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  • À la recherche du canard… bleu (30/55)

    À la recherche du canard… bleu (30/55)

    Après la visioconférence d’hier soir, Flavien est aspiré par son téléphone jusqu’à tard dans la nuit. Mais, ce soir, enfin cette nuit, il dort dans un lit, le premier depuis neuf jours. Sauf que lorsque vous partagez une chambre à plusieurs, il arrive parfois des surprises. Le lendemain sa finalité est de rallier le mont Arthur, et chemin faisant de tenter d’apercevoir le canard bleu, surnommé par son cri : Whio. Il est un canard inféodé dont il ne reste que 3 000 spécimens sur Terre.

    « Hier soir, je me suis couché tard », admet Flavien. L’aventurier semble avoir des valises sous les yeux ce matin. Il faut dire que la dernière fois qu’il a regardé son téléphone, il est deux heures. Comme un bonheur ne vient jamais seul, une femme d’un âge certain s’est mise à ronfler « comme pas possible », ajoute-t-il… « La nuit ne fut donc pas celle que j’espérais », soupire-t-il en poussant le réveil jusqu’à 8 h 20.

    De la frustration au plaisir, en une journée

    La voiture chargée, « je prends la direction du mont Arthur, où je compte dormir ce soir ». La durée escomptée pour arriver à destination lui laisse du temps de libre. Pourtant, l’aventurier n’est pas coutumier du fait, a-t-il une idée derrière la tête ? « Hier soir, j’ai glané des informations pour tenter de trouver le très rare Whio. » Ce canard inféodé aux torrents est en danger selon l’IUCN. Il ne reste que 3 000 individus, dont une population de quelques dizaines autour du Mont.

    Canard, UICN, Nouvelle-Zélande

    « Après avoir emprunté une route gravillonnée, tout de même plus praticable qu’il y a deux jours, j’arrive à mille mètres d’altitude. » Flavien stationne la voiture, puis descend un torrent, le Flora Stream, sur six kilomètres !

    « J’y croyais, j’ai mis toutes les chances de mon côté, mais rien. C’est frustrant de savoir qu’ils sont là, et de ne pouvoir les observer », admet-il. Une femme croisée sur le chemin lui indique les avoir vus hier un peu plus bas. Ni une ni deux : « Je marche deux kilomètres de plus, en vain. » Flavien n’affiche pas la même réussite qu’avec le Kiwi.

    Il est treize heures, quand il jette l’éponge. « Je dois grimper au sommet à 1700 m et parcourir les huit kilomètres pour revenir à la voiture. » Il y laisse son téléobjectif, pour prendre ses affaires de bivouac et repartir à la conquête du sommet. (Crédits : Karora/Wikipedia)

    « Je prends la direction du sommet à 760 m plus haut et 8,4 km plus loin. » C’est donc une pente moyenne assez élevée à laquelle se confronte l’aventurier (9 %). Dès les premiers mètres, le naturaliste n’avance déjà plus, et pour cause. « Je traverse de magnifiques forêts à Nothofagus fusca, N. cliffortioides et Dracophyllum traversii et n’arrête pas de déclencher l’appareil photo. » Cette journée à 24 kilomètres n’est pas encore finie, souffle l’aventurier.

    Une très longue journée de marche

    Flavien tombe en pâmoison devant ce Dracophyllum qui forme de véritables arbres. Tant et si bien qu’il ne tarit pas d’éloges. « Tout simplement admirable quand on connaît les autres espèces… », concède -t-il sans pour autant terminer sa phrase. Il se met à réfléchir, se remémore toutes les forêts traversées. Puis comme surgit une illumination : « C’est l’une des plus classes », conclut-il. À 1300 m, il passe devant une des fameuses « Hut » qui lui servira de refuge de secours s’il ne trouve pas chaussure à son pied ce soir. Le sommet se trouve dans les nuages, mais il se découvre en fin d’après-midi.

    Une fois au-dessus des cimes des arbres, le paysage se laisse découvrir. La particularité du coin, les karsts. « Je ne pensais pas voir ça en Nouvelle-Zélande. C’est beau, mais il n’y a pas d’eau. Je n’ai qu’un litre jusqu’à demain matin, je n’ai pas été des plus prévoyants sur ce coup-là. »

    La marche est longue, plus il grimpe, plus des espèces nouvelles se découvrent. Un couple croise sa route, lui indique qu’il y a une place pour sa tente sur la croupe sommitale. « Ça me rassure ! Jusqu’à maintenant je n’ai rien trouvé de convenable sur cette roche saillante. » Arrivé en haut, le soleil réchauffe le corps et l’esprit.

    Seul face à la nature

    Il n’y a pas de vent au sommet, l’aventurier se retrouve seul face à l’immensité. « La vue est majestueuse, je vois même Nelson (Whakatū) d’ici. Le coucher de soleil s’annonce splendide. » Mais, un petit hic contrarie son implantation. « L’installation de la tente est technique sur ce substrat 100 % minéral, les sardines ne s’enfoncent pas, alors je fais au mieux avec les cailloux qui traînent. » Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le vent ne se lève pas cette nuit. « Car, je ne peux pas être plus exposé à près de 1800 m d’altitude », tente de se rassurer Flavien.

    Par manque d’eau — juste un litre jusqu’à demain matin —, le repas est frugal et rustique. « Je grignote un bout de pain et de fromage que j’ai avec moi, agrémenté de quelques graines et fruits secs, c’est mieux que rien. » Le repas vite avalé, il photographie toutes les espèces qui ont colonisé le sommet. « Les réparations de mon matelas semblent tenir, je suis content pour mon dos, surtout sur ces cailloux… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    arbre, forêt,

    La pénombre parvient, suite au coucher de soleil. Le vent arrive. L’aventurier bidouille une consolidation pour sa tente. « Sans pouvoir enfoncer de sardine, c’est du bricolage », constate-t-il en croisant les doigts pour que le vent se calme dans la nuit. La chaleur du soleil laisse place à la fraîcheur, au froid apporté par le vent. « Ça commence sérieusement à cailler maintenant que le soleil s’est fait la malle », tandis qu’un frisson lui parcourt le corps, amenant au même moment la chair de poule. À suivre…

  • Présidentielle camerounaise, vers une crise politique ?

    Présidentielle camerounaise, vers une crise politique ?

    Le Cameroun s’apprête à vivre, le 12 octobre 2025, une présidentielle qui s’annonce sous haute tension. La Commission électorale (Elecam) a invalidé la candidature de Maurice Kamto, principal opposant au président sortant Paul Biya, âgé de 92 ans et en lice pour un huitième mandat. Cette décision, confirmée par le Conseil constitutionnel, a déclenché une onde de choc politique et sociale. Derrière l’événement se dessine un malaise profond : quel avenir pour la démocratie camerounaise et pour la jeunesse désabusée ?

    Pas un seul Camerounais, à Yaoundé, dans tout le pays ou ailleurs sur Terre, n’a manqué la retransmission de l’Elecam, soit sur place ou sur son smartphone. Un camouflé de justice, disent certains, quand d’autres applaudissent. Si l’élection à venir divise, imaginez un pays en Europe comme partout ailleurs où le président serait au pouvoir depuis près d’un demi-siècle.

    Un héritage multiple et complexe

    Le Cameroun, situé en Afrique centrale, est surnommé « l’Afrique en miniature ». La raison en est la diversité de ses paysages et cultures. Ce pays est le résultat d’une histoire millénaire marquée par des migrations successives. Dès le XIᵉ siècle, le nord du pays est sous domination de l’empire de Kanem-Bornou. Il s’étend à son apogée — au XVIᵉ siècle — sur la majorité du Tchad, la bordure orientale du Niger, le nord-est du Nigeria, le nord du Cameroun et une partie du sud de la Libye. Ce royaume structure des routes commerciales transsahariennes et développe un réseau administratif avancé, comme l’instauration d’impôts. Ces échanges permettent l’introduction de l’islam dans la région, influençant la culture, l’éducation et le droit coutumier.

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    Au sud-ouest, des chefferies bantoues telles que les Bamums, les Bamilékés et les Tikars s’organisaient autour de structures politiques hiérarchisées. Le royaume Bamoun, fondé au XIVᵉ siècle, se distingue par la création d’un alphabet syllabique, le Shü-mom, et par l’émergence d’une riche tradition artistique. Les Bamilékés sont connus pour leurs chefferies indépendantes et leur dynamisme commercial, en particulier le commerce du café et du cacao. Ces sociétés précoloniales témoignent de l’immense richesse culturelle et linguistique : le Cameroun compte environ 250 langues et dialectes regroupés en quatre grandes familles linguistiques (bantou, nigéro-congolaise, soudanique et nilo-saharienne).

    L’arrivée des Européens à la fin du XIXᵉ siècle le transforme profondément. La colonisation allemande (1884 ‑1918) introduit des routes et des plantations commerciales, avec une administration centralisée, souvent brutale, pour contrôler la population et exploiter les ressources.

    Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles divise le pays. La France administre environ 80 % du territoire : le centre et le sud. Comme dans toute invasion, quelle qu’elle soit, des coutumes sont instaurées. La France impose la langue, un système éducatif et administratif centralisé. Elle développe des cultures d’exportation (le cacao, le café et l’hévéa).

    Les Britanniques prennent le contrôle du nord-ouest et du sud-ouest. Ils imposent leur système éducatif, langue et des institutions plus décentralisées. Cette division historique commente les disparités linguistiques, administratives et culturelles persistantes, à l’origine des tensions contemporaines. (Crédits : Safari Consoler/Pexels)

    Le Cameroun inaugure un mouvement africain de 18 pays. Il devient indépendant le 1ᵉʳ janvier 1960 sous le nom de République unie du Cameroun, suivie par le rattachement du Cameroun britannique du sud en 1961 après un référendum. Ahmadou Ahidjo fut le premier président. Il instaure un régime centralisé visant à consolider l’unité nationale. La modernisation du pays s’effectue par la construction d’infrastructures, la nationalisation d’industries et la création d’institutions étatiques.

    Si le Cameroun inaugure les festivités le 1ᵉʳ janvier 1960, d’autres suivent de près. D’ailleurs cette période est nommée « Année de l’Afrique ».

    27 avril 1960 – Togo, 25 juin 1960 – Somalie, 26 juin 1960 – Madagascar, 30 juin 1960 – République démocratique du Congo, 1ᵉʳ août 1960 – Bénin, 3 août 1960 – Niger, 5 août 1960 – Burkina Faso, 7 août 1960 – Côte d’Ivoire, 11 août 1960 – Tchad, 13 août 1960 – République centrafricaine, 15 août 1960 – République du Congo, 16 août 1960 – Gabon, 17 août 1960 – République du Cameroun du Nord, 20 août 1960 – Sénégal (après dissolution de la Fédération du Mali), 22 septembre 1960 – Mali (après séparation d’avec le Sénégal), 1ᵉʳ octobre 1960 – Nigéria, 28 novembre 1960 – Mauritanie.

    (Crédits : amphithéâtre de l’université de Yaoundé 1 en 2014/Bdx/Wikipédia)

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    Mais au Cameroun, un homme cultive le secret depuis plus de 40 ans. Depuis son arrivée au pouvoir en 1982, Paul Biya ne l’a plus quitté, faisant de lui l’un des dirigeants les plus anciens, pas seulement en Afrique. Seul Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) fait mieux que lui. Il est président depuis 1979, soit 46 ans. Concernant Paul Biya, l’ensemble de ses discours sont scénarisés, le protocole est rigide. Quant au contre-pouvoir qu’est le monde du journalisme, il n’est pas souvent, voire jamais convié. La dernière interview, consentie à un journaliste local, remonte à 2002.

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    Cette continuité amène forcément une stabilité politique. Mais à contrario, elle accentue des tensions ethniques, régionales et linguistiques, ainsi qu’entre zones urbaines en forte croissance et zones rurales marginalisées. C’est en surfant sur ces différences que son règne perdure.

    Il est facilité « par les complexités inhérentes au Cameroun, la diversité ethnique et linguistique de la nation, englobant plus de 250 groupes, entrave l’opposition unifiée. Les alliés politiques exploitent ces divisions, alimentant les sentiments tribaux, tandis que les héritages religieux et coloniaux contribuent à cette fragmentation. Le nord majoritairement musulman est souvent en désaccord avec le sud chrétien, tandis que les différences persistantes entre les régions anglophone et francophone — s’éloignant des divisions coloniales — compliquent encore une position unifiée contre le dirigeant de longue date », explique Shuimo Trust Dohyee (Africascountry). (Crédits : Kelly/Pexels)

    Aujourd’hui, le Cameroun se trouve à un carrefour historique et démographique. Sa population estimée à plus de 29,12 millions, un taux de croissance démographique de 2,6 % par an, le pays doit relever des défis majeurs en matière d’urbanisation, d’emploi et de services publics. Entre héritage, diversité culturelle, pression démographique, le Cameroun illustre la complexité d’un pays qui tente de conjuguer traditions, héritages et modernité dans un contexte africain en pleine mutation.

    Invalidation du candidat Maurice Kamto

    Le 12 octobre prochain, le Cameroun se prépare à élire son prochain président. À 92 ans, Paul Biya brigue alors un huitième mandat consécutif. Cette longévité comme la situation interroge : le Cameroun peut-il encore espérer une véritable alternance démocratique ? Mais à quelques semaines du scrutin, l’invalidation de la candidature de Maurice Kamto, principal opposant au président sortant Paul Biya, soulève une question plus qu’une autre : « Le Cameroun bénéficie-t-il d’un régime démocratique ? »

    Maurice, Kamto, Cameroun

    Arrivé second de la présidentielle de 2018 (503 384 voix, 14,23 % des votants, 7,55 % des électeurs), remporté par Paul Biya (2 521 934 voix, 71,28 % des votants, 37,82 des électeurs) l’invalidation de sa candidature par Elecam scelle son avenir.

    L’invalidation de sa candidature est justifiée au motif que son parti aurait présenté deux dossiers de candidature (Maurice Kamto et Dieudonné Yebga), en contradiction avec le code électoral. « La décision d’exclure Maurice Kamto de la course à la présidence reflète la persistante intolérance du gouvernement à l’égard de toute opposition et dissidence et intervient dans un contexte de répression accrue à l’encontre d’opposants, d’activistes et d’avocats à l’approche des élections, prévues plus tard cette année », écrit Human Rights (HWR). Le débat persiste sur l’indépendance de ces institutions, souvent perçues comme proches du régime. En marge de la décision du 26 juillet, des marches et manifestations sont organisées à Yaoundé, puis le 4 août. (Crédits : Bagassi Koura/Vox Africa)

    Elles sont 52 personnes à avoir été arrêtées ce jour-là. Parmi elles, dix sont toujours retenues, indique RFI. Des militants et sympathisants du parti d’opposition de Maurice Kamto, le MRC. Ils étaient venus assister aux audiences publiques du contentieux préélectoral au Conseil constitutionnel, dont l’accès à la salle leur avait été interdit. « Il n’y a eu ni bagarre ni manifestation », assure l’avocat Hyppolite Meli. Pourtant, ces militants ont été interpellés peu après, dans un supermarché, et accusés de « rébellion ». À noter qu’Olivier Bibou Nissack est privé de liberté depuis 2020. « Les autorités devraient mettre fin à la répression de l’opposition et libérer immédiatement toutes les personnes arrêtées pour des raisons politiques », poursuit HRW. Il existe toujours une différence entre ce qui est légitime et ce qui est légal.

    L’État des lieux du Cameroun

    À la question : « Le Cameroun bénéficie-t-il d’un régime démocratique ? » Pour répondre à cette simple question, il est nécessaire de faire l’État des lieux. Le parlement européen en date du 3 avril 2025, acte le comportement délétère du pouvoir en place contre les journalistes. Elle prie instamment les autorités camerounaises de mettre « un terme à leur pratique consistant à juger des civils devant des tribunaux militaires, contraire au droit international, et de cesser d’invoquer abusivement des accusations de terrorisme, de subversion et de diffusion de fausses informations dans les procédures engagées contre des journalistes. »

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    L’Union européenne exhorte à libérer immédiatement et sans condition Amadou Vamoulké, Kingsley Fomunyuy Njoka, Mancho Bibixy, Thomas Awah Junior et Tsi Conrad. Mais également de cesser leur pratique consistant à juger des civils devant des tribunaux militaires, ce qui est tout bonnement contraire au droit international.

    Elle invective de cesser sur le champ d’invoquer de manière abusive des accusations de terrorisme, de subversion et de diffusion de fausses informations dans les procédures engagées contre des journalistes. Comme Christophe Gleizes, journaliste français qui est condamné à sept ans de prison ferme en Algérie pour « apologie du terrorisme ».

    Fin 2024, 361 journalistes étaient emprisonnés dans le monde, selon un décompte du Comité de protection des journalistes (CPJ) publié vendredi 16 janvier. Pour la première fois Israël se trouve dans le haut du classement des pays qui enferment le plus, derrière la Chine. (Crédits : OurWorldinData.org/democracy|CC BY)

    Selon l’ONG Freedom House, le Cameroun obtient en 2024 un score de 15/100. Les droits politiques sont notés à 6/40 et les libertés civiles 9/60. De ce fait, l’ONG le classe parmi les pays « non libres ». En comparaison la France affiche 89/100 (38/40 et 51/60), avec des nuances marquées concernant la période du Covid-19. Le Democracy Index de l’Economist Intelligence Unit (EIU) attribue au Cameroun de Paul Biya la note de 2,2/10, dans son dernier rapport. Ce qui lui confère une place dans la catégorie « régime autoritaire ».

    L’EIU se base sur différents facteurs : le pluralisme électoral, les libertés civiles, la participation politique, la culture démocratique et le fonctionnement du gouvernement. Quant au Polity IV Project, il évalue le pays à -7, confirmant une dynamique autocratique enracinée. Ces indicateurs internationaux mettent en lumière la fragilité de la démocratie camerounaise et confortent les critiques adressées au régime Biya.

    Jusqu’ici, la communauté internationale s’est montrée prudente. Ce silence relatif reflète un équilibre délicat : préserver la stabilité régionale tout en dénonçant les atteintes aux libertés. Avec plus de 1,2 million d’électeurs inscrits, d’après les chiffres d’ELECAM, l’extrême nord du Cameroun reste un bastion électoral important pour le parti au pouvoir. Ce qui inquiète les pays voisins du Cameroun est le risque de crise postélectorale, donc de stabilité dans la région. (Crédits : Kelly/Pexels)

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    Bien au-delà du scrutin qui ne semble selon la presse n’avoir que peu de changement, le Cameroun reste confronté à des crises sécuritaires majeures. Dans l’Extrême-Nord, Boko Haram a repris ces attaques terroristes, fragilisant la cohésion nationale. Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le conflit séparatiste, déclenché en 2016, a déjà fait plus de 6 000 morts, de nombreux otages et déplacé plus d’un million de personnes. Une élection contestée pourrait attiser ces foyers de tensions et amplifier la violence politique.

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    L’économie camerounaise repose encore sur des piliers fragiles : l’exportation de pétrole, de cacao, de café et de bois. Malgré une légère augmentation du PIB de 3,5 % en 2024, contre 3,2 % en 2023, « sous l’effet de la hausse des prix du cacao, de l’augmentation des rendements du coton et de l’amélioration de l’approvisionnement en électricité. »

    Une diminution de l’inflation moyenne de 7,4 % à 4,5 % entre 2023 et 2024, le déficit budgétaire global s’est creusé jusqu’à 1,5 % du PIB en 2024 (0,7 % en 2023). La dette publique augmente de 1,52 %, passant de 46,1 % à 46,8 % du PIB, l’essentiel sous forme de dette extérieure. D’autant que « malgré la croissance globale de la richesse totale qui a atteint 553 milliards de dollars en 2020, contre 311 milliards de dollars en 1995, la richesse nationale par habitant a diminué de 11 % entre 1995 et 2020. » (Crédits : Quang Nguyen Vinh/Pexels)

    « Le pays est confronté à un risque élevé de surendettement dû à des problèmes de liquidité », communique la Banque mondiale. Le communiqué alerte sur l’épuisement des forêts du pays. « L’épuisement des forêts du Cameroun s’est considérablement accéléré après 2010, avec une conversion significative des forêts de plaine en mosaïques forestières entre 2010 et 2020 et dépassant cinq fois le taux observé au cours de la décennie précédente. » Il est donc impératif de mettre en œuvre des réformes budgétaires audacieuses pour combler ces lacunes et stimuler la productivité à l’échelle de l’économie, insiste Robert Utz, économiste (la Banque mondiale) et l’un des auteurs du rapport.

    La jeunesse camerounaise, une génération désenchantée

    L’invalidation de Kamto a provoqué un sentiment de résignation chez de nombreux jeunes. Témoignages et reportages montrent que certains ont choisi de déchirer leur carte d’électeur, symbole d’un désengagement politique profond, et face au chomage. La jeunesse, qui représentait un espoir de renouvellement, semble aujourd’hui désabusée par un système politique verrouillé. Ce désenchantement reflète une fracture sociale : entre un pouvoir enraciné et une jeunesse aspirant à plus de transparence, le fossé se creuse inexorablement.

    Trace, route, Afrique

    Le recul durable de la participation électorale et l’affaiblissement de la société civile sont à envisager. En 2018, la participation atteignait 53,85 %. La stabilité politique du pays et de la région Afrique centrale pourrait être fragilisée. « C’est une espèce d’oligarchie qui gouverne aujourd’hui notre nation (Cameroun). Bien malin celui qui dirait qui actionne les manettes », a déclaré l’ancien ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary à TV5 Monde.

    La gestion de cette élection sera donc scrutée de près, tant à l’échelle nationale qu’internationale, d’autant que la fille du président, Brenda Biya appelait dans une vidéo supprimée depuis à ne pas voter pour son père. Ce avant de revenir sur ses déclarations. (Crédits : Kelly/Pexels)

    Trois scénarios s’ouvrent alors pour le Cameroun. Le statu quo : Paul Biya est réélu sans contestation majeure, prolongeant la stabilité institutionnelle, mais aussi le blocage politique, le manque de liberté, les arrestations arbitraires… La crise politique : la contestation post-électorale dégénère en répression, avec un isolement international accru et un risque de radicalisation des mouvements sociaux, ainsi qu’une instabilité ressentie chez les pays voisins. Ou bien la transition forcée : un départ naturel ou politique du président ouvre une ère d’incertitude, avec une succession difficile à maîtriser et des luttes internes au sein du RDPC, son parti.

  • Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Après une nouvelle nuit sur le siège passager, Flavien affiche une moue dubitative, voire la tête de Grincheux. Les années se suivent, et semblent être le miroir des précédentes. Le coup de Trafalgar arrive à mi-parcours, juste après les fêtes familiales de Noël. Depuis son voyage sur l’île d’Amsterdam (TAAF) en 2021, il n’a pas profité des festivités en famille. La chaleur de ces moments ne se rattrape pas, le temps file, mais l’expérience acquise en vaut-elle la chandelle ? Est-ce que l’année 2025 sera celle du renouveau ? Seul Flavien le sait…

    « Ce matin, je ne me suis pas levé du bon pied », confirme l’aventurier du bout du monde. Le premier coup de mou du périple se présente. Comble du bonheur, la pluie lui souhaite la bonne journée. « Ça faisait longtemps », soupire-t-il intérieurement ! Voyageant seul, il ne peut compter que sur lui pour se remonter le moral. C’est ainsi qu’il se lève, et se prépare à se ceindre les reins.

    L’indécis part en voyage

    Pas vu pas pris, dirait le légionnaire. « Je ne tarde pas à prendre la route, car il est interdit de dormir sur ce parking. » Avant que quiconque débarque, il file en direction de Fox Glacier. Après près de deux heures de route, passant parfois dans des forêts millénaires incroyables, savoure-t-il, « J’arrive à Franz Joseph, l’étape du matin. » Cette petite ville s’est construite avec le tourisme du glacier qui la surplombe.

    Glacier, neige, nature

    Partir à la découverte des glaciers Fox (Te Moeka o Tuawe) et Franz Josef (Kā Roimata o Hine Hukatere) est une pérégrination incontournable pour les aventuriers. Au cœur du Westland Tai Poutini National Park. Le voyageur se sent minuscule, témoin d’un monde en équilibre fragile, où chaque pas rappelle que la beauté peut s’effacer.

    Le temps très brumeux laisse place à la pluie. Flavien marche sur un kilomètre pour admirer la vue sur le glacier. « Il est aujourd’hui à plus de 3 km de là alors qu’il était ici quelques décennies plus tôt, impressionnant. »

    Le glacier recule, la vallée s’élargit, et pourtant, au cœur de cette blancheur, demeure le sentiment de toucher du doigt quelque chose de plus ancien que l’homme. « Finalement, je rallonge la marche par une petite rando de 4,5 km. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Avec ce temps, rien d’exceptionnel à se mettre sous la dent. Mis à part Dawnsonia superba, la plus grande mousse du monde, « J’avais oublié qu’elle poussait en Nouvelle-Zélande, elle ». Flavien reste indécis sur le programme de la journée, déjà entamée. Seule certitude, le coucher de soleil sur les Pancakes Rock ce soir, à 3 h 30 de trajet au nord d’ici, commente-t-il. « Donc, avant de reprendre la route pour une énième fois, je passe au DOC. »

    L’avantage est que, mis à part la fonction officielle, il fait office d’office de tourisme. L’aventurier en profite pour remplir ses gourdes et jeter un œil à ses messages.

    « C’est toujours un moment à part d’allumer le Wi-Fi. » La connexion au monde irréel de l’Internet où tout un chacun partage tout et rien. « C’est comme un sentiment de solitude quand on voit ce que les amis font entre eux. »

    C’est à cet instant qu’il apprend une nouvelle qui ne le ravit pas du tout. Mais la vie nous enseigne à faire face aux mésaventures. « Tant qu’à faire, autant savoir ça aujourd’hui. L’avantage est que ça ne me casse pas une super journée », se rassure-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    mer, océan, nature

    Chamboulé, voire émoussé, il se place devant le volant et avale l’asphalte pour réfléchir. Au fur et à mesure, le soleil fait son apparition. Flavien est désormais moins seul. D’autant que quelques Rhopalostylis apparaissent en bord de route. « C’est l’unique palmier de Nouvelle-Zélande, que je n’avais pas encore vu sur l’île du Sud. »

    À défaut d’une glace, des Pancakes Rock

    C’est en fin d’après-midi que l’aventurier du bout du monde arrive près des Pancakes Rock. Frustré de n’avoir pas trouvé une glace à croquer à Haast, il espère se rattraper. « Je prends un cornet avec deux boules », se réjouit le jeune homme. Il faut se faire plaisir, pense-t-il tout haut. Mais un autre l’attend patiemment. « J’enchaîne par une modeste rando de 4 km dans la vallée des palmiers. Romain me l’a recommandé. Il avait raison, j’en suis ravi. » Des milliers de palmiers poussent au milieu de fougères arborescentes dans des gorges calcaires, qui sont dignes de celles du Tarn, ou presque s’amuse Flavien.

    Pancakes, Rock, New-Zealand

    Des dizaines de Wekas — ces petits râles aptères et endémiques que je n’avais rencontrés que très brièvement sur Ulva Island — traversent le chemin sans peur. « J’ai le loisir de les photographier sur toutes les coutures. »

    Le futur s’annonce pluvieux. Direction le point Wi-Fi pour organiser la journée du 15 janvier, donc demain, murmure-t-il. « Je réserve une auberge. Ça fait neuf jours que je n’ai pas dormi dans un lit. Oui, je sais, j’ai connu pire, mais si je veux recouvrer mon quota de sommeil pour mes derniers moments avec la voiture de location. »

    Mais un autre événement le conduit aussi dans cette auberge. « J’ai une visioconférence pour l’atlas des TAAF dans la soirée, il me faut donc un endroit calme et adéquat. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La soirée se finit près de ces fameux Pancakes Rock à admirer le coucher de soleil… nuageux. Voir le verre à moitié plein, dit le sage. « Ces formations dolomitiques sont impressionnantes. » Flavien réussit tant bien que mal à les photographier. Avant de dénicher un nouvel espace de stationnement pour y passer la nuit, Flavien dîne sur le parking du glacier, le réchaud à même le bitume. « Pourquoi ? Parce que je suis juste à côté des toilettes pour accéder à l’eau et pouvoir faire la vaisselle, pardi ! ».

    Une vie sans sous-vêtements…

    Comme la précédente, « je dors sur un parking interdit à la nuitée ». L’auberge qu’il a réservée pour ce soir se trouve à Nelson. Il n’y a que quatre courtes heures de conduite pour s’y rendre, « alors il faut que je comble mon trajet vers le nord », songe Flavien, une idée derrière la tête.

    Durant la matinée, il emprunte la route longeant la côte Ouest. « Elle est magnifique », commente le naturaliste. Il effectue quelques arrêts, mais le plus important est réservé à Westport, la « grosse » ville du Nord-Ouest. Sur place, le mode tourisme est activé. « J’aime bien l’ambiance de la petite rue principale. Je me fais plaisir, et je m’offre un chocolat chaud. »

    Charité bien ordonnée commence par soi-même, Flavien !

    « En venant, j’ai vu sur un panneau qu’une colonie d’otaries n’était pas loin. » Un spectacle observé à plusieurs reprises, mais comme à chaque fois la magie opère. « La colonie n’est pas aussi importante que j’espérais, souffle-t-il. Je regarde les jeunes jouer et pousser leurs cris qui me rappellent de nombreux souvenirs. » (Crédits : RyanMcGuire/Pixabay)

    laverie, vêtements, lessive

    Puis, il reprend le volant, la route continue. « Je traverse très peu de villages, c’est sauvage », explique-t-il. Jusqu’au moment où un panneau indique qu’il n’y a plus de stations-service pendant les prochains 100 km. C’est à ce moment que, malgré la certitude du réservoir plein, l’œil de Flavien se fige sur la jauge à carburant.

    Le bonheur simple de s’allonger sur un lit

    Avant de voir le panneau de la ville de Nelson, Flavien ondule dans les gorges de Buller. C’est un endroit où la rivière du même nom (Kawatiri) chemine entre falaises de schiste et de grès. Elle ouvre inclusivement la vision d’une nature sauvage et secrète à chaque visiteur. « J’effectue quelques pauses dans les gorges que je serpente », avoue l’aventurier en filant vers Nelson… La grande localité se niche au nord de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, qu’il atteint à 14 h 30.

    matelas, orange, main

    Sa réservation située au cœur de ville offre peu ou pas de gratuité au stationnement. « Je trouve une place pour seulement 3 NZD (1,5 €) pour être garé jusqu’au lendemain matin. »

    Mais à 15 h arrive la délivrance. « Je m’allonge enfin sur un lit, neuf jours plus tard… » Un plaisir que tout un chacun goûte quotidiennement sans en prendre la pleine conscience. C’est aussi le moment de la grande lessive de printemps, pour le contenu et le contenant.

    « Pour seulement 8 NZD, tous mes vêtements sont propres et secs. » Donc, à la place d’examiner les habits tourner et se retourner dans la machine à laver le linge, il en profite pour faire ses emplettes. Mais comme l’ensemble de ses vêtements, ou presque, se contemple à travers le hublot, « je me promène à Nelson sans sous-vêtements en attendant… ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il prend enfin le temps de se pencher sur son matelas. Grâce aux rustines présentes dans son sac, la réparation semble tenir. « Je croise les doigts », prie Flavien. Avant de s’installer dans le lounge pour sa visio : « J’engloutis une pizza bien grasse pour changer des pâtes au pesto et du fromage. » L’équipement utilisé depuis sa première expédition sur l’île d’Amsterdam s’use. « Aussi, cet après-midi j’ai acheté de nouveaux écouteurs, car les anciens arrivaient en bout de course, comme une partie de mon matos d’ailleurs… » Sa réunion dure 2 h 30, mais il passe le reste de la soirée sur son portable, le confort d’un lit fait tout oublier, même le temps qui file à toute vitesse. À suivre…

  • Cyberattaques : un fléau qui frappe la France

    Cyberattaques : un fléau qui frappe la France

    En France, les cyberattaques ne cessent de se multiplier, touchant aussi bien les hôpitaux que les entreprises privées. Le site Ransomware Live recense déjà 402 attaques revendiquées par des groupes criminels organisés, ce depuis 2017. Un chiffre impressionnant, qui ne reflète pourtant qu’une partie de la réalité, puisque de nombreuses intrusions restent dans l’ombre. Les conséquences pour les entreprises subissant des cyberattaques peuvent être multiples : financières, réputationnelle et juridique.

    Les conséquences sont lourdes : pertes financières, atteinte à l’image, responsabilité juridique… faillite. Aucun secteur n’est épargné. Les cybercriminels, souvent jeunes, multiplient les assauts en exigeant des rançons contre la restitution ou la non-divulgation de données chiffrées. Mais les premières attaques remontent au 11 décembre 1989.

    Une menace omniprésente, des conséquences sans limites !

    Les vendredi 12 et samedi 13 mai 2017, Renault a dû interrompre la production dans de nombreuses usines à Batilly en Meurthe-et-Moselle, Douai dans le Nord, Sandouville en Seine-Maritime, Novo Mesto dans le sud-est de la Slovénie ou encore à Pitesti, en Roumanie. Il était urgent d’isoler les ordinateurs et les serveurs infectés par le ransomware Wannacry. Europol qualifie cette cyberattaque « d’un niveau sans précédent », car plusieurs dizaines de milliers de systèmes d’informations sont affectés, dans au moins 70 pays.

    Il n’y a pas un seul jour où des sociétés publiques comme privées ne soient sous le joug de groupes composés de cybercriminels, souvent jeunes. Les ransomwares « Qilin » revendique les cyberattaques de Bio3g, Wouters France, EPLS, PathoQuest, « The Gentlemen » affiche LPP, SAelen/Heizomat et Peggy Sage via « Datacarry ».

    Depuis « Wannacry » et Renault en 2017 , les ransomwares sont responsables de plus de 400 attaques réussies et rendues publiques dans l’hexagone. Parmi les plus actifs : LockBit (91 attaques connues), Qilin (30), 8Base (27), RansomHub (18), Hunters (12), Alphv/BlackCat (11), et d’autres comme Cl0p, Cactus, Play…

    Double extorsion

    Si les ransomwares dominent l’actualité, ils ne sont pas seuls. Les principaux vecteurs les plus connus du grand public sont les ransowmares, phishing et spear-phishing comme les attaques DDoS.

    Le phishing consiste à piéger les victimes par de faux courriels pour leur soutirer des informations sensibles. Le spear-phishing va plus loin, avec des messages personnalisés et donc plus crédibles. Les attaques DDoS, déni de service distribué paralysent quant à elles des sites web en les saturant de requêtes.

    Ces méthodes, souvent combinées, peuvent conduire à l’arrêt total d’une activité. De nombreux groupes, tels que Datacarry, adoptent une stratégie de double extorsion : ils menacent de les divulguer si la rançon n’est pas payée.

    (Crédits : Anete Lusina/Pexels)

    Ces attaques peuvent paralyser les sites web d’entreprises, entraînant des pertes financières et une altération de la réputation, voire bien pire : la faillite. Le plus emblématique des exemples sur les conséquences des cyberattaques se déroule outre-manche. Le géant britannique du transport, KNP Logistics a dû fermer ses portes en mai 2025 après une attaque du ransomware Akira de juin 2023. Une faillite brutale après 158 ans d’existence.

    L’attaque de Peggy Sage par Datacarry

    Le 15 août 2025, la marque française de cosmétiques Peggy Sage a été victime d’une cyberattaque revendiquée par le groupe Datacarry. Les opérateurs derrière le ransomware divulguent 11,3GB de données compressées sur leur site vitrine. L’ensemble des informations une fois décompressé atteint 14,3 GB. Quatre dossiers et trois documents au format CSV : stg_client de 6,9 Mo, un autre ods_client de 139.1 ko et dwh_client de 963,4 ko.

    Respectivement, ils affichent 268, 12742 et 1896 lignes. Puis quatre dossiers : Personnel de 1,2 Go (1,4 Go décompressé), shop_personnel de 5,9 Go (6,1 Go), recrut de 644,3 Mo (880,9 Mo), webOrders_old de 141,7 Mo (501,3 Mo) et recrut2 de 4,2 Go (5,5 Go).

    Les fichiers divulgués sont particulièrement sensibles : données personnelles (pièces d’identité, cartes vitales, coordonnées bancaires, adresses, numéros de téléphone…), documents RH (Documents pour le recrutement, correspondances France Travail, organigramme…), données internes (commandes, bases clients, favoris de navigation…). (Crédits : capture d’écran)

    Autrement dit, des informations exploitables pour lancer d’autres attaques ciblées contre les salariés ou les clients, par phishing ou usurpation d’identité. Chaque nouvelle cyberattaque rappelle la même réalité : la cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux experts. Elle concerne les entreprises, leurs employés, et les citoyens dont les données circulent désormais sans protection. À l’heure où plus de 400 attaques revendiquées depuis 2017, rien qu’en France par ransomware, ont déjà été revendiquées par les cybercriminels, la question n’est plus de savoir si une vous allez être attaqué, mais : quand ?

  • À mi-voyage, Flavien court toujours (28/55)

    À mi-voyage, Flavien court toujours (28/55)

    Une arrivée tardive au camping hier soir, une tente montée en deux temps, trois mouvements, un matelas dégonflé depuis deux jours… Même en ajoutant des vêtements, il reste à plat. Tant et si bien que la nuit n’a pas été bonne. Comme attendu, l’expérience ne sert qu’à partir du moment où l’on en dispose. Cette quantième du 13 janvier 2025 ponctue la moitié de son voyage en Nouvelle-Zélande. Un parcours marqué de nombreuses confrontations, mais l’autre est tout aussi savoureuse.

    « Je me suis réveillé à 3 h 40… Impossible de me rendormir sur ce matelas dégonflé. » Il grimpe donc en pleine nuit dans la voiture. Ainsi il somnole sur le fameux siège passager, son meilleur ami du moment, jusqu’à 7 h 45. « J’attends l’ouverture de l’accueil du camping (Alexandra Tourist Park) pour payer les 28 NZD de la nuit puis direction Old Man Range (Kopuwai), une chaîne de montagnes reconnue pour sa flore », commente-t-il.

    Une belle frayeur… au volant

    Les paysages aux alentours sont dénudés… Pas une forêt à l’horizon… « Quel pays de contrastes ! » N’ayant pas réussi à glaner quelques informations sur l’accès, Flavien, bille en tête, attaque le chemin de gravier comme les jours précédents. Un léger détail s’accroche : il y a 1400 m de dénivelé à grimper cette fois. « Au bout de quelques centaines de mètres, je me rends compte que le terrain est bien plus compliqué et que ça ne va pas en s’arrangeant. J’ai peur pour ma caution… »

    Finalement au bout de quatre à cinq kilomètres de conduite, « je juge qu’il est plus prudent de m’arrêter ». Sage décision, semble-t-il. « Le chemin est inaccessible sans un 4×4. J’ai patiné dans la montée… Les gros cailloux me procurent des frayeurs pour le bas de caisse. »

    C’est statué ! L’aventurier marche durant les cinq mille mètres et les huit cents mètres de dénivelé, quand après un minuscule quart d’heure un 4×4 arrive à toute allure. « Je lui fais signe de s’arrêter, ce qu’il effectue par chance. Je balance mon sac à l’arrière du pick-up, et me voilà parti à vitesse grand V ».

    Le duo discute tout au long des dix petites minutes nécessaire pour gravir la difficulté. « Il fait du 50 km/h sur ce terrain défoncé, alors que j’arrivais à peine à faire du 10, voire 15 km/h de mon côté », s’insurge Flavien. (Crédits : Dovonan Kelly/Pexels)

    Le chauffeur s’épanche sur sa condition. Il est maçon, et il est parti chercher de l’or. Incroyable, songe Flavien. Le pick-up, l’or, un accent américain, tout pour faire penser aux USA… remarque le naturaliste. « Je sais que la région fut un haut lieu de la ruée vers l’or, mais j’ignorais que certains en cherchaient encore. »

    Il dépose Flavien et son sac au sommet, à près de 1700 m. « Le temps est au beau fixe, une nouvelle fois, quelle chance. Alors qu’il fait chaud en bas, à présent il me faut mettre deux couches. » Le paysage est dénudé à l’extrême, l’aventurier du bout du monde n’a jamais vu des fellfields aussi étendus, se confie-t-il. « Le chercheur d’or m’expliquait qu’il y a encore deux mois la glace s’accrochait aux rochers, compte tenu du vent donc du froid qui peut régner ici. » C’est un mont Ventoux néo-zélandais poussé à l’extrême, sourit-il de sa comparaison.

    Le royaume nu des fellfields

    En aparté, un fellfield est une haute plaine pierreuse, balayée par les vents, où la terre se mêle aux roches brisées, comme si la montagne avait éclaté en éclats d’ardoise. C’est surtout un monde de silence et d’austérité, au-delà de la limite forestière, là où seuls survivent les plus robustes : des coussins végétaux, des mousses tenaces et des fleurs alpines miniatures.

    La lumière, sur les pierres, s’y réfléchit comme sur une mer pétrifiée. À l’image du sol qui reflète les rais du soleil comme sur une route mouillée, Flavien y marche comme sur le toit du monde, dans un décor sculpté par le temps, l’eau et l’air, un lieu de dénuement le plus total, mais d’une extrême pureté.

    C’est un écosystème que l’on retrouve dans les Alpes du Sud ou sur certaines crêtes volcaniques, et qui témoigne de la force d’adaptation du vivant dans les environnements les plus rudes. « Un Raoulia et Dracophyllum muscoïdes dominent largement les communautés végétales », constate le naturaliste. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pour trouver des espèces nouvelles, il cherche derrière les énormes rochers dominant la crête et qui rendent ce lieu unique. La crête fait plusieurs kilomètres, le paysage est vite monotone, mais prodigue une vue plongeante sur la région environnante. « Après près de trois heures de prospection, je prends le chemin de la descente. Je parcours les 800 m de dénivelé à pied. » Lorsqu’il retrouve sa voiture de location, en bas, la température monte en flèche sur l’échelle du thermomètre. « 29 °C, je ne suis plus habitué. » Il en profite pour ôter quelques couches avant de déguster, sur le pouce, un bout de pain et de fromage. Puis file sur la côte ouest en direction d’Haast, à quatre heures de conduite.

    Flavien effectue une pause près d’un supermarché. Via le Wi-Fi, c’est le point météo des nycthémères à venir. « Ce que je n’ai pas fait depuis quatre jours, admet Flavien. Mis à part deux jours pluvieux, ça s’annonce pas si mal que ça », se réjouit-il. Installé à droite, ceinture bouclée, l’asphalte défile. « Cromwell, Wanaka, Haast, les villes s’enchaînent. » Avant sa destination, une curiosité attire son œil de photographe aguerri. « Je fais une légère pause intéressée, pour aller voir une cascade non loin de la route. »

    Le gourmand-gourmet de crèmes et cônes glacés fait chou blanc à Haast. « J’espérais, en m’arrêtant à l’unique café, y trouver une glace. » Il fait contre mauvaise fortune bon cœur, sachant qu’il y aura forcément d’autres endroits pour en déguster une. Stationné à Monro Beach, il s’enquiert d’autre chose. « C’est là mon ultime chance d’apercevoir le Gorfou du Fjordland. Romain, un ami d’Ugolin, l’a vu ici l’année dernière, mais plus tôt dans la saison. »

    Le timing était parfait

    En effet, celui-ci niche d’août à novembre. « Je tente ma chance. » Après une demi-heure de marche dans la forêt vierge, Flavien arrive sur une plage de galets magnifique. « Durant deux heures, un couple scrute les gorfous en vain », se résigne-t-il. Sur la plage, à l’abri des regards derrière un rocher, il déjeune. « Enfin, j’essaie malgré les nombreuses sandflies qui veulent ma peau. »

    Difficilement supportable, Flavien se dirige vers le cap pour y trouver du vent, « seul moyen de se débarrasser de ces sandflies ». Il y rencontre le poète caché. « La côte est magnifique. Le coucher de soleil s’annonce prometteur. Je m’installe sur un rocher et contemple les couleurs qui s’accentuent de minute en minute. » Toujours pas de gorfous… « Un autre couple d’Allemands arrive, quand les dauphins nous offrent une représentation de sauts, pile au moment où le soleil passe derrière l’horizon, le timing est parfait. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Un souvenir refait surface. L’an dernier, sur le canal de Beagle, des dauphins apparaissaient au passage devant un glacier. « C’est le cadeau de consolation de ce gorfou que je ne verrai donc sûrement jamais. Il n’y aura pas de treizième espèce durant ce voyage. » Le naturaliste s’en retourne de nuit sur le sentier qu’il peine à distinguer. « Il est interdit de dormir sur le parking… Il est bientôt 23 h et il n’y a que moi sur ce parking. Alors une fois de plus le siège passager sera mon meilleur allié. ». À suivre…

  • À vos risques et périls (27/55)

    À vos risques et périls (27/55)

    La journée débute par une maxime, ou un titre de film selon votre choix : l’aventure c’est l’aventure. C’est un adage que Flavien applique dès ce matin au réveil. Aujourd’hui le naturaliste pointe sur la carte Bordland Saddle. Seule inconnue est la piste pour rallier le col. Une distance de seize petits kilomètres à parcourir, dans un sens et dans l’autre. Si la nuit sur le siège passager laisse peu de séquelles sur le dos du baroudeur, partie du corps qui reste essentielle pour tout un chacun. La vie est faite de priorités, à trop reculer, on risque de confondre vitesse et précipitation.

    Le mal de dos de la veille semble avoir disparu durant le sommeil du juste, ou du moins il demeure silencieux. La bonne surprise est cette nuit sur le siège passager. « J’étais plein de préjugés, je m’attendais à pire que ça », bien que cela ne vaille pas la nuitée sur le matelas. « Je prends la direction de ce col qui se trouve au bout de 16 km de piste. » L’appréhension le gagne. Lui qui ne souffre pas de l’impréparation. « L’inconnue dans l’équation est l’état de la piste », s’interroge Flavien.

    Une randonnée périlleuse

    Malgré les recherches effectuées, peu ou pas d’informations glanées, alors il se lance tambour battant. Au bout de quelques kilomètres sans encombre, un panneau apparaît, comme surgi de nulle part. Ce dernier peut vous glacer le sang. « La suite est aux risques et périls de chacun », lit Flavien à bord de son automobile. Un message est adjoint : « La route est déconseillée pour les deux roues motrices. »

    « Je prends mon courage à deux mains. Je serre les fesses pour ma caution… Et je m’engage… Sur la piste. » L’ambiance dans la voiture est au silence absolu, même le moteur étouffe son ronronnement. Équipé d’une berline, l’aventurier joue l’équilibriste.

    « Je n’en mène pas large. » Il parcourt la distance en une heure, et rallie Bordland Saddle. Sur le parking, chaque véhicule est un 4×4, enfin tous sauf un. « Qu’est-ce que je fais ici », se questionne-t-il.

    Je suis là pour l’aventure, non ?

    Avec tant d’efforts, la météo semble lui faire une fleur. Le climat est radieux, pour un lieu où il est censé pleuvoir le plus en Nouvelle-Zélande. À peine garé, Flavien ne perd pas de temps. Il s’attaque au dénivelé de l’unique chemin partant du parking. Après moins d’un kilomètre, le sentier disparaît et plus de traces sur son GPS non plus. « Je suis là pour l’aventure, non ? », se persuade Flavien. Malgré un panorama remarquable, le naturaliste avoue n’avoir pas eu grand-chose à se mettre sous l’appareil photo. « Je tente de rallier le sommet qui me surplombe. »

    Les graminées, appelées tussock, sculptent et déploient une unité au paysage. « Comme en Patagonie, où cela m’avait frappé, l’espace de combat entre la forêt et la zone alpine est extrêmement bien marqué, autour de 1000 m d’altitude », glisse d’un commentaire Flavien. Ça grimpe dur jusqu’au sommet à 1645 m, surtout « dans ces herbes où on n’avance pas ». L’ascension devient technique. À l’aveugle, il virevolte, tel un cabri qu’il n’est pas, de part et d’autre de la crête pour rallier la cime. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est aérien ! Il ne faut pas être sujet au vertige, ajuste-t-il. Il n’y a pas de vent, la visibilité est complète, alors avec un peu de concentration ça se passe bien. » La vue est incroyable tout en haut, admet-il avec une pointe d’émotion. « Je trouve un petit galet à l’intérieur d’un sachet, où, un Japonais a inscrit son nom après être monté ici en 2008 et 2009 », raconte le baroudeur.

    Après l’effort, le réconfort de l’aventurier

    Puis c’est le moment de redescendre. Flavien traverse quelques névés, quand il croise un couple de locaux et engage la discussion. Il projette une soirée hors des sentiers battus, ils campent en contrebas du sommet ce soir. « Quelle riche idée », ponctue Flavien. Ils sont étonnés de tomber nez à nez avec un étranger ici. « Je leur confie que si j’avais à revenir en Nouvelle-Zélande, je leur piquerais leur idée. » Oui, pour la prochaine fois, car pour s’alléger, ses affaires pour bivouaquer sont au chaud dans la voiture. « Je n’ai pas non plus de nourriture. » D’ailleurs je n’ai pas mangé aujourd’hui, borborygme son estomac lors de la descente.

    Les seize kilomètres de piste avalés, « je prends la direction du nord, plus particulièrement Cronwell (Tīrau) ou bien Alexandra (Areketanara) à plus de trois heures de route ». La voiture crie famine, alors après avoir fait le plein, « je m’arrête dans une grande surface près de Queenstown pour acheter moult denrées, et en particulier de nombreuses cochonneries. » À peine Flavien est-il assis dans la voiture qu’une fougasse, juste déballée, disparaît à vue d’œil comme par enchantement.

    « Je suis si heureux de dénicher une fougasse que j’en garde un souvenir. Comme si c’était la meilleure chose que j’avais mangée jusque là. » En tout cas la seule de la journée, jusqu’à présent. « Je profite du Wi-Fi pour trouver un camping à 1 h 30 d’ici, à Alexandra. Je n’ai pas regardé l’heure de fermeture… 21 h », remarque-t-il, en posant le téléphone et en croisant les doigts, pour qu’il arrive avant que porte soit close. (Crédits : Kyle Roxas/Pexels)

    Un ange tutélaire, discret et fidèle, l’enveloppant d’une présence silencieuse, ne le quitte jamais, et pour cause. « Heureusement qu’une employée fait des heures supplémentaires… Elle me donne un emplacement que je payerai demain matin », sourit le béni des Dieux. Heureusement, car les batteries pour l’appareil photo sont à plat. Après deux jours de transpiration intense, la douche est plus que bienvenue. « Je n’ai toujours pas eu le temps de regarder à mon matelas. Je le pose quand même dans ma tente en ajoutant quelques couches de vêtements en dessous. On verra bien ce que va donner la nuit… » À suivre…

  • Trois attaques ébranlent l’environnement Google, et pas que…

    Trois attaques ébranlent l’environnement Google, et pas que…

    En l’espace de quelques semaines, Google a vu son écosystème frappé par trois secousses majeures : une faille critique dans son service Cloud Dataform, une campagne de phishing exploitant Google Classroom et une possible fuite massive de données touchant Gmail. Ces incidents, confirmés par des sources spécialisées, révèlent la fragilité des géants du numérique face à des cybermenaces protéiformes. Entre correctifs d’urgence, exploitation de plateformes éducatives et piratage revendiqué par Shiny Hunters, la sécurité de milliards d’usagers se retrouve une nouvelle fois sur la sellette.

    L’été 2025 aura mis à l’épreuve la cybersécurité de Google. Trois événements distincts, mais significatifs, ont ciblé son infrastructure et ses services : une faille critique dans Google Cloud Dataform, une campagne de phishing exploitant Google Classroom, et une possible fuite de données concernant potentiellement des milliards d’utilisateurs de Gmail, démenti par la maison mère Google..

    Faille critique dans Google Cloud Dataform

    Le 21 août 2025, Google a corrigé une vulnérabilité critique affectant Google Cloud Dataform, référencée sous le numéro CVE-2025-9118. La faille reposait sur un path traversal (CWE-22) qui consiste à « sortir » du dossier prévu par l’application en injectant des chemins tels que « ../../../../../etc/passwd ».

    Ordinateur, bureau, google

    Le problème vient du fait que Google Dataform (un service cloud pour gérer des workflows de données SQL) lit le fichier package.json lors de l’installation de dépendances. Si ce fichier est piégé, il peut contenir des chemins qui obligent le système à écrire ou lire en dehors du répertoire prévu. Vulgairement, un immeuble, ici le Dataform, contient de multiples appartements individuels (les dépôts de différents clients). La faille est semblable à une porte dérobée dans une cloison mal sécurisée. Une personne malveillante peut s’introduire dans n’importe quel logement, en changer ce que bon lui semble, sans y être autorisée.

    L’attaquant à distance, sans avoir besoin de se connecter, peut créer un package.json malveillant — fichier qui décrit un paquet logiciel — pour lire ou modifier les fichiers d’autres clients, comme s’il était l’un d’eux. (Crédits : Caio/Pexels)

    Google a assuré que tous les clients ont été automatiquement protégés après le déploiement du correctif et qu’aucune action supplémentaire n’était requise de leur part. Le score CVSS 10.0 traduit la gravité maximale, car aucun mot de passe n’était requis, accès aux données privées, modification possible de fichiers.

    Campagne massive de phishing

    Quelques jours plus tôt, soit entre le 6 et le 12 août 2025, des acteurs malveillants exploitent la plateforme Google Classroom. Leur but : une campagne de phishing à grande échelle. Selon l’entreprise de cybersécurité Armorblox, environ 13 500 organisations à travers le monde ont été ciblées, via l’envoi de plus de 115 000 messages frauduleux.

    Le stratagème est aussi simple que redoutable. Les attaquants créent de faux cours dans Google Classroom, puis y intègrent des liens malveillants dissimulés dans des documents ou des annonces. Ces cours sont ensuite partagés par courriel sur des entreprises et administrations.

    Leur efficacité repose sur un levier psychologique : la confiance. Venant d’un service légitime, dont le nom de domaine et les certificats ne délivrent pas d’alerte immédiate, tout semble sûr. En réalité, il redirige vers des sites piégés qui distribuent des malwares ou récoltent des identifiants et mots de passe.

    Cette attaque, déjà observée, surfe sur une tendance. Détourner les services de confiance pour contourner les filtres de sécurité classiques et surtout tromper les utilisateurs. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Classe, tableau, écriture

    En détournant l’usage premier de Google Classroom, les cybercriminels hackent le pilier de confiance. Cela rappelle que le plus grand ennemi se cache dans les usages quotidiens. L’attaque exploite ce qu’il y a de plus humain : la confiance, la routine, l’habitude de cliquer sans se méfier, sans regarder. Cette affaire révèle que sans une culture de vigilance partagée par tous, la technologie ne suffira pas. Enfin, selon les révélations de PCWorld, le groupe de pirates Shiny Hunters affirme avoir compromis une base de données associée à Google, en exploitant des accès liés à Salesforce. L’incident aurait exposé les données d’au moins 2,5 milliards d’utilisateurs Gmail, incluant noms, identifiants d’entreprise et autres métadonnées.

    Shiny Hunters, qui sont-ils ?

    Le nom n’est pas nouveau. Depuis 2020, Shiny Hunters s’est imposé comme un acteur central du cybercrime mondialisé, multipliant les assauts contre des entreprises cotées comme contre des plateformes de niche. Leur stratégie : l’industrialisation de la compromission. Le collectif revendique une série de brèches spectaculaires.

    Mobile, google, smartphone

    Shiny Hunters est un collectif de cybercriminels qui a émergé en 2020. Célèbre pour des fuites massives — comme Tokopedia (91 millions de comptes volés), Wattpad (271 millions), AT&T (plus de 70 millions), ou encore l’exfiltration de 500 Go de code source Microsoft —, le groupe a rapidement gagné en notoriété. Il s’illustre par sa capacité à transformer les données volées en armes de chantage et de monétisation.

    À partir de 2025, leur méthode a profondément évolué. Shiny Hunters a fait un virage stratégique vers le vishing (phishing vocal) ciblant Salesforce. Ainsi, en usurpant l’identité du support IT, ils incitent des employés à installer des programmes malveillants, leur ouvrant l’accès aux CRM de Google, Workday, Cisco, Chanel ou Dior.

    (Crédits : BM Amaro/Pexels)

    Aujourd’hui, Shiny Hunters est en capacité de mener des campagnes d’exploitation sociale amplifiée par la technologie, avec une finalité économique claire : l’extorsion. Ce collectif n’est plus un simple groupe de pilleurs de données. Il mute en une entreprise criminelle sophistiquée, où l’intelligence sociale (vishing) devient l’une des clés pour pénétrer les bastions du cloud mondial.

    Shiny Hunters s’allie à Scattered Spider

    Après une année d’inactivité, « Shiny Hunters » refait surface. Silencieux entre juin 2024 et juin 2025, à la suite de l’arrestation de quatre de ses membres, ils signent leurs retours avec une vague d’attaques contre Salesforce.

    Selon les révélations de The Hacker News, « le groupe Shiny Hunters, tristement célèbre pour ses fuites massives de données, semble avoir conclu une alliance avec le gang Scattered Spider ». Reliaquest explique que « Shiny Hunters adopte les stratégies emblématiques de Scattered Spider ». Cette collaboration marque une montée en gamme du cybercrime, passant de l’exploitation individuelle à des campagnes de chantage coordonnées ciblant les clients de Salesforce.

    Scattered Spider, quant à lui, est un groupe de cybercriminels à but lucratif lié au collectif « The Community » (alias The Com). Initialement connu pour les opérations d’échange de données SIM, le groupe a progressé vers l’exécution de systèmes d’ingénierie sociale complexes. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Masque, anonymous, fleur

    Leurs outils sont une combinaison d’ingénierie sociale et des campagnes d’extorsion, une version 3.0 du cybercrime avec l’aide de l’IA. « Soupçonné d’inclure à la fois les membres Scattered Spider et Shiny Hunters, The Com est un réseau tentaculaire de sous-groupes et de cliques disparates qui s’engagent dans l’activité de prise de contrôle, de SIM-swapping, de vol de cryptomonnaie, et sextortion », explique Reliaquest. Quelles sont les prochaines étapes : le Chaos-as-a-Service ? Face à ces menaces, les États doivent-ils imposer une régulation plus ferme, ou le risque d’un monde numérique moins ouvert serait-il pire que le mal qu’il prétend combattre ?

  • Une course contre la montre… (26/55)

    Une course contre la montre… (26/55)

    Après une journée à conduire d’est en ouest, Flavien aspire à une nuit réparatrice. Jusqu’ici tout va bien… C’est sans compter cette nouvelle expérience nocturne, dont il se serait bien passé. Durant la nuit, petit à petit son matelas se dégonfle, se dégonfle… pour ne devenir qu’une fine couche de tissu. Un mal de dos, un lumbago, une lombalgie… bref. Puis, l’aventurier, pour éviter les tracas d’horaires, prend toujours une marge supplémentaire de temps à chaque rendez-vous. Ce qui est efficace quand vous êtes seul…

    « Ce matin, je ne me réveille pas sous les meilleurs auspices », grommelle Flavien en se tenant le dos telle une personne âgée. La moue des mauvais jours, barbu, ronchon… ce n’est pas un ours qui sort de son hibernation, non ! C’est juste son matelas qui s’est percé, et produit une douleur sourde et pénétrante : le fameux et célèbre « tour de reins ». La même douleur ressentie lorsque vous avez cinq à six lattes de cassées durant la nuit. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première fois que cela m’arrive en bivouac sauvage », relativise-t-il.

    Sur terre comme en mer, au cœur du Milford Sound

    Faute de temps, il recherchera l’origine de ce dégonflage ultérieurement. L’heure est au départ vers Milford Sound à 45 minutes de là, enfin plus ou moins le quart d’heure poitevin. Fixé la veille au soir, l’embarquement dans la voiture est prévu à huit heures avec auto-stoppeur de nationalité allemande. « Je me gare près de son hamac… mais il n’est pas prêt. » C’est donc après dix petites minutes que le duo décolle. « Mon GPS hors ligne m’indique une arrivée dans quarante-cinq minutes au Milford Sound », se réjouit Flavien. Le bateau lève l’ancre à 9 h 30, il est nécessaire d’y être un quart d’heure avant, murmure le naturaliste.

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    En réalité, le trajet durera bien plus des trois quarts d’heure prévus. La route est magnifique, longue d’une centaine de kilomètres, « c’est sûrement la plus longue des impasses que j’ai empruntées ». Comme prévu — le temps perdu ne se rattrape pas —, nous arrivons vers 9 h 15, angoisse-t-il. « Je suis stressé, avoue-t-il. Il reste encore dix minutes de marche pour rejoindre le terminal. »

    Pressée par le temps, la recherche de place gratuite (Deepwater Basin Parking) s’écourte. Ce petit parking est situé à 1,6 km de l’embarcadère. « Je paye 20 NZD pour deux heures, une machine à fric… », peste l’aventurier. Dans la précipitation, le duo franco-allemand se sépare en quatrième vitesse. Le terminal ultra touristique ressemble à un aéroport, au milieu de nulle part c’est assez ahurissant, remarque tout de même Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Tout le monde m’avait dit de faire ce tour en bateau malgré les 120 NZD qu’il coûte (60 €). » La croisière est un espace-temps de deux heures dans l’un des plus grands fjords au monde. Le bateau navigue des chutes de Bowen à celles de Striling, avec la vue sur les sommets Kimberly, Pembroke et Peak. « Je ne peux pas dire que je suis déçu… Mais je m’attendais à plus de découvertes », souffle Flavien, contrarié.

    Entre croisière décevante et randonnée grandiose, l’aventure continue

    De retour à quai, « je m’empresse de déplacer ma voiture vers un parking gratuit, pour éviter l’amende ». Bien entendu, grogne-t-il dans sa moustache, il est bien plus loin… Je dois marcher 15 minutes pour acheter de quoi à manger à l’unique café du Milford. « Je prends un hot-dog, le premier depuis des années… » Rien à voir avec son cousin chilien le Completo mangé à Santiago, juste avant son retour en France, il y a plus d’un an.

    En début d’après-midi, le baroudeur rejoint le départ d’une rando qui s’annonce grandiose avec cette météo. Pour un pays où il pleut régulièrement, le soleil est au beau fixe.

    « Je prends la direction de Gertrude Saddle, un col entre 1400 et 1500 mètres d’altitude, réputé pour la botanique. » La randonnée est aussi courte qu’elle affiche son dénivelé positif. Affichant 8,6 km aller et retour, elle débute à 785 m pour culminer à 1441 m. « Ça grimpe dur », confirme-t-il.

    Avec la pluviométrie habituelle, les roches sont érodées, ce qui en fait un paysage étonnant, confit entre deux respirations, le naturaliste. « Pour autant, le rocher accroche bien et je monte vite… Enfin, quand je ne m’arrête pas pour photographier les beaux Aciphylla qui jalonnent la rando », sourit enfin Flavien.

    « Arrivé au col, la vue sur le Milford Sound, 1500m plus bas, est époustouflante. J’ai rarement vu des paysages aussi grandioses. » D’autant que de belles espèces telles que Raoulia buchananii (ci-contre), ou Myosotis pulvinaris complètent le tableau. « Je monte un peu plus à la recherche d’autres espèces. » De retour dans la vallée, Flavien affiche une mine réjouie. « Malgré l’effort physique, j’ai préféré cette randonnée à la croisière du matin. »

    Après le bateau, la marche, place à la voiture. « Je conduis en direction de Te Anau, la plus grande ville du Fjordland peuplée de 2000 âmes. J’espère pouvoir commander une pizza. Je n’ai plus rien à me mettre sous la dent. » Il est vingt heures passées quand il arrive à bon port. Et il y a encore de l’agitation, c’est étonnant, s’amuse-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    La pizza engloutie, c’est encore une heure trente minutes de voiture au crépuscule. Le but affiché : rejoindre une zone de camping non loin de Blackmount, encore plus au sud. « Demain, je conduis la voiture au Bordland Saddle, à 950 m d’altitude, pour une rando très loin des habituels sentiers touristiques. » C’est encore une journée bien chargée qui se clôture. Une nuit plus reposante, espérons, sur le siège passager, car « je n’ai pas eu le temps de regarder à mon matelas ». À suivre…

  • Qui est le maître du venin : la méduse-boîte ou le serpent taïpan ?

    Qui est le maître du venin : la méduse-boîte ou le serpent taïpan ?

    Une question incongrue me direz-vous… L’un des deux est une star depuis son apparition dans le film : Seven Pounds. Quand l’autre connaît son apogée, comme ses cousins dans un long métrage de la sage Indiana Jones dans « Les Aventuriers de l’Arche perdue ». Après la puce et le kangourou, le loir et le chat, un autre duo improbable et surprenant. Ici la taille n’a pas plus d’importance. Spoiler : l’un vous tue en pleurant, l’autre vous tue en souriant. Une beauté ténébreuse face à un cœur eu sang froid. Alors… qui l’emporte dans ce duel au sommet ?

    Un duel improbable entre deux tueurs silencieux venus de mondes totalement opposés, mais d’un même continent. D’un côté, la méduse-boîte (Chironex fleckeri), fantôme translucide des mers chaudes d’Australie entre autre. De l’autre, le taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus), serpent discret mais VIP dans le monde très fermé des toxines surpuissantes, lui aussi est Australien.

    Le venin du serpent taïpan, entre vitesse d’action et létalité

    Le taïpan du désert est couramment présenté comme le serpent le plus venimeux du monde. Une seule morsure pourrait tuer une centaine d’adultes. Son venin est un cocktail complexe de neurotoxines, procoagulants et myotoxines. Il agit rapidement sur le système nerveux, provoquant paralysie et arrêt respiratoire. Heureusement, il est timide comme une grand-mère anglaise et attaque que rarement. D’autant qu’il se nourrit principalement de mammifères. Son met favori est le rat à longs poils.

    Le taïpan du désert,connu sous le nom de « serpent féroce » appartient à la famille des élapidés (famille de serpents venimeux vivant dans les régions tropicales). Ses cousins les plus connus sont : le cobra, le serpent brun, le pseudonaja, le serpent noir de Papouasie, le mamba, l’acanthophis ou vipère de la mort…

    Surnommé « le serpent le plus venimeux du monde », il réside principalement dans les zones arides d’Australie. Son venin est 25 fois plus toxique que celui du cobra, avec une dose létale médiane (LD50) de 0,025 mg/kg chez la souris.

    Son venin contient une cocktail létal agissant en une heure tout au plus. Les neurotoxines, telles que la paradoxine, bloquent la libération de neurotransmetteurs, entraînant une paralysie rapide. Les myotoxines détruisent les tissus musculaires, tandis que les coagulants provoquent des caillots sanguins, augmentant le risque de défaillance organique. (Crédits : XLerate)

    Malgré la puissance de son venin, le taipan du désert est extrêmement timide et évite les contacts humains. Il vit dans les régions arides de l’Australie centrale et est rarement observé. En raison de sa nature reclusive et de son habitat isolé, il n’existe aucun cas documenté de décès humain causé par sa morsure.

    La toxicité foudroyante de la méduse-boîte

    En apparence, la cuboméduse n’est pas la plus dangereuse des méduses. Petite, cubique, elle est appelée par le doux sobriquet de box jellyfish, par les anglophones. Elle vit dans les eaux chaudes d’Australie, comme en Asie du Sud-Est où elle trouve sa pitance. Sa préférence va aux petits poissons et aux crevettes roses (Acetes australis). Ce qui peut surprendre les visiteurs en Australie, est la présence de pancartes indiquant la présence de « guêpe de mer ».

    Mais la méduse-boîte n’est pas là pour plaisanter. Son venin contient des porines, sortes de poisons perforants qui détruisent les cellules à vitesse grand « V ». Contrairement aux autres cnidaires, il ne provoque pas de réaction allergique lorsqu’il entre en contact avec un autre être vivant.

    Le poison inoculé peut provoquer un arrêt cardiaque, un œdème pulmonaire et une telle douleur que certaines victimes se noient… par réflexe. Elle est d’ailleurs responsable de plusieurs dizaines de décès documentés depuis un siècle.

    La plus dangereuse des cuboméduses a pour nom scientifique Chironex fleckeri. Son corps, à l’âge adulte, peut mesurer jusqu’à 20 cm de côté avec pas moins de 60 tentacules longs de quatre mètres et de six millimètres d’épaisseur. Elle possède quatre grappes de six yeux qui lui permettent de former des images. (Crédits : DR1)

    Pratiquement transparente, la cuboméduse est particulièrement difficile à repérer. Le venin agit à la fois sur le cœur, les nerfs et la peau. Il est extrêmement difficile à neutraliser rapidement, même avec un anti-venin. La toxicité estimée est d’environ 0,04 mg/kg, mais surtout, elle peut injecter ce venin en plusieurs points à la fois, via ses longs tentacules urticants.

    Verdict : qui gagne ?

    Sur le papier, le venin du taipan est plus toxique gramme pour gramme. Dans les faits, la méduse-boîte tue plus vite et plus souvent, en particulier en l’absence de soins immédiats. Autrement dit : entre la seringue reptilienne et la nappe urticante, le danger le plus démocratique reste flottant. Si l’on mesure la toxicité pure, c’est-à-dire la dose nécessaire pour tuer, le taïpan du désert l’emporte.

    Mais si l’on parle d’effet immédiat et de danger réel pour l’humain, la méduse-boîte est plus meurtrière, car elle est plus susceptible de tuer très rapidement, avant même l’arrivée des secours. En aparté, un détail qui a son importance. L’Australie est le territoire qui contient une faune et flore unique, donc plus de dangers qu’ailleurs, en toute logique.

    Bien que le taipan du désert détienne le record de toxicité pure, la méduse-boîte représente un danger plus immédiat pour l’homme en raison de la rapidité de son action et de la fréquence de ses rencontres avec les humains.

    La nature a doté ces deux créatures de moyens de défense redoutables, mais leur impact sur l’homme dépend largement de leur environnement et de leur comportement. (Crédits : DS stories)

    Conclusion ? Si vous aimez nager, craignez les filaments. Si vous aimez randonner, respectez les sifflements. Et dans tous les cas, souvenez-vous : le silence est souvent l’arme des plus toxiques.

    1. Jan Bielecki, Alexander K. Zaharoff, Nicole Y. Leung, Anders Garm, Todd H. Oakley (edited by Ruthven (d)) — Jan Bielecki; Alexander K. Zaharoff, Nicole Y. Leung, Anders Garm, Todd H. Oakley (June 2014). “Ocular and Extraocular Expression of Opsins in the Rhopalium of Tripedalia cystophora (Cnidaria: Cubozoa)”. PLOS ONE 9 (6). DOI:10.1371/journal.pone.0098870. ↩︎
  • L’étonnant printemps de 1925

    L’étonnant printemps de 1925

    Une société évolue sans cesse, sinon elle meurt. Si les femmes voient leurs droits et leurs devoirs s’aligner sur ceux des hommes, ce ne fut pas toujours le cas. La politique se targue de vouloir afficher autant de femmes que d’hommes dans les assemblées. Mais il a fallu bien du courage aux femmes, aux suffragettes peu importe le parti politique, pour se mettre dans la lumière en 1925. Si les réseaux libèrent la parole et la portent aux quatre coins du monde, seule la presse existe en 1925, il ne faut pas l’oublier. La liberté d’aujourd’hui s’est construite hier.

    Le 26 août 1925, le quotidien « Le Journal » publie un croquis satirique intitulé « L’évolution féminine ». Derrière la caricature, un constat : la société française change, lentement, mais irréversiblement. Alors que l’Europe panse encore les plaies de la Grande Guerre, déjà, une autre bataille s’esquisse : celle de l’émancipation des femmes.

    Élues sans avoir le droit de vote

    Ce printemps-là, les Français sont appelés aux urnes pour les élections municipales des 3 et 10 mai 1925. Le scrutin marque un tournant. Le Parti communiste ose présenter une dizaine de candidates, un geste plus qu’audacieux à une époque où l’idée même d’une femme en politique hérisse encore la plupart des formations. « En dehors du Bloc ouvrier et paysan, les femmes candidates sur des listes électorales sont loin de réjouir les autres partis », rappellent les archives. Mais l’histoire s’écrit dans le tumulte : pas à pas, une brèche s’ouvre dans le mur de l’exclusion.

    La polémique est telle que le ministère de l’Intérieur doit intervenir. Il ordonne à la préfecture de la Seine d’instruire chaque bureau de vote : les bulletins déposés en faveur d’une candidate doivent être comptés. Une précision qui en dit long sur les résistances de l’époque.

    Et le 10 mai, l’impensable se produit : plusieurs femmes accèdent à des conseils municipaux de banlieue parisienne. Augustine Variot à Malakoff, Marie Chaix à Saint-Denis, Marthe Tesson à Bobigny. Événement doublement paradoxal : ces élues siègent dans l’arène politique… sans avoir, elles-mêmes, le droit de voter. Cela semble ubuesque aujourd’hui, mais « plus d’une dizaine d’entre elles sont élues », écrit Retronews.

    Mais l’accession de Marthe Tesson au poste d’adjointe au maire soulève alors un brouhaha national. Comment admettre qu’une femme dirige… alors qu’elle n’est même pas reconnue électrice ?

    Un imbroglio politique

    À travers ce printemps mouvementé, un symbole s’impose : l’égalité réelle ne naît pas d’un décret unique, mais de batailles successives, de brèches ouvertes et de résistances affrontées. Comme le dessin du quotidien Le Journal, l’évolution d’une société se mesure à l’équité de ses droits et de ses devoirs.

    Il faudra attendre vingt ans encore, et l’ordonnance du 21 avril 1944, pour que les Françaises obtiennent enfin le droit de vote et d’éligibilité. Mais en ce mois de mai 1925, dans les urnes de banlieue, le futur de la République s’était déjà invité. (Crédits : Le Journal/BnF/Gallica)

    L’exemple de Marthe Tesson ou Marie Chaix est criant de vérité sur la société d’hier, elle évolue petit à petit. Marthe Tesson siégera au conseil municipal de Bobigny jusqu’en novembre 1925, en tant que deuxième adjointe. Une suspension préfectorale d’un mois prononcée le 15 juin 1925, puis une de trois mois le 11 juillet entravent leurs avenirs d’élues politiques. Marthe Tesson et Marie Chaix, portent un recours devant le Conseil d’État, mais celui-ci sera rejeté le 29 janvier 1926. Elles quittent leurs fonctions le jour même.