jeudi, février 29, 2024
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Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7)

C’est le dix-septième jour d’aventure pour Flavien. Ce jeudi 7 décembre, le vent est censé avoir baissé d’intensité. J’espère rejoindre Hill Cove en avion pense-t-il. Depuis ce minuscule village, je vais essayer de rallier Mount Adam le sommet de West Falklands culminant à 700 mètres. Un premier vol a eu lieu à 10 h, les Américains qu’il avait croisés il y a quelques jours, ont quitté l’île. C’est le nycthémère que je redoute, car c’est la plus engagée de mes randonnées aux Malouines, explique l’aventurier.

Voici pourquoi il passe beaucoup de temps à regarder les prévisions météorologiques. Après avoir attendu toute la matinée des nouvelles des pilotes, la délivrance sonne à 12 h 25. L’avion arrive, je partirai avec les Anglais. Je laisse à David la liste des 97 espèces de plantes que j’ai pu observer sur l’île de Saunders, « je dis au revoir à tout le monde et je monte dans le coucou ». C’est le même pilote que la fois précédente. Le vol dure tout au plus 10 min, « Hill Cove est juste de l’autre du chenal. Cela fait plusieurs jours que je contemple le Mount Adam depuis l’île », s’impatiente Flavien.

Une population de… neuf personnes

Le jeune homme retrouve une connaissance dans l’avion, Marie Lou. « C’est la pilote française qui m’avait emmenée à New Island est passagère cette fois-ci. Elle s’en va voir ses parents à Dunbar. » Le vent est encore important et malgré les cinq toutes petites minutes de vol « nous traversons pas mal de turbulence ». La piste est courte. Il souffle fort et de face, ce qui permet à l’avion de ralentir énormément. « C’est le plus calme des atterrissages que j’ai eus jusque là ».

Si dans trois jours, il repart avec cet appareil le sud de l’archipel, direction Port Stephens, il profite pour l’instant de Hill Cove et de ses neuf habitants.

« Dès l’arrivée je rencontre Shirley et Peter. C’est avec eux que j’avais pu échanger par e-mail, ils ont accepté de m’accueillir à l’atterrissage. » C’est un phénomène, car l’avion ne se pose pas souvent par ici. D’ailleurs la soute est remplie de courrier.

Je monte dans leur 4×4, direction la minuscule poste. « Enfin c’est une cabane en bois avec un toit en tôle… ». Comme un anniversaire ou la période de Noël, c’est un jour de distribution, chacun des neuf résidants reçoit un carton.

Une vue aérienne de Hill Cove au sein des îles Falklands montre l’ensemble des habitations.

(Crédits : Jebediah springfield/Wikipedia)

Shirley et Peter distribuent le courrier. C’est une image qui stupéfie Flavien. « Comme une impression de revenir des décennies en arrière, un moment incroyable. » Précautionneux, il repère cet abri. Selon les prévisions météorologiques la nuit de samedi à dimanche (jour du départ) va être très pluvieuse et venteuse… Peter et sa femme Shirley me proposent de venir déguster un thé chez eux. La discussion tourne autour de ma randonnée.

Premier de cordée

Ces montagnes font l’objet de randonnée, que très rarement : c’est le « royaume de l’isolement ». Ils me disent que je suis le premier de l’année à y aller, « je devrais y être pénard », se réjouit-il. Sauf que cela renforce son appréhension. Sur une île composée de neuf personnes « s’il m’arrive quelque chose, même le numéro d’urgence ne passe pas, il me faudra utiliser ma balise de détresse ».

Ce couple, ô combien sympathique vérifie avec minutie que « je ne suis pas un bleu en randonnée. Au vu de mon équipement, ils semblent rassurés. »

En prévision, ils téléphonent à chaque voisin pour savoir si quelqu’un veut bien garantir la sécurité lors du décollage de dimanche. Une fois trouvé, ils m’autorisent à dormir dans la minuscule poste s’il ne fait pas beau samedi soir, « me voilà tranquillisé ».

Flavien et Peter scrutent la carte des montagnes. Je lui demande s’il connaît un endroit plat, protégé du vent et avec un point d’eau à côté pour que je puisse boire et cuisiner pendant ces 2 ou 3 jours. « Bien entendu, il me répond que non, car cela fait des années qu’il ne s’est pas rendu là-haut. » Il déposera Flavien entre deux vallées qui mènent au sommet de l’île, mais également aux lacs glaciaires que ces sommets surplombent. (Crédits : Stephen Davies/flickr)

Lors de son périple, il est interdit à Flavien, comme tout passager d’emporter une bouteille de gaz. « J’en avais demandé une, il y a quelques semaines de ça, à Peter pour que je puisse chauffer ma nourriture. » Durant de son ultime visite à la capitale, Stanley, il m’en avait acheté une. « Sympathiques jusqu’au bout, ces malouins ! », claque Flavien, tout heureux de manger chaud durant trois jours. « Pour le remercier d’être venu me chercher, pour l’essence que Peter va consommer pour m’emmener dans la montagne et pour la bouteille de gaz, je leur donne 20 £ ».

Une marche de plus de trois heures

Sac chargé, « nous sommes partis pour une demi-heure de route, enfin… plutôt du hors-piste ». Il faut savoir que le cœur des montagnes est le domaine du gouvernement. Il est interdit de s’y rendre en véhicule motorisé. Entre deux, l’autorisation de traverser les terres était acquise quelques minutes plus tôt. Peter souhaitait amener Flavien jusqu’à la clôture délimitant la propriété du gouvernement, mais… « le terrain est trop accidenté, le 4×4 n’avance plus et j’ai l’impression que l’on va reste coincé sur 2 roues… » Une fois à terre, et après avoir remercié Peter. Flavien est seul face à la nature.

Livré à lui-même, il lui reste à parcourir environ 6 km, avec un dénivelé positif de 600 m. Son but arrivé au sommet et tenté d’y voir plus clair pour dénicher un spot abrité. Chemin faisant, « je trouve cinq espèces que je n’avais pas encore vues durant ces quelques heures de marche, les communautés végétales sont magnifiques et plus ça va plus les paysages dénudés ressemblent au sommet d’Amsterdam. »

Après 3 h 30 de marche à travers la montagne, il est 17 h 30 lorsqu’il rallie le sommet. « Le vent est fort, mais pas autant qu’hier. Il en faut plus pour entamer mon enthousiasme. » Une chose rassurante est la dalle de béton qui peut permettre à un hélicoptère d’atterrir, en cas de problème. Depuis la crête, les berges des lacs glaciaires semblent favorables à la pose d’une tente. Flavien descend 100 m de dénivelé pour atteindre le premier. En faisant le tour, il trouve un endroit plat et humide. « Dans ces montagnes, c’est soit de la caillasse soit des végétations détrempées », explique-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

Il a avec lui un footprint. Ce tapis de sol se glisse sous la tente. Il recouvre tout ou partie de la tente. Ce qui améliore l’étanchéité, protège le sol de la tente contre l’humidité, les salissures, l’abrasion et les perforations. C’est pour ça que « je choisis le milieu quelque peu humide mais abrité des vents dominants. »

Toujours se faire confiance

Attentif au sens et force du vent, il décide de l’orientation et du lieu où poser sa tente. « Demain il devrait être d’Ouest avant de tourner Nord la nuit suivante », assure-t-il. C’est en un temps record qu’il monte sa tente. « Je suis fier de moi, mais dix minutes plus tard le vent change de sens, il est d’Est, c’est à n’y rien comprendre. »

Je me fais confiance et la laisse comme telle bien qu’elle semble frêle fasse aux incroyables rafales qui m’emporte. Une heure passe quand le vent se calme enfin : « je peux manger sereinement ». La bouteille de gaz que Peter m’a trouvé est très haute, et ne tient pas sur elle-même. Comme il y a trop de vent, et qu’il fait trop froid à cette altitude pour cuisiner dehors « je joue aux équilibristes à l’intérieur de ma tente pour ne rien cramer. »

Un lyophilisé à la tartiflette sera le bienvenu. Ce soir je me permets même quelque chose de luxueux. « Comme j’ai du gaz à en revendre, j’ai chauffé un litre d’eau que j’ai placé dans ma gourde en aluminium pour que ça me serve de bouillotte, c’était la meilleure idée que j’ai eue aujourd’hui. »

(Crédits : Flavien Saboureau)

Voilà que cette magnifique journée se termine dans ce qui est « je pense le plus isolé et le plus technique des bivouacs que j’ai pu faire dans ma vie. Cependant j’ai réussi, je peux m’endormir sur mes deux oreilles. » Demain, une mission presque impossible « je vais tout faire pour trouver des plantes endémiques très rares, à savoir Hamadryas argentea et Nassauvia falklandica ». À suivre…

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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