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  • Quand le thé est froid

    Quand le thé est froid

    Les relations entre la Chine est les États-Unis sont actuellement sensibles. Le géant américain, Microsoft, affirme cesser séance tenante d’utiliser des ingénieurs basés en Chine pour sécuriser ses services cloud Azure. Ces derniers sont destinés au département de la défense étasunienne, soit le Pentagone. La décision découle du rapport écrit par le média d’investigation ProPublica. D’autant que les autorités chinoises emploient un nouveau type de logiciel malveillant pour extraire des données à partir de téléphones saisis lors d’un contrôle frontalier.

    Ce qui n’était qu’un bruit de couloir devient une tempête politico-médiatique. Un article de ProPublica du 15 juillet 2025 met à jour une faille majeure dans l’architecture de cybersécurité des États-Unis. En effet, Microsoft faisait appel à des ingénieurs chinois pour la maintenance de ses systèmes sensibles. Cette pratique encadrée par un dispositif de contrôle nommé « digital escorting ». « Mais ces travailleurs n’ont souvent pas l’expertise technique nécessaire pour surveiller la police d’ingénieurs étrangers ayant des compétences beaucoup plus avancées », explique ProPublica.

    Cloud, Chine et PentagonLeaks…

    Le système mis en place par Microsoft repose sur une idée simple : permettre à des ingénieurs étrangers d’intervenir sur des serveurs sensibles. Mais à la condition qu’ils soient supervisés par un citoyen américain habilité. Ces escortes numériques, censée jouer les vigies « n’ont souvent pas l’expertise technique nécessaire pour surveiller la police d’ingénieurs étrangers ayant des compétences beaucoup plus avancées », a constaté ProPublica.

    Massistant, chine, warfare

    « Certains sont d’anciens militaires avec peu d’expérience du codage qui sont payés à peine plus que le salaire minimum pour le travail », ajoute ProPublica. L’illusion du contrôle masque une réalité brutale : dans ce rapport de forces asymétrique, les clefs du système sont potentiellement dans les mains d’opérateurs étrangers.

    En parallèle, un second rapport révèle l’existence de Massistant. Les chercheurs du Lookout Threat Lab ont découvert une application criminalistique, un outil de forensique mobile développé par Xiamen Meiya Pico. Elle est capable d’extraire l’intégralité des données d’un smartphone saisi : messages (même chiffrés), photos, localisations, audios… Ce logiciel, utilisé sur le terrain par les autorités chinoises, opère sans exploit zero-day, ni piratage. Il suffit d’un téléphone déverrouillé et d’un accès physique. (Credits : Xiamen Meiya Pico/Xiamen Meiya Pico/TechCrunch)

    La police d’État chinoise possède depuis le 1er juillet 2024 « des pouvoirs étendus pour fouiller les appareils électroniques, y compris les smartphones et les ordinateurs portables […] dans le cadre d’une campagne nationale visant à garantir la “sécurité nationale” ». Donc, là où Microsoft joue l’externalisation pour des raisons financières, la Chine y voit une opportunité d’ingérence. La loi chinoise impose aux entreprises de coopérer avec les services de renseignement. Dans cette configuration, chaque ligne de code, chaque intervention technique devient un vecteur d’espionnage possible.

    Tempête à Washington D.C.

    Les révélations de ProPublica provoquent un électrochoc à Washington D.C.. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé la rupture immédiate de toute collaboration avec des équipes chinoises sur le susnommé cloud. Un audit express de deux semaines est lancé sur l’ensemble des contrats cloud du département de la Défense. Électrochoc amplifié par les vulnérabilités de SharePoint de Microsoft et son exploitation par Linen Typhoon, Violet Typhoon et Storm-2603, groupes réputés proches du gouvernement chinois.

    « Au moment de la rédaction du présent rapport, Microsoft a observé deux acteurs chinois de l’État-nation, Linen Typhoon et Violet Typhoon, exploitant ces vulnérabilités ciblant les serveurs SharePoint orientés vers l’internet », relate Microsoft.

    D’ailleurs le rapport déclassifié, sur l’évaluation annuelle des menaces (05/02/2024 — Page 11), martèle que : « la Chine reste la menace cybernétique la plus active et persistante pour les réseaux gouvernementaux, privés et d’infrastructure critique des États-Unis. »

    Il ajoute que « les activités d’espionnage cybernétique de Pékin et l’exportation par son industrie de technologies de surveillance, d’information et de communication augmentent les menaces d’opérations cybernétiques agressives contre les États-Unis et la suppression de la libre circulation de l’information dans le cyberespace. »

    Sous le feu de cyberattaques

    Du côté du Congrès, les demandes se font pressantes : le sénateur Tom Cotton exige une liste exhaustive des sous-traitants faisant appel à du personnel chinois. L’affaire prend des airs de scandale d’État.

    Face à la pression, Microsoft a publié un communiqué annonçant la fin de toute implication chinoise sur les systèmes militaires. Une manœuvre de damage control nécessaire pour protéger un secteur qui représente plus du quart de ses revenus mondiaux.

    Cette affaire Microsoft illustre la dépendance critique des institutions américaines vis-à-vis de prestataires privés dont les impératifs commerciaux priment souvent sur les exigences stratégiques.

    La question qui se pose : à qui doit revenir la responsabilité de la sécurité des données de défense ? Peut-on confier des infrastructures critiques à des entreprises extérieures au pays ? L’Europe tente, avec Gaia-X, de répondre par la création de clouds souverains. Les États-Unis, eux, sont face à un choix : reprendre la main ou continuer à naviguer à vue dans un espace numérique devenu un théâtre d’opérations hybrides. (Crédits : Juan Rojas/Pexels)

    Niagara, chute, USA

    Ce que révèle cette affaire n’est pas uniquement une brèche, mais la vision d’un adversaire qui, avance à pas feutrés, avec une vision à long terme. Dans le cyberespace, ce ne sont plus les missiles qui font la guerre, mais les lignes de code. Microsoft, entreprise privée à but lucratif vient d’en faire l’expérience. C’est aussi aux dirigeants d’opter pour des solutions, et d’opter pour des systèmes d’information adéquats : entre le profit et la sécurité nationale, il faut choisir.

  • Europol a lancé Eastwood contre NoName057(16)

    Europol a lancé Eastwood contre NoName057(16)

    Une opération conjointe au niveau international est lancée dès le 14 juillet 2025. La cible d’Europol n’est autre que le réseau cybercriminel NoName057(16). De très nombreuses autorités judiciaires sont intervenues dans les opérations simultanées. Une grande partie de l’infrastructure de ce groupe d’activistes pro-russes est désormais hors service. NoName057(16) est apparu en mars 2022. Les attaques cybernétiques de type DDoS visaient des sites WEB et des institutions outre-Atlantique et en Europe, comme en Suisse.

    Europol, à travers le communiqué, indique le déroulement de l’opération. La France, en septembre 2024, subissait les attaques dudit groupe. « Le centre régional Centre-Val-de-Loire, les sites de l’open data de Marseille et de Sortir à Marseille, la ville de Nice ainsi que la métropole de Nantes sont visés le lundi 2 septembre 2024 via des attaques par déni de service (DDoS). »

    Mandats d’arrêt émis

    De nouvelles personnes viennent de rentrer sur le tableau des personnes les plus recherchées en Europe. Les conséquences de l’opération Eastwood conduisent à la perturbation « d’une infrastructure d’attaque composée de plus de cent systèmes informatiques dans le monde entier tandis qu’une grande partie de l’infrastructure centrale de serveurs du groupe a été mise hors ligne. »

    Plusieurs pays ont émis des mandats d’arrêt. La Suisse, à travers le ministère public de la Confédération (MPC), a « étendu la procédure pénale à ces trois personnes et lancé un mandat d’arrêt à leur encontre […] ».

    La Suisse avait subi des attaques de type DDoS les 15 juin et 25 novembre 2023, en janvier 2024 et 2025 (World Economic Forum), mais également lors du concours Eurovision de la chanson, le 16 mai 2025. L’Espagne, via la Guardia Civil, arrête, il y a tout juste un an en juillet 2024, trois hacktivistes présumés.

    (Crédits : Capture d’écran/Eumostwanted)

    L’opération Eastwood conduit à deux arrestations, plusieurs mandats d’arrêt émis par l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne. Mais également vingt-quatre perquisitions, dont une en France. Une grande partie de l’infrastructure de NoName057(16) est mise hors ligne, avec la perturbation de 100 serveurs à travers le monde.

  • Hunters International ferme boutique

    Hunters International ferme boutique

    Le ransomware Hunters International qui apparaît à la fin de l’année 2023 annonce sa fin programmée en ce début juillet 2025. L’ensemble des malversations est désormais fermé. Le Ransomware-as-a-Service « offre » à toute entreprise concernée les outils nécessaires pour déchiffrer. Sur le site de fuite, plus aucune victime n’est affichée, car « en signe de bonne volonté et afin d’aider les personnes touchées par nos activités passées, nous offrons gratuitement un logiciel de déchiffrement à toutes les entreprises qui ont été victimes de notre ransomware ».

    L’enseigne héritière du ransomware Hive baisse le rideau, explique LeMagIT. Ce choix serait en rapport avec les opérations de Police : End Game, Magnus et Morpheus. Mais également la rentabilité de ces opérations, avancent-ils. C’est l’occasion de se pencher sur ce groupe de cybercriminels, qui en moins de deux années, font couler beaucoup d’encre, et potentiellement des entreprises.

    Le rideau est baissé

    Bien que l’annonce du 17 novembre 2024 indiquant que Hunters International fermerait bientôt, en raison d’une surveillance accrue et d’une baisse de la rentabilité, Group-IB l’avait anticipé en avril. Les anciens opérateurs du ransomware Hive pourraient être impliqués dans l’administration de Hunters International. Car des similitudes du code source sont observées par différents chercheurs.

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    Au total 307 victimes déclarées et affichées, dont certaines notables telles Finance ICBC (UK), Quálitas (Mexique), U.S. Marshals Service (USA), Hoya Corp. (JPN), Austal (USA), Benetton Group (IT)… jusqu’à Integris Health, le plus grand réseau de soins de santé à but non lucratif de l’Oklahoma. Les données de 2,4 millions de personnes exfiltrées.

    Ses cibles n’étaient pas choisies au hasard. L’intérêt stratégique est de mise. La santé, avec des données sensibles et l’urgence de réaction. L’industrie et la Défense, la capacité de nuisance, mais surtout la recherche et développement. « […] Après mûre réflexion et à la lumière des développements récents, nous avons décidé de fermer le projet Hunters International. […] » (Crédits : capture d’écran/Hunters International)

    Il faut se remémorer les méthodes brutales, comme celle utilisée contre Fred Hutch Cancer Center (USA). Dans la plainte déposée, en page 10 est écrit que les patients recevaient des courriels menaçants. « Si vous lisez ceci, vos données ont été volées et seront bientôt vendues à divers courtiers en données et marchés noirs pour être utilisées dans des fraudes et d’autres activités criminelles. » Accompagné des données personnelles pour chaque destinataire : prénom, nom, adresse, numéro de dossier et informations médicales. Mais ils étaient aussi menacés d’une attaque dite « swatting ». Elle se produit lorsqu’une « fausse déclaration est faite aux forces de l’ordre afin que des agents d’intervention d’urgence, comme les équipes SWAT, se rendent au domicile d’une personne. »

    Adaptation au marché

    Après la fermeture programmée, au vu du message sur le site de fuites : « […] Après mûre réflexion et à la lumière des développements récents, nous avons décidé de fermer le projet Hunters International. […] », des questions demeurent. Surtout une : que font-ils désormais ? Alors que Hunters ferme, World Leaks apparaît : coïncidence ?

    Le modèle business du ransomwware Hunters International n’est plus rentable. Donc ils publient un nouveau projet au 1er janvier : World Leaks (Silent). « Contrairement à Hunters International, qui combinait cryptage et extorsion, World Leaks (désormais Silent) opère comme un groupe d’extorsion uniquement en utilisant un outil d’exfiltration sur mesure », a déclaré Group-IB. Selon les opérateurs, le logiciel serait indétectable
    La stratégie de communication est basée sur un concept des années 1970 : le FUD. Il est l’acronyme de Fear, Uncertainty, and Doubt pour peur, incertitude et doute. Le logiciel malveillant utilisé par Hunters International est développé « dans Rust pour cibler les architectures x64, x86 et ARM, ainsi que les systèmes d’exploitation Windows, Linux, FreeBSD et SunOS. » (Crédits : capture d’écran/Silent)

    Dorénavant, Hunters international cherchent juste l’exfiltration des données, comme un groupe d’extorsion. « Maintenant, notre tâche principale est le vol de données confidentielles des entreprises. Des données qui intéresseront tout le monde. » Ils changent leurs fusils d’épaules. Désormais seul le service IT sera informé. « Les notes sont reçues exclusivement par le service informatique et les dirigeants de l’entreprise, aucun employé ne sait rien du piratage ni des autres personnes extérieures. Nous chiffrons rarement les systèmes. » Les opérateurs indiquent avoir tout un département qui étudie soigneusement chaque dossier et trouve les plus avantageux. « Le prix sera très élevé s’il apparaît sur notre blog, ou s’il est vendu à des concurrents, sur le marché noir ou transféré aux bonnes personnes. »

  • Pas plus de 40 à Paris

    Pas plus de 40 à Paris

    Non, il ne s’agit pas de la canicule qui a frappé l’Europe, mais de la vitesse maximale autorisée en 1911, notamment à Paris. Si les panneaux de signalisation font partie du décor, les chiffres qu’ils affichent sont le fruit de décennies de décisions politiques, de débats publics et d’évolutions techniques. Depuis les premières limitations imposées à la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’instauration du 80 km/h sur certaines routes secondaires en 2018, les seuils de vitesse traduisent bien plus que de simples préoccupations de sécurité routière.

    Entre impératif de protection des usagers, contraintes écologiques et crispations sociales, la limitation de vitesse devient un marqueur révélateur des tensions entre liberté individuelle et intérêt collectif. La toute première réglementation applicable aux automobiles naît avec l’ordonnance du préfet de police Louis Lépine, le 14 août 1893. Depuis, de nombreuses villes limitent la vitesse maximale autorisée dans leurs agglomérations à 30 km/h. Tandis qu’en Europe certains pays font marche arrière sur les limitations.

    Limiter pour mieux protéger ?

    Le 30 mai 1851, la loi relative « à la police du roulage et des messageries publiques » est le texte fondateur de la sécurité routière. Le 16 août 1889, Léon Serpolet décroche le premier agrément de circuler sur un tricycle… à 16 km/h. Louis Lépine est à l’origine du « certificat de capacité ». La duchesse d’Uzès est la première femme à l’obtenir en 1897. Deux années se passent quand le décret en date du 10 mars 1899 rend obligatoire sa détention pour conduire un véhicule terrestre à moteur. Le 31 décembre 1922, il devient alors le « permis de conduire » ; quant à la suspension, elle n’existe qu’à partir du 12 avril 1927.

    Asphalte, trente, panneau

    En 1893, la vitesse maximale autorisée (VMA) est de 20 km/h en rase campagne et 12 km/h en agglomération pour les voitures à pétrole. À l’époque, il s’agit moins de sécurité que… de préserver les chevaux et d’éviter les poussières. Ces seuils, ridicules au regard des performances actuelles, visaient à encadrer les premiers « fous du volant » qui, déjà, inquiétaient les autres usagers. Les vitesses maximales augmentent le 10 mars 1899 à respectivement 30 et 20 km/h. L’obligation de se ranger à droite apparaît le même jour.

    L’évolution technologique des véhicules s’accompagne d’une régulation progressive. En 1954, une VMA de 60 km/h est instaurée en ville, suivie en novembre 1973 d’une mesure phare, conséquence du choc pétrolier. L’abaissement à 90 km/h sur les routes et à 130 km/h sur autoroute, en réaction à la flambée des accidents mortels (16 861) et au choc pétrolier.

    Le choc pétrolier de 1973

    Mais, en mars 1974, sous la présidence de Georges Pompidou, la VMA est augmentée à 140 km/h, ce jusqu’au 6 novembre 1974. Le décret officiel fixe les vitesses maximales à 130 km/h sur autoroutes, à 110 km/h sur voies express et 90 km/h sur les autres routes. En 1990, la vitesse s’uniformise à 50 km/h, en agglomération, puis des communes l’abaissent à 30 km/h.

    Plus récemment, en juillet 2018, la décision du gouvernement d’Édouard Philippe d’abaisser la vitesse à 80 km/h sur certaines routes. Mais la loi dite « LOM » de 2019 permet aux départements de relever cette limite à 90 km/h… ce qu’ont fait plus de 30 départements à ce jour, notamment dans l’ouest, le nord et le centre de la France. Les limitations sont, comme les politiques et la politique, changeantes. Des raccourcis autoritaires sont effectués, car plus personne ne prend le temps. (Crédits : Markus Spiske/Pixabay)

    Même dans l’apprentissage, nous brûlons les limites de vitesse autorisée. Pourtant, il est souvent nécessaire d’expliquer avec simplicité le pourquoi du comment. Ainsi, quand on parle de freinage d’urgence, tous évoquent la distance totale pour s’arrêter. Elle est — la distance d’arrêt (Da) — le temps de réaction (Tr) additionné à la distance de freinage (Df). Tr = v (en m.s⁻¹) x t (en s), soit pour 90 km/h, la vitesse est de 25 m/s. Soit 25 mètres parcourus en une seule seconde. Pour la Df = v²/2 a. La vitesse en mètre par seconde « a » la décélération 7 m.s⁻² sur route sèche, et en moyenne 4 sur route mouillée. Soit, pour 90 km/h, sur la route des vacances, une distance d’arrêt totale de Dt = (v x t) + (v x t) + (v²/2a). Ici Dt = (25 + 44,64), d’environ 70 mètres.

    Les enjeux de limitation de vitesse

    Plus les années défilent, plus les routes semblent de plus en plus limitées. Réduire la vitesse est un levier multiple qui touche à la sécurité routière, à la santé publique, à l’environnement et même à la cohésion sociale. Selon la Sécurité routière, un accident sur trois est directement lié à une vitesse excessive ou inadaptée. La probabilité d’être tué dans un choc augmente exponentiellement avec la vitesse.

    À 50 km/h, un piéton a une chance sur deux de survivre. À 70 km/h, c’est quasiment nul. La réduction à 80 km/h sur les routes secondaires aurait, selon les chiffres officiels, permis de sauver 349 vies en deux ans (2018–2019), malgré la fronde de nombreux automobilistes et élus locaux.

    Moins de vitesse, c’est aussi moins d’émissions de CO₂. À 110 km/h sur autoroute, une voiture moyenne consomme 10 à 15 % de carburant en moins qu’à 130 km/h. C’est pourquoi certaines ONG, et politiques plaident pour une limitation généralisée à 110 km/h, voire à 100 km/h, dans un contexte de lutte contre le changement climatique. La volonté est l’arrêt, pour les mêmes visées, des voitures thermiques. Pour les remplacer par des véhicules électriques moins polluants à l’utilisation, mais pas à la construction. Un changement de paradigme. (Crédits : Ralph Drasba/Pixabay)

    Voiture, vitesse, circulation

    Concernant la question de la vitesse, elle est autant culturelle que technique. Elle touche au rapport à l’espace, au temps, et à la liberté de mouvement. Reste une question sensible : celle de l’acceptabilité. Sur les routes françaises, le paysage réglementaire est morcelé. La vitesse autorisée dépend non seulement du type de voie, mais aussi du contexte local, urbain ou rural, de la météo et parfois… du bon vouloir du maire ou du préfet.

    Zone 30, zone de rencontre… et 30 km/h

    En ville, le passage de 50 à 30 km/h affiche une volonté, une transition en cours. La vitesse maximale en agglomération est officiellement de 50 km/h, sauf indication contraire. Mais dans les faits, les zones 30 se multiplient, notamment autour des écoles, des centres-villes et dans les « villes apaisées ». Paris, Grenoble, Nantes, Rennes, Lille, Strasbourg et Poitiers ont déjà généralisé cette limitation sur la quasi-totalité de leurs voiries. Il n’est pas rare de pester contre les usagers de bicyclettes, de trottinettes quand nous sommes au volant de notre voiture.

    Bouchon, ruelle, code de la route

    D’autant que nous sommes toujours pressées — les enfants à déposer à la crèche, dans les écoles, les bouchons, les horaires de travail… — ; qui plus est dans une zone à 30 km/h…

    Abaisser la vitesse à 30 km/h en ville est louable. Elle se veut protectrice des plus vulnérables : piétons, enfants, cyclistes. À cette vitesse, le risque de décès en cas de collision chute drastiquement. C’est aussi moins de bruit, moins de stress, une meilleure cohabitation des usagers… C’est une évolution nécessaire, face à des centres urbains saturés. Loin d’être une contrainte arbitraire, cette limitation est un outil de prévention efficace, validé par les faits. La route se partage, et la sécurité ne devrait jamais être négociable.

    Le respect dans le partage de la route

    Mais, car il y a un mais. Cet abaissement engendre d’autres modifications, notamment en ce qui concerne les deux roues. Saviez-vous — qu’après avoir été testé en France dès les années 1990 — que la généralisation des doubles sens cyclables est rendue obligatoire dans les rues à sens unique, en zone 30 et en zone de rencontre ?

    Rendu obligatoire par un décret n° 2008-754 du 30 juillet 2008 (art. 13) faisant référence à l’article R110-2 du Code de la route. Pour autant, c’est le maire de la commune qui, par arrêté municipal, instaure une ou plusieurs zones 30. Concernant les zones de rencontre, nos amis cyclistes et autres propriétaires des véhicules autorisés devraient lire l’article susnommé : « Dans cette zone, les piétons sont autorisés à circuler sur la chaussée sans y stationner et bénéficient de la priorité sur les véhicules. La vitesse des véhicules y est limitée à 20 km/h. » (Crédits : DR)

    Les cyclistes sont autorisés à prendre à contre-sens des voies de circulation, comme à Cenon. Les zones 30 sont définies par une « section ou ensemble de sections de voies constituant une zone affectée à la circulation de tous les usagers. Dans cette zone, la vitesse des véhicules est limitée à 30 km/h. Toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, les conducteurs de cyclomobiles légers et les conducteurs d’engins de déplacement personnel motorisés, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police. […] » Ce qui a soulevé une question au Sénat, c’est qu’il y a un hic. Quand cela se déroule dans une ville construite au Moyen Âge. Le coût engendré comme la disposition des rues rend les choses parfois compliquées. Parfois, les deux roues circulent volontairement sur les trottoirs et demandent aux piétons, par leur sonnette, de les laisser passer, car un bus arrive en contre-sens.

  • Un nouveau départ (16/55)

    Un nouveau départ (16/55)

    Les dix jours à se faire chouchouter, dorloter, et à se mettre les pieds sous la table se finissent. Flavien s’apprête à initier un nouveau départ au sein de son périple débuté il y a deux semaines. Il est temps de se séparer, pour retrouver peu à peu cette partie solitaire du voyage. Les protocoles pour l’ultime descente de l’Heritage Adventurer semblent stricts. Si le réveil de la veille n’a pas sonné, ce matin du 29 décembre 2024, les sacs doivent être déposés dès potron-minet, à sept heures.

    « Ça y est, la fin n’aura jamais été aussi proche. » La levée des corps s’effectue à 6 h 30, parce que trente minutes plus tard les balluchons doivent être mis à l’accueil. Les dix True Young Explorer se regroupent jusqu’à 8 h 30, où « nous sommes appelés selon notre destination ». Seuls quatre d’entre eux descendent à Bluff, lieu d’amarrage de l’Heritage Adventurer. Flavien fait l’expérience de la rigueur ou de l’utopie zélée d’une douane australienne, car les croisiéristes ont débarqué sur Macquarie, territoire australien. « Ridicule… », souffle Flavien.

    Flavien, à nouveau sur les routes

    La douane passée suivent les au revoir, tandis que le quatuor s’installe dans le minibus en direction du terminal du ferry. Précautionneux, Flavien avait vu large, très large lors de sa réservation. « J’avais choisi le dernier bateau de la journée, celui de 17 h 45 », explique-t-il en avançant de quatre heures son départ au guichet. La tocante approche avec douceur des dix heures, quand le baroudeur découvre la cité, à taille humaine. « Les rues sont vides. J’ai l’impression de revoir certaines villes sud-américaines. »

    Mer, poteau, plancher

    Après avoir répondu à quelques-uns des soixante-dix e-mails reçus, « je profite du temps libre pour ajuster les cartes postales qui ne rentrent pas dans les enveloppes. » Une heure s’est écoulée en ce dimanche matin, quand Flavien se rend dans l’unique magasin, le Four Square. « Il semble que l’ATM de Stewart Island, où je me rends, n’accepte pas les cartes bancaires étrangères. » Les distributeurs automatiques de billets (DAB) sont nommés ATM (automated teller machine) en Nouvelle-Zélande.

    Une fois son retrait d’argent effectué, l’hôtesse d’accueil distille une suggestion primordiale et culinaire. « Me voilà, sous un soleil radieux, marchant en direction de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, à 2 km de là… pour y découvrir le restaurant conseillé. » Chemin faisant, il croise le capitaine de l’Heritage Adventurer en plein « footing ». Au Oyster Cave, une sélection de bread toasts séduit Flavien. « C’est parfait ! »

    Pas de camping sauvage à Oban

    Le ventre plein, il s’en retourne au terminal. Calé dans le ferry, Flavien fait le constat d’une synchronicité idéale à un endormissement post-repas. « Peu d’oiseaux, une mer incroyablement calme, je dors pratiquement l’heure du trajet. » Quelques minutes avant quinze heures, il débarque sur la troisième île de Nouvelle-Zélande et découvre son unique ville, Oban (Pā nui o Hau)… Et ses 460 habitants.

    Confiant, il se dirige vers le seul lieu de villégiature chez Mrs Woolly’s Campground pour y installer sa tente. « Je n’ai pas réservé vu la faible affluence, il y a une dizaine de jours. » À son grand désespoir, l’affichage annonce complet. « En plus, il est interdit de poser la tente à l’arrache ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La gérante glisse alors l’adresse d’un autochtone proposant une sorte de camp à deux kilomètres de là, mais sans indiquer le prix. Avant de s’y rendre, il montre patte blanche à l’accueil du DOC « pour préparer ma future rando sur l’île ». Tout s’enchaîne très rapidement, réagit-il. « Dès demain, je pars rallier le sommet de l’île, le Mount Anglem. »

    Une soirée arrosée

    La responsable s’assure qu’il est expérimenté, équipé et qu’il possède une balise de détresse, sécurité oblige. Il y a très peu de passage sur cette partie de la rando qui se fait généralement sur neuf jours, quand Flavien table sur cinq. « Elle m’explique à quoi je dois m’attendre. » Flavien a jeté un œil sur les prévisions météorologiques de la semaine à venir. « Elle ne semble pas trop mauvaise… » Pour une île où il pleut 270 jours par an.

    Dans son sac à dos, qui s’allège au fur et à mesure du voyage, se trouvent six sachets de nourriture lyophilisée. Conscient de cette insuffisance pour cinq jours d’autonomie, il se rend à la petite supérette pour y faire quelques courses ; pendant que sa lessive, de la veille, sèche sur le front de mer.

    Les emplettes effectuées, il se dirige vers l’adresse donnée par la gérante du camp de Mrs Woolly. C’est alors que la magie fait son retour.

    « Dans une rue, une femme m’interpelle au vu de l’attirail que j’ai sur le dos. » Elle lui propose de poser sa tente dans le jardin de sa mère et de venir au pub avec eux, car chaque dimanche un quiz y est organisé. « Ça ne refuse pas. » Flavien passe le reste de la soirée avec un bon quart de la population. Mes hôtes sont rapidement enivrés, compliquant la compréhension et les échanges. Peu avant 21 h, et « après avoir échangé nos Whatsapp, je retourne à ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sac, linges, bord de mer

    L’inconnu dans lequel sera plongé Flavien l’oblige à s’éveiller tôt demain matin. « Bon, par contre, il pleut. » C’était plus ou moins promis, confirme-t-il en ajoutant. « Ça y est ! Je vais enfin pouvoir passer ma première nuit en tente, avec l’incroyable chant du tui. » Tandis qu’il sombre peu à peu dans les bras de Morphée, il espère que le réveil ne sera pas trop humide pour entamer ce trek… S’annonçant déjà très boueux. « Un nouveau chapitre du voyage commence », se réjouit l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • Il ne faut pas être manchot (15/55)

    Il ne faut pas être manchot (15/55)

    Pour arriver sur l’île d’Enderby, cela se mérite. Mais le jeu en vaut plus que la chandelle. Débarrassée des espèces introduites par l’Homme, elle est désormais un refuge pour la faune en danger d’extinction. C’est d’ailleurs l’un des derniers jours de Flavien sur l’Heritage Adventurer, un retour aux sachets lyophilisés, à la solitude de la tente programmée. Mais pour le moment, rien ne sert de penser à ce qui va arriver demain, donc Flavien profite de l’instant présent, de la faune et de la flore de l’île d’Enderby.

    Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. « Si nous n’avions pas vu le soleil la veille, ce jour-là, c’est bien différent. » Les rais de lumière jouent avec les voiles. Ces instants magiques que la poussière met en lumière. Les rayons de soleil se frayent un chemin à travers les rideaux des cabines. « Cette journée commence sous les meilleurs auspices », se réjouit Flavien d’un large sourire. Ils sont attendus à l’embarquement sur les zodiacs pour huit heures pétantes. « Aujourd’hui, nous visitons Enderby Island… Pardon, l’île d’Enderby, l’une de celles qui composent l’archipel Auckland ».

    Onze espèces de manchots en trois ans

    Bien que l’ensemble des croisiéristes foule à nouveau ce sol — nous sommes déjà venus la semaine dernière — l’émerveillement est au rendez-vous. Si bien qu’à peine débarqués sur la plage de sable, la plus grande horde de lions de mer de Nouvelle-Zélande du monde s’offre aux visiteurs. L’espèce est en danger d’extinction. Malgré qu’elle soit la plus imposante des colonies, elle n’excède pas 200 individus. « C’est déjà impressionnant quand on connaît la taille que peuvent atteindre les mâles. »

    Trek, Enberdy, nature

    Cette île étant un refuge dénué de toute présence humaine, la faune et la flore soufflent. C’est alors que sept manchots à œil jaune se montrent, presque timidement. « Cette espèce très craintive. C’est le plus rare des manchots, il n’en resterait que 2500 à 3000 individus », relate Flavien. Il est calé dans le domaine, car depuis qu’il bourlingue sur les mers et océans du monde, « c’est la onzième espèce de manchot que je vois en moins de trois ans, incroyable… » Celui-ci est particulier, c’est le plus grand à nidification hypogée.

    Chacun pose son gilet de sauvetage, avant de s’élancer sur une nouvelle balade, longue de 10 km à minima. Ils débutent sur les sentiers aménagés où ils rencontrent à nouveau des albatros royaux juchés sur leurs nids. « Ils sont tellement proches que nous faisons des détours pour ne pas les déranger. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Partis du sud, le groupe arrive rapidement aux falaises au nord de l’île. L’observation de dizaines d’albatros fuligineux à dos clair enchante les marcheurs. Leur site de nidification privilégié se trouve être les corniches rocheuses des falaises et les pentes abruptes. Si le reste du sentier est peu ou prou balisé, c’est les innombrables détours qui vont peser à la fin de la journée. « Nous devons garder une distance de cinquante mètres avec les manchots à œil jaune, explique Flavien. Et ils sont nombreux sur la côte. »

    Une autre apparition ravit l’aventurier du bout du monde : les mégaherbes. De multiples, Anisotome latifolia sont fleuris, souffle-t-il.

    Des règles strictes sont appliquées sur l’île d’Enderby. « Il est interdit de s’asseoir ou de poser le genou à terre. Nous mangeons donc installés sur une veste », admet-il. Ces dernières qui devront être désinfectées de retour sur l’Heritage Adventurer. Après la pause, ils se faufilent à travers la végétation à Poa litorosa. Puis les pléthores et énormes Stilbocarpa polaris les freinent véritablement.

    Mais ce n’est rien face aux lions de mer, ici chez eux… Et territoriaux. « Les mâles sont très agressifs. » Ils doivent, pour passer, intercaler leurs sacs entre eux deux. Alors que Flavien et ses compagnons d’infortune s’introduisent dans les forêts à Metrosideros umbellata, le naturaliste observe de plus près la perruche endémique et le bellbird (Korimako). « Un oiseau au chant dingue », claque-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flore, île, nature

    Nous finissons notre boucle sur la plage à lions de mer, sept heures plus tard. Il existe des soirées, des secondes où vous souhaitez profiter de l’instant. Il ne se passe rien d’exceptionnel et pourtant. Vous vous trouvez au bon moment, au bon endroit. C’est un de ces moments où Flavien se retrouve avec ses pensées en cette fin d’année 2024.

    Dernière journée à bord

    L’équipage est aux petits soins pour leurs protégés, si bien que pour cette ultime journée complète sur le bateau, les grasses matinées sont de rigueur. « À 10 h, nous avons toutes les informations pour le débarquement de demain. » Vers 13 h 15, juste après le repas, tous s’installent à bord des Zodiacs pour un dernier voyage. « L’accostage sur l’île Snares est interdit, mais en faire le tour est possible », explique-t-il. Un périple de deux heures assis sur un boudin pneumatique.

    Zodiac, mer, voyage

    « Nous n’avions pas pu, aux premiers temps de l’expédition compte tenu d’une mer trop démontée. Aujourd’hui, avec une houle inférieure à deux mètres, ça s’annonce sous les meilleures auspices », claque Flavien.

    Le paysage est tout simplement incroyable, avec l’ambiance que procurent les averses… Et les espèces au rendez-vous. « Nous nous rapprochons de plusieurs colonies du Gorfou des Snares, endémique de cette petite île, sans aucun doute l’emblème. » Ils sont partout, sur terre comme en mer. « Deux passereaux endémiques, le tomtit et le fernbird des Snares, se montrent », s’émerveille-t-il. Tandis qu’ils observent une des deux plantes endémiques, Stilbocarpa robusta, Flavien ecarquille les yeux. « Olearia lyallii et Brachyglottis stewartiae, très rares sur les quelques autres îles où elles existent, abondent ici… On voit même quelques floraisons », se réjouit l’aventurier.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les albatros de Buller délicatement posés à la surface, tels les damiers du Cap, semblent composer un tableau éphémère de Jean-Jacques Audubon. Les otaries de Nouvelle-Zélande ajoutent cette touche particulière à cette parenthèse enchantée déjà incroyable. L’émotion de ces instants laisse planer un silence que seul le Zodiac déchire dans son retour vers l’Heritage adventurer. « Il faut du quelques minutes pour se remettre de ce cocon temporel », acquiesce-t-il, en vérifiant si les photos, de ce manchot qu’il ne reverra sûrement jamais, sont réussies.

    Pour immortaliser ces jours, capter la lumière d’un souffle, « je m’octroie un moment isolé sur le pont arrière pour profiter une dernière fois de ces moments sur l’océan austral ».

    Ils étaient dix… Dix Young Explorers, qui, avant de manger couchent sur papier numérique un daguerréotype de groupe. « Je saisis l’occasion de faire une photo avec Lindsay et Chris, les guides les plus sympas. »

    Le dernier repas, à la table du capitaine, s’éternise. « J’en profite bien avant, les lyophilisés des jours suivants… » Le leader de l’expédition remercie les dix Young Explorers pour l’énergie et les connaissances partagées aux croisiéristes.

    Puis, une ultime fois, Flavien s’arrive à la bibliothèque où il rend les livres empruntés. (Crédits : Flavien Saboureau)

    duo, bateau, océan

    Mais avant de partir, il fait don de ses chaussures de ville à Fergus qui les voulait. « Je ne vais pas me trimbaler des souliers qui me seront inutiles pendant près de deux mois. » Quelques jours avant le retour, il faut que je pense à en commander de nouvelles pour ne pas devoir me promener en sandales à mon retour, sourit-il. À suivre…

  • Qui est le plus intelligent : le corbeau et la pie ?

    Qui est le plus intelligent : le corbeau et la pie ?

    Lorsqu’on évoque des oiseaux mal-aimés, plusieurs noms viennent en tête. Mais deux énergumènes volent la vedette aux autres. Il s’agit de la pie et du corbeau. Bruyants, omniprésents, chapardeurs ou de mauvais augure selon les cultures, les siècles et les croyances… Mais derrière ces préjugés se cachent deux espèces d’une intelligence redoutable. Décriés, ils se moquent bien de ce les autres pensent d’eux. Alors, entre la pie, cette voleuse d’objets brillants, et le corbeau, stratège silencieux, lequel est le plus intelligent ?

    L’un marche dans le vent tel un prince vêtu de nuit. Son plumage n’est pas noir, il est noir corbeau. Au sein de son œil, une mémoire, un éclat de sagesse, une prophétie. Son vol, il l’effectue sans bruit, cueilleur de secrets, sculpteur d’outils, stratège des grands silences. La pie, est messagère des bois, elle rit bruyamment et vole les reflets argentés. Sous ses trilles vifs se cache un esprit joueur, un regard espiègle avec un sérieux brin d’arrogance. Dans son nid, des trésors que seuls les poètes et les pies savent voir.

    Deux oiseaux, deux destins.

    Le grand corbeau (Corvus corax) comme ses cousins corvidés à savoir le choucas, la corneille noire… est un oiseau cosmopolite, adaptatif, que l’on retrouve des campagnes aux villes, dans l’ensemble de l’hémisphère nord. C’est un animal sociable, capable de vivre en groupes complexes et hiérarchisés. Quant à la pie bavarde (Pica pica), reconnaissable à sa queue irisée et son cri ricanant, elle habite aussi bien les jardins que les forêts d’Europe.

    Longtemps considérée comme nuisible, elle est pourtant l’un des oiseaux les plus fascinants du règne animal. La pie bavarde est nettement insectivore. Pour autant, au même degré que le grand corbeau, elle est nécrophage. Donc il est fréquent de voir ses oiseaux au sol sur nos routes, suite à la rencontre malheureuse avec de véhicules avec des hérissons, blaireaux, oiseaux…

    Les deux énergumènes sont comme l’être humain : omnivore. Qui selon le dictionnaire de l’Académie française est définit telle que : « qui se nourrit d’aliments d’origine animale comme d’origine végétale. L’ours et le porc sont des espèces omnivores. » Mal vus, moqués, ces deux oiseaux ont pourtant conquis les chercheurs du monde entier dû aux outils usités pour se nourrir. (Crédits : Tom Swinnen/Pexels)

    Définir l’intelligence animale est un défi, que seuls les êtres humains s’efforcent à quantifier. Ainsi ce n’est pas une question de QI, mais plus des capacités cognitives adaptatives. C’est-à-dire apprendre, résoudre un problème, se souvenir, communiquer, planifier… Les corvidés rivalisent donc avec les primates sur plusieurs de ces plans, sans aucune exagération. D’autant que les corbeaux vivent généralement de 10 à 15 ans, quand les exceptions poussent au bel âge de 40 printemps.

    De la stratégie à la conscience de soi

    Des études menées notamment en Nouvelle-Zélande sur le corbeau calédonien montrent leur capacité et connaissance à utiliser plusieurs outils pour atteindre une récompense. En laboratoire, d’autres espèces de corbeaux ont reconnu des visages humains, anticipé de futures actions. Une étude parue dans Science en 2020 révèle que les corbeaux ne sont pas seulement intelligents, ils possèdent une conscience.

    Similitude avec l’être humain ? « Les derniers ancêtres communs des humains et des corbeaux vivaient il y a 320 millions d’années », répond Andreas Nieder.

    Mais la pie n’est pas en reste. Elle est le premier oiseau connu et l’un des rares animaux — huit au total — à réussir le test du miroir. Elle est également douée pour collecter des objets, comme illustré dans les aventures de Tintin d’Hergé : « Les bijoux de la Castafiore ». Elle mémorise l’emplacement de caches alimentaires, communique par un éventail de sons très nuancé. Son cerveau, bien que petit, est particulièrement dense et efficient.

    La vérité, c’est qu’il n’y a pas de grand gagnant ici. Ces deux oiseaux partagent une intelligence environnementale et sociale, mais différente. (Crédits : Kabomani-Tapir/Pixabay)

    Le grand corbeau excelle dans la stratégie, la manipulation d’objets, la mémoire complexe. La pie bavarde quant à elle se distingue par sa conscience de soi, son comportement ludique et sa communication sociale. La pie et le corbeau bousculent nos préjugés, idées préconçues sur les capacités du vivant. Longtemps cantonnés aux rôles d’oiseaux de malheur, ils nous rappellent qu’intelligence et beauté ne sont pas toujours l’apanage de l’être humain. Il serait grand temps de les regarder, non comme des nuisibles, mais comme des compagnons de l’ordinaire qui nous observent peut-être bien plus que nous ne les comprenons.

  • Cyberattaque : c’est-à-dire ? (2/2)

    Cyberattaque : c’est-à-dire ? (2/2)

    Depuis peu, les affaires sur les cyberattaques sont de plus en plus documentées. L’affaire qui est devant le tribunal correctionnel de Lyon, en France, avec les 14 prévenus et 76 000 victimes présumées, plus d’un million d’euros de préjudice, est l’affaire dite « Adecco ». Elle donne la possibilité à tout un chacun de toucher du doigt les conséquences d’une attaque cybernétique. Mais si elles peuvent être de type DDoS, il existe aussi des attaques de masse et chirurgicales, avec de vraies personnes derrière le clavier.

    Si l’affaire dite « Adecco » parait hors norme, c’est par le nombre de personnes ayant ester en justice. Chaque jour, des milliers, voire bien plus encore, d’attaques cybernétiques se déroulent. Elles sont légion. Que cela se passe en temps de paix ou non, elles ne s’arrêtent jamais. Si l’espionnage ne date pas d’hier, le cinéma et les documentations des affaires déclassifiées alimentent l’intérêt général. La génération Z est plongée au cœur des cyberattaques au sens général du terme. Rares sont les personnes qui ne possèdent pas un smartphone, ou ordiphone, dans lequel se trouve leur vie numérique.

    Les attaques de masse

    Comme à l’usine, depuis l’avènement du fordisme, l’automatisation est devenue la norme. Ce que les cybercriminels ont compris depuis longtemps, c’est que l’automatisation rend le crime scalable. Les attaques de masse, souvent peu sophistiquées, balayent Internet à la recherche d’appareils mal configurés : caméras, imprimantes, routeurs réseau, babyphones, dispositifs de surveillance de l’environnement, machines agricoles, écouteurs ou détecteurs de fumée… En général, toute attaque a pour origine du phishing.

    Une fois infectés, ces objets deviennent des « zombies », contrôlés à distance. L’une des attaques de masse emblématiques est, en 2016, due au logiciel malveillant Mirai. Le 21 octobre 2016, aux alentours de 7 h, une société d’infrastructures Internet, Dyn, est visée par une attaque DDoS (déni de service distribué). Une deuxième se produit vers midi, enfin une troisième vague vers 16 h.

    Les créateursParas Jha, Josiah White et Dalton Norman —, à travers leurs lignes de codes, mettent à genoux des services comme Twitter, Netflix ou GitHub en s’attaquant à l’infrastructure de Dyn. Impact mondial, coût minime. Les botnets sont soit centralisés, soit contrôlés par niveaux, ou décentralisés, les plus redoutables (Trojan.Peacomm, Stormnet). (Crédits : Ryan Lansdown/Pexels)

    « Une semaine plus tard, ils mirent en ligne le code source à disposition partout dans le monde, peut-être dans une tentative de dissimuler leur trace », écrit CloudFlare. Il existe de nombreuses autres attaques de ce genre : NotPetya (2017/Lazarus), WannaCry (2017/Russie), SolarWinds (2020/APT29)…

    Attaques chirurgicales

    À l’opposé des attaques de masse se trouvent les APT ou Advanced Persistent Threats. Ce sont des offensives ciblées, chirurgicales, menées contre des organisations stratégiques. Qui dit attaques ciblées, sophistiquées et sur un temps persistant, dit forcément des groupes ou entités disposant de moyens considérables. Car elles reposent sur une cartographie précise de la cible, un phishing personnalisé avec du social engineering, et enfin une prise de contrôle discrète.

    Le protocole est une machine bien huilée. Il commence par de la collecte d’informations publiques (OSINT). Elles proviennent de nos publications volontaires ou des fuites de données. S’ensuit une infection ciblée à travers un e-mail, un SMS, un vocal piège… Arrive la latéralisation. « La phase de déplacement latéral d’une attaque est celle où l’assaillant cherche d’autres systèmes à compromettre sur le réseau », explique Lindsay Kaye, directrice senior de l’Insikt Group de Recorded Future, en charge des résultats opérationnels. Les acteurs malveillants cherchent des accès, d’autres systèmes à infecter ou des informations intéressantes. « Le déplacement latéral se produit avant le dépôt de la charge utile finale, qu’il s’agisse d’un ransomware, d’un malware utilisé avec le soutien d’un État ou d’autres outils malveillants », poursuit Lindsay Kaye sur LeMagIT. Enfin vient l’extraction des données.

    Contrairement aux cyberattaques dites opportunistes, les APT visent des objectifs quantitatifs et qualitatifs — entreprises stratégiques, infrastructures critiques, institutions publiques — dans une logique d’espionnage, de sabotage ou de manipulation.

    Comme le téléfilm de la fin des années 80 Arsène Lupin, avec Georges Descrières, où « il vient chez vous la nuit sans déranger votre sommeil », ils cherchent la plus grande discrétion. Le but est simple : y demeurer des mois, des années, tout en collectant des informations sensibles ou en préparant des actions destructrices.

    Les attaques via APT sont régulièrement attribuées à des acteurs étatiques ou paraétatiques, comme le groupe APT28, APT41 ou Lazarus. Ces attaques constituent aujourd’hui l’un des plus grands risques pour la sécurité économique et géopolitique mondiale.

    (Crédits : Summer Stock/Pexels)

    Parmi les groupes les plus actifs, il y a APT28 ou Fancy Bear ; le groupe serait lié au renseignement russe, tout comme APT29 ou Cozy Bear. Lazarus Group est lié à la Corée du Nord, comme le Bureau 121, Apt41 ou Winnti est un groupe chinois ; enfin APT33 est associé à l’Iran. Ce dernier ciblerait les secteurs de l’aéronautique et de l’énergie. Mais également Unit 8200 en Israël, Lulzsec aux États-Unis, The Dark Overlord ou encore Ugnazi.

    Qui se cache derrière le clavier ?

    Comme dans la série Profilage, chaque entité, individu, possède des traits qui lui sont propres. L’image du geek installé dans sa chambre avec des restes de pizza froide tient plus de la légende des films de série Z. Dans l’affaire dite « Adecco », le féru d’informatique n’avait que 17 ans. Tous les cybercriminels ne se ressemblent pas. Plusieurs profils se distinguent : l’individuel, animé par le défi, l’ennui, la vengeance personnelle ou l’appât du gain. Le crime organisé, les hacktivistes (Anonymous, LulzSec…), ceux des États… pour interférer dans une élection présidentielle ou créer un scandale.

    Derrière les écrans, certains noms circulent comme des ombres, des fantômes aux visages familiers parmi les analystes de cybersécurité et les enquêteurs d’Interpol. Ils sont ainsi quelques-uns à faire l’unanimité des forces de l’ordre à travers le monde.

    Le plus recherché est Dmitry Khoroshev. Il est identifié comme le responsable du ransomware LockBit. L’un, voire le plus prolifique des groupes cybercriminels. Les sommes extorquées dépassent le milliard de dollars.

    Evgeniy Mikhailovich Bogachev, alias « Slavik » ou « Lucky12345 », est le créateur du malware Zeus GameOver. Il est accusé d’avoir orchestré le vol de plus de 100 millions de dollars via des institutions financières infectées. Aujourd’hui, il vivrait en Russie, sous la protection de l’État, avec une prime de 3 millions de dollars promise par le FBI sur sa tête.

    Maksim Yakubets alias « Aqua », chef du groupe Evil Corp, a sur sa tête une prime de 5 millions de dollars. Il est accusé d’être responsable des malwares Dridex, Bugat. Du côté de la Corée du Nord, Park Jin Hyok est membre du célèbre Bureau 121. Ce dernier est soupçonné des attaques cyber contre Sony Pictures en 2014. Mais aussi la propagation du ransomware WannaCry qui a paralysé le NHS britannique et touché plus de 150 pays, et le piratage de banques via le réseau SWIFT. En Iran, c’est le groupe APT35 ou Charming Kitten.

    Alexsey Belan détient le plus grand nombre de compromissions de comptes, avec plus d’un demi-milliard et le « piratage » de Yahoo en 2014. Et encore des noms comme Yevgeniy Nikulin, accusé du piratage de LinkedIn et de Dropbox. Quant à Moises Luis Zagala Gonzalez, alias « Nosophoros », il serait le créateur du ransomware Thanos (utilisé en Iran et en Russie). (Crédits : Andrew Neel/Pexels)

    La plus grande compromission en France est la fuite des données de France Travail, anciennement Pôle emploi avec 43 millions de comptes touchés. La recherche et l’arrestation pour la présentation devant la justice des personnes présumées auteures des faits cités est souvent compliquée. Aux USA, l’arsenal judiciaire, bien que redoutable, est désarmé face à des États qui voient en ces cyber-mercenaires des leviers géopolitiques, telle la Chine, la Corée du Nord ou encore la Russie pour ne citer que ces pays. Le crime cybernétique n’est plus un jeu de solitaire, c’est une affaire d’infrastructure, d’influence et parfois, d’impunité.

    Une bonne hygiène est possible

    La numérisation accélérée des services, la généralisation du télétravail et la prolifération des objets connectés (IoT) décuplent chaque jour la surface d’attaque. Chaque terminal, chaque routeur, chaque employé est une porte potentielle de fuite ou d’entrée. Toutes les entreprises sont et restent vulnérables, les TPE encore plus. Leur manque de moyens, l’absence de référents sécurité (RSSI), la méconnaissance des risques…. Selon l’ANSSI, en 2023, on comptait une attaque toutes les 37 secondes dans le monde.

    Prévenir plutôt que subir. La réponse n’est pas seulement technique. Elle passe la culture, l’organisation et l’information. Parmi les leviers possibles, la formation à la SSI dès le collège et dans l’entreprise. En effet, les données que rapporte Heaven sont impressionnantes. « 9 enfants sur 10, âgés de 12 ans, disposent déjà d’un smartphone au quotidien. » D’autant que la CNIL, dans son rapport, indique une augmentation significative des fuites en 2024.

    « 5 629 violations de données ont été notifiées à la CNIL en 2024, soit 20 % de plus par rapport à l’année précédente. »

    L’adoption de bonnes pratiques et d’hygiène informatique semble nécessaire. Mais également des tests d’intrusion, des simulations et des audits. Car la sécurité est un processus, pas un état où la vigilance doit être continue, évolutive et partagée. (Crédits : cottonbro studio/Pexels)

    La cybercriminalité est une menace transversale, qui dépasse les frontières comme les disciplines. Elle est économique, stratégique, parfois politique, mais surtout : elle est persistante. Face à elle, la meilleure défense reste la lucidité. L’idée que « cela n’arrive qu’aux autres » est l’alliée la plus fidèle des attaquants. La résilience ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, par la formation, la prévention, la coordination.

  • Cyberattaque : c’est à dire ? (1/2)

    Cyberattaque : c’est à dire ? (1/2)

    Depuis quelques années, le terme cyberattaque est devenu courant dans le langage. Les séries « Stalk », « Mr. Robot », « Person of interest » et films « WarGame », « Conversation secrète », « Ennemi d’État », « Westworld » et bien sûr « Snowden » ont démocratisé ces termes. Certaines affaires font la une des journaux lorsqu’un centre hospitalier, une entreprise ou des écoles sont l’objet d’une cyberattaque. Pour autant, savez-vous ce qu’est véritablement une attaque cybernétique ?

    Pas un seul jour sans que les titres de la presse informent de cyberattaques, principalement WEB. Quelques affaires documentées démontrent qu’elles ne sont pas l’apanage des seuls cybercriminels. Elles peuvent être aussi l’œuvre d’États. L’affaire des fuites de données de l’entreprise Adecco est d’ailleurs en procès depuis le 17 juin 2025 pour deux semaines. Mais commençons par le commencement, la définition. Une cyberattaque est une atteinte à des systèmes informatiques nommés systèmes d’information réalisée dans un but malveillant. Elle est comme l’hydre, elle a plusieurs visages.

    Du défacement au sabotage silencieux : anatomie d’une cybercriminalité polymorphe

    Le mythe du hacker solitaire, affublé d’un hoodie et d’une pizza à portée de main, appartient désormais au folklore. La cybercriminalité d’aujourd’hui est polymorphe, professionnelle et profondément ancrée dans les enjeux du monde contemporain. Elle cible aussi bien les individus que les multinationales, les hôpitaux que les États, dans une logique tantôt opportuniste, tantôt géopolitique, tantôt financière et parfois les trois ensemble.

    Trois grandes motivations dominent le paysage : atteinte à l’image, espionnage, et sabotage. À travers elles, c’est toute une cartographie des risques numériques qui se dessine, du symbole au système, de l’humiliation publique à l’effondrement fonctionnel. Le défacement est à la cybersécurité ce que le tag est à l’architecture : un geste de visibilité, parfois revendicatif, souvent symbolique. Il s’agit de modifier l’apparence d’un site web pour y afficher un message, une signature, une revendication.

    En 2023 encore, le collectif Anonymous a revendiqué des centaines d’actes de ce type, notamment contre des sites russes, en réaction à la guerre en Ukraine. Le message affiché est totalement clair : « vous n’êtes pas intouchables ».
    (Crédits : ASSY/Pixabay)

    Moins dangereux qu’un ransomware, le défacement est souvent perçu comme bénin. Mais il révèle une faille dans le système, et peut servir de précurseur à des attaques plus graves. En cybersécurité, la symbolique précède parfois l’opérationnel.

    Espionnage numérique, le vol silencieux

    Si le défacement hurle, car visible au demeurant, l’espionnage numérique murmure. Pas question d’abîmer ou de perturber, mais de voir sans être vu. Une fois infiltré dans le système, l’assaillant collecte des documents stratégiques, des courriels sensibles, des secrets industriels, sans altérer le fonctionnement visible de la cible : pas vu, pas pris.

    L’actualité brûlante au proche et Moyen-Orient ravivent des blessures jamais cicatrisées. La volonté d’empêcher l’Iran de posséder la bombe atomique ne date pas d’hier. C’est pour cela que l’un des cas les plus célèbres de cyberattaque est en forme de Matriochka. Un quatuor au service de ses concepteurs.

    Elle se compose de Stuxnet, Duqu, Flame et Gauss, connue sous le nom officieux de « Olympic Games ». Cette opération concertée aurait impliqué la NSA et les services israéliens avec l’unité 8200.

    D’abord Stuxnet en 2010 avec le sabotage des centrifugeuses de Natanz, via SCADA. En 2011, Duqu, c’est une collecte d’informations pour préparer de futures attaques. Flame en 2012, bien que lancée en 2006-2007 d’après Kaspersky Lab est de l’espionnage de masse, notamment de réseaux diplomatiques et scientifiques.
    Gauss partage certaines fonctionnalités de Flame, notamment les sous-programmes d’infection USB. C’est purement le ciblage bancaire et de la logistique financière dans les pays dits arabes. Plus précisément, des ordres d’interception des données provenant d’utilisateurs de banques israélienne, libanaise, palestinienne et syrienne.

    Enfin, l’acte chirurgical, voire l’opération au laser, s’effectue par miniFlame. Il est une backdoor ultra-ciblée utilisée comme module complémentaire à Flame, permettant un contrôle granulaire des machines infectées.

    (Crédits : Rafael Guajardo/Pexels)

    Les différentes composantes ont eu des cibles privilégiées écrit Kaspersky Lab. Flame s’intéressait en particulier à l’Égypte, l’Europe, l’Iran, Israël, le Liban, la Palestine, l’Arabie Saoudite, le Soudan, la Syrie et l’Ukraine ; Duqu visait la France, la Hongrie, l’Iran et le Soudan ; Gauss Israël, le Liban, la Palestine et la Syrie ; StuxNet l’Iran.

    Sabotage numérique, bloquer pour faire plier

    Parfois, l’objectif n’est ni l’image ni le renseignement, mais tout bonnement la paralysie. Le sabotage numérique vise à rendre un service inopérant, souvent via des attaques DDoS ou l’injection de ransomwares. Les impacts peuvent être directs : arrêt d’activité, pertes financières, mise en danger des utilisateurs. En 2021, l’hébergeur français OVH a subi l’une des attaques DDoS les plus puissantes jamais enregistrées — à l’époque —, culminant à 1 Tbit/s.

    En 2024, CloudFlare subit la plus grande attaque DDoS jamais enregistrée : « une attaque qui a atteint 5,6 térabits par seconde (Tb/s) et 666 millions de paquets par seconde à son pic. »

    L’attaque DDoS considérée comme le premier acte de cyberguerre ou warfare date de 2007, en Estonie. L’étincelle est issue de la relocalisation du « soldat de la bravoure de Tallinn », un monument de la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement russe était soupçonné d’en être l’instigateur. L’enquête s’est stoppée aux frontières de la Russie. Cet incident conduit à l’élaboration de lois internationales pour la cyberguerre.

    L’ampleur de l’attaque a rappelé que, dans le cyberespace, les infrastructures numériques peuvent s’effondrer aussi brutalement qu’un château de cartes, puis suit l’exfiltration de données. La fuite est invisible, mais les dégâts sont bien réels.

    Qu’est-ce qu’une attaque DDoS ?

    Rendre un dispositif indisponible pour ses utilisateurs en interrompant son fonctionnement normal. Elle est « distribuée », car elle provient de nombreuses sources. Comme une élève ou quinze professeurs lui parlent en même temps, il sature.

    Il existe l’attaque dite par débordement de tampon. C’est amener une entité à utiliser toutes les ressources disponibles de l’espace du disque dur, de la mémoire ou encore du CPU. L’attaque par inondation, est comme son nom l’indique saturer un serveur avec une quantité « huge » de paquets. Pour la réussite de cet acte malveillant, l’attaquant doit disposer d’une plus grande bande passante.

    Des attaques courantes sont : Smurf attack, Ping flood et Ping of Death. (Crédits : andreas160578/Pixabay)

    Les conséquences sont multiples : juridique, réputationnelle, financière, opérationnelle avec une désorganisation et un arrêt de production. Le Centre Hospitalier de Versailles, fin 2022, a vu ses services profondément désorganisés après une attaque mêlant exfiltration et chiffrement de fichiers. À suivre…

  • Contre mauvaise météo, bonnes fleurs (14/55)

    Contre mauvaise météo, bonnes fleurs (14/55)

    Cette journée aura été la plus engagée de l’expédition. Pour un lendemain de Noël avec un repas, que dis-je une journée gargantuesque, le clairon sonne le réveil à 6 h 30. Au menu, une ascension, celle de l’île subantarctique inhabitée de la Nouvelle-Zélande : l’île Campbell (Motu Ihupuku). Elle culmine à 569 m. Mais comme tous les lieux soumis à des règles strictes, les enfreindre vous expose à un rappel à l’ordre, une amende, voire plus. Le rappel à la loi ou à l’ordre ne se fait pas attendre, qui que l’on soit.

    À 7 h 30, avec six autres personnes, Flavien doit partir pour réaliser l’ascension, note-t-il entre guillemets, du sommet de l’île Campbell, à savoir le Mount Honey (569 m). Habitué à de bien plus hautes altitudes, mais comme il le note quelques jours auparavant, la moyenne d’âge des croisiéristes est élevée. Après le trajet en zodiac, huit individus débarquent au fond d’une baie perdue. Le groupe est encadré par Lindsay.

    Le partage d’une passion fleurit toujours

    Le lieu de l’accostage est peu profond pour le Zodiac. Le groupe des huit saute de l’embarcation pour continuer avec de l’eau jusqu’aux genoux pour rallier la côte. Mais les hôtes de l’île sont peu ou prou enclins à voir débarquer des visiteurs, car un lion de mer les intimidera. « Nous voilà partis. Au début, nous traversons des fourrés à Dracophyllum plus hauts que nous, faisant croire à une forêt », s’étonne Flavien. L’impression d’un instant s’efface à l’apparition des premiers dénivelés.

    Flavien, photo, fleur

    Ils retrouvent ces ligneux lors de la traversée des nombreux talwegs. Ces derniers constellent les pentes du Mount Honey. « Hier soir, j’ai croisé les doigts pour que les hauts de l’île ne soient pas couverts… Pas assez fort », confie-t-il.

    Dès 150 m d’altitude, la brume les entoure. Les paysages jusque-là magnifiques se remplissent d’une ambiance mystique. La sécurité est de mise. Les huit restent groupés dans ce brouillard qui occupe de plus en plus d’espace au fur et à mesure de la montée.

    « A snipe », crie Lindsay. C’est une bécasse, endémique, que beaucoup d’entre nous espèrent voir, traduit l’aventurier du bout du monde. Quelques pas supplémentaires, et les premiers nids d’albatros royaux se découvrent aux yeux ébahis. « Incroyable », ponctue-t-il ! « Je n’avais pas vu, d’aussi près, des oiseaux d’une telle taille depuis les albatros d’Amsterdam en décembre 2022. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien grimpe, le regard vissé au sol, si bien que « me voilà à quatre pattes tout du long à essayer sans arrêt de rattraper le groupe compte tenu des innombrables espèces végétales qui s’offrent à moi ». Flavien trouve la renoncule tant recherchée, mais non fleurie. Il arbore une moue de désillusion. Voyant sa déception, tous se plient en quatre pour trouver cette espèce. « Arrivés dans une zone où toutes les renoncules étaient fleuries, je ne cesse d’entendre mon prénom, ici et là, résonner. Tous sont heureux de l’avoir trouvé », s’émeut-il devant tant de gentillesse.

    Dites-le avec des fleurs

    Le brouillard est si intense et dense que la visibilité se réduit comme peau de chagrin. « N’ayant pas grand-chose d’autre à voir, compte tenu du brouillard, tout le monde se met à chercher des plantes. » Espèces auxquelles aucun de porte attention habituellement. Comme un gosse dans un magasin de bonbons, avec autant d’espèces trouvées, dont une foule de mégaherbes, « je suis heureux de les voir se pencher sur les plantes, mission de partage réussie ! »

    Le guide — en outre très sympa — est content de cette émulsion autour des plantes, compte tenu du brouillard qui bloque la visibilité à 10 m, si ce n’est moins, ajuste Flavien. Arrivés au sommet, ils accélèrent le pas. « L’humidité, le vent, nous offrent un ressenti glacial. Nos barbes, pour ceux qui en ont comme nos sourcils, plient sous les gouttes attachées. » La température aux pieds du mont affiche 8 °C sous abri. Tandis qu’à cette altitude « on doit facilement diviser la température de moitié ».

    Voici l’explication d’une végétation aussi rase ici. « Je retrouve les fellfields déjà vues sur les sommets des autres îles subantarctiques visitées. » Nous redescendons de l’autre côté, côté nord. Une pause pique-nique sous un rocher, avant de poursuivre. « Encore une fois, nous ne traînons pas. » La couche de nuage traversée, ils apprécient une vue imprenable sur Persévérance Harbour et le bateau d’apparence minuscule dans la baie. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Cabane, réserve, campbell

    Ayant déjà vu Cardamine subcarnosa et Abrotanella rosulata dans la montée, la descente m’offre la première Gentianella antarctica, se réjouit-il. « Je crois avoir vu les trois espèces strictement endémiques de l’île. Si je n’ai pas été chanceux avec la météo, je l’ai été ailleurs. » Il est tout juste 13 h 30 à la montre de Flavien. « Cela fait six heures que nous marchons », compte-t-il. C’est à ce moment qu’il est proposé de faire la rando du Col Lyall, de l’autre côté de la baie. « Arrivés au pied du Mount Honey, le zodiac vient nous chercher pour nous emmener de l’autre côté. »

    On ne badine pas avec les règles

    Libres de déambuler, mais ils croisent sans cesse d’autres personnes. Ce n’est pas le même style de rando, pense Flavien à voix haute. Il emprunte un platelage de bois durant plusieurs kilomètres jusqu’à une zone où nichent de nouveaux albatros royaux. « Les nuages ne sont pas de la partie à cette altitude plus modeste de 250 m. Les paysages sont incroyables, comme imaginés », raconte le baroudeur, tandis qu’il continue jusqu’à l’extrémité du sentier où sont censés fleurir des hectares de mégaherbes.

    Flavien, nature, immensité

    Toujours suivre ces intuitions, confie le sage. Ce n’est pas une année favorable à la floraison des mégaherbes. Un guide luis indique n’avoir jamais vu aussi peu de floraisons chez ces plantes. « Quelle déception », appuie-t-il. Frustré, Flavien cherche les quelques pieds fleuris pour essayer d’en sortir quelque chose en photos. « Je sors du chemin sur 10 m. Mauvaise idée ! »

    La représentante de l’Etat (DOC) le voit. Un avis de tempête est annoncé. « Elle me passe une soufflante. Qu’est-ce que c’est chiant, ces règles ! Je suis à l’autre bout du monde, dans l’une des îles les plus inaccessibles, et je n’ai pas le droit de dévier du platelage, alors que l’on a fait du hors-piste toute la matinée. » Mais tout n’est pas perdu, il a réussi sa photo. Flavien file vers l’ancienne station météo pour prendre le zodiac… qui, après dix heures de marche et plus de 1000 photos le ramène au bateau. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Une journée qui se termine sur une apothéose. « L’occasion de voir la Sarcelle de Campbell, un canard qui a perdu la capacité de vol, le pied ! » Flavien est exténué, quand, il monte à bord de l’Heritage Adventurer. Le cerveau en surchauffe par la masse d’informations intégrées aujourd’hui. « Avant le repas, et après avoir bio-sécurisé nos vêtements pour demain, nous longerons la pointe nord de l’île pour contempler l’unique, mais énorme, colonie d’albatros de Campbell. » Les falaises impressionnantes laissent admirer les nombreux dykes et colonnes basaltiques. Il est 21 h 30, quand exténué, Flavien se glisse sous la couette, les yeux gonflés par le marchand de sable. À suivre…