Il y a cent ans… 23 soldats mourraient pour la paix

Un drame se déroulait à la conférence de Gênes, tout juste ouverte. Les accords dits de Gênes de mai 1922 sont issus du sommet qui s’est tenu en Italie du 10 avril au 19 mai 1922. Elle regroupait des représentants de 34 pays avec le but de rétablir l’ordre monétaire mondial, désorganisé par la Première Guerre mondiale. Cette conférence a eu lieu à l’initiative du Royaume-Uni et a réuni tous les États ayant participé au conflit sauf les États-Unis.

La grandissime Conférence, comme d’aucuns l’intitulent, vient d’avoir un effroyable prélude, soulignait le journaliste de L’Écho d’Alger, le 11 avril 1922. Une déflagration tuait 23 officiers et soldats français, et en blessait dix grièvement. « La préméditation est surabondamment prouvée évidente : l’examen des lieux de l’explosion a permis de rétablir les conditions précises du guet-apens […] », écrivait Guy de Saint-Clair. Les militaires montaient la garde pour le compte de la Société des Nations, afin d’assurer la paix en Europe au sortir de la Grande Guerre.

La livre sterling, au centre de la stabilité monétaire internationale, était directement affectée par les tractations. Pour pallier ces difficultés, le retour de l’étalon-or se proposait. Mais le Royaume-Uni s’y opposa, la conférence mit en place un système d’étalon de change-or. (Crédits : Agence Rol/BnF Gallica)

Les rancœurs étaient tenaces, mais une lettre retenait toute l’attention, celle du pape Pie XI. Adressé à l’archevêque de la ville italienne, le geste était salué par la presse comme d’une fine habileté. Car dans une Europe, où la France venait de distinguer l’État de l’Église, la religion catholique était prégnante. La promulgation, le 9 décembre 1905, de la loi concernant la séparation des Églises et de l’État est « l’aboutissement d’un long processus de laïcisation et de sécularisation engagé depuis la Révolution française. »

Concours d’Ego

Le souverain pontife rappelait ainsi qu’en qualité de défenseur à la fois de la paix et du droit des peuples, il avait sa place autour de la table. Par ce coup politique, malgré son absence physique, il serait dans toutes les mémoires. Dans tout processus incorporant de nombreux représentants, chacun veut apporter son propos telle une pierre à l’édifice. Hormis les questions de procédure, la réunion préparatoire ne fut qu’une chaise musicale des discours. La délégation française souhaita que le président italien, Luigi Facta prenne seul la parole.

Les délégués russes en terrasse lors de la conférence de Gênes, non loin du palais San-Giorgio où se déroulaient les débats. Vladimir Lénine, après la Révolution d’Octobre, refusait de se considérer obligé par lesdits « emprunts russes », car il ne les avait pas contractés, soit quelque 12 milliards de francs à 1,6 million de Français. (Crédits : Agence Rol/BnF Gallica)

Mais c’était sans compter le britannique David Lloyd Georges qui en qualité de promoteur de la conférence, eu le dernier mot. Puis Louis Barthou, Walther Rathenau, Gueorgui Tchitchérine, des représentants de la Petite Entente se firent entendre. Des dissonances d’exclure les États de l’Europe Centrale comme les pays baltes, furent rapidement tues. Il y eut donc quatre commissions de 40 délégués chacune, puis quatre commissions divisées en quatre sous-commissions de dix. « […] attendons la suite, c’est-à-dire l’inauguration de cette solennelle Conférence qui s’annonce sous de biens singuliers auspices », concluait Guy de Saint-Clair.

Romuald Pena

Journaliste et curieux de nature, j’aime les mots et ce qu’ils chantent aux oreilles qui les entendent. « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité », assurait Pablo Neruda. Ainsi j’apporte des faits, des faits, encore et toujours des faits, car : « Nous ne pouvons être condamnés à pire, à juger les autres, à être des juges. » (Le Testament d’Orphée, de Jean Cocteau)

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