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  • Il y a cent ans… quand il y avait trop de lait

    Il y a cent ans… quand il y avait trop de lait

    Tandis quand 2022 il semble avoir une pénurie d’huile de tournesol en France, comme en Espagne, le lait ce mardi 30 mai 1922 débordait des cuves. Conséquence de son abondance, les crémeries n’arrivaient pas à écouler leur stock, ce qui faisait baisser le prix du la matière première. C’est le jeu de l’offre et de la demande, dans la période incertaine de l’entre-deux-guerres. Qui plus est lorsque les prix de la nourriture s’envolaient vers des sommets jamais atteints.

    Le prix au kilo du pain fixé par le ministre de l’Agriculture M. Chéron à 1,05 franc faisait couler beaucoup d’encre dans la presse régionale et locale. Les discussions d’un pan indispensable aux ménages, faisait bouillir les discussions. Attention à ce qu’il ne déborde pas de la casserole. La saison actuelle est une période d’abondance affirmait L’Ouest-Éclair. La diminution du prix du lait ne devrait pas poser de difficulté, et pourtant. Certains producteurs voulaient bien réduire le prix du litre de deux sous, mais pas de quatre. Dans les crémeries, les commerçants peinent à écouler les stocks grossissants de fromages dits « Petit Suisse », de lait cuit… ainsi 70 % des producteurs appréhendaient et acceptaient sans aucune hésitation de baisser le prix à 0,60 franc. Les marchandes de légumes pouvaient le revendre à 0,70.

    En 1922, pour faire un franc, il fallait vingt sous, donc un sou correspondait à cinq centimes. Vous comprendrez dorénavant aisément l’expression des anciens qui vous chantonnait qu’il manquait toujours trois sous pour faire un franc. (Crédits : Pezibear/Pixabay)

    Quelques producteurs ne souhaitaient pas baisser leurs prix, à tort ou à raison. La cherté de la vie, donnait à tout un chacun de s’entraider, de se serrer les coudes dans une période difficile. Le prix du beurre comme nous le connaissons aujourd’hui se vendait soit au kilo ou sous la forme de demi-livre, le prix variait entre 4, 50 et 4, 75 francs pour 250 grammes. En Bretagne, à Rennes, les habitants se posaient des questions. « Pourquoi la municipalité ne taxe-t-elle pas le lait ainsi qu’il est fait au Havre et dans d’autres villes de la région ? »

  • Il y a cent ans… un jour à Bordeaux

    Il y a cent ans… un jour à Bordeaux

    La ville de Bordeaux voyait l’incendie d’une usine fraîchement construite, le 28 mai 1922, sur le quai de Brazza : les Grands Moulins de Paris. La minoterie venait grossir la maison mère pour produire les 7 000 000 de quintaux de consommation annuelle parisienne. Non loin de là, un autre drame se déroulait. Lors d’une banale promenade, un jeune homme de 23 ans, accompagné d’une jeune fille recevait une balle perdue et mourait.

    Le quotidien Le Radical écrivait qu’au cours d’une promenade en charmante compagnie, Jean Ducos, 23 ans, était tué d’une balle à la nuque. La personne à ses côtés avait été soupçonnée et arrêtée. L’autopsie innocenta la jeune fille, car le projectile venait de loin. L’enquête suivant les différentes pistes pour élucider ce mystère. C’est la gendarmerie de Lormont qui appréhenda un jeune homme de 19 ans nommé Merzy. Le manœuvre demeurait au camp de Genicart. Il reconnaissait s’être amusé à vider le barillet d’un revolver espagnol de gros calibre dans la direction où fut tué Jean Ducos. Selon les investigations, la distance entre le défunt et le prévenu était de 450 m, la portée de l’arme en question variait de 600 à 700 m.

    Fondé par Henry Maret en 1881, ce journal républicain proche de Rochefort avant le boulangisme devint progressivement le quotidien du radical-socialisme. A son apogée avant 1914, il perd progressivement de son influence, avant de devenir hebdomadaire de 1926 à 1931 et disparaître. (Crédits : BnF/Gallica/Le Radical)

    Au cours de cette même journée, l’usine des Grands Moulins de Paris à Bordeaux était détruite par un incendie. C’est aux alentours de neuf heures que le drame se déclarait. Les Grands Moulins se situent quai de Brazza. Le feu aurait pris au sein du bâtiment central, où se trouvait la machinerie évaluée à 13 millions de Francs. En quelques minutes, l’édifice entier s’embrassait et terminait en cendre. Plus rien ne restait. Luttant contre le brasier, deux sapeurs-pompiers et le peintre Viguié furent intoxiqués. L’usine fut construite en 1920, bien qu’elle ne fut pas encore achevée, elle employait deux cents ouvriers. L’estimation des dégâts se chiffe à une vingtaine de millions de Francs.

    Les Grands Moulins de Paris, sont en arrière plan de l’entrée des bassins à flot du port de Bordeaux. (Crédits : Archives Sud Ouest)

    Constitué en avril 1919. La société avait pour but de concourir à la production de la farine destinée à la région parisienne dont la consommation dès avant guerre était estimée à 7 millions de quintaux par an. Elle construisit à Ivry-sur-Seine, en région parisienne sur un terrain de 22 870 m2, un grand moulin qui atteignait en 1924 trois millions de quintaux. Elle décida se s’agrandir en prenant à bail le moulin de Port-Saint-Louis-du-Rhône, l’usine de la Meunerie lilloise de Marquette-lès-Lille et les Grands Moulins de Bordeaux, et ainsi produisait les 400 000 tonnes nécessaires à Paris. Elle affichait un chiffre de vente d’un milliard et demi de francs par an.

  • Il y a cent ans… le ministre de l’Agriculture s’entêtait

    Il y a cent ans… le ministre de l’Agriculture s’entêtait

    Imaginez qu’un ministre aujourd’hui au XXIe siècle majore les prix des biens de consommation, quoiqu’il en coûte, ce serait un pur fantasme… En 1922, le 27 mai, cette chose est bien réelle. Après l’augmentation du prix au kilo du pain, saupoudré de formule alambiquée issue d’une joute verbale, le ministre de l’Agriculture confiant dans la vertu de ses décrets avoua que tout allait rentrer dans l’ordre, qu’il ne fallait pas s’inquiéter.

    Comme affichait le slogan d’une célèbre marque de chocolat, « et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu », mais bien sûr ! Le coût de la viande aux halles ne cessait de croître. Le bœuf passait de 50 à 100 francs, sur les demi-porcs la hausse était de 20 francs, de 100 francs sur les longes, de 50 francs sur le lard et de 70 francs sur les jambons. Quant au veau, la première qualité augmentait de 50 francs et de 150 francs pour la deuxième et troisième. Celle concernant le mouton battait tous les records, 100 francs pour la première qualité, 150 francs sur la deuxième et 200 francs pour la dernière. Le journaliste n’affichait aucune complaisance ni tendreté d’être pris pour du poulet : « Que M. Chéron se moque du consommateur, nous commençons bien à nous en douter ; mais que le consommateur accepte passivement, c’est plus singulier. »

    Le prix du pain ne cessera d’augmenter, pour atteindre 35,40 francs en 1950, mais redescendra à 35 centimes grâce à la magie de la conversion des anciens aux nouveaux francs. Est-ce la même chose que les consommateurs ont vécus en passant des francs à l’euro ? (Crédits : Ina Lübeck Hertel/Pixabay)

    De par les motifs que le ministre avait fait valoir, et suite à l’entretien que le préfet de la Seine, M Autrand avait eu avec les représentants des syndicats de la boulangerie, le prix du kilo de pain passerait à 1,05 franc au 1er juin 1922. Là ou la décision est cocasse, est que lorsque le consommateur prendra 500 grammes de pain, il devra payer 55 centimes. Mais pour que cela soit équitable, pour un demi-kilo, le client sera en droit d’exiger une pesée de 20 grammes supplémentaires.

  • Il y a cent ans… des restrictions d’eau

    Il y a cent ans… des restrictions d’eau

    La distribution de l’eau est interrompue de minuit à 6 heures dès vendredi 26 mai 1922. Le préfet de la Seine avertissait par affiche que les Parisiens n’auraient pas accès à l’or bleu. En cause, les réserves des bassins de Montsouris, Saint-Cloud et Ménilmontant étaient sous étroite surveillance, pour éviter qu’elles s’épuisent. Les fortes chaleurs du début de la semaine les faisaient passer de 450 000 m3 à 275 000, ce jeudi 25 mai.

    Déjà les vagues de chaleur connues en France en ce mois de mai 2022, se retrouvait en Une des quotidiens il y a cent ans… La température fléchissait, et les réserves remontaient à 333 000 m3. Le service des eaux de Paris constatait qu’en comparaison à l’utilisation moyenne, comprise entre 400 000 en période normale et 450 000 lors de l’été 1921 particulièrement sec, les citadins avaient consommé 530 000 m3. La météorologie nationale relate que du 23 mai au 6 juin 1922 existait une vague de chaleur exceptionnelle. « Des records sont pulvérisés avec 34° à Valenciennes, Tours et Chartres, 35°à Rouen, 35 à 36° à Paris, 36° à Nancy, Charleville Mézières, Épinal et 37° à Chaumont. Dans la soirée du 2 juin, un très violent orage éclate à Paris ». Tout était mis en place pour assurer l’alimentation en eau du service de lutte contre les incendies. Mais c’est le thermomètre qui donnait la tendance. Il ne marquait plus « hier à une heure de l’après-midi que 22 degrés à l’ombre et l’on estimait que le maximum de la journée ne dépasserait pas 25 », expliquait le quotidien Le Petit Parisien.

    L’eau potable est un bien de consommation qui manque à certains humains. Les restrictions comme les coupures d’alimentation sont désormais courantes en fonction des infrastructures, de leurs vétustés. Une panne d’électricité a privé d’eau l’île de Saint-Martin le 19 mai 2022. (Crédits : Nicola Giordano/Pixabay)

    Mais à quoi répondait donc l’arrêt partiel de distribution ? On fera difficilement admettre aux usagers que, sans causes exceptionnelles, Paris puisse manquer d’eau après trois jours de chaleur. Il faut rappeler que l’année 1922 est exceptionnellement sèche après un hiver sans pluie. Le conseiller municipal et député Georges Robaglia admettait au détour d’un couloir, qu’une conduite d’eau de sources s’était rompu à 100 kilomètres de Paris. « Pourquoi ne pas avouer tout simplement, questionnait Elie-Berthet, journaliste à L’Écho de Paris. Si les questions aboutissaient plus vite à l’Hôtel de Ville, si le moindre projet n’exigeait pas dix ans d’études et de palabres avant de voir le jour, nous ne serions pas à la merci de trois journées torrides. » Il faudra attendre le 2 juin 1922, pour que la sécheresse et la chaleur qui sévissaient sur la France entière, cesse. Un violent orage commençait à 2 heures, provoquant une pluie incessante durant près de trois heures. La foudre tombait boulevard Saint-Michel, arrachant quelques pavés à la chaussée.

  • Il y a cent ans… l’horizon du 25 mai

    Il y a cent ans… l’horizon du 25 mai

    Que se passait-il sur Terre le jour de votre naissance ? Seuls les adultes présents et les coupures de journaux pourront vous l’apprendre. La période de l’entre-deux-guerres, en Europe, est source de tensions. La géopolitique saisit le pas sur les décisions. Que cela se déroule en Angleterre, en Autriche, en Italie, et même jusqu’en Russie, rien ne semble être paisible. Les attentions se cristallisaient, en cette date du 25 mai 1922 des six jours qui nous séparaient de l’ultimatum du 31.

    L’Angleterre contestait le droit de la France à prendre des sanctions militaires. En cause l’article 18 de l’annexe II de la partie VIII du traité de Versailles… car, c’est Lloyd George, Wilson, Orlando et Clemenceau qui menaient les débats. La tournure montrait que les vainqueurs de la Grande Guerre possèdent des visées différentes, voire opposées. Les termes du traité, signé le 28 juin 1919 sont si durs que le gouvernement allemand envisage un temps un soulèvement militaire.

    Ce « Diktat » ne fera qu’exacerber le sentiment nationaliste en Allemagne, qui sera largement exploité par les nazis. (Crédits : BnF/Gallica/La Liberté)

    Des échauffourées entre fascistes et communistes italiens se déroulaient à Rome. En cause les rassemblements qui tentaient à célébrer l’entrée en guerre de l’Italie. Une trentaine de manifestants étaient blessés, et les chiffres, bien qu’officieux, recensaient de nombreux morts. Les incidents qui se produisaient dans le quartier Saint-Laurent engendraient d’une grève générale.

    L’original du traité de Versailles à disparu. « Dans la nuit du 11 au 12 août 1940, le commando Künsberg, qui avait déjà opéré des vols d’archives diplomatiques en Belgique et aux Pays-Bas, vole le traité », raconte l’historien Vincent Laniol.

    L’insouciance, voire la méconnaissance des adultes n’était pas à démonter du côté de Saint-Étienne. En cette belle et chaude après-midi du 25 mai 1922, le garde Vigier, M Gaudiaux et les époux Chavalet prirent le chemin dune mine abandonnée, dans le but simple de la visiter. Elle était restée dans son jus depuis l’armistice. Les gaz délétères incommodèrent les visiteurs d’un jour. Mme Chavalet put remonter et prévenir les secours, son mari fut sauvé par des passants. Les sauveteurs arrivèrent, mais dans la précipitation M Rhône ne pris pas le temps de s’équiper d’un appareil respiratoire. Il fut ramené avec Vigier et Gaudiaux, tous trois morts.

    Un prêche à la mosquée Sainte-Sophie déclarait que le gouvernement d’Angora était en rébellion contre le sultan et la foi musulmane. L’accusé à travers son porte-parole informait les alliés que s’ils refusaient de rencontrer les représentants Kémalistes, il cesserait toute relation avec l’Europe. (Crédits : Hangela/Pixabay)

    Un incident faisant cinq morts et de nombreux blessés se produisait à la frontière italo-yougoslave. Des fascistes italiens, aux alentours de la ville de Kastav, pénétraient et attaquaient le poste-frontière. Ils furent repoussés. Deux heures passaient quand deux compagnies d’infanterie ouvraient le feu sur ledit poste. Les Yougoslaves reculaient sur trois cents mètres pour s’abriter et furent attaqués à la baïonnette. Une patrouille aidait le personnel du poste-frontière, tant et si bien que les Italiens rebroussaient chemin, laissant cinq défunts et plusieurs blessés.

    À Belfast, des ouvriers orangistes étaient attaqués par des membres du Sinn Féin. Les tramways les transportant se retrouvaient sous un feu nourri. La police usait de mitrailleuses, créant deux morts et vingt blessés, augmentant la triste liste des Irlandais décédés dans ce conflit. (Crédits : David Mark/Pixabay)

    Le 31 mai 1922 était la date butoir imposée à l’Allemagne pour respecter ses engagements. S’il était constaté qu’elle manquait volontairement à ses directives, la France appliquerait le fameux article 18 du traité de Versailles pour faire valoir ses droits. « La France loin de diminuer les garanties des créanciers de l’Allemagne, comme l’avait fait M Chamberlain par son action séparée, renforcerait ces garanties et prendrait des mesures conservatoires dans l’intérêt de toux ceux des alliés qui ont part aux réparations… », écrivait Jacques Bainville dans le quotidien La Liberté.

  • Il y a cent ans… 34 °C s’affichait au thermomètre

    Il y a cent ans… 34 °C s’affichait au thermomètre

    Une température de saison est annoncée dès aujourd’hui 24 mai 2022 indiquait une journaliste et présentatrice du bulletin de prévision météorologique. Après les fortes vagues de chaleur vécues ces dernières heures. Sauf qu’il y a un siècle, cela arrivait déjà. Ainsi le 24 mai 1922, le quotidien L’Intransigeant reflétait la situation par une phrase : « Ce n’est pas pour me vanter, mais il fait chaud ! », soupirait le héros d’Eugène Labiche.

    Comme dans n’importe quel endroit de la terre, avoir chaud est agréable, mais le sentiment d’avoir trop chaud ne l’est pas. Imaginez-vous que la personne rédigeant l’article dépeignait les rues de Paris. « Les Parisiens obligés de sortir se traînent dans les rues, du côté de l’ombre, le chapeau à la main, le font ruisselant. Les marchands de vin et de bière font recette. » Il faut dire que cela ne s’était pas vu au mois de mai depuis… 1806. Selon météo France, les normales mensuelles de température du cinquième moi de l’année oscillent entre 10,9 et 19,6 °C, les précipitations à 63,2 mm et 193,8 h d’ensoleillement à Paris-Montsouris.

    Pour se rafraîchir, rien de mieux qu’une promenade au fil de l’eau dans un bateau, avec une personne pour ramer bien sûr. De plus, la musique adoucie les mœurs, mais en 1922, il était préférable d’avoir de la place pour emporter un poste TSF avec soi. (Crédits : BnF/Gallica/L’Intransigeant)

    La locution latine « lasciate ogni speranza », issue de la Divine Comédie de Dante, était utilisée par la personne rédactrice pour traduire le sentiment de l’Office Nationale Météorologique, aucune fraîcheur n’était à attendre. D’ailleurs les températures du jour affolaient le mercure. Au Bourget 34 °C à 15 h, pour 13,8 °C à 4 heures, 14 °C à 3 heures et 32,6 °C à 13 h 20 pour Saint-Maure. L’expert expliquait que tout ceci était dû à l’absence de nébulosité. « Il faut remonter à l’année 1806 pour retrouver au mois de mai une température semblable. Les observations prises à l’observatoire de Paris jusqu’en 1872, puis à Montsouris et à Saint-Maure n’enregistrent que 33,3 °C en mai 1841. »

  • Il y a cent ans… un ministre enfonçait des portes ouvertes

    Il y a cent ans… un ministre enfonçait des portes ouvertes

    Le ministre de l’Agriculture, indiquait un certain 23 mai 1922, que les cultivateurs français devaient vendre leur blé au moins aussi cher qu’il leur a coûté à produire. Ce qui met en exergue les belles paroles politiques depuis un siècle. M Chéron mettait donc en parallèle les protections douanières dont bénéficiaient les industries, et l’absence complète pour les marchandises agricoles, une gageure. La compréhension des uns diffère des autres.

    Les Français entendaient que la production industrielle nécessitait cette protection, car il permettait « aux patrons de vivre et de donner des salaires suffisants à leurs ouvriers ». Dans le même temps, la prime de cherté de 720 francs était maintenue, et le pain passait à 1,05 franc. Que penser quand le cultivateur qui paye cher ses machines et pièces de rechange, et de l’autre l’opinion publique est moins conciliante lorsqu’il s’agit de produit agricole comme ledit pain. Le ministre spécifiait qu’ils doivent vendre leur production plus cher que le prix de revient, quel est-il ?

    Le ministre lançait alors cette phrase : « C’est avant tout de la prospérité de notre agriculture que dépend le relèvement du pays ».

    Le journaliste indiquait que 90 % ne possédaient pas de comptabilité, de ce fait ils ne pouvaient connaître leur marge brute, qui représente la différence, hors taxe, entre le tarif de commercialisation et le coût de revient de biens ou de services. Le rédacteur entreprenait des calculs ramenés à l’hectare, classés par saisons et catégories de travaux.

    Main-d’œuvre, 15 journées d’hommes, à 14,14 francs212,10
    Attelages 21 journées, à 15,13 francs317,75
    Semences 150 kilos de blé trié, à 103 francs154,50
    Engrais 500 sup 14%, à 35 francs175
    Engrais 150 kilos sulfate d’ammoniaque, à 203 francs304,50
    Total de dépenses au 31 décembre 19201 163,85
    Détails des dépenses faites sur un hectare pour une récolte de blé en 1920-1921, ce qui était connu comme les comptes d’emblavures, autrement les terres ensemencées de blé nécessitant un besoin conséquent en engrais.

    L’exemple du rendement choisit par les équipes du quotidien Le Matin, est selon leurs dires, exceptionnel. Il séjourne habituellement aux alentours des 18 à 20 quintaux par hectare. Le prix d’une journée d’ouvrier était scindé par 9,5 francs pour le salaire et 4,64 pour les frais de nourriture lors de la période automne-hiver. Elle montait alors jusqu’à 20,62 francs.

    2 jours 1/2 d’hommes, à 16,82 francs42,05
    1 jour 3/4 cheval, à 16,56 francs29,10
    Engrais 50 kilos sulfate ammoniaque, à 114 francs57,00
    Travaux de récolte
    8 journées d’hommes, à 20,62 francs164,96
    4 journées chevaux, à 16,56 francs66,25
    Ficeleuse-lieuse 5 kilos, à 4,20 francs21,00
    Battage et livraison
    24 quintaux 50, à 8,00 francs le quintal196,00
    Dépense à répartir
    Fermage150,00
    Frais généraux204,00
    À déduire paille 4 500 kilos à 4%180,00
    Total des dépenses nettes1 914,20
    Façons culturales et engrais de printemps 1921. Le prix de revient pour 24,50 quintaux est de 77,30 francs par unité, sans compter l’intérêt du capital d’exploitation ni les dépenses de la vie courante de la famille du cultivateur.

    En 1922, à la sortie de la conférence de Gènes suite à la Première Guerre mondiale « le paysan est celui qui dépense le plus de force, et cela depuis le lever jusqu’au coucher de soleil, sans jamais donner de son temps aux distractions dont on jouit dans d’autres milieux. Aussi, à tout prix, il ne faut pas décourager ce monde-là ». Les frais généraux augmentaient dans de grandes proportions, ce qui était la conséquence des frais d’entretien du matériel et bâtiments, les impôts, assurances, salaires du chef d’exploitation…

    « Sans parler du regard du consommateur qui les considère souvent comme des pollueurs alors qu’ils sont les premiers empoisonnés par la chimie […] Avec 15 h de travail par jour, pas de vacances, un isolement, un épuisement moral et physique, ce n’est pas rose. » (Crédits : dendoktoor/Pixabay)

    La différence entre 1922 et aujourd’hui, sans doute le montant de l’endettement, et la pression exercée par celle-ci. « On les a poussés à investir… Ils produisent souvent à perte. Ils vivent entre le ciel et la terre. Ils sont vulnérables à la météo. On ne sait jamais s’il y aura un orage, de la grêle, une sécheresse, des crises sanitaires, des maladies… », explique Édouard Bergeon, réalisateur du film « Au nom de la Terre ».

  • Il y a cent ans… elle égorgeait son mari, ivre et violent

    Il y a cent ans… elle égorgeait son mari, ivre et violent

    Les femmes sont tout autant capables d’actes dont les hommes font les gros titres. Lasse d’être battue, une mère de 34 ans venait d’assassiner son conjoint d’un coup de rasoir, en lui tranchant la gorge. Après les faits, elle allait à la gendarmerie ce 22 mai 1922 à 4 h. De l’autre une épouse de médecin tua de quatre balles de revolver son mari sur son lieu de travail, un cottage des bords de Loire à Oudon.

    Bien malin qui pourrait se vanter de connaître la vie d’un foyer, lorsque les volets d’une maison sont fermés. Une mère de famille, Mme Trouillet, née Thibault âgée de 34 ans, s’étaient présentés affolé auprès de la marée chaussée. « Monsieur, arrêtez-moi, je viens de tuer mon mari ! » Le commissaire de police des Lilas se rendit au domicile, 10 rue de Chardanne, au Pré-Saint Gervais. En entrant, il constata que la victime Auguste Trouillet, trente-trois ans, gisait sur le lit, la tête à demi attachée au tronc. L’ouvrier abatteur de porc à la Villette ne portait qu’une chemise. La version de l’épouse, maman de cinq enfants déclarait que son mari était revenu ivre mort, aux alentours des 2 heures. Comme d’habitude il donnait de grands coups de pied dans le lit pour réveiller sa femme.

    L’enquête a établi que l’abatteur de porcs était une brute inabordable lorsqu’il était enivré d’alcool. (Crédits : Alexas Fotos/Pixabay)

    Elle lui aurait dit : « Tu rentres encore ivre ». L’homme se serait précipité sur elle, la rouant de coups. Réveillée par les bruits, l’aînée de 14 ans suppliait son père de se calmer. Il aurait alors saisi sa fille par les cheveux, puis la traîne, à terre, en direction de sa chambre. La mère se saisissait du rasoir, et portait un coup à la gorge de son mari, qui expira après deux « hoquettements ». Lors du procès aux assises, elle indiquait qu’elle avait été plusieurs fois atteinte par le couteau de son mari. « À la suite d’une scène plus violente que de coutume, dit-elle, excédée, j’ai pris le rasoir de mon mari et je l’ai frappée ». Après la plaidoirie de Me Montigny, elle a été acquitée.

    Condamnée à cinq années de prison

    Un professeur de médecine était assassiné dans le paisible cottage qu’il possédait. Le docteur Louis Joseph Gabriel Fortineau, anciennement attaché à l’institut Pasteur, donnait des cours de bactériologie à l’école de médecine de Nantes. En 1908, le docteur épousait une de ses patientes, Mlle Marie Joséphine Henriette Lamisse. Le quotidien Le Journal indiquait que « la mésintelligence ne tarda pas à régner entre les deux époux ». Les rumeurs accordaient à la femme une conduite légère, que le docteur reproduisait de son côté. Il avait trouvé l’affection d’une infirmière, Mlle Larno qui l’aidait dans ses travaux, avec laquelle il eut une fille. Il décidait d’intenter une action en divorce, après neuf années de séparation. Or sa frivolité était mise au jour par le procès. « Je te tuerai et je serai acquitté comme Mme Perron ! », déclarait-elle. Si bien que le 22 mai 1922, armée d’un revolver, accompagné par son fils aîné de 14 ans, elle prit le train de 4 h à destination d’Oudon.

    Après son décès, la femme sera enterrée dans le caveau familial aux côtés Louis Fortineau. (Crédits : Steve Buissinne/Pixabay)

    Arrivé sur place à 13 h, son mari signifiait : « Pas de scandale ici ! Va-t’en ! ». La réponse fut cinglante. L’épouse tirait par quatre fois, dont une fois en plein cœur, l’homme s’écroulait, mort. « Le bruit occasionné fit accourir les voisins, qui furent menacés par la présumée meurtrière, raconte Le Journal. Elle reçut à son tour un coup de gourdin qui la désarma. » Arrêtée, elle ne manifestait aucun regret. Elle fut condamnée à 5 ans de prison, car la préméditation fut écartée, et des circonstances atténuantes lui furent accordées.

  • Il y a cent ans… l’Egypt coulait au large d’Ouessant

    Il y a cent ans… l’Egypt coulait au large d’Ouessant

    Le décompte macabre du paquebot anglais faisait étale à la Une ce 21 mai 1922 d’une centaine de morts. Il avait servi de navire-hôpital pendant la Première Guerre mondiale. Le 19 mai, il prenait la direction de Marseille et Bombay en quittant le port de Tilbury, dans l’Essex au Royaume-Uni. Samedi soir, aux alentours des dix-neuf heures, le vapeur français Seine abordait le navire de la compagnie anglaise Peninsular European.

    Le bâtiment avait vu le jour vingt-cinq ans plus tôt, en 1897 dans les Chantiers J.Caird & Co. de Greenock, avec un peu moins de huit mille tonnes, il mesurait 165 mètres de long pour 16 de large. Il avait à son bord 339 personnes. Le trafic maritime de la mer du Nord et de la Manche était déjà conséquent. L’Egypt naviguait dans la Manche, changea son cap en faisant route en direction du Cap Finistère. Le Capitaine Collyer avait réduit la vitesse de moitié et actionner, comme il est de rigueur, à intervalles réguliers la corne de brume. Plus le temps passait plus le brouillard s’épaississait et la visibilité s’amoindrissait.

    Le paquebot Egypt sombrait à vingt milles dans le nord-ouest du phare d’Ar Men. Il continua d’alimenter les pages des quotidiens dix ans encore. (Crédits : DR)

    Le bruit de la sirène d’un autre navire peinait à arriver jusque là. « Collyer donna deux coups de sirène et stoppa. La réponse de l’autre navire déchira le brouillard. À en juger par le son, il paraissait tout à coup terriblement proche, mais on ne pouvait pas l’apercevoir. L’Egypt lança à son tour l’appel de sa sirène… À peine le son s’était-il tu qu’une étrave sombre ourlée d’écume, surgit du néant. La collision paraissait inévitable. Tentant le tout pour le tout, Collyer fit mettre à droite toute la barre de son navire qui avait conservé un peu d’erre », raconte Yves Dufeil dans « 1850-1950, Cent ans d’histoires de mer dans la Manche ». L’inévitable se produisit.

    « Dans un terrifiant fracas de tôles déchirées, l’étrave du vapeur français Seine, Capitaine Le Barzic, en route de La Pallice au Havre, aborda le flanc bâbord du paquebot. Gravement atteint dans ses œuvres vives, l’Egypt commença aussitôt à sombrer en s’inclinant. » (Crédits : DR)

    La Seine aborda l’Egypt à l’heure où les passagers se mettaient à table. La collision s’effectuait en plein flan du paquebot, qui se coucha à bâbord (gauche). L’équipage, selon L’Écho de Paris, fut pris de panique. Il ne fallut qu’une vingtaine de minutes pour qu’il sombre. « Exhalant un dernier jet de vapeur, l’Egypt s’en était allé vers le repos des profondeurs. » Il ne demeurait à la surface que quelques embarcations et des épaves.

    « Fidèle à la tradition maritime, Collyer était resté à son poste jusqu’à l’engloutissement du navire. Projeté à la mer, il échappa de justesse à la mort et fut repêché par une embarcation. ». L’épave gît ici (48.06.568N, 05.29.795W). (Crédits : Coordonnées GPS)

    La Seine, à travers son capitaine Le Barzic, se porta au secours des naufragés, et en ramena 263 à la rade de Brest. Le nombre total de personnes décédées s’éleva à 77. Mais l’histoire de L’Egypt ne s’arrêtait pas, car comme dans l’histoire du film Titanic de James Cameron, se trouvait un trésor. La chambre forte du paquebot contenait une cargaison composée de 4500 kilos d’or en lingots, quarante-trois tonnes d’argent et trente-sept caisses contenant 165 000 souverains anglais. Une somme avoisinant plusieurs centaines de millions de Francs, écrivait Yves Dufeil en 1975. L’Insee estime que « compte tenu de l’érosion monétaire due à l’inflation, le pouvoir d’achat de 1,00 Francs en 1922 est donc le même que celui de 115,92 Euros en 2021 ». La quasi-totalité du précieux chargement ne fut récupérée qu’en 1932.

  • Il y a cent ans… ils vendaient le soleil en bouteille

    Il y a cent ans… ils vendaient le soleil en bouteille

    En mars 1922, l’école supérieure de la pharmacie, qui deviendra la pharmacovigilance, attirail l’attention de la préfecture de police parisienne sur l’hélionisme. Darru commissaire aux délégations judiciaires chargé de l’enquête se rendait chez le praticien au 82 rue de la pompe, échoppe de M Lucien Langlet pharmacien de son état. S’il était le principal dépositaire et fabricant dudit produit, ignorait la composition, il était censé guérir toutes les maladies, mêmes celles incurables.

    Si bien que les deux hommes en charge des investigations opéraient dès le 20 mai 1922, se dirigeait dans le XVIe arrondissement de Paris. Sur le flacon l’affirmation du chimiste indiquait « qu’ayant découvert un procédé de captation du fluide solaire, il avait fait subir à ce fluide quinze macérations différentes ! Ainsi le fluide no1, mis en bouteille et utilisé pour l’usage externe, faisait disparaître complètement le cancer… ». Les explications continuaient pour que le no5 sauve de la phtisie et le no15 de la fièvre typhoïde

    L’exercice de la médecine et de la pharmacie est réglementé. La question de l’effet placebo ou réelle n’a pas été abordée par l’enquête, ni par le commissaire, ni par le professeur. (Crédits : Roland Steinmann/Pixabay)

    Les deux enquêteurs, Darru et le professeur Guerbet se rendirent chez l’inventeur, au 1, boulevard Flandrin. À cette adresse vivait un homme de 71 ans, ancien employé des PTT, chevalier de la Légion d’honneur. Selon lui, lors de ces voyages en Équateur, il aurait découvert la possible captation d’un fluide spécial provenant du soleil, et qui plus est, que e dernier posséderait des vertus curatives. « À l’aide d’une tige de bois recouverte d’aluminium, j’attire ce fluide sur le toit de ma maison, puis par un câble métallique, je le conduis dans mon laboratoire, où deux tonneaux fermés sont destinés à le recueillir ». Un réquisitoire du juge Laroque pour exercice illégal de la pharmacie auprès de Pierre Germain et de complicité pour Lucien Lenglet fut. Les deux hommes déclarèrent qu’ils ne parleraient qu’en présence de leur avocat, Me Maurice Garçon.