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  • L’avenir des Femmes en pointillé ?

    L’avenir des Femmes en pointillé ?

    Une proposition de loi en Irak pourrait légitimer le mariage d’enfants. Tout est lié à la jurisprudence chiite et à l’âge de la puberté. Le Code en vigueur est scindé en deux parties. Il régit les dispositions relatives au statut personnel selon la « jurisprudence chiite Jaafari » (statut personnel) et l’autre la « jurisprudence sunnite ». Tant et si bien, qu’un garçon pourrait être marié dès l’âge de 15 ans, tandis qu’une fille dès l’âge de 9 ans. Mais que penser des 35 articles de loi qui restreignent encore les Afghanes et leurs droits à l’existence, à la vie ?

    La différence de compréhension des us et coutumes est fonction du Code sur lequel se base chaque pays. En France, le Code civil est le reflet de la société française. Depuis 1804, il organise l’essentiel de la vie quotidienne (nationalité, filiation, mariage, successions, responsabilité civile…). Puisqu’il s’agit des droits des femmes dont il est question que ce soit en Afghanistan, en Irak, en Iran, au Maroc, au Koweït… qu’en est-il en France ?

    L’évolution des droits des femmes en France

    Lors d’un entretien sur le discours, pour le droit à l’IVG, prononcé par Simone Veil en novembre 1974 à l’Assemblée nationale, Claudine Monteil s’écria « Simone, nous avons gagné ! » Ce à quoi Simone de Beauvoir répondit : « Certes, Claudine, nous avons gagné, mais temporairement. Il suffira d’une crise politique, économique et religieuse, pour que les droits des femmes, nos droits, soient remis en question. » L’évolution des droits des femmes en France s’écrit en plusieurs dates. La première est Olympe de Gouges qui publie en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

    S’en suivent le 29 avril 1945, avec le vote aux élections municipales ; le 27 octobre 1946, « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à deux des hommes. » ; Germaine Poinso-Chapuis est en novembre 1947 la première femme ministre, il faut attendre 1974 pour voir Simone Veil à la tête d’un ministère ; dès le 13 juillet 1965 « les femmes peuvent gérer leurs biens propres et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari. » Autorisées à disposer de l’argent sur leur compte bancaire, sans avoir à demander à leurs maris.

    Le 4 juin 1970 autorité parentale conjointe ; 22 décembre 1972, la loi pose le principe d’égalité de rémunération ; 6 mars 1980, Marguerite Yourcenar devient « immortelle » en entrant à l’Académie française.

    (Crédits : Christina Morillo/Pexels)

    Le 17 janvier 1975, la Loi n° 75-17 autorisant l’IVG, dite « loi Veil » est adoptée pour 5 ans. Elle est définitive par la loi du 31 décembre 1979. Le 23 décembre 1980, la Loi n° 80-1041 donne une définition précise du viol et le reconnaît comme un crime ; 17 juillet 1984, la Cour de Cassation reconnaît pour la toute première fois le viol entre époux en instance de divorce. Le viol entre époux est reconnu par un arrêt de la Cour de Cassation le 5 septembre 1990. Le 4 mars 2024, dernière évolution, l’IVG est inscrite dans la Constitution française. « Votre vie durant, vous devrez demeurer vigilante », concluait Simone de Beauvoir.

    Le Code civil, pierre angulaire de la société

    Le Code civil dit « Code Napoléon » est composé de trois livres. Le Livre I dit « des personnes », le Livre II « des biens et des différentes modifications de la propriété » et le Livre III « des différentes façons dont on acquiert la propriété ». Puisque la proposition de loi en Afghanistan sacralise l’âge minimal du mariage, qu’en est-il en France ?

    L’article 144 du Code civil dispose que « le mariage ne peut être contracté avant dix-huit ans révolus. » Cependant l’article 145 ajoute que « néanmoins, il est loisible au procureur de la République du lieu de célébration du mariage d’accorder des dispenses d’âge pour des motifs graves. »

    En 1905, la loi du 9 décembre sur la séparation des Églises et de l’État assure la liberté de conscience de culte. Chacun est donc libre de pratiquer la religion de son choix comme de ne pratiquer aucune religion.

    Concernant le mariage, jusqu’à la Révolution (1789) le droit canonique s’applique. Donc l’âge nubile et majorité matrimoniale est de 12 ans pour les filles et 14 pour les garçons. La loi du 21 septembre 1792 dispose du mariage dès 13 ans pour les filles de 15 pour les garçons. Sous couvert du consentement des parents jusqu’à l’âge de 21 ans.

    Cet âge nubile atteint 18 ans pour les garçons dès l’instauration du Code civil en 1804. Celui des filles est de 15 ans. Il faudra attendre la Loi n° 2006-399 du 4 avril 2006 pour que l’article 144 assure l’âge de 18 ans pour toutes et tous.

    Puis, le Parlement adopte le 23 avril 2013, la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Elle est promulguée le 17 mai 2013. (Crédits : BnF/Gallica)

    Tout cela semble être normal au regard de la « génération Z » (ne pas confondre avec la GEN-Z) et celle en devenir, « Alpha ». Parfois les désobéissances chamboulent et permettent l’évolution des droits. Le manifeste des 343 est un parfait exemple. Piqûre de rappel aux générations Z et Alpha, le simple fait de savoir que porter un pantalon est légalement autorisé pour les femmes seulement depuis le 31 janvier 2013, change la vision du monde.

    L’impact sur la vie des femmes en Irak

    Dans de nombreux pays au Moyen-Orient comme en Afrique, il existe un code de statut personnel (SP). En 1959, l’Irak se dote du Code de Statut personnel, ce après de nombreux pays tels la Syrie (1953), la Tunisie (1956), le Maroc (1958). Le Code du Statut personnel date du 30 décembre 1959 en Irak (Loi n° 188 du 30-12-1959). Il fera l’objet de neuf amendements (1963, 1978, 1980, 1981, 1985, 1986, 1987, 1994, 1999).

    Le général Abdel Karim Kassem arrive au pouvoir (1958-1963), et la question de codifier le Statut personnel est à nouveau posée. Issu d’un processus commencé en 1947, le Code (Qânûn) du Statut personnel irakien est créé douze ans plus tard.

    La volonté de modification ne date pas d’hier. Le projet de loi fondé sur les jurisprudences de l’école Jaafari, par l’imam chiite Jaafar al-Sadiq, est adopté par le conseil des ministres le 25 février 2014. Dix ans plus tard, il est à nouveau d’actualité. La proposition de réforme est celle du député Raëd al-Maliki.

    Ce qui sacralise les tensions le mariage. Si la doctrine classique de toutes les écoles s’appuie sur le verset 3 de la quatrième sourate du Coran, la vie moderne impose quasiment partout la monogamie.

    C’est plus particulièrement l’âge minimum qui pousse les mères à manifester. Selon le Code le mariage est autorisé à partir de 18 ans. À une exception près. La loi irakienne dispose qu’une fille de 15 ans peut être mariée à condition d’obtenir l’autorisation d’un juge et de la famille (Loi de 1959, Art. 7.). Comprendre ici que la famille est le Wali, soit le père ou tuteur légal.

    La volonté de modification du statut personnel impacte la vie des femmes. « Les principales critiques du projet portaient sur la légalisation des mariages d’enfants, la privation des droits fondamentaux des femmes et la confessionnalisation des affaires personnelles », écrit1 Sardar Aziz docteur en administration publique.

    Les premières modifications du SP sont intervenues après la guerre du golf en 1991. « Cet amendement permet le mariage des mineurs, autorise les mariages contractés en dehors des tribunaux, accorde des pouvoirs aux dotations chiites et sunnites ainsi qu’à d’autres entités ! Il prive les femmes de leurs droits à l’héritage et divise encore plus l’Irak en fonction des branches religieuses, mettant fin à l’État civil. » (Crédits : capture d’écran/X/Ala Talabani)

    L’UNICEF rapporte que 28 % des filles sont mariées avant 18 ans. La Mission d’assistance des Nations Unies quant à elle relate que 22 % des mariages non enregistrés impliquent des filles de moins de 14 ans. Ce dixième amendement aurait des effets incommensurables sur les droits des femmes et des filles, alors garantis par le droit international. S’il est appliqué, il autoriserait le mariage de fillettes âgées de neuf ans, les exposant à un risque accru de violence sexuelle et physique, sans oublier les conséquences sur leur santé physique et mentale, ainsi que la privation d’éducation et d’emploi.

    Les femmes victimes d’être femmes en Afghanistan

    L’Afghanistan est depuis 2021, le théâtre inexorable de privation des droits. La presse comme les politiques sont unanimes, la répression envers la population afghane, et particulièrement les femmes suscitent l’effroi. Depuis la prise du pouvoir des talibans, les femmes perdent un peu plus leur identité, leur existence… Pourtant la photo qui suit révèle une partie de l’Afghanistan des années 60 — 70.

    Femmes, Afghanistan, liberté

    « Il y avait aussi beaucoup de femmes dans les années 1960 et 1970 — même dans les zones urbaines — dont la vie était plutôt régie par le purdah, et qui ne sortait pas pour étudier ne sortaient pas pour travailler », explique Heather Barr, en 2017. Les populations tribales étaient considérablement conservatrices dans le milieu des années 60. Elles représentent environ 90 %.

    Une loi composée de 35 articles est annoncée, puis publiée au journal officiel le 31 juillet 2024 par le ministère de la justice taliban. Elle a pour but de « promouvoir la vertu et prévenir le vice ». « Les femmes doivent couvrir leur corps entièrement en présence d’hommes n’appartenant pas à leur famille ». Auquel se rajoute de cacher tout ou partie de leur visage via un masque « par peur de la tentation ». Faut-il échanger les habits pour éviter la tentation ? Faut-il éduquer les hommes à se contenir, s’ils ont peur de céder à la tentation ?

    Elles ne doivent pas faire entendre leurs voix en public. Mais l’absurdité ne s’arrête pas là. Les conducteurs de véhicules sont aussi restreints dans leurs libertés : pas de musique, pas de drogue, de transport de femmes non voilées, de femmes en présence d’hommes de leur famille (Mahram). Elles résistent en bravant les interdits pour leurs libertés. (Crédits : Laurence Brun/Gamma-Rapho/Getty-Images)

    Mais également, l’adultère, l’homosexualité, les jeux d’argent, les combats d’animaux ou d’hommes (MMA), la création ou le visionnage d’images d’êtres vivants sur un ordinateur ou un téléphone portable, l’absence de barbe ou une barbe trop courte pour les hommes, des coupes de cheveux « contraires à la charia ». L’UNICEF martèle dans le rapport 2023. que « comparées aux filles qui ont uniquement reçu une éducation primaire, les filles qui ont suivi une éducation secondaire sont moins exposées aux risques de mariage d’enfants et de grossesse adolescente. » Quel avenir quand elles n’ont pas accès à l’école, en cette semaine de rentrée scolaire ?

    1. https://www.cfri-irak.com/article/parlement-irakien-confessionnalisation-des-affaires-personnelles-2024-08-16 ↩︎
  • Voyage entre deux mondes (Épis. 29/46)

    Voyage entre deux mondes (Épis. 29/46)

    Ce lundi 29 janvier 2024, Flavien doit se rendre à la gare routière des potron-minet. Le bus en direction d’El Calafate démarre à huit heures. Alors qu’un duo s’est clos avec Camille, un autre débute avec David. Les deux anciens des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) font à nouveau équipe, sur un bout de terre bien plus conséquent, l’Amérique du Sud. Cependant, Flavien est pris entre deux mondes. Celui de son aventure, et celui de pouvoir dire au revoir à Madeleine.

    La tête est empoignée comme dans un étau. Il s’anime d’un sentiment d’oppression. Il contacte sa famille, ses amis. À cet instant ses souvenirs de jeunesse se sacralisent autour de l’image de Madeleine. Sans être résumé en une seule, elle est une part de sa vie, telle l’icône de Proust.

    Au plus près du glacier

    Levé dès l’aurore pour Flavien. « Je dois être à 7 h 30 à la gare routière », affirme-t-il. Comme une journée sans douche n’existe pas, l’aventurier sort de l’auberge sous la pluie. « J’arrive bien humide après 20 minutes de marche », acquiesce Flavien.

    Il est 8 h quand installé dans le bus, ce dernier se met à rouler. Les voyageurs partent en direction d’El Calafate, en Argentine, à six bonnes heures d’ici. Après approximativement une demi-heure de trajet, le convoi stoppe. Il s’agit du premier passage à la douane. Environ soixante minutes plus tard, c’est le poste de l’Argentine.

    « Depuis la fenêtre j’aperçois de nombreux nandous et guanacos, que je n’ai toujours pas réussi à photographier. » Flavien débarque à El Calafate aux environs de 14 h 30… Il se rend serein à l’auberge de jeunesse, et pour cause. « C’est la première fois que je réserve mon logement ».

    Durant une heure, Flavien patiente. « David qui a fait le trajet en avion d’Ushuaïa arrive enfin ». Le duo règle les 18 euros pour la nuit, qui comprend le petit-déjeuner, retient les places dans le bus pour demain et file en ville. (Crédits : capture d’écran/Rome2Rio)

    « Le centre-ville est sympa et animé. On boit une bière et on prendra un burger au guanaco », se réjouit l’aventurier. C’est l’occasion de parler des TAAF, bien que les deux compères se soient vus, il y a tout juste trois. Demain le bus les cueille à 7 h 30. « Nous ne traînons pas à aller nous coucher dans notre petit dortoir de trois lits, partagé avec un espagnol arrivé assez tard », explique Flavien tout en s’endormant.

    Une auberge tout confort

    Le bien-être vit par de petites choses, surtout le dimanche matin. « Que c’est agréable de bien manger avant d’attaquer sa journée, j’avais presque oublié. » À l’heure prévue, le bus vient les chercher, enfin c’est un bus 4×4. « Direction le fameux Perito Moreno en passant par la route historique, non goudronnée. » Un régal.

    Un lieu pousse David et Flavien à rire. « Nous sommes arrêtés dans un ranch qui n’a pas grand-chose à voir avec un ranch. » Ils repartent, avant un nouvel arrêt suivi d’une marche de quinze minutes pour rallier un embarcadère. « Nous sommes quatre à nous approcher du glacier différemment. »

    Ils sont conduits sur les passerelles où l’on peut l’admirer au plus près. « Entendre et observer, de nombreux blocs se détacher du glacier est unique », commente Flavien.

    Après cet intermède, ils partent pour 1 h 15 de route, avant que la compagnie les dépose en centre-ville. Ils se font plaisir avec une glace. « Je choisis goût “El Calafate”. C’est le fruit du berbéris, qui a donné son nom à la ville », explique l’aventurier. (Crédits : Perito Moreno/Flavien Saboureau)

    De retour à l’auberge, le duo organise les jours suivants du voyage. « On réserve le bateau que l’on prendra samedi à Puerto Natales direction Puerto Montt. » Puis, les touristes se questionnent sur la journée à El Chalten, destination de demain. Ils joueront les parfaits bourlingueurs.

    Un dilemme cornélien

    « Ce matin je me lève en songeant à l’enterrement de Madeleine, j’ai toujours autant de mal à admettre que je n’y serai pas. » David le rejoint au camping à 8 h pour le petit-déjeuner. Un sentiment d’anxiété reprend Flavien. David emmène Flavien, presque malgré lui vers la Laguna Torre, située à 9 km de marche. « Au début je suis perdu dans mes pensées… jusqu’aux premières difficultés. » En l’absence de dénivelé, ils arrivent à destination en 2 h 30.

    Bien que les sommets soient dans les nuages, la pluie attendue n’est pas si forte : « on peut même observer le glacier ». L’averse s’intensifie et le duo entame le chemin inverse. « Sorti du cirque glaciaire, la pluie cesse et il fait chaud. Je transpire, je ne suis plus habitué… » La pause casse-croûte s’impose. « Avec David, on mange le saucisson et le fromage qu’il nous restait. » Après une courte période de repos, durant lequel David profite de son auberge, ils se rejoignent chez un glacier. Un moment suspendu ou l’oisiveté est de mise. « Le temps ne s’y prête pas, mais une petite glace fait toujours plaisir. »

    Chemin faisant, « nous allons dans un bar à bière où nous rencontrons de nombreux Français ». Fort à parier qu’ils les croiseront dès demain sur les chemins, mais pas à bicyclette. Après avoir fait les courses, direction l’auberge de David. « Il y a une vraie cuisine », se réjouit Flavien. (Crédits : Laguna Torre/Flavien Saboureau)

    Au menu ce soir : des pâtes “carbo” maisons. « Un plaisir de bien manger pour pas cher. » Puis de retour à ses pénates, Flavien prend sa plume pour écrire. « 71 jours que je suis parti. Je n’ai jamais étais aussi hésitant sur la suite du périple. Il est booké jusqu’à l’arrivée du bateau à Puerto Montt le 8 février 2024. Mais est-ce que je continue vers la région des volcans et Juan Fernandez, ou je réserve mon billet d’avion pour le retour ? » Empli de doute, il parcourt les blogs évoquant un coup de mou. « Deux avis. Le premier est de ne pas arrêter sur un coup de tête ou écouter son ressenti pour que ces coups de blues n’impactent pas psychologiquement et à long terme mon avenir… » À suivre…

  • Un Russe appréhendé en Argentine sous fonds de cyber-escroquerie nord-coréenne

    Un Russe appréhendé en Argentine sous fonds de cyber-escroquerie nord-coréenne

    Digne d’une auteure de roman policier, un système de blanchiment d’argent fiduciaire et de cryptomonnaie. Un homme âgé d’une trentaine d’années est inculpé de blanchiment d’argent aggravé. Son passé jour en sa défaveur, les suppositions d’appartenance à un gang sont soulevées. La personne connue sous « V.B. » déménageait tous les mois, car il se savait traqué par les forces de l’ordre. L’existence de passages répétés d’individus au 600 Rodriguez Peña avec des mallettes, sac et sac à dos confirmaient les soupçons de la PFA.

    L’enquête du FBI, avec la Policia federal Argentina (PFA) a donc permis l’arrestation d’un trentenaire d’origine russe. Les faits qui lui sont reprochés sont le blanchiment d’argent aggravé. Appréhendé en Argentine, ses droits lui ont été lus en espagnol, puis traduits via une intelligence artificielle en russe. Malgré qu’il vive depuis deux ans en Argentine, il ne parle pas espagnol.

    Blanchissement d’argent aggravé

    L’histoire remonte au vol en 2022 par les nord-coréens de selon un rapport de la société ChainAnalysis de près de la moitié de la valeur des cryptos volées à travers le monde. Soit un butin d’environ 1,7 milliard de dollars. « Pour le contexte, les exportations totales de la Corée du Nord en 2020 ont totalisé 142 millions de dollars de marchandises, il n’est donc pas exagéré de dire que le piratage de cryptomonnaies représente une part non négligeable de l’économie de la nation », écrit Chainalysis.

    Argent, PFA, Argentine

    Le FBI avait imputé à des membres du groupe Lazarus, liés au gouvernement nord-coréen, le piratage de 620 millions de dollars du réseau Ronin du jeu vidéo Axie Infinity en mars 2022. Puis également le vol de 100 millions de dollars de la société de cryptomonnaie Harmony en juin, de la même année.

    Les vols de cryptomonnaie est une importante ressource pour que la Corée du Nord continue à développer son infrastructure nucléaire et les missiles balistiques. Ce malgré les sanctions paralysantes explique un rapport des Nations Unies.

    (Crédits : FPA)

    Les actifs numériques sont une alternative aux monnaies émises par chaque pays. La sénatrice Elizabeth Warren, avec trois autres sénateurs démocrates, a envoyé une lettre au Trésor public américain. « La lettre cite en particulier un rapport confidentiel de l’ONU de 2022, selon lequel la Corée du Nord a utilisé des cryptomonnaies volées pour son programme nucléaire et de missiles balistiques […] », écrit l’avocate Aija Lejniece 1 (La crypto est au centre de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, Groupe d’études géopolitiques, Août 2022).

    Un va-et-vient incessant

    Dans l’appartement D au septième étage du 600 Rodriguez Peña à Buenos Aires, les mouvements se répétaient fréquemment, explique La Nacion. Une société financière illégale avait pignon sur rue. Des échanges de monnaies fiduciaires se tenaient régulièrement, mais pas seulement. Le 18 décembre dernier, a été établi que « V. B. avait enregistré 2463 transferts de cryptomonnaie, sous la modalité Binance Pay, pour un montant de 4 532 305 USDt ».

    L’USDt est le nom donné à un Stablecoin. Une cryptomonnaie dont la valeur est équivalente à celle du dollar américain. « V.B. aurait effectué l’achat de USDt 1 312 205,15 avec des roubles et qu’il aurait enregistré 102 transactions de vente de USDt 29 062,40, prétendument en échange d’argent en monnaie courante », indique l’autorité judiciaire.

    L’homme qui se savait traqué démangeait chaque mois. « […] grâce aux informations fournies par la société Binance, où le suspect gérait une partie de ses cryptoactifs, et à l’enquête de la PFA, nous avons pu le localiser dans l’appartement qu’il avait loué ce mois-ci. » Une fois des preuves accumulées, le Tribunal ordonne quatre perquisitions. (Crédits : Google Maps)

    Elles ciblaient des propriétés situées dans les rues Rodriguez Peia, Nicaragua, Pasaje Anasagasti et Fray Justo Santa Maria de Oro. Au sein de la dernière citée, 15 millions en espèce ont été saisis. Une Argentine de 35 ans, ainsi qu’un Brésilien auraient été arrêtés. Les perquisitions ont permis de saisir 16 codes QR pour accéder aux portefeuilles virtuels, six téléphones portables, ordinateurs et autres objets d’intérêt.

    1. https://geopolitique.eu/articles/la-crypto-est-au-centre-de-la-guerre-de-la-russie-contre-lukraine/ ↩︎
  • Retour progressif de Flavien à la vie (Épis. 28/46)

    Retour progressif de Flavien à la vie (Épis. 28/46)

    Depuis bientôt deux jours, Flavien est dans un état grippal. Ce qui l’oblige à abandonner la dernière partie du trek de 140 kilomètres. Ce qui est difficile est d’appréhender le fait d’être malade à l’autre bout du monde, au Chili. Habitué à avoir nos docteurs en médecine, bien que les déserts médicaux augmentent, ou nos pharmacies, le système semble proche. Il possède son système public et privé. Les pharmacies sont accessibles à tout un chacun. Heureusement pour les aventuriers.


    Si le voyage de Flavien est trépident jusqu’à maintenant, cet épisode est reposant. Il reste quasiment cinq jours alité. Les améliorations de santé venant petit à petit. Ce qui l’oblige à ne rien faire, un calvaire.

    Le lit pour seul compagnon

    Aujourd’hui, lundi 22 janvier 2024 est la journée la moins intéressante du voyage, explique Flavien. « Je reste toute la journée dans mon lit. » Seule chose qui l’oblige à se lever et produire quelques efforts, les tâches quotidiennes. « À midi je cuis mon reste de pizza, et après direction le lavage du linge. »

    C’est la toute première journée où il ne met pas le nez dehors. « Comme pour complètement couper avec cet environnement qui m’en a fait voir de toutes les couleurs ces derniers jours. »

    Pour l’instant les symptômes sont toujours présents. Dès qu’il se lève, il est pris de vertige.

    « En espérant que cette journée consacrée au repos sera bénéfique à la suite du voyage », se rassure-t-il.

    Il met à profit le moment de calme et de repos pour répondre à ses courriels professionnels. Il met à jour également sa culture musicale. « J’écoute les nouvelles musiques sorties pendant mon voyage. »

    (Crédits : Jakub/Pixabay)

    La journée de mercredi ressemble à la veille. Il passe la majeure partie de la journée dans son lit. « Pas grand-chose à dire », souffle -t-il. La faim l’oblige à sortir de l’état léthargique dans lequel il se trouve. Une échappée de son lit dans l’après-midi. « Je vais quand même faire quelques courses, je n’ai plus rien à manger. »

    La préparation du voyage sur l’île de Robinson Crusoé

    Depuis qu’il se soigne et se repose, les améliorations commencent à se voir. « Je réfléchis à la suite du voyage. » Son objectif, aller sur l’île Robinson Crusoé. Pour le moment, il pallie le plus urgent. « Je profite de l’après-midi pour acheter du paracétamol à la pharmacie. »

    « Ce matin je m’occupe des courriels pour l’île Robinson Crusoé. » Avec la propriétaire de l’auberge, il enchaîne les appels pour contacter avec beaucoup de difficulté le bateau pour l’île. « Il est plein jusqu’en 2025. »

    L’après-midi est culturel. « Je me rends au musée régional. » Un Suisse résidant à l’auberge l’accompagne. La durée de la visite ne dépasse pas une heure, mais l’entrée ne coûte que deux euros relativise Flavien.

    En prévision de la prochaine étape de samedi, direction la gare routière pour aller acheter les tickets de bus pour El Calafate. « Là-bas, je dois retrouver David, qui a passé quatre mois sur l’île d’Amsterdam. Je l’avais vu en soirée juste avant de partir. » C’est à la gare routière, en allumant la WIFI, qu’il apprend une mauvaise nouvelle.

    (Crédits : Seidenperle/Pixabay)

    « Madeleine, une grand-mère qui s’est beaucoup occupée de moi quand j’étais petit, est décédée. » C’est la première fois, du voyage, pour le jeune homme que les larmes tombent…

    La vie continue malgré tout…

    À peine arrivé à l’auberge, après quelques courses il prend crayon et papier « c’est la première fois que j’écris un hommage, l’émotion est trop forte, c’est difficile d’écrire. »

    Depuis quatre jours, Flavien passe son temps à se reposer à l’auberge. L’immobilisme lui pèse.

    « C’est bon signe, cela veut dire que je vais mieux et que je ne vais pas tarder à redevenir motiver pour continuer l’aventure. »

    Oui, presque. Lors de la visite du musée, il avoue avoir eu des difficultés à rester debout tout le temps. « Le dernier jour de repos de demain me fera le plus grand bien. »

    En fin d’après-midi, avant de continuer à écrire, Camille rend le sac étanche que Flavien lui a prêté. Elle prend son RIB, pour lui rembourser une somme. (Crédits : Misodendrum punctulatum — Misodendraceae/Flavien Saboureau)

    C’est la première fois que je passe autant de temps à ne « rien » faire, bien que je prépare la suite de mon voyage pense-t-il à voix haute. À suivre…

  • Cyberattaque du FAI Lagoon Offratel en Nouvelle-Calédonie

    Cyberattaque du FAI Lagoon Offratel en Nouvelle-Calédonie

    Le fournisseur d’accès à l’Internet Lagoon est victime d’une cyberattaque de type ransomware. L’offensive se serait déroulée dans la nuit de samedi à dimanche 18 août 2024. Le site du FAI est toujours hors service à l’heure actuelle. Les équipes techniques travaillent d’arrache-pied. Cette attaque vient confirmer le niveau des cyberattaques dans le monde. Mais c’est en particulier la somme totale que les victimes ont versée aux cybercriminels qui affolent les compteurs : 459,8 millions de dollars.

    Les cyberattaques sont légion. Durant les JO de Paris2024, l’ANSSI a recensé 141 incidents de cybersécurité. Elles sont principalement des attaques DDoS bien gérées. En Nouvelle-Calédonie, il n’y a plus d’accès au site internet de Lagoon, et des victimes collatérales.

    Lagoon hors service

    Depuis lundi 19 août 2024, c’est le black-out, la panne complète : « Cyberattaque, le FAI Lagoon Offratel victime d’un rançongiciel », titre Radio Cocotier. Sport Eveil attitude explique que « notre opérateur internet LAGOON rencontre des difficultés et malheureusement nous ne sommes pas en mesure d’envoyer ou de recevoir des mails. » C’est le cas de nombreuses victimes collatérales.

    Par un message sur Facebook, l’opérateur annonce à ses clients être victime d’attaque par ransomware. « Nous prenons cette situation très au sérieux et travaillons activement avec les autorités locales et nationales pour traiter cet incident. »

    L’impact sur ses clients est en cours d’investigation. Ils sont à pied d’œuvre pour « rétablir nos services dans les plus brefs délais ». Le nom du gang de cybercriminels n’est pas connu.

    Sur le deuxième point info, les courriels « @laggon.nc » ne sont plus accessibles. Mais il indique qu’il ne faut pas absolument pas débrancher le modem, ni l’éteindre.

    Comme chaque entreprise victime, les lignes téléphoniques sont hors services. (Crédits : Capture d’écran/Lagoon Offratel)

    Lorsque les hôpitaux sont victimes de cyberattaque, ils doivent faire face. Ils fonctionnent avec papier et crayon, pour maintenir l’offre de soins, jusqu’au rétablissement des dives systèmes d’information. Le FAI, Lagoon, indique que petit à petit, les clients recouvrent l’accès à l’Internet.

    Près d’un demi-milliard de rançons

    Comme explique Bill Toulas pour BleepingComputer, les victimes de ransomware ont versé 459 800 000 dollars lors du premier semestre. Si le paiement de rançons se maintient, la somme totale devrait établir un nouveau record. La comparaison avec 2023 s’appuie sur des attaques très médiatisées et préjudiciables. L’exploitation Cl0p du zero-day MoveIT et l’exploitation par le groupe de ransomware ALPHV/BlackCat des propriétés hôtelières de Caesars, pour ne citer qu’eux.

    L’année 2023 affiche un retour des ransomwares, mais c’est en particulier le total des rançons payées qui atteint des records. Selon Chainalysis, le montant des rançons payées passe de 220 millions de dollars en 2019 à 1,1 milliard en 2023.

    Une entreprise du classement fortune 50 a versé 75 millions de dollars en 2024, cela fait suite à la cyberattaque du gang Dark Angels, selon le rapport de Zscaler. « 2024 devrait être l’année la plus lucrative à ce jour pour les paiements de ransomware, en grande partie parce que les souches mènent moins d’attaques très médiatisées, mais perçoivent des paiements importants », explique ChainAnalysis. Le rapport stipule aussi que les souches de ransomware les plus conséquentes ont sous-performé de 50,8 %. Ce qui est dû aux interventions des forces de Police (Alphv/BlackCat, Lockbit), avec une interruption temporaire ou définitive. (Crédits : MichaelWuensch/Pixabay)

    La première partie du rapport continue en relevant que la rançon médiane versée est passée de 198 939 dollars au début de l’année 2023 à 1,5 million en juin 2024. Donc les groupes de cybercriminels « ciblent en priorité les grandes entreprises et les fournisseurs d’infrastructures critiques, qui pourraient être plus enclins à payer des rançons élevées en raison de leurs poches profondes et de leur importance systémique. » Moins d’attaque, mais plus ciblées, la chasse aux gros poissons (big game hunting), plus enclins à payer.

  • Flavien face aux éléments (Épis. 27/46)

    Flavien face aux éléments (Épis. 27/46)

    Le sommeil est indispensable à tout être vivant sur Terre. À se reposer à divers endroits, le confort change. En cette nuit du 19 au 20 janvier 2024, « la nuit qui vient de passer fut la pire de ma vie… je n’ai dormi que 30 min entre 6 h 30 et 7 h », soupire Flavien. Quand vous devez le lendemain matin, arpenter, crapahuter dans des décors qui ne sont pas ceux de vos pénates, c’est compliqué, mais pas impossible. Sauf que Flavien ne fait pas les choses à moitié. Les maux de ventre des derniers jours sont de plus en plus présents, la gorge s’enflamme, la température monte…

    Les éléments se déchaînent. Le vent qui comme le soleil se couche en soirée, n’en fait qu’à sa tête. « Le vent n’a fait que forcir toute la nuit », se lamente l’aventurier. Imaginez-vous dans un camping en sécurité. Rien à voir avec le désastre qui touche la région autour de Frontignan dans l’Hérault. Au même degré qu’il y a quelques jours avec le ravage du feu en Grèce, près d’Athènes.

    Avis de mauvais temps

    Si la météo semble capricieuse, le métabolisme de Flavien subit un avis de mauvais temps. Depuis plusieurs jours, des maux de ventre le tiennent. Les conditions climatiques, la modification de son rythme de marche, la fatigue… il suffit d’un grain de sable pour que la machine s’enraye. C’est à ce moment que l’être humain réalise qu’il est régulièrement en excellente santé, quand il tombe malade.

    Le vent joue avec les tentes comme un cuisinier retourne une crêpe dans sa poêle. La tente se couche toutes les 15 secondes. « Je ne sais pas comment elle tient, surtout comment ma réparation de fortune résiste-t-elle toujours ? » Le jeune homme n’a rien vu de tel, pas un simple instant de répit. Camille sort de nombreuses fois pour raccrocher sa tente. « À regarder la tête des autres randonneurs, nous ne sommes pas les seuls à avoir passé une très mauvaise nuit. »

    En plus d’une nuit agitée, Flavien se sent « patraque », la fièvre me rend visite après les maux de ventre des jours précédents. Je laisse Camille de partir. « Je lui dis d’aller au Mirador Britannico sans moi, je suis incapable de la suivre. » Les premiers kilomètres sont désagréables. Parvenu au refuge italiano, au pied du Mirador Britannico il pose son matelas à même le sol, et s’endort. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les maux de gorge arrivent à pas feutrés, « ça commence à faire beaucoup de symptômes ». Il vogue en direction du refuge Frances, à une demi-heure de marche. « On s’y est donné rendez-vous avec Camille », explique-t-il. Deux heures s’écoulent avant l’apparition de Camille. « Nous décidons d’avancer de 3 km pour rejoindre le refuge Cuernos. » Perdu dans ses pensées, Flavien prends conscience, chemin faisant qu’il ne sera pas mieux demain. Sans réservation, la chance sourit. Il reste quelques emplacements pour 16 €. « La tente montée, un paracétamol avalé, je me couche alors que 19 h n’a toujours pas sonné… »

    Abandon forcé de l’aventurier

    La nuit porte conseil. Une nuit récupératrice dans la longueur, n’empêche pas un réveil compliqué. « Les vertiges me prennent. Je ne pars pas sur le mirador des Torres, et j’abandonne aujourd’hui ». Léger et petit détail, pour qu’il puisse abandonner, il lui reste 13 km à marcher. « Je prends sur moi comme je peux », murmure-t-il. Après avoir pris du paracétamol et rangé son matériel, tente comprise, il emboîte le premier pas.

    Quatre dernières heures de marche sans s’arrêter. « C’est là que je me sens mal. » Le duo, formé par le hasard, se sépare. Camille tente de finir seule, le parcours aujourd’hui. Le soleil signale sa présence. « Je crois que pour la première fois du voyage, le thermomètre affiche plus de 20 degrés. »

    Le mode « cerveau off » est enclenché. Flavien dispose des 13 kilomètres en trois petites heures. Dès son arrivée, il prend son billet de bus pour le retour. Allongé sur l’herbe, il patiente 1 h 30 l’arrivée de la navette. « Je suis au bout de ma vie. »

    Elle emmène en quinze minutes les randonneurs à l’entrée du parc national. Lieu où le bus vient les chercher 60 minutes plus tard. Enfin un dernier trajet de deux heures, avant de débarquer à Puerto-Natales. (Crédits : Fuligo septica — Physaraceae/Flavien Saboureau)

    Il marche un dernier kilomètre pour rallier l’auberge (où il a passé deux nuits) en espérant qu’elle n’affiche pas complet. Je peux enfin profiter d’un matelas et dormir. « Quelle aventure ! Il aura fallu deux jours avant de retrouver un lit… Être malade sur un trek, c’est l’une des pires expériences de mon existence, je ne le souhaite à personne. » À suivre…

  • Ransomware. Une rançon de 75 millions de dollars

    Ransomware. Une rançon de 75 millions de dollars

    Une somme record pour le paiement d’une rançon. Elle est selon le rapport de Zscaler l’œuvre de l’organisation derrière Dark Angels. Une entreprise du classement Fortune 50 a versé 75 millions de dollars. L’attention de l’actualité se réfère aux groupes prolixes en contenus. Certains sont mis en lumière après les opérations des forces de l’ordre, d’autres en fonction des spécificités. Le ransomware Brain Cipher fait partie de la seconde catégorie. Ils sont crédités de la cyberattaque lors des JO de Paris2024, sur les musées.


    Les différentes analyses et rapports montrent que l’année 2023 affiche un retour des ransomwares. C’est également le total des paiements qui atteint lui aussi des records. Selon Chainalysis, le montant des rançons payées passe de 220 millions de dollars en 2019 à 1,1 milliard en 2023. Après une hausse en 2020 (905 M$) et 2021 (983 M$), une chute significative est visible en 2022 (567 M$).

    Le dernier et pas le moindre : Dark Angels


    Le ransomware Dark Angels établit un nouveau record. Ils touchent une rançon de 75 millions de dollars (68,4 millions d’euros) en ce début d’année 2024. Ce groupe actif depuis mai 2022, a essuyé une tentative avortée sur la perception d’une rançon de 51 millions de dollars, en septembre 2023. Les différentes entités taisent le nom de l’entreprise victime. BleepingComputer rapporte que la société anonyme influente fait partie du classement Fortune 50. Bien que les différentes entités restent muettes, la multinationale pharmaceutique américaine Cencora est la seule compromise lors d’une cyberattaque, aux alentours du 21 février 2024.

    Dans un article de Reuters, l’ampleur de la cyberattaque est revue à la hausse. La vente et la distribution de produits pharmaceutiques sur le sol des États-Unis représentent 20 % via Cencora.

    Les clients de Cencora et sa filiale du groupe Lash, informent les procureurs généraux de la violation de données. Le 10 avril 2024, Cencora a confirmé que les données volées comportaient prénoms, noms, adresses, dates de naissance, diagnostics de santé et/ou des médicaments, des prescriptions. Sans la confirmation de l’entreprise, plus de deux douzaines de sociétés sont touchées (Abbot, Acadia pharmaceuticals Inc., Bayer Corporation, Pfizer Inc., Tolmar…).

    Cyble Research Labs a identifié un nouveau ransomware en mai 2022. Des similitudes sont affichées avec le rançongiciel Babuk. À la différence des autres, Dark Angels semble créer une seule page par victime, qui est accessible à partir d’une adresse URL unique.

    Leur évolution est considérable depuis leur émergence. L’attaque contre l’entreprise Johnson Controls « démontre leur approche sophistiquée, y compris l’utilisation du chiffrement AES-256, des mécanismes d’enregistrement détaillés et des arguments spécifiques pour la personnalisation », explique Avertium. (Crédits : capture d’écran/SentinelOne)


    La similitude avec Ragnar Locker se base sur le code utilisé. Dark Angels emploie un algorithme de chiffrement symétrique. AES avec une clé de 256 bits pour chiffrer les fichiers. « Johnson Controls International PLC a subi des perturbations dans certaines parties de son infrastructure et de ses applications informatiques internes à la suite d’un incident de cybersécurité. » Ce chiffreur Linux fut utilisé lors de l’attaque contre Johnson Controls pour chiffrer les serveurs VMware ESXi de l’entreprise. Le ransomware Dark Angels déclarait avoir volé 27 To de données, avec l’exigence d’une rançon de 51 millions de dollars.

    La cyberattaque du Grand Palais RMN attribué au ransomware Brain Cipher


    L’offensive menée contre le Grand Palais Réunion des musées nationaux (RMN) touche une quarantaine d’établissements. Ce qui représente 36 boutiques-librairies d’autres musées et grands sites touristiques gérées par cet établissement, dont Versailles. Une enquête judiciaire est ouverte par le parquet de Paris pour « atteintes à un système de traitement automatisé de données ». Les investigations sont en cours.

    Comme son confrère Dark Angels, Brain Cipher use d’un builder. Il utilise celui du ransomware LockBit 3.0, sans pour autant travailler pour la franchise. Il a depuis l’apparition de son site vitrine revendiqué la cyberattaque contre l’entreprise Caennaise Cyceron. Basé sur le campus EPOPEA, le centre de recherche abrite de nombreux laboratoires et équipements.

    Plus au sud, c’est l’entreprise Fabamaq située au Portugal qui devrait voir ses données publiées sur le site vitrine de Brain Cipher. Le compte à rebours affiche un délai expirant le 31 août à 13 h, identiquement pour le groupe français Cyceron. L’entreprise portugaise est spécialisée dans le développement de jeux pour les casinos, tout comme les jeux de casinos en ligne. (Crédits : capture d’écran/BrainCipher)

  • La polémique : de la Grèce antique aux JO de Paris2024

    La polémique : de la Grèce antique aux JO de Paris2024

    La cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques de Paris 2024 a suscité l’émoi. Tout se passe entre le Sacré et le Profane. La controverse naît du possible amalgame entre deux tableaux. La première œuvre « La Cène » de l’Italien Léonard de Vinci, la seconde est « Le Festin des dieux » de l’artiste néerlandais Jan Hermansz van Bijlert. La tension mondiale et la mise en lumière de la France via les jeux Olympiques sacralisent les avis, ravivent les tensions et divisent les individus.

    La dispute s’installe avec vigueur lorsque l’on s’installe dans la polémique.1 Ici, elle se situe entre profane et sacré. L’un est dépourvu de caractère religieux, par opposition au sacré. Comme le débat de justice lors du procès de Socrate en 399 avant notre ère. Au XVIIe siècle le profane est celui qui est contre le respect et la révérence qu’on doit aux choses de la Religion. Depuis la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 résulte du respect de chaque croyance, l’égalité de tous citoyens devant la loi, la garantie du libre exercice du culte. L’irrespect de la religion créer plus qu’une polémique dans certains pays, c’est un blasphème.

    Deux tableaux, deux ambiances

    Cette loi existe en France, comme le droit d’exercer le blasphème. Ce droit est issu de la loi sur la liberté de la Presse du 29 juillet 1881. Elle abroge l’article 1er de la loi du 25 mars 1822. Ce dernier relate le délit d’outrage aux religions reconnues par l’État. En ajoutant que ce soit pas voie de presse ou par tout autre moyen de publication.

    Le terme « blasphème » ne revêt pas la même signification entre 1718 et aujourd’hui. Au XVIIIe siècle c’est une parole impie contre l’honneur de Dieu, comme toutes les choses divines et sacrées. Le dictionnaire de l’Académie française définit le blasphème tel que « emprunté du latin chrétien blasphemia, du grec blasphêmia, “médisance, calomnie” ».

    Au XVIIIe siècle la définition est « parole impie, discours tenu contre l’honneur de Dieu, ou contre les choses divines & sacrées ». Tandis qu’actuellement est est la « parole qui outrage la divinité ou qui insulte la religion ». (Crédits : USCIRF)

    En France, la population peut se targuer d’avoir le droit de blasphémer, voire de rire de tout, peut-être pas avec tous. Dans de nombreux pays, le blasphème est puni sévèrement. Des peines de prison à la peine de mort. Le blasphème est un crime selon les lois dans 84 pays, indique le dernier rapport de la commission américaine USCIRF. « 81 % des cas d’application de la législation par l’État ne concernaient que 10 des pays suivants : l’Arabie saoudite, le Pakistan, l’Iran, la Russie, l’Inde, l’Égypte, l’Indonésie, le Yémen, le Bangladesh et le Koweït. »

    Le Festin des dieux

    Le tableau réalisé par Jan Hermansz van Biljert au XVIIe siècle représente une scène mythologique où les dieux de l’Olympe se régalent ensemble. L’accent est mis sur le plaisir sensuel et la débauche, éléments souvent associés aux divinités gréco-romaines. L’arrivée de Philippe Katerine en Dyonisos, dieu grec du vin cristallise les réseaux sociaux.

    Comme l’explique Fanny Herrero sur France Inter « à aucun moment la référence religieuse n’a été évoquée. Ce n’est pas du tout notre intention. […] C’est un tableau qui a été inspiré par les bacchanales, le Festin des dieux de l’Olympe […] Philippe Katerine incarne Dyonisos, donc on est vraiment dans une fête païenne. »

    Les tableaux représentant des banquets sont nombreux. « Le Festin des Dieux » (1514-1529) par Giovanni Bellini et Titien, « Le Banquet de Cléopâtre » (1743-1744) par Giovanni Battista Tiepolo, « Le Festin de Balthazar » (1635) par Rembrandt, « Le Banquet des officiers de la garde civique de Saint-Adrien » (1627) par Frans Hals et « Le Festin dans la maison de Lévi » (1573) par Paolo Véronèse. Cette œuvre de la Renaissance vénitienne, était censé remplacer une Ultima Cena, l’œuvre du Titien, été détruite par un incendie.

    La maison de Simon est régulièrement considérée comme le lieu où se déroule l’ultime repas du Christ et des disciples. La réalisation lui vaut une comparution devant le tribunal de l’Inquisition. Elle n’a rien à envier aux lois punissant le blasphème. Les sanctions sont à l’image des délits commis. Elles commencent par la simple pénitence jusqu’à la mort sur le bûcher. Sans oublier, l’amende, la confiscation des biens et le bannissement. La torture est employée pour obtenir des aveux. (Crédits : Par Jan van Bijlert RMN/Stéphane Maréchalle/Wikipedia)

    Le Festin des dieux

    La preuve de culpabilité ou d’innocence au Moyen-Âge est acquise par l’Ordalie. Pour un seul accusé, elle s’effectuait par l’eau froide, l’eau bouillante, le fer rouge et le feu. Lorsque deux personnes sont accusées et se renvoient la responsabilité, un duel à mort s’engage. Auparavant, chacun doit s’acquitter d’une somme suffisante pour couvrir les dépens, amendes et la réparation financière des dommages causés au survivant.

    La Polémique

    Ah, la polémique. Cette « querelle, dispute qui s’élève sur des questions de théologie, de politique, de littérature, etc., donnant lieu à des échanges publics suivis, à la publication d’écrits », définit l’Académie française. Ce terme du XVIe siècle est emprunté du grec polemikos, « qui concerne la guerre », qui est lui-même dérivé de polemos, « guerre ». En ces temps lointains, la polémique appartient à la dispute. « Il se dit proprement des disputes qui regardent la Religion. »

    Elle permet aussi de focaliser l’attention sur un sujet, plus qu’un autre, tel le tour d’un magicien. Elles surviennent dans divers domaines, du politique au social, en passant par le culturel jusqu’au religieux… Elles choquent ou provoquent un débat.

    La « quenelle » de Dieudonné (2013-2014) touche les questions de liberté d’expression, des limites, si tant qu’il y en à l’humour et sur les questions de l’antisémitisme. Le Burkini qui couvre les femmes de confession musulmane (2016). Le discours de l’ancien président Nicolas Sarkozy déclenche une polémique avec une seule phrase. « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Ou la loi abrogée sur l’interdiction du port du pantalon pour les femmes en 2013. Et dernièrement le pins de la Présidente de l’Assemblée nationale.

    La polémique à l’heure du tout numérique est une arme de destruction massive. Il suffit de jouer sur les mots, pour qu’en découlent des maux. (Crédits : Leonardo da Vinci/Milena Magnano/Collana I Geni dell’arte, Mondadori Arte, Domaine public/Wikipedia)

    Elles sont des tempêtes dans un verre d’eau. La principale révélation est que le siècle de la communication n’en porte que le nom. Tout comme les documentaires de Maïa Mazaurette pour apprendre aux jeunes à se draguer, à se comporter en réel et non plus à travers des applications. À force de paraître à travers les smartphones, l’être humain devient comme les personnages du dessin animé de Walt-Disney Wall-E. De la polémique à la controverse, il n’y a qu’un mot.

    Ce qui a engendré des conflits tels que l’affaire de Fachoda, l’incident de Sarajevo qui déclenche la Première Guerre mondiale. Celui du golf du Tonkin, comme la guerre des Malouines. Ce qui est sûr, c’est que la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 a défrayé la chronique, tant sur les réseaux que dans les chaumières, en France comme partout ailleurs. Peut importe que vous ayez aimé ou non, elle restera dans les mémoires, comme la cérémonie de clôture, car elle a provoqué un sentiment.

    1. https://www.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2007-1-page-45.htm ↩︎
  • Le désert blanc et glacé de Patagonie (Épis. 26/46)

    Le désert blanc et glacé de Patagonie (Épis. 26/46)

    Le départ s’effectue peu après 7 h. Aujourd’hui, ils doivent franchir le col situé à 1200 m d’altitude, le point culminant du trek. Dès l’entame, Flavien laisse Camille prendre la tête. Les sentiers forestiers sont plus ou moins roulants. Ce jusqu’à ce que le duo passe au-dessus des arbres. Dès cet instant, ils marchent sur des œufs, plus spécifiquement sur les milieux minéraux et les éboulis. Ce qui remémore à l’aventurier du bout du monde les Pyrénées. Comme un poisson dans l’eau, Flavien retrouve Camille en tête, avant de la dépasser. Ils se donnent rendez-vous au sommet.

    Bien que partis parmi les derniers, « on double des dizaines de personnes parties plus d’une heure plus tôt ». Le vent se lève. La pluie quant à elle, se laisse désirer. Cette accalmie météorologique donne à observer un paysage magnifique, comme les nombreux glaciers accrochés aux montagnes qui les entourent. Arrivé au col, il ne fait pas chaud, « j’enfile une couche de plus et attends Camille ». L’affichage d’une telle forme après quasiment deux mois de voyage le ravit.

    L’une des plus grandes calottes glaciaires au monde

    « Il nous aura fallu 1 h 45 pour gravir les 700 m de dénivelé. » Le col passé, la vue sur le glacier Grey est indescriptible. « C’est sûrement la plus impressionnante des vues qu’il m’ait été donné de découvrir », s’émeut Flavien.

    Cette langue glaciaire de plusieurs kilomètres de large se jette dans un lac. Une fois n’est pas coutume, une pause pour des photos et prendre la pose. Contes, mythes et légendes relatent qu’un trésor se planque au pied de l’arc-en-ciel. Cependant il m’est impossible de vous révéler « la nature du trésor que les fées cachent à ses pieds ».

    Plus terre-à-terre : « Qui dit arc-en-ciel, dit pluie », on ne traîne pas souffle Flavien. Désormais une descente de 1100 m se profile devant eux, une éternité face à l’horizon. « C’est long, très long… »

    Une descente est bien plus technique. Le travail des appuis ménage genoux et quadriceps. Le Glaciar Grey, venant tout droit du Campo Hielo Sur se découvre avec son arc-en-ciel. Il est la troisième calotte glaciaire après l’Antarctique et le Groenland. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les deux compagnons de voyage suivent la même trace. « Avec Camille, nous doublons des personnes parties de nuit. » À mi-parcours, un mini refuge demande l’enregistrement de leur passage. « À peine ai-je fais le plein d’eau que je redémarre. Camille me rattrapera plus tard, elle aime bien marcher seule », relate-t-il un poil désabusé.

    Traversées suspendues


    Heureusement, ni l’un ni l’autre ne sont sujets à l’acrophobie ou au vertige. « Jusqu’au campement de l’après-midi, on traversa trois ponts de singes très longs. Il ne faut pas avoir peur du vide, surtout avec ce vent qui fait vaciller la passerelle au-dessus des vallées glaciaires. »

    La randonnée se déroule vivement quand la pluie fait son apparition par intermittence. Le rythme élevé est bien supérieur à la plupart des randonneurs. « On double les premiers partis ce matin. Nous sommes partis avant-derniers du refuge… nous arrivons premiers. » Pour relativiser l’effort, une marche de 5 h 45, avec un dénivelé positif de 800 m et 1200 m de dénivelé négatif. « Je suis sur les rotules », souffle Flavien.

    Dans les derniers mètres, une douleur abdominale le saisit. « J’ai dû manger ou boire quelque chose qui n’allait pas. » Il passera le début d’après-midi, tel un roi… aux toilettes. Une sieste, du repos et la douleur s’évanouit. Si bien, qu’à 16 h, il craque. « j’achète un quatre-quarts et un chocolat chaud pour 8000 pesos, une folie ici… »

    L’envie, la motivation se reposent. « J’ai du mal à me motiver. La pluie impacte en mesure la toile de tente… Je suis une larve… », se languit-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    À 19 h 30 sonne l’heure du repas. « Nous mangeons avec un trio de Français que Camille a rencontré dans son auberge à Ushuaïa. » Flavien vérifie les prévisions météorologiques de vendredi, la journée s’annonce très pluvieuse. Fort heureusement l’étape ne comporte presque pas de dénivelé et la durée estimée est de moins de 4 h.

    Une journée pour les oubliettes


    L’humeur se lit sur le visage de Flavien. « Aujourd’hui rien de très intéressant », résume-t-il. Au commencement, il patiente jusqu’à l’arrivée de Camille. Ils partent ensemble, puis elle se volatilise après quelques centaines de mètres de marche. « Je ferai le reste de l’étape seul, enfin pas vraiment. »

    Il rejoint parcours le W. C’est le sentier le plus fréquenté de Patagonie. « Le nombre de personnes est incroyable, c’est pire que sur le GR20 », apostrophe Flavien. La pluie s’ajoute à la cohorte. « J’ai bien fait d’enfiler toutes mes affaires de pluie dès le départ. » Plus on est de fous, plus on rit !

    À la pluie se juxtapose le vent. « Assez fort, mais je commence à bien le connaître et il est de dos », se réjouit l’aventurier.

    Les traces de l’incendie, qui détruit 45 000 hectares, en 2012 sont encore présentes. Le parc national Torres del Paine panse ses plaies.

    « À l’époque le sentier était forestier, mais tout est brûlé les arbres ont brûlé. » La randonnée se poursuit à découvert. À 13 h, les 12 km sont déjà pliés. Je profite du fait qu’il ne pleuve pas pour monter ma tente sur « un énorme parc à tente plein de bobos. Qu’est-ce que je fous là ? » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le vent n’a pas faibli, monter sa tente est loin d’être simple. « Je déguste un chocolat chaud et j’écris quelques cartes postales cette après-midi. Je vois le vent changer sans cesse de sens. » Flavien ne sait pas comment orienter sa tente. « Je me couche en me demandant comment réussir à s’endormir avec ce vent, malgré mes bouchons d’oreille. » À suivre…

  • Découvertes du parc national Torres del Paine (Épis. 25/46)

    Découvertes du parc national Torres del Paine (Épis. 25/46)

    Le matériel est prêt. Il est 6 h quand Camille pointe le bout de son nez à l’auberge où dormait Flavien. Ils patientent jusqu’à l’arrivée du chauffeur. Le parcours en bus coûte seulement 10 000 pesos jusqu’à Torres del Paine. Sauf que les deux randonneurs veulent en découdre au plus vite. Flavien appréhende la vitesse moyenne que Camille envisage sur le trek. Flavien est à la recherche de la flore à photographier et à documenter. Les deux vont-ils s’entendre ?


    La veille au soir, ils réservent un trajet en Uber, 57 000 pesos (55 €). Le bus pour rejoindre le parc national coûte 10 000 pesos. Mais, car il y a un mais, il arrive sur place qu’aux alentours de 11 h. « Sur le papier c’était censé durer 11 h alors nous ne pouvions pas nous permettre d’arriver si tard. » Une fois dans la voiture, stupeur. « Le chauffeur dit que l’application ne fonctionne pas pour de si longues distances, il nous en demande 120 000… », s’insurge Flavien.

    La négociation pour un trajet rapide

    Les deux se ravisent, ils décident de prendre le bus quand une contre-proposition arrive : 90 000… la négociation se clôture à 80 000. « Cette somme est loin d’être dérisoire, mais nous acceptons. » En voiture !! « C’est parti pour près de deux heures sur des routes plus ou moins goudronnées. » Condors, nandous et guanacos sont des compagnons de voyage. Le chauffeur les dépose au début du sentier, après avoir montré patte blanche : les fameux billets achetés pour 44 000 pesos. « Nous arrivons à l’entrée du parc national. Comme escompté, la météo n’est pas de la partie », susurre Flavien.

    La pluie les oblige à enfiler parka, sursac, guêtres et pantalon de pluie avant d’attaquer les 32 km. « À la vue du premier refuge, l’eau pénètre mes chaussures, la lose », souffle-t-il. Je vais devoir me traîner sur 140 km avec les pompes humides, pense-t-il à haute voix.

    Après une courte pause, où la nuit nous aurait coûté 60 €, nous repartons sous une pluie bien atténuée. Les deux se regardent, une sensation étrange les tient, la chaleur. « Depuis le début de mon trip, c’est la première fois que j’ai cette sensation en randonnée. »

    Camille avait noté les 18 °C de cette après-midi en vérifiant le parcours et la météo. Ils cheminent sur des traces larges à « 4×4 » au départ. Puis, les sentiers rétrécissent quand le champ de vision s’élargit. (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Nos premiers paysages du trek, alternants entre pampa et lagunes », s’émerveille Flavien. Le duo rallie un col où le vent souffle très fort. « Ce n’est pas comparable au Mont Tarn. Mélangé à une pluie fine, ça nous fouette sévèrement le visage. » Ils se mettent étrangement à se déplacer en « crabe ». « Nous sommes obligés à marcher de côté. Nous ne pouvons pas faire machine arrière sur ces sentiers techniques », explique-t-il.

    Pas de temps pour les photos

    Camille s’empare de la tête. « Je n’ai jamais marché aussi vite en randonnée. On est sur des bases de 4 km/h, c’est énorme sur ce type de chemin. » Pas de possibilité de photographier des plantes, et pourtant ce ne sont pas les nouvelles espèces qui manquent, je ronge mon frein, grommelle Flavien. La Gentianella magellanica qu’il recroisera, Berberis empetrifolia le jour de la Saint-Valentin, Mulinum spinosum patiente le temps d’une semaine. Quand ce n’est pas le moment, rien ne s’aligne.

    « À 16 h nous arrivons au refuge Dickson. Soit 32 km en 7 h 30, plus de 4 km/h de moyenne… » Flavien observe quasiment un manque. « Je n’ai pas l’impression d’avoir fait tant de kilomètres, sûrement due à l’absence de dénivelé. »

    Les chaussures encore humides rendent ses pieds tous fripés. « Je suis agréablement surpris de l’état de mes pieds après bientôt deux mois avec les mêmes chaussures ». Qui plus est avec près de 1000 km au compteur.

    Les tentes dressées, et après la douche de Camille, ils dégustent une bière face au soleil qui est revenu. « La musique du refuge, les quelques chevaux dans le pré où sont posées les tentes, donnent au moment quelque chose de particulier », poétise le jeune homme. Près de huit heures ensemble, le besoin de s’isoler l’un de l’autre s’effectue. « J’en profite pour écrire et taper un somme. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Durant la randonnée, Camille est peu loquace, « elle semble obnubilée par sa performance sportive », claque Flavien. Après avoir soupé, le duo s’étonne de voir peu ou prou de Français, sur la centaine de randonneurs présente. Petit plus, la douche chaude au refuge Dickson. « C’est la première fois du voyage que j’ai des douches sur une rando », se réjouit-il. Demain mercredi, une petite rando de 12 km donnée pour 4 h. « On n’a pas la même vision de la randonnée, c’est dommage. » Toutes leurs affaires sont sèches, même les chaussures. « Je n’y aurai pas mis une pièce… »

    Deux salles, deux ambiances

    Le tandem, comme tous les voyageurs, doit quitter le camping du refuge pour 9 h 30. L’étape en direction de Los Perros affiche 12 km et 350 m de dénivelé. Après quelques centaines de mètres de marche, le duo décide de se séparer. « Camille est sur les starting-blocks et je sens bien qu’elle veut tracer. » De son côté, il souhaite profiter de l’instant présent, de l’ambiance et des paysages. « Je ne suis pas venu ici pour courir », martèle l’aventurier. Avant d’accéder au refuge, se dévoile un énorme glacier qui se jette dans un lac.

    La météo tourne au vinaigre. « Je ne traîne pas, ce serait bête de se tremper sur le dernier kilomètre. »

    Quatre heures de marche, « j’arrive au refuge, presque sec ! » Camille est arrivée depuis quasiment une heure. La salle de restauration est pleine, la pièce chargée d’humidité et les vitres embuées.

    Précautionneux, Flavien installe sa tente en sous-bois, dans l’hypothèse où le temps vient à se dégrader. Le duo s’offre une sieste avant de prendre le goûter.

    Le confort du refuge Dickson avec sa douche chaude manque lorsque Flavien a voulu tenter de prendre une douche. Il n’y a que de l’eau froide. « Je ne me sens pas assez sale pour ça, on verra demain, en espérant qu’elle y soit chaude. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les discussions s’enchaînent à l’autre bout du monde, jusqu’au souper. L’ambiance colle au cliché cinématographique du refuge. Celle prisée par les randonneurs qui tentent de se réchauffer et de se sécher. Les obligations sont drastiques en Patagonie. « Demain, il faut quitter le refuge pour 7 h, qu’est-ce que c’est chiant ces obligations », grommelle Flavien. La raison se tient dans la distance à parcourir. Ce qui évite permet d’arriver avant la nuit pour tout un chacun. Ce qui peut engendrer des frustrations pour les plus rapides. « On se donne le mot pour un réveil à 6 h avec Camille, en espérant qu’il ne pleuve pas. » À suivre…