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  • The last but not the least (55/55)

    The last but not the least (55/55)

    La pression de l’ensemble du voyage est relâchée dans l’aéronef. Tant et si bien que Flavien passe la majeure partie du vol à dormir. C’est aussi, pendant ce laps de temps où il est bloqué dans un espace réduit, le moyen de faire un récapitulatif du périple. Contrairement aux précédents, pas un seul microbe ou virus n’a voulu accompagner l’aventurier du bout du monde. Si un leitmotiv est nécessaire, le naturaliste sait qu’à la fin de la journée, il roupillera dans son lit… Et ça, ça n’a pas de prix !

    « Le premier trajet en avion d’Auckland à Shanghai s’est déroulé à une vitesse folle. » Flavien a tellement bien réussi à dormir — ce qui n’est pas courant en vol — qu’il n’a pas pu réaliser l’écriture qu’il souhaitait accomplir, avant l’atterrissage à Shanghai. Arrivé là-bas vers cinq heures, avec un départ pour la France à midi et demi, « je n’ai pas le temps de visiter la ville comme j’avais pu le faire à l’aller. Alors, je m’installe dans un hall après avoir traversé cet énorme aéroport, désert à cette heure-là. »

    Le retour, tant attendu au bercail

    « D’ailleurs, l’une des grandes chances de ce voyage tient dans le fait que je n’ai pas été malade une seule fois. J’en ai pourtant bu de l’eau des rivières, subi des chocs de températures… À croire que la bonne étoile était au-dessus de moi. » Durant cette période, l’aventurier s’occupe à parcourir les lignes du livre : Above the Treeline. Installé sur son siège en partance pour Paris, « je sors l’autre — Ghosts of Gondwana — que je dévore de nombreuses heures. Je ne réussis pas à ferme l’œil comme sur le précédent vol. » C’est la première fois que Flavien lit aussi longtemps en anglais.

    « Ça demande une concentration de chaque instant. Ce qui est loin d’être une lecture reposante. » Parfois, sans sommation, la fatigue l’emporte, et le naturaliste s’endort du sommeil du juste. « J’ai même loupé un repas qui me sera apporté un peu plus tard. »

    Après avoir atterri à l’aéroport Charles de Gaulle à 18 h 30, avec une demi-heure de retard, « je crains pour mon train qui part de la gare Montparnasse à 19 h 50 pétantes. » Comme on dit, que le bonheur ne vient jamais seul : « Mon bagage met du temps à arriver ».

    Vingt minutes de retard, et quarante euros plus tard

    C’est alors qu’il s’engouffre dans le RER B, puis entre dans une rame de métro, mais le retard ne se rattrape jamais. Arrivé à 20 h 10, « je réserve une place dans le dernier train. Il part à 21 h. Dans cette expérience, je dépense quarante euros… mais ce soir, je dors dans mon lit. »

    L’aventurier du bout du monde résiste tant bien que mal à l’appel du téléphone pour faire le point sur sa pérégrination. « Avec toutes ces aventures loin de la maison, je ne mesure pas encore la chance que j’ai eu. De l’opportunité dont j’ai pu profiter en voyageant. Aujourd’hui, je prends l’avion comme ma voiture, grommelle-t-il. Ça doit rester exceptionnel.  »

    Flavien prend alors une respiration lente et profonde, dite diaphragmatique. Elle ponctue d’une pause sa réflexion, comme une ronde. « Je n’ai pas envie de consommer les périples, comme au fast-food. Il faut que ça subsiste un événement. De toute façon, ce voyage a terminé de me ruiner, il me sera difficile de repartir très prochainement. Je suis pauvre de patrimoine, mais je suis riche de découvertes et de rencontres. » (Crédits : Adrien Olichon/Pexels)

    L’introspection continue. « Dans l’ensemble, je crois que ce voyage a été moins rempli d’imprévus que l’année dernière. Il demeure plus passionnant d’un point de vue naturaliste, mais après tout, quel est l’intérêt de comparer ! J’espère — et je souhaite — que l’existence puisse encore m’offrir de nouvelles aventures. Qui sait, cette fois, elles seront peut-être partagées. » Le retour à la vie civile semble être comme ces sous-mariniers qui foulent la terre ferme après de long mois de navigation. « Postuler à Gough Island ? Trouver un job en Nouvelle-Calédonie ? M’inscrire à des cours de voile ? Reprendre mon quotidien en métropole ? » Il y a pléthores de questions qui se bousculent au portillon. « En attendant, quelle chance j’ai eue, avant mon 27e printemps, de découvrir toutes ces contrées australes que je ne soupçonnais même pas, il y a quatre ans. »

    FIN

  • À la conquête de livres et de souvenirs (53/55)

    À la conquête de livres et de souvenirs (53/55)

    Pour une fois, Flavien s’offre une véritable grasse matinée. Bien qu’il se soit endormi préoccupé du lendemain, la nuit fut agréable et reposante. Il décide, fort à propos, de lâcher prise. Lâcher-prise sur l’organisation de ces derniers moments, il opte pour l’achat de souvenirs. C’est donc le costume de touriste que le jeune homme enfile de bon matin, avec la panoplie qui va avec. Mais une journée sans se rendre au New World, est une journée sans viennoiseries, ou comme un Français sans fromage… quoique…

    « Mon réveil sonne à neuf heures. J’ai déjà les yeux grands ouverts, mais je profite jusqu’au bout. » Faute d’occupation malgré les recherches intensives, c’est donc en position de touriste que le naturaliste se positionne. « Je dédie cette journée à l’acquisition de souvenirs pour la famille », souligne Flavien. Mais : charité bien ordonnée commence par soi-même. « Et à l’achat des livres avec lesquels j’aimerai revenir », conclut-il.

    À fond, à fond… mais pas trop vite

    C’est donc à onze heures — oui, je sais. Mais aujourd’hui, je profite — qu’il file au New World pour acheter des viennoiseries et quelques ciabattas pour ce midi. Ce pain blanc d’origine italienne se décline avec différents ingrédients, tous les plus appétissants que les autres. Car tout au long de son périple en terre maori, c’est bien la première fois qu’il ne se plaint pas de ce qu’il mange. Difficile de comparer la gastronomie de son pays avec celui dont nous sommes l’hôte.

    « Je prends la direction d’une première librairie située sur le front de mer, en centre-ville. » Une fois sur place, le naturaliste ne voit aucun des livres escomptés… que des romans. « C’est mal barré », souffle-t-il. Le vendeur lui confirme qu’il n’a pas en rayon les deux livres recherchés : Above the tree line et Ghost of Gondwana. C’est donc via une marche de deux minuscules kilomètres, qu’il se rend auprès d’une librairie excentrée. Sa stupéfaction est de taille à son arrivée. « Elle me paraît vraiment toute petite, j’ai peur d’avoir fait le chemin pour rien. »

    Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais juger un livre à sa couverture ?

    Ce à juste titre, car qu’elle n’est pas sa surprise à son entrée dans cet antre de la culture. « Une étagère entière est dédiée aux livres naturalistes. Je trouve la plupart des références que j’avais repérées dans les différentes librairies ou muséums. » (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Comme lorsqu’un gourmand entre dans une pâtisserie, ou une fromagerie, il faut effectuer une sélection terrible, mais nécessaire. « D’autres livres me font de l’œil, mais les deux choisis coûtent déjà 150 NZD et pèsent lourds. Je dois penser à mon porte-monnaie, qui, lui, s’allège, et au poids de mes bagages dans l’avion… » Flavien explique avoir tenté d’acheter l’un des deux avant son départ en Nouvelle-Zélande. « Il ne se trouvait que dans une librairie anglaise pour un prix de près de 200 €. »

    Estomaqué, l’aventurier ressort plus léger de quelque monnaie, mais empli d’une satisfaction pleine et entière. « Je n’aurais pas imaginé que ce soit aussi simple. » Il est à peine midi et demi lorsqu’il passe le seuil de la librairie, laissant derrière lui le carillon de la porte. Les livres au fond du sac à dos. Il file au parc visité il y a deux mois Auckland Domain : le Pukekawa.

    Oh surprise ! « Ce week-end, Auckland est terre d’accueil d’une étape de la coupe du monde des fameuses caisses à savon RedBull », s’amuse Flavien. Durant les présentations et interludes, le touriste se régale des danses maories. « L’ambiance est agréable, je me laisse tenter, pensant ne jamais revoir ça. »

    Course de caisses à savon

    Durant près de deux heures, il se régale. « Il y a du monde tout au long du parcours. Ce n’est pas facile de dégoter une place », reconnaît-il. It’s bucketing down, commentent des Néo-Zélandais. Littéralement, ils tombent des seaux. « N’ayant pas de ciré, je dépose mes livres à l’auberge à trois petits kilomètres. »

    Vient à Flavien l’une des choses les moins aisées pour le naturaliste : choisir des cadeaux souvenirs. « Je visite trois boutiques pour dénicher mon bonheur. » La soirée s’écoule à trouver une occupation pour les deux ultimes nycthémères. « J’ai vraiment envie de découvrir la grenouille de Nouvelle-Zélande — Leiopelma —, cherchée en vain la semaine dernière », se languit l’aventurier. La seule qu’il veut voir ici, et qui se dérobe malgré ses investigations. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Mais c’est un déchirement qui, enjoint à la fatigue physique, atteint le baroudeur. « Je n’arrive pas à trouver d’endroit précis pour la voir. En plus il n’y a pas de transports pour s’y rendre, les voitures de location sont financièrement inabordables au dernier moment. Il va falloir accepter que je reparte sans l’observer », s’attriste-t-il. Demain, écoutant les conseils des deux femmes rencontrées à de Tiritiri, « je visite Rangitoto Island. » Après du rangement, à quelques heures du retour, Flavien est las. « Ce soir, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la Nouvelle-Zélande, il me tarde désormais de rentrer ». À suivre…

  • Qui est le plus rapide : le mimosa ou la limace ?

    Qui est le plus rapide : le mimosa ou la limace ?

    Imaginez un stade minuscule, à l’échelle du tout petit, où s’opposent deux concurrents totalement improbables. D’un côté, la limace, championne incontestée de la lenteur. De l’autre, une plante, le Mimosa pudica, surnommé « la sensitive ». Un duel absurde, pensez-vous, un animal contre un végétal. Et pourtant, la question peut intriguer. Qui mérite vraiment le titre de plus rapide ? Pour le comprendre, il faut abandonner nos réflexes anthropocentrés et croiser la zoologie avec la botanique pendant quelques secondes.

    Ici on ne mesure pas la rapidité en mètres par seconde, mais en fractions d’instant. Dans un face-à-face improbable, entre une limace, symbole universel de lenteur, et une plante capable de replier ses feuilles à la vitesse de l’éclair. Derrière ce duel (en apparence) absurde se cache une leçon fascinante sur le vivant, ses stratégies, et nos idées reçues sur le mouvement et la performance.

    Le mimosa, une plante qui se bouge

    Originaire des régions tropicales d’Amérique du Sud, le Mimosa pudica, pour les intimes, fascine les naturalistes depuis le XVIIIe siècle. Contrairement à l’image que l’on se fait des plantes, il replie ses feuilles au moindre contact, au moindre danger. Touchez-le du bout du doigt et, en moins de temps qu’il faut pour cligner de l’œil, les folioles se ferment sous votre regard.

    Mimosa, musique, partition

    Mais comment fait-il ?
    Ce mouvement spectaculaire est hydraulique. Lorsqu’une feuille est stimulée, la pression interne dans certaines cellules — la turgescence — chute brutalement. À l’instar des yeux d’escargots une fois touchés. Ce mécanisme, documenté en physiologie végétale, constitue une stratégie de défense. En se flétrissant, la plante donne l’illusion d’être malade ou peu appétissante, ce qui décourage certains herbivores.

    Face à cette vivacité, la limace fait figure de marathonienne. Dépourvue de pattes, elle se déplace grâce à des contractions ondulatoires de son large pied. Elle avance sur un tapis de mucus, élément indispensable pour réduire les frottements et protéger son corps fragile. (Crédits : Van3ssa_/Pixabay)

    Mais, elle affiche une vitesse moyenne impressionnante. Son oscillation produit un mouvement, qui la propulse d’un à trois centimètres par seconde, soit environ deux mètres par heure. Autrement dit, si vous déposez une feuille de salade dans un jardin, elle finira par l’atteindre… mais à son rythme. La limace avance lentement, lentement, mais elle se déplace. Ce que le mimosa, solidement enraciné dans votre espace vert, ne fera jamais au sens littéral.

    La plante sensible et la lenteur incarnée

    Alors, qui gagne ? Tout dépend de ce que l’on appelle « rapidité ». Sur le plan de la réaction, le mimosa est imbattable. Son mouvement se déclenche en une fraction de seconde, bien plus vite qu’aucune progression de limace. Mais si l’on parle de déplacement réel, la limace demeure la seule véritable participante. Elle évolue, même si c’est à la cadence de son horloge biologique. Donc, sur le long terme, la limace finit toujours par prendre ses distances.

    Pourtant, le paradoxe paraît savoureux. Une plante peut sembler plus rapide qu’un animal emblématique de la lenteur, mais uniquement à l’échelle de l’instant. En effet, sur le long terme, la limace finit toujours par s’éloigner de son point de départ. C’est alors que nos préjugés comme nos perceptions nous trompent. En quoi cette comparaison peut-elle nous fasciner ?
    Parce qu’elle bouscule nos repères. Dans l’imaginaire collectif, une espèce végétale est synonyme d’immobilité absolue. Le mimosa contredit ce cliché par sa vivacité inattendue. À l’inverse, la limace symbolise la lenteur extrême, presque la patience incarnée.

    En psychologie de la perception, ce décalage révèle un biais bien connu : nous associons spontanément la vitesse au déplacement visible. (Crédits : MolnarSzabolcsErdely/Pixabay)

    Limace, plante, verte

    Lorsqu’un organisme supposé immobile se met à bouger « à toute allure », il devient immédiatement extraordinaire à nos yeux. Chacun, dans son registre, joue un rôle essentiel. Le Mimosa pudica ne cherche pas la performance, mais sa survie. Son mouvement rapide est une ruse défensive. La limace, quant à elle, participe activement au grand cycle du vivant, à sa vitesse. En décomposant feuilles mortes et matières organiques, elle nettoie les sols et contribue à leur fertilité.

    Hérisson, nature, verdure

    Puis sers de déjeuner ou dîner aux prédateurs que sont le crapaud, l’orvet, le staphylin odorant, la grive musicienne, les canards, les volailles, le ver luisant, les carabes et le hérisson, pour lui et ses choupissons. Cette confrontation imaginaire entre deux règnes souligne une évidence : la vitesse n’est jamais gratuite. Elle répond toujours à une logique évolutive et écologique.

    Alors, le mimosa est-il plus rapide que la limace ? Oui, si l’on considère la fulgurance de sa réaction. Non, si l’on parle de locomotion. En réalité, ce duel est un faux combat. L’un bouge vite sans changer de place, l’autre se déplace lentement mais sûrement. Peut-être est-ce là la véritable leçon : dans le vivant, la performance importe moins que l’adaptation. Et la rapidité, comme la lenteur, n’a de sens qu’au regard de la stratégie de l’espèce. (Crédits : Alexas_Fotos/Pixabay)

  • Quand tout s’écroule autour de vous (51/55)

    Quand tout s’écroule autour de vous (51/55)

    Malgré la déconvenue, le manque de place pour étendre ses jambes, son ultime nuit sur le siège passager n’aura pas été si terrible, bien au contraire. Il profite du Wi-Fi de son supermarché préféré, le New World, pour extérioriser son expérience de la veille. C’est aussi la recherche d’un magasin spécialisé pour une hypothétique récupération des photos et surtout une autre carte mémoire. Mais il doit restituer son véhicule de location avant de filer vers son dernier lieu de découverte : Tiritiri Matangi Island.

    À deux jours de la Saint-Valentin, Flavien pense bien à autre chose. « La nuit n’a pas été si mauvaise que ça. » Le réveil du corps s’effectue à sept heures. Profitant du peu de monde à cette heure matinale, « je fais le plein de carburant. » C’est aussi l’occasion pour donner quelques nouvelles et expliquer ce qui lui est arrivé la veille au soir : « J’ai besoin d’extérioriser ».

    Quand la technique vous lâche, une seconde fois

    Comme tout un chacun, il parcourt l’internet à la recherche d’expérience dite utilisateur. « J’ai besoin de me rassurer. Je lis des lignes contenues dans des pages de sites web et blogs relatant mon problème et proposant des solutions : comment récupérer des photos sur une carte SD. » Cette recherche vaine, il change de siège pour sillonner les trois heures en direction de l’agence de location. « Je ne prends pas la portion de route payante aujourd’hui, j’ai du temps devant moi. » C’est à onze heures qu’il arrive.

    « À l’agence, je range le bazar accumulé dans la voiture. » Si bien qu’une demi-heure s’égraine avant qu’il use du Wi-Fi pour réserver une auberge. « Aujourd’hui je change pour dénicher un endroit avec de meilleures douches. » Étant devenu piéton, il s’offre un périple de près de deux heures de bus pour rejoindre le centre-ville et son inédite demeure d’un soir : SilverFern Backpackers.

    « Cet après-midi, je dois impérativement trouver une nouvelle carte mémoire… mais aussi un chargeur pour mes batteries d’appareil photo, car il m’a lui aussi lâché il y a deux jours. » Une seule est chargée sur les deux, ce qui ne suffira pas, bien que le voyage soit bientôt terminé. Flavien déniche un magasin en centre-ville où il dégote ce qu’il recherche, mais rien pour la carte SD, mis à part lui donner une adresse.

    « Là-bas le gérant n’est pas très motivé et ne semble pas très compétent. Il essaye quand même de tester ma carte, mais me dit qu’il n’y a rien à faire, je n’insiste pas par peur qu’il efface tout. »

    La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la lessive, qui s’effectue dans une laverie automatique. « Je passe au supermarché pour acheter mon repas de ce soir — riz au saumon — et de la nourriture pour les deux prochains jours sur l’incroyable île de Tiritiri. Elle a été recommandée par Fabrice Le Bouard ».

    Autant mettre le temps à profit. « Je prends une douche, pendant que la machine fait son office. »

    (Crédits : Eugene Golovesov/Pexels)

    Les émotions de la fin d’un voyage font ressurgir des angoisses. Ainsi, un mélange de solitude et d’oppression vient habiter l’aventurier du bout du monde. Une chose qui, à quelques jours près, le touche en 2024 lorsqu’il était à Punta Arenas. La fatigue, l’inquiétude sur l’avenir de ces quelque 8000 photos jouent dans la balance des émotions. « Comme l’année dernière, au même nombre de jours je crois, je n’arrive pas à rester en place, dans la douche, par exemple, sans me sentir oppressé. » J’ai donc passé un appel téléphonique d’une heure, souffle à demi-mot Flavien. « Ça m’a fait du bien, j’ai pensé à autre chose l’espace d’un instant. » À suivre…

  • Une véritable catastrophe numérique (50/55)

    Une véritable catastrophe numérique (50/55)

    La journée s’annonce plus que chargée. L’aventurier, en ce mardi 11 février 2025, va vivre les sensations dignes de montagnes russes émotionnelles. Si le réveil somme toute programmé à 7 h, c’est à ce moment que Flavien prend la poudre d’escampette. Aujourd’hui, il part à la rencontre de la faune et de la flore. Les vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande au cœur de la grotte de Waipū Caves. Ensuite il a rendez-vous avec le maître de la forêt Waipoua. L’un des plus grands de son espèce, avec quatorze mètres de circonférence pour cinquante de haut : le Tāne Mahuta.

    « J’ai passé une journée bien remplie, mais je ne m’attendais pas à cette conclusion », se lamente Flavien. Elle commence tôt lorsqu’il décampe à sept heures, en se dirigeant vers Waipū Caves. Elle est une grotte où il est censé observer les fameux vers luisants emblématiques de Nouvelle-Zélande : Arachnocampa luminosa. Sans doute la plus connue est Waitomo Glowworm Caves. Elle affiche un prix d’entrée à 81 NZD, et elle est bondée de touristes, tout pour plaire à Flavien. « Celle-ci — Waipū Caves — est gratuite », sourit-il.

    Un p’tit jeune de 2000 ans

    Après une demi-heure de route et piste en bon état, il est en sécurité. « Arrivé là-bas, je croyais marcher deux kilomètres, mais finalement, l’entrée était à même pas cent mètres du parking. » Un nombre conséquent de vans y sont stationnés. « Je suis le premier de la journée à m’y rendre », affirme l’aventurier. Ce qui est parfait pour le réjouir. Tenue adéquate, frontale en place « je commence l’exploration de cette grande grotte ». Il parcourt l’entièreté à l’aveugle. « Je ne les trouve pas », se languit-il.

    Pour poursuivre, il décide d’ôter ses chaussures. Donc, en marchant le long de la rivière souterraine, et après quelques minutes dans l’obscurité la plus totale, « je trouve enfin ce fameux plafond rempli de petites loupiotes créées par ces vers luisants, c’est incroyable ! »

    C’est un vrai spectacle. « Je reste près d’une heure à tenter des photos en pause longue, ça rend super bien », s’exclame Flavien, la mine réjouie. Après s’être lavé les pieds pleins d’argile, il se rechausse et retourne à la voiture. « Il est 9 h », ajoute-t-il. Place à trois heures d’asphalte en direction de Tāne Mahuta, le plus gros arbre de Nouvelle-Zélande. Il n’est pas un inconnu pour le naturaliste qui a déjà compilé de nombreuses revues à son sujet.

    Le Tāne Mahuta

    « C’est un Agathis australis, une espèce sensible à un phytophthora qui décime ses populations. » Alors, avant d’emprunter le sentier aménagé pour se rendre à son pied, chaque visiteur a l’obligation de biosécuriser ses chaussures. « C’est avec des brosses et des appareils dignes de l’entrée d’une salle blanche que je nettoie les miennes. Ils ne rigolent pas avec les protocoles de biosécurité ici. »

    L’heure de se restaurer s’affiche sur sa montre. Donc, avant de visiter ce cher Tāne Mahuta, « je mange mon pain et mon fromage frais sur une aire ménagée ». La marche est courte pour lui rendre visite. « Son tronc est impressionnant, bien plus que l’Alerce (Fitzroya cupressoides) vu l’année dernière en Patagonie. » Les passionnés et voyageurs s’amassent de plus en pus. Flavien se faufile, rebrousse chemin et part découvrir le deuxième plus gros après seulement un kilomètre en voiture. (Crédits : DR)

    « Il se mérite un peu plus avec mille cinq cents mètres de marche. Qui plus est sur le sentier, on observe d’autres individus bien plus jeunes, mais déjà immenses. » Après avoir admiré ces géants, il reprend le chemin dans la forêt. « C’est sûrement la plus belle forêt dans laquelle j’ai roulé, des Kauri énormes sont dispersés de part et d’autre de l’asphalte. » Désormais c’est quatre nouvelles heures de route qui l’attendent pour se rendre au Cape Reinga. L’endroit le plus septentrional du pays clôture sa complète traversée de la Nouvelle-Zélande. « Sur le parcours, je prends une piste pendant de nombreux kilomètres, je ne suis pas serein ! Où va-t-elle me mener ? »

    Vers l’inconnu et bien au-delà

    « Finalement, j’ai eu raison de me faire confiance, car, à son extrémité, j’observe mes premières mangroves. Cela montre encore la diversité de la Nouvelle-Zélande. Combien de pays peuvent se vanter d’avoir des manchots et des mangroves sur le même territoire ? » La route est longue, longue… Avant d’arriver, le naturaliste remarque un panneau indiquant des dunes géantes à trois kilomètres sur la gauche. « J’ai le vague souvenir que quelqu’un m’en a parlé. » D’un geste de la main gauche, un bruit envahit l’habitacle. Le clignotant répète son tic-tac obstiné dans l’habitacle silencieux. Après avoir garé la voiture, « j’y vais pieds nus », lance-t-il.

    « J’ai tellement l’impression d’être de retour en France, à la dune du Pilat, mais avec moins de personnes. » Le cœur se met en marche au fur et à mesure de la montée. Au sommet, le vent lance les grains de sable qui viennent fouetter l’aventurier du bout du monde. « Quel paysage ! Je reste une bonne demi-heure avant de faire demi-tour. » Sur le chemin du retour, une Française m’aborde, prétendant avoir pris une photo de moi au loin sur la dune, puis en demandant mon numéro WhatsApp pour m’envoyer l’image. »

    Il est 18 h 30. C’est l’heure de se rendre à l’extrémité du cap et son célèbre phare. L’aficionado de coucher de soleil est ravi. Il s’annonce radieux, souffle-t-il doucement comme pour garder la magie de l’instant. Il fait de la place sur sa carte mémoire pour pouvoir croquer le phare…
    Et patatras !!!

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ce que redoute tout photographe arrive. C’est un bouleversement qui change la suite du voyage, et pas que. « Ma carte mémoire crash. Le message m’indique qu’il faut la formater, comme avec l’autre en début de voyage. » Il lui est impossible de consulter les quelque 8000 photos… autant dire la quasi-totalité du voyage. « J’ai envie de chialer ! Tout ça pour rien ?!? » Flavien est assommé. Il retourne à la voiture, hagard. « Je n’ai même plus la force de profiter du moment, pourtant je sais que je ne reviendrais jamais ici. »

    À partir de cet instant, rien n’atteint Flavien, ses pensées sont focalisées sur cette catastrophe numérique.

    « Je suis obnubilé par ce qui vient de m’arriver. Je suis incapable de décrocher. Pourquoi ?
    Tout se passait tellement bien jusqu’à maintenant, ce voyage était parfait.
     »

    Ce périple est un investissement. Les photos doivent me servir pour une future exposition et des projets de livre. « Mon seul espoir est de pouvoir les récupérer au retour grâce à un logiciel. »

    (Crédits : Anna Tarazevich/Pexels)

    Flavien reprend la route et observe le coucher de soleil au volant. Il est 19 h 30, remarque-t-il. Il lui reste huit heures de conduite avant de rendre le véhicule pour mercredi midi. « J’aimerais quand même me reposer un peu demain matin. » Après trois heures, il se stationne sur le parking du New World de Whangarei. Idéal pour avoir du Wi-Fi et faire le plein de la voiture. « Il est temps que je dorme pour une seconde et dernière nuit sur le siège passager.Quel rebondissement inattendu dans cette journée, certes chargée, mais inoubliable ! » À suivre…

  • Un périple de 450 km sur l’autoroute 35 (48/55)

    Un périple de 450 km sur l’autoroute 35 (48/55)

    Après avoir profité d’une nuit tranquille, sur un bivouac parfait selon le naturaliste, une nouvelle journée commence. Mais la procrastination ne prend pas pour autant de vacances. C’est ainsi que Flavien souhaite bénéficier d’un lever de soleil radieux, mais l’orientation l’oblige, avec bonheur, à repousser l’heure du réveil. Mais les quatre cents kilomètres de la veille sont un amuse-bouche pour les quatre mille cinq cents hectomètres du nycthémère. L’aventurier a en point de mire, la péninsule du Coromandel (Te Tara-o-te-ika-o-Māui).

    À 8 h, il range sa tente. Puis, il se rend près des petites falaises où quelques plantes lui ont tapé dans l’œil hier soir. « Il y a un modeste groupe de cormorans sur la plage. Ils ont droit à un shooting photo », s’amuse Flavien. Enfin, quelques minutes avant neuf heures, « je reprends la route pour la péninsule du Coromandel à 450 kilomètres de là. »

    À défaut de grenouille d’Archeyi, un Weta

    Le temps est au beau fixe, rien de plus agréable pour remonter la côte est de l’île du Nord. Attiré par un arbre gigantesque, l’aventurier stoppe sa route dans un petit village maori. « Il s’agit du plus gros Metrosideros umbellata qui existe. Il est impressionnant avec ses branches de plus d’un mètre de diamètre, touchant le sol. » Tout juste quelques minutes avant midi, le baroudeur s’arrête dans le village d’Ōpōtiki. Mais dans un lieu particulier, dont on pourrait penser, à juste titre, qu’il est fan : au New World. « J’y trouve du Wi-Fi, et j’y achète du poulet frit pour ce midi. C’est très gras, peut-être un peu trop… »

    Sur le chemin, Flavien observe durant de très nombreux kilomètres White Island. C’est en son sein que le tourisme volcanique et les circonstances dramatiques occasionnent 22 morts, le 9 décembre 2019. Le bitume comme les plantations de kiwi défilent. « Je me demandais d’où venait cette réputation… Maintenant je sais. » En milieu d’après-midi, Flavien passe à la pompe. Il fait un constat qui lui redonne le sourire. « Elle ne consomme pas, ça change de la première. Alors qu’avec elle, je faisais du treize kilomètres par litre, avec celle-ci, je tourne autour de vingt-cinq, soit quatre litres au cent kilomètres… pas mal ! »

    La grenouille d’Archeyi

    Arrivé sur la péninsule du Coromandel, « je m’arrête à l’accueil du DOC pour vérifier la météo et remplir mes bouteilles d’eau ». Puis, une fois n’est pas coutume, « je prends la piste très poussiéreuse pour les huit derniers kilomètres qui me séparent du début de la randonnée ». Les affaires arrimées sur le dos de l’aventurier, ce dernier quitte le parking à 17 h 15. Son but est de rejoindre le bivouac à trois petits kilomètres et trois cents mètres de dénivelé positif. Le naturaliste effectue ce parcours en une heure, sous une pluie fine. Il décide d’installer sa tente pour éviter d’être trempé. « Finalement ça s’arrête de pleuvoir quand je termine de la monter, bien entendu… »

    Flavien est seul sur le camp aménagé dans la forêt. « Je suis entouré de jeunes Kauri, un arbre qui devrait m’accompagner jusqu’à la fin du voyage. » Au menu, des pâtes au pesto Rosso — pour changer —. « Je suis à court d’idées de plats rapides », souffle-t-il. Puis, il modélise le lieu en allant remplir sa gourde. « Ce soir, à la nuit tombée, j’aimerais trouver la grenouille d’Archeyi, une des trois espèces de Nouvelle-Zélande, toutes aussi rares les unes que les autres. » (Crédits : Agathis australis/Flavien Saboureau)

    Sur ce sujet, l’aventurier mise et espère que sa bonne étoile l’accompagne, comme elle l’a très souvent été pendant ce voyage, admet-il. « Au retour de mon escapade nocturne, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais… mais, comme d’habitude, j’ai eu de belles surprises. » La première est la découverte de l’une des 22 espèces de Galaxias. Ils sont des poissons emblématiques des cours d’eau néo-zélandais. La star du moment s’est laissée observer et photographier de longues minutes entre les galets du petit ruisseau.

    Puis, dans a nuit noire, frontale en place, Flavien sursaute. Un bruit dantesque le fait bondir. Il s’agit des anguilles rencontrées à Wellington. « Elle produit un barouf pas possible en remontant le ruisseau peu en eau. De nuit, elles sont impressionnantes. »

    Peut-être las des kilomètres, nuits, pluies et fatigues, Flavien n’ayant pas trouvé la grenouille, il regrette de ne pas avoir insisté plus que ça, confie-t-il en aparté. « Sur le retour je regarde scrupuleusement tous les arbres qui surplombent le chemin à la recherche du Weta d’Auckland. » Il y a énormément d’indices de sa présence, mais ils restent bien cachés. Une demi-heure plus tard, un individu moins prompt à se dissimuler apparaît à la lumière de la frontale.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le naturaliste arbore sa mine réjouie. « Je commence à bien connaître ces bêtes qui m’étaient tellement inconnues et mythiques avant de partir. » L’aventurier du bout du monde s’en retourne à sa tente aux alentours de minuit. « C’est déjà très humide, constate-t-il. Qu’est-ce que ça sera demain matin ? » À suivre…

  • Une journée de repos au pays du long nuage blanc (47/55)

    Une journée de repos au pays du long nuage blanc (47/55)

    Ah ! Qu’il est doux de ne rien faire — Quand tout s’agite autour de nous ! C’est par cette phrase tirée du Livret de Galatée (opéra-comique de Victor Massé) de Michel Carré que Flavien prend au pied de la lettre. La fatigue accumulée, les kilomètres avalés, les dénivelés engloutis… Tant et si bien qu’après les deux derniers jours très intenses, l’aventurier du bout du monde s’accorde enfin du temps pour vivre. Le couche-tard tient en sa main une envie farouche de procrastiner. Une fois n’est pas coutume, c’est à la mode des sixties, mode baba cool que le naturaliste va passer cette journée du 8 février 2025.

    « Après m’être couché tard, ou tôt, selon tout un chacun, ce matin, je traîne au lit », explique-t-il. Le réveil est programmé à 8 h 30, mais ce n’est qu’à l’aube des neuf heures que le naturaliste s’extirpe de sa tente. « Je fais tout et rien. » Flavien alterne, ouvre un œil, puis l’autre. Enfin, il déguste un petit déjeuner en répondant à quelques courriels. Il est prévu que le baroudeur quitte le camping à dix heures, mais il a aussi repoussé d’une heure. Une fois apte, il se met au volant de sa petite citadine pour le point le plus à l’est de la Nouvelle-Zélande à 400 km, soit près de six longues heures de route.

    Une navigation entre deux eaux

    La météo est si agréable que part moment, il jette le coude hors de la portière. « Il y a de nombreux travaux sur la route, mais je ne suis pas pressé. » Les paysages ne cassent pas quatre pattes à un Whio, admet-il, mais ils sont reposants. « Je fais une première pause à Wairoa parce qu’il y a un New World. » C’est à cet endroit précis qu’il est sûr de trouver l’habituelle fougasse du midi. Il aborde la ville de Gisborne en milieu d’après-midi, après près de 250 kilomètres effectués. « Je m’y arrête, pour acheter des légumes pour ce soir, j’en ai marre des pâtes… »

    Bay, paysage, nouvelle-zélande

    Le plein de carburant effectué, il reprend l’asphalte. Un parfum des sixties flotte, entre les Beach Boys et l’un des symboles de la révolution sexuelle, la minijupe de Mary Quant. « La route longe de magnifiques plages prisées par les surfeurs et les hippies, j’aime beaucoup l’ambiance. »

    La prochaine pause est un lieu mythique, Tolaga Bay. C’est la fameuse baie où le capitaine Cook avait débarqué. L’attraction du coin est le ponton d’un demi-kilomètre de long. Déception pour Flavien, l’état laissant à désirer, il est fermé à sa moitié. Mais pour compenser, les falaises qui le surplombent adoucissent de leur beauté éclairée par la lumière du soir.

    « Je pensais faire la route d’une seule traite, mais la fatigue en décide autrement. » Une sieste s’impose à Tokomaru Bay.

    (Crédits : TKY4047/Wikipedia)

    « Tous les villages traversés sont encore très fortement peuplés par les Maoris. » La région respire l’entièreté de la nation maorie. « Il y a de nombreux bâtiments et d’édifices religieux typiques du pays. » Mais un autre constat ravit le baroudeur. « Je croise peu de voitures. C’est un coin très sauvage, délaissé des touristes, tant mieux ! »

    Avant de toucher des yeux sa destination, il doit emprunter une piste. Il ne peut s’empêcher de lâcher, entre ses moustaches, un petit « ça faisait longtemps ! »

    L’envie de bivouaquer à l’extrémité du cap le titille. Mais le phare est fermé, constate-t-il, et un détail qui a son importance : la route se termine dans la propriété d’agriculteurs. « Je rebrousse chemin sur quelques kilomètres, où j’ai repéré une zone plate près de la piste. »

    Faute de grives on mange des merles. « C’est parfait ! La vue magnifique sur la baie très sauvage, peuplée de dizaines de vaches. » Seule une autre voiture, à plusieurs centaines de mètres, a eu la même idée que lui. La personne, quant à elle, décide de faire un énorme feu de camp, constate le naturaliste. (Crédits : russellstreet/flickr)

    embarcadère, pont, cook

    « De mon côté, je reste modeste avec mon petit réchaud pour me préparer mon cappuccino. » Les tomates achetées cet après-midi se marient à merveille avec son reste de fougasse. Repas de roi, une banane est servie pour le dessert. La vue sur la baie avec la douce chaleur de la lumière tombante enchante le jeune homme. C’est encore un bivouac réussi. « J’avoue avoir parfois des difficultés à dénicher de parfaits lieux de bivouac, mais à chaque fois que je réussis, c’est toujours le grand luxe, du cinq étoiles. » À suivre…

  • Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Flavien en voyage vers Te Kūiti (39/55)

    Deux bus et trois cartes postales, Flavien traverse l’île du Nord comme on feuillette un carnet d’aventures. Parti avant l’aube, il découvre à Te Kūiti que chaque sourire invite à ralentir. Entre New World, une dame spontanée et des habitants curieux de son accent, l’attente du bus devient un moment suspendu. Plus au sud, le chemin le mène vers National Park Village, ses auberges de bord de route et ses rencontres cosmopolites. Une journée modeste, mais pleine de ces détails qui font des voyages ordinaires de grands souvenirs.

    Ce matin le réveil aura sonné pour l’aventurier. « À 6 h 10, je sors de la chambre pour finir de préparer mon sac », chuchote le globe-trotter, en marchant sur la pointe des pieds. Trente minutes se passent lorsqu’il prend le bus, juste à côté de l’auberge, en direction du nord et plus particulièrement : Te Kūiti, une petite bourgade pommée. Capitale mondiale de la tonte de mouton.

    De surprise en surprise

    Arrivé à destination, Flavien doit patienter quatre heures pour son futur voyage en direction du sud de l’Île du nord et de National Park City. En descendant, il pense s’ennuyer. Son supermarché favori, New World étant ouvert, « je fais le plein pour les trois prochains jours de randonnée, ils font des viennoiseries, du pain et des pizzas pour rien du tout ». Les six croissants s’affichent pour près de 3,30 euros. Puis, il s’installe sur une table de pique-nique au bord de Rora Street, au 71 de la rue.

    Il déguste sa pizza, puis se met à écrire quelques cartes postales. « La motivation est revenue, car j’ai appris que celles postées il y a un mois sont bien arrivées ! »

    Puis, peu à peu, les habitants intrigués s’approchent. « Ils ne sont pas habitués à voir des touristes ici. Les passants me demandent tous d’où je viens, en me souriant. Au supermarché, la caissière, qui avait l’air contente de rencontrer un étranger, m’a même donné une réduction avec sa carte… »

    Peu avant midi et demi, Flavien achète des timbres et poste quelques cartes. Le bus est arrivé à 13 h 20. Mais une dernière surprise attend Flavien.

    Avant de grimper dans le bus, une mamie, qui l’avait abordé durant le moment cartes postales, « me fait un câlin avant de monter. Je ne l’ai pas vu arriver, elle m’a surpris ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est marrant comme anecdote. Ça ne m’est jamais encore arrivé… les gens sont incroyablement sympathiques ! » Un avant-goût d’un trajet peu commun. Depuis New Plymouth le bus pour National Park City coûte 88 NZD. Mais en choisissant la bonne ville d’arrêt, le prix descend à 30 NZD, sûrement dû à l’attrait touristique, réfléchit Flavien.

    « La pause et le changement de chauffeur à Taumarunui sont interminables et, finalement, je descendrais à National Park City sans encombre, c’est la bonne opération du jour. »

    Après avoir effectué son entrée à l’auberge — qui ressemble un peu à un routier — il prend la direction de l’unique supérette faisant office de poste pour acquérir de nouvelles cartes postales et délivrer celles qui sont désormais timbrées.

    « Il y a un barbecue à l’auberge, alors j’en profite aussi pour acheter 300 g d’agneau pour seulement 7,5 NZD ! » À l’auberge, Flavien poursuit son atelier écriture, puis il prépare son sac… et enfin, il passe en cuisine.

    (Crédits : Mknz24/Wikipedia)

    « Il y a un Allemand, mon unique collègue de chambrée, dans un dortoir de neuf, une Israélienne, et un Argentin qui fait ses études à Melbourne, on discutera un bon moment de la Patagonie argentine », comment la naturaliste. La journée riche en émotion et en temps de trajet use l’aventurier. Après sa douche, il sombre tout en douceur. « Étonnant, je ne peux pas dire que la journée a été exténuante… Le Wi-Fi ne fonctionne pas, ce qui fait les affaires de mon sommeil. » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

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    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

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    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • À la recherche du canard… bleu (30/55)

    À la recherche du canard… bleu (30/55)

    Après la visioconférence d’hier soir, Flavien est aspiré par son téléphone jusqu’à tard dans la nuit. Mais, ce soir, enfin cette nuit, il dort dans un lit, le premier depuis neuf jours. Sauf que lorsque vous partagez une chambre à plusieurs, il arrive parfois des surprises. Le lendemain sa finalité est de rallier le mont Arthur, et chemin faisant de tenter d’apercevoir le canard bleu, surnommé par son cri : Whio. Il est un canard inféodé dont il ne reste que 3 000 spécimens sur Terre.

    « Hier soir, je me suis couché tard », admet Flavien. L’aventurier semble avoir des valises sous les yeux ce matin. Il faut dire que la dernière fois qu’il a regardé son téléphone, il est deux heures. Comme un bonheur ne vient jamais seul, une femme d’un âge certain s’est mise à ronfler « comme pas possible », ajoute-t-il… « La nuit ne fut donc pas celle que j’espérais », soupire-t-il en poussant le réveil jusqu’à 8 h 20.

    De la frustration au plaisir, en une journée

    La voiture chargée, « je prends la direction du mont Arthur, où je compte dormir ce soir ». La durée escomptée pour arriver à destination lui laisse du temps de libre. Pourtant, l’aventurier n’est pas coutumier du fait, a-t-il une idée derrière la tête ? « Hier soir, j’ai glané des informations pour tenter de trouver le très rare Whio. » Ce canard inféodé aux torrents est en danger selon l’IUCN. Il ne reste que 3 000 individus, dont une population de quelques dizaines autour du Mont.

    Canard, UICN, Nouvelle-Zélande

    « Après avoir emprunté une route gravillonnée, tout de même plus praticable qu’il y a deux jours, j’arrive à mille mètres d’altitude. » Flavien stationne la voiture, puis descend un torrent, le Flora Stream, sur six kilomètres !

    « J’y croyais, j’ai mis toutes les chances de mon côté, mais rien. C’est frustrant de savoir qu’ils sont là, et de ne pouvoir les observer », admet-il. Une femme croisée sur le chemin lui indique les avoir vus hier un peu plus bas. Ni une ni deux : « Je marche deux kilomètres de plus, en vain. » Flavien n’affiche pas la même réussite qu’avec le Kiwi.

    Il est treize heures, quand il jette l’éponge. « Je dois grimper au sommet à 1700 m et parcourir les huit kilomètres pour revenir à la voiture. » Il y laisse son téléobjectif, pour prendre ses affaires de bivouac et repartir à la conquête du sommet. (Crédits : Karora/Wikipedia)

    « Je prends la direction du sommet à 760 m plus haut et 8,4 km plus loin. » C’est donc une pente moyenne assez élevée à laquelle se confronte l’aventurier (9 %). Dès les premiers mètres, le naturaliste n’avance déjà plus, et pour cause. « Je traverse de magnifiques forêts à Nothofagus fusca, N. cliffortioides et Dracophyllum traversii et n’arrête pas de déclencher l’appareil photo. » Cette journée à 24 kilomètres n’est pas encore finie, souffle l’aventurier.

    Une très longue journée de marche

    Flavien tombe en pâmoison devant ce Dracophyllum qui forme de véritables arbres. Tant et si bien qu’il ne tarit pas d’éloges. « Tout simplement admirable quand on connaît les autres espèces… », concède -t-il sans pour autant terminer sa phrase. Il se met à réfléchir, se remémore toutes les forêts traversées. Puis comme surgit une illumination : « C’est l’une des plus classes », conclut-il. À 1300 m, il passe devant une des fameuses « Hut » qui lui servira de refuge de secours s’il ne trouve pas chaussure à son pied ce soir. Le sommet se trouve dans les nuages, mais il se découvre en fin d’après-midi.

    Une fois au-dessus des cimes des arbres, le paysage se laisse découvrir. La particularité du coin, les karsts. « Je ne pensais pas voir ça en Nouvelle-Zélande. C’est beau, mais il n’y a pas d’eau. Je n’ai qu’un litre jusqu’à demain matin, je n’ai pas été des plus prévoyants sur ce coup-là. »

    La marche est longue, plus il grimpe, plus des espèces nouvelles se découvrent. Un couple croise sa route, lui indique qu’il y a une place pour sa tente sur la croupe sommitale. « Ça me rassure ! Jusqu’à maintenant je n’ai rien trouvé de convenable sur cette roche saillante. » Arrivé en haut, le soleil réchauffe le corps et l’esprit.

    Seul face à la nature

    Il n’y a pas de vent au sommet, l’aventurier se retrouve seul face à l’immensité. « La vue est majestueuse, je vois même Nelson (Whakatū) d’ici. Le coucher de soleil s’annonce splendide. » Mais, un petit hic contrarie son implantation. « L’installation de la tente est technique sur ce substrat 100 % minéral, les sardines ne s’enfoncent pas, alors je fais au mieux avec les cailloux qui traînent. » Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le vent ne se lève pas cette nuit. « Car, je ne peux pas être plus exposé à près de 1800 m d’altitude », tente de se rassurer Flavien.

    Par manque d’eau — juste un litre jusqu’à demain matin —, le repas est frugal et rustique. « Je grignote un bout de pain et de fromage que j’ai avec moi, agrémenté de quelques graines et fruits secs, c’est mieux que rien. » Le repas vite avalé, il photographie toutes les espèces qui ont colonisé le sommet. « Les réparations de mon matelas semblent tenir, je suis content pour mon dos, surtout sur ces cailloux… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    arbre, forêt,

    La pénombre parvient, suite au coucher de soleil. Le vent arrive. L’aventurier bidouille une consolidation pour sa tente. « Sans pouvoir enfoncer de sardine, c’est du bricolage », constate-t-il en croisant les doigts pour que le vent se calme dans la nuit. La chaleur du soleil laisse place à la fraîcheur, au froid apporté par le vent. « Ça commence sérieusement à cailler maintenant que le soleil s’est fait la malle », tandis qu’un frisson lui parcourt le corps, amenant au même moment la chair de poule. À suivre…