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  • Qui voit le mieux : l’aigle royal ou le calamar géant ?

    Qui voit le mieux : l’aigle royal ou le calamar géant ?

    C’est un duel inimaginable au premier coup d’œil. Car, l’un plane au-dessus des montagnes, capable de repérer une proie minuscule depuis les airs. Quand l’autre erre dans les profondeurs abyssales, avec le plus grand des yeux au monde. À première vue, le combat semble déséquilibré : l’aigle royal incarne depuis son apparition la vision perçante. Mais le calamar géant n’a pas dit son dernier mot. En effet, améliorer sa vue ne consiste pas toujours à voir « plus net ». Tout dépend de la lumière, du milieu, du danger… et de la cible que l’on veut voir.

    Devant l’habileté remarquable du calmar géant et de l’aigle royal, la vision humaine se distingue moins par ses extrêmes que par son équilibre. L’évolution de l’homo sapiens et de son environnement modifie la fonction première de sa vision. Ainsi, il occupe, quant à lui, une position intermédiaire. Sa vision trichromatique fine, adaptée à la reconnaissance des visages, à la lecture et à l’interprétation du monde, fonctionne logiquement moins bien en faible luminosité ou à longue distance.

    Qui voit le mieux, l’aigle royal ou le calamar géant ?

    Comparer la vue d’un aigle royal et celle d’un calamar géant, c’est s’attaquer à une tâche impossible. L’aigle royal vit dans les étendues sauvages, les montagnes, les falaises, les plaines ou encore les zones arides. On le décrit comme l’un des plus grands rapaces d’Amérique du Nord, qui s’étend de 1,85 à 2,20 m d’envergure. Son mode de survie dépend fortement de sa capacité à localiser une proie au sol depuis une hauteur considérable.

    Aigle, Vue, oeil

    Aquila chrysaetos de discrétion latine, est souvent présenté comme l’animal au regard perçant. L’expression « avoir des yeux d’aigle » n’est pas née d’une campagne de communication. Elle traduit une simple réalité biologique. Chez les rapaces diurnes, la vision s’avère l’instrument indispensable pour subsister, pour la chasse.

    Selon la revue scientifique publiée dans Seminars in Cell & Developmental Biology souligne que les rapaces possèdent de grands yeux, une haute acuité visuelle et, chez les chasseurs diurnes, des fovéas spécialisées permettant une vision très précise en pleine lumière.

    Huit fois meilleur que l’Homme

    La fovéa — pour simplifier — correspond à une zone de la rétine où l’image reçoit un traitement digne d’un algorithme de précision maximale. Chez de nombreux rapaces, cette architecture est particulièrement développée. Certaines espèces disposent même de deux zones de ce type. Elles servent à scruter une proie, puis à ajuster l’approche finale. L’aigle ne « zoome » pas, tel l’assemblage de lentilles d’un appareil photo. Son œil est conçu pour distinguer des détails à grande distance.

    L’aigle posséderait une vue huit fois meilleure que l’humain. Ces renseignements sont souvent répétés, mais peu appuyés ou nuancés. Une étude de Robert Shlaer, publiée dans Science en 1972, concluait que la qualité optique d’un œil d’aigle vivant surpassait nettement celle de l’œil humain, sans confirmer les affirmations les plus extravagantes formulées sur ces oiseaux. (PubMed)

    En clair, l’aigle royal voit remarquablement bien, de jour, de loin, et surtout lorsqu’il doit repérer un mouvement ou une forme utile à la chasse. C’est un sniper visuel, biologique, admirable, rien de magique. (Crédits : Erwan Grey/Pexels)

    L’œil, par dérivée, la vision accolée permet de voir les proies pour l’aigle royal. Tout comme le calamar géant observe son principal prédateur, le cachalot. Il ne fait aucun doute que, l’un comme l’autre, cet outil s’avère essentiel à la survie. L’aigle royal incarne la haute définition du vivant, capable de repérer un potentiel dîner à plusieurs kilomètres grâce à une acuité visuelle bien supérieure à la nôtre.

    Le calamar géant voit dans la nuit liquide

    Le calamar géant, qui répond au doux nom d’Architeuthis dux, appartient, lui, au monde moins fréquentable des grandes profondeurs. Il doit survivre dans un univers où la lumière s’évanouit, au profit de la pression, où les silhouettes se devinent, où le danger surgit de nulle part dans les abysses d’un noir profond. Ses yeux peuvent atteindre une taille de chaussure 43, soit 27 centimètres de diamètre, quand le ballon de basket de Victor Wembanyama mesure entre 23, 8 et 24,8 cm.

    Dans les abysses, la lumière disparaît. Les billes géantes du calamar sont adaptées à la zone crépusculaire, ou mésopélagique de l’océan Austral. Cette fourchette de profondeur se situe entre environ 200 et 1 000 mètres depuis la surface. « En zone mésopélagique, un objet se distingue de deux façons. La première est le contraste de sa silhouette sur le fond bleu de l’eau, mais l’absorption de la lumière et sa diffusion se traduisent par une diminution drastique de ce contraste avec la distance. L’autre moyen de détection est la bioluminescence émise par les organismes planctoniques brassés par le mouvement de l’objet », explique Loïc Mangin.

    Acuité et sensibilité, de quoi parle-t-on ?

    Mais la vérité est ailleurs. Selon l’étude publiée dans Current Biology en 2012, ses yeux sont particulièrement adaptés à la localisation de ses prédateurs, les cachalots et les requins blancs. Or, le calamar géant se nourrit une fois la nuit tombée, et replonge vers les abysses dès l’aube. Les chercheurs y documentent un appendice d’environ 27 centimètres de diamètre, avec une pupille de neuf centimètres, et proposent que ces yeux puissent détecter un cachalot à plus de 120 mètres dans certaines conditions de profondeur.

    Le calamar ne voit pas « mieux » que l’aigle au sens où nous l’entendons. Il surveille la nuit, capte des variations lumineuses, des halos, des perturbations, jusqu’aux traces bioluminescentes déclenchées par le passage d’un prédateur massif. L’acuité visuelle, c’est la capacité à distinguer deux détails très proches. C’est le domaine de l’aigle royal. Il voit net, plus loin, plus vite, et en pleine lumière. La sensibilité lumineuse, c’est la capacité à percevoir une faible quantité de lumière. C’est le domaine du calamar géant, et du chat. Il capte des signaux ténus dans un environnement sombre, quasiment tout noir. (Crédits : Museum of Natural History and Archeaology)

    Calamar, océan, cephalopode

    Le champ de vision correspond à l’espace visible sans remuer la tête ou le corps. La vision des couleurs varie fortement selon les espèces. De nombreuses personnes considèrent les calmars, comme beaucoup de céphalopodes, sont dans l’incapacité d’observer les couleurs. Pour autant, ils sont très sensibles aux contrastes et à la lumière. Le Museum of New Zealand Te Papa indique ainsi qu’il, a priori, voit en nuance de gris, tout en possédant une excellente vision dans les profondeurs sombres.

    Alors, qui remporte ce duel ?

    Alors, qui gagne ? Si la question est « qui voit le plus précisément une proie à grande distance en plein jour ? » La réponse est nette, l’aigle royal. Les conditions de diffraction de la lumière sont différentes en fonction du milieu. Son œil est spécialisé dans la résolution fine, la détection de mouvements et la chasse visuelle dans des paysages ouverts. Il est le champion de la netteté, de la distance et de la précision aérienne.

    marmotte, prairie, nature

    Si la question devient « qui voit le mieux dans l’obscurité extrême des profondeurs ? » Le vainqueur change de nom avec le calamar géant. Ses yeux gigantesques ne sont pas un caprice anatomique. Ils répondent à une contrainte. Survivre là où presque rien ne se voit. Les scientifiques suggèrent que leur taille est adapté au milieu, pour détecter de très grands prédateurs dans le noir océanique.

    Le duel n’oppose donc pas seulement deux êtres. Il oppose deux définitions de la vue. L’aigle royal incarne la précision. Le calamar géant incarne la vigilance. L’un découpe le monde telle une IRM. L’autre recueille les lueurs comme un filet. (Crédits : Marian Havenga/Pexels)

    Le meilleur des outils est celui qui sert. La nature ne fait rien à la légère. Dans le ciel, l’aigle royal règne sur les détails. Dans les abysses, le calamar géant règne sur l’invisible. L’un nous rappelle que voir, c’est parfois distinguer une proie à des centaines de mètres. L’autre nous enseigne que voir, c’est parfois simplement pressentir qu’un monstre approche. Au fond, la nature ne fabrique pas des champions universels. Elle fabrique des réponses aux problématiques rencontrées. Et dans ce duel entre plume et tentacule, entre falaise et abîme, le vrai vainqueur est l’évolution dans l’adaptation à ce qui nous entoure, enfin pour les animaux…

  • L’île Tiritiri Matangi pour la fin du voyage (52/55)

    L’île Tiritiri Matangi pour la fin du voyage (52/55)

    Alors qu’il ne reste que cinq petits jours avant le terme du périple néo-zélandais, l’aventurier du bout du monde se réserve un mets de choix pour la fin. Un sanctuaire, un lieu préservé : l’île Tiritiri Matangi. La quintessence de son voyage sur quarante-huit heures. Ce sanctuaire insulaire abrite une gamme inégalée de faunes sauvages. Un paradis accessible seulement par le ferry spécialement affrété, et 90 NZD. Mais, cerise sur le gâteau, Flavien a la chance qui lui sourit — une fois encore — il y a deux semaines, quand il réussit à retenir une nuit sur place.

    « C’est un jour mémorable », affirme Flavien avec joie. Sur un conseil appuyé de Fabrice, le naturaliste réserve la visite de ce lieu saint. « Je me suis octroyé cette île sanctuaire pour le terme du voyage. » La chance m’a souri, glisse-t-il malicieusement. « Il y a deux semaines, j’ai réussi à organiser une nuit là-bas pour 45 NZD dans la hut du DOC. » Une planification mesurée de la fin de son périple pour que ça concorde avec cette date, la seule disponible.

    Les sept fantastiques sous l’œil de Flavien

    « Ce matin, après avoir déposé quelques effets à l’auberge — car je n’ai besoin que de mon duvet — je prends la direction du ponton d’embarquement sur le front de mer en plein centre-ville. » Avant tout, il faut une nouvelle fois biosécuriser l’ensemble de ses affaires. Puisque cette île est exempte de prédateurs depuis plusieurs décennies. C’est d’ailleurs une des fiertés des Néo-Zélandais. « En termes de conservation, de nombreuses espèces rares y trouvent l’un de leurs derniers refuges. »

    Un peu plus d’une heure de navigation est nécessaire pour rallier cet endroit insulaire. En chemin, le naturaliste observe quelques puffins, quelques fous austraux et même quelques manchots pygmées. « Il y a beaucoup de monde sur le bateau, mais la plupart reparte avec le ferry pour 14 h 40. Seule une dizaine d’individus sont autorisés, comme moi, à dormir sur l’île chaque nuit. »

    À peine débarqué que l’ambiance sonore est incroyable. Bien plus encore que Zealandia ou Ulva Island, les sanctuaires précédemment visités par le baroudeur. « J’essaie de m’écarter de la foule, en vain, au vu du nombre de personnes descendues. »

    Alors, Flavien se rend à la hut pour y déposer ses affaires et se restaurer. « Je rencontre les autres passionnés de nature qui vont dormir là cette nuit. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux femmes habituées lui donnent de précieuses suggestions pour trouver « les quatre espèces que je suis venu observer. À savoir Kokako, Takahē, Gecko de Ducaucel et surtout le Wētā punga (Giant Weta). Le plus gros insecte du monde qui serait visible de jour contrairement à ses cousins ». Suivant à la lettre les conseils avisés, « J’emprunte le sentier de la côte est. Le plus long, donc délaissé par les touristes descendus ce matin ». Après un peu plus de quinze minutes de marche à scruter la canopée des petits arbres « je trouve mon premier Giant Weta. Comment je suis heureux ! »

    Comme le collectionneur, le naturaliste a enfin vu tous les types de Weta. Le premier observé est un mâle. Il est plus petit, mais quelques encablures plus loin, je trouve une femelle. « Elle peut peser jusqu’à deux souris et faire onze centimètres de long. » Affublé de son téléobjectif, il mitraille tel un paparazzi.

    « Quand je m’approche, ils lèvent les pattes arrière pour paraître plus impressionnants encore. » Il joue à l’acrobate pour tenter de se placer au plus près. Juché sur un promontoire, il perçoit du bruit.

    Flavien, surpris dans sa concentration, perd l’équilibre saute à la hâte et se réceptionne mal. « J’ai peur de m’être blessé à la cheville droite. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Fort heureusement, elle ne gonfle pas, mais la douleur est persistante à chaque pause. « Je continue lorsqu’au milieu de l’île, j’observe mon premier couple de Kokakos (Glaucope de Wilson). » Ces oiseaux très rares aux magnifiques joues bleues ont échappé de peu à l’extinction. « Il y aurait 70 tandems ici, mais je n’en reverrais pas de la journée. »

    Après avoir effectué un tour complet, où l’on peut voir de magnifiques baies vierges, le naturaliste revient à la hut. Les visiteurs sont repartis. L’île est véritablement plus calme, les oiseaux encore plus nombreux.

    « Malgré cela, je ne déniche pas le Takahē, l’un des emblèmes de la Nouvelle-Zélande. » La nuit s’annonce courte, plus une sieste qu’autre chose. Flavien se repose, recharge ses batteries, comme celles de son appareil photo. « Je discute avec un volontaire qui œuvre ici depuis 40 ans. Il me donne plein de petits trucs et astuces, en particulier l’endroit où trouver les geckos. » Après avoir englouti des pâtes au thon et pesto rosso, Flavien honore son rendez-vous avec l’étoile qui se situe dans le bras d’Orion. « Je vais voir le coucher de soleil sur le point haut de l’île, c’est magnifique », acquiesce le poète. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Puis la nuit tombée, tous ceux qui dorment ici se dispersent sur l’île à la recherche des trésors à la frontale : Kiwi d’Owen, Totara, Gecko, Weta. « Mon premier sera le Kiwi. Oui, j’ai réussi à voir le kiwi une seconde fois ! » La rencontre sera beaucoup plus fugace que la précédente. Il est impossible à Flavien de le photographier avec lumière rouge. Je garde le souvenir pour moi cette fois, se confie-t-il.

    « Je continue mon chemin et trouve mon premier et unique centipède. Un mille-pattes géant et impressionnant, qui se cache sous une écorce, pas facile de lui tirer le portrait. »

    Durant une heure, Flavien arpente par monts et par vaux en vain… Jusqu’à l’apparition, d’un Totara, « le Sphénodon que j’ai vu à Zealandia, produit un boucan pas possible dans les feuilles ». Il réussit, tant bien que mal, à en extraire quelques clichés. « Il me semble stressé, je n’insiste pas. »

    Il est bientôt minuit, sa frontale est toujours chargée, alors il persévère. « Voici que se montre le Wētā punga à quelques centimètres de moi, c’est énorme comme bestiole. » Le naturaliste le photographie sous toutes les coutures. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Puis, en clôture de cette incroyable journée, il débusque cinq minutes plus loin, un gecko posé sur sa branche. « On m’a dit qu’ils se cachaient à la lumière blanche… mais en fin de compte, je réussis à faire des photos sans trop l’incommoder. » Sur la crête, le naturaliste en croise finalement des dizaines, situés dans les souches de Phornium tenax.

    En fait, séjourner la nuit sur l’île, c’est plus une grosse sieste qu’autre chose, affirme Flavien d’un œil. « C’est l’un des derniers groupes taxonomiques à apercevoir ici avec la grenouille que je n’ai toujours pas vue », commente le naturaliste.

    La mission est accomplie. Il est à présent une heure passée de trente minutes, quand l’aventurier va se enfin coucher.
    « J’ai des étoiles plein les yeux, quelle île ! »

    Mais pour pouvoir profiter du chant auroral des oiseaux, il faut se lever véritablement tôt. « Demain matin, le réveil est prévu avant 6 h 30. Que la nuit s’annonce courte », anticipe Flavien.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « La faune sauvage de Tiritiri Matangi est un mélange de créatures qui sont arrivées ici d’eux-mêmes, ou ont été transférées d’îles voisines, telles que Te Hauturu-o-Toi/Little Barrier Island. Cela a fondé une population qui reflète principalement ce que les habitants d’origine auraient été. » Alors, si le cortège faunistique est multiple, les chants qu’il pourrait entendre sont issus des Takahē, Mātāta, Kōkako, Pōpokotea, Pāteke, Ruru, Titipounamu, Toutouwai, Hihi, Kiwi Pukupuku, Tūī.

    Une symphonie comme réveil-matin

    « Ce matin, la levée du corps est à 6 h 25. » Tous les pensionnaires de chambrée sont déjà partis sur les chemins. « Sur la route pour rejoindre les forêts, je crochète via une prairie espérant voir le Takahē de bon matin. Et cette fois-là la chance me sourit ! »

    Un couple et son petit sont là, juste devant Flavien, à chercher de la nourriture dans les basses herbes. « Je me couche et les observe tout un moment. Je ne les dérange pas du tout, c’est même eux qui s’approchent de moi. Quelle chance ! »

    Cette espèce considérée disparue a été recouvrée au milieu du siècle dernier. Quelques individus sont retrouvés dans une vallée retranchée du Fjordland. Ils ont échappé aux prédateurs introduits. « Il n’en restait alors qu’une centaine. Depuis, la population a doublé grâce aux différents programmes de conservation, d’ailleurs, quinze d’entre eux sont visibles sur l’île. » Les lumières aurorales sont géniales pour les photos, glisse Flavien pour ne pas déranger le jour se levant. « J’ai loupé la symphonie du matin, mais, pour voir le Takahē, je n’ai aucun regret ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    N’ayant pas déjeuné, il revient à la hut pour prendre les quelques cappuccinos qui lui restent. Puis, l’aventurier du bout du monde marcher sans objectif, ni but précis, il profite avec simplicité de cet instant. « Je me laisse la nature me surprendre. Je fais à nouveau le tour de l’île et j’ai la chance de découvrir deux différents Takahē ainsi que quatre nouveaux Kokakos. »

    Il est bientôt midi à sa tocante. « Je passe donc à la boutique — ouverte seulement lors de la descente des visiteurs — pour acheter des souvenirs. » Après avoir terminé le bout de fromage et de pain, il fait son sac et ramasse toutes ses affaires.

    Jusqu’au départ du ferry à 14 h 40, Flavien est un véritable Backpackers. « Je découvre encore des chemins que je n’ai pas empruntés, c’est un vrai labyrinthe, cette île. » Après près plus de trente kilomètres sur ce paradis, Flavien débarque en ville vers 16 h 30.

    Le simili de nuit accumulé à la fatigue du voyage à raison de Flavien. « Je suis crevé. Après une douche, je fais une sieste. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La soirée s’annonce. Il sort s’acheter une pizza, « petite et pas dingue encore une fois, que j’aurais mangé dans un parc en centre-ville ». Puis, il se creuse l’esprit pour rendre ses derniers moments ici, en Nouvelle-Zélande, inoubliables. « Je n’arrive pas à me décider, à savoir comment occuper mon week-end… en plus, les locations de voiture à la volée sont exorbitantes. » À suivre…

  • Une journée complètement folle (45/55)

    Une journée complètement folle (45/55)

    Attention, la pression augmente ! Un geyser est en approche. Alors que la fin du périple néo-zélandais est visible, Flavien en profite pour multiplier les découvertes et les visites. Entre le Wai-o-tapu et ses éléments géothermiques, la grotte d’Orākei Kōrako, le voyage qu’aurait pu imaginer et conter Mélies au sein du Crater of the moon jusqu’au canard bleu le Whio. Mais ce sont les chutes de Huka falls qui appellent à la prudence et à l’humilité. Car, bien avant de les voir, elles avertissent bruyamment aux oreilles des visiteurs, de leurs présences.

    « Ce matin, je suis levé bien avant huit heures, mais quelle surprise de me retrouver seul dans la chambre. » Après avoir récupéré la voiture de location, l’aventurier se dirige vers les champs géothermiques. La première étape est le Wai-o-tapu, le plus connu de tous. « J’arrive là-bas vers neuf heures », souligne-t-il. Après s’être acquitté des 45 NZD d’entrée, et avoir reçu un coup de tampon sur le poignet, il profite du peu de monde pour faire son tour. Sans omettre la grimace de rigueur concernant l’odeur de souffre : difficile de s’habituer souffre -t-il.

    Flavien au pays des geysers

    D’énormes trous de boue sont bouillants, le bruit des bulles et des gaz qui s’en échappent sont impressionnants, commente le naturaliste. Arrivée à la Champagne Pool, l’un des emblèmes du pays, la magnificence des couleurs l’enchante. « Je profite du calme avant la tempête pour faire quelques photos. » Mais, car il y a un mais, « si je veux voir le geyser, l’autre attraction du parc, je dois retourner à la voiture et accomplir quelques kilomètres. »

    C’est un geyser qui est déclenché une fois par jour… grâce à du savon. « Ce n’est pas très naturel, mais il fallait payer une fortune pour voir le seul autre geyser de Nouvelle-Zélande qui se soulève spontanément une à deux fois par jour », explique-t-il. Arrivée dans les premiers, la foule ne tarde pas à s’amasser. « J’ai l’impression d’être au Puy du Fou », s’exclame Flavien, entouré d’une bonne centaine de personnes.

    Mais qu’est-ce qu’un geyser ?

    C’est assez simple en fait. Un geyser est une manifestation d’éjection d’une colonne d’eau chaude et de vapeur. Le terme est dérivé du mot islandais geysir, qui signifie « jaillir ».

    (Crédits : Wai-o-tapu/Flavien Saboureau)

    Pour ce phénomène géothermique, trois conditions sont nécessaires : de l’eau en abondance, une source de chaleur intense généralement liée à un magma proche de la surface, et un plomberie complexe d’espaces, de fissures et de conduits étroits. Le Lady Knox Geyser, situé dans la zone géothermique de Wai-o-Tapu où se trouve l’aventurier, est un exemple célèbre où l’on maîtrise en partie ce phénomène.

    À l’état naturel, Lady Knox entre en éruption irrégulièrement tous les deux à trois jours. Mais, chaque matin à 10 h 15 précise, les guides du parc déposent un tensioactif dans l’orifice du geyser. Comme l’explique Flavien, les gardiens déposent une petite quantité de savon biodégradable.

    Le mécanisme physique repose sur la dynamique de pression et de cavitation dans le système de conduits. L’eau est chauffée jusqu’à des températures supérieures à 100 °C, tout en restant liquide grâce à la pression des couches d’eau supérieures. Une bulle de vapeur initiale peut alors croître, abaisser localement la pression et entraîner une libération rapide d’énergie sous forme de vapeur et d’eau projetée vers le haut hors du conduit. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le jet peut atteindre 20 m de hauteur, quant à Yellowstone avoisine les soixante mètres. Lady Knox illustre qu’au cœur d’un champ géothermique actif, la combinaison d’eau, de chaleur et de conduits contraints peut être manipulée pour déclencher des éruptions visibles, tout en reposant sur les principes fondamentaux de la thermodynamique des fluides et de la pression des phases liquides et gazeuses. Élémentaire, mon cher…

    Voyage épique au Crater of the Moon

    « Maintenant que j’en ai fini avec cet endroit qui, bien que touristique, est totalement fou, je reprends la route vers Orākei Kōrako. » Ce site bien moins connu, situé à une quarantaine de kilomètres plus au sud, se révèle tout aussi incroyable, admet-il. L’entrée n’est toujours pas donnée, souffle Flavien dans sa moustache en donnant les 49 NZD nécessaires, « surtout pour une visite annoncée pour une heure et demie… mais j’y vais quand même ».

    Après un léger voyage en bateau, l’épopée débute sur les chapeaux de roue. Dès son arrivée, le spectacle surprend l’aventurier du bout du monde. « Je traverse de magnifiques terrasses bouillantes aux innombrables couleurs. Finalement je n’ai pas besoin d’aller dans le Danakil ou le Yellowstone pour voir des merveilles pareilles. » La visite promise est en effet courte, bien qu’elle passe près de mares de boues bouillantes, ainsi que dans l’unique grotte géothermale. De retour sur l’autre rive, Flavien s’arrête un instant.

    Une glace en guise de réconfort

    « Je suis rincé. C’est intense depuis ce matin. » C’est à ce moment qu’un peu de réconfort est le bienvenu. « Je prends une glace et décide d’aller au Crater of the Moon qu’une fille m’avait conseillé à l’auberge de Christchurch. » C’est encore une heure de route que le baroudeur affronte. L’entrée de dix NZD s’ajoute à la dépense. « Il ne reste plus qu’une heure avant que ça ferme. » Le paysage est empli de fumerolles venues de terre dans un paysage dénudé. « Ce site se situe au milieu d’un champ géothermal utilisé pour produire de l’électricité », ajoute Flavien. Certaines fumerolles très actives vous décoiffent lorsqu’elle vous souffle dessus. « Je reste un peu sur ma faim, mais je commence à être difficile avec ce que je vois aussi… », admet-il.

    Huka Falls apporte le point final d’une journée… gargantuesque. Ces chutes d’eau au très fort débit viennent de l’énorme lac de Taupo, rincé, mais a priori difficilement fatigable, Flavien se décide à faire l’heure de route qui le sépare de Tūrangi. « Je fais le détour, car demain, j’aimerai dénicher le Whio. Le fameux canard endémique, qui ne ressemble à aucun autre », qu’il a à maintes reprises cherché pendant le voyage. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Arrivé là-bas, après avoir longé le beau lac de Taupō, j’attaque d’ores et déjà sa recherche. » N’ayant pas effectué de réservation pour dormir ce soir, c’est donc son compagnon de route qui va l’accueillir : le siège passager. La première tentative demeure vaine. Flavien remonte dans la voiture vers l’amont. « Je me gare dans un lotissement. Je longe de nouveau les rives sur plusieurs centaines de mètres, mais rien », se lamente-t-il.

    Seuls quelques pêcheurs et des passants se promènent avec leurs chiens… « Je suis un peu désabusé. J’y ai consacré des heures de mon voyage, mais toujours rien. » Force est de constater que les recherches creusent l’appétit. « Je me pose alors pour manger mes pâtes au thon sur un banc qui fait face à la rivière. Le moment est agréable avec les belles couleurs du crépuscule. »

    L’eau frémit quand le naturaliste jette un regard sur les berges. Le temps est suspendu. « Ils sont là ! Les parents et un petit sortent des fourrés pour glaner de la nourriture. » Flavien est excité comme une puce. « Je m’approche avec mon téléobjectif pour leur tirer le portrait. » Sauf que la luminosité décroît, alors il augmente les ISO.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Alors qu’il reprend son repas où il l’a laissé, un minibus d’êtres affublés de jumelles débarque. « Je leur montre les oiseaux, ils sont tous très heureux. » Ce spot semble être connu. Puis, tout doucement, la petite famille s’approche nonchalamment de Flavien. « Ils m’auront bien nargué depuis tout ce temps ! Mais quelle journée pleine de découvertes et de rebondissements ! J’en veux tout le temps ! » Puis le moment tant attendu arrive. Le naturaliste retrouve le siège passager. « C’est la première fois dans cette voiture. J’ai moins de place pour les jambes que dans l’autre. » À suivre…

  • Une journée dantesque au programme (37/55)

    Une journée dantesque au programme (37/55)

    Obnubilé par le volcan Taranaki, Flavien poursuit tout de même son trek commencé hier : Pouākai. Ce circuit est bien plus qu‘un simple parcours. Il est un avant-goût, un prélude avant de s’attaquer à l’ascension du Taranaki. De la forêt des Gobelins, à la montée de Henri Peak via Holly Hut, c’est un parcours initiatique. Si le vent fortement présent que la ranger lui avait fortement déconseillé de s’y rendre. Conseil pris au pied de la lettre. Donc, aujourd’hui, le 28 janvier 2025, le dieu Éole semble être de repos pour son plus grand bonheur.

    Tel échange entre Minus et Cortex de la série éponyme, une conversation informelle se profile chez Flavien. À la question « Dit, Flavien, tu veux faire quoi aujourd’hui ? » Ce à quoi Flavien répond : « La même chose qu’hier, Flavien : tenter de conquérir le Taranaki ! »

    L‘ascension du volcan Taranaki

    « Comme hier, je prends le temps de me lever, car l’objectif est le même qu’hier, confirme Flavien. Atteindre le sommet du Taranaki pour y poser ma tente. » Sa toquante affiche vingt minutes passées de huit heures, quand il s‘’’extirpe de son duvet. Durant la nuit, une envie pressante l’oblige à sortir de sa tente, à 4 h 10, précises. « Le ciel étoilé est incroyable. Je ne résiste pas à immortaliser le moment. Pour couronner le tout, un kiwi se fait entendre à quelques centaines de mètres d’ici : quel moment ! »

    Photo, voix lactée, nuit

    Mais l‘excitation est comme le café, elle nuit au sommeil. Flavien passe quatre-vingt-dix minutes à sécher sa tente et son duvet après cette nuit plus qu’humide : « Quelle idée de mettre son bivouac près d’un marais ! » Une fois prêt, l’aventurier reprend sa route en direction du sommet en finissant la boucle du Pouākai Circuit.

    Le ciel est au beau fixe, le soleil omniprésent fait équipe avec le sommet. « Ils repoussent les quelques nuages qui veulent taper l’incruste. » La montée régulière au début est agréable. « Je profite du temps disponible pour faire de la photo. Les rafales ne se lèvent pas, que l’idée de m’être ravisé hier fût bonne… » C’est aussi salutaire au vu des conditions annoncées au sommet.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à 1500 mètres d‘altitude, proche d’un lodge privé, là où les arbustes disparaissent au profit de la caillasse, « je m’arrête pour terminer mon pain et mon fromage ». Le baroudeur doit ménager son eau. « Il faut que j’économise mes deux litres d’eau que j’emporte si je veux manger mon sachet lyophilisé ou mes pâtes ce soir », indique-t-il. Midi passé de trente minutes s’affiche quand Flavien attaque l’ascension dans les scories. L’arrivée est prévue pour 16 h 30.

    « Je suis en forme. Les quadriceps sont durs comme de la pierre, alors j’avale les premiers mètres de dénivelé sans me poser de question. » Peu de personnes avancent dans le même sens que le naturaliste, bien au contraire. « La montée est harassante, j’avance de deux pas et recul d’un », souffre-t-il. Les nuages ont gagné une bataille, ils enveloppent le sommet.

    À 2000 mètres d’altitude, il se retrouve dans une purée de pois… mais les nombreux poteaux évitent à tout un chacun de se perdre, d‘autant qu’avec les traces, il est impossible de s’égarer.

    La montée devient plus simple, les rochers stables arrivent. « Je croise pas mal de francophones, dont des Suisses et deux Français très peu équipés qui sont au bout de leur vie. » (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Pour me rassurer, je leur demande si le vent est présent au sommet, et si des tentes sont d‘ores et déjà positionnées. « Les places sont chères sur la petite croupe sommitale », paraît-il. L’ensemble des réponses ravit Flavien : « Tous les feux sont au vert ». Vers 2450 mètres, il ressent un plaisir coupable. « Je sens le soleil me réchauffer la couenne. Le bleu du ciel apparaît : quelle bonne nouvelle ! »

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    C’est alors que Flavien emprunte le cratère où les dernières neiges éternelles du volcan n’en ont guère pour très longtemps… Au sommet, « je domine une mer de nuage et le monde… ou presque tout s’est évaporé. »

    L‘Américain d’hier, retrouve Flavien pour une discussion au sommet. « Il est 14 h 30, l’ascension n’en aura finalement duré que deux heures… Soit je suis en très grande forme, soit le marquage est adapté pour tout public… »

    Il y a deux emplacements pour poser la tente. « Je choisis la meilleure vue. » Mais, Flavien ne veut pas revivre le cauchemar des Dientes de Navarino. « J’installe ma tente aussi bien que possible, je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation où elle avait cédé face au vent. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L‘expérience acquise lui fait tendre les cordes de sa tente si fort qu’il pourrait jouer de la musique. « Je ne peux pas faire mieux. Je vais me sentir en sécurité cette nuit malgré les centaines de mètres de vide qui m’entourent. » L’heure de passer à table sonne. « Il me reste 1,3 litre pour cuisiner et revenir demain. Ce n’est pas Byzance, mais ça devrait me suffire. Le repas devrait être moins sec qu’au sommet des karsts du Mount Arthur », se souvient-il.

    Gelé juste qu’au bout des doigts

    À 15 h, il est fin prêt. « Il ne me reste plus qu’à admirer le paysage en espérant que la mer de nuage s’évapore, pour le coucher de soleil. » Après avoir tout aménagé, « je fais une petite sieste. » Au sortir de la tente, les nuages ont pris la poudre d‘’’escampette : « Quel paysage grandiose ! »

    À 17 h 45, un bruit réconfortant l‘interpelle. « J’entends un écoulement d’eau. Je m’équipe de ma gourde et file en direction du petit glacier en contrebas. »

    À sa rencontre, il présente sa gourde qui accueille un litre glacé. « L’eau non minéralisée n’est pas forcément bonne, mais, de temps en temps, ça n’a pas d’importance. » Le plein est fait, de quoi cuire des pâtes en plus du sachet lyophilisé, affirme le gourmand.

    C’est d’ailleurs le moment de se restaurer pendant que le soleil prodigue sa chaleur. « Le lyophilisé que j’ai acheté ce matin – du lapin au riz, au miel et aux petits légumes – est excellent. » En dessert, quelques cacahuètes et carrés de chocolat. En prévision de la nuit, il passe ses vêtements techniques en plus des autres. « Je suis prêt pour le coucher de soleil… et la nuit qui s’annonce bien fraîche. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Bien au chaud, dans sa tente, les yeux mi-ouverts « j’entends arriver quelqu’un. Il est 19 h 30, je suis surpris », s’étonne Flavien. Mathias, un Brestois, vient admirer le coucher pour la quatrième fois en trois semaines. Il compte revenir à la frontale. « Moi qui pensais être seul sur ce volcan pour la coucher de soleil, c’est loupé ! »

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    Petit détail qui a toute son importance, il souhaite faire voler son drone. « Habituellement, je n’aime pas ces trucs-là. Ils produisent du bruit et cassent la simplicité du moment… mais quand je vois le résultat, je change d’avis. »

    Après un échange de coordonnées, le moment tant attendu pointe le bout de son nez : « le coucher de soleil est fabuleux. » Encore plus impressionnant, c‘’’est la projection du volcan à la forme parfaitement conique sur des dizaines, et dizaines de kilomètres… quelques minutes avant qu’il ne passe l’horizon. Au loin, les quelques nuages font durer le spectacle par les couleurs reflétées. « À 21, h, Mathias redescend, car il commence à faire bien froid, son portable connecté à internet annonce -1°C », grelotte l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Préoccupé, Flavien se renseigne sur les prévisions pour demain matin : nuageuses. « Je programme un réveil à 4 heures pour admirer les étoiles, et deux plus tard, pour le lever de soleil. J‘ai les doigts gelés dans la tente, les pieds aussi. En guise de bouillotte j’ai fait chauffer de l’eau que j’ai placée dans ma gourde, au fond du sac de couchage, après ça, je m’endors directement… » À suivre…

  • Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Après une nouvelle nuit sur le siège passager, Flavien affiche une moue dubitative, voire la tête de Grincheux. Les années se suivent, et semblent être le miroir des précédentes. Le coup de Trafalgar arrive à mi-parcours, juste après les fêtes familiales de Noël. Depuis son voyage sur l’île d’Amsterdam (TAAF) en 2021, il n’a pas profité des festivités en famille. La chaleur de ces moments ne se rattrape pas, le temps file, mais l’expérience acquise en vaut-elle la chandelle ? Est-ce que l’année 2025 sera celle du renouveau ? Seul Flavien le sait…

    « Ce matin, je ne me suis pas levé du bon pied », confirme l’aventurier du bout du monde. Le premier coup de mou du périple se présente. Comble du bonheur, la pluie lui souhaite la bonne journée. « Ça faisait longtemps », soupire-t-il intérieurement ! Voyageant seul, il ne peut compter que sur lui pour se remonter le moral. C’est ainsi qu’il se lève, et se prépare à se ceindre les reins.

    L’indécis part en voyage

    Pas vu pas pris, dirait le légionnaire. « Je ne tarde pas à prendre la route, car il est interdit de dormir sur ce parking. » Avant que quiconque débarque, il file en direction de Fox Glacier. Après près de deux heures de route, passant parfois dans des forêts millénaires incroyables, savoure-t-il, « J’arrive à Franz Joseph, l’étape du matin. » Cette petite ville s’est construite avec le tourisme du glacier qui la surplombe.

    Glacier, neige, nature

    Partir à la découverte des glaciers Fox (Te Moeka o Tuawe) et Franz Josef (Kā Roimata o Hine Hukatere) est une pérégrination incontournable pour les aventuriers. Au cœur du Westland Tai Poutini National Park. Le voyageur se sent minuscule, témoin d’un monde en équilibre fragile, où chaque pas rappelle que la beauté peut s’effacer.

    Le temps très brumeux laisse place à la pluie. Flavien marche sur un kilomètre pour admirer la vue sur le glacier. « Il est aujourd’hui à plus de 3 km de là alors qu’il était ici quelques décennies plus tôt, impressionnant. »

    Le glacier recule, la vallée s’élargit, et pourtant, au cœur de cette blancheur, demeure le sentiment de toucher du doigt quelque chose de plus ancien que l’homme. « Finalement, je rallonge la marche par une petite rando de 4,5 km. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Avec ce temps, rien d’exceptionnel à se mettre sous la dent. Mis à part Dawnsonia superba, la plus grande mousse du monde, « J’avais oublié qu’elle poussait en Nouvelle-Zélande, elle ». Flavien reste indécis sur le programme de la journée, déjà entamée. Seule certitude, le coucher de soleil sur les Pancakes Rock ce soir, à 3 h 30 de trajet au nord d’ici, commente-t-il. « Donc, avant de reprendre la route pour une énième fois, je passe au DOC. »

    L’avantage est que, mis à part la fonction officielle, il fait office d’office de tourisme. L’aventurier en profite pour remplir ses gourdes et jeter un œil à ses messages.

    « C’est toujours un moment à part d’allumer le Wi-Fi. » La connexion au monde irréel de l’Internet où tout un chacun partage tout et rien. « C’est comme un sentiment de solitude quand on voit ce que les amis font entre eux. »

    C’est à cet instant qu’il apprend une nouvelle qui ne le ravit pas du tout. Mais la vie nous enseigne à faire face aux mésaventures. « Tant qu’à faire, autant savoir ça aujourd’hui. L’avantage est que ça ne me casse pas une super journée », se rassure-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    Chamboulé, voire émoussé, il se place devant le volant et avale l’asphalte pour réfléchir. Au fur et à mesure, le soleil fait son apparition. Flavien est désormais moins seul. D’autant que quelques Rhopalostylis apparaissent en bord de route. « C’est l’unique palmier de Nouvelle-Zélande, que je n’avais pas encore vu sur l’île du Sud. »

    À défaut d’une glace, des Pancakes Rock

    C’est en fin d’après-midi que l’aventurier du bout du monde arrive près des Pancakes Rock. Frustré de n’avoir pas trouvé une glace à croquer à Haast, il espère se rattraper. « Je prends un cornet avec deux boules », se réjouit le jeune homme. Il faut se faire plaisir, pense-t-il tout haut. Mais un autre l’attend patiemment. « J’enchaîne par une modeste rando de 4 km dans la vallée des palmiers. Romain me l’a recommandé. Il avait raison, j’en suis ravi. » Des milliers de palmiers poussent au milieu de fougères arborescentes dans des gorges calcaires, qui sont dignes de celles du Tarn, ou presque s’amuse Flavien.

    Pancakes, Rock, New-Zealand

    Des dizaines de Wekas — ces petits râles aptères et endémiques que je n’avais rencontrés que très brièvement sur Ulva Island — traversent le chemin sans peur. « J’ai le loisir de les photographier sur toutes les coutures. »

    Le futur s’annonce pluvieux. Direction le point Wi-Fi pour organiser la journée du 15 janvier, donc demain, murmure-t-il. « Je réserve une auberge. Ça fait neuf jours que je n’ai pas dormi dans un lit. Oui, je sais, j’ai connu pire, mais si je veux recouvrer mon quota de sommeil pour mes derniers moments avec la voiture de location. »

    Mais un autre événement le conduit aussi dans cette auberge. « J’ai une visioconférence pour l’atlas des TAAF dans la soirée, il me faut donc un endroit calme et adéquat. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La soirée se finit près de ces fameux Pancakes Rock à admirer le coucher de soleil… nuageux. Voir le verre à moitié plein, dit le sage. « Ces formations dolomitiques sont impressionnantes. » Flavien réussit tant bien que mal à les photographier. Avant de dénicher un nouvel espace de stationnement pour y passer la nuit, Flavien dîne sur le parking du glacier, le réchaud à même le bitume. « Pourquoi ? Parce que je suis juste à côté des toilettes pour accéder à l’eau et pouvoir faire la vaisselle, pardi ! ».

    Une vie sans sous-vêtements…

    Comme la précédente, « je dors sur un parking interdit à la nuitée ». L’auberge qu’il a réservée pour ce soir se trouve à Nelson. Il n’y a que quatre courtes heures de conduite pour s’y rendre, « alors il faut que je comble mon trajet vers le nord », songe Flavien, une idée derrière la tête.

    Durant la matinée, il emprunte la route longeant la côte Ouest. « Elle est magnifique », commente le naturaliste. Il effectue quelques arrêts, mais le plus important est réservé à Westport, la « grosse » ville du Nord-Ouest. Sur place, le mode tourisme est activé. « J’aime bien l’ambiance de la petite rue principale. Je me fais plaisir, et je m’offre un chocolat chaud. »

    Charité bien ordonnée commence par soi-même, Flavien !

    « En venant, j’ai vu sur un panneau qu’une colonie d’otaries n’était pas loin. » Un spectacle observé à plusieurs reprises, mais comme à chaque fois la magie opère. « La colonie n’est pas aussi importante que j’espérais, souffle-t-il. Je regarde les jeunes jouer et pousser leurs cris qui me rappellent de nombreux souvenirs. » (Crédits : RyanMcGuire/Pixabay)

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    Puis, il reprend le volant, la route continue. « Je traverse très peu de villages, c’est sauvage », explique-t-il. Jusqu’au moment où un panneau indique qu’il n’y a plus de stations-service pendant les prochains 100 km. C’est à ce moment que, malgré la certitude du réservoir plein, l’œil de Flavien se fige sur la jauge à carburant.

    Le bonheur simple de s’allonger sur un lit

    Avant de voir le panneau de la ville de Nelson, Flavien ondule dans les gorges de Buller. C’est un endroit où la rivière du même nom (Kawatiri) chemine entre falaises de schiste et de grès. Elle ouvre inclusivement la vision d’une nature sauvage et secrète à chaque visiteur. « J’effectue quelques pauses dans les gorges que je serpente », avoue l’aventurier en filant vers Nelson… La grande localité se niche au nord de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, qu’il atteint à 14 h 30.

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    Sa réservation située au cœur de ville offre peu ou pas de gratuité au stationnement. « Je trouve une place pour seulement 3 NZD (1,5 €) pour être garé jusqu’au lendemain matin. »

    Mais à 15 h arrive la délivrance. « Je m’allonge enfin sur un lit, neuf jours plus tard… » Un plaisir que tout un chacun goûte quotidiennement sans en prendre la pleine conscience. C’est aussi le moment de la grande lessive de printemps, pour le contenu et le contenant.

    « Pour seulement 8 NZD, tous mes vêtements sont propres et secs. » Donc, à la place d’examiner les habits tourner et se retourner dans la machine à laver le linge, il en profite pour faire ses emplettes. Mais comme l’ensemble de ses vêtements, ou presque, se contemple à travers le hublot, « je me promène à Nelson sans sous-vêtements en attendant… ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il prend enfin le temps de se pencher sur son matelas. Grâce aux rustines présentes dans son sac, la réparation semble tenir. « Je croise les doigts », prie Flavien. Avant de s’installer dans le lounge pour sa visio : « J’engloutis une pizza bien grasse pour changer des pâtes au pesto et du fromage. » L’équipement utilisé depuis sa première expédition sur l’île d’Amsterdam s’use. « Aussi, cet après-midi j’ai acheté de nouveaux écouteurs, car les anciens arrivaient en bout de course, comme une partie de mon matos d’ailleurs… » Sa réunion dure 2 h 30, mais il passe le reste de la soirée sur son portable, le confort d’un lit fait tout oublier, même le temps qui file à toute vitesse. À suivre…

  • Une course contre la montre… (26/55)

    Une course contre la montre… (26/55)

    Après une journée à conduire d’est en ouest, Flavien aspire à une nuit réparatrice. Jusqu’ici tout va bien… C’est sans compter cette nouvelle expérience nocturne, dont il se serait bien passé. Durant la nuit, petit à petit son matelas se dégonfle, se dégonfle… pour ne devenir qu’une fine couche de tissu. Un mal de dos, un lumbago, une lombalgie… bref. Puis, l’aventurier, pour éviter les tracas d’horaires, prend toujours une marge supplémentaire de temps à chaque rendez-vous. Ce qui est efficace quand vous êtes seul…

    « Ce matin, je ne me réveille pas sous les meilleurs auspices », grommelle Flavien en se tenant le dos telle une personne âgée. La moue des mauvais jours, barbu, ronchon… ce n’est pas un ours qui sort de son hibernation, non ! C’est juste son matelas qui s’est percé, et produit une douleur sourde et pénétrante : le fameux et célèbre « tour de reins ». La même douleur ressentie lorsque vous avez cinq à six lattes de cassées durant la nuit. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première fois que cela m’arrive en bivouac sauvage », relativise-t-il.

    Sur terre comme en mer, au cœur du Milford Sound

    Faute de temps, il recherchera l’origine de ce dégonflage ultérieurement. L’heure est au départ vers Milford Sound à 45 minutes de là, enfin plus ou moins le quart d’heure poitevin. Fixé la veille au soir, l’embarquement dans la voiture est prévu à huit heures avec auto-stoppeur de nationalité allemande. « Je me gare près de son hamac… mais il n’est pas prêt. » C’est donc après dix petites minutes que le duo décolle. « Mon GPS hors ligne m’indique une arrivée dans quarante-cinq minutes au Milford Sound », se réjouit Flavien. Le bateau lève l’ancre à 9 h 30, il est nécessaire d’y être un quart d’heure avant, murmure le naturaliste.

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    En réalité, le trajet durera bien plus des trois quarts d’heure prévus. La route est magnifique, longue d’une centaine de kilomètres, « c’est sûrement la plus longue des impasses que j’ai empruntées ». Comme prévu — le temps perdu ne se rattrape pas —, nous arrivons vers 9 h 15, angoisse-t-il. « Je suis stressé, avoue-t-il. Il reste encore dix minutes de marche pour rejoindre le terminal. »

    Pressée par le temps, la recherche de place gratuite (Deepwater Basin Parking) s’écourte. Ce petit parking est situé à 1,6 km de l’embarcadère. « Je paye 20 NZD pour deux heures, une machine à fric… », peste l’aventurier. Dans la précipitation, le duo franco-allemand se sépare en quatrième vitesse. Le terminal ultra touristique ressemble à un aéroport, au milieu de nulle part c’est assez ahurissant, remarque tout de même Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Tout le monde m’avait dit de faire ce tour en bateau malgré les 120 NZD qu’il coûte (60 €). » La croisière est un espace-temps de deux heures dans l’un des plus grands fjords au monde. Le bateau navigue des chutes de Bowen à celles de Striling, avec la vue sur les sommets Kimberly, Pembroke et Peak. « Je ne peux pas dire que je suis déçu… Mais je m’attendais à plus de découvertes », souffle Flavien, contrarié.

    Entre croisière décevante et randonnée grandiose, l’aventure continue

    De retour à quai, « je m’empresse de déplacer ma voiture vers un parking gratuit, pour éviter l’amende ». Bien entendu, grogne-t-il dans sa moustache, il est bien plus loin… Je dois marcher 15 minutes pour acheter de quoi à manger à l’unique café du Milford. « Je prends un hot-dog, le premier depuis des années… » Rien à voir avec son cousin chilien le Completo mangé à Santiago, juste avant son retour en France, il y a plus d’un an.

    En début d’après-midi, le baroudeur rejoint le départ d’une rando qui s’annonce grandiose avec cette météo. Pour un pays où il pleut régulièrement, le soleil est au beau fixe.

    « Je prends la direction de Gertrude Saddle, un col entre 1400 et 1500 mètres d’altitude, réputé pour la botanique. » La randonnée est aussi courte qu’elle affiche son dénivelé positif. Affichant 8,6 km aller et retour, elle débute à 785 m pour culminer à 1441 m. « Ça grimpe dur », confirme-t-il.

    Avec la pluviométrie habituelle, les roches sont érodées, ce qui en fait un paysage étonnant, confit entre deux respirations, le naturaliste. « Pour autant, le rocher accroche bien et je monte vite… Enfin, quand je ne m’arrête pas pour photographier les beaux Aciphylla qui jalonnent la rando », sourit enfin Flavien.

    « Arrivé au col, la vue sur le Milford Sound, 1500m plus bas, est époustouflante. J’ai rarement vu des paysages aussi grandioses. » D’autant que de belles espèces telles que Raoulia buchananii (ci-contre), ou Myosotis pulvinaris complètent le tableau. « Je monte un peu plus à la recherche d’autres espèces. » De retour dans la vallée, Flavien affiche une mine réjouie. « Malgré l’effort physique, j’ai préféré cette randonnée à la croisière du matin. »

    Après le bateau, la marche, place à la voiture. « Je conduis en direction de Te Anau, la plus grande ville du Fjordland peuplée de 2000 âmes. J’espère pouvoir commander une pizza. Je n’ai plus rien à me mettre sous la dent. » Il est vingt heures passées quand il arrive à bon port. Et il y a encore de l’agitation, c’est étonnant, s’amuse-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    La pizza engloutie, c’est encore une heure trente minutes de voiture au crépuscule. Le but affiché : rejoindre une zone de camping non loin de Blackmount, encore plus au sud. « Demain, je conduis la voiture au Bordland Saddle, à 950 m d’altitude, pour une rando très loin des habituels sentiers touristiques. » C’est encore une journée bien chargée qui se clôture. Une nuit plus reposante, espérons, sur le siège passager, car « je n’ai pas eu le temps de regarder à mon matelas ». À suivre…

  • Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Déjà un mois, en ce neuf janvier 2025 que Flavien a quitté la quiétude de Lavausseau, la cité des tanneurs, pour un périple néo-zélandais. Un mois de photographies, de vues à couper le souffle, de rencontres inoubliables… bref, un voyage hors du commun. Mais pourtant, loin d’être blasé, il rêve de choses simples. Ainsi, le plaisir de manger, de passer un moment en bonne compagnie, jouer au billard à l’autre bout du monde, jusqu’à un simple lever de soleil. Simple, sûrement mais sur le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, le mont Cook.

    « Ce matin, je me met un coup de pied aux fesses pour me lever », raconte-t-il. L’heure sur sa montre indique cinq heures passée de trente minutes. L’heure des derniers songes avant d’émerger logiquement de la couette, bien plus tard. Mais l’aventurier du bout du monde est en quête d’une nouvelle expérience. Il a vécu des couchers de soleil, dont celui sur le mont Cook, hier. Mais un lever de soleil à cette altitude en Nouvelle-Zélande, pas encore.

    Le temps est suspendu

    « J’ai mis un réveil à deux heures, pour voir les étoiles mais le froid m’en a découragé. » Malgré son sac sarcophage, son nez est tout simplement gelé, ce matin. « Il m’en faut plus pour me décourager. J’enfile deux pantalons, cinq couches en haut, mes gants, mon buff et mon bonnet. Autrement dit tout ce que j’ai. » Cet ensemble est agréable pour attendre à 6 h 06, les premiers rayons de soleil léchant le sommet.

    La température à Aoraki, soit mille mètres plus bas est de 5 °C, le 9 janvier 2025. « La température décroît de 0,65°C tous les 100 m quand on s’élève », explique le club alpin français de Lyon-Villeurbanne. Selon le calcul simplifié de température ressentie (Windchill) elle serait au moment du lever de soleil de -6 °C.

    « Il faut attendre 6 h 18 tapante, pour qu’il commence à réchauffer la dizaine de personnes qui, comme moi, attendent ce moment depuis plusieurs dizaines de minutes. »

    Aucun nuage à l’horizon, quel contraste avec la soirée d’hier… Pour continuer à profiter du moment, je monte jusqu’au Mont Ollivier à 1930 m. « Là haut, je suis tout seul à surplomber la vallée, à admirer les avalanches qui font un bruit fracassant dans ces vallées glaciaires qui m’entourent », commente Flavien tel un lézard au soleil. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est aux alentours de 7 h 30 quand « je retourne auprès de ma tente ». Elle est touchée à son tour par le soleil. « La chaleur est nécessaire pour sécher la pluie d’hier. » Comme un amateur de puzzle, l’aventurier étale toutes ses affaires sur les rochers jouxtant son lieu de villégiature. Durant plus d’une heure, les frusques sèchent avant de pouvoir les ranger dans le sac. Action nécessaire pour éviter que des moisissures s’installent à la longue.

    « J’en profite pour faire bouillir l’eau du refuge lors de la redescente. C’est la première randonnées où je ne trouve pas d’eau… En même temps elle est sous forme de neige ou de glace ici. »

    À 9 h pétantes, le naturaliste chemine dans les traces de la veille, avec des paysages bien plus admirables assure-t-il.

    C’est l’occasion de refaire les photos de plantes avec les rayons de soleil. « Les nuages grimpent, comme rappelés par le soleil… ainsi que les nombreuses personnes que je croise, s’ils savaient ce qu’ils ont loupé. »

    De retour à sa voiture de location, il se fige. « Hier, je croyais qu’il y avait du monde, et bien j’avais rien vu. » La route se trouve flanquée d’un ruban de part et d’autre sur près d’un kilomètre, tel un couloir silencieux de métal inerte. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est dingue tous ces touristes qui se traînent en claquette ou en robe pour faire les petits sentiers alentours. » L’aventurier du bout du monde via le WI-FI du centre des visiteurs, vérifie les prévisions météorologiques pour la suite de son périple.

    Le plus grand glacier néo-zélandais

    Les prévisions ne sont pas enchanteresses, bien au contraire. « La journée de demain n’est pas dingue, alors je retourne près de la côte. » En cas de temps peu enclin à la balade, l’écriture est idéale. « J’en profite pour acheter quelques cartes postales. » Après avoir mangé un sandwich dans un café plutôt luxueux, il se met au volant pour se retrouver à Tasman Lake, le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande.

    « Là aussi il y a foule », admet-il. Mais le marcheur solitaire, bifurque rapidement pour retrouver un sentier plus sauvage, où il observe moult espèces amphibies auprès de plusieurs lacs.

    « Ça fait soixante-douze heures que j’ai pas pris de douche… J’ai fait couler quelques litres de sueurs ces trois derniers jours. Les batteries de l’appareil photo sont pleines de vide, alors pas le choix. »

    Il est quinze heures bien tassées quand il se décide à reprendre la voiture pour réaliser les 3 h 30 de route le séparant du camping de ce soir. La route est belle, les paysages sont parfois très semblables aux steppes patagoniennes, je suis à nouveau surpris par ce pays, sourit-il. Arrivé au camping, je payerai seulement quatorze dollars néo-zélandais plus deux pour la douche… « C’est la bonne affaire après le plein d’essence qui ma coûté près de 100 NZD. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai pris la location la moins onéreuse, sans réfléchir à la consommation. Elle a l’air de bien tirer », se rend-il compte. Au menu, pâtes au pesto, vidage de la poubelle, remplissage des batteries, et organisation de ses futures journées en rapport à la météo. « Encore une belle journée, demain mes mollets et mes cuisses devraient pouvoir se reposer. » Ses jambes soufflent en silence, se taisent mais apprécient religieusement un peu de repos. À suivre…

  • Le bonheur des trajets (22/55)

    Le bonheur des trajets (22/55)

    Comme escompté, rien de folichon à voyager en bus. C’est un trajet qui dépend souvent de la personne qui est assise juste à côté de vous. Après dix heures de périple, dont la moitié au côté d’un individu sous l’empire alcoolique, un autre trajet s’enchaîne pour récupérer la voiture de location. Un retour dans une auberge déjà visitée, une pizza à l’espace guinguette, et l’accès au Wi-Fi pour préparer les deux semaines à venir, tout ça en une journée de plus de treize heures.

    « Levé à 7 h 45, mon bus m’attend en bas de l’auberge », bâille Flavien. À 8 h 30, il s’envole pour dix heures de trajet en autobus, le rêve. « Un parcours, avec une heure de correspondance à Dunedin, que je connais bien désormais. » Après la pause casse-croûte de 12 h 15, le trajet de l’après-midi s’annonce fastidieux. « Un mec bourré, imprégné d’une odeur de cannabis, s’assoit à côté de moi. Il s’enfile plusieurs canettes, et parle espagnol… tout seul. » Enfin, Flavien arrive à Christchurch à 19 h 25, dans une auberge où il passe deux nuits, trois semaines en arrière.

    En route pour de nouvelles aventures

    Ce matin du mardi 7 janvier 2025, Flavien monte à nouveau dans un bus. « Je rejoins l’agence de location où une Toyota Camry, louée pour 61 NZD par jour, est à récupérer pour midi. » La chance sourit aux audacieux, comprend Flavien. Il se présente dès potron-minet, à 9 h 30. « C’est une bonne idée, elle est disponible », se réjouit-il.

    « J’hésite à me rendre au mont Cook ou à faire un arrêt au mont Hutt. » Ce dernier est réputé comme spot pour la botanique, et accessible via une station de ski. La météo est radieuse, Flavien effectue ce petit crochet. « J’emprunte la piste qui mène à la station de ski à 1650 m d’altitude. » C’est sans savoir que, dans les deux semaines à venir, des pistes comme celle-ci, il va en pratiquer tous les deux jours.

    Elle est longue, près de quatorze kilomètres, mais acceptable. « Je monte jusqu’à 1400 m où une barrière me stoppe. »

    Flavien nous décrit le panorama qui s’offre à ses yeux. « Dénudée, la vue sur la côte est impressionnante. Les paysages agricoles tracés au carré, en contrebas, tranchent avec la montagne minérale et indomptée. Un fleuve traverse ce paysage, le contraste est saisissant. Il est temps de prendre la marche en direction du mont Hutt à plus de 2100 m. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le « Rakaia » est le fleuve des plaines de Canterbury où se trouve Flavien. Il est l’un des plus grands cours d’eau tressés de Nouvelle-Zélande. Le sommet qu’il souhaite rejoindre culmine exactement à 2185 mètres. Le soleil en montagne n’a pas la même incidence qu’en plaine. « Le soleil tape fort, très fort. Je me badigeonne de crème solaire, c’est assez rare pour le dire ». En Amérique du Sud, il avait oublié de se protéger, et avait dû marcher avec un pull sur ses mollets cramoisis…

    Le cousin Weta

    La montée est épuisante, mais elle récompense l’aventurier. « Je trouve mon premier Weta. » Il est le spécimen emblématique des insectes géants de Nouvelle-Zélande. « Au sommet, une jeune Néo-Zélandaise arrive au même instant que Flavien. Elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un ici, à vrai dire moi non plus, explique Flavien. Il n’y a aucun tracé sur les cartes pour arriver jusque là… » À cette altitude, le naturaliste s’étonne de la profusion de petits insectes et de coccinelles. Pas une seule plante, seuls des cailloux tapissent le sol.

    « Avant la croupe sommitale, je trouve une véronique arbustive et une épilobe qui semblent s’être perdues dans cet environnement minéral. » Pas un nuage dans le ciel. « Je prends ma dose d’UV, mais quel pied ! » Sur le retour, Flavien rencontre des plantes aux environs des 2000 m. Mais aussi une denrée rare et essentielle à toute vie : de l’eau, qui sort de nulle part. De retour à la station de ski Mt Hutt, « je croise un Néo-Zélandais d’origine australienne, il est monté jusqu’ici en VTT, frappé… »

    Subjugué par cette prouesse sportive, Flavien entame la discussion. « Il me confie que des Européens, les Français, lui semblent les plus aventureux. » Un conseil distillé pour un autre chemin permet au naturaliste de trouver deux plantes incroyables : Haastia sinclairii et Hastia recurva. La descente est longue, seule la nature l’accompagne. « De retour à la voiture pour 18 h, je fais un ultime arrêt pour observer de magnifiques coussins de Raoulia eximia. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Peu visible au sommet du mont Hutt, Flavien se dirige vers le mont Cook, à plus de quatre heures de route. « La météo se dégrade. Les essuie-glaces donnent le tempo. Les phares s’allument. Je vais conduire de nuit pour la première fois », souligne l’aventurier du bout du monde. Au bout de trois heures et demies de conduite, « je m’arrête sur une aire de camping, normalement réservée aux vans. Mais qui va me dire quelque chose à cette heure-là… » Le siège passager sera son meilleur allié pour cette première nuit avec la voiture. À suivre…

  • Un Kiwi et ça repart (17/55)

    Un Kiwi et ça repart (17/55)

    Au programme, un aller-retour en direction du sommet de l’île, le mont Anglem. Si l’altitude n’est pas un obstacle, la remise en route après dix jours à bord de l’Heritage Adventurer semble fastidieuse. Les muscles comme les épaules de l’aventurier du bout du monde ont possiblement été assouplis. Les kilomètres les mettent à l’épreuve. Flavien s’est renseigné sur le temps, et n’est pas surpris quand la pluie vient à tomber. Seules des petites mouches, au demeurant inoffensives, ont la possibilité de gâcher la fête, du moins le repas avec vue.

    Après une bonne première nuit dans sa tente, Flavien se lève à 7 h. « Cette nuit a été humide, mais j’ai entendu le kiwi ! ». Il faut donc la ranger humide, l’urgence sera alors de la faire sécher avant ce soir. Parti pour cinq jours, il ne peut s’encombrer du superflu. Peu avant huit heures, il visite l’accueil de ce lieu d’hébergement pour y laisser son petit sac.

    Une douce mélodie, ou presque

    À son retour dans cinq jours, si tout se passe bien, il aura le plaisir d’y prendre une douche. Mais le prix de la consigne le fait grimacer. « Cinq dollars pour y laisser un sac de même pas un kilo », soupire-t-il. Pas le temps de penser ou de philosopher, il doit avaler quatre kilomètres pour se rendre au départ du sentier. « Nous sommes lundi (30/12), direction le sommet de l’île, le Mount Anglem que je dois atteindre mercredi avant que je fasse demi-tour. » Les prévisions météorologiques sont bonnes, avec une dégradation prévue dans la nuit de jeudi à vendredi. « Enfin ça c’est les prévisions, il paraît que la météo de cette île est imprévisible. »

    Les premiers kilomètres sont magnifiques et de bon augure. Vers 10 h 30 une belle averse le surprend. Fort heureusement un abri se présente peu après le début. Une Néo-Zélandaise s’y réfugie quelques minutes plus tard. Elle lui glisse à l’oreille avoir croisé la route d’un kiwi dans la matinée. « Je n’en reviens pas. » L’averse terminée, ayant mangé un morceau pour reprendre des forces, Flavien prend la direction de Port Williams en ne se focalisant plus sur les plantes mais sur le kiwi, qui reste caché.

    Arrivé à la Hut de Port Williams, sous un soleil radieux, il étend sa lessive et son ciré qui a bien servi ce matin. Aux environs de 13 h, il prend la direction de la Hut de Bungaree, où il compte poser sa tente ce soir ; la nuit dans la cabane coûte 10 NZD. « Le sentier jusque là aménagé change. Il devient par instant vraiment très boueux. »

    Les dénivelés sont surmontables, mais l’enfilade de bosses casse les jambes. « Additionné à mes 21 kg sur le dos, j’ai les épaules en compote », tandis qu’il approche des 16 km. Plus que trois sur ces longs sentiers forestiers, magnifiques, bien que monotones. « Il serait facile de s’y perdre sans GPS ou marquage », remarque-t-il justement. Un régal pour les pupilles, comme les petites criques sableuses qui s’ouvrent, comme sorties de nulle part, sauvages et splendides, ajoute-t-il.

    Arrivé à bon port quinze minutes après seize heures et après dix-neuf kilomètres, Flavien pose ses dents avec délectation sur sa tablette de chocolat. L’intuition le pousse à monter sa tente. Moins de vingt minutes suffisent pour que la pluie arrose l’île. « Je me demande si je vais réussir à garder mes affaires au sec ces prochains jours. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après avoir délicieusement profité d’une sieste, direction la salle de bains au naturel. « Il n’y a pas de cascade alors je me lave au gant. La température (12/15 °C) reste agréable pour faire sa toilette à l’extérieur. » Un désagrément en nombre plus qu’en taille : les petites mouches (Sandfly). Elles piquent sévères » et gâchent le repas avec vue sur la mer. « Je suis obligé de manger mon hachis parmentier lyophilisé dans ma tente pour ne pas me faire dévorer. » Mais elles font le bonheur d’un Muscicapinae, le gobe-mouches (Miro Rubisole). Tout en mangeant, il réfléchit. Flavien hésite à enchaîner l’étape de demain (11 km) avec l’ascension vers le sommet (11 km, 1000 m D+). La nuit porte conseil, distille le sage. À suivre…

  • Un nouveau départ (16/55)

    Un nouveau départ (16/55)

    Les dix jours à se faire chouchouter, dorloter, et à se mettre les pieds sous la table se finissent. Flavien s’apprête à initier un nouveau départ au sein de son périple débuté il y a deux semaines. Il est temps de se séparer, pour retrouver peu à peu cette partie solitaire du voyage. Les protocoles pour l’ultime descente de l’Heritage Adventurer semblent stricts. Si le réveil de la veille n’a pas sonné, ce matin du 29 décembre 2024, les sacs doivent être déposés dès potron-minet, à sept heures.

    « Ça y est, la fin n’aura jamais été aussi proche. » La levée des corps s’effectue à 6 h 30, parce que trente minutes plus tard les balluchons doivent être mis à l’accueil. Les dix True Young Explorer se regroupent jusqu’à 8 h 30, où « nous sommes appelés selon notre destination ». Seuls quatre d’entre eux descendent à Bluff, lieu d’amarrage de l’Heritage Adventurer. Flavien fait l’expérience de la rigueur ou de l’utopie zélée d’une douane australienne, car les croisiéristes ont débarqué sur Macquarie, territoire australien. « Ridicule… », souffle Flavien.

    Flavien, à nouveau sur les routes

    La douane passée suivent les au revoir, tandis que le quatuor s’installe dans le minibus en direction du terminal du ferry. Précautionneux, Flavien avait vu large, très large lors de sa réservation. « J’avais choisi le dernier bateau de la journée, celui de 17 h 45 », explique-t-il en avançant de quatre heures son départ au guichet. La tocante approche avec douceur des dix heures, quand le baroudeur découvre la cité, à taille humaine. « Les rues sont vides. J’ai l’impression de revoir certaines villes sud-américaines. »

    Mer, poteau, plancher

    Après avoir répondu à quelques-uns des soixante-dix e-mails reçus, « je profite du temps libre pour ajuster les cartes postales qui ne rentrent pas dans les enveloppes. » Une heure s’est écoulée en ce dimanche matin, quand Flavien se rend dans l’unique magasin, le Four Square. « Il semble que l’ATM de Stewart Island, où je me rends, n’accepte pas les cartes bancaires étrangères. » Les distributeurs automatiques de billets (DAB) sont nommés ATM (automated teller machine) en Nouvelle-Zélande.

    Une fois son retrait d’argent effectué, l’hôtesse d’accueil distille une suggestion primordiale et culinaire. « Me voilà, sous un soleil radieux, marchant en direction de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande, à 2 km de là… pour y découvrir le restaurant conseillé. » Chemin faisant, il croise le capitaine de l’Heritage Adventurer en plein « footing ». Au Oyster Cave, une sélection de bread toasts séduit Flavien. « C’est parfait ! »

    Pas de camping sauvage à Oban

    Le ventre plein, il s’en retourne au terminal. Calé dans le ferry, Flavien fait le constat d’une synchronicité idéale à un endormissement post-repas. « Peu d’oiseaux, une mer incroyablement calme, je dors pratiquement l’heure du trajet. » Quelques minutes avant quinze heures, il débarque sur la troisième île de Nouvelle-Zélande et découvre son unique ville, Oban (Pā nui o Hau)… Et ses 460 habitants.

    Confiant, il se dirige vers le seul lieu de villégiature chez Mrs Woolly’s Campground pour y installer sa tente. « Je n’ai pas réservé vu la faible affluence, il y a une dizaine de jours. » À son grand désespoir, l’affichage annonce complet. « En plus, il est interdit de poser la tente à l’arrache ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La gérante glisse alors l’adresse d’un autochtone proposant une sorte de camp à deux kilomètres de là, mais sans indiquer le prix. Avant de s’y rendre, il montre patte blanche à l’accueil du DOC « pour préparer ma future rando sur l’île ». Tout s’enchaîne très rapidement, réagit-il. « Dès demain, je pars rallier le sommet de l’île, le Mount Anglem. »

    Une soirée arrosée

    La responsable s’assure qu’il est expérimenté, équipé et qu’il possède une balise de détresse, sécurité oblige. Il y a très peu de passage sur cette partie de la rando qui se fait généralement sur neuf jours, quand Flavien table sur cinq. « Elle m’explique à quoi je dois m’attendre. » Flavien a jeté un œil sur les prévisions météorologiques de la semaine à venir. « Elle ne semble pas trop mauvaise… » Pour une île où il pleut 270 jours par an.

    Dans son sac à dos, qui s’allège au fur et à mesure du voyage, se trouvent six sachets de nourriture lyophilisée. Conscient de cette insuffisance pour cinq jours d’autonomie, il se rend à la petite supérette pour y faire quelques courses ; pendant que sa lessive, de la veille, sèche sur le front de mer.

    Les emplettes effectuées, il se dirige vers l’adresse donnée par la gérante du camp de Mrs Woolly. C’est alors que la magie fait son retour.

    « Dans une rue, une femme m’interpelle au vu de l’attirail que j’ai sur le dos. » Elle lui propose de poser sa tente dans le jardin de sa mère et de venir au pub avec eux, car chaque dimanche un quiz y est organisé. « Ça ne refuse pas. » Flavien passe le reste de la soirée avec un bon quart de la population. Mes hôtes sont rapidement enivrés, compliquant la compréhension et les échanges. Peu avant 21 h, et « après avoir échangé nos Whatsapp, je retourne à ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sac, linges, bord de mer

    L’inconnu dans lequel sera plongé Flavien l’oblige à s’éveiller tôt demain matin. « Bon, par contre, il pleut. » C’était plus ou moins promis, confirme-t-il en ajoutant. « Ça y est ! Je vais enfin pouvoir passer ma première nuit en tente, avec l’incroyable chant du tui. » Tandis qu’il sombre peu à peu dans les bras de Morphée, il espère que le réveil ne sera pas trop humide pour entamer ce trek… S’annonçant déjà très boueux. « Un nouveau chapitre du voyage commence », se réjouit l’aventurier du bout du monde. À suivre…