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  • La nature chilienne, de Chiloé à Valdivia (Épis. 36/46)

    La nature chilienne, de Chiloé à Valdivia (Épis. 36/46)

    Un lever en synchronicité avec le soleil. Rien de tel pour commencer une journée. Ce qui rend la situation encore plus magnifique est l’éveil de la nature, sachant qu’il a fait très froid cette nuit de la Saint-Valentin. La brume s’évapore de la rivière et renvoie les rayons du soleil. La simplicité des levers de soleil est un spectacle grandiose à qui sait les apprécier. Habitué à bourlinguer depuis plusieurs mois, dans divers endroits du monde, Flavien s’émerveille toujours.

    « Bien que le cadre ne soit pas incroyable, c’est sans aucun doute le plus beau lever de soleil de mon voyage, du moins jusqu’à présent. » Après un petit déjeuner très sommaire à base de céréales, Flavien et David prennent la route en direction de Valdivia. Si la destination est validée de par chacun, le détail qui procure l’envie diffère. « David aimerait y visiter le marché et moi un parc public connu pour ses plantes sauvages habituellement rares. »

    Une destination, deux souhaits

    La ville n’est pas la plus belle de toutes, mais elle a son charme, explique Flavien. Elle a surtout était reconstruite après l’énorme séisme qu’elle a subi le 22 mai 1960, et ce n’est pas peu dire. Il le plus grand tremblement de terre enregistré avec 9,5 sur l’échelle de Richter, un « monstre tellurique ». Le duo se dirige vers le fameux parc urbain où Flavien trouve assez facilement deux belles : Viola rubella et Lapageria rosea. La dernière est la plante phare et emblématique du Chili.

    Juste avant le repas, ils dévorent de l’asphalte. L’équipage prend la route de la région des volcans, plus particulièrement jusqu’à la ville de Pucón, au pied du Volcan et du lac de Villarica. Quelques impressions obligatoires pour la traversée de la frontière, avant de monter dans la voiture. L’ascension effectuée, il se positionner à quelques encablures du Villarica, l’un des plus actifs du Chili.

    En guise d’accueil, une grande fumerolle visible à des dizaines de kilomètres. « Nous avons pensé à le gravir, mais il est en alerte rouge, interdiction de progresser au-dessus de 2300 m. » La voiture garée sur le parking de la station de ski, « on grimpe jusqu’à 2000 m dans les scories à la recherche, infructueuse, d’une Viola cotyledon en fleur, les milliers d’individus observés étant fanés », se désole le naturaliste. La descente s’effectue en courant dans ces restes volcaniques. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je ne réussis pas à trouver un spot où installer ma tente. » L’idée germe de dormir à la belle étoile sous l’appentis de la station de ski. « J’attends, patiemment le départ du garde et des aficionados des aurores vespérales, pour gonfler mon matelas et dérouler le sac de couchage. » La voûte étoilée offre une occasion unique de faire des poses longues, d’autant que le volcan échappe des jets de laves. « De nuit, le spectacle est incroyable, j’ai hâte de regarder mes photos. »

    Une passagère clandestine, ou presque

    L’aube offre des premiers rayons dorés, ce qui éveille Flavien. Il range son campement improvisé, avant un petit déjeuner mérité. « Départ pour le sanctuaire de Cani, à un peu moins d’une heure de route du Volcan. Dans la descente, un garde du parc national nous arrête, on se demande ce qu’il nous veut. » Est-ce à cause de son bivouac ? « Une employée doit se rendre dans la vallée, il lui fait signe de monter dans la voiture. Un genre de stop imposé, étonnant », s’amuse Flavien en le racontant.

    Cerise sur le gâteau, elle leur donnera pléthores d’informations sur les « randos » du coin.

    Arrivés au sanctuaire, ils s’acquittent de 5 000 pesos, puis grimpent 1 000 m de dénivelé avant de toucher au « Graal » paysager. « La pente est très raide et poussiéreuse. La descente risque d’être longue, elle aussi », acte Flavien. Après avoir traversé des forêts centenaires de Nothofagus, où ils observent leurs premiers pics de Magellan, ils parviennent à la première lagune.

    C’est à partir de cet endroit que les premières forêts d’Araucaria apparaissent. « J’en rêve depuis mes débuts en botanique. C’était la dernière chose que je voulais absolument observer avant mon départ du continent sud-américain », s’exclame l’aventurier. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dans sa lancée, le duo continue de grimper, mais pour quel objectif ? Le mirador del Cañi situé à 1 550 m d’altitude. « Là-haut la vue est incroyable. Déjà pour y monter il faut traverser des forêts d’Araucaria monospécifiques dont certains d’entre eux sont sûrement millénaires », commente-t-il.

    Que dis-je ! C’est un Pic… de Magellan

    Puis au sommet le panorama sur le triptyque volcanique, avec le Lanin, le Quetrupillan et le Villarica, saupoudré de quelques Araucarias au premier plan, est à couper le souffle. Puis, Dame nature semble jouée avec l’émerveillement, presque enfantin du jeune homme. « Pour sublimer le tout, deux condors ponctuent le tableau. » Subjugués par le silencieux berceau des murmures du monde, Flavien et David restent tout un moment à contempler les crêtes dignes du jurassique.

    Flavien continue d’être enchanté. « Durant la redescente on aperçoit de nombreux pics de Magellan. Celui-là même que je veux tant observer depuis le début du voyage. » Le retour à des hauteurs plus clémentes emprunte une boucle du sentier typique. Elle serpente entre lacs et désespoirs des singes.

    L’araucaria du Chili, ou piñonero est surnommé le « désespoir des singes », la raison en est simple. Les singes, ainsi que les autres animaux, se heurtent à la grande difficulté de se nourrir de ses graines. Les piñones (pignons) de l’araucaria sont entourés d’une coque épaisse et dure, qui nécessite un outil puissant pour être cassée. Il en va de sa survie.

    La raison est que les premières fructifications se produisent, en moyenne vers l’âge de Flavien. Elles sont abondantes à partir de la quarantaine. De plus les graines possèdent un pouvoir germinatif assez faible, de trois à quatre mois. Ils préservent ainsi toutes ses chances de perdurer. D’ailleurs, le ministère de l’environnement chilien explique dans un article de 2017 que son plus vieil araucaria a 1 021 ans.

    « C’est dans ces lacs que je suis heureux de trouver un isoète, ces fameuses fougères aquatiques ancestrales. » Mieux que « Retour vers le futur », c’est un réel retour quelques millions d’années en arrière, précise Flavien. « L’une des plus belles randonnées que j’ai faites. » Deux heures entières à descendre les 1 200 m de dénivelé les séparant du parking où ils sont tout heureux de retrouver quelques victuailles.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ils taillent le ruban noir en direction la frontière argentine, avec deux petites pauses. La première pour acheter quelques empanadas, la seconde pour photographier quelques Mutisia qui grimpent dans les arbres de bord de route. À quelques kilomètres de la frontière, à 1200 m d’altitude, ils tombent sur un lac. C’est le lieu idéal pour passer la nuit. « Après la journée que l’on vient de vivre, on saute dans le lac qui, loin d’être chaud, est quand même agréable. Il fait presque nuit, il faut encore manger et monter la tente. Je trouve un spot parfait pour dormir, sous des Araucarias, avec vu sur le Lanin ! Une très belle journée qui se termine », conclut l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • L’exploration de l’île de Chiloé (Épis. 34/46)

    L’exploration de l’île de Chiloé (Épis. 34/46)

    La peur de se faire avoir hante Flavien durant la veille. La nuit porte conseil, surtout lorsqu’elle est autant reposante. Après avoir pris le petit déjeuner, inclus dans le prix de l’hôtel ***, Flavien et David vont faire quasiment un hold-up à la banque. Pour payer la caution du véhicule tant espéré, il se procure un demi-million de pesos chilien, et en petite coupure. À 10 h 30, ils se rendent à la station-service, lieu de l’échange tout proche de l’hôtel. Le propriétaire est présent. Un soulagement pour Flavien, même s’il n’en souffle pas un mot.

    Flavien et David se retrouvent avec un véhicule pour arpenter chaque route et chaque chemin. Du ruban noir urbain, au sentier de montagne, ils peuvent désormais se rendre partout ou presque.

    À nous la liberté !

    Le duo passe au peigne fin la voiture. Le loueur transmet les documents pour l’accès en Argentine entre le 15 et le 19 février 2024. « Nous voilà au volant d’un Nissan break quasi neuf. À nous la liberté ! » Le tandem s’empresse de récupérer leurs sacs à l’hôtel. Une fois l’automobile chargée, direction le bac. Il permet de traverser de Pargua à Chacao vers la fameuse île de Chiloé.

    Réputée pour ses églises et ses maisons sur pilotis, elle est souvent considérée comme la Bretagne Chilienne de par son climat et ses paysages littoraux. Les surprises parsèment le chemin de Flavien et David. « Pour nous y rendre il faut emprunter un semblant d’autoroute, et s’acquitter d’un droit de passage », s’étonne le conteur.

    En faisant la queue pour monter sur le ferry, « j’observe plein de nouvelles espèces : Lophosoria quadripinnata, Lomatia ferruginea, Boquila trifoliolata, Aristotelia chilensis, etc ». Embarqué, Flavien espère apercevoir le cormoran, mais… ce sera un pélican. Une fois sur Chiloé, ils filent à la plage de Piñhuil. Une balade d’une heure à voiture, pour la bonne cause. « Là-bas, on compte prendre un modeste bateau touristique pour faire le tout de petites îles où vivent les manchots de Magellan et de Humbolt. C’est ce dernier qui m’intéresse », assure Flavien.

    Les paysages pour y arriver me remémorent la corniche basque que j’ai visitée l’année précédente, lâche-t-il de sa moustache. Une fois sur place, l’étonnement est de mise. « Nous devons conduire sur une plage de sable noir sur laquelle nous devrons nous stationner. » À peine sortis de la voiture, ils achètent chacun un billet à 9000 pesos (soit environ 9 euros), et embarquent dans le bateau.

    « Amarré sur la plage, il faut monter sur une espèce de chariot bricolé pour grimper sans avoir à enfiler les cuissardes. Scène surprenante qui renforce le sentiment d’être plus que jamais des touristes… » L’épopée dure une demi-heure durant laquelle il observe quelques manchots de Humbolt. Par contre, il se réjouit, des nombreux cormorans visibles. La tocante affiche quasiment 15 h, il est temps de prendre la direction de Castro, la capitale de l’île, à une bonne centaine de kilomètres vers le sud. « Cette fois, je prends le volant. Cela fait quelques mois que je n’ai pas conduit et j’attaque par 1 h 45 de route, ça me remet direct dans le bain… » (Crédits : yohb0/Pixabay)

    La météo radieuse invite à la visite. « Comme à notre habitude, on craque pour une glace », sourit Flavien. Quelques empanadas et spécialités locales, tels les milcaos, dans le sac, ils se dirigent vers le parc national de Chiloé sur la côte Pacifique. Flavien pose sa tente sur une panne dunaire, David dormira sur le siège passager. « Le jour se couche de plus en plus tôt (21 h aujourd’hui contre 22 h 30 il y a un mois), note l’aventurier. Demain (dimanche 11 février), il faut profiter de la matinée pour se promener dans le parc, la pluie est annoncée pour l’après-midi. »

    À la vitesse d’un botaniste

    La pluie est tombée durant la nuit. Il faut attendre que sa guitoune sèche un minimum pour pouvoir la ranger, pense à voix haute Flavien. Pendant que David dort encore, le botaniste sort son appareil et mitraille les plantes qui bordent la tente. Après avoir pris un petit déjeuner rudimentaire, le duo marche vers l’entrée du parc National de Chiloé, dont le ticket coûte 7500 pesos. « Les sentiers sont très courts, moins de 3 km. Nous allons vite les expédier. »

    Sauf qu’il y a énormément d’espèces nouvelles à observer et photographier. La visite éclair se transforme en un safari de quatre heures. « David réussit l’exploit d’avancer au rythme très lent d’un botaniste », se confie Flavien amusé. Les espèces sont mythiques enchaîne-t-il : Tepualia stipularis, Lapageria rosea, Desfontainia spinosa, Tristerix corymbosus, Rhaphithamnus spinosus, Luma apiculata, Aextoxicon punctatum et j’en passe. « À 14 h nous sommes de retour à la voiture. » Ils sont dotés d’un « nez fin », car à peine cinq minutes s’écoulent lorsqu’une averse s’abat sur l’île. La météo avait raison, mais que faire de l’après-midi ? Transmutation en touristes : direction la ville de Chonchi, à l’est. Une explication en deux points : il y a quelques églises classées à explorer et parce qu’il fait souvent plus beau sur la côte sous le vent. Finalement, il y fera la même météo… Mais une surprise de taille les attend.

    Sur le chemin, une très grande fête de village se découvre. « C’est la fête annuelle de l’île, quelle chance ! » Après avoir visité l’église, ils trouvent pléthores de stands artisanaux et de nourriture. Peu ou prou de touriste, « nous sommes au cœur de la culture de l’île, le pied », s’enchante Flavien. Pendant quelques dizaines de minutes, ils profitent du spectacle des gauchos se démenant avec leurs taureaux dans l’arène. Ayant toujours un creux à l’estomac, ils dégustent quelques spécialités du coin comme le Mote con huesillos. « C’est un mélange de sirop, de pêche et de blé cuit, mélange très étonnant qui n’est pas forcément alléchant », explique-t-il. Le jeune homme semble nostalgique.

    « J’ai l’impression de revenir 20 ans en arrière en France quand les fêtes de village étaient monnaie courante. » C’est la première fois du voyage qu’il se confronte à un peuple avec une véritable culture, transmise de génération en génération. (Crédits : Lapageria rosea/Flavien Saboureau)

    Avant de partir vers Quillén, ils profitent du spectacle de fabrication des Chochoca (sorte de roulés à la patate) et de la tonte de moutons. Comme Flavien remarque quelques lignes plus en avant, le jour se couche plus tôt. Ils reprennent la voiture en direction Quillen, 45 min plus au sud, espérant y trouve un spot de bivouac. Arrivés au bord de la plage, ils trouvent un semblant de camping se résumant à une simple pelouse en bord de mer. « Il reste une heure avant le coucher de soleil alors on prend notre bière et direction le phare, pour y observer quelques otaries au soleil tombant. La tente dressée, nous parton dans le bourg, pour tomber sur un foodtruck encore ouvert. Nous n’avons pas vraiment de nourriture pour ce soir. » Alors que le soleil disparaît, le froid s’empare de sa place. « Ça caille ce soir, ça faisait quelques jours que l’on n’avait pas eu froid. » À suivre…

  • Entre terre et mer, à Puerto Montt (Épis. 33/46)

    Entre terre et mer, à Puerto Montt (Épis. 33/46)

    Après des instants agités durant la navigation, nos aventuriers vont bientôt toucher terre. Cette traversée est entrecoupée de partie de cartes, de repas, de siestes et de l’observation de la faune sauvage. Un régal pour les papilles et les pupilles. L’un des moments magiques du périple est une chose anecdotique pour tout non-initié, le souffle des baleines. Les quarante trois espèces de cétacés passant près des côtes chiliennes représentent plus de la moitié de celles connues sur les mers et océans du globe.

    Après avoir déjeuné, un documentaire sur les mastodontes des mers et océans est diffusé. Si bien que chaque spectateur souhaite les voir en vrai. « Nous passons la fin de la matinée, en vain à les chercher depuis le pont. »

    Le retour de la mer calme

    Le navire se trouve désormais dans les chenaux, la navigation est d’ores et déjà bien plus calme. « C’est le jour et la nuit », s’exclame Flavien. La faune se laisse observer : puffins, goélands dominicains et autres lions de mer… Après le repas, les hôtesses interviennent en nous préparant au débarquement de demain. Puis, une sieste s’impose, avant de filer à la table de jeu, enfin au loto bingo organisé par l’équipage. « Malgré les quatre parties, je ne gagne pas une seule fois », soupire-t-il.

    Pour se vider la tête de pensées encombrantes, rien de tel que de profiter des embruns sur le pont. « Le vent est tombé, le soleil nous réchauffe, c’est clairement agréable. » La mer d’huile est propice aux bancs de manchots de Magellan, tandis que des otaries se prélassent.

    Le panorama change.

    Les chenaux sont constellés de nombreux volcans aux sommets enneigés « Combiné aux forêts très denses, on a l’impression de voir des paysages de “Jurassic Park”. » La recherche de cétacés vaine, le duo joue au Uno. Juste avant le diner, le capitaine informe le bateau de la présence de baleines. « L’ensemble des passagers se retrouve sur le pont et beaucoup, comme nous, arrivent en retard au repas. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    À l’image de la scène fleuve à la proue du Titanic, dans le film éponyme, le dîner clos, « nous nous retrouvons avec d’autres Français à l’avant du bateau ». L’alcool est interdit à bord, tous arborent une « bière sans alcool » à la main. « Nous passons la soirée à observer les souffles de baleines avec en fond un incroyable coucher de soleil. C’est un des plus beaux moments du voyage », s’exalte Flavien.

    Le débarquement… à l’hôtel

    L’heure du débarquement est annoncée à onze heures. « Avant d’aller au petit-déjeuner, je fais mon sac. J’en profite pour rendre la carte de verrouillage de ma chambre. » Le navire est un peu en avance. « Après avoir observé l’arrimage impressionnant du bateau, nous descendons à 10 h. » Un minibus les attend. La distance entre le port de Puerto Montt et la gare routière est de vingt minutes. Le duo composé de deux hommes, n’a rien anticipé pour la nuit… c’est ce que l’on nomme partir à l’aventure. Ils vivent un remake de Mission impossible.

    Le plus urgent est de repérer un hébergement. « Impossible de trouver une auberge de jeunesse, c’est là première fois », s’étonne Flavien. Finalement, le duo trouve une nuit en hôtel pour 25 000 pesos, dans un 3 étoiles en plus, sourit l’aventurier. Bien agréable après quelques jours de mer, pense-t-il.

    Bien que situé en centre-ville « ça n’a pas l’air d’être un quartier bien fréquenté, tant pis », claque-t-il. L’avantage est qu’il y a de quoi manger et faire des courses. Deuxième mission, de loin la plus ardue, trouver un véhicule de location pour les dix prochains jours. La plupart sont d’ores et déjà réservés, car c’est la ville de départ de la Carratera austral. (Crédits : Google Maps)

    David avait repéré des véhicules, à partir de 50 € la journée. Après quelques recherches, la perle se trouve au nord de la ville, pour seulement 35 €. Trente minutes de marche, pour découvrir que leurs « cartes bleues » sont de débit et non de crédit. Un détail qui vaut son pesant de cacahuètes. Il leur est impossible de réaliser un dépôt de caution auprès de l’agence. Le duo suggère 500 euros de caution en espèce, malgré la proposition « ils ne veulent rien entendre, tant pis pour eux… »

    « Bingo ! » crie Flavien

    Dégoûté d’avoir marché pour rien, il faut revenir. Après la visite du marché, ils repartent pour une demi-heure à crapahuter. David dans ses recherches a repéré un loueur. Quelques minutes de patience, le verdict tombe : 40 000 pesos la journée. Auxquels s’ajoutent 100 000 pesos de paperasse pour se rendre en Argentine en fin de semaine prochaine.

    « Bingo », cri en silence le duo. Finalement, la cinquième partie sera gagnante.

    Le propriétaire l’emmènera à la station-service, près de notre hôtel. « On a payé 250 € chacun, j’espère que l’on aura la voiture demain matin… », compte Flavien en misant sur l’honnêteté du loueur. Chemin faisant, ils explorent le vieux port où se trouve un nombre incalculable de magasins artisanaux de souvenirs.

    On y observe quelques lions de mer à seulement quelques mètres des touristes, étonnants. Dans la ville, ils recherchent une banque pour obtenir sans de l’argent sans frais, malheureusement elles sont toutes fermées, tant pis. Il faudra retirer des pesos avec des frais, le nouveau loueur accepte la caution en liquide !

    (Crédits : Puerto Montt/Marisa Garrido – marisadechile)

    La journée se clôture dans un restaurant. « Nous prenons un plat unique à partager avec de tout : frites, porc, bœuf, tomates, avocat, fromage, cornichons et j’en passe… ». Rentrés à l’hôtel, le sentiment sur la ville est plus que mitigé, la surprise est de taille par rapport aux différentes villes chiliennes visitées. Peu importe, « Demain, départ pour l’île de Chiloé. » À suivre…

  • Ascension périlleuse au mont Tarn (Épis. 23/46)

    Ascension périlleuse au mont Tarn (Épis. 23/46)

    Comme sur le trajet aller, Flavien ne trouve pas la bonne posture pour rencontrer le sommeil. À l’aube, il se réveille. Il contemple les montagnes qui les entourent. Leur blancheur est encore plus prononcée que la veille. Le résultat est magnifique. Habitué, il saisit ses cartes et son GPS. La position est triangulée. Dans moins d’une heure, le bateau se placera devant le plus impressionnant des glaciers. Sûr de lui, il s’endort en ayant la certitude de s’éveiller… Bien entendu, il ouvre les yeux, une demi-heure après le passage du glacier.

    Ce n’est pas très important, il a profité de ce spectacle grandiose à l’aller. Il prend le bol d’air frais avec un tour sur le pont. « La température, accentuée par la présence du vent, est glaciale », souffle Flavien. Pour s’évader, il attaque le roman « Soudain, seuls » d’Isabelle Autissier.

    Soudain seul

    Avant de plonger dans les pages du roman, cinq ou six manchots de Magellan se laissent observer sur un îlot. Près de deux heures passent, quand à 9 h le petit déjeuner est servi. Tel le chant des sirènes, il retombe dans l’ouvrage. Jusqu’à midi, il n’en décroche pas. « De toute façon, il fait un temps pourri dehors », argumente Flavien.

    Le repas englouti, il se confronte à l’air humide. « Je m’imprègne de l’ambiance, semblable à celle du roman. » C’est alléchant de lire un tel récit dans ce lieu, entre les mouvements du bateau et les odeurs particulières. Vous avez besoin de moins de concentration que dans un salon pour vivre pleinement le roman, claque Flavien.

    Un dauphin le sort subrepticement des mots, à quelques reprises. Son identification est difficile, il semble s’agir du genre Cephalorhyncus. Surpris, quant à 16 h, il pose le roman sur ses genoux. « De mémoire, c’est la première fois que je lis un roman en une seule journée, c’est dire qu’il m’a plu, appuie-t-il. L’intrigue se déroule dans un contexte familier, il est facile d’y accrocher. »

    Peu avant 18 h, une otarie à fourrure pointe sa tête hors de l’eau à quelques reprises. Le vol des pétrels géants et des albatros à sourcils noirs fascine Flavien. « Impossible de rester impassible face à ces géants et leur dextérité. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L’intrusion dans le Pacifique se produit à 18 h. « C’est l’heure du dîner. Les vagues s’accentuant, il faudra avoir l’estomac bien accroché pour avaler le repas. » La houle replonge l’aventurier à de vieux souvenirs, malgré ses 26 printemps. « Cela me fait penser à quelques repas, en particulier des petits déjeuners, pris sur le Marion Dufresne. La houle est celle qui vous emporte votre plateau-repas. »

    Une longueur monotone

    Avec le changement d’océan, le temps s’améliore. « Il fait bon traîner sur le pont si tu n’as pas dégluti ton repas. » C’est l’occasion de contempler plusieurs otaries et autres lions de mer, sauter près de la barcasse. « L’ouest dans le brouillard l’est sous le soleil et la mer striée par les rafales. Le paysage invite à la contemplation et aux photographies. Avant qu’il ne change dans je ne sais combien de seconde. Un résumé de cette journée où nous aurons eu les quatre saisons, mais l’avantage c’est que cette fois je peux me mettre à l’abri dans mon siège avec hublot… »

    Le hublot est telle une loupe, il permet de mettre en lumière les souvenirs et faits anciens. « Ce soir, je fais une petite rétrospective. Il y a un an, le 10 janvier 2023, je descendais tout juste du Marion Dufresne. L’aventure taafienne se terminait sous des latitudes quelque peu plus clémentes. Aujourd’hui, je suis toujours sur un bateau, mais sous des latitudes moins attirantes pour la plupart des voyageurs, mais c’est ce que j’aime, se découvrir loin des sentiers battus. »

    Qui plus est, à l’endroit où se trouve Flavien, il n’existe pas de sentier. « Juste la route que les plus grands navigateurs découvrirent 500 ans plus tôt. » Le jeudi onze janvier 2024, il profite de Punta Arenas avec plusieurs visites. Le musée, le cimetière, il réalise des courses, des photos et déguste un burger.

    Chargé comme une mule

    En ce vendredi, la levée s’effectue à 6 h 20. « Le temps de prendre une douche, et direction le centre-ville de Punta Arenas. » Avant de monter dans le bus, il prend son petit déjeuner au même café qu’hier. « J’y suis à l’ouverture, dès 7 h. Trente minutes plus tard, je suis à la gare routière. » Pour la modique somme de 1100 pesos (1,10 €), il voyage en minibus durant soixante-quinze minutes. Direction le village de San Juan, le plus au sud du continent américain, sur la péninsule de Brunswick.

    « De là, il me faut marcher pendant 1 h 30 (8 km) sur de la piste, c’est long trèees long… pour rejoindre le début du sentier en direction du mont Tarn, l’objectif du jour. » Chargé comme une mule, avec en plus son téléobjectif, il ne sait pas où bivouaquer. « Je marche avec un Chilien qui lui va en direction de Cabo Froward, l’extrême sud du continent américain. » (Crédits : Pilgerodendron uviferum — Cupressaceae/Flavien Saboureau)

    La randonnée de 70 km s’étend sur 4 jours. Très peu pour lui, et pour cause : « elle alterne en forêts littorales et plages et n’est donc pas très diversifiée d’un point de vue des paysages. » Arrivés à l’extrémité de la piste, les deux compagnons d’un instant mangent pour se requinquer. « Nous prenons chacun nos chemins respectifs. » Le sentier est très bien indiqué. Par contre, plus il avance, plus le sol est boueux. « Je ne pensais pas qu’il était si emprunté. » Le temps est menaçant alors « je croise les doigts et mange sur le pouce… » Après s’être sustenté, il s’attaque aux fameux milieux altoandins, rocailleux à souhait, dès 600 m d’altitude.

    L’Hamadryas kingii se découvre, le vent aussi

    Après avoir avalé les premiers mètres de dénivelé positif, « je laisse certaines de mes affaires sous des arbres pour monter plus léger ». Cette rando était l’un des objectifs. Car Darwin l’a effectué, il y a bientôt 200 ans. « Il en parle dans son récit d’ailleurs », explique-t-il. Le paysage alterne entre tourbières et forêts. L’occasion lui est offerte d’observer son premier conifère. « Pilgerodendron uviferum, le plus austral de tous avec le fameux Lepidothamnus fonkii que je n’ai toujours pas réussi à trouver. »

    Dès lors, le vent commence à se faire clairement sentir. L’aventurier se trouve à plusieurs reprises déséquilibrer. « Je trouve THE plante ». Il s’agit de Hamadryas kingii, une espèce à la forme typique des plantes andines. Après une pause photographique, il attaque la dernière montée, les nuages menacent. « Le vent devient très fort, moi qui croyais avoir affronté le pire aux Malouines et dans les TAAF », se ravise-t-il.

    Il range tout dans son sac, fini de contempler le paysage et de prendre des photos. « Concentration maximale ». « Mes lunettes s’envolent et se cassent. Je réussis à les récupérer pour les jeter au retour. Le bonnet me procure aussi des frayeurs. Sans mes lunettes mes yeux pleurent sans cesse. Pour couronner le tout, les cailloux s’envolent grâce aux rafales. » (Crédits : Hamadryas kingii — Ranunculaceae – femelle – /Flavien Saboureau)

    En plus de le fouetter, les cailloux s’invitent dans ses chaussures. « J’aurais dû mettre mes guêtres, trop tard maintenant. » Le vent souffle réellement très fort. Tout est relatif, sauf quand vous vous trouvez près du précipice… « Le vent me déporte sur la gauche à chaque pas. À gauche il y a la crête et le vide, alors il faut compenser à droite. Qu’est-ce que c’est fatigant… Je n’ai jamais vu ça… Ça en devient dangereux. »

    Ça souffle vraiment fort

    Arrivé sur la crête sommitale, un Chilien est sur le point de repartir. « Il me dit de finir à quatre pattes pour pas me faire emporter dans la vide. » Il descend et m’astreint à être extrêmement prudent à la redescente. Je ne traînerais pas, le fond de l’air ne semble pas être très froid, mais ces rafales le rende glacial. Je redescends tranquillement et viderais mes chaussures à plusieurs reprises.

    Lors du départ de Lavausseau, jamais Flavien ne pensait avoir besoin d’un anémomètre. « Je n’ai jamais vécu d’ouragan, mais les vents devaient dépasser sans problème 150 km/h par rapport aux 100 km/h que j’avais mesuré sur Amsterdam. » Ses affaires récupérées, il se dirige vers le phare San Isidro. « Celui que j’avais pu prendre en photo depuis le bateau il doit y avoir deux semaines de ça. »

    Sauf que tout semble se mériter. « Pour y accéder, il faut se taper 5 km de plages de galets… et c’est long de marcher sur ce substrat qui s’écrase sous chaque pas. » Là-bas il est interdit de camper. Flavien effectue deux kilomètres en plus, en s’enfonçant dans une baie 2 km. « J’emprunte alors le début du sentier du fameux Cabo Froward. Il est 19 h et je commence à être sur les rotules après plus de 25 km et 1000 m de positif, ça me rappelle quelques étapes du GR20 et de la HRP… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La tente montée, il déguste quelques fruits secs. « Le repas prit, j’accroche mon sac de bouffe à une branche pour éviter que les renards ne viennent percer ma tente et mon sac cette nuit, car maintenant je ne suis plus sur une île, mais sur le continent. » Le sommeil l’emporte rapidement. À suivre…

  • Flavien vogue vers Puerto Williams (épis. 17/46)

    Flavien vogue vers Puerto Williams (épis. 17/46)

    Ce matin du 27 décembre 2023, Flavien se lève aux aurores. C’est à cinq heures et demi que l’aventurier ouvre les yeux. Il prend son bus dans moins de quatre-vingts minutes. L’autobus est prévu à 7 h, direction Punta Arenas. Et demain c’est le retour de l’apprenti marin. Il monte à bord du ferry pour un périple de 32 h. Il se dirige vers la ville la plus méridionale qui soit, Puerto Williams. Mais comme à chaque étape de son voyage, un lot de surprises attend le jeune naturaliste.

    « Ce matin, je me lève à 5 h 30. Mon bus est à 7h00, mais il faut que j’y sois 30 min avant, la nuit aura été courte », souffle-t-il les yeux encore mi-clos. Première surprise dans le bus. Il se situe à une place de choix, près des toilettes et à côté d’une personne qui parle toute seule. Mais il réussit à faire abstraction, enfin en partie. « Le voyage aura été long et bien moins agréable que la dernière fois… »

    Le soleil se couche, quand Flavien patiente toujours. « Il est 21 h 21. Cela fait 6 h que l’on attend que le détroit de Magellan rouvre. » Il faut dire que le vent souffle fort, voire très fort. D’ailleurs sur le trajet, le bus vacille jusqu’ici observe l’aventurier. Vu les conditions, le ferry ne peut faire l’aller-retour entre la Terre de Feu et le continent.

    Toujours avec l’appareil photo en bandoulière, il prend des clichés des plantes qui traînent au bord du détroit de Magellan. « J’ai anticipé les potentiels dauphins et je n’ai que mon téléobjectif, pas l’idéal pour photographier des plantes » note-t-il très justement.

    « Je suis le seul zinzin à me promener en plein vent, qui dépasse allègrement 100 km/h. Enfin pas vraiment, il y un autre français qui déambule près du bus. » (Crédits : Luis Alberto Bustos Quezada/Pixabay)

    Les deux se posent à l’abri d’un mur face au canal de Magellan. Ils entament une conversation sur la photo. Puis, petit à petit, ils abordent les TAAF. « Il me dit connaître quelqu’un qui a été botaniste sur Amsterdam. Les TAAF étant une petite famille je vois le truc venir. » Pas manqué, il parle de Damien, le Normand, avec qui Flavien a passé quatre mois sur Amsterdam et qu’il a revu juste avant son départ en voyage.

    Une histoire de famille

    Ils sont cousins éloignés… Depuis qu’il traîne ses guêtres avec cette veste des TAAF, il n’existe pas un lieu où il ne croise pas quelqu’un avec qui il a une connaissance en commun. La famille des TAAF est connue sur les cinq continents. « Mais là, c’est quand même particulier. À l’autre bout du monde, sur un canal avec une météo que la plupart des explorateurs ont décrit, improbable ! »

    Le temps semble être sur pause. Rien d’attendu ne se passe correctement. « Je n’ai pas prévu de nourriture pour ce soir ni réservé d’auberge pour cette nuit. » Généralement, si on arrive avant minuit, tout est possible, à condition de traverser le canal.

    Si on le traverse un jour, pense-t-il, il reste encore 2 ou 3 h de route. Autant dire que d’arriver avant minuit paraît utopiste. Où va-t-il dormir. « J’espère que ça va prendre plus de temps, et que la nuit se passe dedans le bus », après déjà 15 heures de voyage.

    « Et dire que 32 h de bateau m’attendent dès demain soir… » La tempête se calme. Enfin assez pour que le bateau puisse faire la navette, il est 22 h 20. Une fois à bord, Flavien descend du bus et monte sur le pont. « J’espère voir les dauphins, mais il fait presque nuit. La force du vent et le tangage du bateau m’accaparent. » Il se met à rêver, d’une période bien lointaine. « J’imagine l’expédition de Magellan sous ces vents de plus de 60 nœuds, mais dans leur barcasse en bois… ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    canal-magellan-mer


    Il profite du retour sur la route, pour se plonger dans un récit du voyage de Magellan. Il est 1 h tout juste quand le bus débarque à Punta Arenas. « Je suis le cousin de Morel car on l’attend dans une auberge ». Ils auront peut-être un lit pour Flavien. Une Française qui a réservé dans cette auberge nous rejoint. Vingt minutes de marche, sous un froid revigorant, le trio arrive. Le gérant est extrêmement sympa, « je partagerai une chambre de 4 lits avec les 2 autres français. Ouf, j’aurai un toit pour ce soir. Il est 2 h et il est temps de se coucher, après cette journée commencée à 5 h 30… »

    Une courte nuit de plus

    Le réveil sonne à 9 h. Une nuit pas autant réparatrice que souhaité. « mais c’est mieux que rien », claque Flavien. Après le petit déjeuner, le trio se dirige à la ScotyaBank pour retirer de l’argent local. Il récupère 300 000 pesos chilien (environ 312 euros) pour les prochaines semaines. Après s’être ouvert l’appétit, ils se posent dans un restaurant conseillé par l’aubergiste.

    La richesse se ressent, du moins dans cette ville par rapport aux contrées traversées précédemment. Le trio s’éternise. Il est 14 h 30 lorsqu’ils sortent du restaurant.

    « Je laisse le groupe pour aller faire quelques courses car il paraît que c’est bien plus cher à Puerto Williams, où je vais. »

    Il est 15 h 30 quand l’aventurier revient à l’auberge, où son sac l’attend. L’embarquement au port est prévu entre 16 et 17 h, il ne faut pas que je traîne pense-t-il.

    Le temps s’accélère cette fois-ci. « Je n’ai pas le temps de marcher ou de chercher un taxi (car je n’ai pas de SIM) alors je réserve un Uber ». Pas le temps de réfléchir ou de se laisser à vagabonder, le transport est là en en moins de 2 min. « Impressionnant ! »

    (Crédits : Pedro Herrera/Pixabay)


    Au sens propre comme au figuré, c’est sur les chapeaux de roues qu’il dit au revoir aux acolytes. Il arrive au port 10 à 15 min plus tard. « J’embarque pratiquement aussitôt dans ce ferry qui paraît frêle par rapport aux mers que l’on va traverser… », se rassure-t-il. Les véhicules sont rangés sur la gauche, la partie passager des est sur la droite. « C’est un simple couloir sur 2 étages avec des sièges inclinables, pas de lits pendant les 32 h qui m’attendent. »

    Une traversée de 32 h… sans lit

    Les repas se prennent au 1er étage. Finalement, c’est deux heures plus tard que « nous prenons la mer ». Le temps se joue encore de Flavien. « Nous mettons beaucoup de temps à naviguer face à Punta Arenas, le bateau ne va vraiment pas vite. » Ce n’est pas plus mal car ce bateau est à fond plat. Il n’est pas conçu pour la haute mer. « Il prend très facilement les vagues de face qui s’éclatent sur la coque et recouvrent d’embruns les personnes qui comme moi sont sur le pont. »

    Blotti sous ses quatre couches de vêtements, il guette les oiseaux et mammifères marins. Le vent glacial en décourage plus d’un. Mais quelques Chiliens et Français bravent tout de même les éléments.

    C’est l’occasion de faire une rencontre de plus. Une Française spécialiste des glaciers Himalayens, accompagnée de son mari. « Encore une fois elle connaît très bien les TAAF car son laboratoire, à Grenoble, envoie régulièrement de jeunes scientifiques. »

    En discutant, des connaissances en commun s’affichent. Alice l’ancienne médecin du Marion Dufresne ou encore Joël, un glaciologue avec qui j’ai partagé mon dernier mois et le retour d’Amsterdam, raconte Flavien. Plus rien ne l’étonne dans ces rencontres… Une bonne partie de la soirée se passe sur le pont tribord à parler et à chercher quelques dauphins de Peals qui se montreront à deux reprises. (Crédits : Flavien Saboureau)


    Muni de son téléobjectif, quelques oiseaux, tels les pétrels plongeurs se laissent observer. « Je n’avais plus revu depuis le mouillage près de l’île de la Possession en août 2021. » Même bien emmailloté, il redescend se réchauffer en cabine. « Malgré mes vêtements les plus chauds, ça pèle », grelotte-t-il d’une vois tremblante. Il remonte une fois, lorsque, à la nuit tombée, nous passons devant le fameux Mont Tarn, dont Darwin raconte l’ascension dans son récit. À suivre…

  • Un réveillon aux pâtes carbonara (épis. 15/46)

    Un réveillon aux pâtes carbonara (épis. 15/46)

    Dans deux jours, Flavien fête Noël à l’autre bout du monde, seul face à la nature. Il aura son cadeau bien avant la date : un renard de Magellan. Après les réjouissances, les plats à la carte sont copieux : des névés, un dénivelé positif, des chemins presque vierges de tout passage. La nostalgie le tient, c’est son troisième Noël sans sa famille autour. Pour autant, il peut se vanter d’avoir pris le petit déjeuner avec des flocons de neige illuminant le ciel.

    « À midi, sur le bord de la lagune j’aperçois un renard de Magellan, le fameux dont Darwin parle dans son récit ! » Le culpeo se positionne près de la zone de pique-nique. Il doit être coutumier du fait, pense l’observateur. Trêve de plaisanteries, « je ne traîne pas. J’attaque la grande randonnée avant 13 h. » Le sentier demeure introuvable durant les premiers kilomètres. Précautionneux, il use de son GPS pour tracer sa voie, afin d’éviter les grosses courbes de niveau.

    Une verticalité incroyable

    Les personnes qui tentent ce trek ne sont pas nombreuses. « J’arrive dans une tourbière où je réussis à discerner une sente, il n’y a pas beaucoup de monde qui fait ce trek… » pense Flavien. Les heures s’enchaînent. Le forcené se trouve nez à nez avec quelques cairns. Ces « tas de cailloux » indiquent le chemin à suivre dans les endroits où un balisage « classique » n’est pas pratique ou voyant.

    Avant d’attaquer le dénivelé positif, quelques torrents sont à traverser. Un refuge, pas mentionné sur les cartes de Flavien se découvre.

    « Je passerais bien une nuit ici, mais il n’est que 16 h 30, il faut que j’avance si je veux réussir à faire le trek en 3 jours. »

    Quelques dizaines de pas engloutis « je découvre le col qu’il me faut passer pour rallier l’autre vallée où je compte poser ma tente. »

    Il semble infranchissable, surtout avec les nombreux névés subsistant en cette fin d’année. « En me rapprochant, ça semble faisable. » Il poursuit en direction des 250 m positifs, d’une verticalité incroyable.

    « J’attaque les névés de côté, en pas chassés, pour éviter de dévaler la pente. Là-haut ça caille, mais la vue commence à être sympa. J’enchaîne un col voisin à plus de 800 m après avoir traversé un éboulis très grossier. » (Crédits : Flavien Saboureau)


    Il est 18 h quand il s’attelle à la descente. La hantise de ne pas trouver de bivouac plat et sec augmente. « Je trouve un spot idéal près d’un torrent, ce qui me permettra d’avoir de l’eau pour la cuisine », se réjouit-il. Le temps se couvre, le froid tombe. « Je croise les doigts pour qu’il y ait un fin manteau neigeux au réveil. Je protège les côtés de la tente au cas où je m’endorme très tôt. Cette journée pleine d’incertitudes m’a épuisé. »

    Réveillon de Roi pour Noël

    « Il est 21 h 41. Je viens de finir de manger mes pâtes carbonara lyophilisées. À la maison tout le monde doit être sorti de table, les enfants avec leurs cadeaux. » Pour marquer le coup, des branches de Nothofagus betuloides et Chiliotrichum diffusum sont à l’entrée de la tente. « C’est la première fois que je fête un réveillon seul, pas dingue comme situation, mais je n’avais pas le choix si je voulais faire ce trek avant de partir d’Ushuaïa. » C’est le troisième réveillon de rang sans sa famille, les deux précédents étaient sur Amsterdam.

    Installé sur son bivouac à 550 m d’altitude, il tombe quelques flocons de neige durant son petit déjeuner. « C’est sûrement la seule fois où j’en ai vu le jour du réveillon », s’amuse-t-il.

    La tente se plie malgré l’humidité des quelques flocons. Il descend plein ouest. « La sente se distingue à peu près, mais la traversée d’une rivière me pose quelques soucis », assure-t-il.

    Arrivé au point prévu, impossible de trouver quelconque sente ou indication. Le GPS sort de son sommeil. « J’essaye de le suivre, mais je ne suis pas assez assidu et je me retrouve à littéralement escalader une forêt de lengas ».

    Elle a brûlé, il y a quelques années. Sur les 300 m de dénivelé positif « je m’échine à m’arrimer aux troncs, parfois trop cramés… » (Crédits : Flavien Saboureau)


    Après deux heures de concentration pour se dépêtrer de cet amas de branches, il retrouve un semblant de sentier, il est 14 h. L’estomac crie famine. « Il fait faim depuis quelque temps », lâche-t-il. À peine arrivé où il prévoit de pique-niquer, un condor le repère. « Il se rapproche en tournoyant à une cinquantaine de mètres par moment. Cela dure cinq minutes, incroyable ! » Flavien mange sur le pouce. Cette mésaventure lui fait perdre beaucoup de temps sur sa prévision. « Le paysage est remarquable, un semblant de cirque me fait face. »

    En direction du col du papillon

    Désormais, direction le Paso Mariposa, à 920 m. Il s’engage dans la vallée. Voyant les quantités de neige restantes, « je commence à appréhender de ne pas avoir de crampons. » Surtout qu’il n’y a pratiquement aucune trace. Traversant trois ou quatre névés d’une centaine de mètres, son arrivée au col s’effectue sous un soleil radieux. « Finalement, bien que molle, la neige était bonne pour pouvoir y aller sans crampons. »

    « Il n’y a presque pas de vent en ce 24 décembre, les conditions sont idéales pour la plus alpine des étapes. » Il redescend jusqu’au Paso Valdivieso, et profite du spectacle de condors profitant des courants ascendants. « Je suis à 620 m, et le bivouac espéré est à 250 m, il y a encore du chemin », souligne Flavien. D’autant que la tocante sonne 17 h 30.

    Il suit le cours d’un torrent de montagne. « Les berges sont recouvertes par de magnifiques coussins de sphaignes, dans lesquelles poussent des lengas aux formes incroyables. » C’est un des plus beaux paysages qu’il a pu observer. Il touche enfin au but. Le site de bivouac indiqué sur son GPS. La zone est inondée compte tenu du travail des castors. Il s’emploie à trouver en vain un lieu idéal. « Je ne trouve rien de plat et sec alors je continue mon chemin entre les nombreux troncs abattus par les castors », se désole Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    Il est déjà 20 h, le soleil passe derrière les montagnes. « Je suis un peu stressé de ne pas savoir si je vais trouver une zone de bivouac. » Finalement, quelques dizaines de minutes plus tard, sa bonne étoile lui sourit. Enfin un endroit plat. Il est situé dans un méandre de rivière. « Ouf ! Je peux souffler et commencer à monter la tente avant que la pluie annoncée demain ne fasse son apparition. » À suivre…

  • À Ushuaïa, Flavien rencontre le Roi des Andes (épis. 13/46)

    À Ushuaïa, Flavien rencontre le Roi des Andes (épis. 13/46)

    Un rêve se vit jusqu’au bout. Surtout quand il est là depuis votre jeunesse, quel que soit l’âge. Cette matinée du 19 décembre est consacrée à la découverte de la ville d’Ushuaïa. En bon touriste, Flavien traîne sur le front de mer. Il déambule sur la plus commerçante et animée des rues : l’avenue San Martin. Comme à Rio Gallegos, les monuments dédiés à la guerre des Malouines sont omniprésents. Une rencontre avec le Pic de Magellan, une montée du Cerro del Medio, au doux parfum d’Ushuaïa.

    Encore ici, la carte de l’archipel est placardée sur tous les murs, les voitures et même sur les lettres de la ville, où tous les touristes se prennent en photos. Un ravitaillement au supermarché avant de rentrer à l’auberge. « Il n’y a pas grand-chose à faire en ville. Je monte vers le sommet du Cerro del Medio à 970 m, montagne qui surplombe Ushuaïa, alors qu’il est déjà 13 h 30 ». Nous sommes à deux jours du solstice d’été ici, je devrais avoir un peu de marge se rassure-t-il. Sur les sentiers peu ou prou de personnes, contrairement au centre-ville.

    Flavien Saboureau, un naturaliste heureux

    De découverte en découverte, il s’émerveille. « Moi qui pensais être en retard pour faire de la botanique, je suis finalement en avance ». En premier, Hamadryas Magellanica, puis les trois espèces des fameux Nothofagus, enfin vers 600/650 m d’altitude, la forêt laisse place au minéral, les célèbres milieux altoandins. « Au sommet les paysages sont dingues. La vue sur le Beagle et Ushuaïa coupe le souffle ». La neige qui reste présente en renforce la beauté.

    Dans la descente il traverse un grand névé en dévers, le premier du voyage. Sans vent, « je suis agréablement surpris de la température malgré la neige comparée aux Malouines et son vent. »

    Une rencontre avec l’emblématique Pic de Magellan se produit. Mais, il ne laisse pas le temps à Flavien de le photographier. « J’espère que je le reverrai pendant le voyage », claque-t-il.

    La descente continue jusqu’à l’auberge par un nouveau chemin. Il se rallonge, mais découvre une autre facette de la ville. Il est 20 h passé…

    La journée remplie, il est temps de profiter d’un repos bien mérité.

    (Crédits : Flavien Saboureau)


    Le lendemain matin, sept heures sonnent quand Flavien se lève, et pour une bonne raison. « C’est l’heure à laquelle le petit-déjeuner est disponible à l’auberge ». Au menu des fruits frais, de quoi faire le plein de vitamines.

    Le jour des enfants

    Il est à peine huit heures ce mercredi 20 décembre, quand il prend la direction de l’ouest d’Ushuaïa. Une promenade sur l’asphalte avant le panneau stipulant que le sentier est fermé aux marcheurs. « Je n’ai pas fait ces 6 km de route pour faire demi-tour ». Après une heure dans les magnifiques forêts de lenga (Nothofagus betuloides) un groupe de quatre randonneurs le rattrape.

    Parmi eux, deux sont des compatriotes. « Ils sont partout ces Français ! Est-ce le gel douche ou l’émission TV qui ont fait la réputation de ce bout du monde », s’interroge-t-il. Ils ont un petit sac et font l’aller-retour à la journée vers le tunnel de glace.

    L’une des femmes du groupe explique que la récente mort de personnes sous ce tunnel a amené les autorités à fermer ce chemin.

    Ce sentier ne va pas seulement au tunnel de glace. « Il va aussi à la Laguna del Caminante (en photo) où je compte poser ma tente ce soir. » Après quelques kilomètres, les arbres laissent place aux éboulis aux environs de 450 m d’altitude. Un autre lenga aux feuilles aromatiques occupe la dernière strate de la foret, avec Nothofagus pumilio. « Très ressemblant, mais dont les feuilles ne sentent pas », observe Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    Flavien alternera entre névés et éboulis jusqu’à 14 h dans le parc National de la Terre de Feu. Le groupe des quatre redescend et croise l’aventurier solitaire. « Combien de temps faut-il pour faire le détour vers le tunnel de glace ? ». « Trente minutes », répondent-ils en chœur à Flavien.

    Pas de risques inconsidérés pour Flavien

    Le temps est encore bien dégagé. Flavien pose mon sac, garde son appareil photo, et se dirige vers lui. « Je ne le croyais pas aussi grand, c’est vraiment impressionnant. » Certains prennent le risque de se photographier à l’intérieur. « Les chutes de pierres récurrentes ne rendent pas le lieu très safe. » Petit à petit, le temps se couvre. Il récupère son sac et file vers le campement.

    « Il me reste deux kilomètres à vol d’oiseau. Ce serait idiot de terminer trempé pour un tunnel de glace, même s’il en valait le détour. » Il passe le col et bascule dans l’autre vallée.

    « Le vent se lève, je ne traîne pas. » Après avoir suivi un ruisseau issu de la fonte des névés, Flavien bifurque à l’ouest pour rejoindre la lagune, 300 m plus bas. Quelques encablures positives avant d’arriver : « Le spot est dingue. »

    « J’enlève mes chaussures pour traverser un torrent littéralement glacé. Mes pieds sont engourdis. » Malgré les précautions, une chaussure se mouille. Le site se situe entre la lagune et des boisements de lenga. Je ne tarderai pas à trouver.


    (Crédits : Flavien Saboureau)


    Quelques gouttes tombent, Flavien se hâte de monter sa tente. « Je place ma chaussure à côté d’un ancien brasier. Même si c’est interdit, je fais un feu pour la sécher. » L’humidité retarde l’allumage, mais quel bonheur quand il prend enfin.

    Le Roi des Andes m’est apparu

    « Je profite de la magnifique vue sur le lac aux couleurs bleutées, et sur les glaciers s’accrochant aux plus hauts sommets. » Sans son téléobjectif (1,5 kg) il tire le portrait de quelques oies de Magellan sur le bord du lac, quand soudain…

    Derrière une crête, il se dessine la légende de la cordillère des Andes. « Je vois furtivement mon premier condor. »

    Le temps de faire une photo, pour s’en assurer, l’oiseau majestueux disparaît. « Le roi des Andes m’est apparu ! Quelle dinguerie ! Avec l’albatros hurleur, j’aurais eu la chance d’observer les deux plus grands oiseaux volants du globe. »

    Les oiseaux inaptes au vol sont des oiseaux ayant perdu la capacité à voler au cours de l’évolution. Certains compensent par d’autres aptitudes. La course pour l’Autruche, ou la nage pour le Manchot. Plusieurs ont disparu depuis plusieurs siècles, victimes de la chasse, comme le fameux Dodo.

    Après avoir essayé de faire bouillir mon eau sur le feu je me résignerais à utiliser mon réchaud et la bouteille de gaz achetée hier soir. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Je termine la soirée à observer les jeux de lumière qui passent au travers des bosquets de lenga aux écorces très graphiques. » La pluie s’arrête, mais le froid enrobe la nature. « J’espère qu’elle reviendra cette nuit pour saupoudrer le paysage d’une fine couche blanche, ce qui serait la cerise sur le gâteau pour sublimer les paysages au réveil », se prête à rêver Flavien. À suivre…

  • Les nouvelles vont très vite sur un archipel (épis. 4/46)

    Les nouvelles vont très vite sur un archipel (épis. 4/46)

    Après avoir payé ses nuitées, salué Léo et les Portugais dans la field Station, c’est ce samedi 2 décembre 2023 que Flavien doit s’envoler, enfin en théorie. Une personne d’un âge certain, Anita doit voyager en compagnie de Flavien. Sauf qu’elle a une aversion envers le SARS-CoV-2. Bien sûr, Flavien possède tous les symptômes, comme celui de la grippe et autre maladie hivernale. Mieux vaut prévenir que guérir dit l’adage, ainsi il sera affublé d’un masque durant le périple.

    Anita complètement effrayée obligera Flavien à porter un masque FFP2 sur l’ensemble du trajet, vol compris. Mais avant d’accéder à la piste, il faut parcourir quarante minutes en 4X4 sur un chemin « défoncé », fenêtres ouvertes, pour arriver à la piste d’envol. Le ciel est balayé par les vents. Tous restent tous à l’abri dans la voiture en attente des nouvelles du FIGAS (NDLR Service aérien du gouvernement des îles Falkland), hormis Flavien. « Je brave les éléments pour pouvoir ôter mon masque. Je m’allonge sur deux, trois bouts de géotextile qui traînent derrière la barricade de fortune qui protège la remorque anti-incendie », se confie-t-il.

    Pire qu’une traînée de poudre

    Les oies ont envahi la piste, Flavien est chargé par Tim de la libérer. « À peine ai-je effarouché les oiseaux, que j’entends le vrombissement du moteur. Ça y est je vais pouvoir continuer mon voyage, enfin… il n’est pas encore atterrit. » La direction du vent est à la limite de l’acceptable pour décoller, car l’atterrissage comme le décollage se font face au vent. Le départ est précipité, « j’ai juste eu le temps de dire au revoir que je suis positionné à l’arrière de l’avion. La pilote qui porte un masque placera Anita au milieu, avec une rangée de sièges d’écart. Je commence à comprendre que mon Covid est connu de tous désormais, j’espère ne pas être fiché et qu’ils vont vouloir m’accueillir sur toutes les îles… »

    Dix secondes suffisent pour notre décollage. Après l’avoir découverte sous un soleil radieux « je lui fais mes adieux sous un beau temps ou presque. » Ces quelques minutes remémorent les heures passées à chercher la perle rare ou à observer le débarquement des papous, la parade des albatros ou bien encore le jeu des dauphins, raconte Flavien.

    Après 25 min de vol, et presque aucune turbulence « me voilà sur l’île de Saunders ». Elle est à 85 km au nord-est de NewIsland. Ici, plusieurs pistes permettent aux pilotes d’atterrir, peu importe la direction du vent. À peine le temps de souffler que Louise me récupère avec son 4X4. « Amandine m’avait dit que c’était elle qui faisait régulièrement le tour des colonies pour guetter la potentielle arrivée de la grippe aviaire. D’ailleurs, il y a 1 semaine de ça, elle a découvert un cas chez un albatros à sourcil noir, mais depuis rien, on croise les doigts… » (Crédits : 165106/Pixabay)

    L’île de Saunders a été achetée par la famille Pole-Evans en 1987, mais elle est exploitée depuis 1948. L’île fonctionne principalement comme une ferme d’élevage de moutons et en possède 6 000. L’île est ouverte aux touristes du 15 septembre au 30 avril. Ces dates coïncident avec les périodes où la faune et la flore visitent Saunders. Un bateau arrive, « il passe toutes les six semaines, et vient récupérer la laine récoltée. »

    L’Île de Saunders : une terre d’élevage

    Louise me laisse quelques instants. « Je m’imprègne de cette ambiance complètement différente. Ici le ton n’est pas à la conservation, mais à l’agriculture, bien que les propriétaires y soient sensibles. » Louise revient chargée d’une bouteille de gaz et d’une carte d’accès à la WIFI. Ce qui permettra à Flavien de se connecter au bâtiment de la Neck, à 1 km de son futur bivouac. Le tarif est de 10 £ les 100 min, un prix qui effraierait la génération Z en France.

    Dans la bâtisse près duquel je patiente Louise, une personne guettait le « taxi », un anglophone d’une cinquantaine d’années. « Je ne comprends pas tout ce qu’il me raconte, il parle vite, mais une chose est sûre, il connaît Poitiers. Alleluia ! Le Poitou est connu jusqu’à l’autre bout du monde. »

    Durant les quarante minutes de trajet qui nous attendent, nous devrons, ouvrir et fermer la multitude de barrières qui clôturent les différents troupeaux de moutons.

    Après 16 km de montagnes russes « nous arrivons entiers, mais secoués » au Neck, les chambres d’hôtes. Louise montre où se servir en eau potable et où capter l’Internet. Le trio reprend le 4X4, pour que Louise pointe le Swiss Hôtel. « C’est ce fameux rocher qui va me protéger du vent durant mes prochaines nuits de bivouac », explique Flavien C’est d’ailleurs à partir de cet endroit que le gentleman anglais continuera seul son chemin vers Elephant Point.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Louise s’en va. Flavien la remercie et la salue. Puis les priorités s’affichent. Il est 12 h 30 quand il commence à monter sa tente. Puis s’empresse de manger pour descendre observer la ribambelle de manchots dispersés sur la plage. Une après-midi entière avec son appareil photo en main. « Manchots royaux, papous, de Magellan, sauteurs, impériaux». Le soir venu, il est temps de donner des nouvelles à tout le monde via le WiFi.

    Bercé par les vocalises des manchots

    Cela fait plus d’une semaine qu’il n’a pas établi de connexion avec le monde digital. « Voilà neuf jours que je n’ai pas activé Internet ! C’est la dégringolade de mails… je n’ai répondu qu’aux plus urgents. J’avais préparé une réponse automatique pour prévenir de mon absence. » Le SAS de retour à la société, Flavien profite de cette cabane pour faire le plein d’eau et entamer le kilomètre qui le sépare du Swiss Hôtel en quelques minutes, le ventre criant famine. « Il fait faim », s’écrit-il. La soirée, entrecoupée d’averses et d’éclaircies laisse place aux arcs-en-ciel.

    « Ma tente est entourée de terriers de manchots de Magellan. Quel émerveillement ! J’ai le temps de les observer pendant que je cuisine la tente ouverte. Petit détail, c’est le soir qu’ils poussent le plus de vocalises, mais ce n’est pas aujourd’hui que ça m’empêchera de dormir », confie l’aventurier.

    Les manchots de Magellan n’ont à priori pas été dérangés par les potentiels ronflements de Flavien, ni Flavien par leurs vocalises. Car la nuit s’est prolongée un plus plus qu’à l’habitude. « Je profite du soleil matinal pour me réchauffer et me concocter des flocons d’avoine avec du chocolat fondu… »

    Il part plein Nord-Ouest en direction d’Elephant Point. « Je suis censé y découvrir plein d’éléphants de mer, que je n’ai pas vus depuis Amsterdam. » Au rendez-vous sont présents une centaine à vue de nez, remarque-t-il, mais que des femelles et des immatures, pas un seul mâle reproducteur. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sur la lancée, Flavien s’attaque au sommet de l’Île, le Mount Harston avec ses 430 m (434 pour être précis). Au début de l’ascension, la marche s’effectue au sein de prairies défoncées par les moutons, puis chemin faisant, dans des milieux mieux préservés. Plus il grimpe, plus le vent souffle. « Là-haut, le vent est assourdissant et il fait pas chaud », grelotte-t-il. Pour le motiver, rien de tel que de découvrir des plantes qui lui sont inconnues : Viola tridentata, Lycopodium albofii, Cardamine glacialis, Lobelia pratiana, Chevreulia lycopodioides, Hydrocotyle chamaemorus. Satisfait, il redescend vers la cabane pour récupérer de l’eau avant de rallier sa tente « qui heureusement, n’a pas bougé. Je n’étais pas serein avec le vent qui règne sur cette île. Ce soir la pluie se fera entendre sur la toile de ma tente, quel plaisir d’être dessous ! » À suivre…

  • Heureux qui comme Flavien Saboureau fait un beau voyage

    Heureux qui comme Flavien Saboureau fait un beau voyage

    Il existe des périples qui ne vous laissent pas indifférent. Celui qu’a effectué Flavien Saboureau sur l’île Amsterdam en est un. Il a séjourné dix-huit mois sur un rocher de 54 km2. Un an et demi aux confins de la Terre, à vivre en cercle restreint, avec une discipline et un respect de l’environnement de chaque instant. Pour autant depuis son retour à Lavausseau, il rongeait son frein. Cela fera un mois et demi, lorsque tout un chacun célébrera le passage à 2024 que Flavien est parti en direction des Malouines et de la Terre de Feu.

    Tel le marin navigue sur les mers et océans, Flavien est passionné par la flore et la faune, botaniste et photographe. Il n’est pas revenu totalement indemne de son voyage. « En effet, les terres australes aux ambiances de bout du monde difficilement descriptibles semblent jouer une attraction sur moi », affirme-t-il. Repartir est le sentiment qui l’habite depuis son retour en terre lavaucéenne. Partir oui ! Mais où ?

    Les îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande ou la Terre de Feu ?

    Il tire de son expérience des TAAF, de ne pas avoir à subir un hivernage pour son voyage prochain. Selon ses différents critères, deux choix s’offrent à lui. Le premier qui se propose : les îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande (NZSAI). Elles se composent de cinq archipels : les îles Snares (Tini Heke en Maori), Bounty, Antipodes, Auckland (Motu Maha) et Campbell (Motu Ihupuku). Le second : les îles Malouines, la Terre de Feu et ses légendes. Comme le marin est à la recherche du Cap Horn, sa décision le porte finalement vers les Malouines et la Terre de Feu.

    La Calceolaria fothergilii est endémique des Malouines. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai choisi ces destinations pour leur richesse faunistique et floristique, mais aussi, car c’est les plus accessibles des îles subantarctiques, bien qu’il ne soit pas si simple de se rendre aux Malouines », explique-t-il. La génération Z ne connaît pas Ushuaïa, le magazine de l’extrême, mais plus facilement celle de Ushuaïa Nature. Pourtant, la ville d’Ushuaïa fait rêver. « Quel voyageur n’a jamais rêvé de rallier la Patagonie et certaines villes emblématiques comme Ushuaïa ? »

    Des projets plein la tête

    Il lui aura fallu moins d’une année pour se décider à repartir sur ces territoires du bout du monde. « Déjà en août, mes billets pour les Malouines et la Terre de Feu étaient réservés. » Malgré ce choix les îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande restent dans un coin de sa tête. « Il ne serait pas étonnant que je me décide à y aller dans les années qui viennent », si les conditions le permettent.

    Flavien à un truc qui lui trotte dans la tête. « Être le premier botaniste à avoir rallié et foulé tous ces cailloux et pouvoir en faire un ouvrage richement illustré », songe-t-il. Les pieds sur terre, il se prend à rêver. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sur les différents cailloux à explorer, celui qui l’attire le plus est Gough Island, dans l’atlantique sud. Connue sous le nom de Gonçalo Álvares, elle est située sur les quarantièmes rugissants. Mais impossible d’y aller sans y passer un hivernage d’un an souffle-t-il à demi-mots. « Qui a dit que je ne serais pas prêt à retenter cette longue aventure loin du Poitou ? Les postes ouvrent en avril 2024… Pour le moment il me faut profiter du temps au pays des Magellan et autres Darwin, demain est un autre jour. » À suivre…