Étiquette : France

  • Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Il existe des journées où notre seule pensée dès le réveil est : « J’aurais mieux fait de rester couché. » C’est le sentiment que Flavien arbore au saut du lit. Pourtant et malgré les écueils, elle sera au final meilleure qu’espérée, cette « maudite journée ». Flavien découvre davantage de nouvelles choses, expérimente des situations plus ou moins amusantes. Mais comme le chat, il réussit toujours par retomber sur ses pattes. Entre formation géologique, déconvenue et rencontre, celle qui commença sur une mauvaise note finit en symphonie.

    « Quelle journée encore », sourit Flavien sans pour autant nous expliquer pourquoi. Le réveil sonne tôt ce matin, à 5 h 20 quand la pluie se met à frapper, sans discontinuer, le sol. « Je m’empresse de ranger ma tente dans la voiture, j’espère qu’elle pourra y sécher. » Une fois embarqué, Flavien prend la direction de la plage de Moeraki Boulders (Kaihinaki).

    Entrez dans la légende Maorie Ārai-Te-Uru Marae

    Elles sont des roches sphériques qui ressemblent à des œufs de dinosaures, ou encore à des extraterrestres selon les légendes urbaines. Concrétions septaires, leur formation se situe entre 13 et 56 millions d’années, soit de l’Éocène au Miocène. « Elles me font rêver depuis que je les ai vues dans une revue naturaliste il y a quelques années », explique-t-il. En aparté, ces sphères de pierre fascinent autant les géologues que les voyageurs tels que Flavien. Issues d’un lent travail, elles semblent avoir roulé depuis les profondeurs du temps, pour être contemplées, sur cette plage.

    rocher, new-zealand, plage

    Les légendes maories, elles, y considèrent autre chose après le naufrage de l’arche mythique Arai-te-uru. Le filet de pêche du canoë et la gourde d’eau (calebasse) ont été transformés en pierre à Moeraki, où ils peuvent encore être vus sous la forme des Moeraki Boulders. Le canoë lui-même est resté à Shag Point. Entre science et épopée, ces boules offrent un spectacle où l’imagination se mêle au ressac.

    Pour faire une belle photo, l’aventurier minimise les aléas, jusqu’à l’heure de la marée basse. « J’ai pris un camping proche de la plage, car le soleil est censé se lever à 6 h 01 », commente Flavien en conduisant. La plage, qui accueille ces formations délicatement posées sur le sable est orientée à l’est. Le chant de l’aube offre ses éclats les plus précieux, murmure-t-il. « Après un quart d’heure, j’arrive sur la plage où cinq personnes sont déjà présentes, se rassure Flavien. J’avais peur qu’il y ait foule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux heures durant, le naturaliste tâtonne. « Ce n’est pas simple avec les lumières changeantes, la pluie menaçante et les gros nuages gris, de capter l’instant parfait pour une photo. » Un moment seul, un autre non, Flavien apprécie avec justesse ce moment tant espéré. Mais avant de partir, sur les coups de 8 h 30, « je prends une pâtisserie et un chocolat chaud au café (du même nom) qui surplombe la plage de plusieurs kilomètres de long. » Une longue journée de conduite l’attend, avec pas moins de 450 kilomètres, d’est en ouest. « J’espère être à Milford Sound ce soir, indique Flavien. Avec quelques étapes à réaliser. »

    Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !

    À peine assis, que le premier arrêt s’effectue au Shag Point. « L’odeur de la colonie me remémore quelques souvenirs », dit-il en observant des cormorans nicheurs et des otaries. Voguant au sud, il arrive à la péninsule d’Otago, près de Dunedin et du château Larnach. Ce bras de terre qui s’avance dans l’océan Pacifique est un sanctuaire naturel. Là, les falaises accueillent la danse des albatros royaux, seuls de leur espèce à nicher en dehors des îles océaniques. Plus bas, sur les rivages battus par les vents, lions de mer et otaries s’étirent paresseusement. Ici, l’homme n’est qu’un invité discret, toléré par la majesté sauvage de la faune.

    « Je descends à Sandfly Bay, une magnifique plage où quelques lions de mer et otaries se prélassent. » L’arrêt est de courte durée, la pluie menace. « Je reprends la voiture en direction de l’Albatros Center pour le visiter, mais l’entrée à 60 $ m’en dissuade. »

    De retour face au volant, direction la dernière étape à « The Nuggets Point ». Car au sud de la Nouvelle-Zélande se trouve un très beau phare. L’image est idyllique. « La vue se prolonge sur des îlots sauvages… un air de Bretagne. Les magnifiques plages de sable blanc, de bois flotté précédant l’arrivée valent à elles seules le détour. »

    Dressé depuis 1870 sur son éperon rocheux, le phare de Nugget Point scrute l’horizon avec une constance immuable. Autour de lui, une constellation d’îlots déchiquetés surnommés The Nuggets émerge des flots, comme des lingots jetés dans la mer. (Crédits : AJMANDELL1/Wikipedia)

    phare, océan, soleil

    Sur ces rochers, des colonies d’oiseaux marins et d’otaries se partagent le territoire, offrant un concert naturel au voyageur. Par temps clair, la vue s’étire à l’infini, donnant l’illusion d’un monde resté intact, entre Bretagne et Pacifique. À 16 h, les heures s’effacent, il faut s’élancer sur l’asphalte, avec un peu plus de quatre heures de route pour rejoindre Milford Sound.

    Jusqu’ici tout va bien…

    La fatigue se fait sentir. « Je m’arrête pour faire une sieste à Gore. » Reposé, il continue son périple jusqu’à Mossburn. Sa voiture de location a elle également besoin de faire le plein de carburant. « Je sors encore 100 NZD. Le SP91 s’affiche à 2,63 $ le litre », se désole l’aventurier du bout du monde. Toujours au cœur de la ville, Flavien prend son premier auto-stoppeur du voyage. Un baroudeur de nationalité allemande âgé de 20 ans, qui va lui aussi au Milford Sound (Piopiotahi).

    nature, repas, camping

    Petit aparté, Milford Sound est l’attraction naturelle la plus déroutante de Nouvelle-Zélande. Une combinaison magique de sommets montagneux, d’eaux d’un bleu profond et d’un bleu cristallin, où les falaises sont recouvertes de forêts. Cette journée est l’occasion pour Flavien, sans le savoir, de parcourir et de s’imprégner de la culture maorie à travers la légende Ārai-Te-Uru Marae.

    Revenons au périple de Flavien. L’arrivée de cet auto-stoppeur tombe à point nommé. « Je ne vois pas le temps passer à parler anglais, et l’envie de sommeil s’estompe. » Finalement, après deux heures de conduite, ils trouvent une aire de bivouac, qu’ils pensaient à tort payante. Plusieurs personnes sont installées, gardant son aspect sauvage, avec une magnifique vision sur le fjord qui nous entoure, ajoute Flavien. Le duo s’établit à une centaine de mètres l’un de l’autre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien se prépare des pâtes au pesto avec un nappage de fromage fondu. Les deux mangent ensemble. « Il est très sympa, encore étudiant, mais je ne connais même pas son prénom », s’interroge Flavien. Demain, il l’emmène jusqu’à la destination, à 45 min d’ici. « J’ai réservé le bateau pour visiter les fjords à 9 h 30 », ajuste le naturaliste. « Je ne me souviens plus depuis quand je n’ai pas croisé quelqu’un qui voyage tout seul… Tous voyagent en couple ici… Jamais vu ça », s’interroge d’une moue dubitative, l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • Tensions dans le cyberespace ?

    Tensions dans le cyberespace ?

    Les cyberattaques sont devenues le quotidien, alors qu’elles devraient être exceptionnelles. Dorénavant, la seule inconnue est la date à laquelle je vais, vous allez, nous allons… subir une attaque cybernétique. Car, une série de cyberattaques frappe simultanément des géants de la Tech et des opérateurs de télécommunications, exposant un peu plus encore des milliards de données personnelles. Renforçant la mainmise sur des données à fort potentiel, et pour une augmentation des tentatives d’attaque (DDoS, phishing, spearphishing…) tous azimuts.

    Derrière l’exploitation de ces failles, des organisations d’individus souvent nommés « hackers ». Ils utilisent notre dépendance à l’IT à des fins financières ou de cyberespionnage, que ce soit à titre individuel ou étatique. Les risques pour la sécurité numérique mondiale sont réels. L’exemple de la gestion du cloud du Pentagone par des ingénieurs chinois en Chine est flagrant. Ces derniers jours, le conglomérat derrière le ransomware Datacarry a revendiqué l’attaque contre la société française Peggy Sage avec un fichier compressé de 11,3 GB.

    Google, Orange et Cie…

    Mais c’est un coup de tonnerre numérique qui électrise un ou deux bits. Google confirme que 2,5 milliards d’utilisateurs de Gmail sont affectés. D’ailleurs Google n’est pas seul, Orange Belgique est aussi une victime. Tout comme des serveurs de l’armée d’Argentine qui auraient été compromis par des groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon. Concernant Google, c’est en lien étroit avec l’affaire Salesforce, d’autres clients font les frais de cette campagne : Air France-KLM, Bouygues Telecom. « Le Google Threat Intelligence Group (GTIG) suit les activités d’extorsion suite aux intrusions de UNC6040, parfois plusieurs mois après le vol initial de données, sous le nom de UNC6240. »

    Cela implique des appels (vishing) ou des courriels (phishing) aux employés des entreprises victimes. Ils exigent un règlement en bitcoin, dans les 72 heures. « Lors de ces communications, UNC6240 a constamment affirmé être le groupe de menace ShinyHunters. »

    « Ils ont exploité des vulnérabilités dans Salesforce pour manipuler les comptes », confie un ingénieur sous couvert d’anonymat. L’entité ShinyHunters/UNC6040, réputée pour ses campagnes ciblées et ses fuites massives, est très fortement soupçonnée d’être à l’origine de cette opération.

    Parmi elles, les « dangling buckets », permettant de récupérer des informations oubliées sur des serveurs mal configurés, et des manipulations de comptes à grande échelle. Le risque est immédiat : phishing, escroqueries… (Crédits : Caio/Pexels)

    Databreaches.net rapporte, début août, que « les acteurs de la menace ont déjà envoyé une demande d’extorsion à Google ». Google, dans un communiqué, a assuré avoir alerté toutes les victimes et renforcé ses protections via les passkeys et le programme de protection avancé. Néanmoins une vigilance constante est nécessaire face aux messages suspects. Car « UNC6040 est un groupe de menace à motivation financière qui accède aux réseaux des victimes par ingénierie sociale de phishing vocal. »

    Un opérateur sous haute surveillance

    À Bruxelles, l’attaque de 850 000 comptes Orange révèle un autre visage. Selon le communiqué d’Orange Belgique, des données — nom et prénom, numéro de téléphone, numéro de carte SIM, code PUK (Personal Unblocking Key) et les tarifs — ont été consultées. Aucun mot de passe ou donnée bancaire n’auraient été consultés, toujours selon ledit communiqué. Pour un utilisateur lambda, l’attaque pourrait sembler moins grave que celle touchant Google. Pourtant, les risques de vol d’identité et de fraude (sociale) sont réels.

    Le SIM swapping est la technique permettant de prendre le contrôle d’une ligne mobile pour accéder à des services financiers ou professionnels. Le porte-monnaie est au cœur des inquiétudes de chaque individu.

    Le secteur des télécommunications, considéré comme infrastructure critique, illustre à quel point la dépendance à des systèmes centralisés et vulnérables peut fragiliser la sécurité nationale.

    En Argentine, des serveurs de l’Armée, du ministère de la Santé et de la Fondation ArgenINTA ont été compromis via ransomware et exploitation de SharePoint. Les groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon, connus pour leurs liens avec Pékin, sont partiellement responsables. Des groupes que l’on retrouve avec ce que l’on pourrait nommer le petit « Pentagon-Gate ». Ces incidents démontrent qu’elles ne sont plus de simples cyberattaques, mais des opérations à dimension géopolitique et géostratégique.

    Quand la géopolitique s’invite dans le cyberespace

    Elles exploitent des vulnérabilités, ouvrant la voie au cyberespionnage et à la perturbation d’infrastructures critiques. « Chaque grande puissance joue sa partition dans le cyberespace, et autant dire que la symphonie est tout sauf harmonieux. »

    Les incidents récents révèlent des patterns communs : dépendance aux services cloud centralisés, exposition massive de données, et insuffisance des audits réguliers. Sur le plan géopolitique, ces attaques rappellent que la souveraineté numérique n’est pas une option. Alors, la maîtrise des systèmes d’information est un enjeu stratégique, car chaque faille est exploitée. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Ainsi, le renforcement des défenses critiques et la sensibilisation des utilisateurs ne sont plus des recommandations : elles constituent la première ligne face à des menaces de plus en plus sophistiquées et politiquement instrumentalisées. D’ailleurs le Royaume-Uni annonce en juin 2025 qu’avec une dotation d’un milliard de livres, l’État britannique déploie l’IA, car selon John Healey « le clavier est devenu une arme de guerre ».

  • Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Déjà un mois, en ce neuf janvier 2025 que Flavien a quitté la quiétude de Lavausseau, la cité des tanneurs, pour un périple néo-zélandais. Un mois de photographies, de vues à couper le souffle, de rencontres inoubliables… bref, un voyage hors du commun. Mais pourtant, loin d’être blasé, il rêve de choses simples. Ainsi, le plaisir de manger, de passer un moment en bonne compagnie, jouer au billard à l’autre bout du monde, jusqu’à un simple lever de soleil. Simple, sûrement mais sur le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, le mont Cook.

    « Ce matin, je me met un coup de pied aux fesses pour me lever », raconte-t-il. L’heure sur sa montre indique cinq heures passée de trente minutes. L’heure des derniers songes avant d’émerger logiquement de la couette, bien plus tard. Mais l’aventurier du bout du monde est en quête d’une nouvelle expérience. Il a vécu des couchers de soleil, dont celui sur le mont Cook, hier. Mais un lever de soleil à cette altitude en Nouvelle-Zélande, pas encore.

    Le temps est suspendu

    « J’ai mis un réveil à deux heures, pour voir les étoiles mais le froid m’en a découragé. » Malgré son sac sarcophage, son nez est tout simplement gelé, ce matin. « Il m’en faut plus pour me décourager. J’enfile deux pantalons, cinq couches en haut, mes gants, mon buff et mon bonnet. Autrement dit tout ce que j’ai. » Cet ensemble est agréable pour attendre à 6 h 06, les premiers rayons de soleil léchant le sommet.

    La température à Aoraki, soit mille mètres plus bas est de 5 °C, le 9 janvier 2025. « La température décroît de 0,65°C tous les 100 m quand on s’élève », explique le club alpin français de Lyon-Villeurbanne. Selon le calcul simplifié de température ressentie (Windchill) elle serait au moment du lever de soleil de -6 °C.

    « Il faut attendre 6 h 18 tapante, pour qu’il commence à réchauffer la dizaine de personnes qui, comme moi, attendent ce moment depuis plusieurs dizaines de minutes. »

    Aucun nuage à l’horizon, quel contraste avec la soirée d’hier… Pour continuer à profiter du moment, je monte jusqu’au Mont Ollivier à 1930 m. « Là haut, je suis tout seul à surplomber la vallée, à admirer les avalanches qui font un bruit fracassant dans ces vallées glaciaires qui m’entourent », commente Flavien tel un lézard au soleil. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est aux alentours de 7 h 30 quand « je retourne auprès de ma tente ». Elle est touchée à son tour par le soleil. « La chaleur est nécessaire pour sécher la pluie d’hier. » Comme un amateur de puzzle, l’aventurier étale toutes ses affaires sur les rochers jouxtant son lieu de villégiature. Durant plus d’une heure, les frusques sèchent avant de pouvoir les ranger dans le sac. Action nécessaire pour éviter que des moisissures s’installent à la longue.

    « J’en profite pour faire bouillir l’eau du refuge lors de la redescente. C’est la première randonnées où je ne trouve pas d’eau… En même temps elle est sous forme de neige ou de glace ici. »

    À 9 h pétantes, le naturaliste chemine dans les traces de la veille, avec des paysages bien plus admirables assure-t-il.

    C’est l’occasion de refaire les photos de plantes avec les rayons de soleil. « Les nuages grimpent, comme rappelés par le soleil… ainsi que les nombreuses personnes que je croise, s’ils savaient ce qu’ils ont loupé. »

    De retour à sa voiture de location, il se fige. « Hier, je croyais qu’il y avait du monde, et bien j’avais rien vu. » La route se trouve flanquée d’un ruban de part et d’autre sur près d’un kilomètre, tel un couloir silencieux de métal inerte. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est dingue tous ces touristes qui se traînent en claquette ou en robe pour faire les petits sentiers alentours. » L’aventurier du bout du monde via le WI-FI du centre des visiteurs, vérifie les prévisions météorologiques pour la suite de son périple.

    Le plus grand glacier néo-zélandais

    Les prévisions ne sont pas enchanteresses, bien au contraire. « La journée de demain n’est pas dingue, alors je retourne près de la côte. » En cas de temps peu enclin à la balade, l’écriture est idéale. « J’en profite pour acheter quelques cartes postales. » Après avoir mangé un sandwich dans un café plutôt luxueux, il se met au volant pour se retrouver à Tasman Lake, le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande.

    « Là aussi il y a foule », admet-il. Mais le marcheur solitaire, bifurque rapidement pour retrouver un sentier plus sauvage, où il observe moult espèces amphibies auprès de plusieurs lacs.

    « Ça fait soixante-douze heures que j’ai pas pris de douche… J’ai fait couler quelques litres de sueurs ces trois derniers jours. Les batteries de l’appareil photo sont pleines de vide, alors pas le choix. »

    Il est quinze heures bien tassées quand il se décide à reprendre la voiture pour réaliser les 3 h 30 de route le séparant du camping de ce soir. La route est belle, les paysages sont parfois très semblables aux steppes patagoniennes, je suis à nouveau surpris par ce pays, sourit-il. Arrivé au camping, je payerai seulement quatorze dollars néo-zélandais plus deux pour la douche… « C’est la bonne affaire après le plein d’essence qui ma coûté près de 100 NZD. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai pris la location la moins onéreuse, sans réfléchir à la consommation. Elle a l’air de bien tirer », se rend-il compte. Au menu, pâtes au pesto, vidage de la poubelle, remplissage des batteries, et organisation de ses futures journées en rapport à la météo. « Encore une belle journée, demain mes mollets et mes cuisses devraient pouvoir se reposer. » Ses jambes soufflent en silence, se taisent mais apprécient religieusement un peu de repos. À suivre…

  • Qui voit le mieux : l’abeille ou le renne ?

    Qui voit le mieux : l’abeille ou le renne ?

    La nature est parfois joueuse. Elle peut changer la couleur des mirettes de certains au gré des saisons. Elle octroie une vision à 360 degrés aux autres. L’Univers équipe certains animaux d’un sixième sens. Doués de sens supérieurs à ceux de l’être humain, les animaux nous surclassent. Invisible pour l’humain, l’ultraviolet est pourtant une longueur d’onde courante dans la nature. Certaines espèces y ont accès, tel un super-pouvoir. Alors, entre l’abeille, star de nos jardins, et le renne, seigneur des toundras, lequel voit vraiment ce que nous ne voyons pas ?

    « Mesdames et Messieurs, approchez ! », s’agite le commentateur. « Sous vos yeux, ébahis, dans le coin gauche du ring, poids plume incontesté de la pollinisation, championne du nectar et maîtresse des signaux invisibles, voici… sous vos applaudissements… l’Abeille ! » Quand le silence réapparaît, il reprend son micro : « Et dans le coin droit, le colosse des neiges, poids lourd des steppes arctiques, roi de la migration et maître du camouflage spectral, voici… voici… le Renne ! »

    Une vision florale augmentée

    Il est des regards qui ne se contentent pas de simplement contempler le monde : ils le traduisent, l’enrichissent, le transforment et le vivent pleinement. D’un côté du ring, l’abeille (Apis mellifera). Elle est la funambule du visible, capte les éclats fugitifs du rayonnement ultraviolet et métamorphose le banal d’une fleur en une carte lumineuse l’aiguillant vers le nectar.

    Cent milligrammes de pure efficacité, vision ultraviolette, détectrice de motifs floraux cachés, œil à facettes contenant jusqu’à 6 900 ommatidies, guidage GPS naturel, fidélité absolue aux fleurs… un bijou technologique. Son point faible est sa vision floue au-delà de quelques mètres. « Mais franchement, qui a besoin de voir loin quand on sait où trouver les fleurs ? »

    Saviez-vous qu’elle dispose de cinq yeux ? Les trois ocelles placées sur le sommet du crâne sont sensibles aux variations de lumière. Utiles pour la stabilisation lors du vol, entre le ciel et le sol. Les deux plus gros sont facilement identifiables par l’être humain, et constitués d’environ 5000 facettes hexagonales : les ommatidies.

    Chaque ommatidie se présente et fonctionne comme un récepteur visuel indépendant. Elle capte la partie du champ visuel situé juste devant, mais aucune image ne s’y forme. Chaque ommatidie, d’une taille de 5 à 50 µm, détient une partie de l’image qui se recompose en une photo granuleuse dans le cerveau.

    Une merveille de la nature.

    Un objet dans le champ visuel émet omnidirectionnellement des rayons. Il excite ainsi l’œil dans sa globalité, mais seul le rayon positionné dans l’axe du rhabdomère sera imprimé.

    Chaque œil contient des récepteurs percevant les ultraviolets, ces longueurs d’onde que notre lentille bloque. Quand une fleur se présente, nous la découvrons belle, mais banale. L’aculéate mellifère observe des cartes luminescentes, ou diagrammes invisibles à notre regard. Elles indiquent, par des motifs fluorescents, où se trouve précisément le nectar, précieuses informations.

    L’abeille ne voit pas comme nous. Chaque facette s’allume, s’éteint tour à tour. Ce qui produit une vision séquentielle fulgurante (100 images par seconde), quand l’œil humain en perçoit à peine vingt. Un talent vital pour l’ouvrière. Telle l’acrobate, elle repère une fleur agitée balayée par le vent, évite les branches d’une forêt dense, à la vitesse de sept mètres par seconde, soit plus de vingt-cinq kilomètres par heure. (Crédits : Silvio Fotografias/Pexels)

    « Les abeilles détectent des mouvements très fins, et ce, de façon plus rapide que nous. Elles n’ont pas une très bonne acuité : elles ont à peu près 1/10ᵉ de vision. Et elles voient flou par rapport à nous. Elles perçoivent les couleurs bien sûr, mais pas les mêmes que nous. Leur spectre est décalé dans les UV. Elles ne voient pas les couleurs rouges. Mais elles voient les ultraviolets que nous ne voyons pas », explique Aurore Avargues-Weber sur Radio France. Elles possèdent une vision trichromatique. Les abeilles distinguent le bleu, le vert et les U.V.. Les autres teintes leur apparaissent en noir.

    L’ultraviolet pour contrer l’adversité

    Dans le coin opposé, le renne. Le gardien des immensités polaires adapte son regard à l’onde bleue du crépuscule arctique. Ses yeux passent du doré à l’azur pour vivre la nuit. L’œil du renne n’est pas seulement un observateur : c’est un transformer du regard. En été, son tapetum lucidum — ce tapis brillant derrière la rétine — miroite dans des tons or et turquoise.

    Entre 90 et 180 kg, jusqu’à 300 kg, une adaptation oculaire saisonnière, vision UV dans les neiges éternelles, égalité des sexes face aux bois, tapetum lucidum modulable, la détection des prédateurs et des lichens grâce aux ultraviolets. Son point faible, il est moins agile qu’une abeille dans un champ de fleurs. « Mais personne n’a encore vu un renne butiner, n’est-ce pas ? »

    Mais l’hiver venu, sous le silence bleuté des nuits boréales, ce même miroir prendra une teinte d’un azur profond. Cela intensifie la sensibilité visuelle malgré une légère perte de netteté. Là où le renne rejoint l’abeille, c’est sur sa vision de l’ultraviolet.

    Une défense dernière génération

    Ce fait, bien moins connu, est découvert par des chercheurs de l’université de Tromsø, en Norvège, en 2011. « Même en hiver, au Yukon ou dans le nord du Manitoba, vous avez un cycle jour-nuit. Nous n’avons pas cela », explique Nicholas Tyler, à National Geographic. Ce chercheur au Centre d’études Sâmes, à l’université de l’Arctique de Norvège à Tromsø, martèle que « c’est une chose vraiment unique ».

    Pourquoi me direz-vous ? Parce que dans l’Arctique, où tout est blanc ou presque, la vision UV révèle des contrastes invisibles à l’œil humain. Le crépuscule hivernal est environ 100 000 fois moins lumineux que la lumière du jour estivale. Lorsque le soleil est sous l’horizon, ses rayons traversent une couche atmosphérique plus épaisse. Elle augmente l’absorption des longueurs d’onde plus longues (rouge/orange) par l’ozone, ce qui laisse prédominer les longueurs d’onde plus courtes (bleues) dans la lumière diffusée. Ce phénomène est connu sous le nom d’absorption de Chappuis.

    Il voit l’urine de loup, la fourrure du prédateur ou même des plantes légèrement abîmées, tels les lichens, car elles absorbent différemment les UV. (Crédits : Barry Tan/Pexels)

    Comme le chat, le tapetum lucidum améliore la vue malgré le peu de luminosité. Si bien que les yeux du renne reflètent une lumière or blé en été, et un bleu azur profond en hiver. Le renne y gagne en capacité de survie, tant pour détecter la menace que sa nourriture, ce quelle que soit la luminosité crépusculaire voire même la météorologie. Des nuances invisibles à nos yeux humains.

    Deux stratégies vitales

    Chez l’abeille, la vision ultraviolet est tournée vers la vie, la pollinisation des fleurs, la survie de la ruche. Chez le renne, elle est tournée vers la survie, la fuite, l’adaptation au froid extrême. Et chez l’humain ? Peanuts, Wallou, Nada, Rien.

    Leurs cerveaux ont appris à traduire cette lumière invisible en informations vitales. Et nous ? Nous avons recours à la science pour savoir, comprendre ce qui nous échappe. L’abeille et le renne ouvrent pour nous des fenêtres sur l’autre côté du visible. L’un dévoile les stratagèmes développés par les fleurs ; l’autre révèle la nuit et la vie sous une palette rare.

    Ces deux visions, merveilleuses dans leur adaptation, invitent à une vérité poétique : ce qui compte n’est pas seulement ce qu’on voit, mais comment on voit. Ce que vous ne voyez pas n’est pas forcément inexistant. Les UV, comme tant d’autres mystères du vivant, nous rappellent que la nature est bien plus vaste que notre perception humaine.

    Et si demain, on apprenait à « voir » autrement ? Du moins plus loin que notre cher et précieux smartphone ?

    (Crédits : Rakibul Alam Khan/Pexels)

  • Un bain de foule (23/55)

    Un bain de foule (23/55)

    Les étapes de montagne concentrent énormément de monde. Comme lors du Tour de France cycliste, le point de vue est peu ordinaire. C’est ainsi que Flavien se retrouve à prendre un bain de foule. Tous sont venus observer le glacier Mueller, le lac Hooker et le mont Cook (Aoraki). Ce triptyque est tout simplement magnifique. Mais d’autres surprises l’attendent. Entre le Kea, le brouillard dans les névés et une température proche de zéro et le coucher de soleil somptueux qui illumine le mont Cook, à 3724 mètres d’altitude.

    « Ce matin, je ne me presse pas. Je me suis endormi tard… Et il ne fait pas beau », se justifie Flavien. Il est plus de huit heures, lorsqu’il passe la tête à l’extérieur. Sa seconde nuit sur le siège passager de la voiture de location s’est écoulée sans encombre. « Comme d’habitude, la voiture est tout embuée. » Après avoir changé de place, il parcourt la distance le séparant du village, nommé Aoraki. Il sert de camp de base pour toutes randonnées autour du mont Cook, sommet de la Nouvelle-Zélande.

    À l’assaut du mont Cook

    Sur l’heure de route, les essuie-glaces marquent le tempo d’une musique entêtante. Rythmé par ce ballet incessant, le chant des gouttes tourne en boucle. « La matinée est pluvieuse. Je profite pour téléphoner une heure durant. » Flavien, prends la direction du lac Hooker dans lequel se jette un glacier. « C’est une randonnée accessible, je m’attends à voir des marcheurs… Je ne suis pas déçu. » Des centaines et des centaines de personnes parcourent les cinq kilomètres les séparant. « Un torrent de visages, commente Flavien. Ça me rappelle celle d’El Chalten, en Argentine, qui était noire de monde. »

    D’ailleurs les paysages se ressemblent beaucoup, c’est assez marquant, réfléchit l’aventurier à voix haute. La météo n’est pas aussi catastrophique qu’annoncé. « La couche nuageuse nous permet de voir l’entièreté du lac et le glacier… Et les quelques icebergs dérivant sur le lac. » La moraine glaciaire est impressionnante.

    « Deux heures et trente minutes, c’est mon temps pour effectuer ces 10 km. Le chemin est très roulant, et le dénivelé n’est que de 200 mètres », conclut-il. De retour à la voiture, les choses sérieuses commencent. « Je prépare mon sac pour poser ma tente plus haut. » Flavien ne passe qu’une nuit en hauteur et allège son sac en conséquence. La couverture nuageuse se situe aux alentours des 1500 m. Durant les 700 premiers mètres, le paysage est superbe, et les végétations magnifiques. Prenant de l’altitude, « j’ajoute des couches. Je passe en mode waterproof. À cette altitude, l’ambiance est très humide et fraîche. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chemin faisant, l’air de rien, le naturaliste découvre une beauté de la nature. « Je tombe sur mes premiers Hectorella caespitosa. Une espèce que je souhaitais à tout prix observer, car c’est l’unique cousine de Lyallia kerguelensis », explique l’aventurier du bout du monde. La floraison n’est pas des plus originales, mais elle débute à peine. « J’ai de la chance, sourit-il. Des cinq espèces que je voulais absolument voir en Nouvelle-Zélande, il ne m’en reste donc plus qu’une. »

    Un froid glacial

    « Plus loin, talonnant un névé, une incroyable renoncule me surprend. Je ne sais pas ce que c’est », avoue-t-il. Le chemin se poursuit, dans une purée de pois à couper au couteau, sur les névés encore présents. L’ambiance et la visibilité sont telles que Flavien ne voit le refuge qu’au dernier moment, il est 18 h 15. « Je me presse de monter ma tente, car le brouillard se transforme en pluie fine », grelotte-t-il.

    « Je passe les quarante-cinq minutes suivantes à l’intérieur à attendre que l’averse cesse. J’essaie aussi de me réchauffer, il ne fait que 3 °C. »

    L’endroit est véritablement minéral. « Je croise les doigts pour ne pas avoir effectué cet effort que pour deux espèces, bien quelles ne soient pas des moindres. » Le rituel semble fonctionner.

    Les nuages s’étiolent, tandis que la pluie cesse. « Je profite de cette accalmie pour manger au chaud dans la Hut. » Le repas terminé, Flavien sort. C’est alors qu’il découvre, avec bonheur et humilité, les paysages montagneux, entrecoupés de nuages. Quelques Keas – seul perroquet alpin du monde – s’amusent près de la dizaine de personnes que nous sommes à admirer le panorama. « L’un s’approche à moins d’un mètre de moi… Mon objectif macro suffit à immortaliser l’instant ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée tire à sa fin, quand la cime du mont Cook se couvre d’or. « J’en ai connu des crépuscules et des couchers de soleil… Mais celui-ci fait partie du top 5 ! » Après avoir fait bouillir de l’eau au refuge pour la rendre potable, il clôture cette journée bien au chaud dans son sac de couchage. « Je ne pensais pas faire ce genre de bivouac en Nouvelle-Zélande, je suis ravi de mon choix d’hier soir de prendre le risque de monter ici malgré la météo très instable. » À suivre…

  • Qui dort le plus : le loir ou le chat ?

    Qui dort le plus : le loir ou le chat ?

    Deux espèces, deux écoles, deux courants. D’un côté, le chat, prince incontestable de la sieste, capable de s’assoupir entre deux croquettes comme d’autres entre deux respirations. De l’autre, le loir, petit rongeur, dont la devise pourrait être : « Dormir longtemps pour mieux vivre ». Mais alors, qui remporte la médaille du plus gros dormeur ? Penchons-nous sur ces deux champions, avec l’impartialité d’un juge olympique… et l’œil amusé d’une journaliste en manque cruel de café, pendant que bébé dort.

    Ils sont des dormeurs invétérés. Ils dorment partout, tout le temps, et avec un art assumé de la sieste. Mais entre le chat, star des sofas, comme des lieux et positions insolites… Et le loir, hibernant professionnel affichant une expérience certaine : qui décrochera la palme du plus gros dormeur ? Derrière cette question légère semble se cacher un besoin plus profond : à quoi sert vraiment le sommeil, et pourquoi certains dorment… plus que d’autres ?

    Le chat, le roi des siestes

    Animal favori des Français, le chat passe en moyenne de treize à seize heures par jour à dormir. Chez les chatons et les vieux matous, ce chiffre touche des sommets, jusqu’à 20 heures. Mais attention : il ne s’agit pas d’un sommeil profond prolongé. Le chat alterne entre micro-siestes et sommeil léger, toujours prêt à bondir au moindre bruit. C’est un dormeur polyphasique, qui dort en plusieurs fois, souvent aux heures où ses humains sont actifs.

    Enfin, pas partout. « Il n’est pas rare que mon chat bondisse sur mon ventre, puis descende, lorsque je dors. Ce, jusqu’à mon réveil. En cause : un manque de croquettes qu’il juge passablement critique et inacceptable. »

    Cela représente, pour un félin en bonne santé, plus des deux tiers de son existence passés dans un demi-monde de silence et de chaleur : un rêve éveillé.

    Mais pourquoi dort-il autant ? Parce que me semble une bonne réponse. C’est surtout que son organisme, de chasseur nocturne, est programmé pour conserver son énergie entre deux phases de prédation. La chasse se limite aujourd’hui à une boule de papier alu, une chaussette, une croquette hors de sa place habituelle. (Crédits : Francesco Ungaro/Pexels)

    Ne vous y trompez pas. Lors des différentes phases, chaque muscle est et reste prêt à l’action. Ses oreilles captent le moindre bruissement, sa queue frémit à la plus discrète des vibrations. Son sommeil est un mélange d’instinct et d’adaptation à la vie domestique. Où cette dernière n’a fait qu’adoucir cette discipline en lui offrant coussins, plaids, linge sur une table à repasser et bras accueillants, à chaque instant où il en fait la demande.


    Le loir est un marathonien du sommeil

    Le loir discret, rongeur arboricole, vit dans les forêts d’Europe, parfois jusque dans nos greniers. Une expression lui est consacrée, c’est pour dire : « dormir comme un loir ». Et pour cause… Mais si le chat est champion du quotidien, le loir joue dans une autre catégorie, voire hors catégorie. Il hiberne jusqu’à sept mois par an, souvent de septembre à avril. Ce qui représente plus de 210 jours d’affilée.

    Durant cette période, son métabolisme ralentit drastiquement : température corporelle, rythme cardiaque, respiration chutent, bref il hiberne. Il entre dans une forme de pause vitale pour survivre à l’hiver. Il dort, économisant chaque calorie pour y survivre.

    Quand le Saint-Laurent, cher à Joe Dassin avec la chanson « Dans les yeux d’Émilie », revient à la vie. Donc, lorsque les beaux jours reviennent, le loir ne se transforme pas pour autant en hyperactif.

    Il perdure dans son rythme de croisière. Il continue de beaucoup dormir — plus de 13 heures par jour en été — pour compenser son rythme de vie ralenti.

    (Crédits : Julien31/Wikipedia)

    Selon une étude de l’université de Zurich (2016), son cerveau montre une activité de récupération exceptionnelle pendant le sommeil post-hibernation, presque supérieure à celle observée chez l’homme après une privation de sommeil.


    Dormir, c’est survivre

    Qu’il s’agisse du chat ou du loir, le sommeil n’est pas un luxe : c’est une fonction vitale. Vital pour tous, même les êtres humains. Il permet la réparation cellulaire, la régulation hormonale, la consolidation de la mémoire et de l’apprentissage. Chez les animaux sauvages, il conditionne même la survie, en optimisant les ressources énergétiques.

    Pendant que chat et loir vivent à leur rythme, près d’un tiers des Français dorment moins de 6 heures par nuit. Une privation chronique qui altère mémoire, humeur et santé cardiovasculaire. Devrions-nous réhabiliter la sieste, et pourquoi pas… l’hibernation ?

    Mais entre ces deux énergumènes, quel est le verdict ?

    En heures cumulées, le loir l’emporte haut la main grâce à son hibernation. Mais dans l’art du repos quotidien, le chat reste imbattable. La morale : que l’on soit félin ou rongeur, dormir n’est jamais du temps perdu.

    Peut-être qu’en réapprenant à dormir comme un animal, nous finirions par vivre… un peu plus humainement. (Crédits : Kaboompics.com/Pexels)

    Car ces deux champions nous rappellent que dormir est un besoin vital, pas un luxe. Et vous, de quel côté penchez-vous ? Dormeur par pointillisme ou au contraire marmotte assumée ? Dans un monde en perpétuelle agitation, peut-être avons-nous tout à gagner à réapprendre. Comme eux, prendre de la hauteur, pour un l’art de la sieste intelligente, prendre le temps de s’offrir du temps pour soi.

  • Le bonheur des trajets (22/55)

    Le bonheur des trajets (22/55)

    Comme escompté, rien de folichon à voyager en bus. C’est un trajet qui dépend souvent de la personne qui est assise juste à côté de vous. Après dix heures de périple, dont la moitié au côté d’un individu sous l’empire alcoolique, un autre trajet s’enchaîne pour récupérer la voiture de location. Un retour dans une auberge déjà visitée, une pizza à l’espace guinguette, et l’accès au Wi-Fi pour préparer les deux semaines à venir, tout ça en une journée de plus de treize heures.

    « Levé à 7 h 45, mon bus m’attend en bas de l’auberge », bâille Flavien. À 8 h 30, il s’envole pour dix heures de trajet en autobus, le rêve. « Un parcours, avec une heure de correspondance à Dunedin, que je connais bien désormais. » Après la pause casse-croûte de 12 h 15, le trajet de l’après-midi s’annonce fastidieux. « Un mec bourré, imprégné d’une odeur de cannabis, s’assoit à côté de moi. Il s’enfile plusieurs canettes, et parle espagnol… tout seul. » Enfin, Flavien arrive à Christchurch à 19 h 25, dans une auberge où il passe deux nuits, trois semaines en arrière.

    En route pour de nouvelles aventures

    Ce matin du mardi 7 janvier 2025, Flavien monte à nouveau dans un bus. « Je rejoins l’agence de location où une Toyota Camry, louée pour 61 NZD par jour, est à récupérer pour midi. » La chance sourit aux audacieux, comprend Flavien. Il se présente dès potron-minet, à 9 h 30. « C’est une bonne idée, elle est disponible », se réjouit-il.

    « J’hésite à me rendre au mont Cook ou à faire un arrêt au mont Hutt. » Ce dernier est réputé comme spot pour la botanique, et accessible via une station de ski. La météo est radieuse, Flavien effectue ce petit crochet. « J’emprunte la piste qui mène à la station de ski à 1650 m d’altitude. » C’est sans savoir que, dans les deux semaines à venir, des pistes comme celle-ci, il va en pratiquer tous les deux jours.

    Elle est longue, près de quatorze kilomètres, mais acceptable. « Je monte jusqu’à 1400 m où une barrière me stoppe. »

    Flavien nous décrit le panorama qui s’offre à ses yeux. « Dénudée, la vue sur la côte est impressionnante. Les paysages agricoles tracés au carré, en contrebas, tranchent avec la montagne minérale et indomptée. Un fleuve traverse ce paysage, le contraste est saisissant. Il est temps de prendre la marche en direction du mont Hutt à plus de 2100 m. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le « Rakaia » est le fleuve des plaines de Canterbury où se trouve Flavien. Il est l’un des plus grands cours d’eau tressés de Nouvelle-Zélande. Le sommet qu’il souhaite rejoindre culmine exactement à 2185 mètres. Le soleil en montagne n’a pas la même incidence qu’en plaine. « Le soleil tape fort, très fort. Je me badigeonne de crème solaire, c’est assez rare pour le dire ». En Amérique du Sud, il avait oublié de se protéger, et avait dû marcher avec un pull sur ses mollets cramoisis…

    Le cousin Weta

    La montée est épuisante, mais elle récompense l’aventurier. « Je trouve mon premier Weta. » Il est le spécimen emblématique des insectes géants de Nouvelle-Zélande. « Au sommet, une jeune Néo-Zélandaise arrive au même instant que Flavien. Elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un ici, à vrai dire moi non plus, explique Flavien. Il n’y a aucun tracé sur les cartes pour arriver jusque là… » À cette altitude, le naturaliste s’étonne de la profusion de petits insectes et de coccinelles. Pas une seule plante, seuls des cailloux tapissent le sol.

    « Avant la croupe sommitale, je trouve une véronique arbustive et une épilobe qui semblent s’être perdues dans cet environnement minéral. » Pas un nuage dans le ciel. « Je prends ma dose d’UV, mais quel pied ! » Sur le retour, Flavien rencontre des plantes aux environs des 2000 m. Mais aussi une denrée rare et essentielle à toute vie : de l’eau, qui sort de nulle part. De retour à la station de ski Mt Hutt, « je croise un Néo-Zélandais d’origine australienne, il est monté jusqu’ici en VTT, frappé… »

    Subjugué par cette prouesse sportive, Flavien entame la discussion. « Il me confie que des Européens, les Français, lui semblent les plus aventureux. » Un conseil distillé pour un autre chemin permet au naturaliste de trouver deux plantes incroyables : Haastia sinclairii et Hastia recurva. La descente est longue, seule la nature l’accompagne. « De retour à la voiture pour 18 h, je fais un ultime arrêt pour observer de magnifiques coussins de Raoulia eximia. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Peu visible au sommet du mont Hutt, Flavien se dirige vers le mont Cook, à plus de quatre heures de route. « La météo se dégrade. Les essuie-glaces donnent le tempo. Les phares s’allument. Je vais conduire de nuit pour la première fois », souligne l’aventurier du bout du monde. Au bout de trois heures et demies de conduite, « je m’arrête sur une aire de camping, normalement réservée aux vans. Mais qui va me dire quelque chose à cette heure-là… » Le siège passager sera son meilleur allié pour cette première nuit avec la voiture. À suivre…

  • Cyberattaque d’Aeroflot et pharmacies paralysées en Russie

    Cyberattaque d’Aeroflot et pharmacies paralysées en Russie

    Une vague de cyberattaques a frappé la Russie en juillet 2025. Elles touchent en quasi-simultanéité Aeroflot, le fleuron de l’aviation civile, et un vaste réseau de pharmacies. Sur fond de tensions internationales, la nature coordonnée de ces attaques relance les soupçons d’une cyberguerre latente, aux contours encore flous, mais aux conséquences bien réelles. Cette guerre, qui ne dit pas son nom, se déroule pourtant aux yeux et à la vue de tous : sur l’Internet. Concernant Aeroflot, la perturbation est partie pour durer.

    Bien avant le commencement du conflit entre l’Ukraine et la Russie, les cyberattaques étaient légion. Mais depuis, chaque camp cible davantage l’autre et vice-versa, sans oublier les appuis de chaque belligérant. Ainsi, il est logique de voir le nombre d’attaques, revendiquées publiquement, croître. Mais aussi le nombre d’actions des forces de l’ordre contre des organisations criminelles, telle l’opération Eastwood d’Europol contre le groupe russophone NoName057(16).

    Coup d’arrêt en Russie

    La compagnie aérienne Aeroflot est contrainte d’annuler plus de 50 vols aller-retour lundi 28 juillet 2025. Ce qui a immanquablement perturbé les déplacements à travers la Russie. Silent Crow revendique la cyberattaque contre Aeroflot. Deux groupes pro-ukrainiens s’entendent. Le premier Silent Crow (Ukraine) et le second Cyberpartisans BY (Biélorussie). Ce dernier s’est déjà illustré par le passé.

    Le 24 janvier 2022, le groupe connu sous le nom de « Belarussian Cyber-Partisans » réclame la maternité, sur X, de la cyberattaque de type ransomware de la société ferroviaire biélorusse. « Nous avons les clés de chiffrement, et nous sommes prêts à remettre les systèmes de la compagnie Belarusian Railroad en mode normal. » Peu de temps après cette offensive cybernétique, le site WEB de l’entreprise faisait son retour en ligne.

    Cette cyberattaque fait suite à la déclaration du ministre de la Défense biélorusse, Viktor Khrenin. Déclaration appuyée de vidéos sur les réseaux sociaux montrant « des convois militaires russes et des trains avec du matériel militaire se déplaçant à travers le sud de la Russie et la Biélorussie ».

    Silent Crow et Cyberpartisans BY

    Concernant l’attaque cybernétique de la compagnie Aeroflot, Yuliana Shemetovets, porte-parole du groupe criminel Cyberpartisans BY, explique sur le site d’opposition biélorusse Zerkalo que : « Notre objectif principal était de tout détruire, de tout faire exploser. Le but n’était pas de voler des données, mais nous avons pris tout ce que nous pouvions. »

    Au final, ils auraient siphonné 22 téraoctets de données, puis auraient déclenché l’effacement total des informations, affectant les 7000 serveurs de la compagnie. Les hacktivistes précisent que le directeur général d’Aeroflot, Sergey Aleksandrovsky, n’a pas changé de mot de passe depuis 2022. Et qu’elle utilise des systèmes d’exploitation obsolètes Windows XP et Windows 2003 sur leurs réseaux. Ainsi ils « sont parvenus à la mise en péril de l’ensemble de leur infrastructure », affirment-ils. Ils ont également confirmé qu’ils étaient sur le réseau de l’entreprise d’Aeroflot pendant « quelques mois » avant la mise en œuvre de la cyberattaque, qui a commencé dans la nuit du 28 juillet 2025. (Crédits : Evgeniya Kuzmina/Pexels)

    Le fait de « piratage » est reconnu au Bureau du Procureur général de la Fédération de Russie. Au Kremlin, la situation a été qualifiée d’alarmante. The Moscow Times relate la déclaration de Dmitri Peskov, porte-parole du président russe : « La menace des pirates est une menace qui persiste pour toutes les grandes entreprises qui fournissent des services à la population. » La compagnie aérienne explique que dès mercredi « Aeroflot assure son programme de vols conformément à l’horaire à partir de 10 h ».

    Pharmacies et soins de santé à l’arrêt

    Le lendemain, 29 juillet, c’est au tour des chaînes Neopharm et Stolichki de fermer leurs portes. Plus de 1 100 officines deviennent inaccessibles : rupture de l’accès aux stocks, paiements impossibles, bases clients effacées. Pas de revendication officielle. Mais les analystes évoquent une action coordonnée, probablement en représailles à des cyberattaques russes récentes en Ukraine.

    La chaîne de pharmacies Stolichki confirme une défaillance en ce 29 juillet 2025. « Nous avons subi une panne technique majeure suite à une cyberattaque […] le fonctionnement des pharmacies est perturbé », commente la compagnie sur Telegram. Elle exploite environ un millier d’officines sur l’ensemble du territoire. Les caisses enregistreuses ne fonctionnent pas, les employés ont été renvoyés chez eux.

    Une autre compagnie fait les frais de cette attaque : Neofarm. Elle gère plus de 110 pharmacies à Moscou, Toula, Kostroma et à Saint-Pétersbourg. « Stolichki et Neofarm font partie de la même société holding, précédemment contrôlée par l’ancien législateur de la Douma d’État, Yevgeny Nifantiev », relate The Record Media. En ce 31 juillet, aucune amélioration n’est annoncée à la mi-journée. (Crédits : Roman Ska/Pexels)

    Pharmacie, Russie, nuit


    Elles ne sont pas les seules à subir les foudres des cybercriminels. La société AirNet ayant subi une attaque de type DDoS avertissait ses clients de la panne momentanée de ses services. Au milieu du mois de juillet, plus de 2000 magasins de la chaîne WineLab ont montré porte close, durant trois jours. Attaque qui aurait eu lieu aux alentours du 14 juillet, affirme dans son communiqué la firme. Ce qui a provoqué une perte financière de 200 à 300 millions de roubles, soit entre 2,18 et 3,27 millions d’euros de manque à gagner.

  • Un charme irrésistible (21/55)

    Un charme irrésistible (21/55)

    Sur les sentiers boisés d’Ulva Island comme dans les ruelles silencieuses de la méridionale Invercargill, Flavien poursuit son voyage au bout de la planète Terre. Entre émerveillement ornithologique, rencontres inattendues et douce nostalgie, l’aventurier du bout du monde explore et expérimente. Une journée suspendue entre nature préservée, amitiés éphémères et départs à l’aube d’un nouveau chapitre. C’est aussi un jeu de rendez-vous, de découverte et de stupéfaction sur l’urbanisme à la sauce américaine.

    Ce matin du 4 janvier 2025, le réveil sonne à 8 h 15. Le ciel est clair, l’air encore frais. Une routine rassurante, presque inhabituelle, s’installe : même café que la veille, même petit-déjeuner, et le sandwich du midi glissé dans le sac comme une promesse d’aventure. À 9 h 45 précise, Flavien rejoint Golden Bay, où l’embarcation l’attend pour l’île d’Ulva (Te Wharawhara), perle sauvage, à seulement cinq minutes de traversée. « J’ai réservé le bateau pour l’île d’Ulva à 10 h », ponctue-t-il.

    À fond vers l’île d’Ulva

    « Cette petite île qui est juxtaposée à Stewart Island, pardon, l’île Stewart, est réputée pour ses nombreuses espèces d’oiseaux en voie de disparition », explique Flavien. À sa grande surprise, le bateau des îles subantarctiques a jeté l’ancre dans la baie. Entre curiosité et effervescence, il avance, arrive sur le ponton et reconnaît plein de visages familiers, comme Mat et Phil. « Mat, leader de l’expédition, est tout aussi étonné », s’amuse l’aventurier. Un échange bu tel un café au comptoir d’un bar, et Flavien repart avec un présent. « Mat m’indique un spot où je peux potentiellement voir le Gorfou du Fjordland », se réjouit-il.

    Ulva, Stewart, island

    Il prend le minuscule bateau bleu qui fuse tel un ricochet. Le retour est prévu à 15 h à l’embarcadère. « J’ai cinq heures d’exploration. » La toute petite île, Flavien en réalise deux fois le tour. L’île néo-zélandaise Ulva couvre une superficie d’environ 267 hectares, soit 2,67 km². C’est une île sanctuaire, incluse à Rakiura national park, réputée pour sa biodiversité exceptionnelle, notamment en oiseaux endémiques et rares, comme le Créadion de Lesson (Saddleback), le Nestor Superbe (Kaka) ou mieux le discret Kiwi. Celle qui s’en rapproche en métropole est située en Bretagne, l’île de Batz (3,05 km²).

    Quand on aime, on ne compte pas, souligne l’adage. « J’en réalise deux fois le tour. La première est celle qui m’offre le plus d’espèces : le Weka, la Perruche à front jaune ou encore le très rare Saddleback. » À peine de retour, Flavien se dirige vers l’endroit indiqué par Mat pour y observer le Gorfou, à 3 km de là. « Je fais chou blanc, mais la balade sous une météo radieuse est agréable. » (Crédits : AlasdairW/Wikipedia)

    Des petits traits de personnalité amusent souvent ceux qui les possèdent. « Il me reste 3,40 $ en monnaie, alors j’achète une boîte de biscuits pour 3,39 $. Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore faire ça… » De retour au camping, avec ses biscuits et un cents néo-zélandais en poche, il fonce sous la douche et tente de se raser. « Je dis que je tente de me raser, car je n’ai pas de tondeuse. Alors pour tailler ma moustache… j’utilise mon coupe-ongles… » Apprêté, il file en ville pour espérer y voir Ela, qui lui a envoyé un message cet après-midi. « Je ne la trouve pas, donc je me rends chez elle. » Elle n’avait pas remarqué sa réponse.

    Quelques minutes plus tard, le duo se retrouve autour d’un billard au South Sea Hôtel. « Je crois que la dernière fois que j’ai joué, c’était à Amsterdam », songe l’aventurier du bout du monde.

    Le pub d’ordinaire blindé est quasiment désert. L’instant est suspendu, comme sorti d’un écran de cinéma. « Jouer au billard, à l’autre bout du monde, dans un minuscule pub, avec quelqu’un rencontré quelques jours plus tôt », semble rêver Flavien. Après plusieurs verres, elle l’invite à déguster des huîtres avec sa famille. « Je ne veux pas taper l’incruste, alors nous mangeons une pizza au pub. » Chose importante, depuis le début de l’après-midi, la conversation se déroule en anglais. « Je suis content de mes progrès. Je commence à pouvoir vraiment discuter sans forcément réfléchir, chercher mes mots. » La première partie de soirée touche à sa fin, quand ils se disent « au revoir » pour de bon. « Elle souhaite voyager en Europe un jour, je l’invite à me contacter si elle vient en France. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Du pub au salon de l’auberge, il passe le reste de la soirée à planifier le lendemain. « C’est décidé, je repars pour de nouvelles aventures, après une semaine sur cette île au charme incroyable, voire irrésistible. » Mais avant de disparaître, s’il pouvait revoir une fois le kiwi. Il s’équipe de sa lampe frontale, puis, autour d’une heure, sort. « Je marche dans le village et les forêts autour pour essayer de l’apercevoir… » Mais 45 minutes s’écoulent en vain. « J’abandonne ! Il n’y a pas un bruit qui puisse le trahir. »

    D’Oban à Invercargill

    Ce matin, aucune urgence à l’horizon. « Je prends mon bateau à 12 h 15. » Cela lui permet de ranger son sac avec l’ensemble des affaires sèches. « C’est rare », acquiesce-t-il. Il est le moment de faire les ultimes emplettes, et de déposer les dernières lettres et faire tamponner quelques cartes. Il faut parfois tourner sept fois sa langue dans sa bouche, dit le sage, cela donne du temps à la réflexion. « La postière n’est toujours pas aimable… J’ai envie de lui faire une réflexion, mais je souhaite qu’elles arrivent à destination… », s’assagit Flavien.

    Il partage un sentiment tel qu’Eddy Mitchell lors de l’ultime émission « La Dernière Séance ». « Je prends un dernier chocolat chaud au pub. La vue sur la baie est baignée de ce soleil qui est là toute la journée. » Il effectue ses ultimes pas sur l’île et rejoint l’embarcadère. Flavien croise, pour la quatrième fois, un couple de jeunes Anglais. Ils possèdent une voiture à l’arrivée, mais c’est un van avec seulement deux places… « Je vais donc faire du stop pour parcourir les 30 km qui séparent Bluff d’Invercargill, où j’ai réservé une auberge pour ce soir. » Le temps est radieux. Flavien remarque le sommet de l’île depuis le large, celui même qu’il a grimpé. Mais, dû aux nuages, ou par pure timidité, il ne se découvre qu’au départ de Flavien.

    Coup de chance

    Le débarquement se déroule une heure plus tard. Flavien a ouï du français. La discussion s’engage. Ils vont à Invercargill et lui proposent de l’emmener. Magnifique, sourit-il en silence. « Je jette mon sac dans le pick-up pour ces 20 min de route. » Lui est néo-zélandais, elle française, et sont parents d’un adorable garçon. « Ils vivent désormais près d’Aubenas, en Ardèche, sacré contraste ! »

    Ils le déposent juste devant l’auberge, une économie de temps réalisée. Le choc lors de la découverte de la ville d’Invercargill (Waihōpai) est atténué. « Solène m’avait prévenu ! La ville tracée au cordeau n’a pas de charme », jette Flavien. Pourtant, il passe l’après-midi à se faire un avis. « Hormis un très beau parc et quelques monuments, comme un étonnant château d’eau, il n’y a pas grand-chose. » Une ambiance américaine y règne. Les rues dessinent des carrés parfaits, de grosses voitures américaines ponctuent les maisons de plain-pied. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les locations de voiture dans le sud sont vraiment trop chères pour sa bourse. Donc, c’est en bus qu’il s’en retourne à Christchurch, où il louera une voiture pour les quinze prochains jours. Le repas de pâtes englouti, il poursuit ses recherches pour déterminer les meilleurs endroits pour un botaniste. Flavien partage la chambrée avec quatre nouvelles personnes : deux Anglaises, un Autrichien et une autre jeune femme qui garde le silence, comme le secret de son pays d’origine. « Avec toutes ces recherches et réservations, je me couche bien tard », bâille-t-il. À suivre…

  • Qui est le plus haut : la puce ou le kangourou ?

    Qui est le plus haut : la puce ou le kangourou ?

    Dans le sport moderne, particulièrement dans l’athlétisme, il existe les épreuves de saut en hauteur, en longueur, à la perche et le triple saut. Si Javier Sotomayor détient le record du monde avec 2,45 mètres, chez les femmes c’est Yaroslava Mahuchikh qui culmine avec 2,1 mètres. Pour autant, ces hauteurs sont relatives. Si nous mettons en contraste l’incomparable, que se passe-t-il ? Entre la puce et le kangourou, qui saute le plus loin, toute proportion gardée.

    L’être humain est un mammifère doué d’une certaine intelligence et aussi de capacités physiques. Mike Powell détient le record du saut en longueur le plus grand à 8,95 mètres, ce depuis 1991. Galina Chistyakova s’affiche quant à elle avec 7,52 mètres. L’Homo sapiens que nous sommes reste un géant face à la puce. L’ingéniosité de nos prothèses, de nos trampolines et de notre capacité à observer, comprendre et mesurer les exploits des autres espèces fait notre force.

    Un saut de puce

    Quand on pense aux plus grands sauteurs du règne animal, on imagine sans peine le kangourou bondissant à travers les vastes étendues australiennes. Mais derrière ce mastodonte à la queue musclée se cache une autre star du saut. Elle est bien plus discrète, parfois même dérangeante : la puce. Minuscules, invisibles à l’œil nu lorsqu’elles bondissent, ces acrobates (parasitaires) pourraient bien battre les géants australiens… à leur échelle bien sûr. Mais qui possède le meilleur saut : le kangourou ou la puce ?

    Un mode de déplacement qui ne manque pas de rebond. Parmi les quarante-cinq espèces, quatre se détachent. Le kangourou, qu’il soit géant, gris, roux ou antilope, bondit. Le roux avec ses 1,80 mètre pour 90 kg s’impose. Le kangourou antilope mesure 1,2 mètre pour 37 kg. La couleur du mâle est rousse, tandis que la femelle se pare de gris.

    Ils tirent leurs forces de leur queue, ce qui n’est pas le cas de tous les mammifères. En pleine saison de rut, les combats de boxe sont légion pour départager les prétendants. Ces marsupiaux peuvent atteindre les 25 km/h et produisent des bonds de 1,90 m de long. En cas de danger, la hauteur passe à plus de 3 m de haut et 9 m de long, pour filer à 80 km/h sur 2,5 kilomètres. Usain Bolt, quant à lui, sprinte sur 100 m à près de 38 km/h seulement.

    80 km/h sur 2,5 kilomètres

    Pour autant, la meilleure défense est l’attaque. Les marsupiaux assènent de coups leur adversaire, et tentent par ruse de les attirer dans de l’eau pour les noyer. Si la genèse des sauts est, selon la piste des chercheurs, possiblement identifiée, le kangourou ne peut se pouvoir en arrière. Sa très lointaine cousine australienne, l’émeu, ne peut non plus se déplacer en arrière.

    Saviez-vous que le nom de kangourou, selon la légende, vient d’une incompréhension de communication ? Les Européens demandèrent aux Aborigènes en Australie comment s’appelait cet animal. Ils répondirent « kangaroo ». Ce qui se traduit par « je ne comprends pas ». Le terme est ensuite resté, car les Européens pensaient qu’il s’agissait du nom de l’animal. (Crédits : Valeriia Miller/Pexels)

    En Australie, le kangourou est appelé « boomer », tandis que la femelle est appelée « flyer ». Cette dernière possède une poche maternelle faite de muscles. Elle peut à loisir se tendre et se resserrer pour éviter que le petit kangourou ne tombe. Car, suite à une période de gestation de 30 jours, un embryon d’environ 2 cm à sa naissance se développe dans cette poche. La fameuse poche couvre les mamelles et sert de couveuse pour les petits kangourous, jusqu’à 9 mois.

    La puce, minuscule mais redoutable

    Cet insecte est redouté, voire détesté. Même le meilleur conseiller en communication peinerait à redorer son image. Malgré sa fascinante biomécanique, la puce provoque chez l’humain un sentiment de dégoût et de démangeaison quasi instinctif. Ce parasite hématophage privilégie les lieux où se cocooner : parquet, lit… Elle aime se faufiler dans les replis du linge ou du pelage animal. Elle fut l’un des vecteurs de la peste bubonique, via la bactérie Yersinia pestis transmise par les rats.

    Mais nous nous intéressons ici à la biomécanique de cet insecte. Ne mesurant que 2 à 3 mm, la puce saute sans prévenir. Elle peut bondir jusqu’à une moyenne de 32 centimètres en longueur et 20 centimètres de haut. Rapporté à sa taille, cela équivaut à un être humain mesurant 1,8 m qui sauterait près de six piscines olympiques (288 m). Et en hauteur, il pourrait du sol atterrir sur le toit de la plus haute des Tours Duo, dans le XIIIᵉ arrondissement de Paris.

    Comment est-ce possible ?

    Grâce à la résiline. C’est une protéine élastique présente dans ses pattes arrière. Cette substance agit comme un ressort microscopique, libérant une énergie colossale en une fraction de seconde. Le saut est si rapide qu’il est impossible à suivre à l’œil nu, ce qui rend la puce si difficile à attraper…

    Et l’être humain dans tout ça ?

    Il se positionne très loin derrière. Une athlète d’exception telle Galina Chistyakova (7,52 m le 11 juin 1988) ou Mike Powell, recordman du saut en longueur (8,95 mètres en 1991), restent des géants modestes face à la ridicule puce, qui bondit jusqu’à 160 fois sa taille en longueur, et 100 fois en hauteur. Même les meilleurs athlètes ne possèdent pas de telles dispositions biomécaniques.

    (Crédits : Centers for Disease Control and Prevention – CDC – / Janice Carr/Wikipedia)

    Ce qui fait notre force ? L’ingéniosité de nos prothèses, de nos trampolines, et surtout… notre capacité à observer, comprendre et mesurer les exploits des autres espèces. En prenant en compte les proportions, la puce saute le plus loin et le plus haut des deux. Mais, dans le contexte, rien ne sert d’avoir de telles dispositions hors de son milieu naturel.