Étiquette : Volcan

  • La beauté des lacs d’émeraude (42/55)

    La beauté des lacs d’émeraude (42/55)

    Au creux de paysage lunaire, Flavien poursuit sa découverte de la Nouvelle-Zélande. Près des lacs d’émeraudes, les émanations des fumerolles repoussent tous les visiteurs. L’odeur de soufre y est tellement forte qu’elle est insupportable. Mais à cette altitude, le soleil qui dore notre peau, allongé sur une plage de sable fin, peut avoir des conséquences encore plus néfastes. Car les insolations ne laissent que peu de souvenirs agréables. Dans ces lieux majestueux, l’entraide renaît, et se partage autour du verre de l’amitié.

    « Je rejoins Frédéric et Flora un peu plus tard autour du Blue Lake », commente Flavien. Bien qu’il ne soit pas sur le sentier du trek, ajoute-t-il. Mais le léger détour offre une nouvelle vue sur la caldeira. Le trio discute à nouveau de voyage et botanique. Le temps, lorsque tout un chacun parle de ses passions, file. « Il est déjà treize heures. Les nuages se forment. » Flavien entreprend la descente près des fumerolles, où il effectue la pause déjeuner. Tel le lapin d’Alice, en retard, toujours en retard, il reprend sa marche. « Il me reste encore douze kilomètres, je n’ai fait que la moitié de la journée. »

    Insoutenable odeur de soufre

    « Sous les fumerolles, l’odeur de soufre est insupportable », explique Flavien tout en se pinçant le nez. Les réminiscences de sa jeunesse apparaissent, et de documentaires, il passe à la réalité. « Cela me rappelle ce que je regardais à la télé quand j’étais petit. Je voyais des scientifiques descendre près des cheminées de soufre dans les volcans indonésiens. »

    Le voyage se poursuit, à travers des paysages à couper le souffle. « J’ai l’impression d’être sur une autre planète ». À cet instant, et à cette altitude, le soleil tape fort, très fort, selon l’aventurier du bout du monde.

    Mais ce n’est pas la matière grise du naturaliste qui va refroidir le corps. Elle est en ébullition. Dans un environnement de roche basaltique noire et de lapilli, quelques plantes se développent. « Elles forment de magnifiques communautés dans ce désert minéral. » Comme à son habitude, il se mue en paparazzi avec de très nombreux clichés du paysage. « Je suis sous le charme ». La marche s’éternise, d’autant que le panorama est monotone. « Je suis à sec. Pas simple de trouver de l’eau dans cet environnement », admet le baroudeur.

    L’arrivée à une hut lui permet d’étancher sa soif et de se ravitailler. Mais un drôle de sentiment apparaît. « Je me sens un peu patraque. J’ai dû prendre un coup sur le crâne, malgré ma casquette. J’espère que ce n’est pas une insolation. » Le naturaliste se réhydrate. « Bien que les paysages soient magnifiques, la journée commence à être longue, je m’arrête peu pour les plantes désormais, signe de fatigue… »

    Une grosse fatigue accumulée

    Avant d’arriver au campement proche de Waihohonu Hut, il faudra traverser l’unique forêt de la journée et son dévers. Les nuages menacent de plus en plus la quiétude des randonneurs. Donc, peu après 17 h 30, « après 24 km et plus de mille mètres de dénivelé positif, je suis content de monter la tente ».

    Entre les nuages bien noirs, quelques rayons de soleil permettent à ma tente de sécher. « Je croise les Israéliens qui arrivent peu de temps après moi et qui me proposent de venir boire un verre à leur bivouac dans la soirée, je ne refuse pas. »

    Après avoir dévoré quelque peu et soulagé une envie pressante, Flavien se rend à leur camp avec le reste de graines en échange. Ils lui servent cinq shots de whisky… après une grosse journée et la fatigue accumulée depuis le départ de Lavausseau.

    « Je leur pose plein de questions sur la culture israélienne que je connais très peu. » Au bout d’une heure, il est temps d’aller se restaurer, mais avant, il leur laisse son paquet de pâtes et toutes les graines, n’ayant presque plus rien à manger. « À peine suis-je rentré à l’abri que la pluie se met à tomber. Je prépare mes lyophilisés sous l’abscisse de ma tente, pas très pratique, mais ce n’est pas une première. »

    De la bruine, à l’averse, l’orage s’annonce. « Ça gronde fort ! » C’est toujours aussi satisfaisant d’être sous sa tente quand il pleut. Après une toilette de chat, l’effet conjugué de la fatigue et de l’alcool met hors service Flavien. « Avant même 22 h je rejoins Morphée. Une bien belle journée encore une fois, entre rencontres et paysages, dans mon top 3 du voyage. » À suivre…

  • Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Une journée en approche de Tongariro (40/55)

    Le premier jour d’un périple de trois dans le premier parc national néo-zélandais. Flavien s’attaque à un lieu symbolique à plus d’un titre. Situé au centre de l’île du Nord, il comprend les volcans Ruapehu, Ngauruhoe et Tongariro. Le parc comporte de nombreux sites sacrés pour les Māori : tapu. Sur une surface de près de 800 km2, le parc s’étend. Il abrite en son sein des espèces rares de faune et de flore. Un Graal pour le naturaliste, en quête de découvertes et d’émerveillement.

    Comme lors du précédent trek, Flavien ne se presse pas pour sortir du lit. Qu’il est agréable de demeurer au calme quand tout s’agite autour de soi ! « Je prends le temps de me lever », confirme-t-il en s’étirant. Les yeux se sont ouverts pour ne plus se refermer dès 7 h 45. Flavien se met à table vers 9 h. « Il me reste du yaourt, des blocs de muesli, du jus d’orange et une banane, c’est le grand luxe. » C’est de loin mon meilleur petit déjeuner du voyage, glisse l’aventurier entre deux bouchées.

    Voir Tongariro à la force du pouce

    À 10 h précises, le naturaliste règle les derniers détails avant de quitter l’auberge, en ce vendredi 31 janvier. Il laisse son petit sac, afin de voyager plus léger. « Je prends la direction de la même supérette qu’hier pour y poster les cartes écrites. » Il est temps désormais de tendre le pouce côté route pour rallier sans encombre le début de la randonnée à Whakapapa, à 15 km d’ici.

    « À peine ai-je levé le pouce qu’une camionnette me klaxonne pour que je monte. C’est un Serbe qui vit en Nouvelle-Zélande depuis de nombreuses années. Avec l’accent russophone, c’est assez folklorique d’essayer de se comprendre en anglais. »

    Il conduit n’importe comment, explique le baroudeur accroché à la poignée de la portière.

    Il dépose Flavien à un croisement. « Il me dit de prendre la canette de Sprite qui traîne dans sa portière. Ça ne m’arrange pas pour la randonnée, mais je ne refuse pas. » L’aventurier du bout du monde se place sur la perpendiculaire. « Dans la précipitation je perds une de mes deux sandales fabriquées maison, se désole-t-il. Elle a dû tomber dans le coffre de la camionnette. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Obnubilé, Flavien, chargé comme un mulet, recherche désespérément sa sandale. Puis une voiture freine à sa hauteur, lui proposant de l’emmener. « C’est une dinguerie, le stop ici… » Une Française au volant. Sur un trajet extrêmement court, la discussion prend place. « J’ai juste le temps de savoir qu’elle est en Nouvelle-Zélande pour un an. »

    Une promenade de santé

    Elle le dépose à la maison du parc national, enfin pas tout à fait. Elle s’arrête sur le parking juste en face : tawera place. Puis, juste avant de gravir les marches de la maison du parc, Flavien boit la canette offerte. Il, se met en ordre de marche pour les neuf kilomètres et deux cent soixante-quatorze mètres de dénivelé positif en direction de Mangatepopo Hut. « À côté de laquelle je pose ma tente. »

    Habitué à gravir des pentes plus ardues, l’aventurier du bout du monde trouve que « le chemin est presque pour ainsi dire plat tout du long, très peu de dénivelés ». Sur les flancs de ce plateau volcanique très actif, il traverse d’étonnantes végétations qui s’apparentent à des landes, la callune.

    Quelques nouvelles espèces s’offrent à lui, mais le paysage ne l’émerveille pas encore. Le ciel se couvre de nuages menaçants. Une chaleur orageuse colle les vêtements des marcheurs. « il fait très chaud pour cette altitude, je ne comprends pas pourquoi ça ne tourne pas à l’orage. » Depuis le début de son périple, il n’a pas vécu un orage néo-zélandais, à son grand regret. Après une pause déjeuner sur le pouce, il arrive à la Hut à 15 h 30, sans rencontrer de grandes surprises.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    De gros nuages noirs enveloppent les deux volcans qui m’entourent : le Pukeonake et le Pukekaikiore. Sans oublier les Ngauruhoe, Tongariro, ainsi que Red Crater, South Crater, Central Crater, Te Maari Craters. « La pluie ne tombe pas, tant mieux. » Flavien lambine, malgré cette paresse, il est le premier à s’installer. Suivi de près par deux Israéliens.

    Poulet et purée comme à la maison

    Les formalités effectuées, Flavien doit occuper son temps. « Mais je n’ai pas grand-chose à faire », se languit-il. La chaleur moite ne l’empêche pas de faire une sieste, dans l’antre infernal de sa tente. Il finit par déambuler les yeux fixés au sol, pour dénicher des plantes. « Après une heure de déambulation, je trouve Raoulia albo-sericea, endémique de ce plateau volcanique de quelques kilomètres de diamètre. »

    Elle pousse dans les dépôts de scories des bords de torrents, explique le naturaliste. Heureux de sa trouvaille au soleil couchant, il rentre, car son estomac crie famine. Mais avant de se sustenter, il zyeute les quelques documentations botaniques qu’il a enregistrées sur son téléphone pour identifier ses observations. « Le lyophilisé de ce soir, au poulet, en renferme un autre avec de la purée, c’est nouveau ça », s’exclame-t-il.

    En allant remplir ma gourde et faire sa vaisselle, Flavien croise une jeune femme qui le reconnaît au premier coup d’œil. « Elle me demande si je me trouvais à Angelus Hut il y a deux semaines, sur l’île du sud. » Flavien répond à la question par une question. « C’était la soirée où il est tombé des cordes ? ». La réponse affirmative laisse Flavien sans voix et sans souvenir de cette rencontre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Leur chemin se sépare. Après un brossage de dents en règle, il saisit son reflex. « il subsiste peu de nuages pour contempler le fameux Mount Ngāuruhoe (2287 m). Ce lieu sacré, où il est interdit de grimper. » La douceur enveloppe les campeurs, pas une once de vent. « La nuit s’annonce moins corsée qu’il y a soixante-douze heures », se réjouit-il. À suivre…

  • Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit glaciale au sommet du Taranaki (38/55)

    Une nuit sans nuage, mais éclairée par les cités aux alentours. Ce passage nocturne est accompagné de vents aux alentours de 20 km/h, et de rafales cinq fois plus rapides. Le tout à 2518 mètres d‘altitude. Comme attendu, la nuit fut fraîche. La température moyenne au sommet du Tarakani Maunga est de -1 °C. Alors, qu’a dû ressentir Flavien à l’aube au moment où le soleil affiche timidement ses premiers rayons ? Car, dans les premières heures de la journée, le froid peut encore s’amplifier. Un véritable bonheur à cette altitude.

    Le Tarakani Maunga est plus qu‘un symbole, que ce soit pour les touristes ou les Néo-Zélandais. Flavien voulait absolument tenter cette expérience. Y passer une nuit, coûte que coûte.

    Une grosse dose de motivation

    Cette nuit, une dose conséquente de motivation est plus que nécessaire pour sortir à quatre heures. L’air colle la poussière sur chaque obstacle rencontré, c’est à dire partout sauf dans le sac de couchage. « Je m’encourage, m’habille véritablement chaudement, et essaie de me protéger du vent, moi et mon appareil photo » ajuste Flavien. Pas un seul nuage à l’horizon, mais une pollution visuelle malgré les 2518 mètres d’altitude.

    Froid, vent, stalagmite

    En contraste avec la Patagonie, où la pollution visuelle est inexistante, « ce n’est pas la plus belle observation de la Voie lactée que j’ai faite. Mais le spectacle vaut quand même le coup de se geler », admet Flavien.

    À peine le temps de se tomber dans les bras de Morphée et surtout de se réchauffer qu‘il faut à nouveau sortir de la tente, enfin seulement Flavien. Dix minutes après six heures, le réveil sonne de nouveau. Les premières lueurs éclairent déjà l’Univers endormi.

    Le vent présent a forci durant la nuit. L’aventurier du bout du monde pose un œil sur le paysage, l’autre sur l’évolution des rafales. Pour ne pas se faire dépasser et qu’il puisse réussir à ranger la tente.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sol, l’effet conjugué du froid et du vent forme, ce qui s’apparente à de très fines et très détaillées stalagmites faites de poussières et de glace. « Je n’ai jamais vu ça ! C’est beau ! Ça craque sous le poids des pas », s’émerveille le naturaliste. Quelques nuages effleurent la ligne d’horizon. Les couleurs de l’aube projetées par le soleil réchauffent et éclairent le visage frigorifié de Flavien. Au loin, seul le mont Ruapehu dépasse majestueusement des nuages. « Le moment est encore magique, j’essaie d’en profiter un maximum, mais à 6 h 45, je dois plier la tente. »

    En aparté, le Ruapehu est un des strato-volcans actifs, parmi les 1500, sur plus de 10 000. Il est couronné par un lac de cratère au sommet.

    Ce lac de cratère est un tapu. Il revêt une importance culturelle et spirituelle pour les communautés autochtones, ce qui ajoute à la signification profonde de la montagne. Comme l’est le célèbre rocher australien d’Uluru.

    En Nouvelle-Zélande, c‘est un site vénéré par l’iwi local dans la région. Un tapu est une interdiction à caractère religieux pesant sur une personne, un objet, un lieu ou une situation particulière. Il s’agit d’un concept de tapu qui existe dans plusieurs sociétés polynésiennes — par exemple aux Tonga, aux Samoa, à Wallis-et-Futuna et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il réside toujours des menaces d‘éruptions et de coulées de lahar. Un lahar, mot d’origine indonésienne, est une coulée boueuse d’origine volcanique. Elle est principalement constituée d’eau, de cendres volcaniques et de téphras. L’endroit où il se rencontre donc le plus régulièrement sur les pentes des volcans gris émettant des laves andésitiques. Le risque zéro n’existant pas, des mesures de précaution, tels des systèmes d’alerte précoce sophistiqués, sont en place. L’ultime éruption majeure remonte à 1996 et le dernier lahar en mars 2007.

    Tarakani, volcan, POV

    De son côté Flavien lutte contre le froid qui le saisit aux doigts. Car, avec le vent omniprésent, il faut réfléchir. L‘aventurier commence par retirer les sardines du côté abrité.

    « Pour ça, j’enlève les mitaines… mais mes doigts gelés me font souffrir. Le ressenti est autour de -15 °C. Je n’arrive pas à accomplir grand-chose avec. Ils sont tout blancs. C’est la première fois que j’ai aussi froid aux doigts », s’effraie Flavien. Pour être tatillon, Flavien, sans instrument de mesure, est très proche.

    La formule dite du « wind chill » est Température (ressentie) = 13,12 + 0.6215 x T − 11,37 x V 0.16 + 0.3965 x T x V 0.16 (Température de l’air en °C, V la vitesse du vent en km/h). Ce qui, selon les données météorologiques, une température ressentie de -12 °C. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien souffle sur ses doigts, autant que possible. « Je réussis à plier la tente à l’arrache, sans fermer la housse. Je dois faire vite, toutes mes affaires exposées au vent sont pleines de poussières, car la tente va au fond du sac… » Enfin, le sac sur le dos, l‘aventurier laisse la croupe sommitale derrière lui, relâchant la pression de l’instant. « Là-haut, le climat est souvent comparé à celui de l’Antarctique. Il affiche une moyenne annuelle de -1 °C… Je répète : -1 °C ! Pas étonnant que je ne trouve aucune plante vasculaire. »

    La légende de Taranaki Mounga

    La terre de Nouvelle-Zélande est un lieu haut en couleur et légende. Le volcan Taranaki Mounga ne déroge pas à la règle. Parmi Tane Mahuta, le dieu des forêts, et Tangaroa, le dieu de la mer, et Maui, le héros qui a pêché les îles de la Nouvelle-Zélande du fond de l’océan, celle de Taranaki tient une bonne place.

    Il est dit que Taranaki Mounga était nommé Pukeonaki. Il se tenait près de Tūrangi, avec Ruapehu, Tongariro et Pihanga. Pukeonaki et Tongariro ont tous deux chéri Pihanga. Comme souvent, la discussion monte en tension, devient houleuse, pour se finir en bagarre.

    À ce jeu, Tongariro est plus fort. Des suites de la férocité des coups échangés, Pukeonaki (Taranaki), qui porte les cicatrices de la bataille, se retire sous terre.

    C‘est ainsi que le lit du fleuve Whanganui se dessine, lors de son voyage vers la mer. Quand il a fait surface, il a vu la belle chaîne de Pouākai se tenir à l’intérieur des terres et est attiré vers elle. La progéniture de Pouākai et de Taranaki est devenue les arbres, les plantes, les oiseaux, les rochers et les rivières qui coulaient de leurs pentes. (Crédits : Gaurav Kumar/Pexels)

    Le 10 janvier 1770, le capitaine James Cook rebaptise Taranaki Mounga, mont Egmont. Le double nom du mont Egmont/Mount Taranaki en usage officiel depuis 1986, disparait. Désormais, la montagne ne conserve que son nom maori Taranaki Maunga.

    Sommet de la francophonie en terre étrangère

    « À la redescente, la glace du cratère est dure telle de la pierre. Sur les falaises les plus exposées, de longues stalactites côtoient les premières plantes vasculaires, comme un Colobanthus», commente Flavien. La descente est extrêmement poussiéreuse, accentuée par les rafales érodant les flancs du volcan. Le début est rocailleux, la suite, l’est beaucoup moins. « Je lace mes chaussures au plus haut, mais cela n’empêche pas quelques scories de rentrer dans cette descente rapide, mais harassante ».

    Flavien affiche une forme à toute épreuve. Ainsi, il croise une petite dizaine de personnes, dont un français de Châteauroux les Alpes près de Briançon. « C’est là que David, avec qui j’ai partagé une partie de la Patagonie, habite, improbable… »

    Flavien continue son cheminement, sans grands rebondissements. « La piste se transforme en sentier pour 4×4. J’ai connu plus agréable comme descente, mais au moins ça roule. » Un parcours qui met à l‘épreuve pieds et genoux.

    Un anticyclone l’accompagne. La vue sur le volcan depuis les forêts à Libocedrus bidwilii et Cordyline indivisa est incroyable, souffle-t-il. « Je presse le pas dans le dernier kilomètre, car je ne suis pas loin de perdre la bataille face à mon envie d’aller aux toilettes… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La flamme rouge passée, Flavien engage une course contre la montre. « Mon envie assouvie, j’achète une glace et un soda au Feijoa à la demeure du parc pour me réconforter des 1600 m de dénivelé négatif avalés ce matin. » Avant de visiter le mini musée de la maison du parc, Flavien discute avec deux compatriotes, dont un mignalien. « Incroyable, c’est le premier Poitevin que je croise dans mes voyages. » Il est temps de rentrer en ville, pour profiter d‘une délicieuse douche à l’auberge. Un couple à bord d’un SUV prend Flavien au passage.

    Un duo atypique. « Navigateurs, ils se sont rencontrés en 1972, en Australie. Elle est Néo-Zélandaise, il est Québécois. Le couple vit un semestre par pays. »

    Durant le trajet, les échanges en anglais paraissent naturels et compris de part et d‘autre, ce qui ravit Flavien. « Ils me déposent là où j’avais commencé mon périple vers le Ttaranaki, il y a deux jours. Que demander de plus ! »

    Avant de foncer dans la salle de bain, le baroudeur effectue un crochet au supermarché pour acheter un savon et sa boîte en plastique.

    « À l’auberge, je cuis mes pâtes pour terminer mon pesto Rosso et file sous douche, bien méritée ! » Après s’être lavé, c’est au tour du linge.

    Un restaurant en récompense

    L’après-midi est consacré à la distribution de nouvelles, jusqu’à l’achat des son billet de train de Paris à Poitiers. « Ce qui m’évite de payer une fortune au dernier moment. Le linge sec, je peux enfin enfiler un pantalon et aller me faire un resto. »

    Depuis trente jours, Flavien n’a pas mis les pieds sous la table.

    « Après les efforts de ces derniers jours, c’est mérité. »

    Une certitude, avec l’ensemble des périples et aventures connus de Flavien, le retour à la vie civile sera comme la retraite sera à préparer en amont. Car, depuis sa première péripétie sur l’île d’Amsterdam, à l’Amérique du Sud en passant par le pays au long nuage blanc, la routine pourrait apparaître quelconque. À moins que le hasard ne fasse bien les choses…

    (Crédits : Arnaud Malan/Pexels)

    Il est temps de faire le plein de protéines. « Je trouve une brasserie attenante à l’auberge. Je commande une pièce de bœuf de 300 g, avec un mille-feuille de pommes de terre et des onions rings, le tout en tee-shirt », se réjouit-il. C’est le grand écart de températures. Avant de rentrer profiter d’un vrai lit, une promenade digestive sur le front de mer, avec le sommet du Taranaki en point de mire. « Je n’en reviens pas d’avoir passé la nuit là-haut… » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    pont, nature trek

    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

    Pouākai, nature, new-zealand

    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    repas, gaz, nature

    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

    Taranaki, volcan, soleil

    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Flavien se lance un challenge, l’ascension du deuxième plus haut volcan de la Nouvelle-Zélande. Celui qui est désormais est une personne à part dans la culture maorie se nomme Taranaki. Mais c’est sans compter sur la météo changeante. Ce lieu tient à cœur au naturaliste. La hauteur de 2518 mètres nécessite de s’équiper en conséquence. Pour autant, la déception de ne pouvoir le gravir serait une immense déception pour l’aventurier du bout du monde. Mais pourra-t-il réaliser son rêve, rien n’est moins sûr.

    Pour cette fin janvier, Flavien s’offre, une perspective, une respiration, une journée intense. Mais, comme les jours précédents, il débute par une grasse matinée. Car, malgré ce qui l’attend, il prend le temps de se lever. « Aujourd’hui je dois tenter l’ascension du Taranaki, deuxième plus haut volcan de Nouvelle-Zélande. » L’idée est de dormir à son sommet. Une histoire à dormir debout, car très peu de personnes tentent cette expérience. L’ascension y est périlleuse, plus d’une centaine de personnes y ont déjà laissé la vie.

    Fort coup de vent sur le Taranaki

    Avant de s’attaquer à pareille aventure, il est nécessaire de parer à toute éventualité. « Le temps nécessaire à l’ascension est de cinq ou six heures », relativise Flavien. Il se rassure en prenant conscience de la difficulté. « Je suis en pleine forme physique et mentale. J’ai le matériel et le consommable. Les prévisions météorologiques sont formidables. » Elles sont bien meilleures avant de nombreux jours, ajoute le naturaliste à haute voix. Donc, aux environs de 9 h 30, Flavien quitte l’auberge, non sans une petite appréhension. Ce qui m’attend n’est pas rien, pense-t-il.

    Chemin faisant, il se dirige vers un magasin de randonnée pour un sachet lyophilisé et une bouteille de gaz. « Je ne veux pas tomber en rad de gaz là-haut, surtout s’il fait très froid et que je dois me réchauffer. »

    N’ayant pas de transport en commun pour rejoindre le départ de la randonnée, l’aventurier du bout du monde tend son pouce sur l’avenue principale. « Le prix de la navette pour effectuer les 30 km de route est exorbitant. » À peine, il enclenche le mouvement du bras, qu’un automobiliste stoppe à sa hauteur. « Un Néerlandais, qui vient d’acheter son Van, roule à la cool. Le sac sur les genoux, le trajet aura été rapide, à peine dix minutes », s’amuse Flavien.

    La désillusion

    Il le dépose à l’intersection des deux routes et continue son chemin. Le naturaliste patiente un quart d’heure. « Un Américain s’arrête ! Nous allons au même endroit, c’est parfait », se réjouit-il. Il dépose Flavien à la maison du parc national et là mauvaise nouvelle : « ça vente fort. La ranger du parc national me déconseille fortement de m’y rendre, les rafales de vent y dépasseraient les 150 km/h. »

    Cerise sur le gâteau, les nuages s’agglomèrent au sommet. « Quelle désillusion, je n’ai que cette idée en tête. Il me faut de longues minutes pour accepter et me raviser. » Demain les conditions s’améliorent. « J’ai trois jours de nourriture, donc, comme solution de replis, je décide de faire le Pouakai trek en attendant. » Il s’acquitte des 10 NZD pour l’emplacement, et prend la direction de Holly Hut à 17,5 km d’ici, à côté de laquelle « je poserai ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est bientôt midi à sa montre, quand il prend le départ. « Je me presse, mais les magnifiques forêts que je traverse ne m’aident pas. Je fais des pauses pour photographier les forêts, en particulier Cordyline indivisa, qui donne une incroyable touche d’exotisme dans ces forêts vierges. » Il descend 300 mètres de dénivelé pour atteindre l’ailtude de 660 m. « C’est sur ce chemin que je trouve une orchidée épiphyte en pleines fleurs… et, Dawsonia superba, la plus grande mousse du monde. »

    Un pas en arrière

    « La dernière fois, je me suis trompé dans mon identification, c’était Polytrichadelphus magellanicus, mais cette fois, je suis sûr de moi. » Elle est presque aussi haute que son avant-bras, indique-t-il avec respect. Un pied devant l’autre « je rejoins Henry Peak, à 1224 m. Un vent à décorner un bœuf, il me déporte dangereusement par moment. » Bien qu’il a connu pire, il enfile néanmoins des couches supplémentaires.

    Conscient des bourrasques, Flavien admet la dangerosité et le conseil de la Ranger. « Je suis content de m’être ravisé, je n’ose même pas imaginer comment ça souffle à 2518 mètres d’altitude. »

    Une couverture nuageuse s’installe. Elle gâche un peu la vue, souffle Flavien dans sa moustache. « J’arrive près du lac Mangamahoe connu pour servir de miroir au Taranaki mais les vaguelettes m’empêchent de faire la photo digne de ce nom. » Le vent se lève, il est tout juste dix-huit heures. « Je ne traîne plus, il me reste presque deux heures de marche », explique-t-il en enfilant gants et bonnet avant la descente vers Holly Hut, à 1000 m d’altitude.

    « Je traverse de magnifiques forêts dominées par Libocedrus bidwilii, un conifère aux troncs tortueux et à l’allure squelettique », commente le naturaliste. Sa descente à la lumière du crépuscule se clôture, par la traversée d’une tourbière, milieu assez rare en Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Quelques gouttes se mettent à tomber. Étonnement, elles annoncent le beau temps. « À peine arrivé, le sommet du volcan Taranaki se dévoile. Le vent se calme. » Timing et conditions idéales pour monter la tente. Juste à côté des deux autres installées sur le camp. Il est l’heure de se restaurer. Au menu du soir « Je fais des… pâtes of course ! » Pour varier les plaisirs, cette fois c’est au pesto Rosso. « Ceux qui étaient là avant ont fait un feu, c’est agréable de s’asseoir au chaud, car ce vent m’a bien refroidi. » Une fois repu, au chaud, Flavien tente de vaquer à ses occupations quotidiennes « mais le sommeil m’emporte. » À suivre…

  • Qu’est-ce qu’un tremblement de terre ?

    Qu’est-ce qu’un tremblement de terre ?

    Le plus gros tremblement de terre jamais enregistré se déroule le 22 mai 1960 à Valdivia, au Chili. Il apparaît sur l’échelle de Richter à la magnitude de 9,5. Il est 15 h 11 min et 17 secondes, quand le mégaséisme ravage tout. L’épicentre est déterminé proche de la ville de Lumaco, au Chili. Elle se situe à environ 570 kilomètres au sud de Santiago du Chili, la capitale. Comment se forment-ils ? Pourquoi l’échelle de Richter ? Pourquoi parle-t-on de magnitude et d’intensité ? Comment se mesurent-elles ?

    Un tremblement de terre, ou séisme est un phénomène sismique causé par la libération soudaine d’énergie dans la lithosphère. La croûte terrestre se divise en plusieurs plaques tectoniques. Les principales plaques sont au nombre de vingt-trois. Les failles sont décrochantes (San Andreas), verticales, obliques, inversées (Nojima)…

    La formation d’un tremblement de terre

    Quand la Terre tremble, c’est notre monde qui vacille. Les tremblements de terre naissent des interactions entre les plaques tectoniques. Ces mouvements, lents et imperceptibles à l’être humain, exercent une pression colossale sur les roches de la croûte terrestre. Les étapes principales de formations se divisent en quatre parties.

    Premièrement, l’accumulation de l’énergie tectonique. Les plaques tectoniques sont portées par les courants de convection du manteau terrestre. Leurs avancées s’effectuent sur des millions d’années. Les zones de contact, ou failles voient les forces de compression, d’extension ou de cisaillement s’accumuler. La roche, bien qu’élastique possède une limite de résistance.

    Puis, lorsque cette limite est franchie, il y a une rupture de la roche. Une énergie considérable sous forme d’ondes sismiques se propage dans toutes les directions depuis le point de rupture. Troisièmement la propagation des ondes sismiques se classe en trois catégories.

    Les plus rapides, qui dilatent et compriment les roches se nomment Ondes P (Primaires). Plus lentes, les ondes S (secondaires) provoquent des mouvements de cisaillement perpendiculaires à leurs directions.

    Enfin, les ondes de surface sont responsables des dégâts majeurs. Elles se propagent en surface, instaurent des vibrations verticales et horizontales.

    Ils sont d’origine tectonique, causés par le mouvement des plaques, d’origine volcanique, avec l’accumulation de magma, d’origine artificielle ou humaine, comme durant le concert de Taylor Swift à Seattle.

    (Crédits : samimibirfotografci/Pexels)

    Les tremblements de terre sont classés selon le mouvement de plaques. Le cisaillement est le résultat d’un glissement horizontalement de l’une contre l’autre (faille de San Andreas). La collision, de plaque indienne contre la plaque eurasiatique, donne naissance à l’Himalaya. La divergence est l’éloignement de plaques. Elles créent des dorsales océaniques (médio-atlantique). Enfin, la subduction, où une plaque glisse sous une autre (ceinture de feu du Pacifique).

    Les échelles de mesure (Richter, MW, MSK-64…)

    Différentes échelles existent pour mesurer secousses et ondes sismiques. L’échelle dite de Richter est créée en 1935 par le sismologue américain Charles F. Richter. Elle mesure la magnitude des tremblements de terre. Bien qu’elle ne soit plus la plus utilisée, elle est la référence du grand public, car plus accessible pour les non-spécialistes.

    Il existe l’échelle d’intensité de Mercalli modifiée (MMI, 1902), puis en 1935 l’échelle ouverte de Richter. Révolutionnaire, l’échelle de Richter a progressivement été remplacée par une plus moderne.

    En 1979, deux chercheurs au Caltech en Californie, Thomas Hanks et Hiroo Kanamori, proposent un nouveau mode de calcul pour la magnitude d’un séisme.

    L’échelle de magnitude de moment (Mw) par exemple. Plus précise pour estimer l’énergie totale libérée, surtout pour les séismes très puissants (supérieur à 7).

    « La magnitude Mw (dite d’énergie, ou de moment) est reliée au moment sismique Mo du séisme. Elle fournit par essence une estimation plus précise de l’énergie libérée sous forme sismique que les autres échelles de magnitude. »

    Introduite dans les années 1970, l’échelle de magnitude de moment est le standard pour mesurer la magnitude des séismes. Elle repose sur une analyse physique de l’énergie libérée. Elle prend en compte : la surface de la faille rompue, le déplacement des plaques tectoniques, la rigidité des roches. Universelle pour mesurer, quels que soient la profondeur et le type de tremblement de terre.

    Entre-temps la MSK-64 (fondée par Medvedev, Sponheuer et Karnik en 1964). Similaire à l’échelle de Mercalli, elle est utilisée principalement en Europe et en Asie. L’échelle de magnitude de surface (Ms), l’échelle de magnitude des ondes de volume (Mb) et l’échelle de Kanamori (magnitude énergétique). Elle sera intégrée en 1981 à la définition de l’échelle macrosismique européenne sous MSK81, avant la version EM92 pour désormais être EMS98 (page 12).

    (Crédits : Mohammed Soufy/Pexels)

    L’utilisation des différentes échelles en les combinant permet d’obtenir une vue détaillée et complète. L’interaction entre Richter/Mw quantifie la puissance globale. L’interaction de Mercalli et MMI, permet une analyse de l’impact sur les populations et les infrastructures. Enfin MS et Mb apportent une étude détaillée des types d’ondes.

    Magnitude, intensité et dégâts

    L’IRSN explique que « les médias font souvent référence à la magnitude du séisme sur l’échelle ouverte de Richter. » Pour autant, la détermination de la force des séismes se base sur deux indications : la magnitude et l’intensité. La magnitude est la mesure logarithmique de l’énergie libérée par un séisme, quand l’intensité est la valeur numérique de diverses grandeurs, exprimant l’importance, l’amplitude d’un phénomène.

    La magnitude est caractéristique de l’énergie libérée par la rupture de la faille, alors que l’intensité est la résultante des secousses à un endroit donné (ressenti, dégâts…).

    Le 17 janvier 1994, à Northridge en Californie (USA), un tremblement de terre de 6,7 sur l’échelle de Richter se produit à 4 h 30. Des ponts et des autoroutes sont détruits, 57 personnes sont décédées, plus de 9 000 blessés et plus de 20 milliards de dollars de dégâts.

    Le 11 mars 2011, peu avant 15 h se déroule le grand tremblement de terre du Japon (東日本大震災, Higashi nihon daishinsai). Une magnitude de 9,1 sur l’échelle du moment (Mw) déclenche un tsunami. Des vagues de 40 mètres de haut ravagent la côte. Des milliers de disparus, 15 899 morts, et la catastrophe de Fukushima et de sa centrale nucléaire.

    Lors de séisme supếrieur à 7 sur l’échelle ouverte de Richter, l’échelle du moment est plus précise. Elle prend en compte l’ensemble de la faille et de l’énergie totale libérée.

    Un tremblement de terre dans le centre de l’Italie à L’Aquila est mesuré à 5,8 (Richter) et 6,3 par Mw. L’intensité Mercalli modifiée (MMI) oscille entre IX et X dans les zones les plus touchées.

    La chine n’est pas épargnée le 28 juillet 1976 à 3 h 42. Dans l’édition de Hong Kong de l’ouvrage Modern History of China de Xu Zhongyao, « un rapport secret du gouvernement a dénombré 655 237 morts et 779 000 blessés », tandis que « les chiffres publiés plus tard par la China Earthquake Society étaient beaucoup plus bas ». Le rapport officiel a fait 242 769 morts et 164 851 blessés graves. Mesuré par l’échelle de surface à 7, 5 et XI (Extreme) sur MMI. La ville est complètement détruite.

    (Crédits : Jan Schwebel/Pexels)

    Le séisme du 27 mars 1964 à 17 h 36 touche l’Alaska. La magnitude relevée est de 9,2 sur l’échelle Mw. À la suite du séisme, 131 personnes sont décédées. Le tsunami perpétré se propage en Colombie-Britannique, Washington, Oregon et Californie. Des tsunamis ont causé des dégâts à Hawaï ainsi qu’au Japon. L’éruption du Krakatoa commence le 20 mai 1883 pour se terminer le 21 octobre de la même année. L’effet produit des ondes de choc qui font plusieurs fois le tour de la terre. Plus de 36 000 décès principalement dus au tsunami provoqué. Mais c’est également à 10 h 2, le 27 août la production du bruit le plus fort jamais enregistré : 310 dB.

  • À la conquête des sommets argentins (Épis. 38/46)

    À la conquête des sommets argentins (Épis. 38/46)

    Sur les conseils d’un botaniste, le duo prend la direction de Cerro Challhuaco. Une ascension de plus de deux mille mètres. Depuis tant de temps, Flavien procède à l’un, voire le dernier pliage de tente du voyage sur le continent sud-américain. Il transporte avec lui un souvenir sur sa peau. Les coups de soleil s’affichent sur ses mollets, et lui rappellent sans cesse de se protéger de l’astre solaire. Mais le confort de posséder un véhicule de location fait vite oublier l’essentiel dans le coffre de la voiture, mais pas les anecdotes engrangées durant ce périple.

    Un botaniste a récemment vu fleurir une plante rare. « Nous nous dirigeons vers le Cerro Challhuaco à 2131 m exactement. » Sauf que pour s’y rendre, il faut emprunter une piste avec le véhicule. Parfois, il ne peut passer. Le duo s’arme alors de courage pour affronter un long dénivelé, heureusement ils sont habitués. Cette pente est particulièrement compliquée sans 4×4. « Les voitures non équipées ne sont pas censées y aller. Comment voulez-vous, il vous mette ça sur le chemin quand vous avez déjà fait la moitié de la piste », râle Flavien en bon Français.

    Une rencontre au sommet

    Arrivés à 1300 m grâce à la voiture, ils ne leur restent plus que 800 m à gravir. « L’ascension, dont la forêt laisse très vite place aux éboulis, est très intéressante botanique parlant », raconte Flavien. La température est idéale également. Mais pas de short aujourd’hui encore, le soleil tape toujours aussi fort, et ses mollets souffrent toujours des coups de soleil. Aux alentours des 1950 mètres d’altitude, la rencontre s’effectue avec Chaetanthera villosa. « La fameuse espèce que nous sommes, enfin que je suis, venu chercher, rectifie Flavien. Ravis nous montons au sommet où il reste une fleur à découvrir : Oxalis erythrosora ! »

    « Là-haut le paysage ne peut être plus minéral. Les conditions doivent être ardues l’hiver venu, quand on observe le peu d’espèces qui poussent à cette altitude », comment l’aventurier.

    À 15 h, ils entament la descente. « Nous voulons être au Chili ce soir. Il faut passer par les douanes qui se situent à trois petites heures de route. » Le plein de carburant réalisé, ils filent à bonne allure. La vue du ruban noir est longue et monotone, ponctuée heureusement par d’agréables paysages. Le poste-frontière argentin vite expédié, le convoi effectue les 40 minutes pour relier le second. « Toutes les forêts qui les séparent semblent mortes. Aujourd’hui encore, je n’ai pas trouvé d’explication », explique Flavien. Peu avant 20 h, ils arrivent à la douane chilienne. Heureusement pour eux, car après cette heure, ils dormaient sur place jusqu’au lendemain matin. (Crédits : Flavien Saboureau)

    La nuit est tombée quand la fouille de la voiture commence. Peu de personnes suivent le duo, si bien qu’à bientôt 22 h, la quête d’un spot pour passer la nuit s’avère périlleuse. « Je monte ma tente pour ce qui est sûrement la dernière fois de ce voyage, quand deux renards nous rendent visitent. » C’est grâce à leurs prunelles ardentes qu’ils sont repérés par Flavien et David. La journée se finit par la dégustation des deux ultimes paquets lyophilisés présents dans le sac du baroudeur.

    Un dernier pliage de tente

    Le réveil est agréable, la température est douce, pas de trace des renards autour de la tente. « Je déjeune rapidement et je plie ma tente pour la dernière fois du voyage, enfin normalement. » L’objectif est le volcan du Puyehue à 2250 m. Cela passe par le sentier y conduisant, avec une petite surprise à l’entrée. « Après deux minutes, nous sommes au commencement du sentier, mais le propriétaire du terrain nous demande 10 € par personne… Nous pensions que c’était dans le Parc national et donc gratuit, mais il faut traverser un terrain privé pour y accéder », grommelle Flavien.

    À peine retournés au Chili, nous craquons déjà… 1900 m de dénivelé positif et plus de 20 km de marche les attendent avant de revenir à la voiture. « C’est la dernière grosse randonnée du voyage, mais ce matin je ne suis pas très motivé. » Comme l’été sur la plage, Flavien s’enduit de crème solaire.

    Les premières centaines de mètres sont dures à avaler. Cerise sur le gâteau, pas une seule nouveauté de faune et de flore. À midi, après deux heures de marche, ils dépassent la cime des arbres en se trouvant approximativement à 1400 m d’altitude. Un Chilien venu pour le même objectif qu’eux se repose auprès d’une cabane.

    « Le soleil tape très fort, ce qui réveille mes coups de soleil des précédents jours. » Le Chilien nous suivra sur la montée, mais semble être véritablement exténué. « Les pourcentages sont impressionnants, parfois supérieurs à 40 % », explique Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les gourdes sont désormais vides, l’attente est emplie de suspens pour les remplir. « Notre crainte est fondée. La fonte des névés passe sous le substrat volcanique, peu ou pas de ruisseaux sur ses pentes. Nous les laissons de nombreuses minutes sous les gouttes pour pouvoir les remplir. »

    Deux pas en avant, un en arrière

    « Dans les scories la marche est épuisante. Nous avançons de deux pas et reculons d’un. » Les pourcentages ne faiblissent pas jusqu’au sommet. Les plantes vasculaires se réduisent à deux espèces de Nassauvia à cette altitude. Ce parcours, des Français rencontrés à Puerto Williams, lui ont fortement recommandé. Avant d’atteindre la crête la déception, comme les coups de soleil ne quittent pas Flavien… jusqu’au sommet où il change littéralement d’avis.

    La vue panoramique sur les autres volcans est incroyable. « La caldeira enneigée de 2 km de diamètre que le sommet surplombe m’impressionne le plus. » Bien plus encore que le volcan de la Réunion ajoute Flavien.

    Les conditions à cette altitude sont très agréables, mais la sensation sur la peau des UV indique leurs puissances. Les empanadas acquises hier à la douane se dégustent sur place. Puis vingt minutes s’égrainent quand « nous redescendons le soleil dans le dos ».

    Chaussures hermétiquement fermées au maximum, afin d’éviter qu’elles se remplissent de scories. « Les genoux bloqués, nous nous laissons emporter par le glissement du substrat. Je n’ai pas pensé à prendre mes guêtres restées dans le coffre, dommage. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il suffit de trois quarts d’heure, contre les deux heures d’ascension, pour rejoindre la cabane où ils profitent une grande interruption. Après une pause bien méritée, la descente s’effectue de plus belle. « Nous poursuivons la descente dans la forêt, là encore au pas de course, car les pentes sont si fortes que les appuis de marche nous font glisser et chuter. »

    La descente technique est tout aussi physique que la montée, même plus. Ils affichent un plaisir non dissimulé lorsqu’ils retrouvent la voiture à 17 h. Après s’être abreuvé et restauré « nous prenons maintenant la direction de Puerto Varas, visitée il y a un peu moins d’une semaine, à quelques kilomètres de Puerto Montt où nous devons rendre la voiture demain. »

    Sur la route, le duo procède à un arrêt nécessaire pour deux raisons. La première pour trouver du réseau pour tenter de réserver une auberge.

    « Nous nous renseignons trop tard. Comme d’habitude ai-je envie de dire, plus une seule petite place. »

    La seconde est pour déguster une glace. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après moult discussions, et deux heures de route, pleine de travaux, « nous arrivons à Puerto Montt. » L’hôtel précédent est tout aussi complet. Un établissement les loge à quelques encablures. « Il n’est pas très accueillant, mais nous voulons simplement dormir. Avant, nous irons manger un excellent burger au coin de la rue. La seule bonne surprise de la soirée », raconte Flavien désabusé. Sur le retour, ils réservent les billets de bus du lendemain. À suivre…

  • La nature chilienne, de Chiloé à Valdivia (Épis. 36/46)

    La nature chilienne, de Chiloé à Valdivia (Épis. 36/46)

    Un lever en synchronicité avec le soleil. Rien de tel pour commencer une journée. Ce qui rend la situation encore plus magnifique est l’éveil de la nature, sachant qu’il a fait très froid cette nuit de la Saint-Valentin. La brume s’évapore de la rivière et renvoie les rayons du soleil. La simplicité des levers de soleil est un spectacle grandiose à qui sait les apprécier. Habitué à bourlinguer depuis plusieurs mois, dans divers endroits du monde, Flavien s’émerveille toujours.

    « Bien que le cadre ne soit pas incroyable, c’est sans aucun doute le plus beau lever de soleil de mon voyage, du moins jusqu’à présent. » Après un petit déjeuner très sommaire à base de céréales, Flavien et David prennent la route en direction de Valdivia. Si la destination est validée de par chacun, le détail qui procure l’envie diffère. « David aimerait y visiter le marché et moi un parc public connu pour ses plantes sauvages habituellement rares. »

    Une destination, deux souhaits

    La ville n’est pas la plus belle de toutes, mais elle a son charme, explique Flavien. Elle a surtout était reconstruite après l’énorme séisme qu’elle a subi le 22 mai 1960, et ce n’est pas peu dire. Il le plus grand tremblement de terre enregistré avec 9,5 sur l’échelle de Richter, un « monstre tellurique ». Le duo se dirige vers le fameux parc urbain où Flavien trouve assez facilement deux belles : Viola rubella et Lapageria rosea. La dernière est la plante phare et emblématique du Chili.

    Juste avant le repas, ils dévorent de l’asphalte. L’équipage prend la route de la région des volcans, plus particulièrement jusqu’à la ville de Pucón, au pied du Volcan et du lac de Villarica. Quelques impressions obligatoires pour la traversée de la frontière, avant de monter dans la voiture. L’ascension effectuée, il se positionner à quelques encablures du Villarica, l’un des plus actifs du Chili.

    En guise d’accueil, une grande fumerolle visible à des dizaines de kilomètres. « Nous avons pensé à le gravir, mais il est en alerte rouge, interdiction de progresser au-dessus de 2300 m. » La voiture garée sur le parking de la station de ski, « on grimpe jusqu’à 2000 m dans les scories à la recherche, infructueuse, d’une Viola cotyledon en fleur, les milliers d’individus observés étant fanés », se désole le naturaliste. La descente s’effectue en courant dans ces restes volcaniques. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je ne réussis pas à trouver un spot où installer ma tente. » L’idée germe de dormir à la belle étoile sous l’appentis de la station de ski. « J’attends, patiemment le départ du garde et des aficionados des aurores vespérales, pour gonfler mon matelas et dérouler le sac de couchage. » La voûte étoilée offre une occasion unique de faire des poses longues, d’autant que le volcan échappe des jets de laves. « De nuit, le spectacle est incroyable, j’ai hâte de regarder mes photos. »

    Une passagère clandestine, ou presque

    L’aube offre des premiers rayons dorés, ce qui éveille Flavien. Il range son campement improvisé, avant un petit déjeuner mérité. « Départ pour le sanctuaire de Cani, à un peu moins d’une heure de route du Volcan. Dans la descente, un garde du parc national nous arrête, on se demande ce qu’il nous veut. » Est-ce à cause de son bivouac ? « Une employée doit se rendre dans la vallée, il lui fait signe de monter dans la voiture. Un genre de stop imposé, étonnant », s’amuse Flavien en le racontant.

    Cerise sur le gâteau, elle leur donnera pléthores d’informations sur les « randos » du coin.

    Arrivés au sanctuaire, ils s’acquittent de 5 000 pesos, puis grimpent 1 000 m de dénivelé avant de toucher au « Graal » paysager. « La pente est très raide et poussiéreuse. La descente risque d’être longue, elle aussi », acte Flavien. Après avoir traversé des forêts centenaires de Nothofagus, où ils observent leurs premiers pics de Magellan, ils parviennent à la première lagune.

    C’est à partir de cet endroit que les premières forêts d’Araucaria apparaissent. « J’en rêve depuis mes débuts en botanique. C’était la dernière chose que je voulais absolument observer avant mon départ du continent sud-américain », s’exclame l’aventurier. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dans sa lancée, le duo continue de grimper, mais pour quel objectif ? Le mirador del Cañi situé à 1 550 m d’altitude. « Là-haut la vue est incroyable. Déjà pour y monter il faut traverser des forêts d’Araucaria monospécifiques dont certains d’entre eux sont sûrement millénaires », commente-t-il.

    Que dis-je ! C’est un Pic… de Magellan

    Puis au sommet le panorama sur le triptyque volcanique, avec le Lanin, le Quetrupillan et le Villarica, saupoudré de quelques Araucarias au premier plan, est à couper le souffle. Puis, Dame nature semble jouée avec l’émerveillement, presque enfantin du jeune homme. « Pour sublimer le tout, deux condors ponctuent le tableau. » Subjugués par le silencieux berceau des murmures du monde, Flavien et David restent tout un moment à contempler les crêtes dignes du jurassique.

    Flavien continue d’être enchanté. « Durant la redescente on aperçoit de nombreux pics de Magellan. Celui-là même que je veux tant observer depuis le début du voyage. » Le retour à des hauteurs plus clémentes emprunte une boucle du sentier typique. Elle serpente entre lacs et désespoirs des singes.

    L’araucaria du Chili, ou piñonero est surnommé le « désespoir des singes », la raison en est simple. Les singes, ainsi que les autres animaux, se heurtent à la grande difficulté de se nourrir de ses graines. Les piñones (pignons) de l’araucaria sont entourés d’une coque épaisse et dure, qui nécessite un outil puissant pour être cassée. Il en va de sa survie.

    La raison est que les premières fructifications se produisent, en moyenne vers l’âge de Flavien. Elles sont abondantes à partir de la quarantaine. De plus les graines possèdent un pouvoir germinatif assez faible, de trois à quatre mois. Ils préservent ainsi toutes ses chances de perdurer. D’ailleurs, le ministère de l’environnement chilien explique dans un article de 2017 que son plus vieil araucaria a 1 021 ans.

    « C’est dans ces lacs que je suis heureux de trouver un isoète, ces fameuses fougères aquatiques ancestrales. » Mieux que « Retour vers le futur », c’est un réel retour quelques millions d’années en arrière, précise Flavien. « L’une des plus belles randonnées que j’ai faites. » Deux heures entières à descendre les 1 200 m de dénivelé les séparant du parking où ils sont tout heureux de retrouver quelques victuailles.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ils taillent le ruban noir en direction la frontière argentine, avec deux petites pauses. La première pour acheter quelques empanadas, la seconde pour photographier quelques Mutisia qui grimpent dans les arbres de bord de route. À quelques kilomètres de la frontière, à 1200 m d’altitude, ils tombent sur un lac. C’est le lieu idéal pour passer la nuit. « Après la journée que l’on vient de vivre, on saute dans le lac qui, loin d’être chaud, est quand même agréable. Il fait presque nuit, il faut encore manger et monter la tente. Je trouve un spot parfait pour dormir, sous des Araucarias, avec vu sur le Lanin ! Une très belle journée qui se termine », conclut l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • Navigation dans les chenaux (Épis. 32/46)

    Navigation dans les chenaux (Épis. 32/46)

    Enfin à bord, en ce mardi 6 février 2024, après deux journées d’attente où l’énigme du temps qui s’écoule restera un mystère. Ils sont en partance pour les glaciers Patagoniens. À bord, sans compter l’équipage, cent personnes voguent. La route entre les chenaux permet l’observation de la faune et de la flore. La première partie de voyage est calme, jusqu’à l’arrivée du golf de Penas. Les creux des vagues, le vent font bouger le navire de 150 mètres de long comme une coquille de noix.

    Ils sont parmi les cent passagers. Le vaisseau a quitté le port depuis quarante-cinq minutes quand Flavien se dirige vers la salle de restauration. « Je ne tarde pas à aller au petit-déj, car le service ferme à 9 h. » Le bien-être des couchettes du bateau est vérifié et validé. « J’ai bien dormi, les lits sont confortables », explique Flavien ravit. Son étonnement est complet au retour du petit déjeuner. « Nos lits ont été refaits, quel luxe ! »

    Mer calme à l’horizon

    À l’heure du goûter des écoliers, l’ensemble des passagers est convié dans la salle de restauration. Pas une seule viennoiserie, mais la diffusion d’informations générales et de sécurité. Une fois les consignes distillées, tout un chacun retourne vaquer à ses occupations. Pour Flavien, les diverses pauses sont absorbées à admirer le paysage. « D’ailleurs, il est similaire à celui rencontré sur le précédent bâtiment lors du voyage vers Puerto Williams », remarque-t-il.

    Si les panoramas sont semblables, le bateau est-il différent ? « Celui-ci est beaucoup plus gros, 150 m de long. Il ne bouge donc pratiquement pas, surtout avec la mer d’huile que l’on a », commente Flavien.

    Pour autant, le commandant n’est sûrement pas un novice. « Ce matin, nous naviguons par la passe, Angostura White, la moins large du voyage. Le bateau n’a que 15 m à tribord et bâbord pour manœuvrer, impressionnant ! »

    Pour sortir de la baie de Puerto Natales, il se fraye un chemin entre le dédale d’îles, c’est l’occasion d’observer de nombreuses otaries et oiseaux qui trouvent de bonnes conditions dans ces canaux protégés de l’océan Pacifique.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Quand vient l’heure du repas, l’humeur de Flavien est mitigée. Ce sera des lasagnes pour ce midi. Le Grenoblois rencontré il y a deux jours arrive pour taper la causette au moment du dessert. Les discussions s’enchaînent, quand 14 h sonne aux tocantes. C’est l’heure où le capitaine a prévu de faire son speech sur la vie à bord.

    Le discours du capitaine

    Une heure plus tard, après avoir essayé les gilets de sauvetage, la capitaine reprend la parole. Il évoque la navigation dans les chenaux Patagoniens. Puis vient l’heure de la ronflette. « Moi qui apprécie tant les siestes en mer, je suis déçu. Le bateau est tellement stable que ça ne bouge pas d’un pouce. » Pour l’instant…

    Après un nouveau point sur la beauté des paysages, Flavien note que la météo se dégrade petit à petit. Il est temps de quitter le pont pour la cafétéria. Bien à l’abri et au chaud, ils jouent au UNO acheté hier. Les parties défilent jusqu’à 19 h. Après le repas, le trio pense profite de l’extérieur.

    « C’est alors que j’aperçois des anglais montrant des photos de Viola cotyledon à leurs amis. » Ni une, ni deux, Flavien prend ses jambes à son cou et file taper la causette.

    Il questionne les Britanniques. Cette espèce est l’un des objectifs du voyage. « Ils disent l’avoir vue, il y a trois ou quatre semaines sur le volcan Villarrica », ça tombe bien, c’est dans ce coin que j’espère aller à sa rencontre se réjouit Flavien.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée se poursuit. « Je finis la soirée à la cafétéria à écrire quelques lignes. » Flavien semble avoir pris goût aux transports maritimes. Cela dit, il est stupéfait de cette stabilité qui le renvoie à l’impression de marcher sur terre.

    Voir Puerto Eden et vivre…

    Le réveille-matin sonne à 6 h 45. L’arrivée est prévue à Puerto Edén pour 7 h 30. Un quart d’heure après l’éveil, Flavien constate que « nous en sommes encore loin et je retourne donc me coucher, la météo étant pluvieuse. » Quelques minutes passent, quand il se lève. Après s’être restauré avec un bon petit déjeuner, le navire se rapproche enfin « de ce village qui me fait tant rêver ».

    Il est extrêmement isolé. Quarante habitants vivent à Puerto Eden. Petite précision, il est l’un des lieux les plus arrosés au monde avec 5000 mm d’eau par an. C’est là que les derniers Kawesquars ont été déplacés par l’état chilien, au siècle passé. « Je devais y rester deux jours, mais le bateau qui s’y arrête était plein lorsque j’ai voulu réserver, il y a quelques semaines. »

    Les nuages se dégagent, le ciel se dévoile et les rayons de soleil se dessinent à leur arrivée. « Nous ne sommes pas autorisés à descendre. Il jette l’ancre à plusieurs centaines de mètres du rivage. Quelques habitants viennent en hors-bord récupérer quelques colis avant de repartir.

    Après une petite heure d’escale, nous reprenons notre route plein nord et le temps se couvre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pour terminer la matinée, « nous observerons une statue de vierge ». Elle est censée porter bonheur aux marins, confie Flavien. Puis c’est au tour de l’épave d’un bateau, le “Capitán Leonidas“. Il fait naufrage le 7 avril 1968, dans le canal Messier. L’une des hôtesses nous raconte son histoire. Après le déjeuner, alors la météo se dégrade fortement, ils se greffent à une visite de la passerelle de commandement.

    « Puis avec David nous passons la majeure partie de l’après-midi à jouer aux cartes à la cafétéria. » C’est en fin de journée que le royaume de Neptune s’agite. Le navire quitte les chenaux Patagoniens pour entrer dans le golfe de Penas.

    La mer commence à se former et le bateau bouge enfin, se réjouit-il. « À 18 h nous n’avons théoriquement plus le droit de sortir, mais nous allons quand même prendre le grand air à l’avant. »

    « C’est impressionnant, je n’ai pas vu de tels creux depuis le Marion Dufresne. Additionné au vent, il est difficile de tenir debout. » Une ou deux personnes glissent. L’équipage les sermonne. « Il est tant de rentrer à l’abri après avoir observé les derniers rayons de soleil. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dans la cafétéria les sièges glissent d’un bout à l’autre de la pièce. Nous commençons tous à imaginer la nuit qui nous attend, elle risque d’être longue. « Allongé dans mon lit, et glissant sur celui-ci, je ne réussis pas à me concentrer et je remets donc l’écriture de ces lignes au lendemain. Je mets du temps à m’endormir, mais le reste de la nuit aurait pu être plus désagréable. » À suivre…

  • Tremblements de terre aux Philippines avec plus de 650 répliques

    Tremblements de terre aux Philippines avec plus de 650 répliques

    Peu avant minuit, un tremblement de terre de magnitude 7,7 sur l’échelle ouverte de Richter s’est produit au large des côtes de l’île de Mindanao, aux Philippines. L’alerte au Japon est lancée vers 23 h 37 (heure locale) samedi 2 décembre 2023 par l’Agence météorologique japonaise (JMA). À la suite du tremblement de terre un avis de tsunami pour la côte pacifique du Japon par la JMA. Elle s’étend pour les territoires allant de la préfecture d’Okinawa à la préfecture de Chiba.

    L’Institut philippin de volcanologie et de sismologie (Phivolcs) a relevé un tremblement de terre de magnitude 7,4 samedi. Phivolcs traçait l’épicentre du tremblement de terre à 30 kilomètres au nord-est de Hinatuan, province de Surigao del Sur. Ce dernier est situé à une faible profondeur de 25 km sous l’épicentre ajoutait-elle. Il sera revu à la hausse avec une magnitude de 7,7 et d’une profondeur de 45 km.

    Le voisin japonais a émis une alerte au tsunami. Des vagues d’un mètre maximum devraient atteindre Miyakojima et les îles Yaeyama, dans la préfecture d’Okinawa, d’ici 1 h 30 du matin soulignaient les autorités samedi soir.

    Le tsunami devrait atteindre une grande partie de la côte Pacifique des îles principales du Japon au sud de Chiba entre 2 h 30 et 3 h 30, avec des vagues allant jusqu’à 1 mètre. Il est conseillé à la population de s’éloigner de la côte et des embouchures des rivières.

    Des tsunamis d’une hauteur de 0,6 mètre sont mesurés à Hachijo et sur d’autres îles d’Izu, ainsi que sur une île de la chaîne d’Ogasawara dans l’océan Pacifique, au sud de Tokyo explique JapanTimes. Des vagues de 30 cm ont été enregistrées à Tateyama, et de 40 cm à Tosashimizu.

    Tous les avis ont été levés à midi.

    (Crédits : API Séisme)

    Un tremblement tectonique

    Le tremblement de magnitude 7,7 a été ressenti de différentes manières aux Philippines. D’une intensité destructive à Tandag City, Surigao del Sur, soit supérieur à 7, très fort à Bislig City, toujours Surigao del Sur. Puis fortement (intensité de 5) dans les villes de Cagayan de Oro City, dans la province de Misamis Oriental, de Nabunturan, province de Davao de Oro et Davao City, Davao del Sur. L’épicentre situé à plus de cent kilomètres se situait à 45 km de profondeur (8°35’60” 126°24’00”).

    Le tremblement de terre de 7,7 d’origine tectonique laisse à penser que le volcan actif le plus proche, Leonard Kniaseff, à environ 110 kilomètres au sud de Hinatuan, pourrait s’activer.

    Dans le cadre de la procédure DOST-PHIVOLCS, « l’Institut surveillera de près les événements sismiques qui pourraient être associés au volcan Leonard Kniaseff et à d’autres volcans actifs à proximité ».

    L’Institut a continué de détecter les répliques à la suite du tremblement de terre de magnitude 7,7 qui a frappé Hinatuan, hier à 15 h 37 (heure française). Pas moins de 659 répliques ont eu lieu, sept d’entre eux ont été ressentis, avec la plus forte magnitude de mesure 6,2.

    (Crédits : Google Maps)

    Le directeur Teresito Bacolcol a déclaré que le tremblement de terre était très probablement généré par le mouvement le long de la faille philippine. Avertissant par la même occasion la population que les répliques pourraient se poursuivre pendant les prochains « quelques jours à quelques semaines », mais au fil du temps, leur nombre et leur ampleur diminueront. L’alerte au tsunami est levée : « la dernière arrivée de la vague aux Philippines s’est produite à 2 h 52 à la gare de la baie de Hinatuan-Bislig sur l’île de Mawes. Cela signifie que la menace du tsunami associée à ce tremblement de terre est maintenant largement passée par les Philippines ».