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  • Le clitoris, ou le long retard de la connaissance

    Le clitoris, ou le long retard de la connaissance

    Vingt-huit ans plus tard, le clitoris a enfin sa carte, son anatomie complètement cartograĥiée. Cette nouvelle peut paraître anecdotique au vu des informations qui occupent les journaux télévisés. Pourtant, c’est une petite révolution. Alors que peu de personnes découvrent le bouton du plaisir féminin, combien de femmes connaissent leurs anatomies ? Les recherches menées à Amsterdam apportent un éclairage nouveau sur un organe féminin qui, jusqu’à preuve du contraire, est exclusivement dédié au plaisir.

    Tandis que Capucine rentre de cours, elle surprend une discussion entre lycéennes qui lui semble lunaire. « Attends… quoi ? Vingt‑huit ans après ? » Les scandales et procès étant monnaie courante ces derniers jours, elle n’y prête pas plus attention que ça… jusqu’au mot qui sonne comme un glaive : Clitoris. Intriguée, elle se glisse dans la peau d’une journaliste.

    Vingt-huit ans plus tard, le clitoris a enfin sa carte…

    Discrètement, elle suit deux copines jusqu’au café. Le duo tombe sur l’info : « le clitoris a enfin été cartographié avec précision, près de trente ans après l’organe masculin ». Elles rient un peu, s’en étonnent beaucoup, et finissent par mettre le doigt sur un marronnier médical. Le corps de la femme a longtemps été un sujet sur lequel la science a progressé avec du retard.
    — Attends… quoi… 28 ans après ? demande Caroline

    — Le pénis avait sa cartographie depuis presque trente ans, et là, on découvre à peine celle du clitoris, relate Clarisse

    — Oui. Apparemment, même pour l’anatomie, on était sur liste d’attente.

    Femmes, rire, téléphone

    Une fois assise, l’une d’elles relève les yeux de son téléphone, mi-amusée, mi-agacée. En face, son amie éclate de rire. Pas un grand rire moqueur, mais ce rire très féminin, très connu, qui sert à accueillir une absurdité sans s’énerver tout de suite.

    — C’est quand même fascinant, dit la première. On vit à l’époque des applications qui savent quand tu dors mal, des montres qui analysent ton stress, de l’IA qui rédige un courriel en huit secondes… et on découvre encore le corps des femmes… avec trente ans de retard.

    — Mais non, voyons, répond Clarisse. On fabrique une carte routière, pour ceux qui ne le trouvent pas.

    (Crédits : Guillermo Berlin/Pexels)

    Les deux sourient. Et puis il y a ce silence. Celui où l’on perçoit soudainement une nouvelle surprenante, voire insolite. Une chose intime, quelque chose de plus ancien, de plus profond, de plus familier aussi. Car enfin, la question mérite d’être posée : comment un organe dédié uniquement au plaisir a pu autant de temps être ramené à une simple excroissance. Excroissance que l’on mutile encore, qui n’est autre que le cheval de bataille du prix Nobel de la paix de 2018, le Docteur Denis Mukwege.

    Il est l’un des organes les moins étudiés du corps humain. Car de nombreux tabous culturels freinent depuis longtemps la recherche scientifique. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’il fait son apparition dans les manuels d’anatomie. Pour peu qu’il ne soit pas considéré et décrit comme une simple version miniature du pénis.

    C’est grâce aux dons d’organes que deux bassins féminins sont étudiés. La chercheuse Ju-Young Lee et ses collègues du Centre médical universitaire d’Amsterdam ont réalisé des scans 3D en utilisant des rayons X à haute énergie, dit rayonnement synchrotron. Ces données uniques révèlent la trajectoire complexe du nerf dorsal du clitoris. Il est le principal nerf sensoriel. Elles font apparaître « les troncs nerveux dans le gland clitoridien ont été révélés, avec un diamètre maximal allant de 0,2 à 0,7 mm ». (Crédits : Ketut Subiyanto/Pexels)

    Femme, rire, extérieur

    Pendant qu’on nous parle partout de progrès, de visibilité, d’inclusion, d’équilibre, d’équité et d’attention portée aux femmes, à leur santé, à leur parole, à leur place. La nouvelle a quelque chose de délicieusement ironique.

    — Franchement, dit Caroline, on a réussi à faire du corps féminin un continent habité depuis des siècles… mais encore mal cartographié.

    — Oui. Et après, on s’étonne que tant de femmes aient grandi avec une idée brumeuse de leur propre anatomie, répond Clarisse, quant aux hommes, n’en parlons pas…

  • Hana et Naoya, ou la bougie dans le vent

    Hana et Naoya, ou la bougie dans le vent

    La bougie est souvent liée à l’imaginaire collectif. En Orient, comme en Occident, elle se réfère à de nombreuses croyances. Elle est symbole de spiritualité dans de nombreuses cultures. Elle représente souvent la vie ou l’âme humaine une fois allumée. Plongée dans un livre, Capucine est absorbée par les lignes qui défilent sous ses yeux amoureux. La jeune femme, en week-end à Berd’huis, est installée dans la bibliothèque de ses grands-parents, lové dans son crapaud. Elle rêve depuis longtemps à travers la plume des auteurs et autrices.

    Capucine est assise, enfin installée dans le crapaud rouge carmin. Les jambes pointent vers le haut, la tête est légèrement dans le vide. Elle porte son pilou-pilou gris souris, celui avec les oreilles de chat. Délicatement posée sur le vieux tabouret de bois, une tisane fumante, et sa bougie, fleur de cerisier. Elle embaume le salon. Dans ses mains, un livre. Celui de la légende japonaise : Hana et Naoya. « Elle adopte des positions pour lire qui me surprennent toujours. Je ne sais pas comment elle fait », souffle Sépa. « Oui. Cette fois, c’est véritablement original », répond Séki.

    À travers la flamme d’une bougie

    Il était une fois, au sein du hameau paisible Shirakawa-go, bordé par les montagnes et baigné par les brumes légendaires du matin, un conte que l’on murmurait au coin du feu, au cours de l’hiver. Il faut dire que, durant cette saison, le paysage se couvre d’un blanc manteau épais et cotonneux. Désormais réputé pour ses maisons traditionnelles, au toit de chaume, appelées gasshō-zukuri, et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme partout au Japon, contes et légendes y naissent.

    C’est l’histoire de deux âmes sœurs, liées par un amour profond et vulnérable, comme la lumière vacillante d’une bougie dans la brise printanière. Au sein des alpes japonaises, le temps qui dure est rude. Une vie de labeur, où les différences de rangs sociaux sont marqués. Mais revenons quelques temps en arrière.

    Elle porte le prénom d’Hana, une jeune femme à la beauté douce et à l’esprit libre. Ses cheveux soyeux et son teint impeccable attirent tous les regards. Lui, Naoya, était un artiste dont les toiles captent d’ores et déjà l’essence même de la nature : la fragilité des fleurs, la danse des feuilles sous le vent, la perfection des fleurs de cerisier. Leurs regards se croisent un soir d’automne, alors qu’une fête est donnée pour célébrer la récolte du riz.

    (Crédits : Petra/Pixabay)

    Ce soir-là, le vent souffle fort, et les bougies, dispersées çà et là, luttent pour leur survie. Hana et Naoya, au détour d’un regard, se virent dans la lueur tremblotante. Leurs mains se frôlent, un instant, une étincelle illumine le ciel étoilé. Mais leur amour est comme la bougie, aussi fragile que le vent lui-même. « La vie est une bougie dans le vent », chuchotait le vieux sage ayant capté cet instant bref et subtil. Hana et Naoya le comprirent.

    Le fragile destin

    Leur amour naît dans la douce lumière d’une bougie, mais tout autour d’eux, le vent souffle, menaçant d’éteindre ce fragile éclat. Ils ne sont pas du même rang social. Comme la flamme danse, leur relation est fragile. Ils se retrouvent la nuit, sous le ciel auréolé d’étoiles, et leur innocence est à l’image de leurs conversations, pleines de promesses que l’aube efface. Leurs échanges, tel le crépitement de la cire fondue, sont vivants et audacieux. Hana rêvait de voyager au-delà des montagnes, et Naoya voulait peindre l’immensité de la mer, telle La Grande Vague de Kanagawa.

    Mais un souffle plus prégnant amène avec brutalité le retour à la réalité de leurs rangs. Aucun des deux ne peut fuir cette réalité. Le vent incessant produit par leurs familles ignore l’amour naissant, qui hante et brouille leurs rêves.

    Ce vent, ce souffle inconstant, semble incarner la fatalité de leurs simples existences. Comme un amour d’adolescents, un soir d’été. Les jours passent. Les nuits s’éternisent. Chaque rencontre entre Hana et Naoya semble être la dernière. La bougie, leur bougie, toujours allumée, brûle la cire de leur amour, l’use, laissant place à l’ombre de leurs familles. Malgré tout, chaque instant, chaque battement d’ailes, chaque bruissement de feuille, chaque seconde de ce temps passé ensemble semblait précieux. Brûlant et plus vivant que tout ce qu’ils avaient vécu auparavant. (Crédits : Đức Thắng Hồ/Pexels)

    Un jour, une tempête violente s’abat sur le village. Le vent souffle si fort que toutes les bougies s’éteignent. Les flammes vacillèrent un dernier instant, et puis… Hana et Naoya se retrouvent dans le noir, séparés par la distance, par la vie, par le destin cruel de la lourdeur des protocoles. Si vous voyez des ombres perdues, tels des souvenirs effacés par la bourrasque de vent sur le sable, faisant bruisser les feuilles des arbres, chanter les oiseaux, asseoir le silence assourdissant d’un coucher de soleil, alors vous aurez eu la chance d’apercevoir Hana et Naoya. La flamme qu’ils avaient allumée possède l’éclat fragile qu’aucun vent, ni tempête ne pourrait vraiment éteindre. Quelle histoire souhaitez-vous vivre en allumant cette bougie posée sur votre table ?

  • La conférence de Berlin

    La conférence de Berlin

    Le 26 février 1885, une conférence prend fin. Elle est celle de Berlin, qui est déterminante pour comprendre le découpage actuel du continent africain. Le but premier est d’éviter de se déchirer, entre Européens, lors de la course à la colonisation. Bien entendu, aucun représentant de l’Afrique n’est présent à la conférence. L’objectif est, déjà il y a 140 ans, les ressources que ce continent offre. Ainsi il sera question d’un accord sur les règles de la colonisation, donc du partage du continent africain. Quel est le contexte de ces années ? Quelles sont les conséquences ? Est-ce la première colonisation ?

    Les conflits entre les ethnies africaines ne cessent depuis que sa souveraineté lui est ôtée. L’Afrique dépouillée de sa souveraineté et de son indépendance au profit des puissances occidentales, ici européennes. Le continent est assailli, scindé en colonies de dimensions disparates. Sa physionomie passée sous scalpel chirurgical offre un visage remodelé, sans tenir compte des entités politiques préexistantes. La colonisation débute en 1880. Avant plus de 90 % du continent est dirigé par des Africains. Vingt ans plus tard, l’Afrique entière, hormis le Liberia et l’Éthiopie, est sous domination européenne.

    Un partage de l’Afrique sans les Africains ?

    Bismarck, un couteau à la main, qui a la volonté de découper un gâteau estampillé Afrique est une image d’Épinal. Or, la rencontre diplomatique de quatorze nations, a tout de même contribué à définir les règles communes pour de futures acquisitions territoriales. Au XIXe siècle, la monarchie de Juillet en France intensifie ses efforts coloniaux avec la conquête de l’Algérie en 1830. Cette entreprise marque le début d’une présence européenne plus profonde sur le continent, dépassant les simples comptoirs côtiers pour s’étendre à l’intérieur des terres.

    Afrique, continent, superficie

    L’objet de la conférence de Berlin est de procéder au règlement pacifique des litiges aux conquêtes coloniales.

    La conférence de Berlin n’a pas pour objet le partage de l’Afrique, mais un mécanisme d’appropriation des ressources. « […] si on regarde les textes et la réalité de ce qui s’est passé à l’époque : il n’y a pas eu de partage de l’Afrique lors de la conférence de Berlin », explique l’historienne Camille Lefèbvre (Institut des mondes africains) en 2010 à DW.

    Pour autant l’Allemagne et la France forment le duo concernant l’organisation de ladite conférence. D’ailleurs, les discussions se déroulent en français, selon les règles de la diplomatie internationale de l’époque. Le motif est de déterminer les taxes et barrières douanières établies par le Portugal et le Royaume-Uni à l’embouchure du fleuve Congo.

    À mots couverts, la conférence de Berlin se voit attribuer de fixer les conditions de la prise de possession de terres nouvelles, la colonisation sans le dire.

    (Crédits : Magda Ehlers/Pexels)

    « On donne d’abord à une compagnie privée ou à des commerçants un droit spécial qui lui permet de travailler, de faire du commerce avec telle ou telle région. Et c’est seulement au fil du temps, dans les années 1880 ou 1890, que les États européens ont pris de plus en plus en main, avec leurs propres militaires, avec leur propre administration, des colonies privées », relate Jakob Vogel, professeur d’histoire à l’Université de Cologne à DW.

    Quelles sont les conséquences ?

    Les puissances européennes établissent des règles visant à éviter les conflits entre elles, lors du partage du continent africain. Cette conférence aboutit à une division arbitraire de l’Afrique, sans considération pour les réalités ethniques, culturelles ou géographiques : le colonialisme républicain. Cela pose les bases de nombreuses tensions et conflits qui perdurent encore aujourd’hui.

    C’est à travers quelques points que se dessine le futur. La déclaration sur le commerce dans le bassin du Congo, la traite des esclaves, la navigation sur les fleuves Congo et Niger et les conditions pour occuper de nouvelles terres sur le continent africain.

    Les dernières décennies du XIXe siècle, l’Afrique est l’objet de négociations. Des décisions diplomatiques engendrent des commissions envoyées sur place. Un bornage bien qu’européens, certains points sont « le reflet de dynamiques historiques anciennes et propres au continent africain ».

    Les violences des conquêtes nommées « pacification », existent dans un but simple : faire taire toute contestation. Au début du XXe siècle, le partage est complet, sauf pour l’Éthiopie et le Liberia qui conservent leurs indépendances.

    (Crédits : Erich Röthlisberger/Pixabay)

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    Tandis que la Première Guerre mondiale est sur le point d’éclater, les frontières des pays en Afrique sont créées. La défaite de l’Allemagne l’oblige à céder ses colonies. La France et la Grande-Bretagne se taillent la part du lion. Le Portugal, la Belgique, l’Espagne et l’Allemagne occupent des territoires moins importants, mais vastes. Les années 1960 voient l’émancipation des pays africains. Les frontières coloniales devenues intangibles sont adoptées par l’Organisation de l’unité africaine (OUA), sauf pour la création du Soudan du Sud en 2011.

    Première colonisation de l’Afrique ?

    Avant la Conférence de Berlin de 1884-1885, l’Afrique avait déjà été le théâtre de plusieurs vagues de colonisation. Dès le XVIIᵉ siècle, sous l’ancien Régime, des puissances européennes comme la France avaient entrepris des conquêtes coloniales, notamment en établissant des comptoirs le long des côtes africaines pour le commerce des épices, de l’or et des esclaves. Ces premières implantations étaient principalement motivées par des intérêts économiques et stratégiques, visant à contrôler les routes commerciales et à exploiter les ressources locales.

    Conférence, dessin, Berlin

    Pour autant l’Histoire indique que la migration des peuples à la recherche de terres fertiles pour leurs survies ne date pas d’hier. Les Égyptiens (vers -3000 av. J.-C.) influent sur la Nubie et le Soudan actuel. Les Phéniciens fondent Carthage (vers -1100), la Tunisie actuelle. L’Empire romain détruit Carthage et annexe l’Afrique du Nord.

    Une colonisation arabe du VIIe siècle au XVIe siècle, dû à l’expansion de l’Islam. L’Afrique du Nord est conquise, l’ouest est sous influence pour des routes commerciales transsahariennes.

    Les Européens arrivent qu’à partir du XVe siècle. Les Portugais établissent des comptoirs en Afrique de l’Ouest (Cap-Vert, Angola, Mozambique), Espagnols, Hollandais et Britanniques suivent pour le commerce des esclaves ou l’or. (Crédits : L’Illustration/BnF)

    Les Français et Anglais prennent pied en Algérie et Égypte. L’Afrique du Sud voit les Hollandais s’installer en 1652, puis les Britanniques en 1806 prennent le contrôle. La France s’empare de l’Algérie de 1830 à sa libération avec les accords d’Évian en 1962. Le canal de Suez est sécurisé par l’expansion des colons britanniques en 1882. L’Afrique est le théâtre de conflits, de guerres de territorialité et de prises de pouvoir depuis la nuit des temps. Mais l’Homme ne retient que sa propre histoire, sans forcément en tirer des leçons pour le futur, et à court terme.

  • La naissance de l’Académie française

    La naissance de l’Académie française

    Il y a près de quatre siècles que le cardinal de Richelieu signe les fondements de l’Académie française. Du haut Moyen Âge au début du XVIIe siècle le langage français prend ses lettres de noblesse. Il passe d’un état vulgaire à l’égalité en termes de dignité face au latin. L’évolution de la société admet les femmes à siéger au sein de l’institution. La première d’entre elles est Marguerite Yourcenar, en 1980. La première tentative est issue de Jean le Rond d’Alembert qui en 1760 propose la candidature de Julie de Lespinasse.

    En 1629, neuf personnalités décident de se rencontrer, une fois par semaine, chez l’une d’elles, Valentin Conrart. Le groupe littéraire, dit « cercle conrart » se rassemble au 135 de la rue Saint-Martin. Son domicile parisien s’impose, car il est le plus facile d’accès. La rue fait désormais face au Centre Pompidou. La première assemblée ayant fait l’objet d’un compte rendu signé par Conrart date du 13 mars 1634. Le nom usuel « Académie française » est adopté huit jours plus tard. Les membres se dénomment « académistes », puis « académiciens » dès le 12 février 1635.

    L’Académie française : un projet de Richelieu

    Quinze jours auparavant, le 29 janvier 1635, le cardinal Richelieu, ministre de Louis XIII, décide de donner un cadre officiel à ce cercle d’érudits : l’Académie française est née. Cette naissance est jalonnée d’étapes. La première se trouve être les serments de Strasbourg en 842. La seconde rédigée par François 1er en 1539, est l’ordonnance de Villers-Cotterêts. Né François d’Angoulême, il fait du français la langue administrative et judiciaire commune à l’ensemble du royaume. Le français remplace le latin.

    Académie, costume, France

    Richelieu est conscient de l’importance de la langue dans le rayonnement du royaume. Il officialise ces rencontres par un arrêt du Conseil et leur attribue un statut unique. L’Académie française, composée de 40 membres appelés les « Immortels » est née. Elle en compte depuis sa création 742. Sur les 36 sièges occupés, six sont occupés par des femmes (onze au total). Le fauteuil 3 est déclaré vacant depuis le 23 janvier 2025. La vacance n’est pas encore déclarée pour les 11, 14 et 22.

    Les missions de l’Académie : garantir l’unité et l’élégance du français. Au XVIIe siècle, la langue française est en pleine expansion en Europe. Richelieu saisit l’importance diplomatique et littéraire du français. Il peut devenir une langue diplomatique, à condition qu’elle soit rigoureusement codifiée. L’Académie devient un instrument stratégique de pouvoir « doux ». Cela renforce l’influence culturelle et politique de la France sur le continent européen. (Crédits : Glotz/Wikipedia)

    Dès ses origines, l’Académie française s’est vu confier plusieurs tâches essentielles. L’une d’entre elles, la rédaction d’un dictionnaire destiné à fixer et enrichir la langue vivante. Le premier « Dictionnaire de l’Académie française » paraît en 1694, marquant un tournant dans la normalisation du français. Aujourd’hui encore, l’Académie ne cesse de publier des éditions actualisées, reflétant l’évolution naturelle de la langue tout en préservant ses bases.

    Une évolution qui traverse les âges

    Depuis sa fondation, l’Académie française traverse monarchies, révolutions et républiques, en adaptant ses pratiques aux besoins de chaque époque. De nouvelles questions se posent aujourd’hui, notamment sur l’intégration de mots issus d’autres cultures ou de l’univers numérique. Mais, sa vocation reste inchangée : veiller sur la langue française tout en respectant son dynamisme et sa diversité. Le premier dictionnaire débute son écriture en 1638, il est achevé en 1694. La neuvième édition est achevée. Elle se compose de quatre tomes. Le premier de A à Enzyme (1992), de Éocène à Mappemonde (12/2000), de Maquereau à Quotité (11/2011), enfin de R à Z + addenda des tomes 1 à 3 (11/2024).

    Lors de sa dernière parution, elle heurte la sensibilité de certains. Un collectif de linguistes s’insurge à travers dix points.

    Dans une tribune publiée dans Libération, le collectif des Linguistes atterré relève qu’il manque des mots devenus courants tels que « coronavirus », « daron » ou « féminicide ». De plus il détermine « plus que contestables », la définition « d’hétérosexuel », qui est, selon l’Académie française, « relatif à la sexualité naturelle entre personnes de sexe différent ».

    Or la sexualité a pour vocation naturelle la perpétuité de l’espèce humaine, comme de toute autre espèce animale. L’être humain est un mammifère doté d’une certaine intelligence.

    (Crédits : sauvageauch0/Pixabay)

    Dictionnaire, mot, papier

    L’Académie française, à travers ses traditions et son engagement, illustre le lien profond entre langue, culture et identité nationale. Plus qu’un simple organisme, elle est un symbole vivant de la richesse de la langue française. La prochaine fois que vous utilisez un mot ou une expression française, vous penserez à cet héritage qui continue de façonner notre manière de penser et de communiquer.

  • Dans l’Œil du merlan frit !

    Dans l’Œil du merlan frit !

    Lorsque vous êtes l’habituée d’un endroit, vous avez la chance de pouvoir observer les allées et venues des protagonistes de l’histoire. Ipso facto, imaginez-vous une seconde travailler dans un bar dit de nuit. Étudiante le jour, et serveuse la nuit, entre le jour et la nuit, les visages se transforment. Vous êtes le témoin malgré vous des histoires lorsque vous suspendez le temps, juste un instant. Plongeons dans une comédie romantique rythmée par des expressions éloquentes.

    L’hiver annonce son arrivée, les marchés de Noël fleurissent à Nogent-le-Rotrou comme à Poitiers, sans oublier le mythique marché de Strasbourg. Quel plaisir de marcher, regarder les vitrines des commerçants, les produits de fête, le pain d’épice, le vin chaud… et pourquoi ne pas faire un tour dans une grande roue pour admirer votre ville.

    L’effervescence qui règne embaume le cœur des enfants, mais pas qu’eux. Chemin faisant, notre héros du jour décide de « mettre les bouts » vers un café éphémère de la place du marché de Poitiers. Descendant les escaliers des dunes, il remonte Grand Rue. Dans les souvenirs du service militaire de Sépa, son grand-père, elle foisonnait de boutiques et de magasins. Pas moins de quatre boulangeries, et un pâtissier de renom tout en haut, proche de la place du marché, un certain Gremillon.

    Les décorations de Noël sont en place, les artistes déambulent pour le plaisir des petits, les effluves de beignets, churros, pain d’épices, vin chaud… une quiétude et paix que les enfants, femmes et hommes pris au sein des conflits armés sur terre, aspirent à savourer.

    (Crédits : Skitterphoto/Pixabay)

    Mettre les bouts est une expression qui est tombée en désuétude. Elle date du début du XXe siècle, vers 1910. Les bouts pouvaient être remplacés par baguettes, bambous ou encore cannes. La métaphore évoque la forme des jambes en argot, alors l’expression « mettre les bouts » signifiait simplement partir en courant, comme mettre ses jambes à son cou. En Espagne, ils préfèrent « poner los pies en polvorosa ». Mais elle fait référence à la poussière soulevée par celui qui s’enfuit, comme l’histoire raconte la victoire du roi des Asturies, Alphonse III contre les sarrasins envoyés par l’émir de Cordoue au IXe siècle.

    Le regard de merlan frit

    Arrivant à la place du marché, où se tenaient les magnifiques halles – avant leur destruction en 1975 – il retrouve toute la bande. Arrivé le dernier, il se prêta au gage de passer commande au bar. Alors qu’il énuméra une à une les boissons choisies, il releva la tête et ne dit plus un mot lorsque la serveuse se retourna. Ce qui provoqua le fou rire de celle-ci. Le jeune homme tomba directement sous son charme, il avait trouvé son crush. Subjugué il retourna voir ses amis. Ils avaient choisi de venir dans ce troquet, connaissant les accointances de ce dernier en termes de beauté féminine.

    Complètement pris au dépourvu, il retourna prétextant une précision pour lui faire la cour. Épris de maladresse et transit d’amour pour la jeune femme aux cheveux de blé, il tenta une approche avec non pas le regard de biche, mais en lui faisant les « yeux de merlan frit ». Issue du cinéma muet, les mimiques des acteurs étaient exagérées. Les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit.

    La scène ne manquait pas de dramaturgie. « Les yeux chavirés d’une ridicule extase supposée symboliser une transe amoureuse, cette personne était comparée à un merlan frit. » Il révélait à son crush un mélange de séduction et de maladresse.

    (Crédits : Région Poitou-Charentes, inventaire du patrimoine culturel/Fonds Henrard)

    Faire les yeux de merlan frit remonte au XIXe siècle. Elle aurait été utilisée pour la première fois par Loredan Larchey en 1865. Fils d’un général de division sous Napoléon III, il étudie le droit, avant d’être canonnier au 7e régiment d’artillerie. Il est lexicographe archiviste et conservateur de la bibliothèque de l’Arsenal. Il est surtout connu pour son dictionnaire de l’argot. Rédacteur en chef et fondateur de La Petite Revue en 1863. L’expression tient des mimiques du visage : la bouche ouverte et, surtout, les yeux sortis des orbites et ressemblants à des billes blanches. Comme le devient un poisson grillé à la poêle.

    Amoureux déçu, mais joyeux drille

    Notre héros s’en allait affronter, fleur au fusil, en premier sa timidité. Puis en quête de conquête, il se dirigea vers le bar, légèrement désinhibé par son verre. Après deux trois secondes, la belle voyait clair le jeu du prétendant. Elle prit le temps de discuter et de rire.

    Comme le soldat, le jeune homme s’en allait conquérir, ou tenter de le faire, le cœur de son crush. La maladresse dont il faisait preuve attendrit la belle demoiselle. Ils échangèrent, rirent, et burent quelques verres avant que le jeune retrouve ses amis avides de réponses. Il fit une moue de désolation avec un large sourire, le tout avec une mine guillerette, sous l’effet de l’alcool.

    Le jeune homme devenu un « joyeux drille » avait le sourire jusqu’aux deux oreilles. Défait de sa tentative de conquête, la belle était déjà prise. Mais, elle appréciait son esprit chevaleresque et respectueux. Tant et si bien qu’ils finirent par boire des verres ensemble. Le denier fut un cocktail qui fait rêver les hommes et qu’adore les femmes pour différentes raisons : un orgasme.

    (Crédits : aliceabc0/Pixabay)

    Le drille était au XVIIe siècle un soldat. En argot le drille est le costume du militaire qui serait en lambeaux. Tantôt déserteur, tantôt militaire défait d’une bataille. Démunis, les drilles commettaient parfois des vols, des agressions pour subvenir à leurs besoins. Une fois qu’ils avaient les moyens de leurs ambitions, ils se retrouvaient dans les tavernes, mais joyeusement. D’où l’expression un joyeux drille, est désormais synonyme de personne joviale.

  • « Bonne fête Papa ! »

    « Bonne fête Papa ! »

    Sous le soleil de l’Orne, un paisible hameau répond au nom de Berd’huis. Nom loin de la rue Pinceloup, l’église du village prend place. Il est midi, lorsqu’Ozalee étreint son père Sépa. Le souffle coupé, non pas du fait de la fête commerciale, c’est l’attention qui tira une larme de crocodile au patriarche. Puisqu’elles sont souvent plus marquantes que les cadeaux eux-mêmes. Mais savez-vous à quand remonte cette fête ? Connaissez-vous son origine ? Moins démonstratifs, les pères ne sont pas insensibles aux attentions.

    « Bonne fête, Papaaa », sourit Ozalee en embrassant son papounet.

    « Merci ma fille », sourit-il, heureux.

    « Tu sais d’ailleurs… », commence-t-il à son accoutumé

    « Oui, mais cette fois c’est à mon tour », interrompit malicieusement son épouse Séki.

    « J’ai bossé dessus », sourit-elle.

    Alors que l’école tire sa saison à sa fin, petits et grands se remémorent les porte-clés, poèmes ou encore les fameux cendriers, même quand le père ne fume pas. Souvenez-vous la fierté d’offrir ce cadeau. Un sage dit, un jour, d’après mes sources : « Ce n’est pas le nombre de personnes qui vont goûter (aux gâteaux), mais le nombre de personnes qui pourront témoigner du geste ». Revenons à nos moutons, pardon… à nos pères.

    Le pape Pie IX photographié par Adolphe Braun le 13 mai 1875. Si la fête des Mères est inscrite dans la Loi, celle des Pères n’y est pas.

    Une semaine après les 24 h du mans qui voyait la victoire de Ferrari 58 ans après leur dernière, c’est le troisième dimanche de juin de fếter les darons, pères, papounet, papa… Dans les couloirs de l’histoire et du temps, la fête des Pères est née il y a plusieurs centaines d’années, au XVe siècle. Le pape Sixte IV décrétait par décision la fête religieuse des pères en 1479. Instaurée le 19 mars, six jours avant l’Annonciation, les catholiques célébraient Joseph, le père nourricier adoptif de Jésus. Elle perdure à cette date jusqu’au XIXe siècle, la Saint-Joseph était dédiée aux pères de famille. Jusqu’au pape Pie IX. Ce pontificat change la date au mois de juin.

    L’idée germe dans le cerveau de Marcel Quercia en 1949. Le coup de Poker de la marque Flaminaire a eu l’effet escompté. (Crédits : DR)

    Aux États-Unis, elle prend plus de présence à l’année 1910, quand Sonora Smart Dodd fille d’un ancien combattant William Jackson Smart veut honorer son père. En métropole, il faut attendre 1952 pour que Marcel Quercia, dirigeant de la société bretonne « Flaminaire » s’enflamme avec cette idée lumineuse. Cette fête des Pères s’étale sur le calendrier du 23 février en Russie jusqu’au 26 décembre en Bulgarie, 53 pays ont chois la même date du 18 juin. Date qui célèbre aujourd’hui le 83e anniversaire de l’appel du général de Gaulle depuis la BBC durant la Seconde Guerre mondiale. En Espagne comme au Portugal, la fête est restée attachée à la Saint-Joseph.

    En Italie le 19 mars sont fêtés les pères, comme en Espagne. Religieusement la date de célébration n’a pas changé. C’est le jour de « La Festa del papa » explique le site Tendance Poitou. Ils réalisent le gâteau le beignet de Saint-Joseph. (Crédits : Tendances-Poitou)

    À chacun son attention, des desserts, des fromages, des gâteaux, une simple attention à son intention, car le plus dur des métiers comme dit ma mère est celui d’être parent. « On fait de son mieux avec les outils que l’on a, sans jamais savoir si on fait bien. Il n’existe pas de repos, pas de dimanche, pas de vacances, pas de RTT… » Bonne fête à tous les Papas.

  • Insolite : La ligue contre l’abus des poignées de main

    Insolite : La ligue contre l’abus des poignées de main

    En ce jour du 20 mai 1923, un article dans L’Ouest-Éclair mentionnait l’étonnement. Le journaliste se prenait à rêver qu’une personne fonde la fameuse ligue contre l’abus des poignées de main. Il y a tout juste 100 ans, les microbes, virus et autres germes semblaient effrayer les Français. Il est vrai que la grippe dite « Espagnole » restait ancrée dans les mémoires. Cette pandémie fit 50 millions de morts. Le malaxage des phalanges, en signe de virilité, s’opérait une douzaine de fois par jour pour tout un chacun.

    Le salut diffère selon les époques. Dans le livre « Histoire de la politesse : de 1789 à nos jours », de Frédéric Rouvillois, il apparaît des phases distinctes. Son étude porte quatre périodes :

    • De 1789 à 1800 : l’âge de la Révolution
    • De 1800 à 1914 : âge d’or de la politesse bourgeoise
    • De 1914 à la libération : temps des ruptures
    • Après 1950 : ère des incertitudes

    Paul Olivier pour le quotidien expliquait que les médecins « sont tout disposé à proscrire, non seulement l’abus des poignées de mains, mais leur usage ». Il vient à comparer un champ de culture à une main. Mentionnant que les microbiologistes ont calculé que 80 000 bacilles par centimètre carré peuplent nos mains. Le journaliste prenait alors l’exemple de nos chers représentants du Peuple. « Un honnête citoyen ne distribue pas moins de douze poignées de main à la journée et je ne parle pas des députés et sénateurs qui y vont facilement de leurs douze douzaines… »

    Le libre-échangisme à la ronde des bacilles et des miasmes…

    La nudité du cou est comme celle des mains, elle ne dévoile pas au début du XIXe siècle. Le salut à la française, explique Frédéric Rouvillois « c’est à l’inférieur qu’appartient l’initiative : à l’homme, donc. »

    Au XIXe siècle, concernant la poignée de main, c’est tout le contraire. Selon les us et coutumes de l’époque, « c’est toujours à la femme qu’il revient de tendre la main la première ». La raison en est simple dans sa compréhension. « C’est la reine qui parle la première, et dans les rapports mondains, la femme est reine ».

    Oui toutes les femmes sont des reines, ce n’est pas moi qui le dis, mais Yannick Noah dans sa chanson Les Lionnes : « Mais tu sais les lionnes sont vraiment des reines ».

    La main d’une femme, donc d’une Reine, ne doit pas être saisie par l’homme. Lorsque l’homme serre la main d’une femme, cela doit être fait avec délicatesse, franchise. Ce geste doit se faire sans rapidité ni lenteur suspecte. Tout un art. (Crédits : nicnicnic78/Pixabay)

    Ce geste était réservé à de grands instants de la vie : fiançailles, mariage, départ pour les colonies, la guerre… Sauf que pour Paul Olivier le dégoût ou a précaution était de mise : « Voyez quelle effrayante circulation de pneumocoques ou de streptocoques favorise inconsciemment notre courtoisie ! C’est le libre-échangisme à la ronde des bacilles et des miasmes… »

    La poignée de main : tout un symbole

    Deux styles s’opposent, comme le french kiss, ou les french fries, le style à la française se répand sur terre.

    Pour les poignées de main, deux genres sont connus : la Française et le shake-hand à l’anglaise. Le jeu d’égal à égal fait de la poignée de main son symbole après la Révolution française. Pour autant elle est symbolique. Au temps des Romains, les protagonistes se saluaient comme le chef d’œuvre cinématographique « Ben-Hur » par une empoignade des avant-bras. Ils vérifiaient ainsi si une arme se dissimulait dans la manche.

    « Il y a des gens à qui je tends la main, mais à qui je ne la serrerais pas pour tout l’or du monde », évoquait un mendiant à Paul Olivier sur le parvis d’une église parisienne. La manière dont est effectuée la poignée de mains révèle beaucoup de choses sur les personnes concernées. (Crédits : Schorsch/Pixabay)

    Elles étaient interdites durant la période durant la période du SARS-CoV-2. Depuis cette période rare sont les personnes à se saluer de la même manière qu’avant. Fin février 2020, un article de L’Indépendant relate que la Ligue de football professionnel et la fédération prenaient des précautions. Deux années passent, le 28 juillet 2022 le président de la République française, Emmanuel Macron accueillait Mohamed Ben Salmane sur le tapis rouge à l’Élysée. Une longue poignée de main était échangée, mais cette visite divisait la classe politique française. La poignée de main est devenue incontournable au niveau de la communication politique. Elle évoque pour les plus âgés, la conclusion d’une vente, d’un accord par simple serrage de phalange, quand la parole d’un homme avait encore de la valeur…

  • Il y a cent ans… disparaissaient peu-à-peu les bateaux-lavoirs

    Il y a cent ans… disparaissaient peu-à-peu les bateaux-lavoirs

    Ils ne sont connus pour la plupart que des citadins. Le Paris-Midi titrait le 14 mai 1922 que « Paris n’a plus, sur la seine que 7 bateaux-lavoirs ». Ils étaient des pontons, de grandes embarcations ancrées à la rive d’un cours d’eau, transformé en lavoir public. Tandis qu’en province et partout en France, les petites mains s’affairaient dans le lavoir de la commune, quelle que soit la météo, à frapper le linge, le savonner, le rincer, souvent une journée entière.

    Un propriétaire constatait que le sien est le dernier dans le centre de la capitale. « Lorsque j’ai acheté le mien, il y a trente ans, le 1er arrondissement en comptait cinq. Aujourd’hui le mien seul subsiste », racontait-il. Lors de cet échange avec le journaliste, il s’entendait de la salle à manger ou se situait l’entrevue, les coups de battoir des laveuses. L’évolution de la société amenait peu à peu leur disparition. Les blanchisseries font leur apparition. Elles trustent la majeure partie du linge en le prenant directement au domicile, puis l’emportaient en banlieue pour un nettoiement.

    La moyenne est de 110 places par bateau-lavoir. Sur le Rhône, ils se touchaient presque tous, et se nommaient les « plates ». (Crédits : Paris-Midi/BnF/Gallica)

    Les gens déléguaient le nettoyage de leur linge sale, malgré que les habitants des quartiers préféraient le faire eux-mêmes, en choisissant les bateaux-lavoirs ayant accès à l’eau courante des rivières et fleuves. Le 14 mai 1922, le constat est amer pour les propriétaires. Il n’en reste que sept sur la Seine, et trois sur le canal Saint-Denis. Il était possible dans trouver en banlieue à Alfortville, Maisons-Alfort, Choisy-le-Roi, Saint-Denis, Saint-Ouen et Saint-Maur. Les revenus générés permettaient de les maintenir à flot, l’évolution de la société, les blanchisseries et le mode de vie des Français, laissent les bateaux-lavoirs dans les méandres des souvenirs.

  • J’ai un « bug » informatique

    J’ai un « bug » informatique

    Ne vous est-il pas déjà arrivé que ce soit en cours, au travail, chez vous… que le matériel informatique ne fonctionne plus, ou que l’écran reste figé, ou encore, à la fin d’une journée, votre ado, interloqué, vous dise « JPP, askip ma gow a poucave »… Oui, c’est effectivement à cet instant que vos neurones s’entrechoquent, se nouent et qu’à la fin votre cerveau « bug ». Rassurez-vous, ce n’est que passager. Car chaque problème possède sa solution, autrement, il n’y a pas de problème. Mais, connaissez-vous l’origine de ce terme ?

    Selon le Cambridge Dictionnary, le mot bug signifie un tout petit insecte. S’exprimer par « J’ai un bug informatique » signifierait que vous possédiez un insecte informatique ? Non, c’est plus simple que cela. Mais, que vient faire un insecte dans le monde informatique ? La légende prend date au mardi 9 septembre 1947, à 15 h 45 précise. C’est-à dire que dans 163 jours, à partir du 30 mars 2021, soit le 9 septembre 2021, cela fera 74 ans, soit 648 684 heures, donc 2 335 262 400 secondes… Vous avez buggé, pardon, boggué !

    Vous avez-dit « bug »

    C’est à cette date que l’informaticienne Grace Hopper, travaillant à l’université d’Harvard aux États-Unis, trouve un papillon de nuit dans le calculateur Mark II. Composé de relais électromagnétiques, le papillon s’était bloqué dans l’un d’eux. Il provoquait un court-circuit mettant en défaut l’ordinateur. Le premier « bug » de l’histoire informatique était né, il n’en faut pas plus pour construire une légende.

    Bug, papillon, informatique

    Plus surprenant, si l’attribution de la maternité du mot « bug » est fréquente envers l’informaticienne et officier Grace Hopper (1906-1992), or cette mention apparaît déjà dans les notes de l’inventeur Thomas Edison (1847-1931) explique Isabelle Collet. Dans « Les oubliées du numérique », la professeure en sciences de l’éducation rappelle que « ce terme était déjà en usage pour désigner une panne au temps de Thomas Edison ».

    Voici l’image, conservée à la Smitsonian Institution, du premier cas réel de bug. (Crédits : Smithsonian Institution)

  • Les secrets du Petit-Beurre

    Les secrets du Petit-Beurre

    Il est possible que vous ayez déjà croqué dans le fameux et désormais culte petit-beurre de LU, sans savoir que le hasard n’est en rien à l’origine de la forme du biscuit. Hormis le fait qu’il fut inventé en 1886 par Louis Lefèvre-Utile – vous comprenez mieux le LU – et que la production avoisine les 9000 tonnes chaque année, soit un milliard d’unités, il y a des choses que vous ne soupçonnez pas. Si, comme chaque enfant, vous commencez par croquer les quatre côtés, vous vous approchez du secret bien gardé.

    Un peu d’histoire auparavant. C’est à l’origine une rencontre entre deux artisans-biscuitiers, Jean-Romain Lefèvre et Pauline-Isabelle Utile, en 1846. Deux années plus tard, la maison LU naquit au 5, rue Boileau, à Nantes. C’est aussi une source de fautes d’orthographe pour les écoliers. La gourmandise promet le pluriel, car en manger un seul est triste. Il s’écrit donc Petits-Beurre.

    La qualité et le travail paient

    En 1882, à l’exposition de Nantes, la maison LU remportait la médaille d’or. Dix-huit printemps passent lorsque la consécration internationale frappe à la porte. Lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris, la maison nantaise reçoit l’unique grand prix décerné à la biscuiterie.

    C’est vers l’année 1886 que leur fils Louis s’inspire d’un napperon pour dessiner celui qui deviendra le véritable Petit Beurre. Regardez bien le biscuit pour mieux cerner l’inventivité du créateur. « Il possède quatre oreilles traduisant les quatre saisons, 52 dents pour le nombre de semaines dans une année et 24 points pour les heures de la journée, ingénieux, non ? »

    Le Petit Beurre, de la marque LU, est désormais détenu par Mondelēz, multinationale agroalimentaire américaine. (Crédits : DR)