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  • Le fabricant de chariot de supermarché Caddie, n’est plus

    Le fabricant de chariot de supermarché Caddie, n’est plus

    Un bout de l’histoire quotidienne de chaque terrien est parti. Que vous soyez grand, comme petit, âgé ou pas encore capable de lire ces lignes, l’entreprise « Caddie » n’est plus. La bagarre entre frères et sœurs pour grimper dedans, les paquets de bonbons cachés tout en dessous des courses, des courses de chariot et d’autres bêtises. L’entreprise naît quatre ans après les Jeux olympiques de Paris en 1924. Le tribunal de commerce de Saverne prononce sa liquidation le 16 juillet 2024.

    « C’est un peu triste de finir comme ça ». C’est le sentiment de gâchis, qui occupe l’esprit des 108 salariés qui restaient en poste. Trois redressements en dix ans, le quatrième est fatal à la société. Cette dame âgée de 96 printemps est au crépuscule de sa vie pleine et entière.

    La genèse de « Caddie »

    Comme son principal concurrent, Wanzl, l’histoire de Caddie commence dans les années 1920. C’est un certain Raymond Joseph qui se trouve être la cheville ouvrière de ce fleuron français qui tend à disparaître du paysage. « De la mangeoire pour les oiseaux aux égouttoirs pour la vaisselle en passant par les porte-savons, Raymond Joseph fonde une société qui ne cesse de s’agrandir. C’est ce qui l’a poussé à racheter les usines autour de la sienne, d’où le nom des Ateliers Réunis », explique Stéphane Dedieu, l’ancien PDG.

    En 1922, Raymond Joseph débute son histoire industrielle. En qualité d’entrepreneur, il fabrique des chaînes de bicyclettes. La concurrence est féroce, les affaires difficiles, si bien qu’il abandonne… momentanément.

    Son oncle et sa tante, le docteur Braunberger et son épouse l’incitent dans la persévérance. Contre toute attente, il adopte une décision à contre-courant des années folles.

    Il se prend à vouloir confectionner des produits avec une matière jugée sans valeur, fruste. Tout juste bon à concevoir les clôtures, le fil d’acier fera pourtant sa renommée.

    Au fil du temps, Raymond Joseph rachète les usines qui entourent la sienne. La saga débute à la création de l’entreprise : Les Ateliers Réunis.

    L’ancien ajusteur s’installe à Bischheim, puis Schiltigheim, rue Saint-Charles. En 1928, cinq personnes œuvrent à la fabrication d’articles dédiés au confort dit ménager, puis 33 en 1938.

    (Crédits : Caddie/Facebook)

    La Seconde Guerre mondiale éclate, son entreprise est réquisitionné, ce qui stoppe l’homme, pas ses idées. Il ne tient pas encore ce qui va révolutionner la vie quotidienne de nombreuses ménagères : le chariot de libre-service alimentaire ou « caddie ».

    Le voyage aux États-Unis

    Les courses se déroulent auprès des épiceries de quartier. Du maraîcher au fromager, sans oublier le boulanger. Chaque individu porte dans un panier, souvent en osier, les condiments. Raymond Joseph entreprend un périple outre-Atlantique. Ce périple va changer sa vie et celles de centaines de millions de personnes à travers le monde.

    Les années 50 connaissent des révolutions. L’instauration du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) qui devient vingt ans plus tard le SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) et le voyage américain.

    Son oreille a eu vent de l’essor des magasins en libre-service aux États-Unis. Il rencontre lors de ce voyage, les grands noms de la future grande distribution.

    Raymond Joseph observe le peuple américain et ses habitudes. Premièrement, le positionnement des supermarchés en périphérie des villes, comme actuellement en France. Deuxièmement, chaque enseigne de grande distribution est entourée de parkings.

    Troisièmement, les usagers nécessitent l’emploi de chariot pour se déplacer dans les magasins. Mais surtout pour emmener jusqu’à leurs voitures, les produits achetés.

    Un autre voyage lors d’un séjour à Vittel l’inspire. Le nom des chariots empruntés par les golfeurs résonne. C’est logiquement que Caddie se fonde en 1957. Le nom et ses orthographes sont déposés la même année. L’aventure mondiale de l’entreprise alsacienne débute. (Crédits : Caddie/Facebook)

    Les trente glorieuses participent à son essor. Dans les années 70-80, les supermarchés se développent. L’entreprise se diversifie et grandit. Du premier site de production s’ajoute à Drusenheim, une deuxième usine d’une surface de 30 000 m2. Entièrement automatisée, elle est spécialisée dans la fabrication de chariots de supermarché, le fameux chariot de libre-service alimentaire surnommé affectueusement « caddie » par tout un chacun.

    Une diversité insoupçonnée

    La marque déposée Caddie ne fournit pas que des chariots de supermarchés. Elle propose des équipements pour le commerce, du matériel d’aéroport et des articles ménagers. Elle a su se diversifier avec le temps, mais les aléas de la vie font disparaître un manufacturier de produits de fabrication française, un de plus. Le mot « caddie » est entré par antonomase dans le langage courant (Ex. : Frigo pour réfrigérateur), bien que la marque intervient régulièrement pour s’y opposer.

    Si le chariot se retrouve sur les terrains de sports, c’est qu’il est pratique. Caddie officie aussi dans le milieu hospitalier (plateau technique, équipement de laboratoire, mobilier de soin…).

    Dans des domaines insoupçonnés également. Le panier de bicyclette est un exemple. La grille d’exposition pour afficher les départs des vacances, puis arrivés à l’aéroport vous prenez un chariot ? Caddie propose encore des chariots avec ou sans frein. Vous êtes perdu ? Suivez les indications !

    Vous êtes bloqué pour emprunter un couloir interdit dans un supermarché ? Il est fort possible que l’objet de sécurité soit de Caddie, avec ses sorties de caisse bidirectionnelle.

    Pour qu’un produit se retrouve en tête de gondole, il faut le transporter. Rien de mieux qu’un chariot d’approvisionnement, de préparation et de mise en rayon, toujours de marque Caddie. C’est une fois que nous perdons quelque chose que nous prenons connaissance de son importance. (Crédits : Caddie/Facebook)

    Dans l’inconscient collectif, il existe des mots qui intègrent notre quotidien. Ainsi le chariot de libre-service alimentaire est devenu avec le temps le fameux « caddie ». Il se décline en une gamme complète. Vous aurez forcément une pensée particulière lorsque vous irez faire vos courses. Comme l’évolution des enseignes de supermarchés. L’exemple de Rallye à Poitiers (86), qui se métamorphose en Géant Casino. Puis il sera parmi l’un des 61 premiers magasins à passer sous pavillon Les Mousquetaires/Intermarché. Le nom change, les souvenirs restent, comme à jamais notre fameux « caddie ».

  • Immigration : la directive du 3 juillet 1974

    Immigration : la directive du 3 juillet 1974

    La mémoire collective et individuelle semble disparaître. Heureusement, les livres, la BnF et l’Internet existent. Quand depuis bien longtemps, le droit du sol pèse un poids certain en fonction des élections. Quel que soit le parti politique, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. Jean de la Fontaine dans le Corbeau et le Renard moralise par : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » L’immigration est comme une langue, elle est dynamique pour le pays qui l’emploie. Or, ici et là les discours s’enflamment…

    Il existe en immigration contemporaine, un avant et un après 3 juillet 1974 comme l’explique André Larané sur Herodote : La « préférence nationale » depuis 1974. L’immigration répond à l’appel de l’industrie, grande demandeuse de main-d’œuvre. L’industrialisation engagée sous Napoléon III change la place de la France sur l’échiquier mondial. Il possède un rôle positif dans l’incroyable modernisation sous le Second Empire.

    L’immigration en France

    Le recensement de 1851 démontre que la France compte 380 000 étrangers sur son sol. Ce pour un total de 36,472 millions, elle représente donc 1,04 % de la population française. Ils sont principalement des pays voisins, Allemagne, Belgique, Suisse. Comme à chaque instant, toute personne exprime le besoin de travailler pour nourrir sa famille. Ainsi, des Belges se trouvent dans les Houillères du Nord, dès 1860. Des Italiens se positionnent à Lyon. Ils œuvrent dans l’industrie, l’artisanat et l’agriculture. Les ressortissants espagnols arrivent en France dès 1911. Comme les autres ils sont proches des frontières. Ils sont alors Basques, Catalans, Navarrais.

    L’estimation des Transalpins migrants vers la France représente environ 3,5 millions d’Italiens. Affublé du sobriquet de « Rital », il s’explique par le fait qu’ils sont des Réfugiés italiens.

    Pierre Milza, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et spécialiste des migrations, raconte leurs histoires, raconte son histoire dans « Voyage en Ritalie ». « […] le nombre de ceux qui ont fait souche ne dépasse guère 1 200 000 ou 1 300 000 personnes : chiffre considérable si on le compare à celui des autres nationalités, inférieur cependant à celui qui englobe les retours et l’émigration de transit. Autrement dit, le melting-pot français a, s’agissant des Italiens, exercé très fortement son pouvoir assimilateur, mais il l’a fait de manière sélective, laissant de côté des centaines de milliers de migrants temporaires, dont il n’est pas certain que tous auraient pu s’intégrer aussi facilement à la société française […] » (Voyage en Ritalie, p. 385-386). (Crédits : Jacqueline Macou/Pixabay)

    La bienséance se ternie quand les vagues de la crise économique de 1929 arrivent sur les berges du continent européen, deux années plus tard. La célèbre affaire du Capitaine Dreyfus est emblématique du climat de xénophobie prégnante en France. D’autres événements viennent bousculer la population française : l’affaire Stavisky, l’assassinat du Roi de Yougoslavie, l’assassinat du Président de la République Paul Doumer

    La Xénophobie en France

    La xénophobie est la réaction ou le sentiment d’une personne qui manifeste son rejet des étrangers ou de ce qui provient de l’étranger. « Qui est hostile aux étrangers, aux importations étrangères », définit le dictionnaire de l’Académie française. Ce rejet et cette peur ne datent pas d’hier. Laurent Dornel, explique dans sa thèse1 que le XIXe siècle « c’est une époque où la classe ouvrière s’enracine fortement dans la communauté nationale ». La loi du 3 décembre 1849 se penche sur « la naturalisation et le séjour des étrangers en France ».

    Elle dispose de l’expulsion des étrangers. « Le ministre de l’Intérieur pourra, par mesure de police, enjoindre à tout étranger voyageant ou résidant en France de sortir immédiatement du territoire français, et le faire conduire à la frontière », relate l’article 7 de ladite loi.

    Quant à l’article 8 « tout étranger qui se serait soustrait à l’exécution des mesures énoncées à l’article précédent ou de l’article 272 du Code pénal (relatif aux vagabonds), ou qui, après être sorti de France, par suite de ces mesures, y serait rentré sans la permission du Gouvernement, sera traduit devant les tribunaux et condamné à un emprisonnement d’un mois à six mois, avec application possible de l’article 463 du Code pénal. » (Crédits : communication-76/Pixabay)

    La jeunesse produit des erreurs, elles sont le fruit de l’apprentissage. Le 1er février 1935, une manifestation de l’Action française contre les médecins étrangers au cri de « La France aux Français » voit apparaître un jeune étudiant nommé François Mitterrand. Fidèle « maréchaliste », il lui arrive d’écrire dans des revues pétainistes et antisémites, relate Herodote. La xénophobie est l’atout majeur lorsque des problèmes surviennent, la carte maîtresse. C’est la faute des étrangers, le bouc émissaire, la tête de Turc. Un concept de la nuit des temps, remis au goût du jour. Sauf que « à l’étranger, t’es un étranger, ça sert à rien d’être raciste », chante Orelsan.

    Le droit du sol, Késako ?

    C’est en 1851 que le recensement effectue le distinguo entre Français et Étrangers, mais c’est cette même année né le double droit du sol. Ce droit dont les politiques sont friands, soit pour calmer les populations, soit pour enthousiasmer les mêmes populations. C’est un dispositif qui remonte au XIXe siècle. L’article 19-3 du Code civil prévoit qu’« est français l’enfant né en France lorsque l’un de ses parents au moins y est lui-même né ». Ici est le double droit du sol.

    De l’autre l’article 21-7 du Code civil qui prévoit que l’enfant né de parents étrangers en France « acquiert la nationalité française à sa majorité ». Oui, mais à deux conditions. La première est de passer cinq années de résidence sur le territoire national depuis ses onze ans, la seconde, en faire la demande.

    Le ministre de l’Intérieur, M Gérald Darmanin en visite à Mayotte indique supprimer le droit du sol. Sauf comme explique Jules Lepoutre, professeur de droit à l’Université Côte d’Azur (Nice) : « Ici, c’est l’idée de “droit du sol” qui est trompeuse puisque, on le voit bien, la seule naissance ne suffit jamais à être français, comme c’est le cas par exemple aux États-Unis. Il y a toujours d’autres conditions, soit liées à la naissance sur le sol français d’un parent, soit liées à la résidence et à l’âge de l’enfant. » (Crédits : Céline Martin/Pixabay)

    Les conséquences de la suppression du « droit du sol » impacteraient chaque individu, même les Français. « Mayotte est la première maternité de France, avec des femmes qui viennent y accoucher pour faire des petits Français. Objectivement, il faut pouvoir répondre à cette situation », relate le Président de la République, Emmanuel Macron. Oui, sauf que juridiquement, il y a toujours d’autres conditions. Elles sont « soit liées à la naissance sur le sol français d’un parent, soit liées à la résidence et à l’âge de l’enfant », martèle Jules Lepoutre dans le club des juristes. D’autant que le nombre de naturalisations diminue en France en 2022 (-15 900) quand d’autres pays croissent : Italie (+92 200), en Espagne (+37 600) et en Allemagne (+36 600).

    La directive du 3 juillet 1974

    C’est la fin des trente glorieuses quand Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République française. Jusqu’en 1974, la France encourageait largement la venue des travailleurs étrangers. La guerre du Kippour, le choc pétrolier de 1973, conjugués à l’augmentation du chômage, le gouvernement Chirac décide il y a un demi-siècle de suspendre l’immigration vers la France et de fermer les frontières.

    La directive à travers le conseil interrompt jusqu’en automne 74 l’arrivée de nouveaux travailleurs étrangers. Le but du président élu en mai est de résorber le chômage. Comme en 1851, les employeurs sont en manque cruel de main-d’œuvre. Les milieux de la confection, du bâtiment, de l’agriculture passent au-dessus des lois.

    C’est le règne du grand n’importe quoi. D’un côté, l’État encourage pécuniairement l’entrée des non-travailleurs dans le pays. À savoir, les femmes et les enfants, puis se plaint de ne pouvoir assimiler le flux d’immigration. Puis les discours des différents partis politiques promettant le plein emploi, pour la préférence nationale comme en 1974. Il suffit alors de se rendre sur le site de France Travail pour effectuer une recherche. Le nombre d’offres d’emploi est de 1 160 359 pour un chiffre de personnes au 28 décembre 2023 de 3,035 millions en catégorie A. (Crédits : k_notgeil/Pixabay)

    Le chiffre explose à 5,404 millions avec les catégories B et C. Au premier trimestre 2024, 2,3 millions sont inscrits au chômage. Augmenter le pouvoir d’achat, limiter l’immigration… promesse commune. L’immigration en 2022 selon l’INSEE est de 10,3 % avec 7 millions. Seulement 35 % d’entre eux ont acquis la nationalité française. Ce qui diversifie et enrichit la France. Donc Jean de la Fontaine aurait raison : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »


    1. Laurent Dornel, « La France hostile. Histoire de la xénophobie en France au XIXe siècle, Thèse de doctorat en histoire », Revue d’histoire du XIXe siècle [En ligne], 24 | 2002, mis en ligne le 28 juin 2005 ↩︎
  • Chaussures trempées et froid saisissant (épis. 21/46)

    Chaussures trempées et froid saisissant (épis. 21/46)

    Les vagues de nuages lèchent les sommets. Les gouttes d’eau qui tombent ne sont pas des embruns. Le réveil sonne, il est 7 h. La première pensée de Flavien concerne la météo. Il faut se remémorer que l’aventurier a passé une journée entière (hier) sous une pluie diluvienne. Balayée par des vents, la tente a montré une faiblesse, Flavien exécute une réparation de fortune, sous la pluie et dans la nuit. Alors que le moral semble fragile, il n’en faut pas plus pour vaciller. Surtout à l’autre bout du monde, seul.

    « J’espère que c’est dégagé. Je passe la tête dans l’abscisse, quel désespoir, c’est encore pire qu’hier… 8 h pareil, 9 h pareil. À 9 h 30 je me décide quand même à sortir de mon sac de couchage. Je ne vais pas passer la journée dans la tente à l’humidité ambiante qui doit s’approcher de 90 %, tant pis pour les paysages. »

    Chocolat, lait concentré sucré… et ça repart

    Pour anticiper cette journée qui s’annonce difficile physiquement, mais surtout mentalement, un seul truc. « Je me fais un petit déjeuner de dingue ». Attention c’est gargantuesque : 400 g de muesli, du miel, quelques fruits secs et du chocolat fondu. Désespéré dès le réveil. « Il va falloir que j’enfile mes chaussures trempées dans ce froid saisissant ». Flavien s’obstine à sécher les semelles avec son réchaud.

    « Rassasié, je suis d’attaque pour replier la tente sous la pluie. » Enfin, en théorie. Tout est déjà détrempé alors il ne sert à rien d’attendre que la pluie cesse. « Sinon je ne suis pas parti avant plusieurs heures », souffle-t-il. Hier soir, pressé de se mettre au sec, il a choisi le premier spot de bivouac. Le lieu est composé d’une couche d’argile orangée. Autant dire qu’avec la quantité de pluie qui est tombée, l’ensemble de la tente et surtout le footprint sont sales. Il faudra nettoyer ça au retour.

    Cela fait juste cinq petites minutes que Flavien marche. « Cinq minutes qui auront suffi à tremper mes semelles et les chaussettes sèches que j’avais enfilées. » Mais c’est à cet instant que le découragement pointe son nez. « Je tombe sur un site de bivouac à l’abri sous deux grands Nothofagus, le seum… »

    Avant d’attaquer la montée du Valdivia, point culminant du trek, à tout juste 500 m plus haut, « je fais le plein d’eau ». La suite du chemin est introuvable sans le GPS. Il doit le sortir sous une pluie ininterrompue. La journée est compliquée. « J’arrive bientôt (~600 m) dans la zone minérale altoandine, à la limite des forêts ».

    Flavien est exténué par cette montée, durant laquelle il réussit à s’énerver lui-même. C’est l’instant de l’introspection. « Il y a des jours où l’on se demande ce que l’on fait là… » L’aventurier se pose un instant sur un rocher. Les souvenirs s’en mêlent. « Le fess m’avait dit que les souvenirs qui restent sont ceux où on en chie. La patate lui, alors que nous étions entre potes devant une cheminée, m’avait dit de repenser à ce moment au sec quand je serais sous la flotte. Là je crois que j’y suis… » Une barre chocolatée et un tube de lait concentré et c’est reparti. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Désormais tout se passe dans le brouillard, sur des milieux dénudés. Le climat qui règne ici ne permet qu’à peu de plantes de pousser. Un véritable cauchemar, en temps de paix pour un civil. Le voici bientôt au col du Virginia, à une altitude de 850 m. Au menu de la neige qui alterne avec de la pluie verglaçante, l’ensemble saupoudre cette fin de matinée. Cerise sur le gâteau, « aucune visibilité à plus de 20 m là-haut, heureusement que les cairns sont rapprochés pour pouvoir s’orienter sans avoir à sortir la boussole ou le GPS ».

    Une journée à oublier

    La bonne nouvelle, il y a peu de vent pour la région précise-t-il. Ce qui rend la température ressentie supportable, malgré que la neige et la pluie verglaçante abaissent la température. « J’attaque la descente dans la dernière vallée du trek, celle qui se jette dans le Beagle que j’imagine derrière le brouillard. » Quelques énormes névés semblent suspendus dans le vide sous la croupe, dans ce qui pourrait s’apparenter à des combes à neige.

    « Je passe à l’Est, où c’est déneigé depuis quelque temps. Avec cette météo, les rochers glissent à souhait. Je reste très attentif sur ces pentes au très fort pourcentage. »

    C’est pour Flavien la plus dangereuse et la plus engagée des parties du trek, glisse-t-il entre les lignes. Vient ensuite la descente de 200 m de négatif dans les éboulis. « Les chevilles raides et les talons vissés dans la pente je descends en courant, quelle sensation agréable ». Les guêtres empêchent aux cailloux de rentrer dans les chaussures.

    Les souvenirs, eux, sont restés accrochés durant cette journée. « Ça me fait penser à la descente du Monte Cintu, sommet de Corse, à la roche qui plus est très semblable, ou encore celle du Carlit dans les Pyrénées-Orientales. » La seule différence est l’absence d’autres humains échappe-t-il lors d’un soupir. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé au lac des Guanacos, le chemin s’aplanit et devient marqué. « Qu’est-ce que c’est agréable », marque Flavien. Moins enthousiasmant, la pluie qui lie l’épisode précédent à celui-ci. « Est-ce que c’est bien opportun de manger sous cette météo ? Je me fais des pâtes, que je renverse. Je n’ai plus qu’à recommencer, quelle galère. J’ai hâte que cette journée se finisse. »

    Une douche chaude à l’horizon

    Il ne doit pas relâcher ses efforts, malgré tout. « Je ne traîne pas. Il paraît que la dernière partie peut encore prendre quatre heures au lieu de deux si je ne prends pas la bonne trace. » La multitude de cairns rend illisible le chemin, Flavien garde son GPS à la main toute la matinée. Grâce auquel il réussit à éviter les impénétrables forêts dans laquelle la plupart des randonneurs s’échinent.

    À 16 h pile, il retrouve enfin à la piste. « Je mange les quelques graines qu’il me reste et reprends mon chemin pour les sept kilomètres jusqu’à la ville. » Un voyage en voiture lui ferait le plus grand bien. « J’espère faire du stop, mais pas une seule voiture à l’horizon. »

    Ce n’est que près d’une demi-heure plus tard qu’il aperçoit un pick-up. C’est enfin la chance qui lui sourit. « Je jette mon sac à l’arrière et c’est parti. Je pense à la douche chaude qui m’attend au camping et à laquelle je n’osais pas penser jusqu’à maintenant. »

    Durant le trajet, Flavien apprend de nouvelles choses. « En passant devant la place de la Vierge, les passagers de la voiture font leur signe de croix ». Déposé en centre-ville, il lui reste une dernière formalité, aller chez les Carabineros pour les informer de son retour sain et sauf.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Arrivé au camping, j’étends toutes mes affaires au-dessus du poêle, et je file vers cette fameuse douche chaude et salvatrice… Il le faut plus d’une heure pour faire ma lessive. » À 19 h Cécilia a prévu une mega bouffe alors je ne me préoccupe pas du repas. Je rejoins les Angevins à 21 h au café pour prendre le dessert avec eux. « À minuit je n’ai toujours pas la foi de remonter ma tente, alors je passe la nuit sur le canapé du camping, au SEC ! »

    Enfin, une journée de repos

    En ce samedi 6 janvier, Flavien accroche le mot d’ordre : « Aujourd’hui repos ! » Bien que réveillé à 8 h, il prolonge jusqu’à 10 h. À midi, avec les Angevins direction l’escape game crée par Isabelle, la Française. « Mes chaussures sont très loin d’être sèches alors j’ai englouti plusieurs kilomètres avec mes huaraches… » Ils terminent très rapidement. Aux alentours de 14 h, ses acolytes prennent le bateau du retour. « Comme bêta-testeur, on lui a dit ce qui n’allait pas. » Ils connaissent désormais un peu plus la ville et son histoire.


    Un martin-pêcheur à ventre roux de Patagonie (Megaceryle torquata subsp. stellata) s’est posé sur le mât d’un voilier.
    Le photographe saisit son appareil pour immortaliser son portrait. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Seul, il profite de la fin d’après-midi pour trainer avec son téléobjectif sur la côte à la recherche opportuniste de « piafs ». La chance lui sourit. Un martin-pêcheur à ventre roux se pose à 3 m, sur le mât d’un voilier. « J’ai le temps de lui tirer portrait, comme pour les brassemers et autres vanneaux. » Sur le port Flavien rencontre la personne qui effectue les aller-retour entre Puerto Williams et Ushuaïa, en voilier. « Celle que j’avais tant cherchée dans la ville Argentine. » Il passe la soirée non loin du poêle à trouver la meilleure position pour que ses chaussures puissent enfin sécher. Comme il n’a pas pu finir de se reposer, il continue dimanche, car la pluie est de retour. À suivre…

  • Los Dientes de Navarino  (épis. 20/46)

    Los Dientes de Navarino (épis. 20/46)

    Le jour J est arrivé. Depuis plusieurs mois Flavien en rêve. « Maintenant c’est le départ pour le fameux trek des Dientes de Navarino, le plus austral de tous. » Il est réputé pour sa difficulté, qui réside surtout dans sa météo imprévisible. Pour le moment le soleil est au beau fixe et j’irai même jusqu’à dire qu’il fait chaud, pense le randonneur. Après s’être inscrit sur le tableau du camping, où les randonneurs se renseignent (en plus des carabineros), il prend la direction du départ du trek, à 3 km de route et de piste de là.

    Flavien se présente au départ du trek. Une nouvelle fois, des gardes de la CONAF (l’équivalent de l’ONF) le mettent en garde sur les risques encourus. « Ils me demandent de faire demi-tour si j’ai de la neige jusqu’aux genoux. » Rassurant… Effectivement certains se sont retrouvés à avoir des congères sur les tentes même en plein mois de janvier. L’été austral se déroule du 7 novembre au 4 février en saison astronomique et du 1er décembre au 28 février en saison climatique. Donc Flavien se trouve en plein été à cette période du calendrier.

    La découverte du Tipula kuscheli

    Pas moyen de reculer, après tant de chemin parcouru. « Je trace dans la forêt, mais le dénivelé est là ! » Un beau 500 m de dénivelé positif pour rejoindre le Cerro Bandera. C’est le sommet dominant la ville de Puerto Williams et le Beagle. « Là-haut, j’observe Tipula kuscheli, un cousin de l’île Navarino et dont les observations se comptent sur les doigts d’une main. » Ses ailes sont réduites pour résister au vent qui règne.

    L’aventurier continu son chemin dans les éboulis, direction plein nord. « J’enchaîne deux cols de 790 et 743 m d’altitude où il faut, même un 3 janvier, traverser des névés. » Le temps se couvre, mais n’est pas menaçant… pour le moment.

    Le chemin est surplombé par le Picacho. Il culmine à 1111 mètres. Le sommet de l’île, dont l’ascension ne peut s’effectuer qu’en hiver. La mauvaise qualité de la roche une fois le dégel initié, explique la dangerosité.

    « À l’horizon, à quelques dizaines de kilomètres de là, les îles du Cap Horn se distinguent extrêmement bien, le pied », claque Flavien. Le sentier serpente dans les pierriers et le long des torrents avant qu’il n’arrive au lac des Dientes, « où je compte bivouaquer ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le spot est protégé par un énorme rocher et un Nothofagus d’une taille respectable à cette altitude. « Il est 18 h et je ne tarde pas à monter la tente ». Riche idée, car un petit quart d’heure plus tard, il se met à pleuvoir. « Je remplis mes gourdes et je rentre à l’abri. » Mais le temps peut changer du tout au tout.

    Une armature de la tente casse

    « Vers 19 h, juste avant le repas, des coups de vent, comme j’en ai rarement vu, secouent la tente dans tous les sens. » En plus d’être aventurier, il faut s’essayer aux arts du spectacle. « Je fais l’équilibriste à plusieurs reprises pour essayer de maintenir les toiles et les arceaux depuis l’intérieur. J’enfile mes chaussures et sors pour vérifier la tension de la toile et des haubans. »

    Puis, Flavien use de qualités insoupçonnées « J’en profite pour rehausser les murets de pierres sèches qui m’entourent jusqu’à hauteur de hanche. » Malheureusement cela ne suffit pas. Une dizaine de minutes passe quand ce qu’il redoute se produit. « L’une des armatures de la toile interne lâche et ma tente se retrouve toute détendue, avec ces conditions c’est la panique à bord… »

    Il faut un plan d’attaque. Après avoir réfléchi longuement et rapidement, il sort. Bravant d’improbables rafales, le couperet tombe : impossible de recoudre. « Je perce une partie de ma toile (chose à ne pas faire normalement…) et me sers d’un des haubans pour retendre la toile interne. Ça semble fonctionner ! »

    Les régimes de rafales s’étendent alors qu’il se prépare de quoi manger. « Quelle galère de faire du feu à l’intérieur tout en maintenant la toile. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Heureusement que le rocher était là. « J’ai du mal à trouver le sommeil », souffle-t-il. Il faut attendre minuit pour que le vent se calme. « C’est un peu comme lors de la tumultueuse traversée du canal de Magellan, le vent se dissipe la nuit arrivée. Quelle soirée ! » Il espère, en s’endormant que la réparation de fortune tienne le reste du voyage… Dans la nuit, il se réveille à 3 h 45. Il a le plaisir de constater que le calme revenu, que le ciel est complètement dégagé.

    Trempé jusqu’aux os

    Ce jeudi matin, le vent n’est plus qu’une histoire ancienne, mais la pluie a fait son apparition. Du fait du ciel dégagé, les températures ont baissé. Conclusion, un épais brouillard s’installe. « À 9 h je pourrais être prêt, mais je suis venu pour voir les paysages et je suis en avance sur le programme, alors j’attends. » La tente est démontée et posée sous un énorme rocher, « j’espère qu’elle va sécher ».

    « Quelques minutes plus tard, je m’abrite en m’allongeant sous ce rocher, car la pluie redouble d’intensité. » Une heure, il patiente. À 10 h la pluie et l’épais brouillard se dispersent. Ils dévoilent d’un coup, les sommets qui l’entourent dans une atmosphère très humide.

    « C’est le moment d’y aller avant que ça recharge et que je doive encore attendre dans cette position désagréable. »

    L’emplacement de sa tente est désormais sous 2 cm d’eau. À peine 15 min après le départ, l’air est chargé d’humidité. « Il n’en faut pas plus pour que j’enfile le pancho. » Il passe ainsi devant de nombreux lacs sans vraiment profiter de la vue.

    Deux heures s’écoulent, sous cette pluie. Flavien est affublé de ses guêtres, d’un sursac, d’un ciré… « Malgré tout l’attirail que j’ai enfilé, je ne suis pas loin d’être trempé jusqu’à l’os. » Comble du bonheur, l’étanchéité de ses chaussures lâche. (Crédits : Flavien Saboureau)

    « C’est pareil à la journée à Port Stephens », acquiesce-t-il. Sauf que ce soir il n’y a pas chambre sèche et chaude à l’arrivée. « Je passe un col à plus de 740 m sans aucune visibilité. Je m’oriente grâce aux cairns et au GPS. » Il souhaite être proche de l’arrivée dès ce soir. « La fin est particulièrement compliquée », paraît-il. Sauf, qu’un petit détail est à passer avant, un col de 850 m. Il espère profiter des paysages d’altitude. Un autre détail ne l’enchante pas du tout. « Le potentiel passage de névés dans le brouillard ne me tente pas forcément non plus. »

    Une après-midi bien monotone

    La pluie ne cesse d’honorer Flavien de sa présence. Si bien qu’à midi, le repas se déroule dans une humidité ambiante, qui le dissuade de faire une sieste. Il potasse ses cartes pour trouver un coin pour bivouaquer. « Je trouve un spot de bivouac au pied du fameux col. Je vais tenter de m’y rendre en espérant que personne n’ait eu la même idée que moi. »

    De toute façon, jusqu’à maintenant, il n’a pas croisé une seule personne. Lui qui veut voir des paysages à couper le souffle, c’est le brouillard qui est à couper au couteau.

    « Dans le brouillard et les milieux humides, l’après-midi est monotone, je ne trouve pas de nouvelles plantes à me mettre sous la dent. » Peu de surprises au niveau des végétaux. « Je crois avoir fait le tour des communautés végétales de l’île Navarino et de la Terre de Feu en général. »

    Puis, en milieu d’après-midi une silhouette se détache dans le décor sublime. « J’aperçois au loin quelqu’un qui semble me talonner. » L’avance de Flavien est telle qu’il arrive en premier au point nommé. (Crédits : Lac Navarino/Flavien Saboureau)

    « Malgré tout j’arrive avant lui, bien qu’il ne semble pas avoir voulu s’y arrêter, au spot de bivouac. » Sur les recherches de ce matin, Flavien avait remarqué que la zone de bivouac, un simple promontoire plat, n’était pas au bord de l’eau. L’anticipation du remplissage de gourdes tombe à pic. Ce n’est pas cette eau qui le préoccupe, mais celle qui tombe du ciel depuis ce matin. « J’en ai ma claque d’être sous la flotte ! Il tombe des cordes. » Peu importe, il monte la tente. « Ma réparation de fortune semble tenir et il me faut que 5 min chrono pour réussir à me mettre à l’abri. »

    Après la pluie, le froid

    Il est 17 h 15. L’attente interminable débute, seul avec la percussion des gouttes sur la toile. « Cela me fait penser à de longues après-midi sous les orages sur le GR20. » Prévoyant, Flavien a pris le soin de mettre le sac de couchage à l’intérieur d’un sac poubelle ce matin. « J’enfile en plus le sursac étanche de survie pour ne pas humidifier mon duvet. J’ai beau avoir mis le footprint en dessous de ma tente, le sol est loin d’être sec… »

    Une journée qui se termine sur une note humoristique. Les gourdes sont belles et bien remplies, mais pas assez pour faire la vaisselle. « Le comble », sourit Flavien.

    Alors, ce soir il faut mettre un peu de chaleur dans l’assiette. « Je me fais de nouveau un lyophilisé, Chili con carne cette fois. » La pluie quant à elle cesse sur les coups de 21 h. Elle laisse sa place au froid.

    « Hier matin, la météo a annoncé 4 °C au niveau de la mer pour cette nuit. Et je suis à plus de 400 m, le sursac ne sera peut être pas de trop finalement. »

    Seule inquiétude, la densité des précipitations nocturnes. « C’est un coup à ce qu’il neige et il paraît que ça ne fait pas semblant ici. »

    (Crédits : Armeria curvifolia — Plumbaginaceae/Flavien Saboureau)

    « Les Français d’Angers, rencontrés il y a quelques jours, me disaient avoir abîmé leur filtre à cause du gel. Ni une ni deux, je le sèche et dormirai avec. Plus qu’à espérer que mes conditions météorologiques soient plus clémentes demain ». À suivre…

  • Fanny au GPS, Flavien à la boussole (épis. 19/46)

    Fanny au GPS, Flavien à la boussole (épis. 19/46)

    Pas de grasse matinée en ce premier janvier de l’année 2024. Il est six heures passées de trente minutes lorsque le réveil sonne. La journée est censée être longue. Le départ est prévu dans une heure et demie. Sauf que l’averse se met à tomber. « Ça change du ciel bleu d’hier », souffle Flavien qui déjeune seul, dans l’abscisse de sa tente. Ilian et Fanny ont déjà plié la leur, mais mangent sous la pluie. Après une tourbière nous attaquons la montée plein nord dans une forêt. Comme la veille Fanny est au GPS et Flavien à la boussole.

    Après avoir traversé de nombreux barrages de castors, ils arrivent sur une zone dénudée à plus de 500 m d’altitude, les jambes sont lourdes. « Nous mangeons à l’abri du vent, mais le temps semble vouloir passer au sec, nous enlevons le pantalon de pluie, mais je garde quand même mes guêtres. » Au loin, au Sud, se dessinent désormais très bien les fameuses îles du Cap Horn, les dernières avant l’Antarctique…

    En direction de Caleta Eugenia

    « Nous reprenons la route et passons le début d’après-midi sur des fellfields et nous avançons donc très vite. » La vue sur le Beagle est à couper le souffle. Le trio doit désormais descendre dans la forêt. « Ce qui nous a été donné comme la partie difficile de ce parcours. » Deux outils sont alors essentiels : le GPS et la boussole. Le triptyque se dirige vers Caleta Eugenia. Comme dans tout chemin marqué par des obstacles ou problèmes, le temps de la traversée devient relatif.

    « Nous n’avançons qu’à 1 ou 2 km/h ». Mais une excellente surprise les attend. « Nous trouvons un sentier qui était en fait le tracé d’un projet de route qui n’a jamais été concrétisé. »

    À 18 h ils arrivent à la ferme de Caleta Eugenia. La revue des animaux d’élevage est en marche. « Nous rencontrons de nombreux animaux, des porcs, des vaches… mais continuons notre chemin sur une vraie piste ». Il s’agit de celle qui permet aux voitures de rallier la ferme depuis Puerto Williams.

    À cet endroit, ils espèrent croiser une rivière qui se jette dans le Beagle. Elle est notée à leur droite, sur leurs cartes. « Malheureusement celle-ci n’est qu’un filet d’eau dont l’amont est piétiné par les bovins… » (Crédits : Flavien Saboureau)


    Ilian, Fanny et Flavien s’apprêtent à faire demi-tour. Le besoin d’eau se fait sentir. Direction la ferme, à 1 ou 2 km quand un 4×4 apparaît, comme par magie sur la piste. Flavien ferme le poing, tend le pouce, le véhicule se stoppe. Illan et Fanny demandent au chauffeur où on peut trouver de l’eau dans le coin. Il cherche en vain dans ses souvenirs. Il nous propose de nous emmener au camping après être revenu de la ferme. Quinze minutes plus tard « nous chargeons nos sacs et montons. »

    La première journée de l’année sous le blues

    Un bonheur simple. « Il y a tout de même 23 km de piste et mettrons près d’une demi-heure en longeant le Beagle pour rallier la seule ville de l’île », souffle Flavien. Il est accompagné de son fils de 3 ou 4 ans. « Nous ne comprenons pas ce qu’il dit. Il surmonte sa timidité en nous offrant des chocolats qu’il grignotait », s’amuse l’aventurier. Ils opèrent le remake de « Retour vers le futur ». Comme bande-son du voyage, des tubes bien connus des années 80. Le convecteur temporel paraît en panne.

    « Le trajet semble être suspendu » marque Flavien. Le parfait cliché du stop à l’autre bout du monde.

    Arrivés au camping, deux choses importantes : prendre une douche monter la tente, encore bien humide du matin. Le jour de repos commence par la levée du corps à… 9 h 15. « De toute façon de 8 h à 9 h, il a plu », remarque Flavien. « C’est toujours aussi agréable d’être au sec sous ces trombes d’eau. »

    Une grosse partie de la matinée est consacrée à nettoyer les vêtements. « Je procrastine depuis plusieurs jours ». À midi, Cécilia la gérante du camping apporte une énorme gamelle de poulet au maïs et pommes de terre pour ceux qui veulent. « Un très bon repas cuisiné maison et gratuit. Pas mal ce camping qui ressemble plus à une chambre d’hôte. » (Crédits : Flavien Saboureau)


    Les vêtements sèchent au-dessus du poêle. « Je me rends près du café pour pouvoir capter la WiFi. » Depuis un certain temps, il n’a pas eu de contact avec le monde extérieur. « Premier coup de blues du voyage quand je vois tous ceux qui ont fait les fêtes ensemble… » J’entre dans le café où il n’y a que des Français déjà croisés. « Je prends un cappuccino et un gâteau extrêmement bon dont je suis incapable de me rappeler le nom ». Un couple revenant du trek des « Dientes de Navarino » nous donne leurs impressions.

    Le trek de los Dientes de Navarino

    Après cette pause gourmande « Fanny, Illan et moi nous nous rendons chez les carabineros ». La procédure est de les informer de notre retour. « Je reste plus longtemps, car je m’enregistre pour le trek de demain. » Un enregistrement avec quelques informations. « Notre numéro d’assurance, notre date prévue de retour ou encore la couleur de nos vêtements… au cas où il faille lancer des recherches si je ne suis pas revenu à la date prévue. »

    Vue imprenable sur le canal du Beagle
    Le Beagle et Ushuaïa au loin. C’est le point de départ du fameux trek de los Dientes de Navarino. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Puis une petite visite de la ville. « Je fais quelques courses après avoir acheté quelques cartes postales à la seule poste de l’île. » Il retourne au café de 18 à 21 h pour remplir les cartes postales. « La vue sur le Beagle, sous le soleil, est inspirante ». La journée se finit sur la préparation du sac. L’ambiance est un mélange de profondes conversations avec les deux Français et Isabelle. Elle revient depuis de nombreuses années, elle connaît l’île comme sa poche. « Demain c’est ce fameux jour que j’imagine depuis des mois, celui des Dientes de Navarino, pour qui 90 % des touristes font le déplacement. » À suivre…

  • Réveillé par le fracas des vagues (épis. 18/46)

    Réveillé par le fracas des vagues (épis. 18/46)

    Deux jours avant le réveillon de la Saint-Sylvestre. Mais durant la nuit Flavien a les pensées prises à autre chose : dormir. « J’ai passé la nuit à chercher une position pour réussir à dormir dans ces sièges qui ressemblent à ceux d’un bus ». Il est tout juste 7 h, quand l’ensemble du bateau est éveillé. Un réveil tout en douceur, les vagues frappent la proue. Malgré qu’il navigue principalement dans les chéneaux, cette partie du parcours s’introduit dans l’océan Pacifique. Le roulis ne plaît pas à tous. Quelques personnes font la queue pour aller aux toilettes…

    Flavien, tel le vieux loup de mer, hume son premier bol d’air sur le pont, « rafraîchissant ! » Le reste de la journée « nous la passons dans les innombrables chéneaux bordés de milliers d’îles ». L’une d’entre-elles, l’Isla Darwin, a bien entendu marqué l’aventurier. Sa description sort tout droit d’un roman policier. « Une atmosphère froide et très brumeuse, l’ambiance prend aux tripes… » Il est impossible de rester indifférent. Surtout lorsque les pensées vont aux premiers explorateurs qui ont découvert ces chéneaux du bout du monde.

    Dans les fjords de la cordillère de Darwin

    Plusieurs naturalistes de nombreuses nationalités observent les différents oiseaux et mammifères marins qui peuplent ces endroits désolés. Flavien n’y échappe pas : albatros à sourcils noirs, cormorans impériaux, brassemers de Patagonie, oies du kelp, pétrels géants, pétrels plongeurs, sterne antarctique, otarie australe, lions de mer. L’après-midi est plus apaisée. Avec l’entrée dans les fjords de la cordillère de Darwin et sa fameuse calotte glaciaire, de plusieurs centaines de kilomètres carrés.

    La brume s’évapore, elle laisse entrevoir des sommets recouverts d’un très fin manteau blanc. « Les langues glaciaires descendent de la cordillère. On a la chance d’en observer une venant se perdre dans la mer, impressionnant ! », claque-t-il.

    Comme pour sublimer l’instant, des dauphins apparaissent. « C’est les seuls de la journée. » Quelques heures plus tôt, de petits icebergs issus du vêlage d’un glacier se montrent timidement. La météo change, après la pluie, c’est une neige lourde et très humide qui tombe. « C’est l’heure de rentrer au chaud pour manger le repas du soir ». Servi à 18 h pétantes. « Je ressors sous cette météo bien locale lorsque le bateau vogue par la baie Yendegaia ». Il ravitaille une sorte de base de la police chilienne, à la frontière argentine.

    (Crédits : Flavien Saboureau)


    « Une heure passe quand nous naviguons sur le canal de Beagle. » Au crépuscule, les couleurs rosées enflamment Ushuaïa. L’instant magique se produit alors. « C’est à ce moment, sur le pont, que nous sommes quelques chanceux à observer la furtive sortie d’une baleine. » Sans réussir à l’identifier, mais « quel plaisir d’en revoir une presque deux ans après Amsterdam. »

    L’Île de Navarino

    La fameuse île dont Flavien rêve depuis des mois se dessine. « Je devrais y rester 15 jours. » De nuit, nous accostons. « Il ne semble pas y avoir de place dans les quelques auberges de Puerto Williams », assure-t-il. Les quelques Français avec qui il a sympathisé tentent de trouver des emplacements dans le camping. Ils dressent leurs tentes à 2 h du matin. « Une journée sur la mer pleine de découvertes, dans une ambiance de fin du monde, je suis bien là où je voulais être. »

    À Puerto Williams, c’est comme un jour de fête en avance, ce samedi 30 décembre 2023, est consacré au farniente. Au programme, repos, resto et risotto. Il a eu raison d’en profiter.

    « Levé à 6 h 10, le temps est compté. » Il faut être sur place une demi-heure avant le départ du ferry, à 8 h précises. Le soleil brille de mille feux, mais le bonnet et les gants sont de mise, ajoute Flavien. Quelques îlots recouverts de colonie de cormorans impériaux brisent la monotonie du trajet. « À peine les ancres larguées, le sentiment d’effervescence touche toutes les personnes. Ça fait un mois que ce village méridional et ses 13 habitants n’ont pas été ravitaillés. » C’est alors qu’un ballet s’engage. La citerne d’eau potable, le camion poubelle, le ravaleur de route… l’escale ne dure qu’une petite heure.

    (Crédits : Flavien Saboureau)


    Les deux Grenoblois et moi recherchons les carabineros. « Il faut s’inscrire sur un registre auprès des policiers pour dire que nous partons en randonnée 2 à 3 jours. En cas de problème, ils peuvent venir nous secourir. » Cécilia la gérante du camping, « El Padrino » nous met l’eau à la bouche en discutant. Une spécialité, les empanadas aux araignées de mer est concoctée par une femme de l’île. Le trio emploie 20 min à la trouver. Malgré le peu de maisons, mais c’est trop tard, il n’en reste plus, « quelle déception ». Les quelques dizaines de touristes descendus du bateau sont passés avant nous…

    Deux jours de marche vers Puerto Eugenia

    Bientôt 11 h, il est temps de se mettre en mouvement. Le but : rallier Puerto Eugenia au nord-est de l’île, à deux bonnes journées de marche. « Cet itinéraire n’est pour ainsi dire jamais réalisé, nous sommes les premiers de la saison à s’y tenter », parait-il. Unique certitude, ils sont les seuls à être descendus du bateau, sans y remonter. « Notre azimut, le lac Navarino, à 13 km à vol d’oiseau. » Pas de sentier pour s’y rendre, nous évitons les forêts en nous aidant des cartes satellites et des traces de ceux qui s’y sont déjà essayés par le passé, souligne Flavien.

    À peine la randonnée débutée, nous tombons sur Donatia fascicularis. « La plante d’intérêt qu’il manquait à mon tableau de chasse. » Flavien est heureux comme jamais. Ses deux acolytes commencent à comprendre ma passion… ils se disent que la journée va être longue.

    Finalement, peu de découvertes, la marche ne souffre d’aucun retard. Le trio alterne entre bosquets et tourbières sous un vent à décorner les bœufs. « Les paysages, la végétation et les conditions me rappellent les Malouines. » Après avoir croisé de nombreux barrages de castors, et leurs bâtisseurs, ils arrivent sur les bords du lac vers 18 h 15. La recherche d’un emplacement sec, plat et protégé du vent, est loin d’être simple, mais pas impossible. Arrive ensuite la quête de l’eau. Venant des tourbières et des forêts elle est trouble.

    (Crédits : Flavien Saboureau)


    Les castors peuvent transmettre la leptospirose, alors l’eau est bouillie, puis s’ajoute des cachets de chlore. Il ne reste que quatre heures avant le passage à l’année 2024. « Ce repas du réveillon n’a rien d’exceptionnel si ce n’est qu’il fait encore très beau, mais très frais sur l’une des îles les plus inhospitalières du globe… » Il y a 72 h le trio ne se connaissait pas « Et voilà que l’on passe le réveillon du Nouvel An ensemble, à un endroit on ne peut plus isolé… » Rien de transcendant, mis à part que Fanny à réussi à attraper une truite cinq minutes après avoir lancé sa première cuillère. Elle devrait être au repas du petit déjeuner.

    « Un peu de nostalgie ce soir là aussi. Il y a un an je quittais l’île Amsterdam et passais le réveillon, complément déboussolé, avec les compagnons d’hivernage sur le Marion Dufresne. J’aurai eu du mal à imaginer la situation dans laquelle je suis un an plus tôt. Maintenant, il faut aller dormir. J’espère que la météo de demain sera de la partie. » À suivre…

  • Flavien vogue vers Puerto Williams (épis. 17/46)

    Flavien vogue vers Puerto Williams (épis. 17/46)

    Ce matin du 27 décembre 2023, Flavien se lève aux aurores. C’est à cinq heures et demi que l’aventurier ouvre les yeux. Il prend son bus dans moins de quatre-vingts minutes. L’autobus est prévu à 7 h, direction Punta Arenas. Et demain c’est le retour de l’apprenti marin. Il monte à bord du ferry pour un périple de 32 h. Il se dirige vers la ville la plus méridionale qui soit, Puerto Williams. Mais comme à chaque étape de son voyage, un lot de surprises attend le jeune naturaliste.

    « Ce matin, je me lève à 5 h 30. Mon bus est à 7h00, mais il faut que j’y sois 30 min avant, la nuit aura été courte », souffle-t-il les yeux encore mi-clos. Première surprise dans le bus. Il se situe à une place de choix, près des toilettes et à côté d’une personne qui parle toute seule. Mais il réussit à faire abstraction, enfin en partie. « Le voyage aura été long et bien moins agréable que la dernière fois… »

    Le soleil se couche, quand Flavien patiente toujours. « Il est 21 h 21. Cela fait 6 h que l’on attend que le détroit de Magellan rouvre. » Il faut dire que le vent souffle fort, voire très fort. D’ailleurs sur le trajet, le bus vacille jusqu’ici observe l’aventurier. Vu les conditions, le ferry ne peut faire l’aller-retour entre la Terre de Feu et le continent.

    Toujours avec l’appareil photo en bandoulière, il prend des clichés des plantes qui traînent au bord du détroit de Magellan. « J’ai anticipé les potentiels dauphins et je n’ai que mon téléobjectif, pas l’idéal pour photographier des plantes » note-t-il très justement.

    « Je suis le seul zinzin à me promener en plein vent, qui dépasse allègrement 100 km/h. Enfin pas vraiment, il y un autre français qui déambule près du bus. » (Crédits : Luis Alberto Bustos Quezada/Pixabay)

    Les deux se posent à l’abri d’un mur face au canal de Magellan. Ils entament une conversation sur la photo. Puis, petit à petit, ils abordent les TAAF. « Il me dit connaître quelqu’un qui a été botaniste sur Amsterdam. Les TAAF étant une petite famille je vois le truc venir. » Pas manqué, il parle de Damien, le Normand, avec qui Flavien a passé quatre mois sur Amsterdam et qu’il a revu juste avant son départ en voyage.

    Une histoire de famille

    Ils sont cousins éloignés… Depuis qu’il traîne ses guêtres avec cette veste des TAAF, il n’existe pas un lieu où il ne croise pas quelqu’un avec qui il a une connaissance en commun. La famille des TAAF est connue sur les cinq continents. « Mais là, c’est quand même particulier. À l’autre bout du monde, sur un canal avec une météo que la plupart des explorateurs ont décrit, improbable ! »

    Le temps semble être sur pause. Rien d’attendu ne se passe correctement. « Je n’ai pas prévu de nourriture pour ce soir ni réservé d’auberge pour cette nuit. » Généralement, si on arrive avant minuit, tout est possible, à condition de traverser le canal.

    Si on le traverse un jour, pense-t-il, il reste encore 2 ou 3 h de route. Autant dire que d’arriver avant minuit paraît utopiste. Où va-t-il dormir. « J’espère que ça va prendre plus de temps, et que la nuit se passe dedans le bus », après déjà 15 heures de voyage.

    « Et dire que 32 h de bateau m’attendent dès demain soir… » La tempête se calme. Enfin assez pour que le bateau puisse faire la navette, il est 22 h 20. Une fois à bord, Flavien descend du bus et monte sur le pont. « J’espère voir les dauphins, mais il fait presque nuit. La force du vent et le tangage du bateau m’accaparent. » Il se met à rêver, d’une période bien lointaine. « J’imagine l’expédition de Magellan sous ces vents de plus de 60 nœuds, mais dans leur barcasse en bois… ». (Crédits : Flavien Saboureau)

    canal-magellan-mer


    Il profite du retour sur la route, pour se plonger dans un récit du voyage de Magellan. Il est 1 h tout juste quand le bus débarque à Punta Arenas. « Je suis le cousin de Morel car on l’attend dans une auberge ». Ils auront peut-être un lit pour Flavien. Une Française qui a réservé dans cette auberge nous rejoint. Vingt minutes de marche, sous un froid revigorant, le trio arrive. Le gérant est extrêmement sympa, « je partagerai une chambre de 4 lits avec les 2 autres français. Ouf, j’aurai un toit pour ce soir. Il est 2 h et il est temps de se coucher, après cette journée commencée à 5 h 30… »

    Une courte nuit de plus

    Le réveil sonne à 9 h. Une nuit pas autant réparatrice que souhaité. « mais c’est mieux que rien », claque Flavien. Après le petit déjeuner, le trio se dirige à la ScotyaBank pour retirer de l’argent local. Il récupère 300 000 pesos chilien (environ 312 euros) pour les prochaines semaines. Après s’être ouvert l’appétit, ils se posent dans un restaurant conseillé par l’aubergiste.

    La richesse se ressent, du moins dans cette ville par rapport aux contrées traversées précédemment. Le trio s’éternise. Il est 14 h 30 lorsqu’ils sortent du restaurant.

    « Je laisse le groupe pour aller faire quelques courses car il paraît que c’est bien plus cher à Puerto Williams, où je vais. »

    Il est 15 h 30 quand l’aventurier revient à l’auberge, où son sac l’attend. L’embarquement au port est prévu entre 16 et 17 h, il ne faut pas que je traîne pense-t-il.

    Le temps s’accélère cette fois-ci. « Je n’ai pas le temps de marcher ou de chercher un taxi (car je n’ai pas de SIM) alors je réserve un Uber ». Pas le temps de réfléchir ou de se laisser à vagabonder, le transport est là en en moins de 2 min. « Impressionnant ! »

    (Crédits : Pedro Herrera/Pixabay)


    Au sens propre comme au figuré, c’est sur les chapeaux de roues qu’il dit au revoir aux acolytes. Il arrive au port 10 à 15 min plus tard. « J’embarque pratiquement aussitôt dans ce ferry qui paraît frêle par rapport aux mers que l’on va traverser… », se rassure-t-il. Les véhicules sont rangés sur la gauche, la partie passager des est sur la droite. « C’est un simple couloir sur 2 étages avec des sièges inclinables, pas de lits pendant les 32 h qui m’attendent. »

    Une traversée de 32 h… sans lit

    Les repas se prennent au 1er étage. Finalement, c’est deux heures plus tard que « nous prenons la mer ». Le temps se joue encore de Flavien. « Nous mettons beaucoup de temps à naviguer face à Punta Arenas, le bateau ne va vraiment pas vite. » Ce n’est pas plus mal car ce bateau est à fond plat. Il n’est pas conçu pour la haute mer. « Il prend très facilement les vagues de face qui s’éclatent sur la coque et recouvrent d’embruns les personnes qui comme moi sont sur le pont. »

    Blotti sous ses quatre couches de vêtements, il guette les oiseaux et mammifères marins. Le vent glacial en décourage plus d’un. Mais quelques Chiliens et Français bravent tout de même les éléments.

    C’est l’occasion de faire une rencontre de plus. Une Française spécialiste des glaciers Himalayens, accompagnée de son mari. « Encore une fois elle connaît très bien les TAAF car son laboratoire, à Grenoble, envoie régulièrement de jeunes scientifiques. »

    En discutant, des connaissances en commun s’affichent. Alice l’ancienne médecin du Marion Dufresne ou encore Joël, un glaciologue avec qui j’ai partagé mon dernier mois et le retour d’Amsterdam, raconte Flavien. Plus rien ne l’étonne dans ces rencontres… Une bonne partie de la soirée se passe sur le pont tribord à parler et à chercher quelques dauphins de Peals qui se montreront à deux reprises. (Crédits : Flavien Saboureau)


    Muni de son téléobjectif, quelques oiseaux, tels les pétrels plongeurs se laissent observer. « Je n’avais plus revu depuis le mouillage près de l’île de la Possession en août 2021. » Même bien emmailloté, il redescend se réchauffer en cabine. « Malgré mes vêtements les plus chauds, ça pèle », grelotte-t-il d’une vois tremblante. Il remonte une fois, lorsque, à la nuit tombée, nous passons devant le fameux Mont Tarn, dont Darwin raconte l’ascension dans son récit. À suivre…

  • Cyberattaque de l’hôpital de Cannes

    Cyberattaque de l’hôpital de Cannes

    Le 16 avril 2024, le centre hospitalier Cannes Simone-Veil subit une cyberattaque. Elle est de type ransomware. Le groupe d’opérateur à la base est le célèbre LockBit. Sur leur site de fuite, depuis hier le 1er mai peu après 22 h, 61,7 GB de donnée sont donc accessibles. Des données de bilans de santé, des évaluations psychologiques, des informations provenant du personnel soignant, des photos et pleins de documents internes. « La direction du centre hospitalier condamne cette publication et regrette les dommages éventuellement occasionnés […] »

    Deux semaines après la cyberattaque, le centre hospitalier (CH) confirme par communiqué de presse que les données publiées dans la soirée du 1er mai lui appartiennent. Le CH Simone-Veil s’ajoute à la longue liste d’établissements de santé touchés.

    Une énième cyberattaque d’un hôpital en France

    La cyberattaque touchant l’hôpital cannois avait contraint à annuler toutes les opérations chirurgicales non urgentes. Mais aussi à reporter toutes les consultations jusqu’au retour à la normale. Depuis, l’activité de l’hôpital a repris son cours.



    Comme à chaque fois le rétablissement du fonctionnement des systèmes d’information se fait au plus vite. Les informations sont directement accessibles après le décompte macabre de la mise en ligne, suite au non-paiement de la rançon.

    L’établissement précise que « la qualification des données exfiltrées se poursuit et un retour dans les prochains jours, circonstancié et personnalisé sera réalisé auprès des personnes et institutions concernées. »

    Le directeur du centre hospitalier, Yves Servant, assurait durant les premières minutes ne pas avoir « eu de demande de rançon ni de vol de données identifiés à ce stade. »

    (Crédits : Capture d’écran/LockBit)


    Des informations de patients, mais aussi de salariés, des cartes d’identité, bilans médicaux, des bulletins de salaire, des relevés d’identité bancaires, des relevées de comptes bancaires, des tableaux d’amortissement de prêts… sont désormais en ligne. Les très nombreux documents sont d’autant plus de possibilités d’usurpation d’identité, de phishing, spearphishing

    L’opération Cronos de février

    L’opération conjointe des différents services de Police sur les cinq continents affaiblissait les affidés. Trente-quatre serveurs tombaient ainsi que le compte principal. Le CEO reconnaissait avoir laissé la sécurité de côté sans effectuer une mise à jour PHP. Depuis les victimes de LockBit sont à nouveau nombreuses.

    Depuis de très nombreuses sociétés sont affichées. Les personnes mal intentionnées peuvent alors se saisir de documents. Le but est de lancer de campagnes de phishing ciblé.

    Entre les pièces d’identité, des numéros de sécurité sociale, des relevées d’imposition aux relevées d’examens médicaux…

    « J’ai regardé la quantité de données et il n’y a pas les 60 gigaoctets. Le reste sera revendu sur le darkweb à d’autres arnaqueurs pour essayer d’extorquer de l’argent aux gens », indique SaxX sur France Bleu.

    (Crédits : Capture d’écran/LockBit)

    Le centre hospitalier a porté plainte, et avoir alerté la CNIL et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Elle précise qu’un « retour circonstancié » sera réalisé dans les prochains jours, avec des « conseils en cybersécurité à tenir ».

    Une première au CH de Cannes

    Le centre hospitalier n’avait jamais été victime de cyberattaque de type ransomware. « Nous sommes préparés depuis les dernières crises, notamment Covid à ces situations. Nous faisons régulièrement des exercices », précise le Docteur Gard.

    « La direction du centre hospitalier condamne cette publication et regrette les dommages éventuellement occasionnés auprès de certains de ces patients, professionnels et partenaires. »

    Ce qui est certain est que suite aux fuites de France Travail, des organismes de tiers payants Almedis et Viamedis, il faut redoubler d’attention.

    (Crédits : Capture d’écran/LockBit)

  • Noël pluvieux pour Flavien (épis. 16/46)

    Noël pluvieux pour Flavien (épis. 16/46)

    Pas de grasse matinée en ce jour de Noël. La montre affiche huit heures quand la tente est pliée. Peu de temps après, Flavien est déjà sur la route. Le chemin sur la carte semble encore long, surtout s’il n’est pas balisé. S’il se trouve avec des troncs entremêlés, ça risque d’être long. Le temps annoncé par les services de météorologie est à la pluie : rien d’idyllique. Les premières heures se déroulent sans accrocs. Flavien arrive donc à marcher à une vitesse de 2 à 3 km/h dans ces magnifiques tourbières qu’il traverse.

    « Le cortège floristique est pauvre dans ces milieux alors je ne m’arrête pas pour prendre des photos. » Quelques minutes plus tard, il faudra traverser quelques bosquets, alors que la pluie s’invite à la randonnée. Je ne traîne pas et me rapproche de sentiers plus utilisés. Ça se voit grâce au balisage qui commence à devenir omniprésent. Il est 11 h et j’ai déjà fait la plupart de l’étape du jour, je devrais réussir à être rentré en ville dans l’après-midi.

    Les pieds engourdis par le froid

    Quand le pont est inutilisable, il ne reste qu’une solution : se déchausser, pour passer la rivière. « C’est la plus large que j’aie eu à traverser pour le moment. J’ai les pieds engourdis par le froid », grelotte Flavien. Après avoir englouti son fromage et son saucisson, il rejoint la route.

    Il reste que quelques kilomètres pour rejoindre Ushuaïa. Tout juste 10. Habitué à se diriger via le GPS, il sort son smartphone. « Je n’ai pas de réseau ! C’est le moment de faire du stop ».

    C’est une première pour l’aventurier. Pendant 10 longues minutes, personne ne s’arrête. La pluie est sa seule compagne. Il reste immobile, patientant le temps de voir des véhicules. « J’enfile mes affaires de pluie, car à rester statique sur le bord de la route je vais finir trempé. »

    La pluie s’intensifie. La galère semble le poursuivre. Sauf qu’un Argentin s’arrête. « Ouf », s’esclaffe-t-il. La difficulté de l’échange linguistique pose alors une solide barrière. « Malheureusement il ne parle pas un mot d’une autre langue. », semble soupirer le bavard. (Crédits : Caltha dionaeifolia – Ranunculaceae/Flavien Saboureau)


    Plusieurs minutes s’égrènent. Le chanceux se trouve à quelques encablures de son but. Son précieux sauveur vient de le déposer à l’entrée de la ville. « Il me reste 4 km pour rejoindre l’auberge. » Mouillé pour mouillé, il s’arme de courage en avalant le bitume.

    Un Uber en direction de Vinceguerra

    Après un quart d’heure à déambuler sur l’asphalte, une voiture stoppe à sa hauteur. Sa surprise est totale, pour son plus grand bonheur. « Sans même faire de stop, une jeune Argentine s’arrête ». Elle lui explique être adepte de la randonnée. Elle a donc expérimenté la marche et sait ce que c’est que de crapahuter sous la pluie et le vent.

    Le chanceux du jour s’engouffre dans son véhicule. « Elle m’embarque dans le Kangoo de son boulot, elle est vétérinaire si j’ai bien compris. » Cette bienveillance ravit le jeune homme. Elle dépose Flavien non loin de l’auberge. « Il y a quand même des gens bien ! », claque l’heureux. Après cette folle fin de journée, il profite d’un confort bien agréable : une bonne douche.

    Un peu de repos au programme. « Je passe la fin de l’après-midi à me reposer à l’auberge. J’explique les subtilités de la randonnée passée à Pierre ». Lui aussi souhaite accomplir ce trek.

    Le lendemain de Noël, le réveil est tardif. À 10 h 30 il commande un Uber pour se rendre au début du sentier du glacier de Vinceguerra. (Crédits : Gaultheria pumila – Ericaceae/Flavien Saboureau)


    Le choix de se faire conduire, tiens du fait qu’il a déjà emprunté cette route lors de son retour de la laguna del Caminante. « La flemme de me retaper ces 8 km d’asphalte que je connais. » Sauf que les 15 minutes paraissent longues. Le conducteur ne parle pas un mot d’anglais. Ce luxe ne lui coûte que 3000 pesos.

    Au pas de course

    Avant de quitter le chauffeur, il se débrouille pour que celui-ci vienne le chercher à 17 h. « J’espère que l’on s’est compris », tente de se rassurer l’aventurier. Il sera vite fixé, à son retour de la randonnée. Pour se faire, il doit être de retour dans six heures. « Me voilà parti à marcher. Je dois être de retour dans 6 h et la randonnée est indiquée pour 8 heures aller et retour ».

    C’est le « gros coup de flippe ». L’homme pressé trace en direction du glacier situé à 700 m plus haut. Tant et si bien, qu’en moins de temps pour le dire, il se retrouve au sommet. « Moins d’une heure et demie pour la montée. Je suis rassuré, et je peux prendre mon temps ». La contemplation ravit Flavien. « La lagune qui précède le glacier est magnifique et encore partiellement gelée. »

    Il n’est pas seul à profiter ce lieu. Sur la glace, un couple de Brassemer de Patagonie se dore la pilule. Il profite du soleil étincelant qui accompagne Flavien depuis ce matin. Arrivé au glacier, une crevasse permet d’y rentrer. « Je n’ai pas mes crampons, mais j’y vais quand même. » La glace est translucide. Il entre pour la première fois dans un glacier. « Il n’y fait pas si froid finalement » s’étonne-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)


    Après la contemplation du paysage gelé depuis la lagune, il descend tranquillement. L’infatigable naturaliste recherche en vain l’introuvable Donatia fascicularis (en photo). « Je retourne près de la route et mon Uber arrive au même moment, parfait. » Une visite à l’office de tourisme pour faire tamponner son passeport avec les tampons de la ville, avant quelques courses. Comme l’émission des douanes australiennes, les instances chiliennes n’aiment pas les fruits et autres produits frais. « Je fais donc attention à ce que j’achète ». À suivre…

  • Attention aux arnaques par e-mail

    Attention aux arnaques par e-mail

    Suite aux cyberattaques, des fuites de données sont régulièrement possibles. C’est le cas après celle concernant France Travail (ex-Pôle Emploi). Ce sont 43 millions de personnes qui sont touchées. Et tout autant de cibles potentielles. Des liens arrivent dans votre boite. Ils sont bienveillants. Vous êtes invité à payer une somme dérisoire avant le retour de votre colis. Vous avez un nouveau document des impôts. Tous les moyens sont bons pour vous soutirer de l’argent et vous escroquer.

    Rien de les arrêtent. Ils utilisent toutes les fuites pour s’enrichir. Que vous receviez par SMS, par courriel, la méthode est la même : jouer sur vos sentiments. Vous êtes surpris. Machinalement vous appuyez là où ça fait mal. De la fausse commande sur Amazon, la contravention pour stationnement, de nouveaux documents de la part des impôts, solutions écologiques venant d’Engie… autant il existe de vecteurs, autant vous risquez, en toute bonne foi de tomber dans le piège. Le nombre de quarante semble élever, c’est l’ensemble des cas que révèle CaniPhish.

    Les techniques les plus fréquentes

    Il existe sept techniques régulières utilisées. L’escroquerie à la fausse commande, aux impôts, à la livraison de colis, la vignette Crit’Air, bancaire, à la loterie et à la contravention. L’arnaqueur emprunte alors l’identité de l’agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI). Puis exige le règlement d’une contravention mentionnant un retard de paiement.

    Pour vous convaincre d’effectuer le versement, l’e-mail frauduleux rappelle, les risques et pénalités encourus. Dans la capture d’écran, la majoration est de 130 €. En France il existe le stationnement abusif, gênant, très gênant et dangereux. Les majorations sont de 75 et de 575 € en cas de dépassement. La seule amende s’approchant est celle de 135 € pour stationnement très gênant.

    En survolant le bouton, « Régler » l’URL « httxx://moulinauloin [.] com » s’affiche. En cliquant, une redirection s’opère en un peu plus de 500 ms. Un beau site à l’image de l’ANTAI apparaît. Avec « antai.gouv.fr » dans la barre d’adresse, mais ce n’est pas le site du gouvernement.

    « Les victimes qui donnent suite se voient redirigées vers un site frauduleux d’apparence officielle où leur sera demandé leurs informations personnelles et de carte bancaire », explique la plateforme du Gouvernement.

    En cas de doute, choisissez votre moteur de recherche et renseignez ANTAI. Il suffit de vous rendre sur infraction au paiement pour comprendre que le numéro de dossier est un faux.

    (Crédits : capture d’écran)


    Encore un doute ? Après de légères recherches, le nom de domaine est enregistré au Canada, à Toronto. Pour être sûr, il suffit de se rentre dans votre commissariat le plus proche, ou la caserne de gendarmerie pour demander conseil.

    L’escroquerie bancaire, aux impôts

    Cette technique cible principalement les particuliers. Elle consiste à usurper l’identité de l’administration fiscale pour que la victime divulgue ses données personnelles. En règle générale, le courriel frauduleux l’informe qu’elle peut bénéficier d’un remboursement. Pour crédibiliser l’objet de l’e-mail, les escrocs « exploitent parfois des thèmes d’actualité », rappelle Cybermalveillance.

    De la même manière, juste en survolant le bouton « Accéder à mon espace » l’URL « capusrdv [.] com » apparaît. En cas de doute, prudence. Il suffit avec son moteur de recherche d’accéder auxdits services, par le lien fourni.

    Côté bancaire, même combat. En dépit des nombreuses campagnes de prévention, le phishing bancaire fonctionne encore.

    Un message frauduleux vous incite à effectuer une mise à jour de vos informations personnelles. Le but « activer une sécurité supplémentaire ».

    Sur une réplique du site de votre banque, vous êtes invité à communiquer vos données bancaires, vos civilités, comme vos identifiants.

    « Une fois l’hameçonnage terminé, la victime est généralement redirigée vers le véritable site Internet de sa banque, ce qui peut la laisser croire qu’il y a eu un dysfonctionnement ou une déconnexion imprévue » détaille le site du gouvernement. Depuis ledit site n’existe plus. (Crédits : capture d’écran)


    Cette escroquerie constitue 16,9 % du total de fraudes chaque année. Lors du premier semestre 2023, le coût est de 628 millions d’euros. Ce qui représente une goutte d’eau parmi les 16,1 milliards de transactions effectuées. La carte symbolise 93 % des fraudes. Elle est le moyen préféré des Français (61,9 %), vu que dans de nombreux endroits le paiement par chèque est refusé. Ils sont à l’origine de 29 % des montants fraudés, quand les virements représentent eux 24 %.

    La fausse commande, la livraison, l’offre exceptionnelle

    Dans la suite logique les escroqueries aux fausses commandes et la livraison des faux colis. À des moments choisis, ils piquent. La première est somme toute bienveillante. Elle consiste à persuader une victime qu’une commande a été effectuée en son nom. Mais par grand bonheur il est encore envisageable de l’annuler. L’escroc vient de jouer sur vos sentiments.

    Une autre possibilité, l’idée immanquable, qui défie toute concurrence. 25 ampoules au prix modique de 1,95 €. Sauf que si vous exercez votre œil, l’offre spécifie « nous vous proposons de recevez 25 ampoule ECO+… »

    Étrangement des fautes grossières, même pour quelqu’un qui éprouve des difficultés en orthographe.

    Mais aussi les courriels qui vous alertent que votre compte va être bloqué. C’est en sorte ce que le courriel à l’entête d’Amazon Prime m’indique. « Si cette action n’est pas effectuée immédiatement des frais d’un montant de 46.99EU vous seront facturés », assurent-ils. Pris de panique je clique.

    (Crédits : capture d’écran)


    Aussitôt une page WEB s’affiche. Elle est entièrement rouge. Elle indique que cette page est trompeuse : « elle pourrait vous amener à réaliser des actions dangereuses comme installer un logiciel ou révéler des informations personnelles telles que vos mots de passe ou votre numéro de carte bancaire. » En résumé, prenez le temps, relisez le courriel, ne répondez pas. En cas de doute, ouvrez une page WEB, rendez-vous sur le véritable site et vérifiez. La même prudence est à respecter sur votre smartphone, quand vous recevez un SMS.