Il y a cent ans… un jour à Bordeaux

La ville de Bordeaux voyait l’incendie d’une usine fraîchement construite, le 28 mai 1922, sur le quai de Brazza : les Grands Moulins de Paris. La minoterie venait grossir la maison mère pour produire les 7 000 000 de quintaux de consommation annuelle parisienne. Non loin de là, un autre drame se déroulait. Lors d’une banale promenade, un jeune homme de 23 ans, accompagné d’une jeune fille recevait une balle perdue et mourait.

Le quotidien Le Radical écrivait qu’au cours d’une promenade en charmante compagnie, Jean Ducos, 23 ans, était tué d’une balle à la nuque. La personne à ses côtés avait été soupçonnée et arrêtée. L’autopsie innocenta la jeune fille, car le projectile venait de loin. L’enquête suivant les différentes pistes pour élucider ce mystère. C’est la gendarmerie de Lormont qui appréhenda un jeune homme de 19 ans nommé Merzy. Le manœuvre demeurait au camp de Genicart. Il reconnaissait s’être amusé à vider le barillet d’un revolver espagnol de gros calibre dans la direction où fut tué Jean Ducos. Selon les investigations, la distance entre le défunt et le prévenu était de 450 m, la portée de l’arme en question variait de 600 à 700 m.

Fondé par Henry Maret en 1881, ce journal républicain proche de Rochefort avant le boulangisme devint progressivement le quotidien du radical-socialisme. A son apogée avant 1914, il perd progressivement de son influence, avant de devenir hebdomadaire de 1926 à 1931 et disparaître. (Crédits : BnF/Gallica/Le Radical)

Au cours de cette même journée, l’usine des Grands Moulins de Paris à Bordeaux était détruite par un incendie. C’est aux alentours de neuf heures que le drame se déclarait. Les Grands Moulins se situent quai de Brazza. Le feu aurait pris au sein du bâtiment central, où se trouvait la machinerie évaluée à 13 millions de Francs. En quelques minutes, l’édifice entier s’embrassait et terminait en cendre. Plus rien ne restait. Luttant contre le brasier, deux sapeurs-pompiers et le peintre Viguié furent intoxiqués. L’usine fut construite en 1920, bien qu’elle ne fut pas encore achevée, elle employait deux cents ouvriers. L’estimation des dégâts se chiffe à une vingtaine de millions de Francs.

Les Grands Moulins de Paris, sont en arrière plan de l’entrée des bassins à flot du port de Bordeaux. (Crédits : Archives Sud Ouest)

Constitué en avril 1919. La société avait pour but de concourir à la production de la farine destinée à la région parisienne dont la consommation dès avant guerre était estimée à 7 millions de quintaux par an. Elle construisit à Ivry-sur-Seine, en région parisienne sur un terrain de 22 870 m2, un grand moulin qui atteignait en 1924 trois millions de quintaux. Elle décida se s’agrandir en prenant à bail le moulin de Port-Saint-Louis-du-Rhône, l’usine de la Meunerie lilloise de Marquette-lès-Lille et les Grands Moulins de Bordeaux, et ainsi produisait les 400 000 tonnes nécessaires à Paris. Elle affichait un chiffre de vente d’un milliard et demi de francs par an.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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