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  • Une course contre la montre… (26/55)

    Une course contre la montre… (26/55)

    Après une journée à conduire d’est en ouest, Flavien aspire à une nuit réparatrice. Jusqu’ici tout va bien… C’est sans compter cette nouvelle expérience nocturne, dont il se serait bien passé. Durant la nuit, petit à petit son matelas se dégonfle, se dégonfle… pour ne devenir qu’une fine couche de tissu. Un mal de dos, un lumbago, une lombalgie… bref. Puis, l’aventurier, pour éviter les tracas d’horaires, prend toujours une marge supplémentaire de temps à chaque rendez-vous. Ce qui est efficace quand vous êtes seul…

    « Ce matin, je ne me réveille pas sous les meilleurs auspices », grommelle Flavien en se tenant le dos telle une personne âgée. La moue des mauvais jours, barbu, ronchon… ce n’est pas un ours qui sort de son hibernation, non ! C’est juste son matelas qui s’est percé, et produit une douleur sourde et pénétrante : le fameux et célèbre « tour de reins ». La même douleur ressentie lorsque vous avez cinq à six lattes de cassées durant la nuit. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première fois que cela m’arrive en bivouac sauvage », relativise-t-il.

    Sur terre comme en mer, au cœur du Milford Sound

    Faute de temps, il recherchera l’origine de ce dégonflage ultérieurement. L’heure est au départ vers Milford Sound à 45 minutes de là, enfin plus ou moins le quart d’heure poitevin. Fixé la veille au soir, l’embarquement dans la voiture est prévu à huit heures avec auto-stoppeur de nationalité allemande. « Je me gare près de son hamac… mais il n’est pas prêt. » C’est donc après dix petites minutes que le duo décolle. « Mon GPS hors ligne m’indique une arrivée dans quarante-cinq minutes au Milford Sound », se réjouit Flavien. Le bateau lève l’ancre à 9 h 30, il est nécessaire d’y être un quart d’heure avant, murmure le naturaliste.

    Fjord, milford sound, nature

    En réalité, le trajet durera bien plus des trois quarts d’heure prévus. La route est magnifique, longue d’une centaine de kilomètres, « c’est sûrement la plus longue des impasses que j’ai empruntées ». Comme prévu — le temps perdu ne se rattrape pas —, nous arrivons vers 9 h 15, angoisse-t-il. « Je suis stressé, avoue-t-il. Il reste encore dix minutes de marche pour rejoindre le terminal. »

    Pressée par le temps, la recherche de place gratuite (Deepwater Basin Parking) s’écourte. Ce petit parking est situé à 1,6 km de l’embarcadère. « Je paye 20 NZD pour deux heures, une machine à fric… », peste l’aventurier. Dans la précipitation, le duo franco-allemand se sépare en quatrième vitesse. Le terminal ultra touristique ressemble à un aéroport, au milieu de nulle part c’est assez ahurissant, remarque tout de même Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Tout le monde m’avait dit de faire ce tour en bateau malgré les 120 NZD qu’il coûte (60 €). » La croisière est un espace-temps de deux heures dans l’un des plus grands fjords au monde. Le bateau navigue des chutes de Bowen à celles de Striling, avec la vue sur les sommets Kimberly, Pembroke et Peak. « Je ne peux pas dire que je suis déçu… Mais je m’attendais à plus de découvertes », souffle Flavien, contrarié.

    Entre croisière décevante et randonnée grandiose, l’aventure continue

    De retour à quai, « je m’empresse de déplacer ma voiture vers un parking gratuit, pour éviter l’amende ». Bien entendu, grogne-t-il dans sa moustache, il est bien plus loin… Je dois marcher 15 minutes pour acheter de quoi à manger à l’unique café du Milford. « Je prends un hot-dog, le premier depuis des années… » Rien à voir avec son cousin chilien le Completo mangé à Santiago, juste avant son retour en France, il y a plus d’un an.

    En début d’après-midi, le baroudeur rejoint le départ d’une rando qui s’annonce grandiose avec cette météo. Pour un pays où il pleut régulièrement, le soleil est au beau fixe.

    « Je prends la direction de Gertrude Saddle, un col entre 1400 et 1500 mètres d’altitude, réputé pour la botanique. » La randonnée est aussi courte qu’elle affiche son dénivelé positif. Affichant 8,6 km aller et retour, elle débute à 785 m pour culminer à 1441 m. « Ça grimpe dur », confirme-t-il.

    Avec la pluviométrie habituelle, les roches sont érodées, ce qui en fait un paysage étonnant, confit entre deux respirations, le naturaliste. « Pour autant, le rocher accroche bien et je monte vite… Enfin, quand je ne m’arrête pas pour photographier les beaux Aciphylla qui jalonnent la rando », sourit enfin Flavien.

    « Arrivé au col, la vue sur le Milford Sound, 1500m plus bas, est époustouflante. J’ai rarement vu des paysages aussi grandioses. » D’autant que de belles espèces telles que Raoulia buchananii (ci-contre), ou Myosotis pulvinaris complètent le tableau. « Je monte un peu plus à la recherche d’autres espèces. » De retour dans la vallée, Flavien affiche une mine réjouie. « Malgré l’effort physique, j’ai préféré cette randonnée à la croisière du matin. »

    Après le bateau, la marche, place à la voiture. « Je conduis en direction de Te Anau, la plus grande ville du Fjordland peuplée de 2000 âmes. J’espère pouvoir commander une pizza. Je n’ai plus rien à me mettre sous la dent. » Il est vingt heures passées quand il arrive à bon port. Et il y a encore de l’agitation, c’est étonnant, s’amuse-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    La pizza engloutie, c’est encore une heure trente minutes de voiture au crépuscule. Le but affiché : rejoindre une zone de camping non loin de Blackmount, encore plus au sud. « Demain, je conduis la voiture au Bordland Saddle, à 950 m d’altitude, pour une rando très loin des habituels sentiers touristiques. » C’est encore une journée bien chargée qui se clôture. Une nuit plus reposante, espérons, sur le siège passager, car « je n’ai pas eu le temps de regarder à mon matelas ». À suivre…

  • Qui est le maître du venin : la méduse-boîte ou le serpent taïpan ?

    Qui est le maître du venin : la méduse-boîte ou le serpent taïpan ?

    Une question incongrue me direz-vous… L’un des deux est une star depuis son apparition dans le film : Seven Pounds. Quand l’autre connaît son apogée, comme ses cousins dans un long métrage de la sage Indiana Jones dans « Les Aventuriers de l’Arche perdue ». Après la puce et le kangourou, le loir et le chat, un autre duo improbable et surprenant. Ici la taille n’a pas plus d’importance. Spoiler : l’un vous tue en pleurant, l’autre vous tue en souriant. Une beauté ténébreuse face à un cœur eu sang froid. Alors… qui l’emporte dans ce duel au sommet ?

    Un duel improbable entre deux tueurs silencieux venus de mondes totalement opposés, mais d’un même continent. D’un côté, la méduse-boîte (Chironex fleckeri), fantôme translucide des mers chaudes d’Australie entre autre. De l’autre, le taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus), serpent discret mais VIP dans le monde très fermé des toxines surpuissantes, lui aussi est Australien.

    Le venin du serpent taïpan, entre vitesse d’action et létalité

    Le taïpan du désert est couramment présenté comme le serpent le plus venimeux du monde. Une seule morsure pourrait tuer une centaine d’adultes. Son venin est un cocktail complexe de neurotoxines, procoagulants et myotoxines. Il agit rapidement sur le système nerveux, provoquant paralysie et arrêt respiratoire. Heureusement, il est timide comme une grand-mère anglaise et attaque que rarement. D’autant qu’il se nourrit principalement de mammifères. Son met favori est le rat à longs poils.

    Le taïpan du désert,connu sous le nom de « serpent féroce » appartient à la famille des élapidés (famille de serpents venimeux vivant dans les régions tropicales). Ses cousins les plus connus sont : le cobra, le serpent brun, le pseudonaja, le serpent noir de Papouasie, le mamba, l’acanthophis ou vipère de la mort…

    Surnommé « le serpent le plus venimeux du monde », il réside principalement dans les zones arides d’Australie. Son venin est 25 fois plus toxique que celui du cobra, avec une dose létale médiane (LD50) de 0,025 mg/kg chez la souris.

    Son venin contient une cocktail létal agissant en une heure tout au plus. Les neurotoxines, telles que la paradoxine, bloquent la libération de neurotransmetteurs, entraînant une paralysie rapide. Les myotoxines détruisent les tissus musculaires, tandis que les coagulants provoquent des caillots sanguins, augmentant le risque de défaillance organique. (Crédits : XLerate)

    Malgré la puissance de son venin, le taipan du désert est extrêmement timide et évite les contacts humains. Il vit dans les régions arides de l’Australie centrale et est rarement observé. En raison de sa nature reclusive et de son habitat isolé, il n’existe aucun cas documenté de décès humain causé par sa morsure.

    La toxicité foudroyante de la méduse-boîte

    En apparence, la cuboméduse n’est pas la plus dangereuse des méduses. Petite, cubique, elle est appelée par le doux sobriquet de box jellyfish, par les anglophones. Elle vit dans les eaux chaudes d’Australie, comme en Asie du Sud-Est où elle trouve sa pitance. Sa préférence va aux petits poissons et aux crevettes roses (Acetes australis). Ce qui peut surprendre les visiteurs en Australie, est la présence de pancartes indiquant la présence de « guêpe de mer ».

    Mais la méduse-boîte n’est pas là pour plaisanter. Son venin contient des porines, sortes de poisons perforants qui détruisent les cellules à vitesse grand « V ». Contrairement aux autres cnidaires, il ne provoque pas de réaction allergique lorsqu’il entre en contact avec un autre être vivant.

    Le poison inoculé peut provoquer un arrêt cardiaque, un œdème pulmonaire et une telle douleur que certaines victimes se noient… par réflexe. Elle est d’ailleurs responsable de plusieurs dizaines de décès documentés depuis un siècle.

    La plus dangereuse des cuboméduses a pour nom scientifique Chironex fleckeri. Son corps, à l’âge adulte, peut mesurer jusqu’à 20 cm de côté avec pas moins de 60 tentacules longs de quatre mètres et de six millimètres d’épaisseur. Elle possède quatre grappes de six yeux qui lui permettent de former des images. (Crédits : DR1)

    Pratiquement transparente, la cuboméduse est particulièrement difficile à repérer. Le venin agit à la fois sur le cœur, les nerfs et la peau. Il est extrêmement difficile à neutraliser rapidement, même avec un anti-venin. La toxicité estimée est d’environ 0,04 mg/kg, mais surtout, elle peut injecter ce venin en plusieurs points à la fois, via ses longs tentacules urticants.

    Verdict : qui gagne ?

    Sur le papier, le venin du taipan est plus toxique gramme pour gramme. Dans les faits, la méduse-boîte tue plus vite et plus souvent, en particulier en l’absence de soins immédiats. Autrement dit : entre la seringue reptilienne et la nappe urticante, le danger le plus démocratique reste flottant. Si l’on mesure la toxicité pure, c’est-à-dire la dose nécessaire pour tuer, le taïpan du désert l’emporte.

    Mais si l’on parle d’effet immédiat et de danger réel pour l’humain, la méduse-boîte est plus meurtrière, car elle est plus susceptible de tuer très rapidement, avant même l’arrivée des secours. En aparté, un détail qui a son importance. L’Australie est le territoire qui contient une faune et flore unique, donc plus de dangers qu’ailleurs, en toute logique.

    Bien que le taipan du désert détienne le record de toxicité pure, la méduse-boîte représente un danger plus immédiat pour l’homme en raison de la rapidité de son action et de la fréquence de ses rencontres avec les humains.

    La nature a doté ces deux créatures de moyens de défense redoutables, mais leur impact sur l’homme dépend largement de leur environnement et de leur comportement. (Crédits : DS stories)

    Conclusion ? Si vous aimez nager, craignez les filaments. Si vous aimez randonner, respectez les sifflements. Et dans tous les cas, souvenez-vous : le silence est souvent l’arme des plus toxiques.

    1. Jan Bielecki, Alexander K. Zaharoff, Nicole Y. Leung, Anders Garm, Todd H. Oakley (edited by Ruthven (d)) — Jan Bielecki; Alexander K. Zaharoff, Nicole Y. Leung, Anders Garm, Todd H. Oakley (June 2014). “Ocular and Extraocular Expression of Opsins in the Rhopalium of Tripedalia cystophora (Cnidaria: Cubozoa)”. PLOS ONE 9 (6). DOI:10.1371/journal.pone.0098870. ↩︎
  • L’étonnant printemps de 1925

    L’étonnant printemps de 1925

    Une société évolue sans cesse, sinon elle meurt. Si les femmes voient leurs droits et leurs devoirs s’aligner sur ceux des hommes, ce ne fut pas toujours le cas. La politique se targue de vouloir afficher autant de femmes que d’hommes dans les assemblées. Mais il a fallu bien du courage aux femmes, aux suffragettes peu importe le parti politique, pour se mettre dans la lumière en 1925. Si les réseaux libèrent la parole et la portent aux quatre coins du monde, seule la presse existe en 1925, il ne faut pas l’oublier. La liberté d’aujourd’hui s’est construite hier.

    Le 26 août 1925, le quotidien « Le Journal » publie un croquis satirique intitulé « L’évolution féminine ». Derrière la caricature, un constat : la société française change, lentement, mais irréversiblement. Alors que l’Europe panse encore les plaies de la Grande Guerre, déjà, une autre bataille s’esquisse : celle de l’émancipation des femmes.

    Élues sans avoir le droit de vote

    Ce printemps-là, les Français sont appelés aux urnes pour les élections municipales des 3 et 10 mai 1925. Le scrutin marque un tournant. Le Parti communiste ose présenter une dizaine de candidates, un geste plus qu’audacieux à une époque où l’idée même d’une femme en politique hérisse encore la plupart des formations. « En dehors du Bloc ouvrier et paysan, les femmes candidates sur des listes électorales sont loin de réjouir les autres partis », rappellent les archives. Mais l’histoire s’écrit dans le tumulte : pas à pas, une brèche s’ouvre dans le mur de l’exclusion.

    La polémique est telle que le ministère de l’Intérieur doit intervenir. Il ordonne à la préfecture de la Seine d’instruire chaque bureau de vote : les bulletins déposés en faveur d’une candidate doivent être comptés. Une précision qui en dit long sur les résistances de l’époque.

    Et le 10 mai, l’impensable se produit : plusieurs femmes accèdent à des conseils municipaux de banlieue parisienne. Augustine Variot à Malakoff, Marie Chaix à Saint-Denis, Marthe Tesson à Bobigny. Événement doublement paradoxal : ces élues siègent dans l’arène politique… sans avoir, elles-mêmes, le droit de voter. Cela semble ubuesque aujourd’hui, mais « plus d’une dizaine d’entre elles sont élues », écrit Retronews.

    Mais l’accession de Marthe Tesson au poste d’adjointe au maire soulève alors un brouhaha national. Comment admettre qu’une femme dirige… alors qu’elle n’est même pas reconnue électrice ?

    Un imbroglio politique

    À travers ce printemps mouvementé, un symbole s’impose : l’égalité réelle ne naît pas d’un décret unique, mais de batailles successives, de brèches ouvertes et de résistances affrontées. Comme le dessin du quotidien Le Journal, l’évolution d’une société se mesure à l’équité de ses droits et de ses devoirs.

    Il faudra attendre vingt ans encore, et l’ordonnance du 21 avril 1944, pour que les Françaises obtiennent enfin le droit de vote et d’éligibilité. Mais en ce mois de mai 1925, dans les urnes de banlieue, le futur de la République s’était déjà invité. (Crédits : Le Journal/BnF/Gallica)

    L’exemple de Marthe Tesson ou Marie Chaix est criant de vérité sur la société d’hier, elle évolue petit à petit. Marthe Tesson siégera au conseil municipal de Bobigny jusqu’en novembre 1925, en tant que deuxième adjointe. Une suspension préfectorale d’un mois prononcée le 15 juin 1925, puis une de trois mois le 11 juillet entravent leurs avenirs d’élues politiques. Marthe Tesson et Marie Chaix, portent un recours devant le Conseil d’État, mais celui-ci sera rejeté le 29 janvier 1926. Elles quittent leurs fonctions le jour même.

  • Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Il existe des journées où notre seule pensée dès le réveil est : « J’aurais mieux fait de rester couché. » C’est le sentiment que Flavien arbore au saut du lit. Pourtant et malgré les écueils, elle sera au final meilleure qu’espérée, cette « maudite journée ». Flavien découvre davantage de nouvelles choses, expérimente des situations plus ou moins amusantes. Mais comme le chat, il réussit toujours par retomber sur ses pattes. Entre formation géologique, déconvenue et rencontre, celle qui commença sur une mauvaise note finit en symphonie.

    « Quelle journée encore », sourit Flavien sans pour autant nous expliquer pourquoi. Le réveil sonne tôt ce matin, à 5 h 20 quand la pluie se met à frapper, sans discontinuer, le sol. « Je m’empresse de ranger ma tente dans la voiture, j’espère qu’elle pourra y sécher. » Une fois embarqué, Flavien prend la direction de la plage de Moeraki Boulders (Kaihinaki).

    Entrez dans la légende Maorie Ārai-Te-Uru Marae

    Elles sont des roches sphériques qui ressemblent à des œufs de dinosaures, ou encore à des extraterrestres selon les légendes urbaines. Concrétions septaires, leur formation se situe entre 13 et 56 millions d’années, soit de l’Éocène au Miocène. « Elles me font rêver depuis que je les ai vues dans une revue naturaliste il y a quelques années », explique-t-il. En aparté, ces sphères de pierre fascinent autant les géologues que les voyageurs tels que Flavien. Issues d’un lent travail, elles semblent avoir roulé depuis les profondeurs du temps, pour être contemplées, sur cette plage.

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    Les légendes maories, elles, y considèrent autre chose après le naufrage de l’arche mythique Arai-te-uru. Le filet de pêche du canoë et la gourde d’eau (calebasse) ont été transformés en pierre à Moeraki, où ils peuvent encore être vus sous la forme des Moeraki Boulders. Le canoë lui-même est resté à Shag Point. Entre science et épopée, ces boules offrent un spectacle où l’imagination se mêle au ressac.

    Pour faire une belle photo, l’aventurier minimise les aléas, jusqu’à l’heure de la marée basse. « J’ai pris un camping proche de la plage, car le soleil est censé se lever à 6 h 01 », commente Flavien en conduisant. La plage, qui accueille ces formations délicatement posées sur le sable est orientée à l’est. Le chant de l’aube offre ses éclats les plus précieux, murmure-t-il. « Après un quart d’heure, j’arrive sur la plage où cinq personnes sont déjà présentes, se rassure Flavien. J’avais peur qu’il y ait foule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux heures durant, le naturaliste tâtonne. « Ce n’est pas simple avec les lumières changeantes, la pluie menaçante et les gros nuages gris, de capter l’instant parfait pour une photo. » Un moment seul, un autre non, Flavien apprécie avec justesse ce moment tant espéré. Mais avant de partir, sur les coups de 8 h 30, « je prends une pâtisserie et un chocolat chaud au café (du même nom) qui surplombe la plage de plusieurs kilomètres de long. » Une longue journée de conduite l’attend, avec pas moins de 450 kilomètres, d’est en ouest. « J’espère être à Milford Sound ce soir, indique Flavien. Avec quelques étapes à réaliser. »

    Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !

    À peine assis, que le premier arrêt s’effectue au Shag Point. « L’odeur de la colonie me remémore quelques souvenirs », dit-il en observant des cormorans nicheurs et des otaries. Voguant au sud, il arrive à la péninsule d’Otago, près de Dunedin et du château Larnach. Ce bras de terre qui s’avance dans l’océan Pacifique est un sanctuaire naturel. Là, les falaises accueillent la danse des albatros royaux, seuls de leur espèce à nicher en dehors des îles océaniques. Plus bas, sur les rivages battus par les vents, lions de mer et otaries s’étirent paresseusement. Ici, l’homme n’est qu’un invité discret, toléré par la majesté sauvage de la faune.

    « Je descends à Sandfly Bay, une magnifique plage où quelques lions de mer et otaries se prélassent. » L’arrêt est de courte durée, la pluie menace. « Je reprends la voiture en direction de l’Albatros Center pour le visiter, mais l’entrée à 60 $ m’en dissuade. »

    De retour face au volant, direction la dernière étape à « The Nuggets Point ». Car au sud de la Nouvelle-Zélande se trouve un très beau phare. L’image est idyllique. « La vue se prolonge sur des îlots sauvages… un air de Bretagne. Les magnifiques plages de sable blanc, de bois flotté précédant l’arrivée valent à elles seules le détour. »

    Dressé depuis 1870 sur son éperon rocheux, le phare de Nugget Point scrute l’horizon avec une constance immuable. Autour de lui, une constellation d’îlots déchiquetés surnommés The Nuggets émerge des flots, comme des lingots jetés dans la mer. (Crédits : AJMANDELL1/Wikipedia)

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    Sur ces rochers, des colonies d’oiseaux marins et d’otaries se partagent le territoire, offrant un concert naturel au voyageur. Par temps clair, la vue s’étire à l’infini, donnant l’illusion d’un monde resté intact, entre Bretagne et Pacifique. À 16 h, les heures s’effacent, il faut s’élancer sur l’asphalte, avec un peu plus de quatre heures de route pour rejoindre Milford Sound.

    Jusqu’ici tout va bien…

    La fatigue se fait sentir. « Je m’arrête pour faire une sieste à Gore. » Reposé, il continue son périple jusqu’à Mossburn. Sa voiture de location a elle également besoin de faire le plein de carburant. « Je sors encore 100 NZD. Le SP91 s’affiche à 2,63 $ le litre », se désole l’aventurier du bout du monde. Toujours au cœur de la ville, Flavien prend son premier auto-stoppeur du voyage. Un baroudeur de nationalité allemande âgé de 20 ans, qui va lui aussi au Milford Sound (Piopiotahi).

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    Petit aparté, Milford Sound est l’attraction naturelle la plus déroutante de Nouvelle-Zélande. Une combinaison magique de sommets montagneux, d’eaux d’un bleu profond et d’un bleu cristallin, où les falaises sont recouvertes de forêts. Cette journée est l’occasion pour Flavien, sans le savoir, de parcourir et de s’imprégner de la culture maorie à travers la légende Ārai-Te-Uru Marae.

    Revenons au périple de Flavien. L’arrivée de cet auto-stoppeur tombe à point nommé. « Je ne vois pas le temps passer à parler anglais, et l’envie de sommeil s’estompe. » Finalement, après deux heures de conduite, ils trouvent une aire de bivouac, qu’ils pensaient à tort payante. Plusieurs personnes sont installées, gardant son aspect sauvage, avec une magnifique vision sur le fjord qui nous entoure, ajoute Flavien. Le duo s’établit à une centaine de mètres l’un de l’autre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien se prépare des pâtes au pesto avec un nappage de fromage fondu. Les deux mangent ensemble. « Il est très sympa, encore étudiant, mais je ne connais même pas son prénom », s’interroge Flavien. Demain, il l’emmène jusqu’à la destination, à 45 min d’ici. « J’ai réservé le bateau pour visiter les fjords à 9 h 30 », ajuste le naturaliste. « Je ne me souviens plus depuis quand je n’ai pas croisé quelqu’un qui voyage tout seul… Tous voyagent en couple ici… Jamais vu ça », s’interroge d’une moue dubitative, l’aventurier du bout du monde. À suivre…

  • Tensions dans le cyberespace ?

    Tensions dans le cyberespace ?

    Les cyberattaques sont devenues le quotidien, alors qu’elles devraient être exceptionnelles. Dorénavant, la seule inconnue est la date à laquelle je vais, vous allez, nous allons… subir une attaque cybernétique. Car, une série de cyberattaques frappe simultanément des géants de la Tech et des opérateurs de télécommunications, exposant un peu plus encore des milliards de données personnelles. Renforçant la mainmise sur des données à fort potentiel, et pour une augmentation des tentatives d’attaque (DDoS, phishing, spearphishing…) tous azimuts.

    Derrière l’exploitation de ces failles, des organisations d’individus souvent nommés « hackers ». Ils utilisent notre dépendance à l’IT à des fins financières ou de cyberespionnage, que ce soit à titre individuel ou étatique. Les risques pour la sécurité numérique mondiale sont réels. L’exemple de la gestion du cloud du Pentagone par des ingénieurs chinois en Chine est flagrant. Ces derniers jours, le conglomérat derrière le ransomware Datacarry a revendiqué l’attaque contre la société française Peggy Sage avec un fichier compressé de 11,3 GB.

    Google, Orange et Cie…

    Mais c’est un coup de tonnerre numérique qui électrise un ou deux bits. Google confirme que 2,5 milliards d’utilisateurs de Gmail sont affectés. D’ailleurs Google n’est pas seul, Orange Belgique est aussi une victime. Tout comme des serveurs de l’armée d’Argentine qui auraient été compromis par des groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon. Concernant Google, c’est en lien étroit avec l’affaire Salesforce, d’autres clients font les frais de cette campagne : Air France-KLM, Bouygues Telecom. « Le Google Threat Intelligence Group (GTIG) suit les activités d’extorsion suite aux intrusions de UNC6040, parfois plusieurs mois après le vol initial de données, sous le nom de UNC6240. »

    Cela implique des appels (vishing) ou des courriels (phishing) aux employés des entreprises victimes. Ils exigent un règlement en bitcoin, dans les 72 heures. « Lors de ces communications, UNC6240 a constamment affirmé être le groupe de menace ShinyHunters. »

    « Ils ont exploité des vulnérabilités dans Salesforce pour manipuler les comptes », confie un ingénieur sous couvert d’anonymat. L’entité ShinyHunters/UNC6040, réputée pour ses campagnes ciblées et ses fuites massives, est très fortement soupçonnée d’être à l’origine de cette opération.

    Parmi elles, les « dangling buckets », permettant de récupérer des informations oubliées sur des serveurs mal configurés, et des manipulations de comptes à grande échelle. Le risque est immédiat : phishing, escroqueries… (Crédits : Caio/Pexels)

    Databreaches.net rapporte, début août, que « les acteurs de la menace ont déjà envoyé une demande d’extorsion à Google ». Google, dans un communiqué, a assuré avoir alerté toutes les victimes et renforcé ses protections via les passkeys et le programme de protection avancé. Néanmoins une vigilance constante est nécessaire face aux messages suspects. Car « UNC6040 est un groupe de menace à motivation financière qui accède aux réseaux des victimes par ingénierie sociale de phishing vocal. »

    Un opérateur sous haute surveillance

    À Bruxelles, l’attaque de 850 000 comptes Orange révèle un autre visage. Selon le communiqué d’Orange Belgique, des données — nom et prénom, numéro de téléphone, numéro de carte SIM, code PUK (Personal Unblocking Key) et les tarifs — ont été consultées. Aucun mot de passe ou donnée bancaire n’auraient été consultés, toujours selon ledit communiqué. Pour un utilisateur lambda, l’attaque pourrait sembler moins grave que celle touchant Google. Pourtant, les risques de vol d’identité et de fraude (sociale) sont réels.

    Le SIM swapping est la technique permettant de prendre le contrôle d’une ligne mobile pour accéder à des services financiers ou professionnels. Le porte-monnaie est au cœur des inquiétudes de chaque individu.

    Le secteur des télécommunications, considéré comme infrastructure critique, illustre à quel point la dépendance à des systèmes centralisés et vulnérables peut fragiliser la sécurité nationale.

    En Argentine, des serveurs de l’Armée, du ministère de la Santé et de la Fondation ArgenINTA ont été compromis via ransomware et exploitation de SharePoint. Les groupes APT Storm-2603, Violet Typhoon et Linen Typhoon, connus pour leurs liens avec Pékin, sont partiellement responsables. Des groupes que l’on retrouve avec ce que l’on pourrait nommer le petit « Pentagon-Gate ». Ces incidents démontrent qu’elles ne sont plus de simples cyberattaques, mais des opérations à dimension géopolitique et géostratégique.

    Quand la géopolitique s’invite dans le cyberespace

    Elles exploitent des vulnérabilités, ouvrant la voie au cyberespionnage et à la perturbation d’infrastructures critiques. « Chaque grande puissance joue sa partition dans le cyberespace, et autant dire que la symphonie est tout sauf harmonieux. »

    Les incidents récents révèlent des patterns communs : dépendance aux services cloud centralisés, exposition massive de données, et insuffisance des audits réguliers. Sur le plan géopolitique, ces attaques rappellent que la souveraineté numérique n’est pas une option. Alors, la maîtrise des systèmes d’information est un enjeu stratégique, car chaque faille est exploitée. (Crédits : Pixabay/Pexels)

    Ainsi, le renforcement des défenses critiques et la sensibilisation des utilisateurs ne sont plus des recommandations : elles constituent la première ligne face à des menaces de plus en plus sophistiquées et politiquement instrumentalisées. D’ailleurs le Royaume-Uni annonce en juin 2025 qu’avec une dotation d’un milliard de livres, l’État britannique déploie l’IA, car selon John Healey « le clavier est devenu une arme de guerre ».

  • Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Se geler pour un lever de soleil (24/55)

    Déjà un mois, en ce neuf janvier 2025 que Flavien a quitté la quiétude de Lavausseau, la cité des tanneurs, pour un périple néo-zélandais. Un mois de photographies, de vues à couper le souffle, de rencontres inoubliables… bref, un voyage hors du commun. Mais pourtant, loin d’être blasé, il rêve de choses simples. Ainsi, le plaisir de manger, de passer un moment en bonne compagnie, jouer au billard à l’autre bout du monde, jusqu’à un simple lever de soleil. Simple, sûrement mais sur le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, le mont Cook.

    « Ce matin, je me met un coup de pied aux fesses pour me lever », raconte-t-il. L’heure sur sa montre indique cinq heures passée de trente minutes. L’heure des derniers songes avant d’émerger logiquement de la couette, bien plus tard. Mais l’aventurier du bout du monde est en quête d’une nouvelle expérience. Il a vécu des couchers de soleil, dont celui sur le mont Cook, hier. Mais un lever de soleil à cette altitude en Nouvelle-Zélande, pas encore.

    Le temps est suspendu

    « J’ai mis un réveil à deux heures, pour voir les étoiles mais le froid m’en a découragé. » Malgré son sac sarcophage, son nez est tout simplement gelé, ce matin. « Il m’en faut plus pour me décourager. J’enfile deux pantalons, cinq couches en haut, mes gants, mon buff et mon bonnet. Autrement dit tout ce que j’ai. » Cet ensemble est agréable pour attendre à 6 h 06, les premiers rayons de soleil léchant le sommet.

    La température à Aoraki, soit mille mètres plus bas est de 5 °C, le 9 janvier 2025. « La température décroît de 0,65°C tous les 100 m quand on s’élève », explique le club alpin français de Lyon-Villeurbanne. Selon le calcul simplifié de température ressentie (Windchill) elle serait au moment du lever de soleil de -6 °C.

    « Il faut attendre 6 h 18 tapante, pour qu’il commence à réchauffer la dizaine de personnes qui, comme moi, attendent ce moment depuis plusieurs dizaines de minutes. »

    Aucun nuage à l’horizon, quel contraste avec la soirée d’hier… Pour continuer à profiter du moment, je monte jusqu’au Mont Ollivier à 1930 m. « Là haut, je suis tout seul à surplomber la vallée, à admirer les avalanches qui font un bruit fracassant dans ces vallées glaciaires qui m’entourent », commente Flavien tel un lézard au soleil. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est aux alentours de 7 h 30 quand « je retourne auprès de ma tente ». Elle est touchée à son tour par le soleil. « La chaleur est nécessaire pour sécher la pluie d’hier. » Comme un amateur de puzzle, l’aventurier étale toutes ses affaires sur les rochers jouxtant son lieu de villégiature. Durant plus d’une heure, les frusques sèchent avant de pouvoir les ranger dans le sac. Action nécessaire pour éviter que des moisissures s’installent à la longue.

    « J’en profite pour faire bouillir l’eau du refuge lors de la redescente. C’est la première randonnées où je ne trouve pas d’eau… En même temps elle est sous forme de neige ou de glace ici. »

    À 9 h pétantes, le naturaliste chemine dans les traces de la veille, avec des paysages bien plus admirables assure-t-il.

    C’est l’occasion de refaire les photos de plantes avec les rayons de soleil. « Les nuages grimpent, comme rappelés par le soleil… ainsi que les nombreuses personnes que je croise, s’ils savaient ce qu’ils ont loupé. »

    De retour à sa voiture de location, il se fige. « Hier, je croyais qu’il y avait du monde, et bien j’avais rien vu. » La route se trouve flanquée d’un ruban de part et d’autre sur près d’un kilomètre, tel un couloir silencieux de métal inerte. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est dingue tous ces touristes qui se traînent en claquette ou en robe pour faire les petits sentiers alentours. » L’aventurier du bout du monde via le WI-FI du centre des visiteurs, vérifie les prévisions météorologiques pour la suite de son périple.

    Le plus grand glacier néo-zélandais

    Les prévisions ne sont pas enchanteresses, bien au contraire. « La journée de demain n’est pas dingue, alors je retourne près de la côte. » En cas de temps peu enclin à la balade, l’écriture est idéale. « J’en profite pour acheter quelques cartes postales. » Après avoir mangé un sandwich dans un café plutôt luxueux, il se met au volant pour se retrouver à Tasman Lake, le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande.

    « Là aussi il y a foule », admet-il. Mais le marcheur solitaire, bifurque rapidement pour retrouver un sentier plus sauvage, où il observe moult espèces amphibies auprès de plusieurs lacs.

    « Ça fait soixante-douze heures que j’ai pas pris de douche… J’ai fait couler quelques litres de sueurs ces trois derniers jours. Les batteries de l’appareil photo sont pleines de vide, alors pas le choix. »

    Il est quinze heures bien tassées quand il se décide à reprendre la voiture pour réaliser les 3 h 30 de route le séparant du camping de ce soir. La route est belle, les paysages sont parfois très semblables aux steppes patagoniennes, je suis à nouveau surpris par ce pays, sourit-il. Arrivé au camping, je payerai seulement quatorze dollars néo-zélandais plus deux pour la douche… « C’est la bonne affaire après le plein d’essence qui ma coûté près de 100 NZD. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « J’ai pris la location la moins onéreuse, sans réfléchir à la consommation. Elle a l’air de bien tirer », se rend-il compte. Au menu, pâtes au pesto, vidage de la poubelle, remplissage des batteries, et organisation de ses futures journées en rapport à la météo. « Encore une belle journée, demain mes mollets et mes cuisses devraient pouvoir se reposer. » Ses jambes soufflent en silence, se taisent mais apprécient religieusement un peu de repos. À suivre…

  • Qui voit le mieux : l’abeille ou le renne ?

    Qui voit le mieux : l’abeille ou le renne ?

    La nature est parfois joueuse. Elle peut changer la couleur des mirettes de certains au gré des saisons. Elle octroie une vision à 360 degrés aux autres. L’Univers équipe certains animaux d’un sixième sens. Doués de sens supérieurs à ceux de l’être humain, les animaux nous surclassent. Invisible pour l’humain, l’ultraviolet est pourtant une longueur d’onde courante dans la nature. Certaines espèces y ont accès, tel un super-pouvoir. Alors, entre l’abeille, star de nos jardins, et le renne, seigneur des toundras, lequel voit vraiment ce que nous ne voyons pas ?

    « Mesdames et Messieurs, approchez ! », s’agite le commentateur. « Sous vos yeux, ébahis, dans le coin gauche du ring, poids plume incontesté de la pollinisation, championne du nectar et maîtresse des signaux invisibles, voici… sous vos applaudissements… l’Abeille ! » Quand le silence réapparaît, il reprend son micro : « Et dans le coin droit, le colosse des neiges, poids lourd des steppes arctiques, roi de la migration et maître du camouflage spectral, voici… voici… le Renne ! »

    Une vision florale augmentée

    Il est des regards qui ne se contentent pas de simplement contempler le monde : ils le traduisent, l’enrichissent, le transforment et le vivent pleinement. D’un côté du ring, l’abeille (Apis mellifera). Elle est la funambule du visible, capte les éclats fugitifs du rayonnement ultraviolet et métamorphose le banal d’une fleur en une carte lumineuse l’aiguillant vers le nectar.

    Cent milligrammes de pure efficacité, vision ultraviolette, détectrice de motifs floraux cachés, œil à facettes contenant jusqu’à 6 900 ommatidies, guidage GPS naturel, fidélité absolue aux fleurs… un bijou technologique. Son point faible est sa vision floue au-delà de quelques mètres. « Mais franchement, qui a besoin de voir loin quand on sait où trouver les fleurs ? »

    Saviez-vous qu’elle dispose de cinq yeux ? Les trois ocelles placées sur le sommet du crâne sont sensibles aux variations de lumière. Utiles pour la stabilisation lors du vol, entre le ciel et le sol. Les deux plus gros sont facilement identifiables par l’être humain, et constitués d’environ 5000 facettes hexagonales : les ommatidies.

    Chaque ommatidie se présente et fonctionne comme un récepteur visuel indépendant. Elle capte la partie du champ visuel situé juste devant, mais aucune image ne s’y forme. Chaque ommatidie, d’une taille de 5 à 50 µm, détient une partie de l’image qui se recompose en une photo granuleuse dans le cerveau.

    Une merveille de la nature.

    Un objet dans le champ visuel émet omnidirectionnellement des rayons. Il excite ainsi l’œil dans sa globalité, mais seul le rayon positionné dans l’axe du rhabdomère sera imprimé.

    Chaque œil contient des récepteurs percevant les ultraviolets, ces longueurs d’onde que notre lentille bloque. Quand une fleur se présente, nous la découvrons belle, mais banale. L’aculéate mellifère observe des cartes luminescentes, ou diagrammes invisibles à notre regard. Elles indiquent, par des motifs fluorescents, où se trouve précisément le nectar, précieuses informations.

    L’abeille ne voit pas comme nous. Chaque facette s’allume, s’éteint tour à tour. Ce qui produit une vision séquentielle fulgurante (100 images par seconde), quand l’œil humain en perçoit à peine vingt. Un talent vital pour l’ouvrière. Telle l’acrobate, elle repère une fleur agitée balayée par le vent, évite les branches d’une forêt dense, à la vitesse de sept mètres par seconde, soit plus de vingt-cinq kilomètres par heure. (Crédits : Silvio Fotografias/Pexels)

    « Les abeilles détectent des mouvements très fins, et ce, de façon plus rapide que nous. Elles n’ont pas une très bonne acuité : elles ont à peu près 1/10ᵉ de vision. Et elles voient flou par rapport à nous. Elles perçoivent les couleurs bien sûr, mais pas les mêmes que nous. Leur spectre est décalé dans les UV. Elles ne voient pas les couleurs rouges. Mais elles voient les ultraviolets que nous ne voyons pas », explique Aurore Avargues-Weber sur Radio France. Elles possèdent une vision trichromatique. Les abeilles distinguent le bleu, le vert et les U.V.. Les autres teintes leur apparaissent en noir.

    L’ultraviolet pour contrer l’adversité

    Dans le coin opposé, le renne. Le gardien des immensités polaires adapte son regard à l’onde bleue du crépuscule arctique. Ses yeux passent du doré à l’azur pour vivre la nuit. L’œil du renne n’est pas seulement un observateur : c’est un transformer du regard. En été, son tapetum lucidum — ce tapis brillant derrière la rétine — miroite dans des tons or et turquoise.

    Entre 90 et 180 kg, jusqu’à 300 kg, une adaptation oculaire saisonnière, vision UV dans les neiges éternelles, égalité des sexes face aux bois, tapetum lucidum modulable, la détection des prédateurs et des lichens grâce aux ultraviolets. Son point faible, il est moins agile qu’une abeille dans un champ de fleurs. « Mais personne n’a encore vu un renne butiner, n’est-ce pas ? »

    Mais l’hiver venu, sous le silence bleuté des nuits boréales, ce même miroir prendra une teinte d’un azur profond. Cela intensifie la sensibilité visuelle malgré une légère perte de netteté. Là où le renne rejoint l’abeille, c’est sur sa vision de l’ultraviolet.

    Une défense dernière génération

    Ce fait, bien moins connu, est découvert par des chercheurs de l’université de Tromsø, en Norvège, en 2011. « Même en hiver, au Yukon ou dans le nord du Manitoba, vous avez un cycle jour-nuit. Nous n’avons pas cela », explique Nicholas Tyler, à National Geographic. Ce chercheur au Centre d’études Sâmes, à l’université de l’Arctique de Norvège à Tromsø, martèle que « c’est une chose vraiment unique ».

    Pourquoi me direz-vous ? Parce que dans l’Arctique, où tout est blanc ou presque, la vision UV révèle des contrastes invisibles à l’œil humain. Le crépuscule hivernal est environ 100 000 fois moins lumineux que la lumière du jour estivale. Lorsque le soleil est sous l’horizon, ses rayons traversent une couche atmosphérique plus épaisse. Elle augmente l’absorption des longueurs d’onde plus longues (rouge/orange) par l’ozone, ce qui laisse prédominer les longueurs d’onde plus courtes (bleues) dans la lumière diffusée. Ce phénomène est connu sous le nom d’absorption de Chappuis.

    Il voit l’urine de loup, la fourrure du prédateur ou même des plantes légèrement abîmées, tels les lichens, car elles absorbent différemment les UV. (Crédits : Barry Tan/Pexels)

    Comme le chat, le tapetum lucidum améliore la vue malgré le peu de luminosité. Si bien que les yeux du renne reflètent une lumière or blé en été, et un bleu azur profond en hiver. Le renne y gagne en capacité de survie, tant pour détecter la menace que sa nourriture, ce quelle que soit la luminosité crépusculaire voire même la météorologie. Des nuances invisibles à nos yeux humains.

    Deux stratégies vitales

    Chez l’abeille, la vision ultraviolet est tournée vers la vie, la pollinisation des fleurs, la survie de la ruche. Chez le renne, elle est tournée vers la survie, la fuite, l’adaptation au froid extrême. Et chez l’humain ? Peanuts, Wallou, Nada, Rien.

    Leurs cerveaux ont appris à traduire cette lumière invisible en informations vitales. Et nous ? Nous avons recours à la science pour savoir, comprendre ce qui nous échappe. L’abeille et le renne ouvrent pour nous des fenêtres sur l’autre côté du visible. L’un dévoile les stratagèmes développés par les fleurs ; l’autre révèle la nuit et la vie sous une palette rare.

    Ces deux visions, merveilleuses dans leur adaptation, invitent à une vérité poétique : ce qui compte n’est pas seulement ce qu’on voit, mais comment on voit. Ce que vous ne voyez pas n’est pas forcément inexistant. Les UV, comme tant d’autres mystères du vivant, nous rappellent que la nature est bien plus vaste que notre perception humaine.

    Et si demain, on apprenait à « voir » autrement ? Du moins plus loin que notre cher et précieux smartphone ?

    (Crédits : Rakibul Alam Khan/Pexels)

  • Un bain de foule (23/55)

    Un bain de foule (23/55)

    Les étapes de montagne concentrent énormément de monde. Comme lors du Tour de France cycliste, le point de vue est peu ordinaire. C’est ainsi que Flavien se retrouve à prendre un bain de foule. Tous sont venus observer le glacier Mueller, le lac Hooker et le mont Cook (Aoraki). Ce triptyque est tout simplement magnifique. Mais d’autres surprises l’attendent. Entre le Kea, le brouillard dans les névés et une température proche de zéro et le coucher de soleil somptueux qui illumine le mont Cook, à 3724 mètres d’altitude.

    « Ce matin, je ne me presse pas. Je me suis endormi tard… Et il ne fait pas beau », se justifie Flavien. Il est plus de huit heures, lorsqu’il passe la tête à l’extérieur. Sa seconde nuit sur le siège passager de la voiture de location s’est écoulée sans encombre. « Comme d’habitude, la voiture est tout embuée. » Après avoir changé de place, il parcourt la distance le séparant du village, nommé Aoraki. Il sert de camp de base pour toutes randonnées autour du mont Cook, sommet de la Nouvelle-Zélande.

    À l’assaut du mont Cook

    Sur l’heure de route, les essuie-glaces marquent le tempo d’une musique entêtante. Rythmé par ce ballet incessant, le chant des gouttes tourne en boucle. « La matinée est pluvieuse. Je profite pour téléphoner une heure durant. » Flavien, prends la direction du lac Hooker dans lequel se jette un glacier. « C’est une randonnée accessible, je m’attends à voir des marcheurs… Je ne suis pas déçu. » Des centaines et des centaines de personnes parcourent les cinq kilomètres les séparant. « Un torrent de visages, commente Flavien. Ça me rappelle celle d’El Chalten, en Argentine, qui était noire de monde. »

    D’ailleurs les paysages se ressemblent beaucoup, c’est assez marquant, réfléchit l’aventurier à voix haute. La météo n’est pas aussi catastrophique qu’annoncé. « La couche nuageuse nous permet de voir l’entièreté du lac et le glacier… Et les quelques icebergs dérivant sur le lac. » La moraine glaciaire est impressionnante.

    « Deux heures et trente minutes, c’est mon temps pour effectuer ces 10 km. Le chemin est très roulant, et le dénivelé n’est que de 200 mètres », conclut-il. De retour à la voiture, les choses sérieuses commencent. « Je prépare mon sac pour poser ma tente plus haut. » Flavien ne passe qu’une nuit en hauteur et allège son sac en conséquence. La couverture nuageuse se situe aux alentours des 1500 m. Durant les 700 premiers mètres, le paysage est superbe, et les végétations magnifiques. Prenant de l’altitude, « j’ajoute des couches. Je passe en mode waterproof. À cette altitude, l’ambiance est très humide et fraîche. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chemin faisant, l’air de rien, le naturaliste découvre une beauté de la nature. « Je tombe sur mes premiers Hectorella caespitosa. Une espèce que je souhaitais à tout prix observer, car c’est l’unique cousine de Lyallia kerguelensis », explique l’aventurier du bout du monde. La floraison n’est pas des plus originales, mais elle débute à peine. « J’ai de la chance, sourit-il. Des cinq espèces que je voulais absolument voir en Nouvelle-Zélande, il ne m’en reste donc plus qu’une. »

    Un froid glacial

    « Plus loin, talonnant un névé, une incroyable renoncule me surprend. Je ne sais pas ce que c’est », avoue-t-il. Le chemin se poursuit, dans une purée de pois à couper au couteau, sur les névés encore présents. L’ambiance et la visibilité sont telles que Flavien ne voit le refuge qu’au dernier moment, il est 18 h 15. « Je me presse de monter ma tente, car le brouillard se transforme en pluie fine », grelotte-t-il.

    « Je passe les quarante-cinq minutes suivantes à l’intérieur à attendre que l’averse cesse. J’essaie aussi de me réchauffer, il ne fait que 3 °C. »

    L’endroit est véritablement minéral. « Je croise les doigts pour ne pas avoir effectué cet effort que pour deux espèces, bien quelles ne soient pas des moindres. » Le rituel semble fonctionner.

    Les nuages s’étiolent, tandis que la pluie cesse. « Je profite de cette accalmie pour manger au chaud dans la Hut. » Le repas terminé, Flavien sort. C’est alors qu’il découvre, avec bonheur et humilité, les paysages montagneux, entrecoupés de nuages. Quelques Keas – seul perroquet alpin du monde – s’amusent près de la dizaine de personnes que nous sommes à admirer le panorama. « L’un s’approche à moins d’un mètre de moi… Mon objectif macro suffit à immortaliser l’instant ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La journée tire à sa fin, quand la cime du mont Cook se couvre d’or. « J’en ai connu des crépuscules et des couchers de soleil… Mais celui-ci fait partie du top 5 ! » Après avoir fait bouillir de l’eau au refuge pour la rendre potable, il clôture cette journée bien au chaud dans son sac de couchage. « Je ne pensais pas faire ce genre de bivouac en Nouvelle-Zélande, je suis ravi de mon choix d’hier soir de prendre le risque de monter ici malgré la météo très instable. » À suivre…

  • Qui dort le plus : le loir ou le chat ?

    Qui dort le plus : le loir ou le chat ?

    Deux espèces, deux écoles, deux courants. D’un côté, le chat, prince incontestable de la sieste, capable de s’assoupir entre deux croquettes comme d’autres entre deux respirations. De l’autre, le loir, petit rongeur, dont la devise pourrait être : « Dormir longtemps pour mieux vivre ». Mais alors, qui remporte la médaille du plus gros dormeur ? Penchons-nous sur ces deux champions, avec l’impartialité d’un juge olympique… et l’œil amusé d’une journaliste en manque cruel de café, pendant que bébé dort.

    Ils sont des dormeurs invétérés. Ils dorment partout, tout le temps, et avec un art assumé de la sieste. Mais entre le chat, star des sofas, comme des lieux et positions insolites… Et le loir, hibernant professionnel affichant une expérience certaine : qui décrochera la palme du plus gros dormeur ? Derrière cette question légère semble se cacher un besoin plus profond : à quoi sert vraiment le sommeil, et pourquoi certains dorment… plus que d’autres ?

    Le chat, le roi des siestes

    Animal favori des Français, le chat passe en moyenne de treize à seize heures par jour à dormir. Chez les chatons et les vieux matous, ce chiffre touche des sommets, jusqu’à 20 heures. Mais attention : il ne s’agit pas d’un sommeil profond prolongé. Le chat alterne entre micro-siestes et sommeil léger, toujours prêt à bondir au moindre bruit. C’est un dormeur polyphasique, qui dort en plusieurs fois, souvent aux heures où ses humains sont actifs.

    Enfin, pas partout. « Il n’est pas rare que mon chat bondisse sur mon ventre, puis descende, lorsque je dors. Ce, jusqu’à mon réveil. En cause : un manque de croquettes qu’il juge passablement critique et inacceptable. »

    Cela représente, pour un félin en bonne santé, plus des deux tiers de son existence passés dans un demi-monde de silence et de chaleur : un rêve éveillé.

    Mais pourquoi dort-il autant ? Parce que me semble une bonne réponse. C’est surtout que son organisme, de chasseur nocturne, est programmé pour conserver son énergie entre deux phases de prédation. La chasse se limite aujourd’hui à une boule de papier alu, une chaussette, une croquette hors de sa place habituelle. (Crédits : Francesco Ungaro/Pexels)

    Ne vous y trompez pas. Lors des différentes phases, chaque muscle est et reste prêt à l’action. Ses oreilles captent le moindre bruissement, sa queue frémit à la plus discrète des vibrations. Son sommeil est un mélange d’instinct et d’adaptation à la vie domestique. Où cette dernière n’a fait qu’adoucir cette discipline en lui offrant coussins, plaids, linge sur une table à repasser et bras accueillants, à chaque instant où il en fait la demande.


    Le loir est un marathonien du sommeil

    Le loir discret, rongeur arboricole, vit dans les forêts d’Europe, parfois jusque dans nos greniers. Une expression lui est consacrée, c’est pour dire : « dormir comme un loir ». Et pour cause… Mais si le chat est champion du quotidien, le loir joue dans une autre catégorie, voire hors catégorie. Il hiberne jusqu’à sept mois par an, souvent de septembre à avril. Ce qui représente plus de 210 jours d’affilée.

    Durant cette période, son métabolisme ralentit drastiquement : température corporelle, rythme cardiaque, respiration chutent, bref il hiberne. Il entre dans une forme de pause vitale pour survivre à l’hiver. Il dort, économisant chaque calorie pour y survivre.

    Quand le Saint-Laurent, cher à Joe Dassin avec la chanson « Dans les yeux d’Émilie », revient à la vie. Donc, lorsque les beaux jours reviennent, le loir ne se transforme pas pour autant en hyperactif.

    Il perdure dans son rythme de croisière. Il continue de beaucoup dormir — plus de 13 heures par jour en été — pour compenser son rythme de vie ralenti.

    (Crédits : Julien31/Wikipedia)

    Selon une étude de l’université de Zurich (2016), son cerveau montre une activité de récupération exceptionnelle pendant le sommeil post-hibernation, presque supérieure à celle observée chez l’homme après une privation de sommeil.


    Dormir, c’est survivre

    Qu’il s’agisse du chat ou du loir, le sommeil n’est pas un luxe : c’est une fonction vitale. Vital pour tous, même les êtres humains. Il permet la réparation cellulaire, la régulation hormonale, la consolidation de la mémoire et de l’apprentissage. Chez les animaux sauvages, il conditionne même la survie, en optimisant les ressources énergétiques.

    Pendant que chat et loir vivent à leur rythme, près d’un tiers des Français dorment moins de 6 heures par nuit. Une privation chronique qui altère mémoire, humeur et santé cardiovasculaire. Devrions-nous réhabiliter la sieste, et pourquoi pas… l’hibernation ?

    Mais entre ces deux énergumènes, quel est le verdict ?

    En heures cumulées, le loir l’emporte haut la main grâce à son hibernation. Mais dans l’art du repos quotidien, le chat reste imbattable. La morale : que l’on soit félin ou rongeur, dormir n’est jamais du temps perdu.

    Peut-être qu’en réapprenant à dormir comme un animal, nous finirions par vivre… un peu plus humainement. (Crédits : Kaboompics.com/Pexels)

    Car ces deux champions nous rappellent que dormir est un besoin vital, pas un luxe. Et vous, de quel côté penchez-vous ? Dormeur par pointillisme ou au contraire marmotte assumée ? Dans un monde en perpétuelle agitation, peut-être avons-nous tout à gagner à réapprendre. Comme eux, prendre de la hauteur, pour un l’art de la sieste intelligente, prendre le temps de s’offrir du temps pour soi.

  • Le bonheur des trajets (22/55)

    Le bonheur des trajets (22/55)

    Comme escompté, rien de folichon à voyager en bus. C’est un trajet qui dépend souvent de la personne qui est assise juste à côté de vous. Après dix heures de périple, dont la moitié au côté d’un individu sous l’empire alcoolique, un autre trajet s’enchaîne pour récupérer la voiture de location. Un retour dans une auberge déjà visitée, une pizza à l’espace guinguette, et l’accès au Wi-Fi pour préparer les deux semaines à venir, tout ça en une journée de plus de treize heures.

    « Levé à 7 h 45, mon bus m’attend en bas de l’auberge », bâille Flavien. À 8 h 30, il s’envole pour dix heures de trajet en autobus, le rêve. « Un parcours, avec une heure de correspondance à Dunedin, que je connais bien désormais. » Après la pause casse-croûte de 12 h 15, le trajet de l’après-midi s’annonce fastidieux. « Un mec bourré, imprégné d’une odeur de cannabis, s’assoit à côté de moi. Il s’enfile plusieurs canettes, et parle espagnol… tout seul. » Enfin, Flavien arrive à Christchurch à 19 h 25, dans une auberge où il passe deux nuits, trois semaines en arrière.

    En route pour de nouvelles aventures

    Ce matin du mardi 7 janvier 2025, Flavien monte à nouveau dans un bus. « Je rejoins l’agence de location où une Toyota Camry, louée pour 61 NZD par jour, est à récupérer pour midi. » La chance sourit aux audacieux, comprend Flavien. Il se présente dès potron-minet, à 9 h 30. « C’est une bonne idée, elle est disponible », se réjouit-il.

    « J’hésite à me rendre au mont Cook ou à faire un arrêt au mont Hutt. » Ce dernier est réputé comme spot pour la botanique, et accessible via une station de ski. La météo est radieuse, Flavien effectue ce petit crochet. « J’emprunte la piste qui mène à la station de ski à 1650 m d’altitude. » C’est sans savoir que, dans les deux semaines à venir, des pistes comme celle-ci, il va en pratiquer tous les deux jours.

    Elle est longue, près de quatorze kilomètres, mais acceptable. « Je monte jusqu’à 1400 m où une barrière me stoppe. »

    Flavien nous décrit le panorama qui s’offre à ses yeux. « Dénudée, la vue sur la côte est impressionnante. Les paysages agricoles tracés au carré, en contrebas, tranchent avec la montagne minérale et indomptée. Un fleuve traverse ce paysage, le contraste est saisissant. Il est temps de prendre la marche en direction du mont Hutt à plus de 2100 m. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le « Rakaia » est le fleuve des plaines de Canterbury où se trouve Flavien. Il est l’un des plus grands cours d’eau tressés de Nouvelle-Zélande. Le sommet qu’il souhaite rejoindre culmine exactement à 2185 mètres. Le soleil en montagne n’a pas la même incidence qu’en plaine. « Le soleil tape fort, très fort. Je me badigeonne de crème solaire, c’est assez rare pour le dire ». En Amérique du Sud, il avait oublié de se protéger, et avait dû marcher avec un pull sur ses mollets cramoisis…

    Le cousin Weta

    La montée est épuisante, mais elle récompense l’aventurier. « Je trouve mon premier Weta. » Il est le spécimen emblématique des insectes géants de Nouvelle-Zélande. « Au sommet, une jeune Néo-Zélandaise arrive au même instant que Flavien. Elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un ici, à vrai dire moi non plus, explique Flavien. Il n’y a aucun tracé sur les cartes pour arriver jusque là… » À cette altitude, le naturaliste s’étonne de la profusion de petits insectes et de coccinelles. Pas une seule plante, seuls des cailloux tapissent le sol.

    « Avant la croupe sommitale, je trouve une véronique arbustive et une épilobe qui semblent s’être perdues dans cet environnement minéral. » Pas un nuage dans le ciel. « Je prends ma dose d’UV, mais quel pied ! » Sur le retour, Flavien rencontre des plantes aux environs des 2000 m. Mais aussi une denrée rare et essentielle à toute vie : de l’eau, qui sort de nulle part. De retour à la station de ski Mt Hutt, « je croise un Néo-Zélandais d’origine australienne, il est monté jusqu’ici en VTT, frappé… »

    Subjugué par cette prouesse sportive, Flavien entame la discussion. « Il me confie que des Européens, les Français, lui semblent les plus aventureux. » Un conseil distillé pour un autre chemin permet au naturaliste de trouver deux plantes incroyables : Haastia sinclairii et Hastia recurva. La descente est longue, seule la nature l’accompagne. « De retour à la voiture pour 18 h, je fais un ultime arrêt pour observer de magnifiques coussins de Raoulia eximia. »
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Peu visible au sommet du mont Hutt, Flavien se dirige vers le mont Cook, à plus de quatre heures de route. « La météo se dégrade. Les essuie-glaces donnent le tempo. Les phares s’allument. Je vais conduire de nuit pour la première fois », souligne l’aventurier du bout du monde. Au bout de trois heures et demies de conduite, « je m’arrête sur une aire de camping, normalement réservée aux vans. Mais qui va me dire quelque chose à cette heure-là… » Le siège passager sera son meilleur allié pour cette première nuit avec la voiture. À suivre…