Société

Le clitoris, ou le long retard de la connaissance

Vingt-huit ans plus tard, le clitoris a enfin sa carte, son anatomie complètement cartograĥiée. Cette nouvelle peut paraître anecdotique au vu des informations qui occupent les journaux télévisés. Pourtant, c’est une petite révolution. Alors que peu de personnes découvrent le bouton du plaisir féminin, combien de femmes connaissent leurs anatomies ? Les recherches menées à Amsterdam apportent un éclairage nouveau sur un organe féminin qui, jusqu’à preuve du contraire, est exclusivement dédié au plaisir.

Tandis que Capucine rentre de cours, elle surprend une discussion entre lycéennes qui lui semble lunaire. « Attends… quoi ? Vingt‑huit ans après ? » Les scandales et procès étant monnaie courante ces derniers jours, elle n’y prête pas plus attention que ça… jusqu’au mot qui sonne comme un glaive : Clitoris. Intriguée, elle se glisse dans la peau d’une journaliste.

Vingt-huit ans plus tard, le clitoris a enfin sa carte…

Discrètement, elle suit deux copines jusqu’au café. Le duo tombe sur l’info : « le clitoris a enfin été cartographié avec précision, près de trente ans après l’organe masculin ». Elles rient un peu, s’en étonnent beaucoup, et finissent par mettre le doigt sur un marronnier médical. Le corps de la femme a longtemps été un sujet sur lequel la science a progressé avec du retard.
— Attends… quoi… 28 ans après ? demande Caroline

— Le pénis avait sa cartographie depuis presque trente ans, et là, on découvre à peine celle du clitoris, relate Clarisse

— Oui. Apparemment, même pour l’anatomie, on était sur liste d’attente.

Femmes, rire, téléphone

Une fois assise, l’une d’elles relève les yeux de son téléphone, mi-amusée, mi-agacée. En face, son amie éclate de rire. Pas un grand rire moqueur, mais ce rire très féminin, très connu, qui sert à accueillir une absurdité sans s’énerver tout de suite.

— C’est quand même fascinant, dit la première. On vit à l’époque des applications qui savent quand tu dors mal, des montres qui analysent ton stress, de l’IA qui rédige un courriel en huit secondes… et on découvre encore le corps des femmes… avec trente ans de retard.

— Mais non, voyons, répond Clarisse. On fabrique une carte routière, pour ceux qui ne le trouvent pas.

(Crédits : Guillermo Berlin/Pexels)

Les deux sourient. Et puis il y a ce silence. Celui où l’on perçoit soudainement une nouvelle surprenante, voire insolite. Une chose intime, quelque chose de plus ancien, de plus profond, de plus familier aussi. Car enfin, la question mérite d’être posée : comment un organe dédié uniquement au plaisir a pu autant de temps être ramené à une simple excroissance. Excroissance que l’on mutile encore, qui n’est autre que le cheval de bataille du prix Nobel de la paix de 2018, le Docteur Denis Mukwege.

Il est l’un des organes les moins étudiés du corps humain. Car de nombreux tabous culturels freinent depuis longtemps la recherche scientifique. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’il fait son apparition dans les manuels d’anatomie. Pour peu qu’il ne soit pas considéré et décrit comme une simple version miniature du pénis.

C’est grâce aux dons d’organes que deux bassins féminins sont étudiés. La chercheuse Ju-Young Lee et ses collègues du Centre médical universitaire d’Amsterdam ont réalisé des scans 3D en utilisant des rayons X à haute énergie, dit rayonnement synchrotron. Ces données uniques révèlent la trajectoire complexe du nerf dorsal du clitoris. Il est le principal nerf sensoriel. Elles font apparaître « les troncs nerveux dans le gland clitoridien ont été révélés, avec un diamètre maximal allant de 0,2 à 0,7 mm ». (Crédits : Ketut Subiyanto/Pexels)

Femme, rire, extérieur

Pendant qu’on nous parle partout de progrès, de visibilité, d’inclusion, d’équilibre, d’équité et d’attention portée aux femmes, à leur santé, à leur parole, à leur place. La nouvelle a quelque chose de délicieusement ironique.

— Franchement, dit Caroline, on a réussi à faire du corps féminin un continent habité depuis des siècles… mais encore mal cartographié.

— Oui. Et après, on s’étonne que tant de femmes aient grandi avec une idée brumeuse de leur propre anatomie, répond Clarisse, quant aux hommes, n’en parlons pas…

Elise Dardut

Épicurienne, je reste une jeune femme à l’aise dans son corps et dans sa tête. Je pense par moi-même, j’agis par moi-même, j’entends les conseils et n’écoute que mon intuition. « Le jour où l’homme aura la malice, la finesse et la subtilité de la femme, il sera le roi du monde… mais ce n’est pas pour demain », me chantait mon grand-père. Il m’a appris que « les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse. » (Coco Chanel) Depuis, je m’évertue, pour qui veut bien entendre et écouter, à distiller des graines ici et là, au gré du vent. Un proverbe indien explique que « si vous enseignez à un homme, vous enseignez à une personne. Si vous enseignez à une femme, vous enseignez à toute la famille » Il est temps d’inverser les rôles et admettre l’équité, non ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *