais restons factuels. Il ne s’agit pas de gentillesse en mode princesse de conte de fées, mais d’un mécanisme de survie collective. En coopérant, chaque arbre augmente ses chances. Les vieux arbres… Pardon… les plus expérimentés, surnommés « arbres-mères », redistribuent du carbone stocké à de jeunes pousses qui peine à se faire une place au soleil. Ce n’est pas de la philanthropie, mais la survie de la forêt dépend de l’équilibre global.

    De nouvelles études nous plongent encore plus dans l’invisible, voire le sensationnel. Des chercheurs observent dans les forêts des Dolomites (Italie) que des épinettes (Picea abies) synchronisent leurs signaux bioélectriques avant une éclipse solaire partielle de deux heures.

    C’est comme si elles anticipaient l’événement et se coordonnaient collectivement. Les plus expérimentés anticiperaient. Ils agiraient comme banques de mémoire, influençant la réaction des plus jeunes. Ce phénomène, baptisé synchronisation bioélectrique, remet en perspective la forêt comme un superorganisme vivant, où chaque arbre n’est pas isolé, mais fait partie d’un tout.

    Avis et vents contraires

    Mais tous ne sont pas d’accord à propos de cette publication. « C’est décevant que ce papier reçoive tellement de presse parce que c’est juste une idée et qu’il n’y a pas grand-chose ici à part l’affirmation », a déclaré James Cahill, professeur à la faculté d’Alberta. Ce à quoi « The Royal Society Open Science » répond que « toutes les recherches publiées par la Royal Society Open Science passent par un examen approfondi par les pairs avant d’être acceptées ».

    Chacun y trouvera sa croyance et sa certitude, d’un côté comme de l’autre.

    Mais, cette idée fascine, autant qu’elle dérange, parce qu’elle humanise la forêt. Est-ce que nous projetons nos codes sociaux sur eux, ou est-ce eux qui nous ont influencés ? Les voir parler ou s’entraider flatte notre imaginaire. Depuis Tolkien et ses Ents, jusqu’aux contes populaires de forêts magiques, l’arbre parlant est une vieille antienne humaine. Mais attention un arbre ne rédige pas de haïkus sous ses racines. (Crédits : Luis Quintero/Pexels)

    Laissons libre cours à notre imagination. Pour le reste des légendes existent. En France, il y a la forêt de Mercoir et la bête de Gévaudan (Languedoc-Roussillon), Merlin l’enchanteur et la forêt de Brocéliande (Bretagne), celle de Mervent-Voucant le domaine de la fée Mélusine (Pays de la Loire), les mystères entourant celle des Andaines (Basse-Normandie) ou encore les légendes en pays Tronçais (Auvergne).

    Les arbres, une société bruyamment silencieuse

    Malgré tout, cette découverte modifie en profondeur notre regard. La forêt n’est pas une juxtaposition d’individus, mais une communauté interconnectée. Bien plus importante que la société humaine avec ses portables et ses réseaux dits sociaux. Chaque arbre adopte un rôle primordial dans un gigantesque écosystème solidaire.

    silence, arbre, banc

    Ce que nous prenons pour une conversation est en fait de la biochimie collective, mais le résultat est là : ils communiquent. La forêt est un superorganisme à part entière. En comparaison, nos sociétés « hyperconnectées » font pâle figure.
    L’être humain parle beaucoup, mais ne démontre que peu. La forêt, silencieuse en surface, agit en permanence.

    Alors, les arbres communiquent-ils vraiment entre eux ? Oui.
    Ces mots nous sont encore inconnus. Peut-être est-ce un bien pour la survie de la nature. La forêt ne s’encombre pas de paroles inutiles, pas de tirades ou d’envolées lyriques, juste des gestes. Par signaux chimiques, par réseaux souterrains, par molécules volatiles. C’est une communication discrète, pragmatique, au service de la survie commune. (Crédits : Jeswin Thomas/Pexels)

    La morale ? Là où nous avons inventé le bruit permanent, eux ont mis au point le murmure efficace. Alors, la prochaine fois que vous traversez une forêt, souvenez-vous : même si vous ne les entendez pas, les arbres, eux, sont peut-être déjà en train de commenter votre présence. Autour de vous, ça « parle vert ». Et sans jamais se couper la parole.

  • Qui est la plus rapide, la plante ou la mouche ?

    Qui est la plus rapide, la plante ou la mouche ?

    Une mouche insouciante virevolte autour de votre tête, puis se pose sur votre verre. Puis, cherchant une pause gastronomique, elle visite votre salade de pâtes oubliée sur le plan de travail. Par souci d’observation, elle atterrit, triomphante sur votre plante carnivore… et là, paf ! Une mâchoire verte se referme. Pas de sang, pas de hurlement, juste un clap végétal discret. Mais un constat renversant : une plante peut donc être rapide et vraiment attraper une mouche alors que nous luttons ?

    Les plantes, en théorie, puisent leur énergie du soleil et de l’eau, à la manière d’une cuisine bio et new-age. Mais parfois, ça ne suffit pas. Dans les tourbières, les sols sont acides et pauvres en nutriments. Résultat, certaines revisitent le concept alimentaire. Quand la terre ne nourrit pas, elles se rabattent… sur ce qui vole à porter. Oui, là où nous voyons une mouche pénible, elles la considèrent comme un steak à six pattes.

    Le paradoxe végétal à l’ère carnivore

    Le paradoxe végétal est fascinant. Quand une personne déambule en forêt, les plantes paraissent immobiles, mais jamais passives. Elles sont balayées par le vent et ses bourrasques. Clouées au sol par leurs racines, elles semblent prisonnières. Vulnérables aux aléas du climat, aux prédateurs, elles luttent face à la concurrence féroce du voisinage. Pourtant, cette immobilité n’est pas une faiblesse, juste une autre manière d’habiter le monde.

    Plante, tournesol, pollinisateur

    Les plantes inventent des stratégies pour survivre et prospérer. Elles choisissent, en majeure partie ceux et celles qui les visitent. Elles sécrètent des substances éloignant certains insectes et en attirer d’autres, tels que les indispensables pollinisateurs.

    D’autres changent la forme de leurs feuilles pour capter la moindre goutte de lumière : l’hétérophyllie. Elles ferment leurs stomates aux heures les plus chaudes. Leurs racines, invisibles à l’œil nu, explorent, échangent des nutriments, dialoguent grâce à des signaux chimiques. C’est le tout premier réseau social.

    Mieux encore, certaines plantes anticipent l’attaque d’herbivores. Dès le premier coup de mandibule, la victime envoie des signaux électriques et chimiques à ses voisines. La version 3.0 de l’alarme silencieuse. Ainsi, derrière leur immobilité apparente, les plantes révèlent une intelligence faite d’adaptations, de communication et de résilience.

    Immobiles, mais pas passives

    Actrices discrètes et essentielles, elles conjuguent patiente et inventivité. Certaines plient leurs feuilles au moindre effleurement, d’autres libèrent des parfums pour appeler à la rescousse la cavalerie. Puis, mieux qu’un radar, qu’une intelligence « artificielle » elles ajustent l’orientation de leurs feuilles pour capter les rais du soleil.

    Et même lorsqu’on les enferme dans un simple pot, elles continuent d’incarner ce paradoxe. Miniaturisées, contenues dans quelques poignées de terre, elles n’en demeurent pas moins souveraines. Elles déploient leurs racines, comme des songes invisibles, cherchent la lumière avec une obstination tranquille. Elles ploient face à la pluie, le vent ou s’élancent vers la main qui les soigne. Dans nos salons, comme sur nos balcons, elles deviennent des compagnes silencieuses. Elles nous remémorent à qui veut bien les voir, que la vie aussi rapide soit-elle ne se mesure ni à la vitesse ni au tumulte. Mais c’est la capacité d’habiter le temps avec patience et grâce.

    (Crédits : Caio/Pexels)

    Elles observent, sentent, communiquent via ce réseau de racines et de champignons que l’on compare désormais à un « Wood Wide Web ». Le paradoxe végétal est là. Elles ne bougent pas, mais elles orchestrent le mouvement rapide de la vie tout autour d’elles. Mais comment certaines sont-elles devenues « carnivores » ? L’adaptation à l’environnement. Quant aux légendes urbaines, la Nepenthes rajah serait la plus grande des carnivores. Elle serait capable de faire disparaître un petit mammifère de bonne taille.

    L’endofaune des urnes, championne toutes catégories

    Pourquoi ces plantes nous fascinent-elles ? Parce qu’elles défient nos connaissances. Dans notre imaginaire, chacune est douce, nourrie de soleil, immobile, presque spirituelle. Quand certaines digèrent des moustiques, et pour les plus voraces pourraient engloutir… un rat selon Aaron Elllison. Voilà de quoi mériter un rôle dans un film de science-fiction — et c’est d’ailleurs ce qu’elles ont fait, d’Hollywood (Little Shop of Horrors).

    La dionée attrape-mouche, star des jardineries, ferme ses folioles comme un piège à ressort. On dirait une plante qui a inventé le piège à souris version insectes. Les népenthès, surnommés « plantes-pichets », piègent les moustiques et coléoptères dans des urnes pleines d’un liquide digestif.
    Les droseras, sont plus subtiles. Elles recouvrent leurs feuilles de poils collants qui immobilisent leurs proies. La dionée, elle innove. Ses feuilles se métamorphosent en mâchoires vertes hérissées de cils. Quand une mouche touche deux fois ces capteurs, la plante déclenche son mécanisme. Elle se ferme en moins d’un dixième de seconde. Pas aussi rapide qu’un sprinteur, mais largement suffisant pour un insecte distrait.

    Une stratégie écologique

    Ensuite, la victime est prisonnière d’une trappe hermétique. L’escargot du pot voisin pourra témoigner. Une semaine plus tard, il ne reste de la mouche qu’une enveloppe vide, digérée par les enzymes de la plante. Difficile, après ça, de la regarder sans un petit frisson.
    La plante n’a rien d’un prédateur sanguinaire. Elle ne chasse pas, elle attend. Ce n’est pas Hannibal Lecter version chlorophylle, mais une stratégie de survie. Dans un sol appauvri en azote, comme dans un pot, avaler une mouche, c’est compléter son menu. Psychologiquement, ce qui dérange, c’est que ces plantes franchissent une ligne, entre plantes sages et êtres agités. On leur avait assigné calmement une place dans le monde, et elles nous rappellent qu’elles aussi savent bouger et manger. (Crédits : DR)

    plante, sauvage, roche

    Alors oui, certaines plantes peuvent bel et bien attraper une mouche, et la digérer avec une tranquillité déconcertante. Ne sous-estimez jamais un organisme parce qu’il paraît immobile ou inoffensif. Car, derrière un joli feuillage peut se cacher un piège sophistiqué. La différence entre vous et une dionée ? Vous agitez vos bras pour chasser les mouches. Elle, elle les mange. Au final, c’était elle la plus pragmatique et la plus rapide.

  • Est-ce que l’escargot retombe toujours sur son pied ?

    Est-ce que l’escargot retombe toujours sur son pied ?

    Imaginez un escargot renversé sur le dos, la coquille dressée comme un petit dôme, ses tentacules agitant désespérément l’air. C’est aussi l’image de nos aïeux lorsqu’ils se retrouvent à terre, et que les années durant, leurs corps ont été mis à rude épreuve. La vision pourrait susciter à la fois un sourire attendri et une gêne. Ainsi ce gastéropode, si lent et fragile, serait-il prisonnier de sa propre protection ? La question étonne : l’escargot peut-il réellement se retourner seul ou dépend-il toujours d’un coup de pouce providentiel ?

    Le corps de l’escargot repose tout entier sur un pied musculeux, sorte de semelle gluante qui lui permet de ramper, laissant une route baveuse. S’il n’est pas chargé de famille, il porte tout sur son dos, bien plus que sa maison. À l’arrière, il porte sa maison : une coquille calcaire enroulée en spirale, à la fois son armure et son fardeau. Sous cette coquille, vibre un petit cœur, un poumon rudimentaire. Il fait partie du groupe des animaux ectothermes — à sang froid ne pouvant contrôler eux-mêmes leur température interne —. Hormis un cousin, le Chrysomallon squamiferum, qui défraie la chronique avec sa carapace en fer et ses conditions de vie dantesque.

    Peut-il vraiment se retourner ?

    Cette forme est une combinaison paradoxale. La coquille le protège des prédateurs et du dessèchement, mais devient un handicap dans certaines positions. Contrairement à un chat qui se redresse en une pirouette instinctive, être sens dessus dessous constitue pour l’escargot une vraie difficulté. Est-ce que la cagouille peut se retourner pour retomber sur son pied ? La solution est sans équivoque : « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non… » Une véritable réponse de Normand, car cela dépend de plusieurs facteurs.

    Escargot, gastéropode, nature

    En premier lieu, la taille : en effet, les plus petits ont plus de facilité à basculer. En deuxième, la surface sur laquelle il évolue. Autrement dit, un sol rugueux favorise l’accroche, alors qu’un carrelage lisse augmente la complexité. Puis, viennent la forme et le poids de la coquille. C’est un fait pour tout être vivant, en général. En conséquence, chez l’homo sapiens, plus notre corpulence est imposante, plus il nous est difficile de nous retourner quand nous sommes sur le dos. En ce qui concerne les gastéropodes, pour ne citer que les Bourguignons, les plus gros, très lourds, peinent davantage.

    Ainsi, se retourner n’est pas une capacité universelle, mais un défi écologique et mécanique variable selon l’espèce et les circonstances.

    Comment procède-t-il ?

    Quand les conditions s’y prêtent, l’escargot met en place de véritables stratégies. Il opère par un mouvement de balancier, en contractant son pied musculeux pour générer de petites secousses. Mais uniquement avec son pied, la démarche semble perdue d’avance. C’est par l’appui de ses tentacules qu’il augmente ses chances. Les tentacules — que nous appelons ses yeux dans l’enfance — sont plus forts qu’il n’y paraît. Elles peuvent aider à trouver de la stabilité, jusqu’à l’utilisation de brins d’herbe, cailloux, petites irrégularités du sol deviennent ses leviers de fortune, face à l’infortune.

    L’escargot, avec beaucoup d’énergie et une lenteur désarmante, finit parfois par basculer et reprendre sa marche. Mais tous n’ont pas cette chance. Coincé sur le dos, il devient vulnérable. Exposé au soleil, il risque une déshydratation fatale ; immobilisé, il attire l’attention des prédateurs. Ce petit drame biologique explique pourquoi il nous émeut tant. Il paraît aussi démuni que nous le serions dans une situation impossible. (Crédits : Diego G./Pexels)

    Mais saviez-vous qu’il renferme plus d’un tour dans sa coquille ? Son mucus, que nous nommons bave, lui sert à de multiples occasions. Mais qu’il possède la capacité de pouvoir reconstruire sa coquille cassée, ébréchée… jusqu’à une certaine limite, bien entendu.

    Mucus, coquille, boucliers ou handicaps ?

    D’un point de vue psychologique, il est difficile pour nous de ne pas projeter une impression d’impuissance ou même de détresse. L’anthropomorphisme reflète souvent nos propres angoisses existentielles. C’est pourquoi un escargot chaviré devient, à nos yeux, une métaphore miniature de l’être en difficulté. Pourtant, ce que nous prenons pour une faiblesse, cette lourde coquille, est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’évolution. Elle protège contre ses prédateurs, tels que les oiseaux, les hérissons, ou encore la sécheresse. Elle est une forteresse mobile.

    La survie dépend plus souvent de la solidité de l’abri que de l’agilité à se redresser. Le pensionnaire de l’ordre des gastéropodes possède une coquille, un nec plus ultra. Il démontre à lui seul la suite de Fibonacci. Léonard de Pise, plus connu sous le nom de Leonardo Fibonacci, est célèbre par la formule mathématique qui revêt son patronyme.

    Elle est une suite de nombres entiers dans laquelle chaque nombre est la somme des deux nombres qui le précèdent. Mais il est aussi le siège de nombreux symboles. Il porte en lui la spirale, la corne, l’hermaphrodisme, la fécondité, l’humidité, la protection, la renaissance, la résurrection.

    Mucus ou bave ?

    Tout dépend de votre âge. L’eau est piégée dans une structure moléculaire tridimensionnelle, d’où elle ne peut s’échapper, elle devient visqueuse. On évoque le concept de viscoélasticité. Ce mucus offre plusieurs déclinaisons, pour plusieurs occasions : reptation, épiphragme, reproduction, défense, ponte et récolte. Oui de récolte, car la bave d’escargot est utilisée dans des produits de beauté.

    Le mucus de reptation sert à se déplacer — uniquement vers l’avant. Parfois l’escargot se retrouve avec un opercule fin bouchant l’entrée de sa coquille. Il s’agit de l’épiphragme, essentiellement constitué de calcaire afin d’assurer une barrière contre le gel. Le mucus dit de reproduction recouvre le « dard » de l’escargot, et double ses chances de fécondation lors de l’accouplement. En cas de stress, d’attaque, il se recroqueville dans la coquille. Le mucus émis est de type écume très liquide. Hermaphrodite, l’escargot laisse un mucus riche en nutriments qui recouvre le trou où il a déposé son naissain. Les nouveau-nés pourront s’en nourrir lors des premiers jours. Ce mucus a pour fonction essentielle d’optimiser le développement du naissain. (Crédits : Hilal Diken/Pexels)

    Escargot, nature, ascension

    Alors, l’escargot peut-il se retourner seul ? Oui, certains y parviennent avec patience et stratégie, mais d’autres restent piégés, tributaires du sol, de leur poids et parfois d’un coup de pouce venu de l’extérieur. Au-delà de la réponse biologique, ce petit gastéropode nous offre une leçon de vie : la vulnérabilité n’est pas synonyme de faiblesse, elle fait partie des conditions mêmes de l’existence. Et si, en redressant un escargot sur notre chemin, nous n’accomplissions pas uniquement un geste de compassion, mais un acte profondément symbolique — celui d’aider à remettre debout ce qui ne le peut pas seul.

  • The last but not the least (55/55)

    The last but not the least (55/55)

    La pression de l’ensemble du voyage est relâchée dans l’aéronef. Tant et si bien que Flavien passe la majeure partie du vol à dormir. C’est aussi, pendant ce laps de temps où il est bloqué dans un espace réduit, le moyen de faire un récapitulatif du périple. Contrairement aux précédents, pas un seul microbe ou virus n’a voulu accompagner l’aventurier du bout du monde. Si un leitmotiv est nécessaire, le naturaliste sait qu’à la fin de la journée, il roupillera dans son lit… Et ça, ça n’a pas de prix !

    « Le premier trajet en avion d’Auckland à Shanghai s’est déroulé à une vitesse folle. » Flavien a tellement bien réussi à dormir — ce qui n’est pas courant en vol — qu’il n’a pas pu réaliser l’écriture qu’il souhaitait accomplir, avant l’atterrissage à Shanghai. Arrivé là-bas vers cinq heures, avec un départ pour la France à midi et demi, « je n’ai pas le temps de visiter la ville comme j’avais pu le faire à l’aller. Alors, je m’installe dans un hall après avoir traversé cet énorme aéroport, désert à cette heure-là. »

    Le retour, tant attendu au bercail

    « D’ailleurs, l’une des grandes chances de ce voyage tient dans le fait que je n’ai pas été malade une seule fois. J’en ai pourtant bu de l’eau des rivières, subi des chocs de températures… À croire que la bonne étoile était au-dessus de moi. » Durant cette période, l’aventurier s’occupe à parcourir les lignes du livre : Above the Treeline. Installé sur son siège en partance pour Paris, « je sors l’autre — Ghosts of Gondwana — que je dévore de nombreuses heures. Je ne réussis pas à ferme l’œil comme sur le précédent vol. » C’est la première fois que Flavien lit aussi longtemps en anglais.

    « Ça demande une concentration de chaque instant. Ce qui est loin d’être une lecture reposante. » Parfois, sans sommation, la fatigue l’emporte, et le naturaliste s’endort du sommeil du juste. « J’ai même loupé un repas qui me sera apporté un peu plus tard. »

    Après avoir atterri à l’aéroport Charles de Gaulle à 18 h 30, avec une demi-heure de retard, « je crains pour mon train qui part de la gare Montparnasse à 19 h 50 pétantes. » Comme on dit, que le bonheur ne vient jamais seul : « Mon bagage met du temps à arriver ».

    Vingt minutes de retard, et quarante euros plus tard

    C’est alors qu’il s’engouffre dans le RER B, puis entre dans une rame de métro, mais le retard ne se rattrape jamais. Arrivé à 20 h 10, « je réserve une place dans le dernier train. Il part à 21 h. Dans cette expérience, je dépense quarante euros… mais ce soir, je dors dans mon lit. »

    L’aventurier du bout du monde résiste tant bien que mal à l’appel du téléphone pour faire le point sur sa pérégrination. « Avec toutes ces aventures loin de la maison, je ne mesure pas encore la chance que j’ai eu. De l’opportunité dont j’ai pu profiter en voyageant. Aujourd’hui, je prends l’avion comme ma voiture, grommelle-t-il. Ça doit rester exceptionnel.  »

    Flavien prend alors une respiration lente et profonde, dite diaphragmatique. Elle ponctue d’une pause sa réflexion, comme une ronde. « Je n’ai pas envie de consommer les périples, comme au fast-food. Il faut que ça subsiste un événement. De toute façon, ce voyage a terminé de me ruiner, il me sera difficile de repartir très prochainement. Je suis pauvre de patrimoine, mais je suis riche de découvertes et de rencontres. » (Crédits : Adrien Olichon/Pexels)

    L’introspection continue. « Dans l’ensemble, je crois que ce voyage a été moins rempli d’imprévus que l’année dernière. Il demeure plus passionnant d’un point de vue naturaliste, mais après tout, quel est l’intérêt de comparer ! J’espère — et je souhaite — que l’existence puisse encore m’offrir de nouvelles aventures. Qui sait, cette fois, elles seront peut-être partagées. » Le retour à la vie civile semble être comme ces sous-mariniers qui foulent la terre ferme après de long mois de navigation. « Postuler à Gough Island ? Trouver un job en Nouvelle-Calédonie ? M’inscrire à des cours de voile ? Reprendre mon quotidien en métropole ? » Il y a pléthores de questions qui se bousculent au portillon. « En attendant, quelle chance j’ai eue, avant mon 27e printemps, de découvrir toutes ces contrées australes que je ne soupçonnais même pas, il y a quatre ans. »

    FIN

  • Voir l’île Rangitoto et s’envoler (54/55)

    Voir l’île Rangitoto et s’envoler (54/55)

    En ce dimanche 16 février 2025, Flavien s’enquiert de pain et de viennoiseries. Mais, chaque pays possède ses us et coutumes. Si en France, la majorité des bourgs se charge d’une bonne odeur de pain chaud, même le matin, ici l’aventurier du bout du monde rencontre des difficultés. Puis, il embarque vers l’île volcanique de Rangitoto, sa dernière visite sur une terre néo-zélandaise. Mais un autre cadeau l’attends, comme lors des ultimes kilomètres avant de retrouver son nid douillet, sa maison, son lit.

    Il n’est pas encore huit heures à sa montre que Flavien est déjà debout. Un mélange d’effervescence, d’envies de découverte apparaît. « Je prépare mon sac pour partir sur Rangitoto Island, dans le golfe d’Auckland. » Mais avant d’arriver au quai d’embarquement pour 8 h 45, « je passe acheter du pain et des cookies. Il n’est pas aisé de trouver quelque chose d’ouvert aussi tôt un dimanche matin. » Après une demi-heure d’attente, où il aura fallu biosécuriser les chaussures : « j’embarque ».

    Une rencontre volcanique

    Le temps s’assombrit. « Ils ont annoncé de la pluie pour aujourd’hui », indique l’aventurier déjà au fait des prévisions météorologiques. « Après une vingtaine de minutes de ferry, nous débarquons sur l’île. J’en ai foulé des volcaniques — Amsterdam, La Réunion, l’Ascension — mais celle-ci, avec 600 ans d’âge, est la plus jeune de toutes. » Un détail que tout naturaliste observe, contrairement à tout un chacun, « toutes les scories n’ont pas encore été colonisées par les plantes ». La forêt est relativement jeune et clairsemée, remarque-t-il. « Je me dirige, comme des dizaines d’autres, vers le sommet, plutôt bas — 260 mètres — pour une île de cette taille — 23 km2 —. La montée n’est pas bien compliquée, mais il y a quand même des randonneurs au bout de leur vie… »

    Là-haut, le panorama sur Auckland est imprenable malgré les quelques ondées marines qui obscurcissent partiellement l’horizon.

    Malgré une météo instable, le naturaliste reste sec pour le moment. « Sur le chemin descendant vers les grottes de laves qui se traversent sur quelques dizaines de mètres, je sortirais le téléobjectif pour photographier des oiseaux, comme le saddleback, déjà vu auparavant. »

    En milieu de journée, Flavien se pose pour manger son dernier et habituel en-cas. Vous l’aurez sans doute deviné, à force de lire ces quelques lignes : du pain et du brie. Une fois repu, il reprend le cours de sa marche. Avec un clin d’œil amical et amusé de la nature néo-zélandaise à l’aventurier, « j’enfile mon ciré avant que la pluie ne s’arrête aussitôt ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Comme à son habitude, il préfère les sentiers peu fréquentés et vides de personnes. « J’ai pris des chemins bien différents des autres, je ne croise plus beaucoup de monde. » En début d’après-midi, il déniche l’unique pied de Psilotum nudum. « C’est une fougère primitive que je n’ai observée qu’à La Réunion avant ça, je suis content. » Il est 14 h 15, et, pour rejoindre l’embarcadère, Flavien doit parcourir cinq kilomètres et demi. « Je presse le pas, le bateau nous récupère à 15 h 45. »

    Sûr de lui, il s’octroie une petite pause sur une plage de sable noir où il observe le Martin-pêcheur de Nouvelle-Zélande. « Il est bien moins grand que celui de Patagonie », ajoute-t-il.

    La route du bord de mer est plate et large, donc longue… Les mangroves poussent directement sur la lave : « C’est étonnant et unique, paraît-il ».

    Après un rythme effréné, « j’arrive avec vingt minutes d’avance sur l’horaire. » Peur de louper le ferry ou envie de battre un record, l’aventurier se repose dans un abri. « Je suis rincé de ma dernière grande marche en Nouvelle-Zélande. » Les conditions de navigations ont changé. La houle se forme, le bateau danse la gigue. « L’embarquement est compliqué pour certains. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les conditions climatiques depuis l’île d’Amsterdam, le voyage en Amérique du Sud et la Nouvelle-Zélande ont eu raison de ces écouteurs. « J’en achète de nouveau, et du poulet pané pour ce soir. » L’aventurier ne se voit pas durant presque une journée entière sans pouvoir s’isoler à l’instar des grands compétiteurs. De retour à l’auberge, « je prends une douche et je ne peux résister à Morphée. Je ne sais pas pourquoi je suis tant crevé, j’ai fait bien pire, sûrement le relâchement… » Après le repas, il discute via de nombreux messages pour préparer son retour, évoque-t-il. Il est minuit passé du quart d’heure poitevin, quand il ferme les deux yeux à la fois.

    Un (dernier) petit tour et puis s’en va…

    Pour le dernier réveil sur cette partie du globe, Flavien prend le soin de s’offrir du temps. L’aéronef ne s’envole qu’à vingt-deux heures. « Ce matin, comme hier, je ne suis pas pressé. D’ailleurs, je n’ai rien prévu. » Émergeant tranquillement, il sort à petits pas d’un état mélange de lassitude, de fatigue et de besoin de revenir sur les terres lavaucéennes.

    Chaussure, pied, usure

    « J’émerge doucement, je réponds à quelques messages et termine la préparation de mon sac. » Il s’offre une ultime douche jusqu’à son retour à la maison. La course au billet de banque souvenir s’enclenche. Comme un au revoir, « je passe une dernière fois au New World pour acheter mes habituelles viennoiseries, je payerai en cash pour avoir un billet de cinq NZD, mais celui qui ressort est gribouillé, pas de chance. »

    Seul au milieu de gratte-ciel, après avoir mangé, il met le cap vers le musée maritime. Une aspiration de connaissance, histoire et culture générale, se termine à 16 h 15, après deux heures pleines et entières de visite.

    Cinq dollars néo-zélandais en poche

    Il est temps ! Temps de dire véritablement au revoir à la Nouvelle-Zélande. « Je me déplace, comme un vieil habitué, dans l’équivalent d’un RER pendant 40 minutes avant d’emprunter un bus jusqu’au terminal international. » Une fois sur le lieu, il scinde son chargement en trois. Un pour la soute, le matériel photo avec lui en cabine, et un dernier cartonné pour y mettre les livres achetés avant-hier.

    Il est 19 h 30. « Je passe la douane et la sécurité avant d’arriver au Duty Free. J’aimerais y retrouver un billet de cinq dollars propre et pourquoi pas un de dix. » Aucun magasin ne se montre coopératif. « Je retire alors 50 NZD à un ATM. » Puis, avec cette somme en poche, Flavien revient dans une boutique pour le scinder en petites coupures. « Mes billets de cinq et dix dollars néo-zélandais en main, je pars au bureau de change pour récupérer le tout en euros. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé en salle d’embarquement, l’attente est courte, tout s’enchaîne parfaitement. « Je monte alors dans l’avion. C’est mes derniers pas sur cet incroyable pays que j’ai eu la chance de fouler, de son point le plus méridional à son point le plus septentrional. Installé, j’ai hâte qu’ils passent avec le repas, car j’ai très faim après le tout petit en-cas du midi. » À suivre…

  • À la conquête de livres et de souvenirs (53/55)

    À la conquête de livres et de souvenirs (53/55)

    Pour une fois, Flavien s’offre une véritable grasse matinée. Bien qu’il se soit endormi préoccupé du lendemain, la nuit fut agréable et reposante. Il décide, fort à propos, de lâcher prise. Lâcher-prise sur l’organisation de ces derniers moments, il opte pour l’achat de souvenirs. C’est donc le costume de touriste que le jeune homme enfile de bon matin, avec la panoplie qui va avec. Mais une journée sans se rendre au New World, est une journée sans viennoiseries, ou comme un Français sans fromage… quoique…

    « Mon réveil sonne à neuf heures. J’ai déjà les yeux grands ouverts, mais je profite jusqu’au bout. » Faute d’occupation malgré les recherches intensives, c’est donc en position de touriste que le naturaliste se positionne. « Je dédie cette journée à l’acquisition de souvenirs pour la famille », souligne Flavien. Mais : charité bien ordonnée commence par soi-même. « Et à l’achat des livres avec lesquels j’aimerai revenir », conclut-il.

    À fond, à fond… mais pas trop vite

    C’est donc à onze heures — oui, je sais. Mais aujourd’hui, je profite — qu’il file au New World pour acheter des viennoiseries et quelques ciabattas pour ce midi. Ce pain blanc d’origine italienne se décline avec différents ingrédients, tous les plus appétissants que les autres. Car tout au long de son périple en terre maori, c’est bien la première fois qu’il ne se plaint pas de ce qu’il mange. Difficile de comparer la gastronomie de son pays avec celui dont nous sommes l’hôte.

    « Je prends la direction d’une première librairie située sur le front de mer, en centre-ville. » Une fois sur place, le naturaliste ne voit aucun des livres escomptés… que des romans. « C’est mal barré », souffle-t-il. Le vendeur lui confirme qu’il n’a pas en rayon les deux livres recherchés : Above the tree line et Ghost of Gondwana. C’est donc via une marche de deux minuscules kilomètres, qu’il se rend auprès d’une librairie excentrée. Sa stupéfaction est de taille à son arrivée. « Elle me paraît vraiment toute petite, j’ai peur d’avoir fait le chemin pour rien. »

    Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais juger un livre à sa couverture ?

    Ce à juste titre, car qu’elle n’est pas sa surprise à son entrée dans cet antre de la culture. « Une étagère entière est dédiée aux livres naturalistes. Je trouve la plupart des références que j’avais repérées dans les différentes librairies ou muséums. » (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Comme lorsqu’un gourmand entre dans une pâtisserie, ou une fromagerie, il faut effectuer une sélection terrible, mais nécessaire. « D’autres livres me font de l’œil, mais les deux choisis coûtent déjà 150 NZD et pèsent lourds. Je dois penser à mon porte-monnaie, qui, lui, s’allège, et au poids de mes bagages dans l’avion… » Flavien explique avoir tenté d’acheter l’un des deux avant son départ en Nouvelle-Zélande. « Il ne se trouvait que dans une librairie anglaise pour un prix de près de 200 €. »

    Estomaqué, l’aventurier ressort plus léger de quelque monnaie, mais empli d’une satisfaction pleine et entière. « Je n’aurais pas imaginé que ce soit aussi simple. » Il est à peine midi et demi lorsqu’il passe le seuil de la librairie, laissant derrière lui le carillon de la porte. Les livres au fond du sac à dos. Il file au parc visité il y a deux mois Auckland Domain : le Pukekawa.

    Oh surprise ! « Ce week-end, Auckland est terre d’accueil d’une étape de la coupe du monde des fameuses caisses à savon RedBull », s’amuse Flavien. Durant les présentations et interludes, le touriste se régale des danses maories. « L’ambiance est agréable, je me laisse tenter, pensant ne jamais revoir ça. »

    Course de caisses à savon

    Durant près de deux heures, il se régale. « Il y a du monde tout au long du parcours. Ce n’est pas facile de dégoter une place », reconnaît-il. It’s bucketing down, commentent des Néo-Zélandais. Littéralement, ils tombent des seaux. « N’ayant pas de ciré, je dépose mes livres à l’auberge à trois petits kilomètres. »

    Vient à Flavien l’une des choses les moins aisées pour le naturaliste : choisir des cadeaux souvenirs. « Je visite trois boutiques pour dénicher mon bonheur. » La soirée s’écoule à trouver une occupation pour les deux ultimes nycthémères. « J’ai vraiment envie de découvrir la grenouille de Nouvelle-Zélande — Leiopelma —, cherchée en vain la semaine dernière », se languit l’aventurier. La seule qu’il veut voir ici, et qui se dérobe malgré ses investigations. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Mais c’est un déchirement qui, enjoint à la fatigue physique, atteint le baroudeur. « Je n’arrive pas à trouver d’endroit précis pour la voir. En plus il n’y a pas de transports pour s’y rendre, les voitures de location sont financièrement inabordables au dernier moment. Il va falloir accepter que je reparte sans l’observer », s’attriste-t-il. Demain, écoutant les conseils des deux femmes rencontrées à de Tiritiri, « je visite Rangitoto Island. » Après du rangement, à quelques heures du retour, Flavien est las. « Ce soir, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la Nouvelle-Zélande, il me tarde désormais de rentrer ». À suivre…

  • L’île Tiritiri Matangi pour la fin du voyage (52/55)

    L’île Tiritiri Matangi pour la fin du voyage (52/55)

    Alors qu’il ne reste que cinq petits jours avant le terme du périple néo-zélandais, l’aventurier du bout du monde se réserve un mets de choix pour la fin. Un sanctuaire, un lieu préservé : l’île Tiritiri Matangi. La quintessence de son voyage sur quarante-huit heures. Ce sanctuaire insulaire abrite une gamme inégalée de faunes sauvages. Un paradis accessible seulement par le ferry spécialement affrété, et 90 NZD. Mais, cerise sur le gâteau, Flavien a la chance qui lui sourit — une fois encore — il y a deux semaines, quand il réussit à retenir une nuit sur place.

    « C’est un jour mémorable », affirme Flavien avec joie. Sur un conseil appuyé de Fabrice, le naturaliste réserve la visite de ce lieu saint. « Je me suis octroyé cette île sanctuaire pour le terme du voyage. » La chance m’a souri, glisse-t-il malicieusement. « Il y a deux semaines, j’ai réussi à organiser une nuit là-bas pour 45 NZD dans la hut du DOC. » Une planification mesurée de la fin de son périple pour que ça concorde avec cette date, la seule disponible.

    Les sept fantastiques sous l’œil de Flavien

    « Ce matin, après avoir déposé quelques effets à l’auberge — car je n’ai besoin que de mon duvet — je prends la direction du ponton d’embarquement sur le front de mer en plein centre-ville. » Avant tout, il faut une nouvelle fois biosécuriser l’ensemble de ses affaires. Puisque cette île est exempte de prédateurs depuis plusieurs décennies. C’est d’ailleurs une des fiertés des Néo-Zélandais. « En termes de conservation, de nombreuses espèces rares y trouvent l’un de leurs derniers refuges. »

    Un peu plus d’une heure de navigation est nécessaire pour rallier cet endroit insulaire. En chemin, le naturaliste observe quelques puffins, quelques fous austraux et même quelques manchots pygmées. « Il y a beaucoup de monde sur le bateau, mais la plupart reparte avec le ferry pour 14 h 40. Seule une dizaine d’individus sont autorisés, comme moi, à dormir sur l’île chaque nuit. »

    À peine débarqué que l’ambiance sonore est incroyable. Bien plus encore que Zealandia ou Ulva Island, les sanctuaires précédemment visités par le baroudeur. « J’essaie de m’écarter de la foule, en vain, au vu du nombre de personnes descendues. »

    Alors, Flavien se rend à la hut pour y déposer ses affaires et se restaurer. « Je rencontre les autres passionnés de nature qui vont dormir là cette nuit. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux femmes habituées lui donnent de précieuses suggestions pour trouver « les quatre espèces que je suis venu observer. À savoir Kokako, Takahē, Gecko de Ducaucel et surtout le Wētā punga (Giant Weta). Le plus gros insecte du monde qui serait visible de jour contrairement à ses cousins ». Suivant à la lettre les conseils avisés, « J’emprunte le sentier de la côte est. Le plus long, donc délaissé par les touristes descendus ce matin ». Après un peu plus de quinze minutes de marche à scruter la canopée des petits arbres « je trouve mon premier Giant Weta. Comment je suis heureux ! »

    Comme le collectionneur, le naturaliste a enfin vu tous les types de Weta. Le premier observé est un mâle. Il est plus petit, mais quelques encablures plus loin, je trouve une femelle. « Elle peut peser jusqu’à deux souris et faire onze centimètres de long. » Affublé de son téléobjectif, il mitraille tel un paparazzi.

    « Quand je m’approche, ils lèvent les pattes arrière pour paraître plus impressionnants encore. » Il joue à l’acrobate pour tenter de se placer au plus près. Juché sur un promontoire, il perçoit du bruit.

    Flavien, surpris dans sa concentration, perd l’équilibre saute à la hâte et se réceptionne mal. « J’ai peur de m’être blessé à la cheville droite. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Fort heureusement, elle ne gonfle pas, mais la douleur est persistante à chaque pause. « Je continue lorsqu’au milieu de l’île, j’observe mon premier couple de Kokakos (Glaucope de Wilson). » Ces oiseaux très rares aux magnifiques joues bleues ont échappé de peu à l’extinction. « Il y aurait 70 tandems ici, mais je n’en reverrais pas de la journée. »

    Après avoir effectué un tour complet, où l’on peut voir de magnifiques baies vierges, le naturaliste revient à la hut. Les visiteurs sont repartis. L’île est véritablement plus calme, les oiseaux encore plus nombreux.

    « Malgré cela, je ne déniche pas le Takahē, l’un des emblèmes de la Nouvelle-Zélande. » La nuit s’annonce courte, plus une sieste qu’autre chose. Flavien se repose, recharge ses batteries, comme celles de son appareil photo. « Je discute avec un volontaire qui œuvre ici depuis 40 ans. Il me donne plein de petits trucs et astuces, en particulier l’endroit où trouver les geckos. » Après avoir englouti des pâtes au thon et pesto rosso, Flavien honore son rendez-vous avec l’étoile qui se situe dans le bras d’Orion. « Je vais voir le coucher de soleil sur le point haut de l’île, c’est magnifique », acquiesce le poète. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Puis la nuit tombée, tous ceux qui dorment ici se dispersent sur l’île à la recherche des trésors à la frontale : Kiwi d’Owen, Totara, Gecko, Weta. « Mon premier sera le Kiwi. Oui, j’ai réussi à voir le kiwi une seconde fois ! » La rencontre sera beaucoup plus fugace que la précédente. Il est impossible à Flavien de le photographier avec lumière rouge. Je garde le souvenir pour moi cette fois, se confie-t-il.

    « Je continue mon chemin et trouve mon premier et unique centipède. Un mille-pattes géant et impressionnant, qui se cache sous une écorce, pas facile de lui tirer le portrait. »

    Durant une heure, Flavien arpente par monts et par vaux en vain… Jusqu’à l’apparition, d’un Totara, « le Sphénodon que j’ai vu à Zealandia, produit un boucan pas possible dans les feuilles ». Il réussit, tant bien que mal, à en extraire quelques clichés. « Il me semble stressé, je n’insiste pas. »

    Il est bientôt minuit, sa frontale est toujours chargée, alors il persévère. « Voici que se montre le Wētā punga à quelques centimètres de moi, c’est énorme comme bestiole. » Le naturaliste le photographie sous toutes les coutures. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Puis, en clôture de cette incroyable journée, il débusque cinq minutes plus loin, un gecko posé sur sa branche. « On m’a dit qu’ils se cachaient à la lumière blanche… mais en fin de compte, je réussis à faire des photos sans trop l’incommoder. » Sur la crête, le naturaliste en croise finalement des dizaines, situés dans les souches de Phornium tenax.

    En fait, séjourner la nuit sur l’île, c’est plus une grosse sieste qu’autre chose, affirme Flavien d’un œil. « C’est l’un des derniers groupes taxonomiques à apercevoir ici avec la grenouille que je n’ai toujours pas vue », commente le naturaliste.

    La mission est accomplie. Il est à présent une heure passée de trente minutes, quand l’aventurier va se enfin coucher.
    « J’ai des étoiles plein les yeux, quelle île ! »

    Mais pour pouvoir profiter du chant auroral des oiseaux, il faut se lever véritablement tôt. « Demain matin, le réveil est prévu avant 6 h 30. Que la nuit s’annonce courte », anticipe Flavien.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « La faune sauvage de Tiritiri Matangi est un mélange de créatures qui sont arrivées ici d’eux-mêmes, ou ont été transférées d’îles voisines, telles que Te Hauturu-o-Toi/Little Barrier Island. Cela a fondé une population qui reflète principalement ce que les habitants d’origine auraient été. » Alors, si le cortège faunistique est multiple, les chants qu’il pourrait entendre sont issus des Takahē, Mātāta, Kōkako, Pōpokotea, Pāteke, Ruru, Titipounamu, Toutouwai, Hihi, Kiwi Pukupuku, Tūī.

    Une symphonie comme réveil-matin

    « Ce matin, la levée du corps est à 6 h 25. » Tous les pensionnaires de chambrée sont déjà partis sur les chemins. « Sur la route pour rejoindre les forêts, je crochète via une prairie espérant voir le Takahē de bon matin. Et cette fois-là la chance me sourit ! »

    Un couple et son petit sont là, juste devant Flavien, à chercher de la nourriture dans les basses herbes. « Je me couche et les observe tout un moment. Je ne les dérange pas du tout, c’est même eux qui s’approchent de moi. Quelle chance ! »

    Cette espèce considérée disparue a été recouvrée au milieu du siècle dernier. Quelques individus sont retrouvés dans une vallée retranchée du Fjordland. Ils ont échappé aux prédateurs introduits. « Il n’en restait alors qu’une centaine. Depuis, la population a doublé grâce aux différents programmes de conservation, d’ailleurs, quinze d’entre eux sont visibles sur l’île. » Les lumières aurorales sont géniales pour les photos, glisse Flavien pour ne pas déranger le jour se levant. « J’ai loupé la symphonie du matin, mais, pour voir le Takahē, je n’ai aucun regret ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    N’ayant pas déjeuné, il revient à la hut pour prendre les quelques cappuccinos qui lui restent. Puis, l’aventurier du bout du monde marcher sans objectif, ni but précis, il profite avec simplicité de cet instant. « Je me laisse la nature me surprendre. Je fais à nouveau le tour de l’île et j’ai la chance de découvrir deux différents Takahē ainsi que quatre nouveaux Kokakos. »

    Il est bientôt midi à sa tocante. « Je passe donc à la boutique — ouverte seulement lors de la descente des visiteurs — pour acheter des souvenirs. » Après avoir terminé le bout de fromage et de pain, il fait son sac et ramasse toutes ses affaires.

    Jusqu’au départ du ferry à 14 h 40, Flavien est un véritable Backpackers. « Je découvre encore des chemins que je n’ai pas empruntés, c’est un vrai labyrinthe, cette île. » Après près plus de trente kilomètres sur ce paradis, Flavien débarque en ville vers 16 h 30.

    Le simili de nuit accumulé à la fatigue du voyage à raison de Flavien. « Je suis crevé. Après une douche, je fais une sieste. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La soirée s’annonce. Il sort s’acheter une pizza, « petite et pas dingue encore une fois, que j’aurais mangé dans un parc en centre-ville ». Puis, il se creuse l’esprit pour rendre ses derniers moments ici, en Nouvelle-Zélande, inoubliables. « Je n’arrive pas à me décider, à savoir comment occuper mon week-end… en plus, les locations de voiture à la volée sont exorbitantes. » À suivre…

  • Qui est le plus rapide : le mimosa ou la limace ?

    Qui est le plus rapide : le mimosa ou la limace ?

    Imaginez un stade minuscule, à l’échelle du tout petit, où s’opposent deux concurrents totalement improbables. D’un côté, la limace, championne incontestée de la lenteur. De l’autre, une plante, le Mimosa pudica, surnommé « la sensitive ». Un duel absurde, pensez-vous, un animal contre un végétal. Et pourtant, la question peut intriguer. Qui mérite vraiment le titre de plus rapide ? Pour le comprendre, il faut abandonner nos réflexes anthropocentrés et croiser la zoologie avec la botanique pendant quelques secondes.

    Ici on ne mesure pas la rapidité en mètres par seconde, mais en fractions d’instant. Dans un face-à-face improbable, entre une limace, symbole universel de lenteur, et une plante capable de replier ses feuilles à la vitesse de l’éclair. Derrière ce duel (en apparence) absurde se cache une leçon fascinante sur le vivant, ses stratégies, et nos idées reçues sur le mouvement et la performance.

    Le mimosa, une plante qui se bouge

    Originaire des régions tropicales d’Amérique du Sud, le Mimosa pudica, pour les intimes, fascine les naturalistes depuis le XVIIIe siècle. Contrairement à l’image que l’on se fait des plantes, il replie ses feuilles au moindre contact, au moindre danger. Touchez-le du bout du doigt et, en moins de temps qu’il faut pour cligner de l’œil, les folioles se ferment sous votre regard.

    Mimosa, musique, partition

    Mais comment fait-il ?
    Ce mouvement spectaculaire est hydraulique. Lorsqu’une feuille est stimulée, la pression interne dans certaines cellules — la turgescence — chute brutalement. À l’instar des yeux d’escargots une fois touchés. Ce mécanisme, documenté en physiologie végétale, constitue une stratégie de défense. En se flétrissant, la plante donne l’illusion d’être malade ou peu appétissante, ce qui décourage certains herbivores.

    Face à cette vivacité, la limace fait figure de marathonienne. Dépourvue de pattes, elle se déplace grâce à des contractions ondulatoires de son large pied. Elle avance sur un tapis de mucus, élément indispensable pour réduire les frottements et protéger son corps fragile. (Crédits : Van3ssa_/Pixabay)

    Mais, elle affiche une vitesse moyenne impressionnante. Son oscillation produit un mouvement, qui la propulse d’un à trois centimètres par seconde, soit environ deux mètres par heure. Autrement dit, si vous déposez une feuille de salade dans un jardin, elle finira par l’atteindre… mais à son rythme. La limace avance lentement, lentement, mais elle se déplace. Ce que le mimosa, solidement enraciné dans votre espace vert, ne fera jamais au sens littéral.

    La plante sensible et la lenteur incarnée

    Alors, qui gagne ? Tout dépend de ce que l’on appelle « rapidité ». Sur le plan de la réaction, le mimosa est imbattable. Son mouvement se déclenche en une fraction de seconde, bien plus vite qu’aucune progression de limace. Mais si l’on parle de déplacement réel, la limace demeure la seule véritable participante. Elle évolue, même si c’est à la cadence de son horloge biologique. Donc, sur le long terme, la limace finit toujours par prendre ses distances.

    Pourtant, le paradoxe paraît savoureux. Une plante peut sembler plus rapide qu’un animal emblématique de la lenteur, mais uniquement à l’échelle de l’instant. En effet, sur le long terme, la limace finit toujours par s’éloigner de son point de départ. C’est alors que nos préjugés comme nos perceptions nous trompent. En quoi cette comparaison peut-elle nous fasciner ?
    Parce qu’elle bouscule nos repères. Dans l’imaginaire collectif, une espèce végétale est synonyme d’immobilité absolue. Le mimosa contredit ce cliché par sa vivacité inattendue. À l’inverse, la limace symbolise la lenteur extrême, presque la patience incarnée.

    En psychologie de la perception, ce décalage révèle un biais bien connu : nous associons spontanément la vitesse au déplacement visible. (Crédits : MolnarSzabolcsErdely/Pixabay)

    Limace, plante, verte

    Lorsqu’un organisme supposé immobile se met à bouger « à toute allure », il devient immédiatement extraordinaire à nos yeux. Chacun, dans son registre, joue un rôle essentiel. Le Mimosa pudica ne cherche pas la performance, mais sa survie. Son mouvement rapide est une ruse défensive. La limace, quant à elle, participe activement au grand cycle du vivant, à sa vitesse. En décomposant feuilles mortes et matières organiques, elle nettoie les sols et contribue à leur fertilité.

    Hérisson, nature, verdure

    Puis sers de déjeuner ou dîner aux prédateurs que sont le crapaud, l’orvet, le staphylin odorant, la grive musicienne, les canards, les volailles, le ver luisant, les carabes et le hérisson, pour lui et ses choupissons. Cette confrontation imaginaire entre deux règnes souligne une évidence : la vitesse n’est jamais gratuite. Elle répond toujours à une logique évolutive et écologique.

    Alors, le mimosa est-il plus rapide que la limace ? Oui, si l’on considère la fulgurance de sa réaction. Non, si l’on parle de locomotion. En réalité, ce duel est un faux combat. L’un bouge vite sans changer de place, l’autre se déplace lentement mais sûrement. Peut-être est-ce là la véritable leçon : dans le vivant, la performance importe moins que l’adaptation. Et la rapidité, comme la lenteur, n’a de sens qu’au regard de la stratégie de l’espèce. (Crédits : Alexas_Fotos/Pixabay)

  • Quand tout s’écroule autour de vous (51/55)

    Quand tout s’écroule autour de vous (51/55)

    Malgré la déconvenue, le manque de place pour étendre ses jambes, son ultime nuit sur le siège passager n’aura pas été si terrible, bien au contraire. Il profite du Wi-Fi de son supermarché préféré, le New World, pour extérioriser son expérience de la veille. C’est aussi la recherche d’un magasin spécialisé pour une hypothétique récupération des photos et surtout une autre carte mémoire. Mais il doit restituer son véhicule de location avant de filer vers son dernier lieu de découverte : Tiritiri Matangi Island.

    À deux jours de la Saint-Valentin, Flavien pense bien à autre chose. « La nuit n’a pas été si mauvaise que ça. » Le réveil du corps s’effectue à sept heures. Profitant du peu de monde à cette heure matinale, « je fais le plein de carburant. » C’est aussi l’occasion pour donner quelques nouvelles et expliquer ce qui lui est arrivé la veille au soir : « J’ai besoin d’extérioriser ».

    Quand la technique vous lâche, une seconde fois

    Comme tout un chacun, il parcourt l’internet à la recherche d’expérience dite utilisateur. « J’ai besoin de me rassurer. Je lis des lignes contenues dans des pages de sites web et blogs relatant mon problème et proposant des solutions : comment récupérer des photos sur une carte SD. » Cette recherche vaine, il change de siège pour sillonner les trois heures en direction de l’agence de location. « Je ne prends pas la portion de route payante aujourd’hui, j’ai du temps devant moi. » C’est à onze heures qu’il arrive.

    « À l’agence, je range le bazar accumulé dans la voiture. » Si bien qu’une demi-heure s’égraine avant qu’il use du Wi-Fi pour réserver une auberge. « Aujourd’hui je change pour dénicher un endroit avec de meilleures douches. » Étant devenu piéton, il s’offre un périple de près de deux heures de bus pour rejoindre le centre-ville et son inédite demeure d’un soir : SilverFern Backpackers.

    « Cet après-midi, je dois impérativement trouver une nouvelle carte mémoire… mais aussi un chargeur pour mes batteries d’appareil photo, car il m’a lui aussi lâché il y a deux jours. » Une seule est chargée sur les deux, ce qui ne suffira pas, bien que le voyage soit bientôt terminé. Flavien déniche un magasin en centre-ville où il dégote ce qu’il recherche, mais rien pour la carte SD, mis à part lui donner une adresse.

    « Là-bas le gérant n’est pas très motivé et ne semble pas très compétent. Il essaye quand même de tester ma carte, mais me dit qu’il n’y a rien à faire, je n’insiste pas par peur qu’il efface tout. »

    La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la lessive, qui s’effectue dans une laverie automatique. « Je passe au supermarché pour acheter mon repas de ce soir — riz au saumon — et de la nourriture pour les deux prochains jours sur l’incroyable île de Tiritiri. Elle a été recommandée par Fabrice Le Bouard ».

    Autant mettre le temps à profit. « Je prends une douche, pendant que la machine fait son office. »

    (Crédits : Eugene Golovesov/Pexels)

    Les émotions de la fin d’un voyage font ressurgir des angoisses. Ainsi, un mélange de solitude et d’oppression vient habiter l’aventurier du bout du monde. Une chose qui, à quelques jours près, le touche en 2024 lorsqu’il était à Punta Arenas. La fatigue, l’inquiétude sur l’avenir de ces quelque 8000 photos jouent dans la balance des émotions. « Comme l’année dernière, au même nombre de jours je crois, je n’arrive pas à rester en place, dans la douche, par exemple, sans me sentir oppressé. » J’ai donc passé un appel téléphonique d’une heure, souffle à demi-mot Flavien. « Ça m’a fait du bien, j’ai pensé à autre chose l’espace d’un instant. » À suivre…

  • Une véritable catastrophe numérique (50/55)

    Une véritable catastrophe numérique (50/55)

    La journée s’annonce plus que chargée. L’aventurier, en ce mardi 11 février 2025, va vivre les sensations dignes de montagnes russes émotionnelles. Si le réveil somme toute programmé à 7 h, c’est à ce moment que Flavien prend la poudre d’escampette. Aujourd’hui, il part à la rencontre de la faune et de la flore. Les vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande au cœur de la grotte de Waipū Caves. Ensuite il a rendez-vous avec le maître de la forêt Waipoua. L’un des plus grands de son espèce, avec quatorze mètres de circonférence pour cinquante de haut : le Tāne Mahuta.

    « J’ai passé une journée bien remplie, mais je ne m’attendais pas à cette conclusion », se lamente Flavien. Elle commence tôt lorsqu’il décampe à sept heures, en se dirigeant vers Waipū Caves. Elle est une grotte où il est censé observer les fameux vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande : Arachnocampa luminosa. Sans doute la plus connue est Waitomo Glowworm Caves. Elle affiche un prix d’entrée à 81 NZD, et elle est bondée de touristes, tout pour plaire à Flavien. « Celle-ci — Waipū Caves — est gratuite », sourit-il.

    Un p’tit jeune de 2000 ans

    Après une demi-heure de route et piste en bon état, il est en sécurité. « Arrivé là-bas, je croyais marcher deux kilomètres, mais finalement, l’entrée était à même pas cent mètres du parking. » Un nombre conséquent de vans y sont stationnés. « Je suis le premier de la journée à m’y rendre », affirme l’aventurier. Ce qui est parfait pour le réjouir. Tenue adéquate, frontale en place « je commence l’exploration de cette grande grotte ». Il parcourt l’entièreté à l’aveugle. « Je ne les trouve pas », se languit-il.

    Pour poursuivre, il décide d’ôter ses chaussures. Donc, en marchant le long de la rivière souterraine, et après quelques minutes dans l’obscurité la plus totale, « je trouve enfin ce fameux plafond rempli de petites loupiotes créées par ces vers luisants, c’est incroyable ! »

    C’est un vrai spectacle. « Je reste près d’une heure à tenter des photos en pause longue, ça rend super bien », s’exclame Flavien, la mine réjouie. Après s’être lavé les pieds pleins d’argile, il se rechausse et retourne à la voiture. « Il est 9 h », ajoute-t-il. Place à trois heures d’asphalte en direction de Tāne Mahuta, le plus gros arbre de Nouvelle-Zélande. Il n’est pas un inconnu pour le naturaliste qui a déjà compilé de nombreuses revues à son sujet.

    Le Tāne Mahuta

    « C’est un Agathis australis, une espèce sensible à un phytophthora qui décime ses populations. » Alors, avant d’emprunter le sentier aménagé pour se rendre à son pied, chaque visiteur a l’obligation de biosécuriser ses chaussures. « C’est avec des brosses et des appareils dignes de l’entrée d’une salle blanche que je nettoie les miennes. Ils ne rigolent pas avec les protocoles de biosécurité ici. »

    L’heure de se restaurer s’affiche sur sa montre. Donc, avant de visiter ce cher Tāne Mahuta, « je mange mon pain et mon fromage frais sur une aire ménagée ». La marche est courte pour lui rendre visite. « Son tronc est impressionnant, bien plus que l’Alerce (Fitzroya cupressoides) vu l’année dernière en Patagonie. » Les passionnés et voyageurs s’amassent de plus en pus. Flavien se faufile, rebrousse chemin et part découvrir le deuxième plus gros après seulement un kilomètre en voiture. (Crédits : DR)

    « Il se mérite un peu plus avec mille cinq cents mètres de marche. Qui plus est sur le sentier, on observe d’autres individus bien plus jeunes, mais déjà immenses. » Après avoir admiré ces géants, il reprend le chemin dans la forêt. « C’est sûrement la plus belle forêt dans laquelle j’ai roulé, des Kauri énormes sont dispersés de part et d’autre de l’asphalte. » Désormais c’est quatre nouvelles heures de route qui l’attendent pour se rendre au Cape Reinga. L’endroit le plus septentrional du pays clôture sa complète traversée de la Nouvelle-Zélande. « Sur le parcours, je prends une piste pendant de nombreux kilomètres, je ne suis pas serein ! Où va-t-elle me mener ? »

    Vers l’inconnu et bien au-delà

    « Finalement, j’ai eu raison de me faire confiance, car, à son extrémité, j’observe mes premières mangroves. Cela montre encore la diversité de la Nouvelle-Zélande. Combien de pays peuvent se vanter d’avoir des manchots et des mangroves sur le même territoire ? » La route est longue, longue… Avant d’arriver, le naturaliste remarque un panneau indiquant des dunes géantes à trois kilomètres sur la gauche. « J’ai le vague souvenir que quelqu’un m’en a parlé. » D’un geste de la main gauche, un bruit envahit l’habitacle. Le clignotant répète son tic-tac obstiné dans l’habitacle silencieux. Après avoir garé la voiture, « j’y vais pieds nus », lance-t-il.

    « J’ai tellement l’impression d’être de retour en France, à la dune du Pilat, mais avec moins de personnes. » Le cœur se met en marche au fur et à mesure de la montée. Au sommet, le vent lance les grains de sable qui viennent fouetter l’aventurier du bout du monde. « Quel paysage ! Je reste une bonne demi-heure avant de faire demi-tour. » Sur le chemin du retour, une Française m’aborde, prétendant avoir pris une photo de moi au loin sur la dune, puis en demandant mon numéro WhatsApp pour m’envoyer l’image. »

    Il est 18 h 30. C’est l’heure de se rendre à l’extrémité du cap et son célèbre phare. L’aficionado de coucher de soleil est ravi. Il s’annonce radieux, souffle-t-il doucement comme pour garder la magie de l’instant. Il fait de la place sur sa carte mémoire pour pouvoir croquer le phare…
    Et patatras !!!

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ce que redoute tout photographe arrive. C’est un bouleversement qui change la suite du voyage, et pas que. « Ma carte mémoire crash. Le message m’indique qu’il faut la formater, comme avec l’autre en début de voyage. » Il lui est impossible de consulter les quelque 8000 photos… autant dire la quasi-totalité du voyage. « J’ai envie de chialer ! Tout ça pour rien ?!? » Flavien est assommé. Il retourne à la voiture, hagard. « Je n’ai même plus la force de profiter du moment, pourtant je sais que je ne reviendrais jamais ici. »

    À partir de cet instant, rien n’atteint Flavien, ses pensées sont focalisées sur cette catastrophe numérique.

    « Je suis obnubilé par ce qui vient de m’arriver. Je suis incapable de décrocher. Pourquoi ?
    Tout se passait tellement bien jusqu’à maintenant, ce voyage était parfait.
     »

    Ce périple est un investissement. Les photos doivent me servir pour une future exposition et des projets de livre. « Mon seul espoir est de pouvoir les récupérer au retour grâce à un logiciel. »

    (Crédits : Anna Tarazevich/Pexels)

    Flavien reprend la route et observe le coucher de soleil au volant. Il est 19 h 30, remarque-t-il. Il lui reste huit heures de conduite avant de rendre le véhicule pour mercredi midi. « J’aimerais quand même me reposer un peu demain matin. » Après trois heures, il se stationne sur le parking du New World de Whangarei. Idéal pour avoir du Wi-Fi et faire le plein de la voiture. « Il est temps que je dorme pour une seconde et dernière nuit sur le siège passager.Quel rebondissement inattendu dans cette journée, certes chargée, mais inoubliable ! » À suivre…