Étiquette : France

  • Il y a cent ans… le Métropolitain de Paris tardait à s’achever

    Il y a cent ans… le Métropolitain de Paris tardait à s’achever

    Les Parisiens pensaient à fêter les noces d’argent du Métro, car cela faisait bientôt vingt-cinq années que fut mise en exploitation la première ligne. Celle qui transporte de la porte Maillot à celle de Vincennes était logiquement baptisée no1. M Bienvenüe ingénieur en charge des travaux, annonçait l’ouverture des prochaines lignes, entre autres Trocadéro-Porte-de-Saint-Cloud, enfin juste les quatre premiers kilomètres, jusqu’à la station du boulevard Exelmans.

    C’est en grande pompe que d’ici l’année 1925 devrait être achevé les 135 kilomètres de voies du Métropolitain de Paris. Saviez-vous que M Fulgence Marie Auguste Bienvenüe, inspecteur général des ponts et chaussées, était chargé des services techniques et de l’éclairage, et du Métropolitain ? Son bureau était situé au 48 de la rue de Rivoli. L’homme né le 27 janvier 1852 à Uzel dans les Côtes-du-Nord (elles deviendront les Côtes-d’Armor en 1990) arborait cheveux et barbe de neige, contait le journaliste René Barjean. « Il a toujours ses sourcils épais, restés blonds, et ses yeux bleus ce Celte, brillant d’un feu vif, comme juvénile, et son sourire est toujours doux et aussi bon que naguère ». Suite aux études, le plan d’exécution de cette œuvre gigantesque lui fut confié. C’est en 1896, que les hautes instances décidément de créer comme à Londres, son métropolitain. La première ligne fut ouverte le 19 juillet 1900.

    Surnommé « Le père du métro », l’homme y consacrera trente années. Ce sont en moyenne près de 48 personnes qui prennent le Métro chaque seconde à Paris et en Île-de-France ; cela représente 1,479 milliard de voyages par an dans le Métro. Autrement dit 4,1 millions de passagers transitent dans le métro parisien chaque jour. (Crédits : DR)

    Le 13 juin 1922, il y avait 87 kilomètres de voies ferrées exploitées. « On est en train d’équiper treize kilomètres et cinq et dei sont en cours de construction », expliquait l’ingénieur. La somme dépensée à l’époque était astronomique, et jusqu’ici elle était de 600 millions de Francs, mais avait transporté 540 millions d’individus en une seule année. Sa famille est apparentée au Maréchal Foch, ayant épousé Julie Bienvenüe le 5 novembre 1883. En 1932, âgé de 80 ans, il fait valoir ses droits à la retraite, laissant derrière lui un réseau de douze lignes et près de 130 km, dont 115 km édifiés sous sa direction. Il meurt à Paris le 3 août 1936, à l’âge de 84 ans. Il comporte maintenant 226,9 kilomètres et 308 stations.

  • L’université de Pise attaque par le ransomware AlphV/BlackCat

    L’université de Pise attaque par le ransomware AlphV/BlackCat

    Les attaques informatiques en Italie se succèdent. Après Ferrovie dello Stato, Armani, Martinelli Ginetto, le ministère de la transition écologique et dernièrement la ville de Palerme, c’est l’université de Pise qui est la cible du Ransomware-as-a-Service APLPHV/BlackCat. Les opérateurs derrière cette cyberattaque ont d’ores et déjà commencé à diffuser les premiers échantillons d’informations. Ils auraient en leur possession des plaques d’immatriculation, numéro de téléphone…

    Ils laissent apparaître quelques indications sur le site de fuite. L’image capturée et diffusée d’un fichier montre ce qui semble être une table de base de données, « vraisemblablement un serveur SQL », explique à juste titre RedHotCyber. De nombreuses informations telles que les identifiants et les mots de passe associés sont diffusés et lisibles. De plus des numéros de téléphone, des identifiants accompagnés des tokens. Un token d’authentification est un dispositif matériel ou logiciel nécessaire à un utilisateur pour accéder à une application ou à un système réseau de manière « plus sécurisée ».

    Des fichiers CSV seraient en possession des opérateurs malveillants. « Lorsque nous mettons ces données dans notre blog, certaines personnes pourraient rencontrer des difficultés dans la vie », menacent-ils. (Crédits : capture d’écran)

    Ensuite il affiche une liste de fichier de type CSV. En anglais, comma separated values, est une base des données recueillies. Ainsi ils auraient exfiltré 307 KB de courriel, téléphone comme l’exemple ci-dessus, 15 KB de courriels… « Bonjour, l’Université de Pise. Jouons à “l’Université s’endort, la mafia se réveille” ? UPD : Nous avons 10 k plaques d’immatriculation — téléphone — pass — nom de membre – numéro fiscal – étudiants — professeurs données. Aussi, n’oubliez pas que votre réseau dort profondément », communique ALPHV-Blackcat.

    Comme indique la capture d’écran publiée par le chercheur en sécurité Dario Fadda sur le blog « (in)sicurezza digitale », la rançon exigée par le cybergang criminel ALPHV/BlackCat est de 4,5 millions de dollars. (Crédits : (in)sicurezza digitale)

    La nouvelle fait froid dans le dos. Les opérateurs seraient en possession de 54 GB de données. Cela représenterait 8 001 dossiers pour 89 273 documents. Mais c’est le montant de la rançon demandée qui est gigantesque : elle est de 4, 5 millions de dollars. Si l’université de Pise règle ce montant avant le 16 juin 2022, autrement il passera à 5 millions.

  • Il y a cent ans… un trafic d’êtres humains démantelé

    Il y a cent ans… un trafic d’êtres humains démantelé

    Le 11 juin 1922, un père retrouvait sa fille de 15 ans disparue quelque temps auparavant. C’est en novembre 1921 que l’affaire démarrait. Dans cette partie du XIXe siècle, le travail commençait bien plus tôt qu’aujourd’hui. Si tôt le certificat d’études en poche, la plupart des diplômés cherchaient un travail pour subvenir aux besoins de la famille, avant de pouvoir voler de leurs propres ailes. La naïveté et crédulité qui caractérise les adolescents, quel que soit le siècle fait partie de la vie, l’expérience ne s’acquiert qu’en multipliant ces dernières.

    Parfois, elles sont douloureuses, mais dans le cas de Lucie Rosy, 15 ans, elle se termine bien fort heureusement. Mécontente de sa situation chez un commerçant lyonnais, elle fit connaissance d’un certain Gilbert Cepede, de onze ans son aîné. Il lui présenta une femme du nom de Parisse, qui lui proposa de manière alléchante une place de femme de chambre, à Barcelone. L’imprudente — qualifiât le journaliste — acceptait et se retrouvait bon gré, mal gré dans une pension « Borde » au 16 de la rue Barbona, au sein de la capitale catalane.

    « Elles ont sans doute été vendues à des proxénètes, eux-mêmes originaires de l’ex-URSS, pour une somme de plusieurs milliers de dollars chacune. Elles étaient destinées, comme les autres esclaves sexuelles, à renouveler le stock de filles d’un bordel ou d’un réseau de call-girls ». (Crédits : Anemone123/Pixabay)

    Sauf que cet endroit était une plaque tournante de la traite des blanches. Elle y fut vendue pour 1 600 pesetas, avec une compagne d’infortune, à un trafiquant sur le point de s’envoler vers les Amériques. La police ibérique veillait au grain : trafiquants et intermédiaires furent tous arrêtés. Tous à l’exception de la femme Parisse, qui agrippa et emmena avec elle l’adolescente. Elle voulut continuer son négoce, mais la proie se détacha de l’étroite surveillance, et se réfugiait dans un couvent de religieuse. C’est à cet endroit que le père put récupérer son enfant. Arrivée à Lyon, le juge d’instruction Regimbeau eut à entendre la jeune fille qui lui racontait toute l’histoire. Cepede fut arrêté, pendant que la police espagnole appréhendait Parisse et un de ses complices, Arthur Bréda, qui n’était pas étranger au meurtre d’un policier à Paris, quelques années auparavant.

  • Il y a cent ans… la censure et liberté de la presse en Russie

    Il y a cent ans… la censure et liberté de la presse en Russie

    Le 11 juin 1922, M. Hullinger correspondant de presse à Moscou pour le Chicago Tribune racontait son expulsion de Russie. La raison avancée parce que le journaliste souhaitait informer les lecteurs en toute impartialité. Tandis qu’un siècle plus tard, le conflit armé entre l’Ukraine et la Russie se joue tant sur le terrain militaire que dans la communication, les journalistes ne peuvent exercés leur profession de rapporter les évènements dans le pays dirigé par Vladimir Poutine, sans risque de partir en prison. La liberté de la Presse existe-t-elle ?

    L’homme rendait compte aux lecteurs de son éviction. « Je fus expulsé de Russie parce que j’ai revendiqué le droit pour les correspondants de journaux américains à Moscou, de relater touts les faits, et non pas quelques-uns seulement ; et cela sans être constamment empêché par les ciseaux du censeur politique, qui tout ce printemps a retardé la transmission de ce que le Kremlin ne voulait pas que le monde le sût ». Qu’est-ce que la liberté de la Presse ? Tout dire, pas tout à fait. La personne qui est journaliste doit en toute impartialité raconter des réalités, uniquement les faits, en ayant au préalable croisé à minima trois sources, tout en ménageant le fait de sortir le premier l’information. Ce à l’ère du tout internet, ayant pour finalité d’avoir le plus de visites, ou clicks. Cependant la censure, passe d’abord par le ressenti du rédacteur, puis de son supérieur, pour arriver sur le bureau du rédacteur en chef, etc. puis vient la liberté de la presse.

    « La concentration peut être bienvenue en termes de solidité économique du secteur, mais elle soulève des enjeux d’indépendance éditoriale, spécialement quand des propriétaires ou des administrateurs sont actifs dans plusieurs industries », a affirmé Thierry Breton. (Crédits : RSF)

    La liberté de la presse se réfère à l’article 11 de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il dispose que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Renforcé par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme aussi dispose la protection de la liberté de la presse.

    L’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme dispose que « toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. » (Crédits : RSF)

    Si les lois disposent de principes, l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme n’empêche aucunement les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations, qu’ils définissent. La période rencontrée depuis mars 2020, avec le SARS-CoV-2 remet en question bien des principes. En Europe, depuis le mois d’avril 2021, Thierry Breton expliquait que « la crise sanitaire et économique actuelle pose une multitude de défis à l’écosystème culturel, médiatique et audiovisuel. » Ce qui engendre la Loi européenne pour la liberté des médias (European Media Freedom Act).

    Les menaces sont nombreuses, a souligné Thierry Breton, énumérant « les interférences gouvernementales », « la politisation des médias du service public » et « la forte concentration du capital des médias dans les mains d’une poignée de propriétaires ». (Crédits : DR)

    Bruxelles s’inquiète en particulier des dérives constatées en Hongrie, en Pologne, en République tchèque ou encore en Slovénie… la contribution à cette enquête était ouverte du 21 décembre 2021 au 25 mars 2022. Seuls 1465 avis sont valides, 79 % viennent de Slovaquie, 6 % de France, 5 % de Tchéquie, etc. Ce qui est surprenant est que seulement 0,00033 % d’Européens ont échangé, soit sur 1470 sur 447 millions d’individus sur la CEE.

    Norvège1erDanemark2eSuède3eEstonie4eEire6e
    Lituanie9eLiechtenstein10eJamaïque12eAllemagne16eCanada19e
    France26eEspagne32eAustralie39eUSA42eAndorre53e
    Kosovo61ePérou77eGéorgie89eGabon105eBrésil110e
    Liban130eLibye143eColombie145eSri Lanka146eSyrie171e
    Chine175eBirmanie176eIran178eÉrythrée179eCorée du Nord180e
    PaysPlacePaysPlacePaysPlacePaysPlacePaysPlace
    L’Ukraine est 106e quand la Russie est 155e sur 180 en 2022, le dernier du classement est somme toute logique, la Corée du Nord.
    En 2002, le pays dirigé par Vladimir Poutine était 121e et l’Ukraine 112e. (Crédits : RSF)

    Reporters sans frontières a publié son classement à travers cinq indicateurs :

    • Le politique évalue le degré de soutien et de respect de l’autonomie des médias, face aux pressions politiques exercées par l’État ou d’autres acteurs politiques de la société.
    • L’économique évalue les contraintes économiques liées à des politiques gouvernementales, à des acteurs non étatiques (annonceurs et partenaires commerciaux), et aux propriétaires des médias.
    • Le législatif évalue l’environnement légal et réglementaire dans lequel travaillent les journalistes (niveau de censure, capacité à protéger les sources, impunité des violences commises envers des journalistes par exemple).
    • Le socioculturel évalue les contraintes sociales basées sur des questions de genre, de classe, d’origine ethnique ou de religion. Ainsi que les contraintes culturelles empêchant la remise en cause de certains pouvoirs ou problèmes parce que cela irait à l’encontre de la culture du territoire.
    • La sécurité évalue la capacité à concevoir, collecter et diffuser des informations selon les méthodes et l’éthique du journalisme, sans risque inconsidéré de dommages corporels, détresse psychologique ou émotionnelle, ni risque de préjudice professionnel (perte d’emploi, saisie d’équipements ou saccage d’installations par exemple)

    En Europe, alors que la Norvège reste la tête d’affiche du Classement mondial de la liberté de la presse, la région connaît toujours de très importantes disparités. Les anciens États communistes, l’Estonie (4e) et la Lituanie (9e) font leur entrée parmi les dix pays les mieux classés du monde, alors que les Pays-Bas (28e) les quittent. À la dernière place en Europe, la Bulgarie (91e) est remplacée par la Grèce (108e).

    « Toute personne a le droit d’exprimer ses opinions par la parole, l’écrit, l’image imprimée ou autrement, et de chercher, recevoir et répandre librement des idées et des informations, sans considération de frontières. […] Je ne suis pas d’accord avec la pratique prescriptive de 50 ans à la Mccarthy. » (Crédits : RSF)

    Les protections contre les armes sont le blindage, le gilet pare-balles… mais pour d’autre, comme la propagande, il est difficile de se prémunir. L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 est emblématique, car préparée par une guerre de la propagande. La Chine (175e) a utilisé son arsenal législatif pour confiner sa population et la couper du reste du monde, particulièrement celle de Hong Kong. La logique d’affrontement des « blocs », comme ce le fut au temps de la « Guerre froide » se renforce, au même degré qu’entre l’Inde (150e) du nationaliste Narendra Modi et le Pakistan (157e). Au Moyen-Orient, l’insuffisance de la liberté de la presse, où l’omniprésence de la propagande continue d’impacter le conflit entre Israël (86e), la Palestine (170e) et les pays arabes. La liberté d’informer continue de faire des orphelins, d’endeuiller et de déchirer des familles, avec les disparitions de Frédéric Leclerc-Imhoff, Armando Linares, Roberto Toledo, Juan Carlos Muniz

  • Palerme attaquée par le ransomware Vice Society

    Palerme attaquée par le ransomware Vice Society

    La ville italienne de Parleme est à l’arrêt depuis l’attaque revendiquée par les opérateurs derrière le Ransowmare-as-a-Service Vice Society. Cinquième ville la plus peuplée d’Italie, elle est visitée par 2,3 millions de touristes chaque année. Le compte à rebours laisse à la municipalité jusqu’à dimanche 12 juin 2022 peu après 14 h avant de diffuser les données que les individus auraient en leur possession. Ils sont à l’origine d’une agression menée fin avril 2022 contre l’association bancaire italienne (Abi).

    Les experts informatiques locaux tentent de rétablir les systèmes depuis l’attaque, tous les services, les sites Web publics et les différents portails restent hors ligne. Selon les médias locaux, les systèmes touchés sont la gestion de la vidéosurveillance publique, le centre des opérations de la police municipale et tous les services de la commune. Ce quelques jours avant des élections municipales dont le premier tour est le 12 juin 2022, le second deux semaines plus tard.

    Après une enquête plus poussée, il a été jugé dangereux d’activer l’environnement de récupération, et qu’un processus de redémarrage sur le cloud n’était pas envisageable en raison du temps requit par les opérateurs (Aruba, TIM…) pour l’activation des espaces nécessaires, explique le SIPSI.

    Le rapport montre que le 2 juin à 6 h 30, un responsable de Sistema Palermo Innovazione SpA (Sispi) confirmait que le centre de données de la municipalité de Palerme avait subi une cyberattaque de type Ransomware avec une potentielle exfiltration de données. L’attaque a touché l’ensemble de l’infrastructure télématique du centre de données, y compris tous les systèmes d’information de l’entreprise. Des postes de travail répartis dans les bureaux de la mairie de Palerme connectés à celui-ci, le rendant indisponible et provoquant l’interruption totale des services rendus.

    « L’attentat, comme le souligne la municipalité de Palerme, ne remet pas en cause la régularité du scrutin du 12 juin, puisque le service de délivrance des certificats électoraux a été rétabli et fonctionne régulièrement », mentionne CorCom.

    En ce qui concerne les données, l’administration indique qu’« à ce jour, aucun chiffrage, suppression ou altération des données n’a été détecté, ce qui explique pourquoi les données sont désormais intactes, accessibles et utilisables. Malgré cela, et compte tenu de l’évolution du contexte, des efforts sont déployés pour détecter les éventuels vols de données ».

  • Il y a cent ans… « an eye for an eye » criait la justice londonienne

    Il y a cent ans… « an eye for an eye » criait la justice londonienne

    La loi du talion s’appliquait dans la cité du grand brouillard, il y a un siècle, « œil pour œil, dent pour dent ». La capitale britannique frissonnait encore ce 10 juin 1922, après la pendaison d’un adolescent, de tout juste 18 ans. Deux jeunes hommes, Henry Julius Jacoby, enfant du peuple, Ronald True, fils de la noblesse, étaient jugés pour le crime d’assassinat, leurs sorts différents, car « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… » écrivait Jean de La Fontaine.

    L’opinion publique habituellement rangée derrière les décisions de justice, mais pas cette fois. Le recours en grâce signé par l’ensemble du jury, accompagnant la condamnation à mort, ni les pétitions innombrables parvenues au ministère de l’intérieur, connu outre-Manche sous Home Secretary, n’émouvaient Edward Shortt. « L’assassin adolescent de Lady White à payé sa dette à l’humanité ». Il est rare que le Royaume-Uni soit si soudé derrière une cause, une affaire, une personne. Chaque citoyen, après avoir su que le jeune avait été pendu, s’accordait à maudire cette justice implacable, qui veut que selon la loi du talion ceux qui ont tué doivent être tués.

    L’hôtel où se déroulait la tragédie est dorénavant the Marble Arch Doubletree by Hilton. Le marteau qui a servis pour commetre le crime avait été emprunté, sans sa permission à un ouvrier. Le jeune homme serait originaire de Prusse, avant d’être accueilli par une famille londonienne. (Crédits : paulohabreuf/Pixabay)

    Henry Julius Jacoby avait assassiné Lady Alice White, 65 ans, le 14 mars 1922. Il déclarait à la police qu’ « il avait l’intention de voler dans les chambres d’hôtel où il travaillait et qu’il avait emporté un marteau pour l’utiliser si nécessaire. Il avait trouvé la porte de la chambre de Lady White déverrouillée et était entré. Elle s’était réveillée et il l’avait battue pour l’empêcher de donner l’alerte. » En avril 1922, à l’Old Bailey, il a été reconnu coupable, avec une recommandation de clémence, et condamné à mort, par le juge McCardie. Il est exécuté à la prison de Pentonville par John Ellis, le 7 juin 1922.

    Un garçon de salle de l’hôtel, Henry Julius Jacoby, a été déclaré coupable de meurtre. Le jury a ajouté une forte recommandation à la clémence, mais il a été pendu. Henry Julius Jacoby sur le banc des accusés au tribunal de Marylebone pendant le procès, le 7 avril 1922 (Crédits : Daily Mirror/Getty Images)

    Le flegme anglais si reconnu explosait en l’air lorsque l’affaire de Ronald True s’affichait en lettre d’imprimerie, dans les tabloïds. La grâce refusée à Jacoby le fut sous un biais tout autre, pour l’assassin de la jeune femme, Gertrude Yates connue comme prostituée et call-girl sous Olive Young. L’homme avait été reconnu par les médecins atteint d’aliénation mentale, mais condamné, par McCardie, à mort par pendaison. Condamnation annulée à la suite d’un examen psychiatrique ordonné par Edward Shortt : True était légalement fou. Jacoby lui avait la mentalité d’un enfant de douze ans, selon les mêmes praticiens.

    True a été interné à l’hôpital Broadmoor, où il a surmonté sa dépendance à la morphine et a participé énergiquement aux activités théâtrales. Il est mort d’une crise cardiaque le 8 janvier 1951 à l’âge de 59 ans, à l’hôpital. Seule sa mère, Elizabeth Angus, qui adorait son fils, était présente à son enterrement. (Crédits : DR)

    Le 6 mars 1922, vers 7 h 30, True préparait une tasse de thé pour Gertrude Yates et lui. Alors qu’elle relevait la tête de son oreiller pour boire, Ronald True lui assénait cinq coups de rouleau à pâtisserie sur la tête avant de lui enfoncer une serviette dans la bouche, puis serrait le cordon d’une robe de chambre autour de son cou, la tuant par asphyxie. L’homme prit le temps de déguster sa propre tasse, de manger quelques biscuits puis traîna la défunte complètement nue jusqu’à la salle de bains. L’assassin volait le somme de 8 £, et différents bijoux dont la valeur fut estimée à environ 200 £ (environ 13 350 € en 2021).

    Jacoby était l’un des quatre adolescents à être pendu à la prison de Pentonville. Les autres étaient Arthur Henry Bishop, 18 ans, le vendredi 14 août 1925, John Frederick Stockwell, 19 ans, le mercredi 14 novembre 1934 et William Henry Turner, 19 ans, le mercredi 24 mars 1943. (Crédits : DR)

    Ce n’est qu’à 9 h 35, en se préparant à quitter l’appartement, qu’il croisait Emily Steel, la femme de ménage. « Ne réveillez pas Mlle Young, nous sommes restés tard hier soir. Elle dort profondément. J’enverrai la voiture la chercher à douze heures », dira-t-il après avoir découvert le corps, elle préviendra la police. Ronald True finira sa vie à l’hôpital où il fut interné. Quant à Henry Julius Jacoby, du haut de ses dix-huit ans John Ellis se souvenait que « Jacoby ne semblait pas du tout préoccupé par son sort et qu’il jouait à un cricket improvisé avec l’un des gardiens dans la cour d’exercice », l’après-midi précédant son exécution. Après être menotté, Jacoby remerciait le gouverneur et les gardiens de prison pour leur gentillesse, puis calmement se dirigeait vers la salle d’exécution.

  • Il y a cent ans… quand les réserves d’énergies fossiles questionnaient

    Il y a cent ans… quand les réserves d’énergies fossiles questionnaient

    Les Français seraient-ils, comme les autres pris pour des imbéciles ? C’est une excellente et primordiale interrogation. Le 9 juin 1922, C.-M. Savarit, journaliste à L’Écho de Paris écrivait un article sur « le gaspillage de nos réserves d’énergie ». Dans celui-ci, il indiquait s’être épanché sur la question le 20 mai. Selon les experts de l’époque, il n’y aurait plus de pétrole d’ici quinze à vingt ans. Que penser des gouvernements, des grandes compagnies, experts… au vu des prix des carburants sous couvert du conflit armé russo-ukrainien ?

    Le constat de consommation de l’or noir affolait, sachant que le combustible était devenu l’un des éléments essentiels de l’industrie moderne, en 1922. Ce qui directement ou indirectement n’a guère changé. « L’utilisation mondiale du pétrole, était en 1860 d’environ 355 000 barils — de 189 litres — est devenue, en soixante ans, presque 2 000 fois plus importante, avec 694 850 000 barils en 1920 », affirmait l’écrivain et journaliste. Les États-Unis et le Mexique fournissaient à eux deux 87,5 % de la production internationale. Il ne restait que 12,5 % pour les autres pays, à savoir la Russie (4 %), les Indes britanniques et néerlandaises (2,8 %), la Perse (1,8 %), la Roumanie (1,1 %), la Pologne (1 %) et le reste du monde (1,4 %). Le service géologique, avec les outils qu’il avait à leur disposition en 1920, estimait que « les richesses en pétrole des États-Unis sont épuisées dans la proportion de 40 % et en supposant que la consommation actuelle se maintienne, ce qu’il reste sera épuisé dans seize ans ».

    PaysVenezuelaArabie S.IranCanadaIrakKoweïtÉAURussieLibyeUSA
    Réserves en milliards de barils303,806258,6208,6170,3145,019101,597,88048,36347,107
    Production en millier par jour5959 3133 1104 4394 0852 5273 09110 1121 23811 188
    « Sommes-nous donc menacés de mourir de froid et de misère sur notre globe, par l’effet du gaspillage de nos réserves d’énergies, par la faute de l’imprévoyance de l’être humain, dans un avenir relativement rapproché ? ». (Crédits : Country Economy)

    L’homme constatait déjà qu’ils existaient des énergies bien plus puissantes : « Quel est l’unique fournisseur d’énergie sur notre globe, c’est celui qui nous fournit le pain et le vin chaque année, le Soleil, qui enlève l’eau des mers pour nous la rendre en chutes et rivières, qui continue à faire pousser les forets, comme au temps géologique […] ». Il tirait une conclusion qui quelles que soient les erreurs des experts sur les chiffres livrés, il ne résulte que depuis la seconde partie du XIXe siècle le monde a été un formidable prodigue de ses réserves d’énergies, et qu’il est grand temps qu’il mette de l’ordre dans ses affaires.

    L’écologie semble être au cœur des préoccupations politiques des législatives des 12 et 19 juin 2022 en France. Si bien que le parti récemment créé qu’est la nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES) à grand coup de communication nous amène à regarder l’évolution du climat. Ainsi à Poitiers où les élus de la commune et candidats ont marché au milieu de la rivière Le Clain, au niveau du pont Joubert pour démontrer le manque d’eau, et par ricochet l’influence de l’Homme sur la planète.

    « Nous avons un quart des départements en alerte sécheresse et puis bientôt plus pour cet été. Notre intérêt à nous, qui pensons gagner les élections législatives et donc de gouverner le pays, est de lancer l’alerte avant », explique Jean-Luc Mélenchon à la Nouvelle-République.

    En 2021, la production mondiale de lithium s’élevait à environ 100 millions de tonnes, hors USA. L’or blanc a vu sa production mondiale presque quadruplée en une décennie. La Chine en contrôlait déjà en 2018 près de la moitié à l’échelle planétaire. (Crédits : Ivan Alvarado/Reuters)

    Les gaz à effets de serre, la pollution des énergies fossiles, la sécheresse, l’évolution du climat… tout met en exergue les naturelles, dites renouvelables, comme les automobiles électriques, qui sont propres. L’État français veut développer l’automobile propre et les voitures électriques, car « réduire les émissions de gaz à effet de serre, la dépendance énergétique et améliorer la qualité de l’air en milieu urbain : c’est tout l’enjeu du développement des véhicules propres. Cette filière constitue aussi un enjeu industriel majeur pour le secteur automobile. » Or toutes batteries usent du composant qu’est le Lithium (Li sur le tableau périodique de Mendeleïev).

    Pays comptant les plus grandes réserves de lithium dans le monde en 2020. Deux des pays dans le trio de tête sont situés en Amérique latine. (Crédits : Statista)

    Les réserves mondiales, selon l’USGS (Institut d’études géologiques des États-Unis) — exploitables — étaient estimées en 2021 à 21 millions de tonnes, dont près de la moitié au Chili (9,2 Mt). Les ressources (sans tenir compte des conditions d’exploitation) sont évaluées à 86 millions de tonnes au total. Les principaux gisements identifiés sont dans le « triangle ABC » de « l’or blanc » en Amérique latine, généralement sur des lacs d’altitude « salars » : Bolivie (21 Mt estimés), Argentine (19,3 Mt) et Chili (9,6 Mt).

    Quelles sont les méthodes de production et risques pour environnement ? Elles sont de trois types :

    • Pompage de saumures chargées de lithium et évaporation pour isoler les cristaux. La méthode, largement utilisée en Amérique latine, est critiquée par les ONG pour l’assèchement des ressources hydriques qu’elle provoque dans le milieu
    • L’utilisation du procédé à base de spodumène en Europe pour isoler et purifier l’Or blanc permet d’économiser l’eau
    • Recyclage des batteries pour récupérer les métaux. Selon la Commission européenne, cela devrait permettre « de réduire les besoins en matières premières de 10 % d’ici 2040 »
    Au beau milieu du désert d’Atacama au Chili, des piscines de saumures d’une mine de lithium, le métal devenu incontournable pour fabriquer toutes les batteries des voitures électriques, des smartphones et autres appareils high-tech contemporains. L’endroit est le plus aride du monde, avec un taux d’humidité ne dépassant jamais 3 %. (Crédits : Ivan Alvarado/Reuters)

    Chaque candidat se saisit du sujet du manque d’eau et de la sécheresse à des fins politiques, vantant les mérites des véhicules à carburant électrique. Si les réserves de lithium nécessaire aux batteries, les méthodes d’extraction sont, semble-t-il, gourmandes en eau. Le pompage de saumures réclame de grandes quantités d’eau, et provoquent, selon les ONG l’assèchement des ressources hydriques comme au Chili.

    La production mondial du Lithium croît sans cesse depuis dix ans. (Crédits : Statista)

    « Environ 2 millions de litres d’eau sont évaporés pour produire une tonne de lithium. » La seconde est la fabrication de carbonate de lithium à partir de spodumène, elle est énergivore. Les concentrés de spodumène doivent être chauffés à environ 1100 °C pour le rendre plus réactif. Puis, ils sont broyés finement, mélangés à de l’acide sulfurique, chauffés à 250 °C pour produire le sulfate de lithium et, ensuite, lavés à l’eau pour dissoudre le sulfate de lithium.

  • Il y a cent ans… la réhabilitation attendue d’un innocent

    Il y a cent ans… la réhabilitation attendue d’un innocent

    Un grand nombre d’habitants de la commune varoise était persuadé de l’innocence de Benjamin Reynier dit « Min ». Mais pas un ne souffla mot devant le poids de la Justice qui de par ses us et coutumes impressionne tout un chacun. Les paysans parlent peu, se méfient de la maréchaussée, et ont le respect envers la justice comme le moineau l’a pour l’épouvantail. La vérité viendra huit années plus tard, quand le fossoyeur, par un testament, soulagera sa conscience. Il indiquera avoir aperçu une robe et un chapeau d’enfant dans une cabane.

    Ce n’est pas le fait de les avoir remarqués, qui fera la différence, mais qu’ils aient été retrouvés, le 8 octobre, soit 19 jours après l’arrestation de Benjamin Reynier et sa mise en détention préventive. Les vêtements avaient été retrouvés par des douaniers. Détail troublant, qui plus est quand le fossoyeur affirmait avoir entrevu lesdits vêtements dans un endroit fréquenté par Joachim Guis et quelques personnalités « honorables » de la commune. Là où le bât blesse, les vêtements furent récupérés à une place où ils auraient certainement été découverts, s’ils s’y trouvaient bien avant… sur le lieu de découverte du corps de Joséphine.

    J’ai passé mes plus belles années au bagne pour un crime que je n’avais pas commis

    Benjamin reynier. 14 juillet 1922

    Le procès à charge débuta. Le juge de paix de Beausset déclara à la barre qu’il avait ouïe au café que Reynier était coupable, le maire Paul-Louis Ramel affirma que « quelqu’un qu’il ne nomme pas désigna Reynier comme coupable au juge d’instruction ». L’identité du soi-disant témoin ne fut jamais révélé. Le secrétaire de mairie vociféra que « si j’étais un juré, je le condamnerai sans hésiter. C’est un républicain. Il a proféré des menaces contre le maire », raconte le journal Le Détective dans son no 134. L’expert ne put déterminer si la tâche relevée sur les vêtements de l’accusé était de l’argile ou bien du sang. Dans son rapport, le praticien nota que son corps était d’une propreté « extraordinaire pour un travailleur ».

    La presse agricole helvetique en faisait ses gros titres, jusqu’à la libération de leur confrère. (Crédits : La Gruyère)

    Malgré la déposition de Célestin Pons, Antoine Don, Gustave Barrère, Alice André et Victorine Don certifiant avoir observé « Min » dans sa vigne alors que deux heures sonnaient au clocher à Saint-Cyr-sur-Mer. Onze témoins jurèrent l’avoir vue œuvrer de deux à six heures… Le jury de Draguignan le reconnut coupable, avec des circonstances atténuantes. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.

    « Méry allait jusqu’à révéler l’identité d’un des deux assassins. L’un était le curé du village, l’autre un gris bonnet de l’endroit, il s’agissait d’un conseiller municipal. Or — coïncidence étrange ! — les initiales du mouchoir trouvé jadis près du cadavre sont les initiales du curé » (La feuille qui ne tremblait pas : Zo d’Axa et l’anarchie). (Crédits : DR)

    Les journaux de l’époque rapportent les dires de Reynier lors d’une entrevue :

    On m’enferma dans la cellule des condamnés à mort… Le lendemain, le président des assises m’adressa la parole à travers le guichet, « M. Reynier, vous êtes innocent, nous le savons, mais il faut avoir du courage ». J’ai fait un bond pour lui saisir la gorge à travers les barreaux.

    Quelques jours après, je reçus la visite du Préfet Paul Laugier-Mathieu. « Je suis convaincu de votre innocence, me répéta-t-il. Nous ferons tout ce qui sera possible pour la prouver. »

    Quelques jours après, M. Laugier-Mathieu était déplacé et muté dans le Nord. Et Reynier fut envoyé au dépôt de Saint-Martin-de-Ré. Il monta à bord de La Loire avec 599 autres forçats. La traversée dura 127 jours avant d’atteindre la Nouvelle-Calédonie, et Nou.

    Gabriel Randon de Saint-Amand, dit Jehan-Rictus écrivit à propos de l’affaire Reynier, dans son journal qu’il tint du 21 septembre 1898 au 6 novembre 1933. (Crédits : BnF/Gallica)

    En 1892, après huit années de bagne, une lettre arriva au père de Benjamin : le testament du fossoyeur Mestre. Il fut publié dans le journal parisien L’Éclair en ce 17 février 1891, les patronymes des personnes ayant été effacés au préalable. L’original nommait deux habitants de la commune. Joachim Guis attenta un procès en diffamation contre Clovis Hugues et Gérard Richard, et le paternel de Benjamin Reynier, le 23 mars 1892. Les polémiques enflaient au sujet des sieurs Joachim Guis, du maire Paul-Louis Ramel et d’un certain Monge. Les journaux de Nouvelle-Calédonie réclamaient sa grâce. En 1894, sa peine passe de perpétuité à 20 ans de bagne. Deux ans s’écoulaient quand il fut déclaré libre. Émile Loubet signa la grâce présidentielle le 14 juillet 1899. « Les manifestations organisées en son honneur étaient si bruyantes, si enthousiastes que le gouverneur craignit une émeute »

    Il faudra attendre près de quarante ans, pour que Benjamin Reynier soit reconnu innocent des crimes reprochés. Il a failli être guillotiné, passa quinze ans à Nou au bagne, avant d’être réhabilité en 1922. (Crédits : Journal du Lot)

    À son arrivée à Marseille, 20 000 personnes l’acclamèrent. « Je suis gracié, mais cela n’efface pas le verdict infamant de la cour d’assises ». Un projet de modification de l’article 443 du Code pénal, ouvrant la voie aux procès en réhabilitation, état déposé sous la troisième république. Malgré le travail acharné de ses avocats, Me Marcel Ricard, du barreau de Marseille et de Me Arnaud de Toulon, l’homme attendu en vain. La cour d’Aix, après la plaidoirie de Me Louis Martin, sénateur du Var, le réhabilita enfin. Le ou les coupables ne furent jamais appréhendés. Tous les protagonistes présumés de l’histoire, l’évêque de Fréjus qui déplaça le curé de Saint-Cyr, le prêtre en question, Joachim Guis, Monge… tous morts et enterrés, si bien que seuls les soupçons, les ragots de café restaient, car plus un seul témoin n’était.

  • Il y a cent ans… Benjamin Reynier était réhabilité

    Il y a cent ans… Benjamin Reynier était réhabilité

    Benjamin Reynier a passé trente années de vie dans la peau d’un ignoble personnage pour les parents de la victime. Il est condamnée à mort, puis la peine est commuée aux travaux forcés à perpétuité pour le viol, suivi du meurtre de Joséphine Audrique, jeune bergère âgée de 7 ans. L’affaire jugée en 1884 expédia un homme de 30 ans, qui devait se marier, au bagne de Nouméa. La peine fut écourtée à quinze années avant de le gracier. Il faudra attendre près d’un demi-siècle pour qu’il soit enfin réhabilité le 8 juin 1922.

    Des combats politiques de l’époque, lettre anonyme de dénonciation, ragots de café… conduiront un innocent en enfer. Il faudra l’acharnement de deux amis Baptistin Bernard et Étienne Matter, une campagne de presse a charge contre la Justice déclarée coupable d’avoir envoyé un innocent en prison, rivé à la chaîne des maudits, pour qu’enfin l’honneur d’une personne soit lavé, au moins coté de la Justice française.

    Le bagne de Nou, en Nouvelle-Calédonie où Benjamin Reynier passa les plus belles années de sa vie, plus de quinze. (Crédits : DR)

    Il faut remonter au 14 septembre 1883, en Provence du côté de Saint-Cyr-sur-Mer. La famille Audrique vit de l’autre côté de la route, où loge Benjamin Reynier dans le quartier des Côteliers. Il est 12 h 30 lorsque Joséphine cri « On va au bois », à Benjamin, sous-entendu au bois des Baumelles. Il est situé à quatre kilomètres après un difficile chemin accidenté. Pour parcourir ce trajet, il faut compter 45 minutes mentionnait la justice. Le père de famille se mettait à faire des fascines de bois mort avec son épouse, quand après peu de minutes, il s’inquiétait de ne plus voir la chevelure rousse de sa fille.

    La maison de Benjamin Reynier, dans le quartier Côteliers de Saint-Cyr-sur-Mer. Son plus grand crime était d’être propre selon les minutes du procès. (Crédits : DR)

    Le père déclarait à l’instruction qu’à deux reprises, il entendit son enfant crier, d’une voix étouffée « Papa, papa ! ». L’enquêteur demanda s’il avait suivi les cris désespérés, à quoi il répondit que « non, monsieur, il faisait beaucoup de vent ce jour-là, c’était bien difficile ». La journée de labeur finit, le couple rentre aux Coteliers sans leur fille, qu’ils affirment perdue. La presse raconte que ce sont « les gens de Saint-Cyr qui partent à la recherche de l’enfant » et que « Benjamin Reynier, accompagné du voisin Cordeil » prennent la direction de la gendarmerie de Bandol « le maire Ramel et son premier adjoint n’ayant pas jugé utile d’alerter la police ». Alors que Reynier et Cordeil rentrent de Bandol, ils interrogent la mère, car la fillette reste introuvable : « Sûrement, on l’a tuée », répondit-elle.

    La calomnie

    Le lendemain à 8 heures, le corps sans vie de Joséphine est retrouvé. « La fillette était presque nue. Le corps était mutilé. On avait écrasé le visage à coups de pierre. L’enfant avait été odieusement violée. » Les médecins légistes Bouley et Courgit conclurent que l’atrocité était le fait de deux hommes, car ils découvrirent sur le corps de la fillette, deux traces de mains droites. Que les criminels devaient avoir sur le visage et les mains des égratignures occasionnées par les ongles de Joséphine ! Les gendarmes affirmèrent, au même titre que le Parquet qu’elle avait été entraînée par une connaissance, et que l’assassin devait habiter le pays.

    L’affaire a fait les gros titres de la presse française comme étrangère, toutes convaincues de l’innocence de « Min ». La foule attendait à Marseille l’enfant du pays arrivant du bagne, innocent des crimes dont la justice l’accusait par le navire. Il traversa le globe sur l’Armand Béhic. (Crédits : Journal du Lot)

    La campagne de diffamation « venimeuse, sournoise » du maire Paul-Louis Ramel et de ses amis commença. Une tension existe en 1883 sous la troisième République entre mes « Républicains » et les « Cléricaux ». Quarante-huit heures après la découverte du corps, un docteur examinait Reynier. Aucune trace n’était décelée, mais une lettre anonyme scellait l’avenir de Benjamin. Se rendant auprès du juge d’instruction à Toulon pour protester, car il avait eu vent de ladite lettre, il fut mis sous mandat de dépôt quatre mois avant son procès. Tandis que de nombreux témoins affirmaient avoir vu Benjamin Reynier à l’heure dite du crime, la vindicte d’une certaine bourgeoisie semblait vouloir couvrir des criminels, quitte à envoyer un innocent à la guillotine ou au bagne à vie. À suivre…

  • Il y a cent ans… avait lieu la bataille contre la pornographie

    Il y a cent ans… avait lieu la bataille contre la pornographie

    Un sujet que l’on pense contemporain, pourtant le 7 juin 1922, Charles Gide présidait le second congrès contre la pornographie. Déjà en 1908, les congressistes avaient demandé aux pouvoirs publics de les aider à lutter contre « l’immoralité » et au besoin de prendre la charge de défendre le patrimoine moral de la France. La définition, il y a un siècle de la pornographie est l’excitation à la débauche par l’image ou par la plume, à travers des « feuilles immondes dont la voie publique est encombrée »…

    L’Académie française la définit comme une « représentation directe, voire brutale, de scènes, de sujets à caractère sexuel, et délibérément obscènes » qui lui-même est tiré du mot pornographe du XVIIIe et XIXe siècle « emprunté du grec pornographos, “auteur d’écrits sur la prostitution”, composé à l’aide de pornê, “femme de mauvaise vie, prostituée”, lui-même dérivé de pernanai, “exporter, vendre”, et graphein, “écrire” ». Paul Gaultier considérait la pornographie au même titre que la criminalité adolescente, l’alcoolisme, la dépopulation, le suicide, en qualité de grands fléaux dans son livre « Les maladies sociales ».

    François Rabelais, serait un précurseur de la pornographie moderne, « Pantagruel » a d’ailleurs été condamné en 1533 comme ouvrage « obscène » par la Sorbonne. Ci-dessus, fresque murale peinte à Pompéi, à la réputation galvaudée de ville de débauche. (Crédits : DR)

    La ville de Pompéi enseveli sous les frasques du Vésuve conserve depuis l’an 79 la vie telle qu’elle était. Ses murs sont couverts représentations diverses. Entre un homme se vantant de ses prouesses, une liste stipulant les tarifs des prostituées, les inscriptions et fresques érotiques, se retrouvent en grand nombre dans la cité ensevelie endormie. Elles lui ont longtemps valu la réputation d’une ville de débauche où les femmes étaient vouées avant tout au plaisir masculin. Il s’agit en fait d’une « équivoque archéologique » martèle l’historienne Éva Cantarella. Les femmes qui n’avaient ni le droit de vote ni celui d’être élues, avaient énormément d’influence sur la société au vu des inscriptions signées de leurs mains, explique le magazine ça m’intéresse.

    La bienséance

    Eugène Le Breton signait un article dans L’Ouest-Éclair, où, expliquait-il que pour lutter contre cette gangrène, il fallait pour « résister victorieusement aux assauts de la pornographie, pour vaincre la pornographie, mère du vice, du crime, de la débauche, de la souffrance et de la misère, et par surcroît, ennemie née de l’Art, de l’art plastique et de l’art littéraire, il faut l’union des forces morales du pays et des pouvoirs publics ». Les images sont pléthores au sein de l’Empire romain, des peintures murales, mais également en Chine. Le journaliste concluait que si l’on veut que la France soit forte, prospère et peuplée, c’est d’abord la moralité publique qu’il faut défendre, c’est la conscience nationale qu’il faut élever ce sont les âmes des enfants qu’il ne faut pas laisser corrompre.

    Ne pas confondre sexualité et pornographie. Le second est une oeuvre cinématographique où les acteurs effectuent des performances filmées et scénarisées, évoquant des fantasmes plus ou moins avouables. L’autre est la recherche du plaisir charnel de deux individus, à travers le désir. (Crédits : Scott Webb/Pixabay)

    Que penser alors de la bienséance, à l’heure où l’affaire menant à la démission d’un député européen hongrois faisait les gros titres, il y a deux ans ? Une orgie sexuelle impliquant vingt hommes adultes se déroulait en Belgique, le vendredi 27 novembre 2020. Deux jours après, Jozsef Szajer officialisait son retrait de la vie politique et du Parlement européen. « Je regrette profondément cette violation des restrictions anti-Covid, c’était irresponsable de ma part. Je suis prêt à payer l’amende prévue dans ce cas », avait-il expliqué. Ce qui est cocasse, est que c’était un proche du président hongrois Orban, membre fondateur du Fidesz, le parti national conservateur au pouvoir, et fervent opposant aux droits LGBT.

    La lutte contre la pornographie continue

    Deux associations de protection de l’enfance réclamaient aux FAI français de bloquer l’accès à des sites pornographiques, accusés de ne pas empêcher l’exposition des mineurs à leur contenu. La cour d’appel de Paris a confirmé le 19 mai 2022 le rejet de la demande. La promulgation de la loi du 30 juillet 2020 permettrait en réalité à l’Arcom (Ex CSA) de mettre en place des mesures pour interdire leur accès aux mineurs. Dans la loi, il est précisé que les sociétés concernées « ne peuvent s’exonérer de leurs responsabilités en se contentant de demander à un internaute s’il est majeur ». Pour cela, les sites web visés ont plusieurs moyens d’agir : le scan de la pièce d’identité, l’estimation de l’âge du visiteur à partir d’un selfie ou encore l’analyse des informations partagées sur les réseaux sociaux. Le danger ne crie gare que lorsqu’il arrive. Entre les fuites de données, le « revenge porn », le logiciel PimEyes, la vie privée existe-t-elle encore ? Alors pourquoi ne pas imaginer, dans un futur proche ou éloigné, que pour visiter n’importe quel site, il vous soit demandé un scan de votre CNI. Attention, de la pièce d’identité à la reconnaissance faciale, il n’y a qu’un pas, mais c’est pour votre bien !