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  • De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    Il est 8 h 45, en ce premier mars quand Flavien sort de sa chambre qui est d’ores et déjà rangée. Les ultimes images se gravent à jamais dans sa mémoire, alors qu’il déambule dans les rues. Surtout que par enchantement, il croise une à une les personnes qu’il a eu la chance de côtoyer une semaine durant. L’embarquement dans le bateau est prévu pour 10 h 15. C’est une dernière fois qu’il navigue ainsi sur l’océan pacifique sud. Ensuite, l’aéronef décollera pour le déposer sur le sol chilien, quelque six cents kilomètres plus tard.

    Il file logiquement vers les bureaux de la CONAF pour dire au revoir aux agents, et en particulier à Ignacio, Gonzalo est quant à lui malade ce matin-là. « À 9 h j’avance tranquillement vers le port où je dois prendre le bateau pour l’aéroport à 10 h 15. » Il reste tel un enfant une bonne trentaine de minutes devant son Abutilon fétiche. Comme une sensation de vouloir graver une dernière image de calme et de bonheur du fameux colibri.

    À toute berzingue… sur l’océan

    Chemin faisant, Flavien se rapproche du port. « Je rencontre de nombreuses personnes croisées durant ce séjour, à l’image du postier, que je salue une dernière fois. C’est marrant de connaître tant de monde au bout d’une seule semaine, le charme de ces villages insulaires… », s’émeut-il derrière sa barbe.

    L’aventurier habitué à se mouvoir, tel un électron autour de son atome, fait les cent pas sur le ponton. « Je traîne en attendant l’heure », observant la vie quotidienne de gens dans ce lieu peu ordinaire. Certains montent leurs bateaux sur cale pour effectuer des réparations quand d’autres transportent des langoustes en scooter. « L’animal dans une main et l’autre sur le guidon, il n’y a qu’ici que l’on voit ça. »

    Avec toutes ces belles dernières images en tête je peux partir l’esprit tranquille, pense-t-il à voix haute. « J’aimerais rester bien plus longtemps. Toutes les espèces rencontrées me confortent dans mon absence de frustration, le pire des sentiments pour moi. »

    « À huit dans la barcasse, gilets de sauvetage enfilés, nous traçons à toute berzingue plein ouest. » Afin de pouvoir photographier la mythique grotte de Robinson Crusoé, il demande à un couple de pouvoir changer de place. « Lui est français, quelle surprise. Moi qui pensais être le seul de l’hexagone ici. »

    Le bateau va bien plus vite, combiné au vent la traversée est sportive. L’occasion d’observer une ultime fois ces falaises tout aussi impressionnantes que celles d’Amsterdam. Les passagers débarquent à Bahia del Padre. Comme à l’aller la faune locale est présente, en nombre beaucoup plus important que lors de son arrivée. « Avec le cri de ces centaines de juvéniles, je ne me suis jamais autant senti à Amsterdam que depuis mon départ de cette dernière île. » Le temps est compté, Flavien ne dispose que de trois cents petites secondes pour immortaliser le moment.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le 4×4 nous amène à l’aérodrome avec la charrette chargée de nos bagages. « N’ayant que sept sièges dans le véhicule, le Français s’installe dans la charrette. Une scène hors du temps, j’aurais bien voulu être à sa place. » Durant vingt bonnes minutes, les voyageurs patientent que l’avion atterrisse. « Les pilotes, comme l’appareil, sont identiques au trajet aller, seule différence le décollage est bien moins impressionnant », souffle-t-il.

    Flavien sombre dans les bras de Morphée

    Tenant son carnet de voyage, la semaine passée ne lui laisse que peu de temps pour le remplir. « Je compte sur ce vol pour rattraper mon retard, mais à peine ai-je écrit une journée que je tombe dans les bras de Morphée », s’étonne Flavien. Moi qui ne dors habituellement pas beaucoup dans les aéronefs, je devais être sacrément fatigué remarque à son réveil, les oreilles le faisant souffrir. « Quand j’ouvre les yeux, nous ne sommes plus au-dessus de l’océan. Mes oreilles douloureuses me susurrent que nous descendons. »

    Vingt minutes plus tard nous atterrissons sur cette piste, loin de notre aérodrome au charme unique. Le Français le questionne sur l’endroit où il compte aller. « Vers Valparaíso dans l’après-midi, il fait beaucoup trop chaud ici à Santiago », répond l’aventurier.

    Les incongruités refont surface. « Et voilà que les synchronicités font leur retour ; ils y habitent depuis 7 ans ! Ils suggèrent de m’y amener. » Flavien réfléchit quelques secondes, car il doit récupérer ses affaires laissées chez Clémentine et Gonzalo… « Je n’hésite pas longtemps et j’accepte leur proposition. » Ils retrouvent leur voiture et nous voilà partis en direction du Pacifique. En chemin, ils passent par les fameuses forêts brûlées récemment, dont les incendies ont malheureusement produit tant de victimes en février 2024.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Grotte, Robinson, roman

    « Lui est breton, reporter pour Arte ou France 5. Je lui glisse alors l’idée de faire quelque chose sur Amsterdam. » Bien qu’en direction du Pacifique, Flavien ne perd pas le nord. Le hasard, s’il existe, fait toujours bien les choses. « Il a fait l’école de l’IFCAM, à Ménigoute, à quelques kilomètres de la maison, incroyable… » L’auberge repérée par Flavien se trouve dans un quartier peu fréquentable selon leurs dires. « Ils m’emmènent dans le quartier du Cerro Conception et m’indique une digne de ce nom. »

    À la découverte de Valparaíso

    C’est alors l’occasion de découvrir cette ville très colorée et caractérisée par ces quarante-deux Cerros habités. « Je ne tarde pas à trouver une auberge à 11 000 pesos la nuit en plein cœur du plus beau quartier de Valparaíso. Indécis sur la suite il y a encore quelques heures, les aléas du voyage font bien les choses. » Elle est la troisième ville du pays. Sa population atteint 300 000 habitants et quasiment le million avec son agglomération.

    Elle mélange les genres, du trolley au funiculaire, Valparaíso se divise en quarante-deux cerros. Les « ascensores » sont classés au patrimoine de l’UNESCO.

    Le cerro, colline en français scinde la ville en différent mode de vie, du plus chic au moins aisé. Le cerro Panteón doit son patronyme à la construction des cimetières. Chaque religion est régie par ses propres codes. Ainsi celui des Disidentes, comme son patronyme le suggère fut créé à l’attention des personnes de confessions non catholiques. Le Cerro Polanco attend le mois de novembre 2012 avec le projet socioculturel Graffestival pour connaître enfin un renouveau.

    La belle surnommée « Valpo » par ses habitants, oscille entre maisons richement colorées et des fresques murales, la couleur y est omniprésente.

    Elle se découvre à travers ses « ascensores » pour grimper sur les Cerros et sillonner la ville. L’église de la Matriz et la place Santo Domingo, la place Echaurren et rue Serrano, Prat Pier, les places Sotomayor et Justicia, le quartier du musée maritime, Cerro Alegre et Cerro Concepción… sont autant de lieux magiques à arpenter. Ils en existent tant d’autres.

    Les deux collines, Alegre et Concepción font partie intégrante du Quartier Historique défini par l’UNESCO. Elles jouissent logiquement de leurs renommées pour attirer visiteurs, hôtels, boutiques, restaurants, cafés et autres types d’affaires et de commerces s’articulant autour du tourisme. Mais résumer Valparaíso ainsi est maladroit. (Crédits : Luis Eduardo Bastias/Pixabay)

    En si peu de temps, Flavien ne peut qu’effleurer cette ville hautement colorée. Après avoir pris ses marques, il se dirige vers les rues adjacentes à la découverte de l’incontournable street art local. Il dîne, ou soupe selon tout un chacun, dans ce qui serait l’équivalent d’une brasserie, explique-t-il. « Je ne rentre pas trop tard pour réfléchir à ce que je peux faire demain. » Pourquoi ne pas visiter le Cerro Bellavista ? Il ne tient pas son nom au hasard, encore lui. Au cœur de l’amphithéâtre, elle offre une vue splendide et incomparable l’Océan Pacifique et le reste de la baie. C’est le berceau artistique de la ville, avec la maison-musée du célèbre poète Pablo Neruda condamné à l’exil politique. À suivre…

  • L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    Ça y est ! En ce mercredi 28 février 2024 ça fait cent jours tout pile que Flavien est parti de la maison familiale de Lavausseau. Pour résumer son voyage, cette journée ne se passe pas comme annoncé. L’aventurier du bout du monde imagine, planifie, envisage jusqu’au moment où le grain de sable vient s’immiscer dans la machine. Mais avec le recul, c’est une chance de vivre une vie où l’imprévu se présente. Elle procure un maximum d’expériences et de souvenirs. D’autant que le hasard faisant bien les choses, une journée de plus où son quadriceps peux se reposer.

    Flavien a rendez-vous à 9 h avec Ignacio pour partir en direction d’El Camote. « La cuisse est en meilleur état et son propriétaire est surmotivé, je suis prêt à 8 h 30. Ce qui est loin d’être dans mes habitudes… », reconnaît-il. Mais, car il y a un mais, cinq minutes plus tard Ignacio m’annonce qu’il s’est fait mal hier lors de sa séance de musculation et que l’on ne pourra pas y aller. « Quelle déception ! » Un quart d’heure s’égraine, quand il se met à pleuvoir. Heureusement pas comme le déluge meurtrier de Valence, en Espagne. Ici, les locaux disent « està caillando sopaipillas ». Des mets qui sont dégustés lors des précipitations d’hiver. Cette météo console et atténue sa frustration.

    Ne pas faire son cabri

    La matinée se passe, comme tout un chacun dans la salle d’attente de son médecin traitant, les yeux fixés sur le portable. Flavien recherche diverses informations sur quelques plantes qu’il pourra croiser. Il bout d’impatience en silence. « L’après-midi est ensoleillée. Je ne peux pas rester plus longtemps à ne rien faire alors que je suis sur l’un des épicentre de la biodiversité mondiale. »

    L’expérience sert toujours, à un instant où à un autre. « Pour ne pas créer de tension avec la CONAF, je décide de ne pas faire le cabri. Je reprends la direction du Mirador de Selkirk, où il me semble avoir loupé quelques espèces samedi. »

    Là-haut il convoite dans la végétation deux types de Robinsonia. « Avec les énormes Thyrsopteris, la végétation est impénétrable et je me griffe de partout. »

    Au prix de nombreux efforts « je ne tarde pas à trouver ce que je suis venu chercher. » Qui plus est, alors que je retrouve mon souffle dans une trouée de flore, se présente devant moi Ugni selkirkii. Une myrtacée en danger d’extinction, car fortement concurrencée par sa cousine invasive. « Je la photographie sous toutes ses coutures », comme à la Paris Fashion Week.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je reprends le chemin et pars faire le sanglier ailleurs. » C’est alors qu’il remarque son tout premier colibri de Juan Fernandez en pleine forêt primaire. « Loin d’être effrayé de ma présence, j’ai le loisir de l’observer butiner les fleurs de l’endémique Rhaphithamnus venustus. » C’est après avoir regardé comment est constituée la fleur que l’on comprend mieux la longueur de son bec. Bien qu’il faille rentrer, Flavien profite une dernière fois de l’incroyable vue qu’offre le mirador Selkirk. Le fameux gourmet s’essaye dans un nouveau restaurant en mangeant du poisson frit au Bahia.

    C’est le bon jour pour El Camote

    Ce matin est le bon. « À 9 h 45 nous partons en direction de la Plazoleta Yunque avec le 4×4 pour rejoindre le pied du sommet de l’île. » C’est à partie de cet endroit que débute le « pseudo-sentier » vers El Camote. Sur l’itinéraire, ils récupèrent des agents de la CONAF qui doivent aller travailler à la Plazoleta.

    « À quinze dans le pick-up, il avance prudemment sur la piste qui ressemble plus à un chemin de VTT de descente… », explique Flavien accroché à son siège. Le périple, pour la cinquième ascension d’Igniacio, s’effectue en compagnie de Gonzalon le pépiniériste, Gaël un jeune de la communauté et le naturaliste Lavaucéen. « Nous parcourons une magnifique myrtisylve où de très nombreux Arthropteris grimpent à l’assaut des Nothomyrcia », décrit Flavien.

    L’équipage est en pleine montée quand Dicksonia berteroana survient. « Jusque là il y a assez peu d’invasives, c’est la forêt la mieux préservée que j’ai traversée sur l’île. »

    Un moment suspendu apparaît aux alentours de 530 m d’altitude. « Ignacio me regarde et me désigne, sans un mot, celle que je cherchais, le Lactoris fernandeziana, la plante emblématique de l’archipel. » Comme David auparavant, ils sont obligés de patienter que Flavien s’active avec son caillou accroché au zinc. « Après d’innombrables clichés, nous repartons à l’assaut de la montagne. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dès lors les ronces, les Aristotelia apparaissent, ce qui complique sérieusement l’avancée… Heureusement Ignacio connaît bien le chemin, car il faut avouer que les anciennes traces de passages sont au milieu de toutes ces espèces de fougères. Impossible à repérer sans être un initié. Comme à chaque instant, sans être surfait, Flavien à la chance de s’émerveiller. « La vue est incroyable. Le temps est magnifique, le Yunque dégagé et il y a peu de vent, on a bien fait de reporter d’une journée », sourit le jeune homme.

    Une promesse est une promesse

    Les nouvelles espèces sont de la partie. Avec Ignacio, ils repèrent quelques pieds de Colletia au creux de falaises inaccessibles. « C’est la première fois qu’il voit cette espèce depuis trois ans qu’il œuvre ici, il est heureux comme un gosse. Pour moi tout est presque nouveau… »

    Falaise, Chili, plante

    À quelques heures de la conférence qui se tient à 18 h, ils mangent, et dénichent quelques autres plantes dans les falaises, « où je me fais quelques frayeurs, et nous redescendons. »

    Deux heures passent lorsque la salle se prépare à la conférence sur l’île Amsterdam. En échange du logement alloué gratuitement, il présente un sujet de son choix aux habitants du village. Une affiche avait été placardée deux jours avant. Dix personnes seront de la partie.

    Après avoir mangé une pizza, l’équipage se rejoint autour du zinc d’un bar. « J’avais promis de payer une bière à Ignacio et Gonzalo s’ils trouvaient le fameux Lactoris, parole tenue ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il est minuit passé quand je rentre pour dormir mon ultime nuit dans le logement. » Les dernières heures s’approchent de plus en plus pour Flavien. D’ici quelques jours, il va retrouver les bruits de la civilisation, de ceux qui font notre quotidien, qui marquent et nous imposent un rythme insensé, à l’inverse du suave tempo de la nature. Mais la transition s’effectue doucement en repartant dès demain vers des visages connus à Santiago du Chili. À suivre…

  • Flavien fait face aux défis (Épis. 42/46)

    Flavien fait face aux défis (Épis. 42/46)

    Comme prévu, Flavien va à la rencontre des personnes œuvrant à la CONAF. À l’égard des préjugés, et des conseils avisés, il est parfois difficile de faire amende honorable. Il est confronté, somme toute avec bienveillance à ces derniers. Mais l’adage explique aussi que ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace. D’autant que l’ensemble de la vie est pareil à chemin semé d’expériences, que nous acquérons au fil des saisons. L’aventurier doit faire des choix, les assumer, et parfois ménager sa monture s’il veut aller jusqu’au bout des choses.

    « Avec Ignacio, nous avons convenu que nous irons à El Camote mercredi, c’est le seul endroit à peu près accessible qui me permettra de voir quelques espèces emblématiques. » Cependant Flavien souhaite aussi se rendre à Puerto Frances, à l’extrême est de l’île. Ignacio joue de ses contacts. La réponse ne se fait pas attendre, une guide propose le nycthémère à 140 €. Ce qui ne plait pas, mais alors pas du tout au lavaucéen. « C’est des malades ! Je ne vais pas payer cette fortune pour suivre quelqu’un sur des chemins toute la journée. »

    Parti seul, sur un coup de tête

    Les idées s’entrechoquent. Flavien se questionne. « Ignacio ne veut pas que j’y aille seul. Il a peur que je me perde. » Le tracé selon les dires de chacun est peu balisé, peu indiqué, voire inexistant. Si bien que lorsqu’il sort bureau, il est indécis, tiraillé. « J’ai l’impression qu’ils me prennent pour un bleu », argumente Flavien. Sauf, qu’il est déjà 10 h 30 et le trajet en question comporte 32 km, aller et retour. Une décision doit-être adoptée. « Je me dépêche de remplir mes deux gourdes. Me voilà parti sur un coup de tête », quitte à subir quelques remontrances admet-il.

    Roche, plante, crusoé

    Au bout d’une heure, Flavien dispose que le sentier est quasiment invisible. Les bovins brouillent les pistes, en créent des dizaines d’autres, ce qui pourrait être amusant dans de dissemblables circonstances. « En plus, je n’ai pas la trace sur mon GPS. » C’est alors qu’il sort de sa poche une carte papier touristique, et la combine avec celle des reliefs de son portable, au feeling souffle-t-il.

    « Parfois je trouve des piquets en bois qui marquent le chemin et parfois je les perds. L’un des buts de cette randonnée est de découvrir le dernier pied au monde de Dendroseris neriifolia, qui est supposé se situer au bord de la voie. » Il suit méthodiquement les différentes sentes. Au bout de deux heures de marche, il est enfin récompensé. Il continu heureux en direction de la Piña.

    Lieu où il est censé dénicher d’impressionnantes falaises, donnant sur la partie sud de l’île. Elle est la plus inaccessible compte tenu du relief et des forêts impénétrables que chacun y trouve. Sauf qu’un détail s’ajoute. « Le soleil tape très fort et je suis déjà à ma deuxième gourde. Ne croisant aucun point d’eau, cette histoire commence à m’inquiéter. » Mais il poursuit son périple. Dans une myrtisylve en bon état, il effectue sa pause déjeuner… il est 14 h 30. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il ne reste que trois quarts de kilomètre à parcourir, une broutille. « C’est un jeu d’enfants », se réjouit l’aventurier. Sur ce coup-là, son flair est momentanément en panne. Une myrtisylve s’est effondrée. Il doit alors enjamber, se baisser, escalader les troncs enchevêtrés pour avancer. « Je dois faire du 1 km/h grand maximum ! Qui plus est, impossible de se repérer ici », grommelle-t-il dans sa barbe fraîchement taillée. Au beau milieu du talweg menant à la falaise, Flavien grimpe encore et toujours… Après une heure d’acharnements, il arrive fort heureusement à destination. « Les efforts en valaient la peine, la vue est époustouflante. »

    À la vitesse d’un escargot

    Devant lui, ne le dites pas à sa maman, 400 m de falaises tombent à pic, avec en plus du vent. « Il est rafraîchissant, ça fait du bien ! » Au sein de ce lieu, unique en son genre, la survie des plantes endémiques se joue à leurs adaptations. La plupart se sont expatriées dans l’à-pic, pour échapper à l’abroutissement des lapins et chèvres. Elles sont peu nombreuses, et exclusivement cantonnées à cette petite vallée, commente Flavien qui ouï l’un de ces cabris sans réussir à le localiser. « Ces falaises ressemblent à celles de la Pearl à Amsterdam, c’est à s’y méprendre », se remémore-t-il.

    Dans son élan, il file vers Puerto Frances où la vallée est plus encaissée. « J’espère y trouver un filet d’eau ». C’est au final un simple refuge inoccupé qui fait face à la mer. Il possède sa propre plage de galets, la commune d’Entrecasteaux en quelque sorte !

    Le ruban d’argent qui coule disparaît à ses yeux avant de se jeter en plein océan pacifique sud. « Je remonte donc un peu le talweg pour retrouver sa trace et remplir mes deux gourdes désespérément vides… ». Il a eu chaud dans les deux sens du terme. Cependant, l’eau souillée par les bovins est avec ce temps ensoleillé, chaude. « Le savant mélange pour attraper une bonne tourista. »

    Il se voit dans l’obligation, après l’avoir filtrée, d’ajouter un cachet de chlore dans chacune d’elles. « Il faut patienter une heure avant de pouvoir de nouveau s’hydrater. » C’est le meilleur moyen de tester sa force mentale. « Le chemin du retour est plus simple maintenant que je sais où je me suis perdu », s’amuse-t-il. Mais comme hier, la machine montre des signes de fatigue. « À quelques encablures de l’arrivée, mon quadriceps me rappelle une nouvelle fois à l’ordre. Je change de rythme si je veux profiter des prochains jours. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Falsaie, île, océan

    La vitesse amoindrie permet de profiter et de découvrir des petits trésors. « Pour terminer en beauté cette journée pleine d’inattendus, un rocher de basalte m’offre Notholaena chilensis. Une fougère reviviscente endémique qui n’est connue qu’à trois lieux sur l’archipel et donc dans le monde. J’arrive éreinté. Demain doit être consacré au repos si je ne veux pas accroître ma blessure au quadriceps. »

    Une douleur persistante

    Ce matin du 27 février 2024, la douleur à la cuisse est toujours présente et prégnante. « Même si c’est frustrant je décide de ne pas faire de gros efforts. » Rien de tel que d’être en terrasse d’un café. Il descend doucettement en centre-ville à sa recherche. « J’aimerais y écrire les quelques cartes postales achetées il y a deux jours. » Cette journée de repos est l’occasion pour déguster ces fameuses langoustes qui font la réputation de l’île, d’autant que la dernière remonte au temps de l’île d’Amsterdam.

    Bateau, pêche, île

    « Je réserve une table au restaurant, El Mirador, pour ce soir. C’est ici d’ailleurs que j’écris mes cartes postales, avec une vue imprenable sur la baie de Cumberland, où est coulé le Dresden. »

    Ne rien faire disait-il. « Ce matin, je trouve un moniteur de plongée qui m’emmènera faire du snorkeling cette après-midi pour seulement 25 €. » Les textes couchés sur papier glacé, il adopte la direction de la poste, où il fait tamponner une carte historique achetée auparavant.

    Des burgers de poissons fait maison au déjeuner, il s’achemine vers les bureaux de la CONAF le ventre plein. Il planifie et organise sa conférence avec, dans un coin de sa tête le rendez-vous avec la faune marine. « Je quitte précipitamment les locaux, le vaisseau risque de m’attendre pour aller plonger », s’affole Flavien après avoir jeté un coup d’œil sur sa montre.

    Avec la préparation, il ne grimpe dans le bateau qu’à 17 h et navigue jusqu’à l’autre bout de la baie. « L’eau est à 20 °C, mais l’extérieur étant plus frais, l’entrée dans l’océan est presque glaçante, mais revigorante. » Pour une fois Flavien découvre un milieu d’une incroyable richesse où ses savoirs sont comme ceux d’un touriste. « Je ne me suis pas beaucoup renseigné, je suis donc un peu perdu avec toutes ces espèces qui me sont inconnues. »

    Il se rassure avec quelques espèces en commun avec Amsterdam comme les impressionnantes sérioles. « J’ai la chance de furtivement nager avec une otarie de Juan Fernandez », s’émerveille le baroudeur. Une douche prise, le gastronome file au restaurant El Mirador.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Bien que la langouste soit de plus grande taille, le goût est très similaire à l’amstellodamoise. Accompagnée d’une bière brassée dans le petit village de l’île, on ne peut faire plus locale », martèle Flavien voyant arriver la gourmandise de fin de raps. Devinez sur quel type d’entremets ses yeux se sont posés. « Le dessert est une glace à base maqui (Aristotelia chilensis), l’une des invasives les plus problématiques sur l’île, mais quel délice ! Je rentre sous une pluie d’étoiles avec la peau du ventre bien tendue. » Cette journée de repos, très agréable, souffle-t-il, a permis de réaliser quelques activités qu’il ne me fallait surtout pas rater avant le départ. À suivre…

  • L’exploration botanique de Crusoé (Épis. 41/46)

    L’exploration botanique de Crusoé (Épis. 41/46)

    Ce matin, Flavien est excité comme une puce. Il est enfin sur l’île mythique, celle de Robinson Crusoé. Souvent entre le côté romanesque d’un livre et son adaptation au cinéma, certains lecteurs peuvent être déçus. Flavien quant à lui se focalise sur la flore. Déjà durant le voyage en bus de nuit entre Puerto Montt et Santiago du Chili, il ne pouvait s’empêcher de feuilleter quelques documents. Si bien que dès le réveil, il s’écrit : « je ne traîne pas, j’ai hâte de découvrir cette fameuse flore ! »

    Le globe-trotter est-il pressé ? La réponse est un grand oui. Après avoir voyagé en direction de l’île de Robinson Crusoé, à plus de 600 km au large des côtes Chiliennes, il foule l’une des trois îles de l’archipel Juan Fernandez. C’est à cet emplacement, durant quatre ans et quatre mois que le marin et aventurier Écossais Alexander Selkirk a vécu isolé. Histoire épique qui, peu avant 1719, a inspiré Daniel de Foe pour écrire le fameux roman. « Je prends la direction du Mirador Selkirk, le spot le plus connu pour la beauté de sa vue. Il serait aussi l’un des meilleurs endroits pour faire de la botanique », s’étonne Flavien.

    À l’abordage de la flore

    Tous les chemins s’effectuent accompagnés d’un guide. Tous sauf un, celui pour se rendre au Mirador Selkirk. Détail de l’histoire qui explose dans la tête de Flavien : Selkirk aurait surveillé la traversée de bateaux depuis ce lieu. Flavien s’enhardit quand il repasse, par hasard, devant le fameux Abutilon. Trente secondes plus tard, le colibri se pointe. « J’ai hésité à prendre mon téléobjectif, je crois que j’ai bien fait ! »

    Colibri, oiseau, Crusoé

    Après 15 min de shooting, il retourne à son sentier. La dernière grosse randonnée a marqué Flavien. Cette trace monte véritablement. « En 2,7 km il faut grimper 550 m », souffre Flavien. La pente est donc de 20 %. Le mont Ventoux affiche, à l’entrée de la forêt une moyenne sur 9,5 km de 9 %, dont un passage à 13 %. Revenons à nos moutons.

    Les constatations vont bon train. « Au début, malgré Erigeron fernandeziana qui fait de la résistance, les milieux de basse altitude sont envahis par Aristotelia chilensis et Rubus ulmifolius. Plus je monte plus ces deux invasives laissent placent à une autre, Ugni molinae », se désole-t-il. Après un peu de marche, c’est au-dessus de 400 mètres, que les premières forêts intéressantes se dévoilent au botaniste.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Sous les Nothomyrcia fernandeziana, Drimys confertifolia et Zanthoxylum mayu, les nombreuses espèces de fougères endémiques sont omniprésentes : Thyrsopteris elegans, Blechnum schotii, Pteris berteroana, etc. » Mais c’est bien l’arrivée au mirador que Flavien marque le pas. « La vue est tout simplement incroyable. » En direction du sud, il observe l’aéroport et la pointe de l’île, quand au nord la Bahia Cumberland et le village de San Juan de Bautista se dessinent. À l’est comme à l’ouest les crêtes escarpées attirent les espèces qui se laissent deviner, les Juania australis et autre Robinsonia gayana…

    Première hésitation

    « Je ne peux résister », se convainc Flavien. Aventurier et baroudeur, voire équilibriste pour le plus grand plaisir de sa maman, il tente d’avancer coûte que coûte, pour une plante. « J’essaye de m’y rendre en m’accrochant comme je le peux aux Ugni molinae. J’espère y voir Eryngium inaccessum que je ne tarde pas à trouver, mais un unique pied. »

    Il est tout juste midi, quant à 16 km de sa position, une beauté lui fait de l’œil : la pointe de l’île.

    L’hésitation suspend le temps. Les conseils avisés qui lui sont prodigués participent au flottement. « On m’a dit de ne pas m’y rendre tout seul. Il me faut au moins huit heures pour parcourir les 32 km et revenir, sachant qu’il me restera encore une heure pour rejoindre le village », partage Flavien.

    Cela ne dure qu’un instant. Les colonies d’otaries qui lui sont promises prennent le dessus sur les incertitudes et conseils. « Me voici parti à descendre la montagne de l’autre côté. » Avantage et inconvénient se mélangent. « Le chemin est bien tracé et plat, mais fastidieux », soupire-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chili, fleur, montagne

    Le jeu en vaut-il la chandelle ? Le beau temps est omniprésent, entrecoupé de passage nuageux. « La vue sur l’inaccessible sommet, le Yunque, s’offrant quelques instants, mérite vraiment mes efforts », assure-t-il. Comme une pièce de monnaie, les deux côtés de l’île sont indissociables, mais parfaitement différents. « De ce côté, elle change radicalement de visage. Les terres sèches et érodées sont dues à la quasi-absence de précipitations estivales et aux bovins, qui sont ici en liberté. » Une des conséquences est que l’Acaena argentea recouvre presque seule ces milieux, relate Flavien.

    Cinq heures de marche

    La monotonie du tracé est agrémentée, à de nombreuses reprises, de l’observation du faucon de Juan Fernandez. Le chemin englouti peu avant 16 h, Flavien arrive à l’extrémité de l’île. « Je ne peux pas être plus proche de celle de Santa Clara. Les sommets de Robinson sont dans les nuages alors que c’est le plein soleil ici. » Pressé par le temps, il patiente quelques instants qu’ils se découvrent, mais il doit rentrer. « J’ai pratiquement cinq heures de marche, d’autant que j’aimerai me rendre dans la Bahia Carvajal pour voir l’unique plage de sable et sa colonie d’otaries. »

    L’escalier en bois est complètement écroulé, la descente n’est pas très recommandée. Elles ne sont pas habituées à rencontrer un être humain. Les centaines d’individus affalés, profitant de la chaleur du soleil, se carapatent à son arrivée. Je m’y attendais, pense-t-il à haute voix.

    À pas feutrés, il rase le sol. Les falaises les protégeant, il ne peut se placer idéalement, sans les déranger pour les photographier. « Je suis aussi et surtout ici pour en prendre plein les yeux, et les narines… »

    Attentionné sur ses gestes et son positionnement, aucun mâle ne l’a, fort heureusement, chargé. Comparés à la Bahia del Padre, les jeunes sont plus âgés de plusieurs semaines. Il se questionne d’une si grande différence à seulement quelques centaines de mètres d’écart. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Otarie, plage, Juan Fernandez

    Presque une heure vient de s’égrainer, il est tant de remonter. L’aventurier avance comme un robot. Sauf qu’une telle vitesse de marche pressée réveille quelques douleurs endormies. « Mon quadriceps droit me rappelle à l’ordre », souffre-t-il en silence. Sur le chemin du retour, il a la joie de surprendre un hibou des marais. Vers 20 h, il est au Mirador et se restaure rapidement. « Avant la dernière descente, je mets ma lampe frontale ». Soixante minutes plus tard, sans l’avoir allumé et de justesse, il arrive exténué. « Je cuisine tant bien que mal des pâtes avant de prendre ma douche et d’aller me coucher ».

    Chi va piano, va sano e va lontano

    Conscient des efforts produits la veille, il flemmarde un peu au lit. Le départ ne s’effectue qu’à 9 h 30, en direction de Plan del Yunque. « C’est un parcours aménagé par la CONAF dans une myrtisylve de moyenne altitude, somme toute à peu près bien préservée », explique-t-il. Entre trente à quarante-cinq minutes de marche sont nécessaires, au départ du village. Il observe des espèces qu’il n’avait pas encore vues, mais aussi, et surtout ses premières vraies myrtisylves. L’heure de midi sonne à son estomac, quand il est au village. « Je prends un ceviche avec du poisson, 100 % local. »

    Crête, plante, robinson

    Après une petite pause ensoleillée, il file de l’autre côté de la baie, au Mirador Salsipuedes. Le chemin pentu ne stoppe pas une envie pareille. En trente minutes, la vue sur le hameau se découvre à travers ses prunelles d’enfant.

    Les milieux naturels sont disparates, malheureusement car les forêts traversées jusque là sont toutes exotiques (Eucalyptus sp.) constate le baroudeur. « La seule superbe surprise du coin c’est Wahlenbergia berteroi, une magnifique plante saxicole de la famille des campanules. »

    Mais une autre belle se laisse désirer, elle est inaccessible au premier venu. « Je dois me frayer un chemin dans la végétation de plus en plus dense, j’avance très difficilement. » Au-dessus de 500 m d’altitude, les crêtes sont envahies par Ugni molinae. Bien qu’ils ne facilitent pas le déplacement, c’est bien plus aisé que de devoir passer dessous et dessus les arbres effondrés.

    Puis, les efforts payent. Un superbe et unique pied de Dendroseris pinnata s’est niché sur le contrefort au milieu des Ugni. « Je descends légèrement pour immortaliser cette magnifique endémique sortie de nulle part. »

    Au total, il dénombre trois individus cette après-midi. Si Flavien n’observe pas de nouvelles espèces, il remarque un tableau digne d’une écriture romanesque. « De belles reliques de forêts primaires où les Colibris du Chili et les Cachudito se disputent la place », poétise l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à une altitude de 580 mètres, Flavien redescend par l’endroit même où il est monté. Pour pouvoir avancer, il est nécessaire d’avoir du carburant à brûler. Ce midi, ce sera donc une pizza. Demain, il retrouve les agents de la CONAF pour savoir ce qu’il faire seul sur l’île. Mais les différentes expériences vécues à son âge sont une chance incommensurable. Car tout un chacun possède un chemin de vie unique. À travers les cinq continents, la majorité ne voyage que par les récits des explorateurs, ou d’émissions telles Ushuaïa. « Deux années après avoir passé mes 24 ans sur l’île d’Amsterdam, je profite d’un nouveau printemps sur ce caillou. Un rêve de gosse. » À suivre…

  • L’arrivée sur l’Île de Robinson Crusoé (Épis. 40/46)

    L’arrivée sur l’Île de Robinson Crusoé (Épis. 40/46)

    Après avoir acheté quelques viennoiseries, Flavien reprend la direction du muséum d’histoire naturelle pour finir sa visite écourtée hier. La plupart des musées de la ville étant gratuits, ça ne pose pas de problème. La météo permet et oblige quelquefois un changement de paradigme. La biosécurité devrait être l’affaire de tous. En ce jeudi 22 février 2024, Flavien s’attelle à cette tâche plus que nécessaire. Elle reflète aussi la croissance des voyages depuis la révolution industrielle, et le plaisir de découvrir d’autres contrées.

    Pour l’instant, Flavien profite de son temps libre et de la gratuité des musées. Pour accéder au plus connu et emblématique du Chili, le Musée de la mémoire et des droits de l’homme, il suffit de se rendre sur l’avenue Matucana, juste en face de la station de métro Quinta normal. « Clémentine m’avait prévenue, il est dur. Il raconte la vie, ou survie sous la dictature de Pinochet de 1973 à 1990. Il me fait beaucoup penser à celui d’Oradour-sur-Glane. » David a les mêmes réflexes, semble-t-il. « Quand je pars, lui arrive. On se donne rendez-vous ce soir pour boire un dernier verre avant nos départs distincts : lui vers l’île de Pâques, moi sur l’île de Robinson Crusoé. »

    Une pluie salvatrice

    À la sortie du musée, il pleut, ce qui ne surprend pas plus que ça l’aventurier du bout du monde. Sauf que Clémentine lui dit, bien plus tard, que cela n’est pas arrivé depuis plus de deux mois. « Tu m’étonnes que ça glisse tant dans les rues. » Son départ pour l’île de Robinson Crusoé est prévu pour demain. Comme à chaque fois, et depuis son périple à Amsterdam il procède à la bio sécurité de son sac.

    « Comme pour aller sur Amsterdam ou encore les Malouines, il me faut nettoyer mon sac et mes vêtements de fond en comble pour éviter de ramener des espèces exotiques, si dévastatrices sur les îles. »

    L’avantage est donc de ne pas amener des espèces qui peuvent perturber l’équilibre. Est-ce possible d’effectuer une biosécurité en ce qui concerne le reste ? L’exemple du frelon asiatique, de l’écrevisse de Louisiane et du moustique tigre évoque bien des choses à tout un chacun. À la précédente question, la réponse est oui. Depuis 2014, l’Office français de la biodiversité a pour mission de faire connaître, prévenir, surveiller et évaluer les impacts négatifs de ces espèces. (Crédits : Joshua_seajw92/Pixabay)

    La fin de journée approche, quand Flavien rejoins David au bar où « nous prendrons une planche apéritive généreuse. » De retour à l’appartement de Gonzalo et Clémentine, l’estomac est déjà plein. « J’ai du mal à avaler les completos qu’ils ont cuisinés. » Il ne traîne pas pour aller se coucher, car demain est un jour tant espéré, et probablement chargé. « Un vendredi pour aller sur Robinson, le clin d’œil humoristique de l’histoire », s’amuse-t-il.

    En route pour Robinson

    « C’est le grand jour ! » Il va de ce pas, pouvoir poser un pied sur la légendaire île de Robinson Crusoé, située à 700 km des côtes chiliennes. Hier, il réserve, une fois n’est pas coutume, un Uber. Il déguste un petit déjeuner avec Clémentine et Gonzalo en les remerciant, avant de grimper en voiture. « Ce n’est peut-être pas le plus économique (22 000 pesos), mais il n’y a aucune navette rejoignant le terminal dans lequel je dois me rendre à l’autre bout de l’aéroport », explique Flavien.

    Le chauffeur, fort sympathique, dépose le baroudeur au bâtiment de la compagnie ATA à 8 h 15 précises, une demi-heure après son départ. « Étant attendu pour 9 h, je suis le premier arrivé. » Un Chilien ne tarde pas à le retrouver. Il aime la botanique et montre plein de photos de plantes du désert Chilien à Flavien.

    Peu avant 10 h, les passagers s’installent dans le bimoteur semblable à un jet privé. « Les deux pilotes nous accueillent sur le tarmac, j’ai l’impression d’être un VIP, s’émerveille-t-il. » Bien que ce ne soit pas la meilleure des huit places disponibles, Flavien choisit la plus proche du cockpit, non séparé par une porte. « Pendant les deux heures de vol, je note que le vol de croisière se fait à 22 000 pieds, une course qui oscille entre 262° et 266° avec une vitesse à plat de 170 knt », relate Flavien pour les passionnés. À 11 h 45, après des minutes à scruter la mer, le caillou se dévoile enfin entre d’épars nuages. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Situé entre deux falaises de 150 mètres de hauteur, dominant l’Océan Pacifique sud, sans tour de contrôle ni service météorologique, l’aéroport de l’archipel Juan Fernandez est l’un des plus dangereux au monde. Arrivant de l’Est, l’aéronef se situe dans le sens du vent. Il faut survoler l’île une première fois pour se mettre fasse au vent qui, comme aux Malouines, facilite grandement l’atterrissage. « Face à la piste qui semble bien petite entre ces 2 falaises, je m’apprête à vivre l’un des plus impressionnants atterrissages qui puissent exister. »

    Une poursuite en douceur

    Finalement l’atterrissage se fait tout en douceur, grâce à la maîtrise des pilotes. La température affichée est très agréable (18 °C). Le paysage quasi désertique, car il n’y a presque jamais de pluie en été. « À peine le temps de prendre quelques photos que le 4×4, dont la charrette est chargée de nos bagages, nous récupère direction la Bahia del Padre pour y prendre un petit bateau. »

    Aucune route depuis l’aérodrome ne conduit au village de San Juan de Bautista, niché dans la baie de Cumberland. Seul un chemin de 16 km permet de le relier. Descendus dans la Bahia del Padre, « nous attendons près du ponton d’embarquement. C’est l’occasion de réaliser mes premiers clichés de plantes avec Salicornia neei. »

    C’est surtout le moment de retrouver des colonies d’otaries, celles de Juan Fernandez, endémiques de l’archipel. Le bateau récupère les voyageurs. « C’est parti pour 1 h 30 de navigation, en direction du village au nord de l’île. » La mer n’est pas très formée, mais suffisamment pour les éclabousser.

    Cela ne l’empêche pas de prendre quelques photos des impressionnantes falaises. « Les sills et dikes me font fortement penser aux falaises d’Entrecasteaux et de la Pearl sur Amsterdam. » (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Près du Morro Junango, deux puffins blancs (Ardenna creatopus), appelés ici Fardela Blanca, nous font le plaisir de survoler le bateau. Cet oiseau endémique du Chili ne niche que sur l’archipel et l’île de Mocha. » Les derniers instants de l’épopée sud-américaine de Flavien promettent d’être passionnants.

    Une plongée au cœur du roman

    En chemin, dans la baie de Puerto Inglés, l’occasion leur est donnée d’observer de loin la fameuse grotte d’Alexander Selkirk. « J’espère pouvoir m’y rendre cette semaine. » Le débarquement est rapide, chaque voyageur passe à la SAG. Le but est de vérifier que personne ne ramène ni fruits ni graines. « Me voilà, une fois de plus, livré à moi-même. Je n’ai pas de carte de la ville, mais au vu de sa taille je ne devrai pas avoir de mal à trouver la CONAF. »

    Au préalable, Flavien a échangé des courriels avec Angela Cropper, directrice de la CONAF, l’équivalent français de l’ONF. Ce qui lui procure un hébergement gratuit pour sept jours. En contrepartie, « je paye une femme de ménage et réalise une présentation pour les habitants. »

    L’organisme est identifié, car il croise dans les rues plusieurs personnes qui lui indiquent l’itinéraire.

    « Il est 14 h, c’est l’heure de reprise. J’accompagne Sylvia et Gonzalo rencontrés sur le chemin et qui y travaillent. » Ils lui expliquent de nombreuses choses, quand Ignacio fait son apparition.

    C’est le ranger qui connaît le plus les plantes sur l’île et celui qui parle le mieux anglais. Ce dernier montre le bâtiment où le baroudeur va dormir les prochains jours. Juste après, ils sont de retour au bureau. « Gonzalo me fait la visite de la pépinière dont il s’occupe. C’est impressionnant le nombre d’espèces endémiques qu’ils cultivent. »

    La soirée, Flavien déambule et visite l’ouest de la ville. Puis « je vais faire tamponner mon passeport dans la petite poste du coin ».

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est alors que je repère, dans un jardin, un Abutilon qui attire le fameux et magnifique colibri de Robinson Crusoé. C’est proche de mon hébergement, il faudra que j’y revienne avec mon téléobjectif. Pour cette première soirée sur l’île, je me fais une pizzeria face à la baie et ses superbes barques dispersées dans l’entièreté de la Bahia Cumberland. » À suivre…

  • Exploration urbaine de Santiago (Épis. 39/46)

    Exploration urbaine de Santiago (Épis. 39/46)

    Une grasse matinée n’est pas à rechigner dès que cela est possible. Comme le roman d’aventures anglais de Daniel Defoe, Robinson Crusoé, le duo composé de Flavien et de David se sépare avec ces nombreux jours ensemble. Une nouvelle fois, Flavien va partir en quête d’inédites péripéties. Qui plus est après un si long périple, en ce mardi 20 février 2024. Si l’hôtel trouvé hier soir n’est aussi accueillant que le premier sur Puerto Montt, l’établissement attend que ses chambres soient accessibles pour 11 h.

    Ce qui après avoir flemmardé, laisse encore du temps pour se renseigner sur la suite du voyage, sans omettre de refaire ses valises. À 12 h 30, rendez-vous avec le loueur pour lui restituer la voiture. Flavien et David veulent lui remettre en état de propreté, mais « pas moyen de dénicher la station de lavage en libre-service. Ici, comme pour le plein de carburant, c’est réalisé par une personne, et ça coûte un bras ».

    Le duo se sépare

    « Nous rendons le véhicule un peu sale, ce qui ne semble pas choquer le loueur. » Par contre, concernant la caution Flavien et David, la récupéreront un peu plus tard, il n’a plus la somme qu’ils ont donnée en liquide. Ils se rendent au McDonald’s espérant trouver de la WIFI. En vain, ils patientent l’après-midi sur le front de mer, jusqu’à l’arrivée du bus à 19 h. Un trajet d’une demi-journée pour se rendre à Santiago.

    Santiago, chili, capitale

    « C’est mon premier bus de nuit du voyage », se réjouit l’aventurier. Il explique que les 57 € par personne sont justifiés, en partie par l’assise. « Les sièges sont des Cama, très agréables. » Idéal pour lire quelques documents sur la flore de l’île de Robinson Crusoé.

    Le bus arrive dans l’immense gare routière à étages, avec trente minutes de plus sur l’horaire prévu. C’est l’heure du petit-déjeuner. Ils cherchent une boulangerie pour se procurer des viennoiseries, avant de se séparer, un mois après les retrouvailles. Flavien achète une carte de métro pour rejoindre l’hypercentre, où Clémentine, la sœur d’Ugolin, va l’héberger. « C’est Gonzalo, son copain, qui m’accueille dans leur appartement. » Le concierge prévenu de son arrivée, et les présentations faites, « j’aspire à dénicher un ScotiaBank pour retirer de l’argent sans frais ». En chemin, il passe devant la Moneda, l’équivalent de l’Élysée en France. « C’est le moment de la relève de la garde, ça se goupille bien », se réjouit-il. (Crédits : Simon/Pixabay)

    Trois mois aujourd’hui qu’il a quitté la commune de Lavausseau, trois mois qu’il marche, monte, descend et dort dans des endroits atypiques, trois mois qu’il n’a pas prit soin de ses cheveux. « Ma chevelure ne ressemble plus à rien », sourit-il en se voyant dans un miroir. Gonzalo lui conseille un salon à quelques encablures de là. « Pas de métro, que de la marche. C’est le moment de visiter et de s’imprégner de l’ambiance de la ville. » Arrivé à l’adresse indiquée, il passe par différentes pièces avant de rejoindre le salon de coiffure, le bâtiment est dans son jus remarque-t-il. « J’ai l’impression de me faire couper les cheveux, comme il y a 30 ans de ça, enfin, j’imagine… »

    Barbe et cheveux taillés

    Par la même occasion, le coiffeur taille la barbe, ça ne lui fait pas de mal pense Flavien. Après s’être acheté deux empanadas dans un boui-boui, il les dévore dans le parc Quinta Normal. L’avantage est que le Muséum National d’Histoire Naturelle, « que je compte visiter ce midi » se trouve juste en face.

    La collection du rez-de-chaussée explore les différentes régions du Chili du Nord au Sud. Dans la salle principale, une exposition sur les primates tient la vedette. La visite continuera demain, « J’ai rendez-vous avec Gonzalo à 14 h 30 pour me rendre chez un revendeur d’appareils photo. »

    Son grand angle ne fonctionne plus depuis trop longtemps. Arrivé à Sanhattan, quartier d’affaire où il y a un revendeur d’appareils photos. De toute façon les délais de réparation sont trop longs avant son départ prévu le 23 février pour l’île de Robinson Crusoé, dans deux jours.

    Les deux promeneurs se trouvent dans le quartier de Las Condes où travaille Clémentine. « En l’attendant, Gonzalo me fait visiter la ville et d’impressionnants immeubles. Puis on va boire une bière avant qu’elle nous rejoigne. » (Crédits : Museo Nacional de Historia Natural, Santiago)

    Musée, naturel, Santiago

    Le trio juste formé se dirige vers le Cerro San Cristóbal, via téléphérique à l’aller, et en funiculaire pour le retour. C’est le point incontournable pour admirer la vue panoramique de la ville. « De là-haut on se rend compte de la grandeur de l’aire urbaine qui s’étend à perte de vue, vraiment impressionnant ! » Pour terminer, ils se rendent dans un quartier bien connu pour ses restos. Ce lieu aimé des touristes et habitants se nomme le quartier de Bellavista. Il regorge de bars, lieux culturels, et bien sûr de restaurants. Clémentine et Gonzalo veulent me faire goûter la spécialité du coin, le Pastel de Choclo. « Ce plat est un délice. » Il goûte au cocktail Pisco Sour, dont il n’est pas fan. La nuit est tombée sur la capitale, le trio déambule en profitant de la douceur pour rentrer doucement. À suivre…

  • Les plus gros tremblements de terre enregistrés

    Les plus gros tremblements de terre enregistrés

    Le plus gros tremblement de terre jamais enregistré se déroule le 22 mai 1960 à Valdivia, au Chili. Le plus récent et plus médiatique est celui qui touche le Japon, le 11 mars 2011. Il est 14 h 26 quand un tremblement de terre de magnitude 9 sur l’échelle ouverte de Richter se produit. Il est situé au large de Sendai, au nord-est de l’île de Honshu. Des dégâts considérables sont provoqués, comme des milliers de victimes sont touchés dans la préfecture de Fukushima. Quels sont les plus grands séismes enregistrés par l’homme ?

    Le séisme ou tremblement de terre pétrifie de peur la population, quelle qu’elle soit. Si les mesures de ces séismes sont récentes, la terre subit depuis bien longtemps des secousses et séismes. La sismographie moderne remonte quant à elle à la fin du XIXe siècle. Le 25 janvier 1348, Villach, en Autriche est dévasté par un violent tremblement de terre. Elle subit de grands dégâts en 1690, avec un nouveau séisme.

    Quand la terre tremble

    Le plus gros tremblement de terre jamais enregistré est celui de Valdivia, au Chili. Il est un « monstre tellurique ». D’une magnitude de 9,5, il a lieu le 22 mai 1960 à 19 h 11, heure locale. Il est suivi d’un tsunami dévastateur. Ses effets sont ressentis dans l’ensemble du Pacifique, sur les côtes d’Hawaï et du Japon. Le bilan humain est considérable. Il ôte la vie à 5 700 personnes au Chili, jette deux millions de personnes à la rue, produit 61 morts à Hawaï et 130 au Japon.

    Le tsunami parcourt l’océan Pacifique. Il atteint en seulement 15 heures, Hilo à Hawaii situé à plus de 10 000 kilomètres de l’épicentre. Il crée de considérables dégâts avec des vagues de dix à douze mètres.

    Le 24 mai 1960, soit juste deux jours après le tremblement de terre de Valdivia, le volcan Cordón Caulle entre en éruption après 26 ans d’inactivité. En un peu plus de dix semaines, 200 millions de mètres cubes de lave sont émis sous forme de coulées de lave. Mais également 60 millions de mètres cubes de téphras sont éjectés dans l’atmosphère.

    L’île de Chiloé, dans le sud du Chili, après le passage meurtrier du tsunami provoqué par le séisme du 22 mai 1960, le plus puissant jamais enregistré, d’une magnitude de 9,5. (Crédits : NOAA/NGDC)

    Un demi-siècle plus tard, du 26 au 29 avril 2011, une activité sismique est détectée sous les volcans Puyehue et Cordón Caulle. Un second épisode sismique se produit sur 24 heures, du 2 juin à 20 h au 3 juin même heure. Au total, 1 450 secousses sont enregistrées, soit une moyenne d’une par minute.

    Les plus gros séismes enregistrés

    Si tous ne sont pas des monstres telluriques, les secousses et dommages sont considérables. Cela fait bientôt 20 ans que le séisme et tsunami dans l’océan Indien marquent les esprits au lendemain de Noël 2004. Le séisme enregistré à 9,3 produit entre 250 000 et 300 000 victimes, soit la population de la ville de Montpellier. Le 1er septembre 1923 à 11 h 58, le Grand tremblement de terre du Kantô a dévasté Tokyo et Yokohama. Ce séisme marque l’histoire du Japon, de magnitude de 8,1 il détruit tout sur son passage.

    En 1964, le 27 mars un séisme de magnitude 9,2 frappe la région d’Anchorage en Alaska, à 17 h 36. Il fait 131 victimes. Le tsunami touche la Californie et emporte 14 personnes. Le 11 mars 2011 à 14 h 46, celui connu sous le « Grand tremblement de terre au Japon » ne dure que six minutes. Le tsunami engendré cause la catastrophe nucléaire de Fukushima. Toujours au Japon, le 2 décembre 1611, le séisme de Sanriku affiche une estimation de magnitude de 8,9.

    Le 4 novembre 1952 à 4 h 58, un séisme de magnitude 9,0 dévaste la péninsule du Kamchatka, en Russie. Ce qui engendre un tsunami provoquant la mort de milliers de personnes. La ville japonaise de Suzu (en photo), le 2 janvier 2024 après avoir été frappée par un séisme de magnitude 7,6. (Crédits : STR/AFP)

    Le 2 avril 1762 à Chittagong est estimé un tremblement de terre de 8,8. À Sumatra, le 25 novembre 1833, l’estimation oscille entre 8,8 et 9,2. L’un des derniers séismes enregistrés est celui de magnitude 5.3, de profondeur de 73,2 km à Mii’kovo, dans la région de Kanchatka en Russie. En France, un tremblement de terre de magnitude 1,5, proche de La Baule-Escoublac s’est produit le 28 octobre 2024 à 2 h 18.

  • À la conquête des sommets argentins (Épis. 38/46)

    À la conquête des sommets argentins (Épis. 38/46)

    Sur les conseils d’un botaniste, le duo prend la direction de Cerro Challhuaco. Une ascension de plus de deux mille mètres. Depuis tant de temps, Flavien procède à l’un, voire le dernier pliage de tente du voyage sur le continent sud-américain. Il transporte avec lui un souvenir sur sa peau. Les coups de soleil s’affichent sur ses mollets, et lui rappellent sans cesse de se protéger de l’astre solaire. Mais le confort de posséder un véhicule de location fait vite oublier l’essentiel dans le coffre de la voiture, mais pas les anecdotes engrangées durant ce périple.

    Un botaniste a récemment vu fleurir une plante rare. « Nous nous dirigeons vers le Cerro Challhuaco à 2131 m exactement. » Sauf que pour s’y rendre, il faut emprunter une piste avec le véhicule. Parfois, il ne peut passer. Le duo s’arme alors de courage pour affronter un long dénivelé, heureusement ils sont habitués. Cette pente est particulièrement compliquée sans 4×4. « Les voitures non équipées ne sont pas censées y aller. Comment voulez-vous, il vous mette ça sur le chemin quand vous avez déjà fait la moitié de la piste », râle Flavien en bon Français.

    Une rencontre au sommet

    Arrivés à 1300 m grâce à la voiture, ils ne leur restent plus que 800 m à gravir. « L’ascension, dont la forêt laisse très vite place aux éboulis, est très intéressante botanique parlant », raconte Flavien. La température est idéale également. Mais pas de short aujourd’hui encore, le soleil tape toujours aussi fort, et ses mollets souffrent toujours des coups de soleil. Aux alentours des 1950 mètres d’altitude, la rencontre s’effectue avec Chaetanthera villosa. « La fameuse espèce que nous sommes, enfin que je suis, venu chercher, rectifie Flavien. Ravis nous montons au sommet où il reste une fleur à découvrir : Oxalis erythrosora ! »

    « Là-haut le paysage ne peut être plus minéral. Les conditions doivent être ardues l’hiver venu, quand on observe le peu d’espèces qui poussent à cette altitude », comment l’aventurier.

    À 15 h, ils entament la descente. « Nous voulons être au Chili ce soir. Il faut passer par les douanes qui se situent à trois petites heures de route. » Le plein de carburant réalisé, ils filent à bonne allure. La vue du ruban noir est longue et monotone, ponctuée heureusement par d’agréables paysages. Le poste-frontière argentin vite expédié, le convoi effectue les 40 minutes pour relier le second. « Toutes les forêts qui les séparent semblent mortes. Aujourd’hui encore, je n’ai pas trouvé d’explication », explique Flavien. Peu avant 20 h, ils arrivent à la douane chilienne. Heureusement pour eux, car après cette heure, ils dormaient sur place jusqu’au lendemain matin. (Crédits : Flavien Saboureau)

    La nuit est tombée quand la fouille de la voiture commence. Peu de personnes suivent le duo, si bien qu’à bientôt 22 h, la quête d’un spot pour passer la nuit s’avère périlleuse. « Je monte ma tente pour ce qui est sûrement la dernière fois de ce voyage, quand deux renards nous rendent visitent. » C’est grâce à leurs prunelles ardentes qu’ils sont repérés par Flavien et David. La journée se finit par la dégustation des deux ultimes paquets lyophilisés présents dans le sac du baroudeur.

    Un dernier pliage de tente

    Le réveil est agréable, la température est douce, pas de trace des renards autour de la tente. « Je déjeune rapidement et je plie ma tente pour la dernière fois du voyage, enfin normalement. » L’objectif est le volcan du Puyehue à 2250 m. Cela passe par le sentier y conduisant, avec une petite surprise à l’entrée. « Après deux minutes, nous sommes au commencement du sentier, mais le propriétaire du terrain nous demande 10 € par personne… Nous pensions que c’était dans le Parc national et donc gratuit, mais il faut traverser un terrain privé pour y accéder », grommelle Flavien.

    À peine retournés au Chili, nous craquons déjà… 1900 m de dénivelé positif et plus de 20 km de marche les attendent avant de revenir à la voiture. « C’est la dernière grosse randonnée du voyage, mais ce matin je ne suis pas très motivé. » Comme l’été sur la plage, Flavien s’enduit de crème solaire.

    Les premières centaines de mètres sont dures à avaler. Cerise sur le gâteau, pas une seule nouveauté de faune et de flore. À midi, après deux heures de marche, ils dépassent la cime des arbres en se trouvant approximativement à 1400 m d’altitude. Un Chilien venu pour le même objectif qu’eux se repose auprès d’une cabane.

    « Le soleil tape très fort, ce qui réveille mes coups de soleil des précédents jours. » Le Chilien nous suivra sur la montée, mais semble être véritablement exténué. « Les pourcentages sont impressionnants, parfois supérieurs à 40 % », explique Flavien. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Les gourdes sont désormais vides, l’attente est emplie de suspens pour les remplir. « Notre crainte est fondée. La fonte des névés passe sous le substrat volcanique, peu ou pas de ruisseaux sur ses pentes. Nous les laissons de nombreuses minutes sous les gouttes pour pouvoir les remplir. »

    Deux pas en avant, un en arrière

    « Dans les scories la marche est épuisante. Nous avançons de deux pas et reculons d’un. » Les pourcentages ne faiblissent pas jusqu’au sommet. Les plantes vasculaires se réduisent à deux espèces de Nassauvia à cette altitude. Ce parcours, des Français rencontrés à Puerto Williams, lui ont fortement recommandé. Avant d’atteindre la crête la déception, comme les coups de soleil ne quittent pas Flavien… jusqu’au sommet où il change littéralement d’avis.

    La vue panoramique sur les autres volcans est incroyable. « La caldeira enneigée de 2 km de diamètre que le sommet surplombe m’impressionne le plus. » Bien plus encore que le volcan de la Réunion ajoute Flavien.

    Les conditions à cette altitude sont très agréables, mais la sensation sur la peau des UV indique leurs puissances. Les empanadas acquises hier à la douane se dégustent sur place. Puis vingt minutes s’égrainent quand « nous redescendons le soleil dans le dos ».

    Chaussures hermétiquement fermées au maximum, afin d’éviter qu’elles se remplissent de scories. « Les genoux bloqués, nous nous laissons emporter par le glissement du substrat. Je n’ai pas pensé à prendre mes guêtres restées dans le coffre, dommage. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il suffit de trois quarts d’heure, contre les deux heures d’ascension, pour rejoindre la cabane où ils profitent une grande interruption. Après une pause bien méritée, la descente s’effectue de plus belle. « Nous poursuivons la descente dans la forêt, là encore au pas de course, car les pentes sont si fortes que les appuis de marche nous font glisser et chuter. »

    La descente technique est tout aussi physique que la montée, même plus. Ils affichent un plaisir non dissimulé lorsqu’ils retrouvent la voiture à 17 h. Après s’être abreuvé et restauré « nous prenons maintenant la direction de Puerto Varas, visitée il y a un peu moins d’une semaine, à quelques kilomètres de Puerto Montt où nous devons rendre la voiture demain. »

    Sur la route, le duo procède à un arrêt nécessaire pour deux raisons. La première pour trouver du réseau pour tenter de réserver une auberge.

    « Nous nous renseignons trop tard. Comme d’habitude ai-je envie de dire, plus une seule petite place. »

    La seconde est pour déguster une glace. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Après moult discussions, et deux heures de route, pleine de travaux, « nous arrivons à Puerto Montt. » L’hôtel précédent est tout aussi complet. Un établissement les loge à quelques encablures. « Il n’est pas très accueillant, mais nous voulons simplement dormir. Avant, nous irons manger un excellent burger au coin de la rue. La seule bonne surprise de la soirée », raconte Flavien désabusé. Sur le retour, ils réservent les billets de bus du lendemain. À suivre…

  • Entre nature sauvage et plaisirs gourmands (Épis. 37/46)

    Entre nature sauvage et plaisirs gourmands (Épis. 37/46)

    Ce vendredi 16 février 2024, c’est le 88e jour du périple sud-américain de Flavien. La connaissance acquise par l’aventurier du bout du monde ne cesse de grandir. Pourtant, un sage dit que l’expérience des autres est comme un peigne pour un chauve, elle ne sert à rien. Le changement de latitude, même de quelques poussières, modifie la météo. Entre le frais de la Patagonie à Valdivia et ici en Argentine, le soleil fait une apparition brûlante. Il peut être douloureux pour un randonneur qui ressent l’astre dans son dos.

    La température chute durant la nuit, la fraîcheur est bien présente ce matin encore. Lorsque l’air est froid et sec, un phénomène naît. Un brouillard d’évaporation peut parfois être observé à la surface des lacs, on dit alors que le lac « fume ». « Ce matin il fait bien frais, le lac est fumant », constate Flavien lorsque David le rejoint. Il vient de marcher une heure vers un petit lac adjacent. Il faisait trop froid pour qu’il continue de dormir à l’intérieur de la voiture, explique-t-il. « On prend tranquillement le petit déjeuner sur la plage du lac sans se douter de ce qui nous attend », ponctue Flavien.

    Un dessert volcanique

    Tandis que le duo roule serein en direction de la douane, un bouchon se dessine peu à peu. « C’est donc pour ça que les voitures roulaient très tôt ce matin, chacun voulait éviter le bouchon », saisit-il. Ils patientent plus d’une heure avant d’atteindre le premier poste-frontière, heureusement que la vue sur le Lanin et les Araucarias est agréable, pense à voix haute l’aventurier. Après de nombreuses heures d’attente, « nous arrivons en Argentine. Nous avons la désagréable surprise de rouler sur une piste caillouteuse durant plus de 45 km… » Après avoir retrouvé le ruban noir, le duo se dirige vers Saint Martin de Los Andes.

    « Nous sommes surpris par cette ville qui, bien que touristique, semble agréable à vivre. La plupart des bâtiments sont du style d’un chalet suisse. C’est l’une des premières villes où nous avons le sentiment qu’un PLU est en place… »

    Avides de randonnées et de découvertes, la culture gastronomique fait partie de leurs plaisirs. « Une pizzeria nous étonne par son très très bon dessert », explique Flavien la bouche pleine. Il faut dire que ce volcan au chocolat coulant avec sa boule de glace se déguste sans fin. La digestion s’effectue sur la plage de bord de lac qui semble être la principale attraction de la ville. « Le vent y est fort, les frêles embarcations ne sont pas maîtres de leur destin. » C’est à Saint Martin de Los Andes que débute le circuit « Sieste Lagos ». Elle rejoint San Carlos de Bariloche, destination du jour. (Crédits : Flavien Saboureau)

    De magnifiques paysages les accompagnent, mais la route nationale 40 est indubitablement fréquentée, car mythique. « Avant Bariloche, surnommée la Suisse Argentine grâce à son chocolat, nous nous arrêtons à Villa Angostura pour observer l’énorme lac Nahuel Huapi. » Arrivé, le duo visite trois auberges avant d’enfin trouver de la place.

    Quand te reverrai-je, pays merveilleux…

    Après un excellent moment au restaurant hier soir, ils remplissent leurs sacs de vivres dans une supérette de bord de route. Partis de bon matin vers un objectif fameux : le massif du Cerro Catedral. « C’est un spot bien connu des botanistes locaux pour ses nombreuses espèces alto-andines, raconte Flavien. Par contre, il se peut que ce soit tard pour la plupart d’entre elles. »

    La renommée argentine de San Carlos de Bariloche est en partie due à sa station de ski. Comme l’est le passage du film des « Les Bronzés font du Ski » de Patrice Leconte, où le regretté Michel Blanc entonne « Quand te reverrai-je, pays merveilleux ? »

    Cette station de ski possède l’énorme avantage d’un parking situé à 1100 m d’altitude, amenant à 2000 m. Le téléphérique facilite la tâche, mais les 27 000 pesos demandés dissuadent très vite Flavien et David. « Tant pis, on va se taper 900 m de dénivelé positif en montant par les pistes. Nous serons les seuls, ce qui ne nous étonne pas trop… »

    Loin d’être agréable, l’ascension au milieu de montagnes défoncées, à l’avantage d’être très rapide. Sur les ravins qui bordent les pistes, les Alstroemeria fleuris tapissent d’impressionnantes zones orangées.

    « Dès 1700 m d’altitude, la flore devient très intéressante… Je n’avance plus… », claque Flavien. David quant à lui, prend les devants. Il possède désormais un œil aiguisé, et repère des espèces sympas.

    Le duo avance jusqu’à 2000 m d’altitude, « c’est là que je repère quelques Ranunculus semiverticillatus, en fruits malheureusement, une des alto-andines les plus emblématiques. »

    (Crédits : Flavien Saboureau/Lys des Incas)

    « Je rejoins David dans les éboulis à 2100 m. Il indique en avoir vu en fleurs. Je lui promets alors une bière s’ils les retrouvent dans les énormes éboulis, et il réussira. Incroyable cette plante ! » La chance de découvrir ces quelques individus au pied d’un névé est due à un retard en rapport à l’ensemble.

    J’ai attrapé un coup de soleil…

    L’ascension effectuée sans se préoccuper du soleil est souvent radicale. Ils continuent le chemin sur un sentier escarpé. « Nous prenons notre repas à l’abri du soleil qui tape très très fort. D’ailleurs, mes mollets qui n’étaient plus habitués à voir le soleil me le font entendre… Le mal est fait, il est trop tard pour mettre de la crème solaire. » Je me balade toute l’après-midi avec mon pull accroché sur le mollet, j’ai l’air malin, s’amuse Flavien de la situation.

    Les Viola sacculus fanés sont légion. Le but du duo, trouver un spécimen en fleur, « c’est loin d’être gagné ».

    En milieu d’après-midi, alors que les condors tournent au-dessus de nos têtes, un névé nous attire. On a eu le nez fin ! « Un seul et unique individu est en pleine fleur, le pied ! »

    Remotivés, ils reprennent leur chemin. Ils contournent un lac, descendent dans une sorte de cirque glaciaire où l’on devine un refuge typiquement Européen en fond de vallée. « Comme l’impression d’être dans les Pyrénées. » Arrivés au refuge il y a un monde fou. Ne s’arrêtant qu’un instant, ils empruntent une longue, très longue descente. Elle offre peu de découvertes, si ce n’est les, toujours aussi incroyables, sous-bois d’Alstroemeria aurea. (Crédits : Flavien Saboureau)

    L’arrivée à la voiture se coordonne à la tombée du soleil derrière les montagnes. Un en-cas avalé, ils filent vers un moment de bien-être mérité. « Poussiéreux, on prendra douche qui pour ma part est piquante », souffre Flavien. Le ventre cri famine. Alors, Flavien et David descendent en ville pour se faire cette fameuse fondue dont ils parlent depuis des semaines ! « Elle tombe à pic après une telle journée. » Entre deux coups de fourchette, ils discutent, mais n’arrive pas à se décider pour le futur proche. « On verra ça demain », claque Flavien. À suivre…

  • La nature chilienne, de Chiloé à Valdivia (Épis. 36/46)

    La nature chilienne, de Chiloé à Valdivia (Épis. 36/46)

    Un lever en synchronicité avec le soleil. Rien de tel pour commencer une journée. Ce qui rend la situation encore plus magnifique est l’éveil de la nature, sachant qu’il a fait très froid cette nuit de la Saint-Valentin. La brume s’évapore de la rivière et renvoie les rayons du soleil. La simplicité des levers de soleil est un spectacle grandiose à qui sait les apprécier. Habitué à bourlinguer depuis plusieurs mois, dans divers endroits du monde, Flavien s’émerveille toujours.

    « Bien que le cadre ne soit pas incroyable, c’est sans aucun doute le plus beau lever de soleil de mon voyage, du moins jusqu’à présent. » Après un petit déjeuner très sommaire à base de céréales, Flavien et David prennent la route en direction de Valdivia. Si la destination est validée de par chacun, le détail qui procure l’envie diffère. « David aimerait y visiter le marché et moi un parc public connu pour ses plantes sauvages habituellement rares. »

    Une destination, deux souhaits

    La ville n’est pas la plus belle de toutes, mais elle a son charme, explique Flavien. Elle a surtout était reconstruite après l’énorme séisme qu’elle a subi le 22 mai 1960, et ce n’est pas peu dire. Il le plus grand tremblement de terre enregistré avec 9,5 sur l’échelle de Richter, un « monstre tellurique ». Le duo se dirige vers le fameux parc urbain où Flavien trouve assez facilement deux belles : Viola rubella et Lapageria rosea. La dernière est la plante phare et emblématique du Chili.

    Juste avant le repas, ils dévorent de l’asphalte. L’équipage prend la route de la région des volcans, plus particulièrement jusqu’à la ville de Pucón, au pied du Volcan et du lac de Villarica. Quelques impressions obligatoires pour la traversée de la frontière, avant de monter dans la voiture. L’ascension effectuée, il se positionner à quelques encablures du Villarica, l’un des plus actifs du Chili.

    En guise d’accueil, une grande fumerolle visible à des dizaines de kilomètres. « Nous avons pensé à le gravir, mais il est en alerte rouge, interdiction de progresser au-dessus de 2300 m. » La voiture garée sur le parking de la station de ski, « on grimpe jusqu’à 2000 m dans les scories à la recherche, infructueuse, d’une Viola cotyledon en fleur, les milliers d’individus observés étant fanés », se désole le naturaliste. La descente s’effectue en courant dans ces restes volcaniques. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je ne réussis pas à trouver un spot où installer ma tente. » L’idée germe de dormir à la belle étoile sous l’appentis de la station de ski. « J’attends, patiemment le départ du garde et des aficionados des aurores vespérales, pour gonfler mon matelas et dérouler le sac de couchage. » La voûte étoilée offre une occasion unique de faire des poses longues, d’autant que le volcan échappe des jets de laves. « De nuit, le spectacle est incroyable, j’ai hâte de regarder mes photos. »

    Une passagère clandestine, ou presque

    L’aube offre des premiers rayons dorés, ce qui éveille Flavien. Il range son campement improvisé, avant un petit déjeuner mérité. « Départ pour le sanctuaire de Cani, à un peu moins d’une heure de route du Volcan. Dans la descente, un garde du parc national nous arrête, on se demande ce qu’il nous veut. » Est-ce à cause de son bivouac ? « Une employée doit se rendre dans la vallée, il lui fait signe de monter dans la voiture. Un genre de stop imposé, étonnant », s’amuse Flavien en le racontant.

    Cerise sur le gâteau, elle leur donnera pléthores d’informations sur les « randos » du coin.

    Arrivés au sanctuaire, ils s’acquittent de 5 000 pesos, puis grimpent 1 000 m de dénivelé avant de toucher au « Graal » paysager. « La pente est très raide et poussiéreuse. La descente risque d’être longue, elle aussi », acte Flavien. Après avoir traversé des forêts centenaires de Nothofagus, où ils observent leurs premiers pics de Magellan, ils parviennent à la première lagune.

    C’est à partir de cet endroit que les premières forêts d’Araucaria apparaissent. « J’en rêve depuis mes débuts en botanique. C’était la dernière chose que je voulais absolument observer avant mon départ du continent sud-américain », s’exclame l’aventurier. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dans sa lancée, le duo continue de grimper, mais pour quel objectif ? Le mirador del Cañi situé à 1 550 m d’altitude. « Là-haut la vue est incroyable. Déjà pour y monter il faut traverser des forêts d’Araucaria monospécifiques dont certains d’entre eux sont sûrement millénaires », commente-t-il.

    Que dis-je ! C’est un Pic… de Magellan

    Puis au sommet le panorama sur le triptyque volcanique, avec le Lanin, le Quetrupillan et le Villarica, saupoudré de quelques Araucarias au premier plan, est à couper le souffle. Puis, Dame nature semble jouée avec l’émerveillement, presque enfantin du jeune homme. « Pour sublimer le tout, deux condors ponctuent le tableau. » Subjugués par le silencieux berceau des murmures du monde, Flavien et David restent tout un moment à contempler les crêtes dignes du jurassique.

    Flavien continue d’être enchanté. « Durant la redescente on aperçoit de nombreux pics de Magellan. Celui-là même que je veux tant observer depuis le début du voyage. » Le retour à des hauteurs plus clémentes emprunte une boucle du sentier typique. Elle serpente entre lacs et désespoirs des singes.

    L’araucaria du Chili, ou piñonero est surnommé le « désespoir des singes », la raison en est simple. Les singes, ainsi que les autres animaux, se heurtent à la grande difficulté de se nourrir de ses graines. Les piñones (pignons) de l’araucaria sont entourés d’une coque épaisse et dure, qui nécessite un outil puissant pour être cassée. Il en va de sa survie.

    La raison est que les premières fructifications se produisent, en moyenne vers l’âge de Flavien. Elles sont abondantes à partir de la quarantaine. De plus les graines possèdent un pouvoir germinatif assez faible, de trois à quatre mois. Ils préservent ainsi toutes ses chances de perdurer. D’ailleurs, le ministère de l’environnement chilien explique dans un article de 2017 que son plus vieil araucaria a 1 021 ans.

    « C’est dans ces lacs que je suis heureux de trouver un isoète, ces fameuses fougères aquatiques ancestrales. » Mieux que « Retour vers le futur », c’est un réel retour quelques millions d’années en arrière, précise Flavien. « L’une des plus belles randonnées que j’ai faites. » Deux heures entières à descendre les 1 200 m de dénivelé les séparant du parking où ils sont tout heureux de retrouver quelques victuailles.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Ils taillent le ruban noir en direction la frontière argentine, avec deux petites pauses. La première pour acheter quelques empanadas, la seconde pour photographier quelques Mutisia qui grimpent dans les arbres de bord de route. À quelques kilomètres de la frontière, à 1200 m d’altitude, ils tombent sur un lac. C’est le lieu idéal pour passer la nuit. « Après la journée que l’on vient de vivre, on saute dans le lac qui, loin d’être chaud, est quand même agréable. Il fait presque nuit, il faut encore manger et monter la tente. Je trouve un spot parfait pour dormir, sous des Araucarias, avec vu sur le Lanin ! Une très belle journée qui se termine », conclut l’aventurier du bout du monde. À suivre…