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  • À la recherche de la renoncule argentée (épis. 8/46)

    À la recherche de la renoncule argentée (épis. 8/46)

    Peu avant 7 heures, Flavien ouvre les yeux. Le froid a sévi cette nuit. La différence de température entre l’extérieur et l’intérieur de la tente est telle, que de la condensation s’est formée autour du sac de couchage. Mais le plus important, est que le vent s’est tue. L’aventurier prend un peu de temps pour déjeuner, en profitant du soleil. Dès 8 h, il décale en direction du Mount Donald, plein ouest. Selon ses recherches une plante endémique rare, découverte en 2008 et décrite en 2013, s’y trouve.

    Il est 8 h 15 quand les trésors s’offrent à lui. « Je contourne le Mount Adam par le sud, j’espère y voir la renoncule argentée, endémique elle aussi. Il ne m’aura fallu que 15 min pour tomber dessus. » Quelques minutes plus tard, c’est au tour de la lampourde de l’Antarctique de se montrer sous ses plus atours. « Elle est dite très rare par le guide des plantes des Malouines. Cette journée commence bien », se réjouit-il. Si la nuit fut fraîche, le jour s’annonce au contraire, chaud. Si bien qu’après quelques kilomètres, Flavien regrette de s’être tant couvert. « Je suis parti avec cinq couches en haut et trois en bas, c’était trop, mais il faisait pas froid ce matin. » Avant l’effort de la montée du Mount Adam (607 m), il se dévêt de quelques épaisseurs.

    La tête dans les nuages

    À quelques encablures du sommet, Flavien s’offre un spectacle rare, se retrouver au sens propre comme au figuré « la tête dans les nuages ». Le sol est jonché de plusieurs centaines de renoncules argentées, puis quelques minutes le Graal. « J’observe cette fameuse rareté que je suis venu chercher, la Nassauvia falklandica. Bien, présente sur ce field, mais c’est trop tôt dans la saison. Car malgré une heure de recherche je ne trouve aucune fleur ».

    « Tant pis », soupire le jeune homme en redescendant sous les nuages pour manger. Il a déniché un coin abrité, si agréable qu’il en profite pour s’octroyer une petite sieste. Les objectifs remplis, il continue son exploration en direction du mont Beauford culminant à 680 m. Il reste sur sa faim. « La traversée de quelques gouilles tourbeuses sera l’occasion de jeter un regard aux mousses. »

    Les sommets flottent dans les nuages. Flavien reste alors sur la courbe des 450 m. « Je profite des paysages du sud de West Falklands. »

    Quelques heures de marches englouties, Flavien rencontre la population locale. « Je croise de nombreux moutons qui ont une furieuse peur de moi. Chaque année, le nombre de randonneurs dans ce coin doit se compter sur les doigts d’une main ».

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Au sommet les nuages laissent place à quelques trouées ensoleillées. Le spectacle procure est exceptionnel. « La vue sur le reste des Hill Cove mountain est juste… incroyable. » En aval, 200 m plus bas se dessine un magnifique lac glaciaire. Il est bordé de berges plates qui « me laissent penser qu’il serait possible d’y poser une tente », se réjouit-il. À quelques mètres, sur le versant Est, des plaques de neiges sont encore intactes. Au loin, à la même altitude se présente le Mount Robinson, entre les nuages. « J’avais prévu d’y aller durant cette randonnée, mais les deux jours ne me seront pas suffisants. »

    La chasse au trésor : boussole et portable en main

    Il est 17 h quand il prend la route de sa tente. Seuls trois petits kilomètres le séparent de son refuge et plusieurs mètres de dénivelé. « Je suis dans les nuages littéralement. Il me faut compter sur la carte de mon portable et ma boussole pour m’orienter », explique-t-il. Aucun de ces versants dénudés ne ressemble plus à d’autres.

    Pour autant, « dans cette atmosphère nébuleuse, j’observe plus facilement les pluviers à plastron roux (Charadrius modestus), les pipits des Falklands (Anthus correndera) et les bécasses de Magellan (Gallinago magellanica) qui ne me voient pas arriver. »

    Mais pour gagner en légèreté, « j’ai laissé mon téléobjectif dans la petite poste du village, tant pis ! Les photos faites au macro feront l’affaire. »

    Une apparition comme au cinéma. « Pour magnifier cette journée, j’arrive à ma tente, les nuages se dégagent. Plus bas ils ne bougent pas. Je passe plusieurs minutes à observer cette mer que je surplombe. » Sous une température agréable, il récupère quelques fruits secs dans sa guitoune pour se faire « une sorte d’apéro/bronzette sous 4 °C… ».

    (Crédits : Cláudio Dias Timm/Wikipedia)

    Selon les prévisions d’hier la pluie est censée arriver samedi 9 décembre vers midi. Pour le chemin du retour « je ferai au plus court ». La soirée est semblable à la veille. L’idée de la bouillotte étant excellente, elle fera son come-back. « Seule différence, ce soir c’est pâtes bolognaises déshydratées. » Peu avant 21 h 30 Flavien tend l’oreille aux mélodies d’oiseaux. « Hier il m’a semblé entendre un pétrel à la tombée de la nuit. J’aimerais réussir à enregistrer son chant cette fois. »

    Un brouillard à couper au couteau

    Comme prévu le réveil sonne à… 5 h 40. « Il y a longtemps que je ne me suis pas levé à cette heure-là », souffle-t-il. Le sac de couchage bien qu’hydrofugé semble bien mouillé. Pris d’un doute, Flavien ouvre le sas et la visibilité ne dépasse pas 10 mètres. « J’ai dû mal à savoir s’il a plu ou si c’est l’humidité ambiante qui a trempé ma tente… » Le camp est rangé en deux temps, trois mouvements, il doit être à 11 au settlement. « Impossible de me repérer avec ce brouillard à couper au couteau », martèle-t-il. Il est 6 h 30 quand il déclenche le GPS de son téléphone.

    Pour rassurer son auditoire, « je prends le temps d’examiner les courbes de niveau sur ma carte pour ne pas me retrouver face à un précipice, le plus grand danger par ce temps. »

    À peine 100 m de dénivelé descendu se découvre « dans un éboulis, une fougère que je n’espérais plus voir : Polystichum mohrioides. » Endémique des îles subantarctiques anglaises (Géorgie du Sud et Malouines). Reboosté, l’aventurier dévale le terrain tout en jetant un œil à son GPS toutes les 5 min. Plus se rapproche de la vallée, plus la végétation prend de la hauteur. « Il est temps de mettre les guêtres si je ne veux pas finir avec les pieds mouillés à l’arrivée », explique-t-il en s’équipant.

    Les découvertes enchantent Flavien. « La traversée d’une fameuse rivière de pierre me permet d’observer le très rare Hymenophyllum tortuosum. Sur les livres elle est citée de 3 localités dans l’archipel, je n’aurai jamais cru l’observer. »

    (Crédits : Roger Key/Flickr)

    Et ce n’est pas fini ! Dans la végétation de nombreuses mites endémiques (Fernandocrambe falklandicus) s’écartent à son passage. Le paysage se découvre peu à peu, le settlement est désormais en ligne de mire. Une fois sur la route il me faut marcher 3 km sans réfléchir, « je peux donc accélérer le pas. »

    Une arrivée à la minute près

    L’arrivée des steppes de Patagonie augure le même genre de déplacement. Aucune voiture ne croisera la route de la Flavien. « Je rejoins la fameuse poste de fortune à 10 h 59, quel timing », se réjouit-il, et il a de quoi. « Dix minutes plus tard, les quelques gouttes qui me fouettaient le visage sur la route se sont transformées en déluge. » Impressionné que son excursion se déroule sans accrocs, il en conclut que la pression qu’il s’est mise a été positive.

    « Ce qui m’a permis de ne pas mettre de côté des détails qui peuvent me paraître habituellement futiles. » Il passe le reste de la journée dans cette cabane faite de tôles à entendre la pluie tomber. Ses affaires sèchent à l’intérieur. Pour s’offrir du réconfort, il gonfle son matelas et passe l’après-midi dans son sac de couchage, car il ne fat pas chaud avec l’humidité. « Vu qu’il n’y a pas de fenêtre, je n’ai pas d’autre choix que de laisser la porte ouverte pour y voir quelque chose. »

    Les loisirs et occupations se transforment en sieste, mais pas seulement. « J’écoute de la musique, des podcasts de la Terre au Carré et des sketchs préalablement téléchargés, et aussi un peu de lecture. » Seules trois voitures sont passées sur la route cette après-midi. « Ça me fait penser à de nombreux documentaires regardés petits où les gens attendaient des jours le passage d’une trace humaine. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Comme l’impression d’être un SDF à l’autre bout du monde, mais c’est aussi ça les voyages non ? J’espère que le vent sera dans le bon sens pour l’arrivée de l’avion demain ; sans eau, sans sanitaires, sans réseau, je me vois mal passer une nouvelle journée dans ce cagibi. » D’ailleurs, n’ayant pas accès à internet Flavien se questionne. « Je ne sais pas à quelle heure mon avion est censé arriver demain ». À suivre…

  • Cent hôpitaux roumains hors ligne après la cyberattaque du ransomware BackMyData

    Cent hôpitaux roumains hors ligne après la cyberattaque du ransomware BackMyData

    Alors qu’en France les sociétés Almerys et Viamedis sont en proie à une fuite de 33 millions de données d’utilisateur unique, la Roumanie voit cent de ses hôpitaux hors ligne. La faute incomberait au ransomware « BackMyData » sui s’est attaqué à la plateforme Hipocrate. L’attaque a eu lieu durant la nuit du 11 au 12 février 2024. Ils sont 21 hôpitaux directement touchés par l’attaque cybernétique, qui est passée à 25 le matin du 13 février 2024. Par précaution, 79 autres établissements de soins ont été mis hors ligne. En France l’hôpital d’Armentières subit aussi une cyberattaque.

    C’est le système d’information utilisé par les hôpitaux roumains qui a été visé. Hipocrate (HIS) est le système de gestion des soins de santé. Les autorités déclaraient 21 centres touchés dans le sixième pays le plus peuplé en Europe. « Pendant la nuit du 11 au 12 février 2024, une cyberattaque de type ransomware visait les serveurs de production utilisant le système d’information HIS. À la suite de l’attaque, le système est en panne, les fichiers et les bases de données sont chiffrés », a déclaré le ministère roumain de la Santé.

    Le ransomware BackMyData à l’origine de la cyberattaque

    La direction nationale roumaine de la cybersécurité (DNSC) relate que les attaquants ont utilisé le rançongiciel Backmydata pour chiffrer les données des hôpitaux, une variante de ransomware de la famille Phobos.

    BackMyData, explique PcRisk, désactive le pare-feu, supprime les points de restauration, sans avoir au préalable chiffré l’ensemble des dossiers.

    Comme Phobos il exploite les vulnérabilités des services de protocole de bureau à distance (RDP) pour l’infection. Ils ciblent souvent la faiblesse des identifiants. C’est pour ça qu’il faut avoir une passphrase solide. Car il utilise l’attaque par brut force et des dictionnaires de mots de passe. Cet ensemble de combinaison permet un accès non autorisé à des systèmes d’information dont la sécurité n’est pas optimale.

    (Crédits : PcRisk)

    « La plupart des hôpitaux concernés ont des sauvegardes de données sur les serveurs concernés, avec des données sauvegardées relativement récemment (1-2 jour sauf une, dont les données ont été sauvegardées il y a 12 jours », a déclaré le DNSC le lendemain de l’attaque. Une rançon de 3,5 BTC, soit 157 000 dollars américains sont réclamés par les cybercriminels (167 828, 675 € le 14 février 2024).

    L’hôpital pédiatrique de Pitesti touché le samedi 10 février

    Selon le DNSC les autres centres de soins ont été touchés à partir du 11 et 12 février 2024. Les 79 autres unités mises hors ligne font l’objet de complément d’enquêtes afin de déterminer si elles étaient (ou non) la cible de l’attaque.

    Les hôpitaux concernés ou non ont reçu une série de recommandations. Identifier les systèmes concernés, et les isoler du reste du réseau et bien sûr d’Internet. Ne pas les éteindre, ce qui supprimerait les preuves stockées dans la mémoire volatile (RAM). Conserver une copie du message de rançon et de toute communication. Collecter et conserver toutes les informations de journal pertinentes des équipements concernés, mais également des équipements réseau, pare-feu. Examiner les journaux système pour identifier le mécanisme par lequel l’infrastructure informatique a été compromise.

    (Crédits : capture d’écran/Hôpital de Spitalului)

    Capture d'écran de l'hôpital ciblé par la cyberattaque

    Mais il faut immédiatement informer, l’ensemble des employés, les clients, partenaires commerciaux concernés, de l’incident et de son étendue. Restaurez les systèmes concernés en fonction des sauvegardes de données après un nettoyage complet du système. Il est absolument nécessaire de s’assurer que les sauvegardes sont intactes, à jour et sécurisées contre les attaques. Auparavant (sur les smartphones, tablettes, ordinateurs personnels et professionnels), s’assurer que tous les programmes, applications et systèmes d’exploitation sont mis à jour.

    Une rançon de 3, 5 Bitcoins exigé

    L’institut d’Orthophonie et de Chirurgie fonctionnelle ORL de Bucarest, le Sanatorium de pneumophtisiologie Brad à Hunedoara, l’Hôpital de pneumophtisiologie Roșiori de Vede, et la Clinique privée de Sante Călărași font partie des quatre premiers centres de soins a être confirmés comme victimes de la cyberattaque. Aucune exfiltration n’a été confirmée par les autorités compétentes.

    Si aucune exfiltration n’a été confirmée par les autorités compétentes, ces dernières recommandent de ne pas contacter ni de payer les attaquants.

    « Après l’arrêt de 400 ordinateurs et serveurs, nous avons travaillé principalement sur le papier », a déclaré Mirela Grosu, responsable de l’Institut régional d’oncologie.

    Le ministère roumain de la Santé, dont M. Alexandru Rafila est à la manœuvre a déclaré que : « l’incident fait l’objet d’une enquête menée par des informaticiens, y compris des experts en cybersécurité de la Direction nationale de la cybersécurité (DNSC), et les possibilités de reprise sont évaluées. Des mesures de précaution exceptionnelles ont également été activées pour les autres hôpitaux qui n’ont pas été touchés par l’attaque. »

    (Crédits : Mohamed Hassan/Pixabay)

    Depuis que les systèmes ont été mis hors ligne ou fermés, les médecins ont été contraints de revenir à la rédaction de prescriptions et à la tenue de registres sur papier. Il n’y a pas eu de mise à jour sur les informations depuis. Concernant la demande de rançon, chaque intervenant dans les sphères de l’État roumain, martèle de ne pas payer la demande. Comme la mésaventure que connaît l’hôpital d’Armentières survenue au cours du même week-end, les demandes de rançons sont sorties des imprimantes. L’ampleur des dégâts sera déterminée par l’enquête, en France comme en Roumanie.

  • Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7/46)

    Flavien, premier randonneur de l’année à Hill Cove (épis. 7/46)

    C’est le dix-septième jour d’aventure pour Flavien. Ce jeudi 7 décembre, le vent est censé avoir baissé d’intensité. J’espère rejoindre Hill Cove en avion pense-t-il. Depuis ce minuscule village, je vais essayer de rallier Mount Adam le sommet de West Falklands culminant à 700 mètres. Un premier vol a eu lieu à 10 h, les Américains qu’il avait croisés il y a quelques jours, ont quitté l’île. C’est le nycthémère que je redoute, car c’est la plus engagée de mes randonnées aux Malouines, explique l’aventurier.

    Voici pourquoi il passe beaucoup de temps à regarder les prévisions météorologiques. Après avoir attendu toute la matinée des nouvelles des pilotes, la délivrance sonne à 12 h 25. L’avion arrive, je partirai avec les Anglais. Je laisse à David la liste des 97 espèces de plantes que j’ai pu observer sur l’île de Saunders, « je dis au revoir à tout le monde et je monte dans le coucou ». C’est le même pilote que la fois précédente. Le vol dure tout au plus 10 min, « Hill Cove est juste de l’autre du chenal. Cela fait plusieurs jours que je contemple le Mount Adam depuis l’île », s’impatiente Flavien.

    Une population de… neuf personnes

    Le jeune homme retrouve une connaissance dans l’avion, Marie Lou. « C’est la pilote française qui m’avait emmenée à New Island est passagère cette fois-ci. Elle s’en va voir ses parents à Dunbar. » Le vent est encore important et malgré les cinq toutes petites minutes de vol « nous traversons pas mal de turbulence ». La piste est courte. Il souffle fort et de face, ce qui permet à l’avion de ralentir énormément. « C’est le plus calme des atterrissages que j’ai eus jusque là ».

    Si dans trois jours, il repart avec cet appareil le sud de l’archipel, direction Port Stephens, il profite pour l’instant de Hill Cove et de ses neuf habitants.

    « Dès l’arrivée je rencontre Shirley et Peter. C’est avec eux que j’avais pu échanger par e-mail, ils ont accepté de m’accueillir à l’atterrissage. » C’est un phénomène, car l’avion ne se pose pas souvent par ici. D’ailleurs la soute est remplie de courrier.

    Je monte dans leur 4×4, direction la minuscule poste. « Enfin c’est une cabane en bois avec un toit en tôle… ». Comme un anniversaire ou la période de Noël, c’est un jour de distribution, chacun des neuf résidants reçoit un carton.

    Une vue aérienne de Hill Cove au sein des îles Falklands montre l’ensemble des habitations.

    (Crédits : Jebediah springfield/Wikipedia)

    Shirley et Peter distribuent le courrier. C’est une image qui stupéfie Flavien. « Comme une impression de revenir des décennies en arrière, un moment incroyable. » Précautionneux, il repère cet abri. Selon les prévisions météorologiques la nuit de samedi à dimanche (jour du départ) va être très pluvieuse et venteuse… Peter et sa femme Shirley me proposent de venir déguster un thé chez eux. La discussion tourne autour de ma randonnée.

    Premier de cordée

    Ces montagnes font l’objet de randonnée, que très rarement : c’est le « royaume de l’isolement ». Ils me disent que je suis le premier de l’année à y aller, « je devrais y être pénard », se réjouit-il. Sauf que cela renforce son appréhension. Sur une île composée de neuf personnes « s’il m’arrive quelque chose, même le numéro d’urgence ne passe pas, il me faudra utiliser ma balise de détresse ».

    Ce couple, ô combien sympathique vérifie avec minutie que « je ne suis pas un bleu en randonnée. Au vu de mon équipement, ils semblent rassurés. »

    En prévision, ils téléphonent à chaque voisin pour savoir si quelqu’un veut bien garantir la sécurité lors du décollage de dimanche. Une fois trouvé, ils m’autorisent à dormir dans la minuscule poste s’il ne fait pas beau samedi soir, « me voilà tranquillisé ».

    Flavien et Peter scrutent la carte des montagnes. Je lui demande s’il connaît un endroit plat, protégé du vent et avec un point d’eau à côté pour que je puisse boire et cuisiner pendant ces 2 ou 3 jours. « Bien entendu, il me répond que non, car cela fait des années qu’il ne s’est pas rendu là-haut. » Il déposera Flavien entre deux vallées qui mènent au sommet de l’île, mais également aux lacs glaciaires que ces sommets surplombent. (Crédits : Stephen Davies/flickr)

    Lors de son périple, il est interdit à Flavien, comme tout passager d’emporter une bouteille de gaz. « J’en avais demandé une, il y a quelques semaines de ça, à Peter pour que je puisse chauffer ma nourriture. » Durant de son ultime visite à la capitale, Stanley, il m’en avait acheté une. « Sympathiques jusqu’au bout, ces malouins ! », claque Flavien, tout heureux de manger chaud durant trois jours. « Pour le remercier d’être venu me chercher, pour l’essence que Peter va consommer pour m’emmener dans la montagne et pour la bouteille de gaz, je leur donne 20 £ ».

    Une marche de plus de trois heures

    Sac chargé, « nous sommes partis pour une demi-heure de route, enfin… plutôt du hors-piste ». Il faut savoir que le cœur des montagnes est le domaine du gouvernement. Il est interdit de s’y rendre en véhicule motorisé. Entre deux, l’autorisation de traverser les terres était acquise quelques minutes plus tôt. Peter souhaitait amener Flavien jusqu’à la clôture délimitant la propriété du gouvernement, mais… « le terrain est trop accidenté, le 4×4 n’avance plus et j’ai l’impression que l’on va reste coincé sur 2 roues… » Une fois à terre, et après avoir remercié Peter. Flavien est seul face à la nature.

    Livré à lui-même, il lui reste à parcourir environ 6 km, avec un dénivelé positif de 600 m. Son but arrivé au sommet et tenté d’y voir plus clair pour dénicher un spot abrité. Chemin faisant, « je trouve cinq espèces que je n’avais pas encore vues durant ces quelques heures de marche, les communautés végétales sont magnifiques et plus ça va plus les paysages dénudés ressemblent au sommet d’Amsterdam. »

    Après 3 h 30 de marche à travers la montagne, il est 17 h 30 lorsqu’il rallie le sommet. « Le vent est fort, mais pas autant qu’hier. Il en faut plus pour entamer mon enthousiasme. » Une chose rassurante est la dalle de béton qui peut permettre à un hélicoptère d’atterrir, en cas de problème. Depuis la crête, les berges des lacs glaciaires semblent favorables à la pose d’une tente. Flavien descend 100 m de dénivelé pour atteindre le premier. En faisant le tour, il trouve un endroit plat et humide. « Dans ces montagnes, c’est soit de la caillasse soit des végétations détrempées », explique-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il a avec lui un footprint. Ce tapis de sol se glisse sous la tente. Il recouvre tout ou partie de la tente. Ce qui améliore l’étanchéité, protège le sol de la tente contre l’humidité, les salissures, l’abrasion et les perforations. C’est pour ça que « je choisis le milieu quelque peu humide mais abrité des vents dominants. »

    Toujours se faire confiance

    Attentif au sens et force du vent, il décide de l’orientation et du lieu où poser sa tente. « Demain il devrait être d’Ouest avant de tourner Nord la nuit suivante », assure-t-il. C’est en un temps record qu’il monte sa tente. « Je suis fier de moi, mais dix minutes plus tard le vent change de sens, il est d’Est, c’est à n’y rien comprendre. »

    Je me fais confiance et la laisse comme telle bien qu’elle semble frêle fasse aux incroyables rafales qui m’emporte. Une heure passe quand le vent se calme enfin : « je peux manger sereinement ».

    La bouteille de gaz que Peter m’a trouvé est très haute, et ne tient pas sur elle-même. Comme il y a trop de vent, et qu’il fait trop froid à cette altitude pour cuisiner dehors « je joue aux équilibristes à l’intérieur de ma tente pour ne rien cramer. »

    Un lyophilisé à la tartiflette sera le bienvenu. Ce soir je me permets même quelque chose de luxueux. « Comme j’ai du gaz à en revendre, j’ai chauffé un litre d’eau que j’ai placé dans ma gourde en aluminium pour que ça me serve de bouillotte, c’était la meilleure idée que j’ai eue aujourd’hui. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Voilà que cette magnifique journée se termine dans ce qui est « je pense le plus isolé et le plus technique des bivouacs que j’ai pu faire dans ma vie. Cependant j’ai réussi, je peux m’endormir sur mes deux oreilles. » Demain, une mission presque impossible « je vais tout faire pour trouver des plantes endémiques très rares, à savoir Hamadryas argentea et Nassauvia falklandica ». À suivre…

  • Que sait-on de la fuite des données de 33 millions d’assurés Français ?

    Que sait-on de la fuite des données de 33 millions d’assurés Français ?

    Une personne malintentionnée a réussi à s’approprier les données plus que sensibles concernant le tiers payant. Le pourcentage de Français potentiellement touché par cette fuite est conséquent. Un assuré sur trois selon les estimations serait impacté. Les entreprises victimes d’une intrusion non autorisée sont les sociétés Viamedis et Almerys. Elles sont 84 au total. Quatre-vingt-quatre organismes de complémentaire santé sont impactés.

    Les données ainsi exposées sont l’état civil, prénom et nom, la date de naissance, le numéro de sécurité sociale, l’identité de l’assureur complémentaire ainsi que les détails de garantie de santé. Les deux entités ont subi une attaque cybernétique à cinq jours d’intervalle.

    Assurés et professionnels de santé touchés par les cyberattaques

    Cette fuite connaît une ampleur sans précédent, car elle touche des données de santé. Mais l’ampleur remémore celle qui concernait le réseau social Facebook en 2021. Une fuite de 500 millions d’utilisateurs dont 20 millions en France, avec une amende de 265 millions de dollars à la clé par la DPC (équivalent de la CNIL en Irlande). Les attaques ont été révélées le 29 janvier et le 3 février 2024.

    Le modus operandi est comparable pour les deux sociétés françaises spécialisées dans la gestion du tiers payant. Selon les informations de RTL, « les escrocs auraient usurpé l’identité de soignants pour entrer dans la plateforme de gestion du tiers payant de l’opérateur et accéder à de nombreuses informations personnelles avant la déconnexion du portail une fois l’intrusion découverte. »

    Viamedis a déposé une plainte auprès du Procureur de la République. Et comme le prévoit le règlement général sur la protection des données (RGPD), l’incident a été notifié à la CNIL et aux autorités compétentes.

    L’enquête est en cours pour déterminer les causes et conséquences, ainsi que le modus operandi du ou des cybercriminels.

    (Crédits : capture d’écran/Viamedis)

    Si les assurés voient leurs données s’épandre dans la nature et sur la toile, il n’est rien face aux fuites des professionnels. À savoir « la raison sociale, le prénom, le nom, l’adresse de courriel électronique, le login Viamedis.net, le numéro de téléphone, l’adresse postale, le RIB, le numéro Finess, le numéro Siret et l’appartenance éventuelle à un réseau de soins, pour les professionnels de santé », confie Valérian Ponsinet, le président de la commission convention et système d’information de la FSPF (Fédération des syndicats pharmaceutiques de France). Pour vérifier si votre mutuelle est concernée, le plus simple et plus rapide étant de la contacter.

    Usurpation d’identité, fraudes, phishing…

    Les craintes sont fondées pour des tentatives d’usurpations d’identités, du phishing… et toute autre possibilité de fraude grâce aux données exfiltrées. Comme le démantèlement, fin janvier 2024 d’un trafic de faux documents au niveau national. Trois hommes interpellés il y a deux semaines à Marseille, Grenoble et Rosny-sous-Bois en Seine–Saint-Denis. Ils sont poursuivis pour aide au séjour en bande organisée, fourniture et obtention indue de faux documents.

    Le marché connaît une hiérarchie comme tout commerce. Les numéros de sécurité sociale sont une véritable niche financière pour les escrocs. Ils peuvent être revendus sur le dark web.

    Ainsi utilisés pour usurper l’identité de leur propriétaire, sachant qu’avec les autres fuites régulières, connues ou non, les données sont croisées et complétées.

    Le seul inconvénient est de taille, il est impossible de changer de numéro de sécurité sociale. D’autant que la procédure dans le cas d’une usurpation d’identité est complexe et longue.

    (Crédits : Giesesamvitale/CNAMTS/GIE SESAM-Vitale)

    Il pourrait, hypothèse vraisemblable que des personnes mal intentionnées pourraient les utiliser pour du phishing. Par le biais de faux courriels se faisant passer pour leur mutuelle, les escrocs à travers des liens malveillants tenteraient de voler des informations bancaires.

    Les infostealers ont fait des ravages en 2023

    L’enquête toujours en cours ne livrera ses secrets que bien plus tard. Il existe une menace bien réelle : les infostealers. Ces petites bêtes ont collecté plus de 40 millions d’identifiants en 2023, explique LeMagIt. « L’année s’est achevée dans un déluge de divulgations, mais assez peu de détections », martèle le rédacteur en chef.

    Le total affiche 43, 638 millions d’identifiants compromis, seulement en France. De nombreux collaborateurs d’entreprises, dont des identifiants professionnels sont compromis explique HudsonRock.

    Le premier infostealer est apparu en 2006. Il est connu sou le nom de zeuS ou zbot. Son but collecter les informations puis disparaître. Le « Malware As A Service » (MAAS) est un logiciel qui peut être loué, les développeurs moyennent leur logiciel malveillant contre monnaie sonnante et trébuchante.

    Leur dangerosité tient en ce qu’il dérobe. Connu pour voler des justificatifs d’identité, il peut voler des tokens permettant de détourner l’authentification multifactorielle (MFA).

    (Crédits : Gerd Altmann/Pixabay)

    « Ce risque vaut particulièrement si des collaborateurs d’une organisation enregistrent, dans leur navigateur Web – sur une machine personnelle ou même de l’entreprise – des identifiants permettant l’accès à distance à des ressources du système d’information. » D’autant que l’attaque dont a été victime AnyDesk vient corrobore les craintes. Le CERT a publié un bulletin d’alerte sur la « prise de contrôle à distance par un acteur malveillant » le 5 février 2024.

  • L’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954

    L’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954

    Il y a désormais 70 ans jour pour jour que l’abbé Pierre lançait « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel avant-hier on l’avait expulsée ». Marie Joseph Henry Grouès venait sans le savoir de répandre la solidarité à travers l’hexagone. Il érigeait cinq années auparavant la fondation non confessionnelle « Emmaüs ». Comme « Les restaurants du Cœur » créé par Coluche en 1985, la générosité perdure malgré la disparition des deux hommes.

    L’hiver 1954 voit en février débarquer une seconde vague de froid. Elle concerne l’ensemble de la France. Les principaux cours d’eau gèlent. Des températures de -25 °C à Luxeuil-les-Bains et jusqu’à -13 °C à Paris. Dans le sud de la France, le Languedoc-Roussillon se couvre de son manteau blanc. Il tombe 85 cm de neige à Perpignan, et 30 cm à Montpellier.

    Mes amis, au secours

    « Chaque nuit ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu », continuait l’abbé Pierre. C’est par cet appel vibrant que Marie Joseph Henry Grouès, dit l’abbé Pierre sensibilise la population française et les pouvoirs publics au sort des plus démunis. « Il faut que ce soir même dans toutes les villes de France […] dans la nuit à la porte de lieux où il y ait une couverture, paille, soupe […] toi qui souffres qui que tu sois, entre, dort, mange, reprend espoir, ici on t’aime »

    Un cri pour la dignité des sans-abris

    C’est avec la voix emplie d’émotion et de conviction qu’il expose la réalité des personnes vivant dans la rue. Entre le froid mordant qui engourdit leurs membres et les nuits passées sous les ponts ou dans des abris de fortune insalubres, personne n’est épargné. Il met en lumière ceux qui en manquent, et souligne que cette détresse touche toutes les catégories sociales, hommes, femmes et enfants.

    L’appel radiophonique au Journal parlé de la RTF que l’abbé Pierre lira lui-même sur Radio-Luxembourg. Le 1er février 1954, résonne encore 70 ans après. Il n’existe aucune version sonore authentique dudit appel de 1954, l’abbé Pierre l’enregistrera donc celui-ci le 4 octobre 1993. (Crédits : Emmaüs international/YouTube)

    Cet appel suscite une solidarité nationale à travers une mobilisation générale, pour venir en aide aux sans-abris ainsi qu’aux mal-logés. Des milliers de personnes répondent en proposant des hébergements temporaires ou en faisant des dons pour soutenir les actions d’Emmaüs.

    Plaidoyer pour la dignité humaine

    Il n’existe pas de limite dans l’exposition du problème : il propose une solution concrète. L’abbé Pierre appelait tous ceux qui possèdent un logement vacant à ouvrir leurs portes aux sans-abris, aux expulsés. L’impact est immédiat et immense. Des milliers de personnes proposent des hébergements temporaires, d’autres font des dons pour soutenir les actions d’Emmaüs. La solidarité nationale dépasse les clivages sociaux et politiques.

    De nombreux décès dus au froid ont lieu cet hiver 54, dont des nourrissons. (Crédits : Fondation Abbé Pierre)

    Les paroles suivent les écrits de l’abbé Pierre. Comme Zola pour l’affaire Dreyfus, l’abbé Pierre écrit à Maurice Lemaire, ministre de la Reconstruction et du Logement. Une lettre que Le Figaro publie le matin du 5 janvier 1954. « Monsieur le Ministre, le petit bébé de la cité des Coquelicots, à Neuilly-Plaisance, mort de froid dans la nuit du 3 au 4 janvier, pendant le discours où vous refusiez les “cités d’urgence”, c’est à 14 heures, jeudi 7 janvier, qu’on va l’enterrer. Pensez à lui. Ce serait bien si vous veniez parmi nous à cette heure-là. On n’est pas des gens méchants… »

    Une misère toujours d’actualité

    Suite à cette mobilisation sans précédent, des mesures sont prises, bon gré mal gré par les politiques pour améliorer la situation des sans-abris. Des centres d’hébergement d’urgence sont ouverts, des programmes de rénovation urbaine voient le jour et une législation plus protectrice est mise en place. Mais le temps politique semble comme celui de la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein : relatif.

    Comme dans le village charentais de Mazerolles, les panneaux d’entrée et de sortie des communes de France transmettent un message : « Nous marchons sur la tête ».
    L’individualisme a pris place en remplacement de la solidarité, de l’entraide, comme le mouvement des agriculteurs le démontre, rien ne va plus. (Crédits : Romuald Pena)

    L’appel déchirant de l’abbé Pierre du 1er février 1954 a marqué un tournant dans la conscience collective sur la situation des sans-abris et mal logés en France. Il a suscité une mobilisation nationale et a permis d’obtenir des avancées significatives dans la lutte contre le mal-logement. En 2023, le nombre de personnes sans domicile était estimé à 330 000 et de plus de 4, 15 millions de mal-logés en France. C’est « l’inaction du gouvernement » qui est dénoncée explique le journal Ouest-France en 2023. Côté « Restaurants du cœur », 171 millions de repas ont été distribués en 2023. Les constats sur le pétrole comme la sécheresse se retrouvaient déjà en Une des journaux en 1922, la misère de même. Les Hommes politiques varient comme le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, mais rien ne semble changer quant aux difficultés rencontrées par la population française, que cela soit en 1954 comme en 2024.

  • Le vent souffle fort sur les îles du bout du monde (épis. 5/46)

    Le vent souffle fort sur les îles du bout du monde (épis. 5/46)

    Ce n’est pas que Flavien aime les grasses matinées… bien que de temps à autre tout un chacun aime se prélasser comme un chat. Mais encore une fois la levée aura été tardive explique l’aventurier. Sur l’île de Saunders en ce 4 décembre 2023, le vent a soufflé jusqu’à plus de minuit. Le jeune homme a mis un certain moment, trop long à son goût, avant de tomber dans les bras de Morphée. Sous les aléas et caprices de la météorologie, il s’accommode, bon gré mal gré. Car, il n’a pas le luxe dans sa tente de pouvoir ouvrir un robinet pour remplir son verre d’eau afin d’étancher sa soif.

    En allant chercher de l’eau, « j’ai rencontré le propriétaire de l’île, David, qui, avec son 4×4, revenait de guider les touristes d’un bateau de croisière », raconte Flavien. Avec gentillesse il m’a pointé sur la carte, qui doit être au 1/100000 ème, une petite vallée près d’une clôture où je devrai pouvoir poser la tente. Le lieu est situé sur un terrain à peu près plat et surtout abrité des vents dominants d’Ouest.

    Un défi quotidien face à la nature

    Le défi du jour si Flavien accepte cette mission impossible est de trouver ce spot. Les surprises ne s’arrêtent pas en si bon chemin. « Il m’a aussi dit qu’il connaît les deux raretés que je recherche sur Saunders : Hairy Daysi et Antarctic Cudweed ». Rendez-vous est pris pour mardi après-midi, si je n’arrive pas trop tard, murmure-t-il. « Sous aucun prétexte je ne le raterai… »

    En plus d’une levée tardive, il lui a fallu près de 2 h pour se préparer. Après le petit déjeuner, flocons d’avoines et chocolat fondu, il range tout car « je plie les gaules aujourd’hui ». Comme à chaque déplacement, il faut du temps pour tout ranger dans ce sac. « À chaque fois je me demande comment ça rentre », sourit-il.

    Il est vrai que de voir sur la photo tout ce qu’il transporte dans son sac, et qu’il doit caser le tout, c’est un véritable jeu de construction. Il faut qu’en plus lors de la marche, aucune contrainte ne soit ressentie.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Sauf qu’aujourd’hui ça ne rentre pas. « Il faut que je me trimbale un paquet de biscuits si je ne veux pas qu’ils finissent écrasés. » 10 h 30 sonne à sa tocante lorsqu’il part de son rocher, le fameux Swiss Hôtel. Si sur le papier, tout semble idyllique, « la pluie de cette nuit a quand même réussi à humidifier le fond de ma tente. » Une demi-heure s’est écoulée lorsqu’il effectue une pause tout près de la « cabane » où il y a le WiFi, car c’est aussi le point d’eau. « Où je vais camper ce soir il n’y aura sûrement pas d’eau, alors je remplis mes deux gourdes », explique-t-il. Il dispose donc de deux litres d’eau pour les deux jours à venir, vaisselle comprise… le rationnement est de rigueur.

    La dureté de Dame nature

    Tous près de la « cabane au WiFi » deux randonneurs de nationalité américaine ont dormi. Ils patientent avant l’arrivée du 4×4, qui doit les amener à une autre cabane au Nord Est de l’île. La sympathie règne entre les randonneurs. « L’un d’eux me propose de boire un coup, manger et même prendre une douche. Pourquoi je refuse je n’en sais rien, mais je ne suis plus à une douche près après trois jours sans en avoir pris. » Ce qui peut surprendre le commun des mortels est que Flavien se sens propre, « la température fait que je ne transpire pas. »

    De toute façon le peu de points d’eau est déjà accaparé par les oies, manchots et autres moutons, « Je ne serai pas plus propre à la sortie », s’amuse-t-il.

    La discussion s’éternise avec les Américains. Ils exercent les professions de photographes et vidéastes, « ils me donnent leur carte de visite ». L’arrivée du 4×4 clos alors la discussion, et nos chemins se séparent. « Avec tout ça il est bientôt midi, je n’ai pas avancé d’un centimètre ».

    Le site du bivouac ne serait qu’à 6 km à vol d’oiseau. Mais cette distance sur une campagne poitevine n’est pas ressentie de la même manière à l’endroit où il se trouve. « Il ne faudrait pas que je me repose sur mes lauriers non plus » s’encourage Flavien en prenant la direction plein Est.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il s’octroie une pause au-dessus d’une colonie de gorfous sauteurs et de cormorans impériaux. La contemplation des premières naissances s’extirpant de leurs coquilles est magique. « Malheureusement, un quart d’heure après mon arrivée, trois petits se sont déjà fait attraper par les Caracaras et les Skuas, la nature est cruelle… » Croyant jeter un dernier regard sur cette magnifique plage, la Neck son émerveillement est à son comble. « Qu’est-ce que je vois ? Cinq ou six dauphins de Commerson qui s’amuse dans les vagues ! C’est l’une des espèces qui ont valu ma venue ici, je suis refait. » Il a le luxe d’observer la sous-espèce nominale présente exclusivement entre le détroit de Magellan et les Malouines. Peut-être les reverrais-je dans ce fameux détroit que je devrais traverser d’ici 15 jours.

    Trois heures pénibles de marche dans les landes

    Pendant les trois heures qui suivent « j’avance péniblement dans les landes à Empetrum rubrum et Baccharis tricuneata ». Parfois, à la faveur d’une vallée encaissée, se développe d’énormes Blechnum magellanicum qui ne facilitent pas le passage. « Au loin je commence deviner différentes vallées plus ou moins érodées qui pourraient correspondre à la destination décrite par David. » Les milieux sont dégradés par les moutons, mais la marche facilitée grâce aux sentiers crée. Il est 16 h lorsqu’il trouve deux vallées encaissées composées de zones ouvertes et rases. Elles conviennent à la pose d’une tente.

    « Je trouve deux pieds de Codonorchis lessonii qui sont mes premières orchidées. » Des deux sites, il choisit le plus à l’Est en prévision du lendemain.

    Il se retrouve avec des colocataires surprenantes. « Il y a des vaches, j’espère qu’elles ne vont pas faire les curieuses. » Il se passe une heure lorsque sa tente est montée, avant une sieste improvisée pour le marcheur invétéré. Puis au réveil une jolie surprise. « Sans le vouloir j’ai posé ma tente à côté d’une petite ombellifère, Oreomyrhis hookeri, que je n’avais pas encore vu. »

    Personne ne vient dans ce coin de l’île, et les premières personnes doivent être à plus de 10 km d’ici, « Quel pied ! » Pour autant « je me suis rarement senti aussi isolé. » Une partie de la soirée sur le rivage, une centaine de mètres plus bas, où il croise des moutons qui n’ont pas été tondus. « C’est pour dire, même les éleveurs ne viennent pas jusqu’ici. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Demain il me faut que je lève tôt, pense-t-il à voix haute. Au menu un col à plus de 300 m avant de voir le sud de l’île. « J’en profiterai peut-être pour gravir le pic qui surplombe, à 431 m je crois ». L’installation de sa tente est à découvert, le jeune homme l’harnache sérieusement en prévision de la nuit. « J’espère que le vent ne soufflera pas trop fort ce soir », réfléchit-il avant de sombrer de fatigue. À suivre…

  • Un vent hivernal de cyberattaques de type ransomware en Europe

    Un vent hivernal de cyberattaques de type ransomware en Europe

    Les cyberattaques ne sont pas gelées par les températures. La Suède a subi le 20 janvier une attaque par ransomware avec une multitude d’incidents en cascade : universités médicale et d’agriculture, compagnie IT, commune, magasin… En Allemagne, un centre de formation pour adultes, un ministère en Tchéquie subit une attaque par déni de services, le Département de la Sarthe ou encore la révélation du ransomware LockBit qui a jeté son dévolu sur une université française, l’ICN creative business School.

    La Suède est en tête du classement des attaques cybernétiques ces derniers jours. Tietoevry qui stipule que l’un des centres de données est partiellement sous la coupe d’une cyberattaque de type ransomware. « Tietoevry a pris immédiatement et le plus haut niveau d’action pour enquêter sur la situation, en atténuer les effets et les résoudre. À ce stade, il n’est pas possible de dire combien de temps le travail prendra », martèle l’entreprise. Elle souligne travailler en collaboration avec les autorités compétentes. Mais la compagnie est fournisseur IT de plusieurs entreprises en Suède.

    Comme un château de cartes

    La mise en cascade des dysfonctionnements en Suède est exemplaire. Plus d’une dizaine d’entreprises subissent de plein fouet l’attaque cybernétique par ransomware de Tietoevry. De la municipalité de Bjuv, aux magasins de Granngården, l’université d’agriculture d’Uppsala, la chaîne de cinéma, les services financiers de Loomis, mais également les services de santé de la région d’Uppsala… S’il n’existe pas de risque immédiat pour l’ensemble des patients, l’accès aux dossiers médicaux est compromis pour le moment.

    La société Loomis est également impactée par la cyberattaque subie par le fournisseur de Tietoevry. (Crédits : capture d’écran/Loomis)

    La chaîne de cinéma Filmstaden est dans la même expectative. « En raison d’un incident informatique chez l’un de nos fournisseurs, il n’est pas possible d’acheter des billets sur le site web ou sur l’application. […] Pour cette raison, il peut y avoir des files d’attente plus longues que d’habitude au cinéma, veuillez donc arriver à l’heure. »

    Le ministère du travail Tchèque victime de cyberattaque

    Le ministère du Travail tchèque indique que depuis le 16 janvier 2024, un dysfonctionnement du système d’information AKRIS. Le communiqué indique que l’entité gouvernementale est attentive aux liens frauduleux diffusés par SMS et par courrier électronique. Elle encourage les concitoyens à faire de même. Sur les liens frauduleux diffusés par tous moyens « ils mènent à de faux sites qui se font passer pour le site officiel. Il s’agit de phishing, ne cliquez pas sur les liens. »

    Non loin de la Tchéquie, c’est un canton suisse qui essuie une attaque par déni de services le 19 janvier 2024. (Crédits : capture d’écran/Canton de Basel-Stadt)

    Entre 6 h 30 et 9 h, le 19 janvier dernier, le site du canton n’était pas accessible. Les informaticiens cantonaux ont pris des contre-mesures pour assurer le fonctionnement sans interférence, assure la communication. Les auteurs de l’attaque ne sont pas connus. Contrairement à Pozzi Italy dont l’attaque est affichée par le ransomware Medusa.

    Cyberattaques en France

    Le site d’information Actu Le Mans a révélé que le Département de la Sarthe avait subi un incident cybernétique ce mercredi 24 janvier. C’est le président du conseil, Dominique Le Mèner qui informait l’entité départementale lors du débat d’orientations budgétaire de 2024. Sur le site vitrine du ransomware LockBit apparaît l’école de management ICN Business School.

    Mais du côté du ransomware 8Base affiche le groupe Sweetco spécialisé dans la création en puériculture, en literie, dans les équipements individuels de protection (gants, chaussures) et pour les housses et tapis pour automobile. Mais aussi la ligue de l’enseignement en Isère fait partie des victimes comme le cabinet Arpege ou encore Malongo.

  • Violation de plus de 15 millions de comptes Trello

    Violation de plus de 15 millions de comptes Trello

    La divulgation faite le 22 janvier 2024 sur X (ex Twitter) n’a pas été infirmer ou confirmer par la maison mère de Trello. Pour autant, les conséquences potentielles d’une telle fuite peuvent être notables. Il faut indiquer que plus de 15 millions de comptes et les données sont en vente sur le dark web. Au menu, les prénoms, noms, noms ou pseudos, courriels et d’autres données sont désormais connu ou en devenir. S’il n’y a pas eu encore de communiqué officiel, l’entreprise est au fait de cette violation.

    Trello est une application de gestion de projet gratuite. Elle permet d’organiser sous forme de tableau, composé de colonnes, des projets. Inspiré de la méthode Agile Kanban, c’est l’outil incontournable destiné aux équipes pour la gestion de projet. The Cyber Express a reçu la réponse d’un porte-parole d’Atlassian qui affirme que « nous sommes au courant des affirmations d’un acteur de menace concernant les données de profil des utilisateurs de Trello. » Le cybercriminel « emo », affirme que la base de données mise en vente contient des informations telles que des courriels, des noms d’utilisateur, des noms complets et d’autres informations de compte.

    Atlassian assure prendre les mesures nécessaires et adéquates si la violation est confirmée par l’enquête en cours. L’entreprise demande à chaque utilisateur de veiller à toute activité suspecte, comme des tentatives de phishing, usurpation d’identité… (Crédits : DR)

    Cette affaire de violation présumée de 15 115 516 comptes remémore les bonnes conduites et la vigilance associée. Mais ce n’est pas la première fois qu’une information comme celle-ci arrive. En 2020 Craig Jones, directeur des opérations chez Sophos que Trello avait exposé des informations personnelles identifiables en 2020. C’est pourquoi, il faut inculquer une culture de la sécurité sur le WEB, avec chiffrement des données sensibles, l’authentification multifacteurs (MFA), renforcer les mots de passe unique…

  • Le cyclone Belal est passé sur la Réunion, mais qu’est-ce qu’un cyclone ?

    Le cyclone Belal est passé sur la Réunion, mais qu’est-ce qu’un cyclone ?

    Partout dans le monde la Presse a couvert le passage du cyclone Belal sur l’île de la Réunion ainsi que de l’île Maurice. Le message des autorités était explicite avec le passage en alerte violette. Quelles conditions sont nécessaires pour leurs formations ? Qu’est-ce que la chaleur océanique, l’évaporation et la convection ? Enfin les forces en action de la rotation Coriolis à la structure en couches ? Pourquoi le phénomène Gilbert a-t-il changé la façon de procéder face à cette force de la nature ?

    Le bilan est de trois personnes mortes suite au passage du cyclone Belal. La préfecture de la Réunion a annoncé à midi heure locale, 9 h en métropole la levée de l’alerte rouge. « Le cyclone Belal est désormais à plus de 255 km au sud-est de La Réunion. Il ne représente plus une menace pour notre territoire. Les conditions météorologiques s’améliorent ce mardi, même s’il faut garder une certaine prudence, avec des rafales de vent possibles jusqu’à 80 km/h dans les Hauts et 70 km/h sur le littoral », communique la préfecture.

    Qu’est-ce qu’un cyclone ?

    Selon le dictionnaire de l’Académie française un cyclone est une « perturbation atmosphérique qui s’établit autour d’une zone de basse pression, et qui se déplace en tournoyant sur elle-même. » Comme pour le rhum, l’appellation est différente en fonction de la région. L’ouragan (Cyclone tropical) dans la région des Caraïbes, de la mer des Antilles et du golfe du Mexique et le typhon dans les mers de Chine et dans l’océan Indien. Mais comment se forment-ils ?

    Les conditions propices au développement

    La genèse des cyclones repose sur un savant mélange de plusieurs ingrédients. Une température de surface des mers et océans d’au moins 26,5 °C. Elle agit comme un détonateur. L’énergie thermique, dégagée par ces eaux chaudes, devient l’étincelle provoquant le processus complexe de la formation cyclonique. Les cyclones, ces géantes manifestations atmosphériques, tirent leur énergie vitale des échanges de la température des mers et océans, du taux d’humidité et de l’instabilité atmosphérique.

    En premier lieu, le chaud et le froid amorcent une danse complexe et dévastatrice. La chorégraphie use de la chaleur comme un catalyseur, propulsant l’atmosphère dans un ballet de transformation énergétique.

    C’est l’évaporation, qui fait que l’air chargé d’humidité s’élève. Il amorce un cycle de convection. Ces mouvements créent des zones de basse pression, les antichambres des futurs cyclones.

    La convection se met en marche. Elle représente le cœur de l’énergie cyclonique. L’ascension alimente la terrible machine. Les premiers tourbillons se forment, ces derniers deviennent éventuellement des cyclones. La convection effectuée, c’est la force de Coriolis qui entre en jeu. Cette force dévie la trajectoire d’un objet en mouvement à la surface d’un objet en rotation.

    (Crédits : Zoom Earth)

    La force de Coriolis

    « Elle s’applique en particulier sur la Terre à tout corps en mouvement, par suite de la rotation de notre planète autour de l’axe des pôles », souligne le CNRS. Elle est maximale aux pôles et nulle à l’équateur. L’air en déplacement est dévié par la force de Coriolis, initiée par la rotation de la Terre, qui provoque le mouvement caractéristique des cyclones.

    La structure en couches émerge alors avec la montée de l’air chaud et humide. La convection atmosphérique donne naissance à des bandes nuageuses spiralées, cela forme la deuxième couche du cyclone.

    Au cœur du système, la troisième couche se développe. L’air continue sans cesse de s’élever et de tourner autour du centre du cyclone, créant l’eye-wall, une zone de vents violents. Au centre de ce dernier, l’œil du cyclone forme la quatrième couche, caractérisée par « des vents calmes et un ciel relativement clair ».

    En raison des rafales très violentes qui les accompagnent, pouvant dépasser les 300 kilomètres par heure, ils provoquent des dégâts considérables. Ils peuvent être accompagnés de pluies torrentielles et provoquer des vagues de submersion particulièrement destructrices.

    (Crédits : 12019/Pixabay)

    Ces phénomènes météorologiques sont régis par une échelle dite de Saffir-Simpson. Comme pour les tremblements de terre au Japon, les habitants apprennent à s’accommoder de Dame nature.

    Les plus gros cyclones

    Lorsque le cyclone atteint la terre, les dégâts sont toujours conséquents. Leur classification, l’impact sur la population et les infrastructures offrent un classement du moins destructeur au plus puissant.

    Le typhon Haiyan aux Philippines, le 8 novembre 2013 est répertorié comme le plus puissant des cyclones tropicaux. Ses vents ont atteint 315 km/h. Sandy touchait le 22 octobre 2012, les Antilles et la côte est des États-Unis. Les dégâts avaient été estimés à 52,5 milliards de dollars.

    Quand Katrina dans le golf du Mexique causait 100 milliards de dollars de dégâts le 29 août 2005 Nargis a dévasté la Birmanie. Les vents violents de 227 km/h causaient la mort de 140 000 personnes. En Chine, Nina le 5 aout 1975 provoquait le décès de 229 000 personnes, avec des vents à plus de 250 km/h. Le Bangladesh détient le triste record du nombre de personnes décédées, officiellement leur nombre est estimé entre 224 000 à 300 000, mais l’officieux atteindrait le demi-million.

    L’échelle de Saffir-Simpson a été développée en 1969, du nom des deux chercheurs.

    (Crédits : Keraunos)

    L’ouragan Gilbert est un cyclone de niveau 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson. Il est hors norme car la pression relevée est la plus basse jamais mesurée dans l’hémisphère nord, avec 888 hPa. Il est apparu le 8 septembre 1988 pour disparaître le 19. Il a été qualifié de tempête du siècle. La raison les nombreux records enregistrés : Il s’agit notamment de la taille, de la rectitude de la voie, de la pression atmosphérique, des précipitations et de l’énergie totale.

  • Cyberattaques… quels sont les coûts et conséquences ?

    Cyberattaques… quels sont les coûts et conséquences ?

    Peu importe la cible touchée par une cyberattaque, elle subit des dommages. Plus l’offensive est sophistiquée, plus les conséquences peuvent être désastreuses. Les attaquants peuvent s’en prendre à vos terminaux de différentes manières. Les plus connues sont par le déni de service (DDoS), par ransomware ou rançongiciel… Si l’entreprise trinque, les clients également. Retour sur deux exemples parmi tant de victimes à chaque seconde : la commune de Saguenay au Canada et l’entreprise réunionnaise Colipays.

    La ville de Saguenay a été la cible en octobre 2023 d’une cyberattaque. Rapidement, les systèmes informatiques ont été mis en sécurité, et des mesures de protection étaient mises en place assurait la clinique. L’entreprise Colipays subissait une attaque cybernétique durant les périodes de Noël affectant la livraison de clients. Leur nombre selon la première estimation entre 200 et 500.

    Quel est le coût d’une cyberattaque ?

    Il est difficile de faire à brûle-pourpoint une estimation Il y a les coûts directs et ceux qui sont indirects. Les premiers sont facilement quantifiables, les seconds moins. Comme les terroristes, leurs buts sont de maximiser l’impact pour nuire à votre défense future. Aussi, ils cherchent à minimiser les frais de l’attaque pour un maximum de dégâts. L’attaque terroriste qui a marqué les esprits et celle contre les tours jumelles, le World Trade Center le 11 septembre 2021. Les conséquences se chiffrent, car « les dépenses de sauvetage et de déblaiement ainsi que les frais connexes ont été estimés à au moins 11 milliards de dollars. »

    Les coûts directs facilement quantifiables.

    Les coûts premiers sont la possible rançon ainsi que les frais de justice. Puis le renforcement des moyens de sécurisation, des données corrompues ainsi que la mise en conformité réglementaire. Les enquêtes techniques avec les notifications aux clients de l’intrusion, et les relations publiques.

    En octobre dernier, la ville canadienne de Saguenay est victime d’une cyberattaque. C’est à travers ses équipes informatiques, qui ont réagi rapidement, que les dommages n’ont pas été causés.

    Saguenay a dû dépenser de 35 000 à 40 000 $ pour répondre à une attaque informatique dont elle a été victime en octobre dernier.

    « Il n’y a absolument rien auquel les pirates ont pu avoir accès, a confirmé Dominic Arseneau, porte-parole de la Ville de Saguenay. Le rapport final disait que l’objectif des pirates n’était pas forcément de voler des données de la Ville, mais plutôt d’usurper l’identité de la Ville pour hameçonner d’autres personnes par la suite ».

    (Crédits : Mohamed Hassan/Pixabay)

    Peu après l’attaque de la commune, c’est la clinique qui subit les foudres. Le ou les personnes à l’origine ont eu accès aux prénoms, noms, adresses, numéros de téléphone, jusqu’au numéro d’assurance maladie et des informations sur leur couverture d’assurance. « Il est important de noter qu’à l’heure actuelle, nous n’avons aucune indication [voulant que] vos renseignements personnels […] aient été mal utilisés », expliquait le Dr Michel Bérubé, directeur médical de ladite clinique.

    Les coûts indirects

    Une entreprise victime d’une attaque peut voir son image ternie. La méfiance voire défiance peut s’installer chez les clients, les partenaires, jusqu’aux investisseurs. La marque Lise Charmel, groupe lyonnais avait été placé en redressement judiciaire suite à la cyberattaque qui avait bloqué l’entreprise un mois durant. La procédure judiciaire a été retirée de la période d’observation depuis le 30 septembre 2021.

    Le groupe recouvrait le chemin de la rentabilité et du chiffre d’affaires. C’est un petit « miracle » tout de même après « le black-out total » sur la production, mais aussi la création, les achats, la logistique, jusqu’aux e-mails.

    L’entreprise réunionnaise Colipays rétablit la vérité après la cyberattaque subie depuis les fêtes de fin d’année 2023. Le remboursement prévu au 15 janvier 2024 est décalé au vu du nombre de dossiers à traiter.

    « Si aucune date fixe de remboursement ne peut aujourd’hui être annoncée, nous pouvons juste à ce jour vous dire que tous nos clients seront remboursés, c’est notre engagement et notre promesse », communique Colipays sur Zinfos974. La gestion des réclamations via courriel les a conduits à renforcer leurs équipes. Vingt personnes, qui ont dû être formées à cette mission. (Crédits : Mohamed Hassan/Pixabay)

    Les conséquences se découvrent les unes après les autres. « Nous comprenons l’impact que cette situation peut avoir sur nos clients, et nous nous engageons à rembourser intégralement chaque personne victime du piratage », indique l’entreprise. D’autant que les réseaux sociaux se sont transformés en pugilat. LA transparence est de mise. Surtout après être entré en contact avec un groupe formé sur Facebook. « Certains commentaires excèdent la limite du raisonnable, car particulièrement virulent, et peuvent être sanctionnés judiciairement », martèle l’entreprise.

    La facture indirecte est toujours plus élevée

    Les coûts directs sont conséquents, mais ils sont minimisés par l’ampleur des coûts indirects. Ils sont l’augmentation des primes d’assurance, l’interruption des activités, la déprécation de la marque, la baisse du chiffre d’affaires, perte de confiance des clients voire des investisseurs… jusqu’au dépôt de bilan. Dans le monde digital dans lequel nous vivons, la protection des données et des infrastructures est plus qu’une nécessité absolue.

    La Capitale des Flandres cyberattaque indiquait un coût d’un million d’euros, qui est désormais estimé à 1,7 million relate La Voix du Nord. « Entre 50 et 60 % des PME ayant été victimes de cyberattaques mettent la clé sous la porte dans les dix-huit mois qui suivent », estime le directeur régional Grand Est d’Orange Cyberdefense, Gérard Vallet en réponse aux questions de L’Alsace.

    Près d’une année après avoir été la cible de hackers qui au moment des faits avait bloqué la quasi-totalité des systèmes informatiques, Clestra, fabricant bas-rhinois de cloisons pour bureaux et salles blanches, n’en finit pas de payer les conséquences de cette cyberattaque. Comme des sociétés outre-Atlantique.

    Clestra hauserman, victime d’une cyberattaque qui lui aurait coûté entre 7 et 8 millions d’euros, a entraîné sa mise en redressement judiciaire, les piratages informatiques peuvent avoir des répercussions très graves.

    (Crédits : Mohamed Hassan/Pixabay)

    « C’est la principale raison qui a amené l’entreprise au dépôt de bilan », indique Amar Laadra, responsable CGT métallurgie. Le bilan de l’année 2022 des conséquences financières des cyberattaques envers les entreprises françaises est sans appel. Elles ont coûté 2 milliards d’euros à la France en 2022. Selon le cabinet de conseil Asterès, qui se fonde sur l’analyse de 385 000 cyberattaques en France en 2022. « La compromission des informations d’identifications est la première cause de violation pour 19 % des entreprises. L’hameçonnage qui arrive juste après touche 16 % des organisations. Il s’agit également de la cause de violation de données la plus coûteuse en 2022 pour 4,91 millions de dollars en moyenne », martèle le gouvernement. Malgré la prise de conscience des enjeux de la cybersécurité, les entreprises et collectivités restent mal protégées, avec un manque cruel de « culture informatique ».