Il y a cent ans… un sursis accordé à l’Allemagne

Après un conflit d’une telle ampleur que fut la Première Guerre mondiale, les belligérants vaincus ont des compensations à attribuer aux autres. La somme consentie était importante. Le ministre français des Finances de l’époque, Louis Lucien Klotz, se félicitait : « les contribuables n’ont pas à s’inquiéter, l’Allemagne paiera ». Ainsi la commission des réparations donnait à l’Allemagne un délai pour accepter les conditions, qui se clôturait le 31 mai 1922 minuit.

Or le chancelier du Reich, le docteur Joseph Wirth, adressait une lettre en ce sens le 28 mai, trois jours avant l’ultimatum. Elle comportait un texte principal de six feuillets dactylographiés et d’annexes au nombre de huit. Le gouvernement allemand proposait d’examiner en fonction des bases suivantes :

  • L’état de la dette flottante du 31 mars 1922 est considéré, à partir d’aujourd’hui comme le montant maximum normal de la dette
  • Si, au 30 juin 1922, comme au dernier jour des mois suivants, le montant de la dette flottante est dépassé, des mesures seront prises pour que l’excédent soir remboursé dans le trimestre suivant. Soit à l’aide des recettes dépassant les recettes, soit par l’intermédiaire de crédits, sans accroître l’inflation
  • Dans le cas où le montant normal maximum de la dette est dépassé, le gouvernement envisagera un accroissement des impôts, si plus de six mois de l’année fiscale se sont écoulés, le gouvernement fera en sorte que le rendement ne soit pas inférieur à l’excédent de dépenses constatées
La commission regrettait que le gouvernement allemand ne commençait pas plus tôt à prendre ces décisions. (Crédits : BnF/Gallica/Le Petit Journal)

Elle rappelait que « le sursis actuellement confirmé demeure susceptible d’être annulé à tout moment, conformément au dernier paragraphe in fine de la décision no 1841, si la commission arrive ultérieurement à la conviction que l’Allemagne a manqué à remplir les conditions prescrites, sans préjudicier aux pouvoirs généraux qu’elle s’est réservés dans ledit paragraphe, la commission se réserve expressément le droit d’annuler le sursis. »

132 milliards de marks-or

La commission des réparations en avril 1921 évaluait le montant à payer à 132 milliards de marks-or. La rancune est tenace, depuis la guerre Franco-prusienne. Si la facture est très lourde, elle est aménageable, Clemenceau n’a cependant pas oublié les 5 milliards de francs-or réclamés alors par Bismarck, après la guerre de 1870. La commission étalait donc le règlement de la dette. L’Allemagne devra d’abord acquitter 50 milliards de marks sous forme d’annuités de 2 milliards, puis elle évaluera au cas par cas l’état de l’économie allemande, pour solder la suite du paiement. Sauf que l’histoire est faite de femmes et d’hommes.

Hermann Josef Abs signe l’accord de Londres sur les dettes extérieures allemandes le 27 février 1953. (Crédits : DR)

Si l’Allemagne cessa tout règlement suite à l’arrivée au pouvoir des nazis, elle bénéficiera d’une annulation conséquente de sa dette (environ 63 %) avec les accords de Londres, le 27 février 1953. « Les trois pays sont d’accord que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. Les trois pays sont convaincus que le gouvernement fédéral allemand partage leur position et que la restauration de la solvabilité allemande est assortie d’un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne ». Ainsi le dimanche 3 octobre 2010, pour le 20e anniversaire de la réunification allemande, et près de 92 ans après la fin de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne a fini de payer les réparations imposées par les Alliés.

Fidel Plume

Équilibriste des mots, j'aime à penser qu'il existe un trésor au pied de chaque arc-en-ciel. Un sourire éclaire la journée de la personne qui le reçoit. Elizabeth Goudge disait : « La gratitude va de pair avec l'humilité comme la santé avec l'équilibre. »

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