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  • Il y a cent ans… se terminait la conférence de Gênes

    Il y a cent ans… se terminait la conférence de Gênes

    Du 9 avril au 19 mai 1922, les anciens belligérants, trente-quatre nations, se retrouvaient pour rétablir l’ordre monétaire planétaire, qui fut désorganisé par la Première Guerre mondiale. Cette réunion s’est clôturée sous une avalanche de fleurs en rhétorique, par soixante-quinze discours de neuf heures à une heure de l’après-midi. Lloyd Georges la comparait à une bouée de sauvetage lancée du rivage, ajoutant qu’aucun naufragé ne s’y était accroché.

    Cette conférence se déroulait alors que les brûlots de la Première Guerre mondiale fumaient encore. Les rancœurs, dettes, désillusions seront un terreau fertile au nationalisme exacerbé, qu’il soit Russe, Italien, Espagnol ou Allemand. D’autant que la Grande Guerre sonna le glas des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman et créa une multitude de nouveaux États aux frontières « arbitraires ». Le traité de paix de Saint-Germain-en-Laye disloque la République d’Autriche Allemande, et interdit à l’Autriche tout rattachement à l’Allemagne. La disparition de l’Empire austro-hongrois entraîne une restructuration du monde danubo-balkanique. Des Autrichiens manifestèrent alors leur mécontentement en brûlant l’ambassade de France à Vienne, le 23 mai 1919.

    Les accords prévoient un découpage du Proche-Orient, ci-dessus. L’Empire russe participe aux délibérations et octroie son accord, comme l’Italie, aux termes du traité secret. (Crédits : Les accords de Sykes-Picot, 1916 de Flavien Bardet/Outre-Terre)

    Les accords Sykes-Picot furent le travail de deux hommes qui donnèrent leurs noms à ce traité, Sir Mark Sykes et François Georges-Picot. Ils furent signés secrètement en 1916 par la France et la Grande-Bretagne. Les changements géopolitiques, ainsi que le choix de la Turquie de se ranger aux côtés de l’Allemagne à la fin de l’année 1914, sont à l’origine de ceux-ci. La fin des possessions ottomanes de Syrie, Palestine et Arabie prévue au traité de Sèvres (1920) est confirmée, et les frontières de la Turquie sont revues (Armistice de Moudros, 1918, le traité de Lausanne, 1923). De nouveaux États apparaissent, tandis que la France et la Grande-Bretagne obtiennent des mandats en Syrie, au Liban et en Palestine. Les vainqueurs proposaient même la création d’États nationaux pour les Arméniens et les Kurdes.

    La conférence économique internationale de Gênes

    Les individus en haut de forme se congratulaient des six semaines écoulées où la montagne accouchait encore d’une souris. D’ailleurs, les puissances en présence acceptaient la prorogation de la conférence de Gênes, à La Haye le 15 juin 1922. Puis vint les discours où chaque convive se félicitait de l’avance historique, ne convainquant qu’eux-mêmes. Ainsi durant cinq heures, soixante-quinze allocutions s’enchaînaient « L’Europe n’est pas pour nous une simple expression géographique, une vague et mystique surpatrie, c’est une grande tradition du passé et une grande espérance d’avenir. L’Europe est traditionnellement fondée sur les traités. Attenter aux traités, c’est attenter à la vie de l’Europe », annonçait Maurice Colrat pour la France.

    L’histoire n’est qu’un éternel recommencement. Car après l’acceptation du pacte de non-agression, chaque pays à travers le chef de délégation prit la parole. La Nouvelle-Zélande déclara qu’elle n’avait pas l’intention d’attaquer la Russie, le Canada, l’Afrique du Sud, les Indes, l’Australie emboîtèrent le pas sans difficulté, tout comme l’Islande, l’Albanie, le Portugal, l’Espagne… des traités étaient signés en coulisse. Ce découpage mit en couveuse les conflits de la mer Baltique au golfe Persique. Les vainqueurs européens — la France, l’Italie et la Grande-Bretagne — étaient financièrement et politiquement épuisés, le krach boursier de 1929, américain puis international terminait de tuer dans l’œuf les espoirs de paix pérenne.

    Le continent européen avant la Première Guerre mondiale qui durera du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918. Le Casus Belli est l’assassinat le dimanche 28 juin 1914, de l’archiduc François-Ferdinand, et de son épouse, Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg. Son successeur renonça au trône. (Crédits : Musée Canadien de la Guerre)

    La France ne put pas empêcher le pacte qui se nouait le 16 avril 1922 à Rapallo, un faubourg de Gênes. Il était signé par l’Allemagne et la République soviétique fédérative socialiste de Russie (RSFSR), qui donnera naissance à l’URSS le 30 décembre 1922. Il entérine deux accords principaux. Le premier est l’abandon des réparations de guerre. « L’Empire allemand et la R. S. F. S. R. renoncent réciproquement aux indemnités pour leurs dépenses de guerre ainsi qu’aux indemnités pour les dommages de guerre, c’est-à-dire pour les dommages résultant pour eux ou leurs ressortissants dans les zones de guerre de mesures militaires, y compris toutes réquisitions effectuées en territoire ennemi. Les deux Parties renoncent également aux indemnités pour dommages civils ayant été causés aux ressortissants d’une des Parties par les lois dites lois exceptionnelles de guerre ou par des mesures d’autorité prises par les organismes d’État de l’autre Partie », cite l’article 1er.

    Le second stipule que « les relations économiques entre les deux nations devaient être normalisées et les citoyens de l’un ou l’autre des États résidant sur le territoire de l’autre devaient se voir accorder la reconnaissance et certains droits ». Mais celui qui n’apparaît pas, car non enregistré est sans aucun doute le plus important historiquement. Une clause secrète, qui n’a pas été publiée, a établi une coopération militaire entre les deux États, jusqu’en 1933.

    Les pertes humaines de la Première Guerre mondiale s’élèvent à environ 18,6 millions de morts. Sans oublier les 20 à 100 millions de décès par la grippe dite espagnole. Mais le découpage du continent engendrera de nombreux conflits, comme celui qui oppose actuellement la Russie et l’Ukraine. (Crédits : Musée Canadien de la Guerre)

    Dettes et démocratie ne font pas bon ménage

    Au printemps 1922, la conférence internationale de Gênes rétablit la convertibilité des devises, en prenant le dollar ou la livre sterling comme monnaie de référence. Les années d’après-guerre extrêmement difficiles, surtout pour les belligérants d’Europe qui sortent du conflit affaibli et endettés, vis-à-vis des États-Unis. Le versement des réparations allemandes est fixé en 1920 à 132 milliards de marks-or, dont 52 % pour la France. Le ministre français des Finances, Louis-Lucien Klotz, avait déclaré le 3 septembre 1918 : « Il faut que l’Allemagne paie le coût de la guerre ».

    Le démantèlement et découpage des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman refondent le continent européen, pour le meilleur et le pire. L’histoire dépeint le futur, car la démocratie est rapidement menacée en Italie ou en Allemagne, dans les années 1920. Les régimes autoritaires se multipliaient. Le totalitarisme apparaît comme des contestations violentes du système démocratique.

    L’Europe est un continent regroupant 46 pays répartis sur cinq régions géographiques, dont 27 appartiennent à l’Union européenne. L’histoire du continent découle des conflits précédents et apporte un éclairage aux actuels conflits armés. (Crédits : Atlas-monde)

    Le 1er décembre 1936, l’URSS se dote d’une nouvelle constitution à première vue démocratique, mais en réalité, Staline grâce au parti unique, le parti communiste, concentre les pouvoirs. Comme en République populaire de Chine. Mussolini, après sa marche sur Rome, obtient, lui aussi les pleins pouvoirs, le 25 novembre 1922. L’Italie plonge irrémédiablement dans un système totalitaire avec l’adoption des lois fascistissimes. Fortement affaiblie, l’économie allemande est touchée de plein fouet par la crise économique des années 1930. Usant de propagande et de la violence de rue qui tétanise ses adversaires politiques tout en brouillant le jeu démocratique, Hitler connaît une irrésistible ascension à partir de 1932. Le président Hindenburg le nommera à la chancellerie, le 29 janvier 1933.

  • Il y a cent ans… officier ou marchand de sardines

    Il y a cent ans… officier ou marchand de sardines

    La chronique des tribunaux peut faire sourire, si l’affaire que la 13e chambre correctionnelle de Paris ne jugeait pas un homme présumé responsable d’un accident d’automobile causant des préjudices à un tiers. L’officier ne basait pas sa défense sur le fait, mais à savoir s’il était dans son véhicule en tant qu’officier allié ou bien comme marchand de sardines. La raison invoquée la convention du 15 octobre 1917, octroyant aux seules juridictions portugaises la capacité de juger ses ressortissants.

    Le 18 mai 1922, Mlle de Navière réclama réparation du préjudice causé auprès de la 13e Chambre. Car cette dernière fut la victime d’un accident entre un automobiliste au volant de son véhicule et celle-ci. Sauf que les premières minutes du procès tendaient à déterminer si le capitaine Frederico de Almeida Pinheiro se déplaçait en tant qu’officier allié ou en voyage d’affaires pour le compte d’une firme importante de conserves de sardines. L’homme à travers son conseil opposa la convention franco-portugaise du 15 octobre 1917. Elle se réfère au temps de la guerre et de l’occupation, aux termes de laquelle les soldats portugais ne devaient être justiciables que de leurs tribunaux nationaux.

    Du fait de ses blessures, Frederico de Almeida Pinheiro est désigné par le Portugal pour représenter les invalides portugais et mutilés de guerre. Le pilote est blessé à la jambe au cours d’un accident d’avion, le 15 janvier 1918. Les femmes n’étaient pas admises en qualité de jurées au début du XXe siècle (Crédits : Julius Silver/Pixabay)

    Après la plaidoirie de Me Maurange pour la victime, le tribunal ordonnait qu’il soit sursis à l’examen de l’affaire jusqu’à ce que les gouvernements signataires de ladite convention se soient mis d’accord sur l’interprétation à lui donner. Pour l’histoire, une déclaration franco-portugaise du 15 octobre 1917 sème le doute, car elle précise que pendant la Guerre, les tribunaux de l’armée portugaise sont seuls compétents à l’égard des soldats portugais. La première Guerre Mondiale se déroula du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918.

  • Il y a cent ans… mourait le député Paul Meunier

    Il y a cent ans… mourait le député Paul Meunier

    Paul Meunier est décédé le 17 mai 1922 à deux heures du matin, au 18 rue de Marignan dans le VIIIe arrondissement de Paris chez Mme Bernain de Ravisi. Mais ce n’est pas sa mort suite à une péritonite qui marqua la presse. L’ancien avocat à la cour d’appel, député de l’aube en 1902, 1904, 1910, 1914, maire de sa commune natale était accusé d’intelligence avec l’ennemi. Le 21 février 1922, un non-lieu était prononcé pour Paul Meunier et Mme Bernain de Ravisi alors que cette dernière était écrouée à la prison de Saint-Lazare.

    L’affaire remonte à 1917, lorsque l’homme fonda le journal La Vérité. Une instruction ouverte contre Ernest Judet, réfugié en Suisse en mars 1918, chercha à connaître les relations de l’accusé. Il s’avérait que le prévenu s’était lié d’amitié pour le peintre suisse Hans Bossard. Concours de circonstances, le député Meunier avait séjourné chez l’artiste, en compagnie de Mme Marie Fortunée Clara Bernain de Ravisi. Les deux avaient alors rencontré le ministre allemand Von Romberg et l’attaché militaire Von Bismarck.

    En 1926, Mme Bernain de Ravisi règlera ses comptes avec la justice en publiant un ouvrage intitulé « Sous la dictature de Clemenceau – Un Forfait Judiciaire — Le procès Paul Meunier ». Mais son compagnon était décédé, le 17 mai 1922, des suites de son traitement pendant sa captivité. (Crédits : BnF/Gallica)

    Le 13 novembre 1919, au cours d’une tournée électorale à Aix-en-Othe, le député et directeur de presse fut mis en état d’arrestation sous l’inculpation d’intelligence avec l’ennemi, par ricochet. Il fut emmené chez lui à Saint-Parres-lès-Vaudes, et lors la perquisition, il tenta de s’évader. Repris il fut conduit à Paris, où il fut écroué à la prison de la Santé. L’instruction perdura deux années et vingt-huit mois de détention, sous le ministère Clemenceau, avant de conclure à la libération des deux prévenus par un non-lieu pour faute de preuves. « La chambre des mises en accusation, devant laquelle j’ai pu m’expliquer, n’a point voulu se prêter à la hideuse machination. Mais ce que je lui ai dit ce qu’elle est seule à savoir, demain il faut que le grand public le sache. Il faudra que l’on sache quel intérêt pouvaient avoir à perdre un innocent et une femme — douloureuse victime des hommes qui pour en arriver à leurs fins, n’hésitèrent point, par deux fois à fabriquer des faux. Le non-lieu qui me libère rend plus ardente encore ma volonté de faire toute la lumière. »

    « Un des chefs de l’espionnage allemand, que M. Clemenceau, pour sauver son frère et le client allemand de son frère, a fait arrêter, emprisonner un député français », martelait Meunier. (Crédits : DR)

    Sur commission rogatoire du juge CLuzet, MM Cucrocq, directeur de la police judiciaire et Pineau secrétaire de la même institution se rendirent au domicile de Mme Bernain pour se faire remettre le corps du défunt Meunier, pour subir une autopsie. Car peu de temps après la clôture de la première affaire, la chambre des mises en accusation, à huis clos, estima que l’affaire dite « Pantin de Guerre » constituait des charges nouvelles contre Paul Meunier et sa collaboratrice, Mme Bernain. Ils étaient accusés d’avoir reçu quatre chèques pour un montant total de 125 000 francs et de les avoir touchés alors en détention. Les sommes étaient envoyés de Suisse.

  • Il y a cent ans… allait-on réduire les indemnités parlementaires ?

    Il y a cent ans… allait-on réduire les indemnités parlementaires ?

    Le titre de l’Ouest-Éclair peut faire sourire. Pourtant, la question fut réellement posée, un certain 16 mai 1922 à Paris. Chose impressionnante, c’est la commission des finances de la chambre qui fut saisie d’une proposition de réduction des indemnités parlementaires et des dotations publiques. Elle fut en 1920 portée de 15 000 francs à 27 000, mais la dotation du président passait de 1,2 à 2 millions de francs. Les différentes augmentations étaient dues à la cherté de la vie, pas sûr que tous soient augmentés.

    Les sommes prenaient 40 000 francs de plus pour les présidents des Chambres atteignant les 100 000 francs. Les ministres percevaient un surplus de 10 000 francs sur les 60 000 perçus, et les sous-secrétaires d’État de 25 000 à 40 000 francs. Le parlement en considérant que le coût de la vie avait baissée, ne maintenait l’indemnité de 720 francs que jusqu’au 1er juillet, pour les différents personnels de l’État. Le parlement à travers ses pensionnaires pensait qu’il était normal et leur appartenait de réduire leurs propres indemnités. Fort logiquement, il est normal que la somme supplémentaire de 12 000 francs leur soit retirée.

    Le sénat en pleine séance. Au 1er janvier 2020, le montant brut mensuel de l’indemnité parlementaire s’élève à 7 239,91 € et se décompose de la façon suivante : indemnité parlementaire de base, 5 623,23 €, de résidence, 168,70 €, de fonction, 1 447,98 €. (Crédits : Mumu’s Pictures)

    Conscient de la situation, la proposition de ramener l’indemnité de 27 000 à 21 000 francs semblait juste. En passant, cela faisait une augmentation de 6 000 qui restait, sûrement le coût de la vie et son inflation. Poincaré faisait savoir au président de la commission des finances que cette question devait être laissée à discrétion du parlement. Mais ladite commission estimait que seul le bureau de la chambre et de la commission avait les qualités pour prendre ces décisions.

  • Il y a cent ans… le pain à vingt sous

    Il y a cent ans… le pain à vingt sous

    La colère de retombe pas chez les boulangers de France et de Navarre. Car depuis ce matin, du lundi 15 mai 1922, le pain est taxé à Paris. Dans toutes les boulanges de la capitale, la taxation a été respectée. Le pain ordinaire revient donc à vingt sous le kilo, quand celui de fantaisie qui doit peser 300 grammes pour la livre à 50 centimes et 700 grammes pour le kilo à un franc. Le syndicat des boulangers n’abandonne pas la lutte.

    Dans certains départements, comme la Corrèze, la taxe était fixée à dix-huit sous le kilo, mentionne le rédacteur. Mais à Paris, le syndicat continu le combat, et déclarait que « nous exerçons dès aujourd’hui notre droit de recours légal auprès du ministre de l’Agriculture ». L’entrevue se déroulait le lundi 15 mai 1922 dans l’après-midi. Les professionnels du secteur manifestaient contre la taxation.

    Le Président du Conseil Raymond Poincaré désignait Henry Chéron ministre de l’Agriculture en janvier 1922. S’il défend les agriculteurs et l’augmentation des prix, il est vite surnommé « Chéron vie chère ». La taxation du pain cristallisait la colère des boulangers en 1922. (Crédits : La Lanterne/BnF/Gallica)

    Mais à Tulle, la grève générale est décidée, plus de pain disponible. Elle est due aux choix du préfet, Auguste Martin explique le journal quotidien La Lanterne. L’homme décidait de maintenir le prix du pain à 90 centimes le kilo, en fixant au demi-franc la livre et à 0,95 franc le pain d’un kilo. Le syndicat départemental qui voulait que la taxe soit uniformément élevée à 95 centimes le kilo déclarait la grève générale. L’administration prenait des mesures pour éviter que la population manque de pain.

  • Il y a cent ans… disparaissaient peu-à-peu les bateaux-lavoirs

    Il y a cent ans… disparaissaient peu-à-peu les bateaux-lavoirs

    Ils ne sont connus pour la plupart que des citadins. Le Paris-Midi titrait le 14 mai 1922 que « Paris n’a plus, sur la seine que 7 bateaux-lavoirs ». Ils étaient des pontons, de grandes embarcations ancrées à la rive d’un cours d’eau, transformé en lavoir public. Tandis qu’en province et partout en France, les petites mains s’affairaient dans le lavoir de la commune, quelle que soit la météo, à frapper le linge, le savonner, le rincer, souvent une journée entière.

    Un propriétaire constatait que le sien est le dernier dans le centre de la capitale. « Lorsque j’ai acheté le mien, il y a trente ans, le 1er arrondissement en comptait cinq. Aujourd’hui le mien seul subsiste », racontait-il. Lors de cet échange avec le journaliste, il s’entendait de la salle à manger ou se situait l’entrevue, les coups de battoir des laveuses. L’évolution de la société amenait peu à peu leur disparition. Les blanchisseries font leur apparition. Elles trustent la majeure partie du linge en le prenant directement au domicile, puis l’emportaient en banlieue pour un nettoiement.

    La moyenne est de 110 places par bateau-lavoir. Sur le Rhône, ils se touchaient presque tous, et se nommaient les « plates ». (Crédits : Paris-Midi/BnF/Gallica)

    Les gens déléguaient le nettoyage de leur linge sale, malgré que les habitants des quartiers préféraient le faire eux-mêmes, en choisissant les bateaux-lavoirs ayant accès à l’eau courante des rivières et fleuves. Le 14 mai 1922, le constat est amer pour les propriétaires. Il n’en reste que sept sur la Seine, et trois sur le canal Saint-Denis. Il était possible dans trouver en banlieue à Alfortville, Maisons-Alfort, Choisy-le-Roi, Saint-Denis, Saint-Ouen et Saint-Maur. Les revenus générés permettaient de les maintenir à flot, l’évolution de la société, les blanchisseries et le mode de vie des Français, laissent les bateaux-lavoirs dans les méandres des souvenirs.

  • Il y a cent ans… Trotski devenait millionnaire

    Il y a cent ans… Trotski devenait millionnaire

    Deux poids, deux mesures en fonction du côté où vous vous trouvez en 1922. La première est celle du procès des défenseurs du modèle socialiste, qui sont traités en tant que suspects, de l’autre la révélation que Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, commissaire pour la guerre s’est enrichi. Deux articles l’un dénonce le non-respect du partage des richesses de la part d’individus ayant choisi une égalité sociale, du moins la réduction des inégalités, et la richesse astronomique accumulée.

    Une audience judiciaire doit se tenir pour juger des socialistes révolutionnaires. Dans les faits, ce 13 mai 1922 « la deuxième internationale envoie aux socialistes révolutionnaires, ennemis avérés de la révolution prolétarienne, dix défenseurs, laquais de la bourgeoisie, pour lesquels elle réclame l’autorisation de se rendre en Russie ». Parmi ces dix personnes, un ancien ministre français, et trois russes, qui selon le quotidien Le Journal seraient « prêt à répondre de la trahison ou mieux de l’infamie de leurs camarades ».

    La conférence de Gènes, virtuellement terminée, pose de nombreuses questions aux différents pays concernés. (Crédits : Le Journal/BnF/Gallica)

    C’est une question qui divise les ouvriers et le patronat, dans un contexte particulier. L’après première Guerre mondiale, sous l’attente de la fin de la conférence de Gènes, oppose deux blocs rivaux, d’un côté la Triple Entente constituée du Royaume-Uni, de la France et de la Russie représentant le club des empires coloniaux. De l’autre, la Triple Alliance composée de l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie en sont quant à elles dépourvues. Les prolétaires, qui n’obtiennent de ressources que du fait de leur travail, sont inquiets. La question de la solidarité internationale des travailleurs s’est posée dès le milieu du XIXe siècle.

    La IIe Internationale

    Ainsi dès 1848, Karl Marx (1813-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) dans le Manifeste du parti communiste appellent les prolétaires de tous pays à s’unir. Un premier pas est franchi en 1864 par la création de l’Association Internationale des Travailleurs, à l’initiative de militants ouvriers français et anglais. Elle ne survit pas à la défaite de la Commune de Paris, puis à la série de crises financières et économiques, et s’éteint en 1876. La IIe Internationale existe toujours, mais sa grande époque coïncide avec les années antérieures à la Première Guerre mondiale. Elle est née entre 1889 et 1891.

    Un billet de 25 000 Roubles avant le changement de valeur de la monnaie dans la fin de l’année 1922. (Crédits : DR)

    Dans le même temps, c’est le Commissaire du peuple pour l’Armée et les Affaires navales de la Russie, Léon Trotski, qui se retrouve sous les feux des projecteurs. Il fait partie du gouvernement provisoire après la révolution d’Octobre, du 25 octobre 1917. Le IIe congrès des Soviets est composé de bolcheviks et de socialistes-révolutionnaires de gauche, qui avant de se séparer, instaure un « gouvernement ouvrier et paysan provisoire », le Conseil des commissaires du peuple, gouverne le pays « jusqu’à la réunion de l’Assemblée constituante ». Son président n’est autre que Vladimir Ilitch Lénine. Sauf que dans ce laps de temps, grâce à l’agence estonienne, des révélations sont faites lors de la séance du comité central exécutif à Moscou. Scharikoff, après avoir analysé l’activité financière de Trotski, le commissaire du peuple s’était enrichi de plus de 30 millions de roubles or, une petite fortune, un gros scandale.

  • Il y a cent ans… les prémices de la guerre civile chinoise

    Il y a cent ans… les prémices de la guerre civile chinoise

    Impressionnant, quand L’Homme libre explique, le 12 mai 1922 que la guerre des généraux reprendrait près de la grande muraille. L’opinion prévaut à Pékin, la publication du décret de destitution de Chang-Tso-Lin fait considérablement du bruit. La guerre ensanglante la Chine du nord. Pourquoi, les jeunes Chinois se battent-ils entre eux après avoir crée la Ligue de la jeunesse communiste chinoise (CYLC) ? Surtout lorsque Xi Jinping dans un discours-fleuve parlait le 10 mai 2022 de cette même jeunesse cent ans après. Quel est le leitmotiv poussant les jeunes à prendre les armes, il y a un siècle ?

    Le rêve du peuple est selon les écrits de 1922, de rétablir un gouvernement central puissant qui serait capable de défendre les intérêts du pays, qu’ils soient à l’extérieur comme à l’intérieur, adopter le système fédératif pour la république, supprimer le système des Toukuins, les gouverneurs militaires cumulant la fonction des gouvernements civils, administrant les provinces sans contrôle du gouvernement. De plus le rêve était de licencier les armées dites non régulières, dont la solde, l’équipement et l’armement épuisaient les ressources du pays. Une élection du parlement national central et les provinciaux, une révision de la constitution, une réorganisation administrative, financière et technique, voici en quelques mots le programme du général Ou-Pei-Fou.

    « Ce n’est qu’en visant haut qu’on peut regarder loin, […] . La jeunesse vigoureuse a besoin d’idéaux et de croyances fermes. Les jeunes Chinois de la nouvelle ère sont plus confiants, plus autonomes et plus riches dans l’esprit de réflexion et d’analyse. » (Crédits : capture d’écran/CCTV)

    Est-ce que le discours a évolué depuis la fin de la guerre civile ?

    La proclamation à Pékin du régime communiste chinois, le chef de l’État porte en premier lieu le titre officiel de « président du gouvernement populaire central de la République populaire de Chine » puis celui de « président de la République populaire de Chine », simple rhétorique. Xi Jinping, en poste depuis 2013, fêtait les 100 ans de la création de la CYLC, ce mardi 10 mai 2022. Elle fut créée une année après la fondation du Parti communiste chinois. En parlant de la jeunesse de son pays, la République démocratique de Chine, le président admettait qu’« avec l’influence de diverses pensées sociales, ils ont inévitablement quelques confusions dans des aspects tels que l’idéal et la réalité, les doctrines et les problèmes, l’égoïsme et l’altruisme, l’intérêt personnel et l’intérêt public, la nation et le monde. C’est pourquoi une éducation et une orientation approfondies et méticuleuses sont particulièrement nécessaires pour les aider à observer la société avec un regard vif, à penser à la vie avec un esprit clair et à créer l’avenir avec sagesse. »

    La communication est plus aisée avec les moyens actuels. Alors à savoir si le fond comme la forme ont changés, évolué sûrement, tout dépend alors de votre façon de regarder.
    Existe-t-il des similitudes entre différents États ? Le crédit social chinois peut-il s’exporter en Europe, comme un État policier en France ? (Crédits : capture d’écran/CCTV)

    Wu Peifu est Toukuin du Hounan et du Houpeï, est l’un des « derniers généraux lettrés de la vielle chine », mais il compte des adversaires tel le maréchal Tchang-So-Lin, et pour allié le général Tcheng-Tchouin-Ming, gouverneur civile et commandant en chef de l’armée du Canton, siège de l’armée du sud. Les deux entités réunies remportaient une victoire éclatante sur celles du maréchal Tchang-So-Lin. Ce dernier se réfugiait en Mandchourie et proclamait l’indépendance de ce son pays. Le gouvernement du Kuomintang, dirigé par Sun Yat-sen à Canton, revendique la souveraineté sur la République de Chine face au gouvernement des seigneurs de la guerre qui tient le nord du pays. Ce sont les prémices de la véritable guerre civile chinoise qui durera de 1927 à 1950.

  • Il y a cent ans… l’arrestation du lieutenant Leherpeux

    Il y a cent ans… l’arrestation du lieutenant Leherpeux

    Les faits divers s’affichent en première page, en ce mois de mai 1922. Il faut dire qu’après la saga du collier de Jane Marnac, la hausse du prix du pain, les voyages de Millerand et la conférence de Gênes, les lecteurs des différents canards ne varient que peu de sujets. C’est à nouveau le drame qui endeuille les lignes de la une. L’histoire d’un officier marié et père de trois enfants, qui était éperdument amoureux et entretenait une relation adultère avec la victime Charlotte Degred.

    À défaut de garçonnière, l’officier louait une chambre au 12 de la rue Mégevand à Besançon pour recevoir son amie en toute discrétion. Tout se passait pour le mieux quand, ce qui devait arriver arriva, la jeune femme tomba enceinte. Le lieutenant affolé résolut de couper court à cette situation embarrassante. Chose incongrue, il loua à un de ses ouvriers de l’arsenal, une pièce du logement occupé par M Cètre, au numéro 24 rue de l’école. Le contrôleur militaire demanda une permission du 4 au 11 mai 1922. De son côté, la jeune et crédule amoureuse prévenait sa famille qu’elle devait s’absenter quelques jours pour un voyage en terre dijonnaise.

    Entre deux tranches d’informations, le prix du pain n’augmentera pas cette année décidait le gouvernement. (Crédits : BnF/Gallicaà

    Le soir du 8 mai 1922, Cètre rentrait en son domicile et trouvait le lieutenant en pleurs. Les seules explications furent que Charlotte Degred était morte dans l’après-midi. Ouvrier, mais loin d’être imbécile, l’homme comprit qu’un drame venait de se dérouler en sa demeure. Il priait l’officier d’enlever le corps de la défunte, faute de quoi il avertirait la police. Il commettait à nouveau un crime. Leherpeux décida, malgré lui de déplacer le cadavre dans la chambre qu’il louait au 12 rue Mégevand. Selon les sources proches de l’enquête, il le fit à 23 h, les voisins n’entendirent aucun bruit. Il tenta de cacher, semble-t-il, ses méfaits, au vu de la mise en scène.

    Restés sur les lieux, le gendarme Le Bret et l’agent Briard remarquèrent un individu accompagné d’une femme et deux enfants. Ils filait et l’interpelait l’homme, avant d’être interrogé et mis en garde à vue. (Crédits : Chunleizhao/Pixabay)

    Le corps de Charlotte Degred fut placé dans son lit, les vêtements soigneusement pliés, bottines et bas au pied de la couche, avec une bougie à moitié consumée, tout aurait pu laisser croire à une mort naturelle. Hormis un détail d’importance, il partit avec femme et enfants en direction de Rennes où habite sa famille, car l’honneur était en jeu. À la descente sur le quai, il est 14 h 54, lorsque le convoi en provenance de Besançon posait les pieds à Rennes. La police locale, gendarmerie et sûreté attendaient de pied ferme l’officier. Un homme accompagné de sa femme et de deux enfants semblait correspondre au signalement. Les services d’ordre lui demandèrent s’il était le lieutenant Leherpeux.

    « Oui, oui ! » répondit-il. L’homme interpelé, femme et enfant poussaient des cris et pleuraient à chaudes larmes racontent le journaliste. À peine arrivé, le train à destination de Saint-Malo fut celui du retour en direction de Besançon. Mais le soi-disant officier protestait avec force. Les agents finirent par contrôler son identité, et s’aperçurent de la supercherie. C’était un cheminot qui se fit passer pour le lieutenant Leherpeux. Tandis que le vrai fut interpelé quelques instants plus tard, interrogé et mis en garde à vue.

  • Il y a cent ans… contre la hausse du prix du pain

    Il y a cent ans… contre la hausse du prix du pain

    Tandis qu’en 2022, le prix des matières premières tel le blé, le tournesol… préoccupe les marchés et surtout les consommateurs, la question de la hausse du coût du pain inquiétait chaque français le 10 mai 1922. Au point que le ministre de l’Agriculture se saisisse de cette affaire au combien délicate d’après l’histoire française, comme pouvait le constater Marie-Antoinette d’Autriche. Bataille rangée entre le gouvernement et me syndicat de la boulangerie à Paris.

    Le dossier pris au sérieux fit réunion entre le préfet de la seine, M Autrand, le directeur des services de l’approvisionnement de Paris et le ministre de l’Agriculture M Chéron. Car la boulangerie souhaitait relever le prix au kilo à 1,10 francs. Les hommes avaient diligenté une enquête sur les conditions anormales de la flambée des tarifs des différents gruaux. Le 4 mai 1922, le syndicat des meuniers de Paris portait le cours des farines à 102 francs, or le blé coûtait entre 79 et 79, 50 francs.

    Il faut dire que l’année 1920 vit la valeur du pain doublé, qui n’était que les prémices des suivantes avec l’explosion du prix. En Autriche, la population rencontrait cette hausse astronomique, passant de 75 à 316 couronnes le kilo, pour atteindre les 500 au mois d’avril. (Crédits : DR)

    Fait stupéfiant pour l’époque, le prix de la farine sautait même à 104 francs, quand dans l’identique temps, le blé chutait à 78 francs. Le syndicat des boulangers souhaitait ardemment passer le prix du pain à 1, 10 francs des le 12 mai courant. Les gouvernants ne l’entendaient pas ainsi. mais cette réflexion ne teint que cette année 1922.