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  • Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Le chaud et le froid au sommet (36/55)

    Flavien se lance un challenge, l’ascension du deuxième plus haut volcan de la Nouvelle-Zélande. Celui qui est désormais est une personne à part dans la culture maorie se nomme Taranaki. Mais c’est sans compter sur la météo changeante. Ce lieu tient à cœur au naturaliste. La hauteur de 2518 mètres nécessite de s’équiper en conséquence. Pour autant, la déception de ne pouvoir le gravir serait une immense déception pour l’aventurier du bout du monde. Mais pourra-t-il réaliser son rêve, rien n’est moins sûr.

    Pour cette fin janvier, Flavien s’offre, une perspective, une respiration, une journée intense. Mais, comme les jours précédents, il débute par une grasse matinée. Car, malgré ce qui l’attend, il prend le temps de se lever. « Aujourd’hui je dois tenter l’ascension du Taranaki, deuxième plus haut volcan de Nouvelle-Zélande. » L’idée est de dormir à son sommet. Une histoire à dormir debout, car très peu de personnes tentent cette expérience. L’ascension y est périlleuse, plus d’une centaine de personnes y ont déjà laissé la vie.

    Fort coup de vent sur le Taranaki

    Avant de s’attaquer à pareille aventure, il est nécessaire de parer à toute éventualité. « Le temps nécessaire à l’ascension est de cinq ou six heures », relativise Flavien. Il se rassure en prenant conscience de la difficulté. « Je suis en pleine forme physique et mentale. J’ai le matériel et le consommable. Les prévisions météorologiques sont formidables. » Elles sont bien meilleures avant de nombreux jours, ajoute le naturaliste à haute voix. Donc, aux environs de 9 h 30, Flavien quitte l’auberge, non sans une petite appréhension. Ce qui m’attend n’est pas rien, pense-t-il.

    Chemin faisant, il se dirige vers un magasin de randonnée pour un sachet lyophilisé et une bouteille de gaz. « Je ne veux pas tomber en rad de gaz là-haut, surtout s’il fait très froid et que je dois me réchauffer. »

    N’ayant pas de transport en commun pour rejoindre le départ de la randonnée, l’aventurier du bout du monde tend son pouce sur l’avenue principale. « Le prix de la navette pour effectuer les 30 km de route est exorbitant. » À peine, il enclenche le mouvement du bras, qu’un automobiliste stoppe à sa hauteur. « Un Néerlandais, qui vient d’acheter son Van, roule à la cool. Le sac sur les genoux, le trajet aura été rapide, à peine dix minutes », s’amuse Flavien.

    La désillusion

    Il le dépose à l’intersection des deux routes et continue son chemin. Le naturaliste patiente un quart d’heure. « Un Américain s’arrête ! Nous allons au même endroit, c’est parfait », se réjouit-il. Il dépose Flavien à la maison du parc national et là mauvaise nouvelle : « ça vente fort. La ranger du parc national me déconseille fortement de m’y rendre, les rafales de vent y dépasseraient les 150 km/h. »

    Cerise sur le gâteau, les nuages s’agglomèrent au sommet. « Quelle désillusion, je n’ai que cette idée en tête. Il me faut de longues minutes pour accepter et me raviser. » Demain les conditions s’améliorent. « J’ai trois jours de nourriture, donc, comme solution de replis, je décide de faire le Pouakai trek en attendant. » Il s’acquitte des 10 NZD pour l’emplacement, et prend la direction de Holly Hut à 17,5 km d’ici, à côté de laquelle « je poserai ma tente. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il est bientôt midi à sa montre, quand il prend le départ. « Je me presse, mais les magnifiques forêts que je traverse ne m’aident pas. Je fais des pauses pour photographier les forêts, en particulier Cordyline indivisa, qui donne une incroyable touche d’exotisme dans ces forêts vierges. » Il descend 300 mètres de dénivelé pour atteindre l’ailtude de 660 m. « C’est sur ce chemin que je trouve une orchidée épiphyte en pleines fleurs… et, Dawsonia superba, la plus grande mousse du monde. »

    Un pas en arrière

    « La dernière fois, je me suis trompé dans mon identification, c’était Polytrichadelphus magellanicus, mais cette fois, je suis sûr de moi. » Elle est presque aussi haute que son avant-bras, indique-t-il avec respect. Un pied devant l’autre « je rejoins Henry Peak, à 1224 m. Un vent à décorner un bœuf, il me déporte dangereusement par moment. » Bien qu’il a connu pire, il enfile néanmoins des couches supplémentaires.

    Conscient des bourrasques, Flavien admet la dangerosité et le conseil de la Ranger. « Je suis content de m’être ravisé, je n’ose même pas imaginer comment ça souffle à 2518 mètres d’altitude. »

    Une couverture nuageuse s’installe. Elle gâche un peu la vue, souffle Flavien dans sa moustache. « J’arrive près du lac Mangamahoe connu pour servir de miroir au Taranaki mais les vaguelettes m’empêchent de faire la photo digne de ce nom. » Le vent se lève, il est tout juste dix-huit heures. « Je ne traîne plus, il me reste presque deux heures de marche », explique-t-il en enfilant gants et bonnet avant la descente vers Holly Hut, à 1000 m d’altitude.

    « Je traverse de magnifiques forêts dominées par Libocedrus bidwilii, un conifère aux troncs tortueux et à l’allure squelettique », commente le naturaliste. Sa descente à la lumière du crépuscule se clôture, par la traversée d’une tourbière, milieu assez rare en Nouvelle-Zélande. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Quelques gouttes se mettent à tomber. Étonnement, elles annoncent le beau temps. « À peine arrivé, le sommet du volcan Taranaki se dévoile. Le vent se calme. » Timing et conditions idéales pour monter la tente. Juste à côté des deux autres installées sur le camp. Il est l’heure de se restaurer. Au menu du soir « Je fais des… pâtes of course ! » Pour varier les plaisirs, cette fois c’est au pesto Rosso. « Ceux qui étaient là avant ont fait un feu, c’est agréable de s’asseoir au chaud, car ce vent m’a bien refroidi. » Une fois repu, au chaud, Flavien tente de vaquer à ses occupations quotidiennes « mais le sommeil m’emporte. » À suivre…

  • Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Flavien se met aux fourneaux en Nouvelle-Zélande (34/55)

    Après plusieurs jours avec le luxe d’une voiture de location en Nouvelle-Zélande, les journées s’allongent et les trajets deviennent des parenthèses. Entre le linge qui sèche mal, la conduite du bus cahoteux et les envies de cuisine improvisée, le voyageur avance au rythme des rencontres. À Kaïkoura, il retrouve la mer, la lumière et l’envie de se poser… un instant avant de reprendre la route vers l’île du Nord. Mais c’est aussi l’expérience des trajets en bus qui fascine l’aventurier. Une étape tout en lenteur, ou presque, en fatigue heureuse et plaisirs simples.

    Ce matin c’est presque une grasse matinée pour Flavien. « Je sors du lit à 9 h 45. » Tout semble indiquer une véritable grasse matinée, mais une fois de plus Flavien veille très tard. Le résultat est une nuit comptable somme toute normale. Il doit effectuer son check-out à 10 h… mais ses vêtements ne sont pas encore tous secs. « Je descends dans le hall de l’auberge où j’étends mes vêtements sur les chaises tel un clodo, personne ne me dira rien alors tant mieux », souffle-t-il.

    De Christchurch à Kaïkoura, entre fatigue et liberté

    C’est ainsi qu’il profite du canapé de l’auberge jusqu’à midi. « Mon bus pour me rendre à Kaïkoura est prévu à 14 h 30. » Il profite de ce temps pour se rendre en ville et s’acheter un en-cas avant de filer jusqu’à l’arrêt de bus. Tel l’habitué, Flavien n’a plus besoin de carte ni de boussole pour se déplacer dans la seconde plus grande ville de Nouvelle-Zélande. Concentré sur l’écriture de son récit journalier, il commence à ressentir les soubresauts de la conduite du chauffeur. « Il conduit comme un dératé. Je commence à avoir mal à la tête, je finirai plus tard. »

    Arrivé à Kaïkoura, Flavien parcourt le kilomètre qui sépare l’arrêt de l’auberge. À peine le sac posé, il repart, mais cette fois en direction du supermarché. « Pour une fois j’ai envie de cuisiner. J’achète des patates, des champignons, une bavette, un yaourt et même des chips, c’est l’orgie ce soir ! »

    La cuisine est pleine de monde… Ses patates au creux de la poêle n’en finissent pas de cuire. « Deux Françaises me donnent du beurre, tout en discutant. Je m’installe à leur table. »

    Originaires de Paris, elles arrivent de Nouvelle-Calédonie, l’une est médecin, l’autre prof de judo. « Nous taillons la bavette, pendant que la mienne cuit sur le barbecue à disposition. Elle est cuite avant les patates qui sont sur le feu depuis bientôt une heure… Décidément. » (Crédits : Gabriela Palai/Pexels)


    Tandis qu’elles se retirent, un couple de Néerlandais s’installe à côté de moi. La discussion se propose : « Je leur parle des deux mois de stage que j’avais faits là-bas en 2017… » Finalement l’aventurier termine son repas sans avoir vu la soirée passée. Comme hier, la journée n’a pas été des plus excitantes, mais importante pour réfléchir à la suite du voyage. Les compteurs d’écriture remis à zéro, « je peux désormais réfléchir à la suite. »

    Une balade ensoleillée à Kaïkoura

    Ce matin c’est une nouvelle grasse matinée. « Je me réveille après 9 h, à croire que c’est la décadence. » Sauf qu’il s’est couché bien après minuit. Le temps est favorable, dans les deux sens. « Je prends le bus à 18 h, donc je décide de faire une rando de quatre heures et douze kilomètres », affirme-t-il. Pour la première fois depuis quelques jours, le baroudeur se projette. « Sur la terrasse ensoleillée de l’auberge, je réserve la prochaine auberge et le ferry, afin de définitivement quitter l’île du Sud pour celle du Nord. »

    Il anticipe pour le trek dans le parc national du Tongariro avant qu’il n’y ait plus de place. « Je dois faire l’impasse de deux étapes par manque de place pour poser ma tente. » Un inconvénient pour l’aventurier. « Je n’aime pas faire ça, car je ne peux pas gérer la météo, mais je n’ai malheureusement pas le choix… Même chose pour l’île de Tiritiri où je désire aller avant de quitter le pays », concède-t-il.

    Mais la chance lui sourit. « Il reste une place, que je réserve de suite. Ça me laisse moins de marge de manœuvre, moins de place à l’improvisation que j’apprécie. »

    Après avoir dévoré la fougasse achetée la veille, il file vers la péninsule de Kaïkoura. Elle est connue et reconnue pour ses baleines croisant au large. « Je reste sur la terre cette fois. Je rejoins l’extrémité de la péninsule où il est censé y avoir une nouvelle colonie d’otaries. »

    Sac de vingt kilogrammes sur le dos, « je n’ai pas voulu le laisser à l’auberge, mais j’aurais peut-être mieux fait. Porter ces 20 kg pour rien pendant 12 km n’est pas la meilleure idée de mon voyage. » Il a tout de même dissimulé son sac de victuailles dans un buisson non loin de l’arrêt de bus. « Pas un seul nuage, il fait chaud, heureusement qu’il y a un petit vent pour se rafraîchir », transpire Flavien. La géologie revêt une importance à ses yeux. « Je photographie des falaises et des rochers qui sont très classes. »

    En tant que touriste, il admet que l’endroit fait très station balnéaire. « C’est compréhensible, avec plus de 2000 heures d’ensoleillement par an, c’est l’un des endroits les plus ensoleillés du pays. » Arrivé au cap, il observe les otaries de loin, les ayant déjà mises sur papier glacé de nombreuses fois. « Avec ce beau temps, la balade est agréable, comme la vue panoramique. » (Crédits : Kari Kittlaus/Pexels)


    Mon premier est le Soleil. Mon second est un gourmand. Mon troisième est une randonnée. Mon tout est Flavien qui s’offre une glace gigantesque bien méritée. Le bus part à l’heure prévue. « Je prends place côté mer pour observer cette côte qui m’a tapé dans l’œil à l’aller. » Le chauffeur, très sympa, conduit mieux que celui de la veille, constate le baroudeur. À son arrivée à Picton, il est déposé devant l’entrée de l’auberge. Elle est très accueillante, dans son jus, et le propriétaire est une crème. L’ensemble pour 13 € la nuit, se réjouit Flavien. Les affaires posées et la douche prise : « Je cuisine ce qu’il me reste dans le fond du sac, c’est-à-dire des pâtes, du parmesan et un tube de sauce tomate. C’est agréable de cuisiner là, il n’y a pas grand monde et c’est très calme, ça change de précédentes auberges. » À suivre…

  • Périple dans la « Petite Patagonie » (32/55)

    Périple dans la « Petite Patagonie » (32/55)

    Ce matin Flavien prend le temps de s’offrir du temps. La nuit, bien que passée dans un camping, est agréable. Un sommeil court, mais réparateur sur un matelas qui tient la route, grâce aux rustines. Cette journée est légère en activité. Tant et si bien que Flavien traîne. Au menu, le plus haut col de la Nouvelle-Zélande, Island Saddle. Petit détail, il se trouve au bout d’une piste… de 40 km. Il est accessible, selon les autochtones, à tous les véhicules, en théorie.

    La tente rangée, les affaires chargées, place à la conduite en direction d’Island Saddle. « J’ai demandé au gérant du camping si c’est envisageable de le faire sans 4×4. Il réponds que oui », explique l’aventurier du bout du monde. La confiance ne tient qu’à peu de choses. « Je me suis mis en tête que je peux le faire avec ma berline. » Elle en a vu d’autres désormais, pense-t-il… « Le début est bien rugueux, mais les trente kilomètres qui suivent sont largement carrossables. Il m’arrive même de monter à 50 km/h », s’enorgueillit Flavien.

    Le No Man’s Land néo-zélandais

    « Plus j’avance dans ce “no man’s land”, plus la météo s’améliore, plus le paysage devient steppique. » Flavien affiche un sourire non dissimulé au volant. « Je suis heureux d’avoir osé. J’ai envie d’appeler ce coin-là petite Patagonie, tellement j’ai l’impression de revoir les paysages argentins. » Il admet à mots couverts par le ronronnement de sa berline : « Si on me montrait une photo, je serais bien incapable de faire la différence, si je ne différenciais pas les plantes. »

    Après plus d’une heure à soulever de la poussière, à croiser des motos, il fait escale au col, à 1370 m d’altitude. « La température a chuté, le vent a forci… Encore de quoi me rappeler des conditions qui me seraient presque familières. » Cette fin de matinée est occupée à photographier, dans le pierrier qui juxtapose le col, Lobelia roughii et Wahlenbergia cartilaginea.

    « Je passe près de deux heures à user ma semelle dans ce paysage minéral pour trouver les deux espèces en fleur. L’une est précoce, l’autre est tardive. Une mission impossible menée à bien. »

    Durant tout ce temps, il conserve ses quatre couches de vêtements. Puis, vers 14 h, « je regagne la voiture pour casser l’habituel casse-croûte fait de pain, de fromage et de banane, mais pas en même temps. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    L’objectif est réussi alors le baroudeur se pose et profite du paysage. Il contemple ce tableau qui se dessine. Ce rêve en couleurs s’imprime sur une toile appuyée sur le chevalet. Parfois, une moto peint avec délicatesse une empreinte blanche sur cette œuvre éphémère et imaginaire. « Sur le retour, je m’arrête au bord du lac Tennyson. »

    Le nom fait déjà américain, mais c’est sans compter sur les Néo-Zélandais et leurs 4×4 traînants leurs jet-skis, constate Flavien. Mais c’est un autre détail qui attire son regard.

    « Le lac est d’une couleur incroyable et ses berges constellées de vipérines en fleur. Les steppes quant à elles regorgent de Gentianella corymbosa en fleurs, quel tableau ! Pour couronner le tout, Aciphylla aurea, une ombellifère géante, ponctue le paysage qui inspirerait plus d’un artiste à mon humble avis. »

    Le mode touriste est enclenché.

    Il reprend le même chemin qu’à l’aller, mais « à la cool, car je sais que ça passe. Il fait beau, j’ai le bras accoudé sur la portière, la fenêtre est ouverte… La vie est belle, non ? » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il hésite à poursuivre ses investigations florales. Mais sans s’être renseignée sur l’état de la piste pour accéder au lieu, les nuages qui chargent le sommet, sachant que la pluie est annoncée pour ce soir, la sagesse le fait renoncer. « Je rentre à Hanmer Spring. » Comme à son habitude, il achète une glace et, via le spot de Wi-Fi, détermine le programme de la soirée. « Pour terminer mon road-movie, direction la péninsule de Banks, à plus de… trois heures de route, une fois encore. »

    Visibilité maximale de cinq mètres

    Flavien laisse derrière lui les collines boisées et les eaux tranquilles des sources thermales d’Hanmer Spring. La route s’étiole à travers des vallées ouvertes, avant de grimper vers des plateaux plus sauvages, balayés par le vent. Au fur et à mesure que la mer se rapproche, le paysage se transforme et annonce l’entrée dans la péninsule de Banks, où la nature semble inchangée depuis des siècles, intacte et majestueuse.

    Arrivé sur l’isthme au soleil couchant, le baroudeur n’a pas réservé de lieu où dormir. « Je me gare sur un parking, à côté d’une table de pique-nique. » Des pâtes au pesto à la frontale, il décide de ne pas s’arrêter là. Il monte dans sa voiture, pour grimper sur les crêtes de la péninsule, à plus de 650 m d’altitude. « La frontale bien vissée, je suis excité à l’idée de rencontrer un gecko ou un weta. »

    Les investigations effectuées justifient le lieu où il se trouve. « Mais je ne suis pas habitué à la recherche nocturne, chose plus courante chez les zoologistes. » Il débute sa chasse au trésor, à l’interface des affleurements rocheux et des buissons. Pour le moment, il fait chou blanc.

    Je ne vois pas à cinq mètres

    « Franchement, j’aurais dû venir repérer le terrain de jour. » Les falaises et dévers ne sont pas rassurants, même pour un aventurier. « La frontale est à fond, mais la brume qui s’amène ne m’aide pas, je ne vois pas à cinq mètres. »

    Soudain, un bruit. Un truc bouge dans un buisson. C’est un minuscule gecko. « Le temps d’attraper mon appareil photo, il se laisse tomber, et disparaît dans la végétation », explique-t-il frustré. Il tourne la tête sur la gauche. Et là ! « Un énorme weta est posé sur un rocher. »

    « Quelle montée d’adrénaline en quelques minutes ! Je suis aux anges ! Ça me rappelle la découverte du kiwi. » Il est heureux comme un gosse, car, en tant que naturaliste botaniste, la recherche de la faune n’est pas sa spécialité.

    « Je le photographie sous toutes les coutures. » Flavien surexcité poursuit son investigation en espérant trouver un gecko, en vain. Dans un ultime coup d’œil, là, dans un buisson, il repère un énorme phasme. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il se révèle que c’est une espèce assez rare (Hemideina ricta), endémique de la côte est de l’île du Sud. Pas mal pour le premier phasme que je rencontre de ma vie », se félicite-t-il. Le sourire illuminant la nuit, il s’en retourne à sa voiture. « Je suis fier d’avoir pu trouver ce weta, emblème de la Nouvelle-Zélande et tellement difficile à dénicher. » Il se dirige vers sa voiture pour y passer la nuit sur son habituel siège passager. Les bras de Morphée grands ouverts l’accueillent prestement, après cette incroyable journée qui ne s’annonçait pas si riche en événements. Comme quoi la persévérance est un trésor que seul le temps sait enrichir. À suivre…

  • Une véritable purée de pois (31/55)

    Une véritable purée de pois (31/55)

    La consolidation de fortune faite de pierres pour asseoir la tente au sol a tenu fort heureusement. Face au vent, Flavien a su en tirer une leçon supplémentaire. Le point météo de la veille indique que le temps est censé se dégrader dans la journée. Le nycthémère appartient à ceux qui se lèvent tôt, explique l’adage. C’est dans ces conditions que l’aventurier décide de profiter dès potron-minet de la journée de ce dix-huit janvier 2025. Le voile de la nuit se déchire à 6 h 11, heure locale, mais Flavien jouis du samedi, début du week-end, pour dormir jusqu’à six heures quarante-cinq.

    « Je me réveille assez tôt », bâille-t-il en s’extirpant de son sac de couchage. À l’instant de l’aube avancée, le soleil commence à lécher la tente : « J’étends mes affaires sur les rochers en espérant que ça sèche. » Si la nuit a été venteuse, elle fut tout aussi humide. L’extérieur de son sac de couchage est trempé, constate-t-il. Mais bousculé par l’apparition des nuages, le botaniste presse le pas. « À 7 h 30, je prends la direction du parking… à 9 km de là. » Rien de tel qu’une petite marche matinale, pour vous mettre en forme pour la journée. Il suit la crête qu’il n’a pas osé emprunter hier.

    Un repas comme à la maison

    La première partie est magnifique : « La crête surplombe une mer de nuages comme je n’en ai pas vu depuis un moment. » Une autre surprise enchante Flavien : les crêtes sont recouvertes d’innombrables coussins de Haastia pulvinaris et Raoulia bryoides, parfois R. eximia. La densité impressionne le naturaliste, bien qu’il ait déjà voyagé sur plusieurs continents.

    Trek, vue, camping

    Ce qui devait arriver arriva. « Je n’arrête pas d’en prendre des photos et je ne progresse pas d’un pouce. » Petit à petit, un tapis de coton semble boucher un à un les coins dénudés du ciel. Conscient de ce changement de temps, Flavien s’efforce tant bien que mal d’avancer dans ces énormes pierriers. « Mais il y a toujours une plante qui m’interrompt », sourit-il.

    Au bout d’un moment les nuages enveloppent toute la montagne. « Je ne vois plus rien. Les photographies ne rendent rien, donc je n’ai d’autre choix que de progresser dans cette brume. »

    Le vent, partenaire de jeu, s’immisce dans la partie. L’ambiance demeure alors très humide. Ce qui n’est pas l’idéal pour son reflex, qu’il range aussitôt dans le sac. « J’enfile ma veste et ma capuche, car les minuscules perles d’eau s’accrochent de partout… en particulier à mes sourcils et ma barbe qui se mettent à goutter. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Son vêtement est conçu pour être imperméable, évitant que tout randonneur ne soit trempé, jusqu’à un certain point bien sûr. Autre avantage, elle laisse s’échapper la transpiration. Équipé, il accélère le pas. « Le sentier se métamorphose. Il est plus roulant et j’enclenche la seconde avant que le temps ne se dégrade encore plus. »

    Parvenu à l’étage forestier, Flavien observe une ambiance brumeuse. L’endroit revêt tout de suite un costume plus mystique. « Les forêts de Nothofagus ne m’ont jamais autant remémoré la Patagonie. » Le cortège floristique est plus intéressant et l’appareil photo sort de son fourreau.

    C’est donc après six heures de trajet, vers 13 h 30, qu’il arrive à la voiture. Ses affaires de bivouac n’étant pas tout à fait sèches, il les étale dans l’habitacle.

    « Je prends la direction d’Hanmer Springs, si proche à vol d’oiseau, mais à plus de trois heures de route », explique -t-il. L’itinéraire n’offre rien de particulier. Si ce n’est que « je passe par le Lewis Pass, un des derniers cols alpins que je n’ai pas encore emprunté. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Viande, pâte, repas

    Arrivé à Hanmer Springs en fin d’après-midi, il cherche en vain une auberge. Seul le camping propose de l’accueillir. « Il y a du monde. Je ne pensais pas que cette région était si prisée », s’étonne-t-il. Qui dit touristique, dit envolé des prix. « La place dans le camping n’est pas donnée (35 NZD, 17,5 €), souligne Flavien. Mais il y a un barbecue. » Après avoir apprécié de prendre une douche, il faut récompenser l’estomac. Il file à la supérette pour acheter de la viande et des chips, entre autres. « Je me fais plaisir. J’ai l’impression d’être en été en France. » Profitant du confort offert par la prestation, il passe sa soirée dans une espèce de salon à téléphoner aux amis et à la famille jusqu’à près de deux heures, le lendemain matin. À suivre…

  • À la recherche du canard… bleu (30/55)

    À la recherche du canard… bleu (30/55)

    Après la visioconférence d’hier soir, Flavien est aspiré par son téléphone jusqu’à tard dans la nuit. Mais, ce soir, enfin cette nuit, il dort dans un lit, le premier depuis neuf jours. Sauf que lorsque vous partagez une chambre à plusieurs, il arrive parfois des surprises. Le lendemain sa finalité est de rallier le mont Arthur, et chemin faisant de tenter d’apercevoir le canard bleu, surnommé par son cri : Whio. Il est un canard inféodé dont il ne reste que 3 000 spécimens sur Terre.

    « Hier soir, je me suis couché tard », admet Flavien. L’aventurier semble avoir des valises sous les yeux ce matin. Il faut dire que la dernière fois qu’il a regardé son téléphone, il est deux heures. Comme un bonheur ne vient jamais seul, une femme d’un âge certain s’est mise à ronfler « comme pas possible », ajoute-t-il… « La nuit ne fut donc pas celle que j’espérais », soupire-t-il en poussant le réveil jusqu’à 8 h 20.

    De la frustration au plaisir, en une journée

    La voiture chargée, « je prends la direction du mont Arthur, où je compte dormir ce soir ». La durée escomptée pour arriver à destination lui laisse du temps de libre. Pourtant, l’aventurier n’est pas coutumier du fait, a-t-il une idée derrière la tête ? « Hier soir, j’ai glané des informations pour tenter de trouver le très rare Whio. » Ce canard inféodé aux torrents est en danger selon l’IUCN. Il ne reste que 3 000 individus, dont une population de quelques dizaines autour du Mont.

    Canard, UICN, Nouvelle-Zélande

    « Après avoir emprunté une route gravillonnée, tout de même plus praticable qu’il y a deux jours, j’arrive à mille mètres d’altitude. » Flavien stationne la voiture, puis descend un torrent, le Flora Stream, sur six kilomètres !

    « J’y croyais, j’ai mis toutes les chances de mon côté, mais rien. C’est frustrant de savoir qu’ils sont là, et de ne pouvoir les observer », admet-il. Une femme croisée sur le chemin lui indique les avoir vus hier un peu plus bas. Ni une ni deux : « Je marche deux kilomètres de plus, en vain. » Flavien n’affiche pas la même réussite qu’avec le Kiwi.

    Il est treize heures, quand il jette l’éponge. « Je dois grimper au sommet à 1700 m et parcourir les huit kilomètres pour revenir à la voiture. » Il y laisse son téléobjectif, pour prendre ses affaires de bivouac et repartir à la conquête du sommet. (Crédits : Karora/Wikipedia)

    « Je prends la direction du sommet à 760 m plus haut et 8,4 km plus loin. » C’est donc une pente moyenne assez élevée à laquelle se confronte l’aventurier (9 %). Dès les premiers mètres, le naturaliste n’avance déjà plus, et pour cause. « Je traverse de magnifiques forêts à Nothofagus fusca, N. cliffortioides et Dracophyllum traversii et n’arrête pas de déclencher l’appareil photo. » Cette journée à 24 kilomètres n’est pas encore finie, souffle l’aventurier.

    Une très longue journée de marche

    Flavien tombe en pâmoison devant ce Dracophyllum qui forme de véritables arbres. Tant et si bien qu’il ne tarit pas d’éloges. « Tout simplement admirable quand on connaît les autres espèces… », concède -t-il sans pour autant terminer sa phrase. Il se met à réfléchir, se remémore toutes les forêts traversées. Puis comme surgit une illumination : « C’est l’une des plus classes », conclut-il. À 1300 m, il passe devant une des fameuses « Hut » qui lui servira de refuge de secours s’il ne trouve pas chaussure à son pied ce soir. Le sommet se trouve dans les nuages, mais il se découvre en fin d’après-midi.

    Une fois au-dessus des cimes des arbres, le paysage se laisse découvrir. La particularité du coin, les karsts. « Je ne pensais pas voir ça en Nouvelle-Zélande. C’est beau, mais il n’y a pas d’eau. Je n’ai qu’un litre jusqu’à demain matin, je n’ai pas été des plus prévoyants sur ce coup-là. »

    La marche est longue, plus il grimpe, plus des espèces nouvelles se découvrent. Un couple croise sa route, lui indique qu’il y a une place pour sa tente sur la croupe sommitale. « Ça me rassure ! Jusqu’à maintenant je n’ai rien trouvé de convenable sur cette roche saillante. » Arrivé en haut, le soleil réchauffe le corps et l’esprit.

    Seul face à la nature

    Il n’y a pas de vent au sommet, l’aventurier se retrouve seul face à l’immensité. « La vue est majestueuse, je vois même Nelson (Whakatū) d’ici. Le coucher de soleil s’annonce splendide. » Mais, un petit hic contrarie son implantation. « L’installation de la tente est technique sur ce substrat 100 % minéral, les sardines ne s’enfoncent pas, alors je fais au mieux avec les cailloux qui traînent. » Il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le vent ne se lève pas cette nuit. « Car, je ne peux pas être plus exposé à près de 1800 m d’altitude », tente de se rassurer Flavien.

    Par manque d’eau — juste un litre jusqu’à demain matin —, le repas est frugal et rustique. « Je grignote un bout de pain et de fromage que j’ai avec moi, agrémenté de quelques graines et fruits secs, c’est mieux que rien. » Le repas vite avalé, il photographie toutes les espèces qui ont colonisé le sommet. « Les réparations de mon matelas semblent tenir, je suis content pour mon dos, surtout sur ces cailloux… » (Crédits : Flavien Saboureau)

    arbre, forêt,

    La pénombre parvient, suite au coucher de soleil. Le vent arrive. L’aventurier bidouille une consolidation pour sa tente. « Sans pouvoir enfoncer de sardine, c’est du bricolage », constate-t-il en croisant les doigts pour que le vent se calme dans la nuit. La chaleur du soleil laisse place à la fraîcheur, au froid apporté par le vent. « Ça commence sérieusement à cailler maintenant que le soleil s’est fait la malle », tandis qu’un frisson lui parcourt le corps, amenant au même moment la chair de poule. À suivre…

  • Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Sans chemise, sans pantalon… (29/55)

    Après une nouvelle nuit sur le siège passager, Flavien affiche une moue dubitative, voire la tête de Grincheux. Les années se suivent, et semblent être le miroir des précédentes. Le coup de Trafalgar arrive à mi-parcours, juste après les fêtes familiales de Noël. Depuis son voyage sur l’île d’Amsterdam (TAAF) en 2021, il n’a pas profité des festivités en famille. La chaleur de ces moments ne se rattrape pas, le temps file, mais l’expérience acquise en vaut-elle la chandelle ? Est-ce que l’année 2025 sera celle du renouveau ? Seul Flavien le sait…

    « Ce matin, je ne me suis pas levé du bon pied », confirme l’aventurier du bout du monde. Le premier coup de mou du périple se présente. Comble du bonheur, la pluie lui souhaite la bonne journée. « Ça faisait longtemps », soupire-t-il intérieurement ! Voyageant seul, il ne peut compter que sur lui pour se remonter le moral. C’est ainsi qu’il se lève, et se prépare à se ceindre les reins.

    L’indécis part en voyage

    Pas vu pas pris, dirait le légionnaire. « Je ne tarde pas à prendre la route, car il est interdit de dormir sur ce parking. » Avant que quiconque débarque, il file en direction de Fox Glacier. Après près de deux heures de route, passant parfois dans des forêts millénaires incroyables, savoure-t-il, « J’arrive à Franz Joseph, l’étape du matin. » Cette petite ville s’est construite avec le tourisme du glacier qui la surplombe.

    Glacier, neige, nature

    Partir à la découverte des glaciers Fox (Te Moeka o Tuawe) et Franz Josef (Kā Roimata o Hine Hukatere) est une pérégrination incontournable pour les aventuriers. Au cœur du Westland Tai Poutini National Park. Le voyageur se sent minuscule, témoin d’un monde en équilibre fragile, où chaque pas rappelle que la beauté peut s’effacer.

    Le temps très brumeux laisse place à la pluie. Flavien marche sur un kilomètre pour admirer la vue sur le glacier. « Il est aujourd’hui à plus de 3 km de là alors qu’il était ici quelques décennies plus tôt, impressionnant. »

    Le glacier recule, la vallée s’élargit, et pourtant, au cœur de cette blancheur, demeure le sentiment de toucher du doigt quelque chose de plus ancien que l’homme. « Finalement, je rallonge la marche par une petite rando de 4,5 km. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Avec ce temps, rien d’exceptionnel à se mettre sous la dent. Mis à part Dawnsonia superba, la plus grande mousse du monde, « J’avais oublié qu’elle poussait en Nouvelle-Zélande, elle ». Flavien reste indécis sur le programme de la journée, déjà entamée. Seule certitude, le coucher de soleil sur les Pancakes Rock ce soir, à 3 h 30 de trajet au nord d’ici, commente-t-il. « Donc, avant de reprendre la route pour une énième fois, je passe au DOC. »

    L’avantage est que, mis à part la fonction officielle, il fait office d’office de tourisme. L’aventurier en profite pour remplir ses gourdes et jeter un œil à ses messages.

    « C’est toujours un moment à part d’allumer le Wi-Fi. » La connexion au monde irréel de l’Internet où tout un chacun partage tout et rien. « C’est comme un sentiment de solitude quand on voit ce que les amis font entre eux. »

    C’est à cet instant qu’il apprend une nouvelle qui ne le ravit pas du tout. Mais la vie nous enseigne à faire face aux mésaventures. « Tant qu’à faire, autant savoir ça aujourd’hui. L’avantage est que ça ne me casse pas une super journée », se rassure-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    mer, océan, nature

    Chamboulé, voire émoussé, il se place devant le volant et avale l’asphalte pour réfléchir. Au fur et à mesure, le soleil fait son apparition. Flavien est désormais moins seul. D’autant que quelques Rhopalostylis apparaissent en bord de route. « C’est l’unique palmier de Nouvelle-Zélande, que je n’avais pas encore vu sur l’île du Sud. »

    À défaut d’une glace, des Pancakes Rock

    C’est en fin d’après-midi que l’aventurier du bout du monde arrive près des Pancakes Rock. Frustré de n’avoir pas trouvé une glace à croquer à Haast, il espère se rattraper. « Je prends un cornet avec deux boules », se réjouit le jeune homme. Il faut se faire plaisir, pense-t-il tout haut. Mais un autre l’attend patiemment. « J’enchaîne par une modeste rando de 4 km dans la vallée des palmiers. Romain me l’a recommandé. Il avait raison, j’en suis ravi. » Des milliers de palmiers poussent au milieu de fougères arborescentes dans des gorges calcaires, qui sont dignes de celles du Tarn, ou presque s’amuse Flavien.

    Pancakes, Rock, New-Zealand

    Des dizaines de Wekas — ces petits râles aptères et endémiques que je n’avais rencontrés que très brièvement sur Ulva Island — traversent le chemin sans peur. « J’ai le loisir de les photographier sur toutes les coutures. »

    Le futur s’annonce pluvieux. Direction le point Wi-Fi pour organiser la journée du 15 janvier, donc demain, murmure-t-il. « Je réserve une auberge. Ça fait neuf jours que je n’ai pas dormi dans un lit. Oui, je sais, j’ai connu pire, mais si je veux recouvrer mon quota de sommeil pour mes derniers moments avec la voiture de location. »

    Mais un autre événement le conduit aussi dans cette auberge. « J’ai une visioconférence pour l’atlas des TAAF dans la soirée, il me faut donc un endroit calme et adéquat. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    La soirée se finit près de ces fameux Pancakes Rock à admirer le coucher de soleil… nuageux. Voir le verre à moitié plein, dit le sage. « Ces formations dolomitiques sont impressionnantes. » Flavien réussit tant bien que mal à les photographier. Avant de dénicher un nouvel espace de stationnement pour y passer la nuit, Flavien dîne sur le parking du glacier, le réchaud à même le bitume. « Pourquoi ? Parce que je suis juste à côté des toilettes pour accéder à l’eau et pouvoir faire la vaisselle, pardi ! ».

    Une vie sans sous-vêtements…

    Comme la précédente, « je dors sur un parking interdit à la nuitée ». L’auberge qu’il a réservée pour ce soir se trouve à Nelson. Il n’y a que quatre courtes heures de conduite pour s’y rendre, « alors il faut que je comble mon trajet vers le nord », songe Flavien, une idée derrière la tête.

    Durant la matinée, il emprunte la route longeant la côte Ouest. « Elle est magnifique », commente le naturaliste. Il effectue quelques arrêts, mais le plus important est réservé à Westport, la « grosse » ville du Nord-Ouest. Sur place, le mode tourisme est activé. « J’aime bien l’ambiance de la petite rue principale. Je me fais plaisir, et je m’offre un chocolat chaud. »

    Charité bien ordonnée commence par soi-même, Flavien !

    « En venant, j’ai vu sur un panneau qu’une colonie d’otaries n’était pas loin. » Un spectacle observé à plusieurs reprises, mais comme à chaque fois la magie opère. « La colonie n’est pas aussi importante que j’espérais, souffle-t-il. Je regarde les jeunes jouer et pousser leurs cris qui me rappellent de nombreux souvenirs. » (Crédits : RyanMcGuire/Pixabay)

    laverie, vêtements, lessive

    Puis, il reprend le volant, la route continue. « Je traverse très peu de villages, c’est sauvage », explique-t-il. Jusqu’au moment où un panneau indique qu’il n’y a plus de stations-service pendant les prochains 100 km. C’est à ce moment que, malgré la certitude du réservoir plein, l’œil de Flavien se fige sur la jauge à carburant.

    Le bonheur simple de s’allonger sur un lit

    Avant de voir le panneau de la ville de Nelson, Flavien ondule dans les gorges de Buller. C’est un endroit où la rivière du même nom (Kawatiri) chemine entre falaises de schiste et de grès. Elle ouvre inclusivement la vision d’une nature sauvage et secrète à chaque visiteur. « J’effectue quelques pauses dans les gorges que je serpente », avoue l’aventurier en filant vers Nelson… La grande localité se niche au nord de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, qu’il atteint à 14 h 30.

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    Sa réservation située au cœur de ville offre peu ou pas de gratuité au stationnement. « Je trouve une place pour seulement 3 NZD (1,5 €) pour être garé jusqu’au lendemain matin. »

    Mais à 15 h arrive la délivrance. « Je m’allonge enfin sur un lit, neuf jours plus tard… » Un plaisir que tout un chacun goûte quotidiennement sans en prendre la pleine conscience. C’est aussi le moment de la grande lessive de printemps, pour le contenu et le contenant.

    « Pour seulement 8 NZD, tous mes vêtements sont propres et secs. » Donc, à la place d’examiner les habits tourner et se retourner dans la machine à laver le linge, il en profite pour faire ses emplettes. Mais comme l’ensemble de ses vêtements, ou presque, se contemple à travers le hublot, « je me promène à Nelson sans sous-vêtements en attendant… ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il prend enfin le temps de se pencher sur son matelas. Grâce aux rustines présentes dans son sac, la réparation semble tenir. « Je croise les doigts », prie Flavien. Avant de s’installer dans le lounge pour sa visio : « J’engloutis une pizza bien grasse pour changer des pâtes au pesto et du fromage. » L’équipement utilisé depuis sa première expédition sur l’île d’Amsterdam s’use. « Aussi, cet après-midi j’ai acheté de nouveaux écouteurs, car les anciens arrivaient en bout de course, comme une partie de mon matos d’ailleurs… » Sa réunion dure 2 h 30, mais il passe le reste de la soirée sur son portable, le confort d’un lit fait tout oublier, même le temps qui file à toute vitesse. À suivre…

  • À mi-voyage, Flavien court toujours (28/55)

    À mi-voyage, Flavien court toujours (28/55)

    Une arrivée tardive au camping hier soir, une tente montée en deux temps, trois mouvements, un matelas dégonflé depuis deux jours… Même en ajoutant des vêtements, il reste à plat. Tant et si bien que la nuit n’a pas été bonne. Comme attendu, l’expérience ne sert qu’à partir du moment où l’on en dispose. Cette quantième du 13 janvier 2025 ponctue la moitié de son voyage en Nouvelle-Zélande. Un parcours marqué de nombreuses confrontations, mais l’autre est tout aussi savoureuse.

    « Je me suis réveillé à 3 h 40… Impossible de me rendormir sur ce matelas dégonflé. » Il grimpe donc en pleine nuit dans la voiture. Ainsi il somnole sur le fameux siège passager, son meilleur ami du moment, jusqu’à 7 h 45. « J’attends l’ouverture de l’accueil du camping (Alexandra Tourist Park) pour payer les 28 NZD de la nuit puis direction Old Man Range (Kopuwai), une chaîne de montagnes reconnue pour sa flore », commente-t-il.

    Une belle frayeur… au volant

    Les paysages aux alentours sont dénudés… Pas une forêt à l’horizon… « Quel pays de contrastes ! » N’ayant pas réussi à glaner quelques informations sur l’accès, Flavien, bille en tête, attaque le chemin de gravier comme les jours précédents. Un léger détail s’accroche : il y a 1400 m de dénivelé à grimper cette fois. « Au bout de quelques centaines de mètres, je me rends compte que le terrain est bien plus compliqué et que ça ne va pas en s’arrangeant. J’ai peur pour ma caution… »

    Finalement au bout de quatre à cinq kilomètres de conduite, « je juge qu’il est plus prudent de m’arrêter ». Sage décision, semble-t-il. « Le chemin est inaccessible sans un 4×4. J’ai patiné dans la montée… Les gros cailloux me procurent des frayeurs pour le bas de caisse. »

    C’est statué ! L’aventurier marche durant les cinq mille mètres et les huit cents mètres de dénivelé, quand après un minuscule quart d’heure un 4×4 arrive à toute allure. « Je lui fais signe de s’arrêter, ce qu’il effectue par chance. Je balance mon sac à l’arrière du pick-up, et me voilà parti à vitesse grand V ».

    Le duo discute tout au long des dix petites minutes nécessaire pour gravir la difficulté. « Il fait du 50 km/h sur ce terrain défoncé, alors que j’arrivais à peine à faire du 10, voire 15 km/h de mon côté », s’insurge Flavien. (Crédits : Dovonan Kelly/Pexels)

    Le chauffeur s’épanche sur sa condition. Il est maçon, et il est parti chercher de l’or. Incroyable, songe Flavien. Le pick-up, l’or, un accent américain, tout pour faire penser aux USA… remarque le naturaliste. « Je sais que la région fut un haut lieu de la ruée vers l’or, mais j’ignorais que certains en cherchaient encore. »

    Il dépose Flavien et son sac au sommet, à près de 1700 m. « Le temps est au beau fixe, une nouvelle fois, quelle chance. Alors qu’il fait chaud en bas, à présent il me faut mettre deux couches. » Le paysage est dénudé à l’extrême, l’aventurier du bout du monde n’a jamais vu des fellfields aussi étendus, se confie-t-il. « Le chercheur d’or m’expliquait qu’il y a encore deux mois la glace s’accrochait aux rochers, compte tenu du vent donc du froid qui peut régner ici. » C’est un mont Ventoux néo-zélandais poussé à l’extrême, sourit-il de sa comparaison.

    Le royaume nu des fellfields

    En aparté, un fellfield est une haute plaine pierreuse, balayée par les vents, où la terre se mêle aux roches brisées, comme si la montagne avait éclaté en éclats d’ardoise. C’est surtout un monde de silence et d’austérité, au-delà de la limite forestière, là où seuls survivent les plus robustes : des coussins végétaux, des mousses tenaces et des fleurs alpines miniatures.

    La lumière, sur les pierres, s’y réfléchit comme sur une mer pétrifiée. À l’image du sol qui reflète les rais du soleil comme sur une route mouillée, Flavien y marche comme sur le toit du monde, dans un décor sculpté par le temps, l’eau et l’air, un lieu de dénuement le plus total, mais d’une extrême pureté.

    C’est un écosystème que l’on retrouve dans les Alpes du Sud ou sur certaines crêtes volcaniques, et qui témoigne de la force d’adaptation du vivant dans les environnements les plus rudes. « Un Raoulia et Dracophyllum muscoïdes dominent largement les communautés végétales », constate le naturaliste. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Pour trouver des espèces nouvelles, il cherche derrière les énormes rochers dominant la crête et qui rendent ce lieu unique. La crête fait plusieurs kilomètres, le paysage est vite monotone, mais prodigue une vue plongeante sur la région environnante. « Après près de trois heures de prospection, je prends le chemin de la descente. Je parcours les 800 m de dénivelé à pied. » Lorsqu’il retrouve sa voiture de location, en bas, la température monte en flèche sur l’échelle du thermomètre. « 29 °C, je ne suis plus habitué. » Il en profite pour ôter quelques couches avant de déguster, sur le pouce, un bout de pain et de fromage. Puis file sur la côte ouest en direction d’Haast, à quatre heures de conduite.

    Flavien effectue une pause près d’un supermarché. Via le Wi-Fi, c’est le point météo des nycthémères à venir. « Ce que je n’ai pas fait depuis quatre jours, admet Flavien. Mis à part deux jours pluvieux, ça s’annonce pas si mal que ça », se réjouit-il. Installé à droite, ceinture bouclée, l’asphalte défile. « Cromwell, Wanaka, Haast, les villes s’enchaînent. » Avant sa destination, une curiosité attire son œil de photographe aguerri. « Je fais une légère pause intéressée, pour aller voir une cascade non loin de la route. »

    Le gourmand-gourmet de crèmes et cônes glacés fait chou blanc à Haast. « J’espérais, en m’arrêtant à l’unique café, y trouver une glace. » Il fait contre mauvaise fortune bon cœur, sachant qu’il y aura forcément d’autres endroits pour en déguster une. Stationné à Monro Beach, il s’enquiert d’autre chose. « C’est là mon ultime chance d’apercevoir le Gorfou du Fjordland. Romain, un ami d’Ugolin, l’a vu ici l’année dernière, mais plus tôt dans la saison. »

    Le timing était parfait

    En effet, celui-ci niche d’août à novembre. « Je tente ma chance. » Après une demi-heure de marche dans la forêt vierge, Flavien arrive sur une plage de galets magnifique. « Durant deux heures, un couple scrute les gorfous en vain », se résigne-t-il. Sur la plage, à l’abri des regards derrière un rocher, il déjeune. « Enfin, j’essaie malgré les nombreuses sandflies qui veulent ma peau. »

    Difficilement supportable, Flavien se dirige vers le cap pour y trouver du vent, « seul moyen de se débarrasser de ces sandflies ». Il y rencontre le poète caché. « La côte est magnifique. Le coucher de soleil s’annonce prometteur. Je m’installe sur un rocher et contemple les couleurs qui s’accentuent de minute en minute. » Toujours pas de gorfous… « Un autre couple d’Allemands arrive, quand les dauphins nous offrent une représentation de sauts, pile au moment où le soleil passe derrière l’horizon, le timing est parfait. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Un souvenir refait surface. L’an dernier, sur le canal de Beagle, des dauphins apparaissaient au passage devant un glacier. « C’est le cadeau de consolation de ce gorfou que je ne verrai donc sûrement jamais. Il n’y aura pas de treizième espèce durant ce voyage. » Le naturaliste s’en retourne de nuit sur le sentier qu’il peine à distinguer. « Il est interdit de dormir sur le parking… Il est bientôt 23 h et il n’y a que moi sur ce parking. Alors une fois de plus le siège passager sera mon meilleur allié. ». À suivre…

  • À vos risques et périls (27/55)

    À vos risques et périls (27/55)

    La journée débute par une maxime, ou un titre de film selon votre choix : l’aventure c’est l’aventure. C’est un adage que Flavien applique dès ce matin au réveil. Aujourd’hui le naturaliste pointe sur la carte Bordland Saddle. Seule inconnue est la piste pour rallier le col. Une distance de seize petits kilomètres à parcourir, dans un sens et dans l’autre. Si la nuit sur le siège passager laisse peu de séquelles sur le dos du baroudeur, partie du corps qui reste essentielle pour tout un chacun. La vie est faite de priorités, à trop reculer, on risque de confondre vitesse et précipitation.

    Le mal de dos de la veille semble avoir disparu durant le sommeil du juste, ou du moins il demeure silencieux. La bonne surprise est cette nuit sur le siège passager. « J’étais plein de préjugés, je m’attendais à pire que ça », bien que cela ne vaille pas la nuitée sur le matelas. « Je prends la direction de ce col qui se trouve au bout de 16 km de piste. » L’appréhension le gagne. Lui qui ne souffre pas de l’impréparation. « L’inconnue dans l’équation est l’état de la piste », s’interroge Flavien.

    Une randonnée périlleuse

    Malgré les recherches effectuées, peu ou pas d’informations glanées, alors il se lance tambour battant. Au bout de quelques kilomètres sans encombre, un panneau apparaît, comme surgi de nulle part. Ce dernier peut vous glacer le sang. « La suite est aux risques et périls de chacun », lit Flavien à bord de son automobile. Un message est adjoint : « La route est déconseillée pour les deux roues motrices. »

    « Je prends mon courage à deux mains. Je serre les fesses pour ma caution… Et je m’engage… Sur la piste. » L’ambiance dans la voiture est au silence absolu, même le moteur étouffe son ronronnement. Équipé d’une berline, l’aventurier joue l’équilibriste.

    « Je n’en mène pas large. » Il parcourt la distance en une heure, et rallie Bordland Saddle. Sur le parking, chaque véhicule est un 4×4, enfin tous sauf un. « Qu’est-ce que je fais ici », se questionne-t-il.

    Je suis là pour l’aventure, non ?

    Avec tant d’efforts, la météo semble lui faire une fleur. Le climat est radieux, pour un lieu où il est censé pleuvoir le plus en Nouvelle-Zélande. À peine garé, Flavien ne perd pas de temps. Il s’attaque au dénivelé de l’unique chemin partant du parking. Après moins d’un kilomètre, le sentier disparaît et plus de traces sur son GPS non plus. « Je suis là pour l’aventure, non ? », se persuade Flavien. Malgré un panorama remarquable, le naturaliste avoue n’avoir pas eu grand-chose à se mettre sous l’appareil photo. « Je tente de rallier le sommet qui me surplombe. »

    Les graminées, appelées tussock, sculptent et déploient une unité au paysage. « Comme en Patagonie, où cela m’avait frappé, l’espace de combat entre la forêt et la zone alpine est extrêmement bien marqué, autour de 1000 m d’altitude », glisse d’un commentaire Flavien. Ça grimpe dur jusqu’au sommet à 1645 m, surtout « dans ces herbes où on n’avance pas ». L’ascension devient technique. À l’aveugle, il virevolte, tel un cabri qu’il n’est pas, de part et d’autre de la crête pour rallier la cime. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est aérien ! Il ne faut pas être sujet au vertige, ajuste-t-il. Il n’y a pas de vent, la visibilité est complète, alors avec un peu de concentration ça se passe bien. » La vue est incroyable tout en haut, admet-il avec une pointe d’émotion. « Je trouve un petit galet à l’intérieur d’un sachet, où, un Japonais a inscrit son nom après être monté ici en 2008 et 2009 », raconte le baroudeur.

    Après l’effort, le réconfort de l’aventurier

    Puis c’est le moment de redescendre. Flavien traverse quelques névés, quand il croise un couple de locaux et engage la discussion. Il projette une soirée hors des sentiers battus, ils campent en contrebas du sommet ce soir. « Quelle riche idée », ponctue Flavien. Ils sont étonnés de tomber nez à nez avec un étranger ici. « Je leur confie que si j’avais à revenir en Nouvelle-Zélande, je leur piquerais leur idée. » Oui, pour la prochaine fois, car pour s’alléger, ses affaires pour bivouaquer sont au chaud dans la voiture. « Je n’ai pas non plus de nourriture. » D’ailleurs je n’ai pas mangé aujourd’hui, borborygme son estomac lors de la descente.

    Les seize kilomètres de piste avalés, « je prends la direction du nord, plus particulièrement Cronwell (Tīrau) ou bien Alexandra (Areketanara) à plus de trois heures de route ». La voiture crie famine, alors après avoir fait le plein, « je m’arrête dans une grande surface près de Queenstown pour acheter moult denrées, et en particulier de nombreuses cochonneries. » À peine Flavien est-il assis dans la voiture qu’une fougasse, juste déballée, disparaît à vue d’œil comme par enchantement.

    « Je suis si heureux de dénicher une fougasse que j’en garde un souvenir. Comme si c’était la meilleure chose que j’avais mangée jusque là. » En tout cas la seule de la journée, jusqu’à présent. « Je profite du Wi-Fi pour trouver un camping à 1 h 30 d’ici, à Alexandra. Je n’ai pas regardé l’heure de fermeture… 21 h », remarque-t-il, en posant le téléphone et en croisant les doigts, pour qu’il arrive avant que porte soit close. (Crédits : Kyle Roxas/Pexels)

    Un ange tutélaire, discret et fidèle, l’enveloppant d’une présence silencieuse, ne le quitte jamais, et pour cause. « Heureusement qu’une employée fait des heures supplémentaires… Elle me donne un emplacement que je payerai demain matin », sourit le béni des Dieux. Heureusement, car les batteries pour l’appareil photo sont à plat. Après deux jours de transpiration intense, la douche est plus que bienvenue. « Je n’ai toujours pas eu le temps de regarder à mon matelas. Je le pose quand même dans ma tente en ajoutant quelques couches de vêtements en dessous. On verra bien ce que va donner la nuit… » À suivre…

  • Une course contre la montre… (26/55)

    Une course contre la montre… (26/55)

    Après une journée à conduire d’est en ouest, Flavien aspire à une nuit réparatrice. Jusqu’ici tout va bien… C’est sans compter cette nouvelle expérience nocturne, dont il se serait bien passé. Durant la nuit, petit à petit son matelas se dégonfle, se dégonfle… pour ne devenir qu’une fine couche de tissu. Un mal de dos, un lumbago, une lombalgie… bref. Puis, l’aventurier, pour éviter les tracas d’horaires, prend toujours une marge supplémentaire de temps à chaque rendez-vous. Ce qui est efficace quand vous êtes seul…

    « Ce matin, je ne me réveille pas sous les meilleurs auspices », grommelle Flavien en se tenant le dos telle une personne âgée. La moue des mauvais jours, barbu, ronchon… ce n’est pas un ours qui sort de son hibernation, non ! C’est juste son matelas qui s’est percé, et produit une douleur sourde et pénétrante : le fameux et célèbre « tour de reins ». La même douleur ressentie lorsque vous avez cinq à six lattes de cassées durant la nuit. « Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première fois que cela m’arrive en bivouac sauvage », relativise-t-il.

    Sur terre comme en mer, au cœur du Milford Sound

    Faute de temps, il recherchera l’origine de ce dégonflage ultérieurement. L’heure est au départ vers Milford Sound à 45 minutes de là, enfin plus ou moins le quart d’heure poitevin. Fixé la veille au soir, l’embarquement dans la voiture est prévu à huit heures avec auto-stoppeur de nationalité allemande. « Je me gare près de son hamac… mais il n’est pas prêt. » C’est donc après dix petites minutes que le duo décolle. « Mon GPS hors ligne m’indique une arrivée dans quarante-cinq minutes au Milford Sound », se réjouit Flavien. Le bateau lève l’ancre à 9 h 30, il est nécessaire d’y être un quart d’heure avant, murmure le naturaliste.

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    En réalité, le trajet durera bien plus des trois quarts d’heure prévus. La route est magnifique, longue d’une centaine de kilomètres, « c’est sûrement la plus longue des impasses que j’ai empruntées ». Comme prévu — le temps perdu ne se rattrape pas —, nous arrivons vers 9 h 15, angoisse-t-il. « Je suis stressé, avoue-t-il. Il reste encore dix minutes de marche pour rejoindre le terminal. »

    Pressée par le temps, la recherche de place gratuite (Deepwater Basin Parking) s’écourte. Ce petit parking est situé à 1,6 km de l’embarcadère. « Je paye 20 NZD pour deux heures, une machine à fric… », peste l’aventurier. Dans la précipitation, le duo franco-allemand se sépare en quatrième vitesse. Le terminal ultra touristique ressemble à un aéroport, au milieu de nulle part c’est assez ahurissant, remarque tout de même Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Tout le monde m’avait dit de faire ce tour en bateau malgré les 120 NZD qu’il coûte (60 €). » La croisière est un espace-temps de deux heures dans l’un des plus grands fjords au monde. Le bateau navigue des chutes de Bowen à celles de Striling, avec la vue sur les sommets Kimberly, Pembroke et Peak. « Je ne peux pas dire que je suis déçu… Mais je m’attendais à plus de découvertes », souffle Flavien, contrarié.

    Entre croisière décevante et randonnée grandiose, l’aventure continue

    De retour à quai, « je m’empresse de déplacer ma voiture vers un parking gratuit, pour éviter l’amende ». Bien entendu, grogne-t-il dans sa moustache, il est bien plus loin… Je dois marcher 15 minutes pour acheter de quoi à manger à l’unique café du Milford. « Je prends un hot-dog, le premier depuis des années… » Rien à voir avec son cousin chilien le Completo mangé à Santiago, juste avant son retour en France, il y a plus d’un an.

    En début d’après-midi, le baroudeur rejoint le départ d’une rando qui s’annonce grandiose avec cette météo. Pour un pays où il pleut régulièrement, le soleil est au beau fixe.

    « Je prends la direction de Gertrude Saddle, un col entre 1400 et 1500 mètres d’altitude, réputé pour la botanique. » La randonnée est aussi courte qu’elle affiche son dénivelé positif. Affichant 8,6 km aller et retour, elle débute à 785 m pour culminer à 1441 m. « Ça grimpe dur », confirme-t-il.

    Avec la pluviométrie habituelle, les roches sont érodées, ce qui en fait un paysage étonnant, confit entre deux respirations, le naturaliste. « Pour autant, le rocher accroche bien et je monte vite… Enfin, quand je ne m’arrête pas pour photographier les beaux Aciphylla qui jalonnent la rando », sourit enfin Flavien.

    « Arrivé au col, la vue sur le Milford Sound, 1500m plus bas, est époustouflante. J’ai rarement vu des paysages aussi grandioses. » D’autant que de belles espèces telles que Raoulia buchananii (ci-contre), ou Myosotis pulvinaris complètent le tableau. « Je monte un peu plus à la recherche d’autres espèces. » De retour dans la vallée, Flavien affiche une mine réjouie. « Malgré l’effort physique, j’ai préféré cette randonnée à la croisière du matin. »

    Après le bateau, la marche, place à la voiture. « Je conduis en direction de Te Anau, la plus grande ville du Fjordland peuplée de 2000 âmes. J’espère pouvoir commander une pizza. Je n’ai plus rien à me mettre sous la dent. » Il est vingt heures passées quand il arrive à bon port. Et il y a encore de l’agitation, c’est étonnant, s’amuse-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

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    La pizza engloutie, c’est encore une heure trente minutes de voiture au crépuscule. Le but affiché : rejoindre une zone de camping non loin de Blackmount, encore plus au sud. « Demain, je conduis la voiture au Bordland Saddle, à 950 m d’altitude, pour une rando très loin des habituels sentiers touristiques. » C’est encore une journée bien chargée qui se clôture. Une nuit plus reposante, espérons, sur le siège passager, car « je n’ai pas eu le temps de regarder à mon matelas ». À suivre…

  • Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Une idée pas si saugrenue (25/55)

    Il existe des journées où notre seule pensée dès le réveil est : « J’aurais mieux fait de rester couché. » C’est le sentiment que Flavien arbore au saut du lit. Pourtant et malgré les écueils, elle sera au final meilleure qu’espérée, cette « maudite journée ». Flavien découvre davantage de nouvelles choses, expérimente des situations plus ou moins amusantes. Mais comme le chat, il réussit toujours par retomber sur ses pattes. Entre formation géologique, déconvenue et rencontre, celle qui commença sur une mauvaise note finit en symphonie.

    « Quelle journée encore », sourit Flavien sans pour autant nous expliquer pourquoi. Le réveil sonne tôt ce matin, à 5 h 20 quand la pluie se met à frapper, sans discontinuer, le sol. « Je m’empresse de ranger ma tente dans la voiture, j’espère qu’elle pourra y sécher. » Une fois embarqué, Flavien prend la direction de la plage de Moeraki Boulders (Kaihinaki).

    Entrez dans la légende Maorie Ārai-Te-Uru Marae

    Elles sont des roches sphériques qui ressemblent à des œufs de dinosaures, ou encore à des extraterrestres selon les légendes urbaines. Concrétions septaires, leur formation se situe entre 13 et 56 millions d’années, soit de l’Éocène au Miocène. « Elles me font rêver depuis que je les ai vues dans une revue naturaliste il y a quelques années », explique-t-il. En aparté, ces sphères de pierre fascinent autant les géologues que les voyageurs tels que Flavien. Issues d’un lent travail, elles semblent avoir roulé depuis les profondeurs du temps, pour être contemplées, sur cette plage.

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    Les légendes maories, elles, y considèrent autre chose après le naufrage de l’arche mythique Arai-te-uru. Le filet de pêche du canoë et la gourde d’eau (calebasse) ont été transformés en pierre à Moeraki, où ils peuvent encore être vus sous la forme des Moeraki Boulders. Le canoë lui-même est resté à Shag Point. Entre science et épopée, ces boules offrent un spectacle où l’imagination se mêle au ressac.

    Pour faire une belle photo, l’aventurier minimise les aléas, jusqu’à l’heure de la marée basse. « J’ai pris un camping proche de la plage, car le soleil est censé se lever à 6 h 01 », commente Flavien en conduisant. La plage, qui accueille ces formations délicatement posées sur le sable est orientée à l’est. Le chant de l’aube offre ses éclats les plus précieux, murmure-t-il. « Après un quart d’heure, j’arrive sur la plage où cinq personnes sont déjà présentes, se rassure Flavien. J’avais peur qu’il y ait foule. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Deux heures durant, le naturaliste tâtonne. « Ce n’est pas simple avec les lumières changeantes, la pluie menaçante et les gros nuages gris, de capter l’instant parfait pour une photo. » Un moment seul, un autre non, Flavien apprécie avec justesse ce moment tant espéré. Mais avant de partir, sur les coups de 8 h 30, « je prends une pâtisserie et un chocolat chaud au café (du même nom) qui surplombe la plage de plusieurs kilomètres de long. » Une longue journée de conduite l’attend, avec pas moins de 450 kilomètres, d’est en ouest. « J’espère être à Milford Sound ce soir, indique Flavien. Avec quelques étapes à réaliser. »

    Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule !

    À peine assis, que le premier arrêt s’effectue au Shag Point. « L’odeur de la colonie me remémore quelques souvenirs », dit-il en observant des cormorans nicheurs et des otaries. Voguant au sud, il arrive à la péninsule d’Otago, près de Dunedin et du château Larnach. Ce bras de terre qui s’avance dans l’océan Pacifique est un sanctuaire naturel. Là, les falaises accueillent la danse des albatros royaux, seuls de leur espèce à nicher en dehors des îles océaniques. Plus bas, sur les rivages battus par les vents, lions de mer et otaries s’étirent paresseusement. Ici, l’homme n’est qu’un invité discret, toléré par la majesté sauvage de la faune.

    « Je descends à Sandfly Bay, une magnifique plage où quelques lions de mer et otaries se prélassent. » L’arrêt est de courte durée, la pluie menace. « Je reprends la voiture en direction de l’Albatros Center pour le visiter, mais l’entrée à 60 $ m’en dissuade. »

    De retour face au volant, direction la dernière étape à « The Nuggets Point ». Car au sud de la Nouvelle-Zélande se trouve un très beau phare. L’image est idyllique. « La vue se prolonge sur des îlots sauvages… un air de Bretagne. Les magnifiques plages de sable blanc, de bois flotté précédant l’arrivée valent à elles seules le détour. »

    Dressé depuis 1870 sur son éperon rocheux, le phare de Nugget Point scrute l’horizon avec une constance immuable. Autour de lui, une constellation d’îlots déchiquetés surnommés The Nuggets émerge des flots, comme des lingots jetés dans la mer. (Crédits : AJMANDELL1/Wikipedia)

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    Sur ces rochers, des colonies d’oiseaux marins et d’otaries se partagent le territoire, offrant un concert naturel au voyageur. Par temps clair, la vue s’étire à l’infini, donnant l’illusion d’un monde resté intact, entre Bretagne et Pacifique. À 16 h, les heures s’effacent, il faut s’élancer sur l’asphalte, avec un peu plus de quatre heures de route pour rejoindre Milford Sound.

    Jusqu’ici tout va bien…

    La fatigue se fait sentir. « Je m’arrête pour faire une sieste à Gore. » Reposé, il continue son périple jusqu’à Mossburn. Sa voiture de location a elle également besoin de faire le plein de carburant. « Je sors encore 100 NZD. Le SP91 s’affiche à 2,63 $ le litre », se désole l’aventurier du bout du monde. Toujours au cœur de la ville, Flavien prend son premier auto-stoppeur du voyage. Un baroudeur de nationalité allemande âgé de 20 ans, qui va lui aussi au Milford Sound (Piopiotahi).

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    Petit aparté, Milford Sound est l’attraction naturelle la plus déroutante de Nouvelle-Zélande. Une combinaison magique de sommets montagneux, d’eaux d’un bleu profond et d’un bleu cristallin, où les falaises sont recouvertes de forêts. Cette journée est l’occasion pour Flavien, sans le savoir, de parcourir et de s’imprégner de la culture maorie à travers la légende Ārai-Te-Uru Marae.

    Revenons au périple de Flavien. L’arrivée de cet auto-stoppeur tombe à point nommé. « Je ne vois pas le temps passer à parler anglais, et l’envie de sommeil s’estompe. » Finalement, après deux heures de conduite, ils trouvent une aire de bivouac, qu’ils pensaient à tort payante. Plusieurs personnes sont installées, gardant son aspect sauvage, avec une magnifique vision sur le fjord qui nous entoure, ajoute Flavien. Le duo s’établit à une centaine de mètres l’un de l’autre. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Flavien se prépare des pâtes au pesto avec un nappage de fromage fondu. Les deux mangent ensemble. « Il est très sympa, encore étudiant, mais je ne connais même pas son prénom », s’interroge Flavien. Demain, il l’emmène jusqu’à la destination, à 45 min d’ici. « J’ai réservé le bateau pour visiter les fjords à 9 h 30 », ajuste le naturaliste. « Je ne me souviens plus depuis quand je n’ai pas croisé quelqu’un qui voyage tout seul… Tous voyagent en couple ici… Jamais vu ça », s’interroge d’une moue dubitative, l’aventurier du bout du monde. À suivre…