Blog

  • Wazawaka arrêté à Kaliningrad

    Wazawaka arrêté à Kaliningrad

    Mikhail Pavlovich Matveev, est appréhendé par les forces de l’ordre russes. Célèbre programmeur et cybercriminel, il est poursuivi pour avoir conçu un programme pour chiffrer les données d’un système d’information, autrement dit un ransomware. Connu sous les pseudonymes Wazawaka, m1x, Boriselcin, unc1756, Uhodiransomwar et Orange, il est recherché par le FBI. Les autorités américaines offrent jusqu’à 10 millions de dollars pour les informations conduisant à son arrestation.

    Mikhail Pavlovich Matveev est associé, selon l’acte d’accusation du FBI, à de nombreuses variantes de ransomware, à savoir Lockbit, Babuk et Hive. Vendredi 29 novembre 2024, le bureau du procureur à Kaliningrad qui n’a pas encore communiqué de détails sur l’identité de l’individu le décrit comme un « programmeur ».

    « À l’heure actuelle, l’enquêteur a recueilli des éléments de preuve suffisants, l’affaire pénale avec l’acte d’accusation signé par le procureur a été renvoyée au tribunal central de district de la ville de Kaliningrad pour examen sur le fond », a déclaré le ministère russe de l’Intérieur dans un communiqué, relate Bleepingcomputer.

    Les communiqués des autorités américaines indiquent qu’en juin 2020, il aurait avec LockBit déployé des ransomware sur le réseau d’un organisme des forces de l’ordre dans le comté de Passaic, dans le New Jersey.

    En avril 2021, avec le ransomware Babuk, il aurait ciblé les systèmes du département de la police métropolitaine à Washington, D.C. et de l’attaque du Colonial Pipeline revendiqué par DarkSide.

    (Crédits : FBI)

    Puis en mai 2022, avec Hive, il est accusé d’avoir chiffré les données contenues dans les systèmes d’information d’une organisation de soins de santé dans le comté de Mercer, dans le New Jersey. Mikhail Pavlovich Matveev est inculpé en vertu de la partie 1 de l’article 273 du Code pénal de la Fédération de Russie, il risque jusqu’à quatre ans de prison. Le tribunal de Saint-Pétersbourg a rendu son verdict dans l’affaire des quatorze accusés dans l’affaire du ransomware REvil. Quatre membres du ransomware REvil écopent au mois d’octobre 2024, de peines allant de 4 ans et demi à 6 ans de réclusion criminelle.

  • De retour à la maison (Épis. final)

    De retour à la maison (Épis. final)

    La journée la moins agréable de son séjour est arrivée. Ce lundi quatre mars deux mille vingt-quatre, il se réveille aux aurores. Levé à 7 h 30 ce matin, il me reste à réussir à tout caser dans mon sac, songe-t-il. Bien que cette fois je n’ai plus les lyophilisés, j’ai quelques souvenirs plus volumineux à faire rentrer. Sa tocante affiche 8 h 45 quand il dit au revoir à Clémentine et Gonzalo, qu’il remercie une nouvelle fois chaleureusement. Puis, il s’en va chargé comme une mule.

    Après avoir déniché une boulangerie, où je mange les moins bonnes viennoiseries de mon voyage, je passe une dernière fois à Scotia Bank pour retirer 5000 pesos. En effet le billet de 2000 est très bien dessiné. Le seul moyen de repartir avec est de faire de la monnaie sur 5000… Désormais habitué, il prend le métro, comme si de rien n’était, mais dans le sens inverse de la veille. À l’endroit même où le bus m’a déposé hier je suis censé y trouver une navette qui va à l’aéroport pour la modique somme de 2000 pesos. Et à peine suis-je sorti du sous-terrain que je grimpe dans l’autobus qui part aussitôt.

    Perturbé il se trompe d’arrêt et doit faire une nouvelle fois marcher. 1,5 km pour rejoindre le terminal international de l’aéroport de Santiago. Là-bas tout s’enchaîne très bien et après seulement une demi-heure d’attente en salle d’embarquement je monte dans l’avion de la compagnie LATAM direction São Paulo vers 12 h 15.

    Durant les quatre heures de vol, je passe la majeure partie du temps à tenter de rattraper les journées non écrites de ce récit. Arrivé à São Paulo il fait plus de 32 °C, mais je n’ai pas le temps d’y penser. Sauf peut-être à l’arrivée à Paris et ses cinq petits degrés. Je n’ai qu’une heure pour ma correspondance avec le vol de Paris. Le temps, une nouvelle fois, de passer la sécurité aéroportuaire et d’aller aux toilettes, je monte dans un aéronef pour cette fois onze heures de vol. (Crédits : Dendroseris littoralis — Asteraceae, endémique de l’île Santa Clara/Flavien Saboureau)

    Alors qu’il est 19 h quand j’écris ces lignes, il fait déjà nuit noire sur le Brésil, étonnant comme fuseau horaire… Pendant ce temps-là, Flavien espère que son sac à dos a bien été chargé dans la soute de l’avion, lors de l’escale. Ce mardi 5 mars 2024, j’arrive à l’aéroport Charles de Gaulle. Le soleil se cache derrière des nuages parisien. Comme prévu, la température avoisine les 5 °C, mais un vent rafraîchit et abaisse la température ressentie. En attendant le train pour Poitiers, c’est la reprise de lecture des nombreux e-mails. « Ça y est, 106 jours plus tard l’aventure se termine. Après 38 000 km, dont près de 1 500 à pied, il est tant de rentrer dans le Poitou, à Lavausseau et de retrouver famille et amis. Il va falloir renflouer les caisses aussi… »

  • Et après le procès Pelicot ?

    Et après le procès Pelicot ?

    Depuis plusieurs années, les affaires de violences sexuelles prennent une ampleur médiatique accrue. Parmi elles, des cas emblématiques et mondialement relayés comme le procès dit Pelicot, impliquant des viols multiples avec de nombreux individus. Mais également des dossiers jugés avec les 20 ans de réclusions criminelles à l’encontre de Jean-Philippe Desbordes, soulèvent des interrogations sociétales. L’affaire Weinstein déclenche le #MeToo, quel sera l’impact des affaires Pelicot et Desbordes ?

    Ce qui émerge aujourd’hui, c’est le choix de victimes de refuser le huis clos pour revendiquer leur droit à la parole et sensibiliser l’opinion publique. C’est aussi un moyen de changer le point de vue, d’être véritablement des victimes, et non plus la cause des crimes perpétrés à leur encontre. La levée du huis clos à la demande de Gisèle, dans le procès de Dominique Pelicot et ses cinquante co-accusés, n’est pas la première fois dans l’histoire judiciaire française.

    La fin du silence

    L’affaire des « viols de Mazan » met en lumière l’ampleur des agressions sexuelles dans notre société. Elle met en lumière la prise de conscience, voire jusqu’à l’exagération, grâce au choix de la victime, que les débats soient publics. Désormais, les victimes, loin de se terrer dans la discrétion, décident de témoigner pour dénoncer et obtenir justice. Les affaires de Mazan, Desbordes sont malheureusement deux cas parmi les très nombreuses affaires de viols et d’agressions sexuelles, révélées ou non.

    En 2023, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 114 000 personnes sont victimes de violences sexuelles. « Parmi ces victimes, près de 84 000 victimes ont subi ces violences en dehors du cadre familial ou conjugal, soit 74 % des victimes de violences sexuelles. »

    D’autant que la majorité des victimes enregistrées pour violences sexuelles hors cadre familial sont des femmes, dont plus de la moitié sont mineures. C’est pourquoi, lorsqu’elles portent plainte, elles choisissent ou ne s’opposent pas à la mise en place du huis clos.

    Ces affaires montrent comment le huis clos, autrefois perçu comme protecteur, peut être aujourd’hui vécu comme un frein à la reconnaissance des victimes. Claudine Cordani est la première victime de viol mineure, en 1985 à refuser le huis clos en France.
    (Crédits : CQF-avocat/Pixabay)

    Lorsque le juge d’instruction lui demande pourquoi elle ne veut pas de huis clos, Claudine répond : « Parce que c’est pas à moi d’avoir honte, et je voulais que tout le monde le sache. C’est pas parce que des gens pensent nous salir, ou pensent que nous avons été salies, qu’il faut que nous, nous le croyions. Et pour ne pas le croire, il faut le dire à tout le monde. Dans un viol, qui doit avoir honte ? Les violeurs, point. Les choses sont super claires, faut pas essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. »

    Un rejet croissant du huis clos

    Les audiences à huis clos, initialement conçues pour protéger les victimes, semblent être en question. Le huis clos est prononcé « […] lorsque les poursuites sont exercées du chef de viol ou de tortures et actes de barbarie accompagnés d’agressions sexuelles, le huis clos est de droit si la victime partie civile ou l’une des victimes parties civiles le demande ; dans les autres cas, le huis clos ne peut être ordonné que si la victime partie civile ou l’une des victimes parties civiles ne s’y oppose pas. […] »

    Claudine Cordani est « violée par trois hommes près du canal de l’Ourcq à Paris. Elle est ensuite séquestrée et violée à nouveau dans un appartement du nord parisien. »

    Réussissant à s’enfuir, elle rencontre deux individus qui ont eu des altercations avec ses violeurs le matin même. Ils lui donnent leurs noms, elle porte plainte. « Ils m’ont donné tous les éléments pour que la police puisse retrouver mes agresseurs très rapidement et c’est ce qui a été le cas. » Ils sont pris en flagrant délit.

    Lors du procès, elle est la première victime en France à lever le huis clos. Elle prend cette décision en 1985, alors qu’elle n’a que dix-sept ans. « À l’époque, ça ne se faisait pas de lever le huis clos dans les affaires de viol, le président de la cour était furieux », explique son avocat au moment du procès, Me Alain Mikowski.

    Deux des accusés sont condamnés à 10 et 12 ans de prison, plus de trente ans avant #MeToo.

    En décembre 1980, le viol, considéré comme un délit jusque-là, devient un crime suite à l’affaire du viol d’Anne Tonglet et d’Araceli Castellano défendues entre autres par l’avocate Gisèle Halimi.

    Similairement, l’affaire Desbordes, où des faits d’agression de barbarie et de viols se sont déroulés dans le cadre familial et sportif.

    « J’ai subi des viols, de la maltraitance physique et psychologique, de la privation de nourriture. On a beaucoup souffert », confie Néguineva Momeni, l’une des trois victimes, à l’ouverture du procès.

    (Crédits : Pavel Danilyuk/Pexels)

    Il écope de 20 années de réclusions criminelles quand son ex-compagne est, elle, reconnue coupable de complicité dans l’exécution des viols, part en prison pour cinq ans. Ils sont inscrits au fichier national des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

    Des enjeux multiples

    Les affaires « Pelicot » et « Desbordes » ne sont pas de simples faits divers : elles sont le reflet d’une mutation, où la parole libérée des victimes devient un levier de transformation sociale. Pour les victimes, refuser le huis clos, c’est aussi regagner un contrôle sur leur récit. C’est aussi un moyen de transformer cette expérience de souffrance en résilience et de revendication. Les souffrances de la victime ne sont pas au cœur du procès pénal.


    Le condamné est reconnu coupable des torts causés envers la société. Les victimes et leurs souffrances ne sont prises en compte que si la victime se constitue partie civile grâce au versement de dommages et intérêts. La science comme le terme de victimologie apparaît à la fin des années 1940.

    C’est dans les années 1970, sous l’influence des mouvements féministes qu’une seconde tendance émerge. « […] Elle ne cherche plus à expliquer la genèse du crime, mais à traiter la souffrance des victimes. […] La victimologie participe à l’approche scientifique d’un phénomène de société : la victimisation des femmes »1, explique Anne-Blandine Caire, professeur de droit privé et de sciences criminelles et Margaux Camous, attachée temporaire d’enseignement et de recherche, doctorante en droit privé et sciences criminelles.

    Il existe désormais une redéfinition du statut de la victime. Elle n’est plus uniquement vue au travers de sa relation à l’auteur. Désormais, elle se constitue en rapport à une société qui la reconnaît dans son identité et sa souffrance en qualité de victime. Un autre point de droit apparaît, le consentement. Le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, Chypre, l’Espagne, la Suède ou l’Islande, le consentement est introduit juridiquement. Des lois exigent un consentement explicite pour les actes sexuels. Depuis le 1er juillet 2018, la Suède adopte une législation sur les infractions sexuelles fondées sur le volontariat explicite, pour que les actes sexuels ne soient pas considérés comme des infractions pénales. Sans consentement franc, vous pouvez être condamné pour viol par négligence ou négligence sexuelle.(Crédits : DR)

    Le refus du huis clos marque une étape décisive dans la lutte contre les violences sexuelles. En exposant leur vérité au grand jour, les victimes ne cherchent pas seulement une réparation personnelle : elles ouvrent la voie à un changement sociétal plus profond. Elles ouvrent la voie pour que la honte change de camp. Il appartient désormais aux institutions, mais aussi à chacun de nous, d’écouter avec attention et d’agir pour prévenir ces drames, sans pour autant confondre tribunal des réseaux sociaux et tribunal judiciaire.

    1. « De quelques spécificités victimologiques de l’affaire Pélicot » Publié sur Actu-juridique. ↩︎
  • Derniers instants au Chili (Épis. 45/46)

    Derniers instants au Chili (Épis. 45/46)

    Ce matin, Flavien accuse le coup. La fatigue des cent derniers jours, l’accumulation des sentiments divers et variés, les kilomètres parcourus, les dénivelés emmagasinés… font que le moteur a du mal à s’enclencher. Mais il y a aussi le ressenti du continent sud-américain qui, de par sa population attachante, rend le départ de Flavien compliqué. Un jour à Valparaíso, le retour à Santiago du Chili pour récupérer ses affaires, puis la traversée de l’atlantique.

    « Je prends le petit déjeuner à l’auberge, mais j’éprouve de la difficulté à démarrer. Je ne pars qu’à 10 h 30. De toute façon ici la vie citadine ne commence qu’à midi », souffle-t-il. Un programme de découverte s’impose tout de même. « Ce matin, ou plutôt cette fin de matinée je visite le quartier coloré de Bellavista ; au passage je parcours quelques marchés artisanaux à la recherche de cadeaux pour mon retour. »

    Récupération des affaires chez Clémentine et Gonzalo

    Ensuite, l’heure de midi oblige, il se restaure dans un parc culturel, très sympa ajoute-t-il. Après le repas, rien de tel que de faire une pause salvatrice. « J’en profite pour faire la sieste. La semaine, très chargée, sur l’île de Robinson Crusoé m’en a fait oublier l’existence. » Après être rentré à l’auberge pour consulter les horaires de bus, « je prends la ligne de Viña del Mar, la station balnéaire chilienne à seulement quelques kilomètres ».

    Plage, sable, océan

    « Le chauffeur conduit comme un malade, la porte ouverte, à la recherche de clients », s’effraie Flavien. Attiré par les musées comme un papillon par les lumières, il ne rate pas une occasion de parfaire sa culture. « Au vu du monde qui annonce se rendre au musée, le Francisco Fonck, semble valoir le coup », bien qu’hésitant. Toujours suivre son instinct dit le sage. « Je ne me suis pas trompé. Il évoque aussi bien l’histoire naturelle qu’archéologique du pays. Centré sur la civilisation de l’île de Pâques, on peut même y croiser un vrai Moaï à l’entrée. »

    Ensuite, Flavien est à la recherche de sa désormais habituelle glace. « C’est blindé de monde », note-t-il en prenant la direction de quelques bâtiments historiques. Son escapade se termine, quelques heures plus tard en retournant sur Valparaíso. (Crédits : Stephanie Melgarejo/Pexels)

    En quête d’un restaurant, un rabatteur convainc de rentrer dans le sien. « Je mange d’excellents raviolis au saumon, mais je m’arrête là, ce n’est pas forcément donné. » Avant de rentrer à l’auberge, il flâne dans la ville, de nuit cette fois. Demain c’est son dernier jour avant de passer l’entièreté de son temps dans les aéroports.

    La fatigue se fait sentir

    Comme la veille, et ce malgré un bon petit déjeuner, le décollage est de plus en plus dur. « Je ne sais pas trop quoi faire avant de prendre le bus pour Santiago. Nous sommes dimanche, le Muséum d’histoire naturelle est malheureusement fermé. » Par défaut, il opte pour le musée de l’armada chilienne. Affublé de ses affaires, après quelques dizaines de minutes de marche « je découvre le bâtiment très impressionnant avec une vue donnant directement sur le plus important port du pays. »

    Il visite durant deux heures, mais serait volontiers resté plus longtemps « si je savais parfaitement lire l’espagnol ». Après avoir égrainé de nombreux musées, il touche du bout du doigt l’histoire chilienne.

    À peine s’être extirpé du musée, qu’il associe le nom de capitaines de navire avec ceux des rues. Après avoir mangé ce qui est sûrement son ultime completo, sur le sol chilien, direction la gare routière. « Il y a plus de 3 km », comme si trois mille mètres pouvaient effrayer ce marcheur invétéré.

    Quarante minutes à parcourir une dernière fois les rues de cette ville. Pour 4 500 pesos seulement, le voici dans le bus en route pour la capitale. « J’ai le temps de rattraper mon retard d’écriture sur mon journal de bord », réfléchit-il. (Crédits : Rodolfo Ditzel Lacoa/Wikipedia)

    Hot-dog, chili, repas

    À son plus grand étonnement, c’est la compagnie française Flixbus qui assure le transport jusqu’à Santiago. Le terminus est annoncé. « Les deux heures de trajet sont partagées entre rédaction et sommeil… Je ne suis pas déposé à la même gare routière que la dernière fois, mais je connais bien le métro désormais. »

    Dernière soirée sur le continent

    Comme le ferait un Chilien, à travers le métro, il se faufile, pour arriver à sa destination. À 16 h 45, il frappe à la porte de Clémentine et Gonzalo. « Ils m’accueillent, mais je ne tarde pas à repartir pour aller acheter des souvenirs pour la famille. » L’hospitalité qu’ils ont démontrée à l’égard de Flavien l’a touché. Faute d’avoir pu trouver une plante à leur offrir, il n’est pas botaniste pour rien, il les remercie chaleureusement. Ils visitent Cerro Santa Lucia. C’est l’un des parcs les plus courus de la capitale.

    Avant l’arrivée des Espagnols au XVIe siècle, les Mapuches l’appelaient Huelén, un mot qui, dans le mapudungun, signifie « mélancolie ». Ce qui correspond parfaitement au sentiment dont l’aventurier du bout du monde semble être pris. Cette colline d’une hauteur de 69 mètres couvre 65 300 m2. À l’origine, elle était utilisée comme point de vue stratégique. De son sommet existe une vue panoramique du territoire.

    Après avoir visité le fameux Cerro Santa Lucia, c’est le quartier très connu des fêtards et amoureux de la vie nocturne que découvre Flavien. Barrio Lastarria ou Bellas Artes se situe entre la place d’Italie et Santa Lucia « On se dirige vers le quartier Lastarria, celui des bars. Juste le temps de prendre un verre, Gonzalo a préparé des filets de porc et du riz pour le repas » (Crédits : Nereidas/Wikipedia)

    « Ça y est, c’est ma dernière soirée en Amérique du Sud, demain à cette heure-là je serai au-dessus de l’Atlantique… La chaleur diminue et devient agréable. J’en profite, car la météo s’annonce bien différente à mon retour en France ! ». À suivre…

  • RamsomHub s’attaque au gouvernement du Mexique

    RamsomHub s’attaque au gouvernement du Mexique

    Le délai laissé au Gouvernement du Mexique par les opérateurs derrière le ransomware russophone RansomHub expire lundi 25 novembre 2024. Le groupe revendique avoir dérobé 313 GB de donnée. Les informations seraient de nature confidentielle, financière, assurantielle et contractuelle. Le site est d’ailleurs en maintenance. Ce n’est pas la première fois que le Mexique est la victime de cyberattaques. Déjà en 2022, les six téraoctets volés par les pirates informatiques, Guacamaya faisaient grand bruit.

    Ce mercredi 20 novembre 2024 lors d’une conférence de presse, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum déclare que l’institution enquête sur une cyberattaque présumée contre le bureau des affaires juridiques de son administration. De son côté, le ransomware RansomHub publie des documents sur son site de fuite.

    La publication comme preuve de la cyberattaque est représentée par quatre fichiers sous format JPEG. Deux représentent une même liste de personnes avec prénom, nom du père et de la mère, l’adresse de courriel du Consejería Jurídica del Ejecutivo Federal (CJEF), le numéro de référence fiscale, le RFC (numéro d’imposition), une photo ainsi que leurs lieux de travail.

    Le rôle du Consejería Jurídica del Ejecutivo Federal est l’examen et la validation des instruments juridiques qui sont soumis au Président des États-Unis mexicains, comme les arrêtés, les accords…

    Deux autres documents sont joints. L’un est un accusé de réception de courrier daté du 2 janvier 2023. L’autre est une page de signature sur la fourniture de carburant pour les véhicules à moteur sur le territoire national au moyen d’un service de paiement électronique.

    (Crédits : capture d’écran/RansomHub)

    Le Mexique a déjà fait l’objet de fuite en 2022 par le groupe Guacamay. L’accès non autorisé sur un serveur du ministère de la Défense nationale (Sedena), à travers lequel sont extraits six téraoctets d’informations internes et confidentielles. Soit trois fois plus que les documents des Pandora Papers. Le ou les hackers auraient eu accès à des informations sur des personnalités criminelles, des transcriptions de communications, la surveillance de l’ambassadeur des États-Unis au Mexique, Ken Salazar mais aussi les problèmes de santé de l’ancien président, Andrés Manuel López Obrador.

  • Violation des données personnelles chez Maxar

    Violation des données personnelles chez Maxar

    Le spécialiste américain dans la fabrication de satellites de télécommunication, Maxar révèle un accès non autorisé de ses systèmes d’information en octobre 2024. Une ou plusieurs personnes se sont introduites et ont consulté des données personnelles d’employés. La firme compte environ 2600 salariés tout autour du monde. Le ou les pirates usent d’une adresse IP basée à Hong-Kong. En juin 2023, des accès à un satellite militaire étaient vendus pour 15 000 dollars.

    Dans une lettre adressée au Procureur général de Californie, Maxar confirme qu’un accès non autorisé eu lieu aux alentours du 4 octobre 2024. L’entreprise révèle avoir découvert la brèche une semaine plus tard, le 11 octobre. La note adressé au Procureur stipule que des mesures immédiates sont appliquées pour empêcher tout autre accès non autorisé au système.

    La compagnie explique que le ou les pirates ont eu accès au nom, adresse personnelle, numéro de sécurité sociale, les informations de contact professionnel (téléphone, e-mail, lieu de travail…), le genre, le numéro d’employé et son titre, les dates de contrats, le supérieur hiérarchique et le département dans lequel la personne travaille. Maxar indique qu’aucune date de naissance et de coordonnées bancaires ne pas sont incluses dans ces fichiers consultés.

    « Néanmoins, selon notre enquête, le pirate a probablement eu accès aux dossiers sur les systèmes pendant environ une semaine avant que cette action ne soit prise », déclare Maxar.

    (Crédits : SpaceX/Pexels)

  • De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    De l’île de Robinson Crusoé à Valparaíso (Épis. 44/46)

    Il est 8 h 45, en ce premier mars quand Flavien sort de sa chambre qui est d’ores et déjà rangée. Les ultimes images se gravent à jamais dans sa mémoire, alors qu’il déambule dans les rues. Surtout que par enchantement, il croise une à une les personnes qu’il a eu la chance de côtoyer une semaine durant. L’embarquement dans le bateau est prévu pour 10 h 15. C’est une dernière fois qu’il navigue ainsi sur l’océan pacifique sud. Ensuite, l’aéronef décollera pour le déposer sur le sol chilien, quelque six cents kilomètres plus tard.

    Il file logiquement vers les bureaux de la CONAF pour dire au revoir aux agents, et en particulier à Ignacio, Gonzalo est quant à lui malade ce matin-là. « À 9 h j’avance tranquillement vers le port où je dois prendre le bateau pour l’aéroport à 10 h 15. » Il reste tel un enfant une bonne trentaine de minutes devant son Abutilon fétiche. Comme une sensation de vouloir graver une dernière image de calme et de bonheur du fameux colibri.

    À toute berzingue… sur l’océan

    Chemin faisant, Flavien se rapproche du port. « Je rencontre de nombreuses personnes croisées durant ce séjour, à l’image du postier, que je salue une dernière fois. C’est marrant de connaître tant de monde au bout d’une seule semaine, le charme de ces villages insulaires… », s’émeut-il derrière sa barbe.

    L’aventurier habitué à se mouvoir, tel un électron autour de son atome, fait les cent pas sur le ponton. « Je traîne en attendant l’heure », observant la vie quotidienne de gens dans ce lieu peu ordinaire. Certains montent leurs bateaux sur cale pour effectuer des réparations quand d’autres transportent des langoustes en scooter. « L’animal dans une main et l’autre sur le guidon, il n’y a qu’ici que l’on voit ça. »

    Avec toutes ces belles dernières images en tête je peux partir l’esprit tranquille, pense-t-il à voix haute. « J’aimerais rester bien plus longtemps. Toutes les espèces rencontrées me confortent dans mon absence de frustration, le pire des sentiments pour moi. »

    « À huit dans la barcasse, gilets de sauvetage enfilés, nous traçons à toute berzingue plein ouest. » Afin de pouvoir photographier la mythique grotte de Robinson Crusoé, il demande à un couple de pouvoir changer de place. « Lui est français, quelle surprise. Moi qui pensais être le seul de l’hexagone ici. »

    Le bateau va bien plus vite, combiné au vent la traversée est sportive. L’occasion d’observer une ultime fois ces falaises tout aussi impressionnantes que celles d’Amsterdam. Les passagers débarquent à Bahia del Padre. Comme à l’aller la faune locale est présente, en nombre beaucoup plus important que lors de son arrivée. « Avec le cri de ces centaines de juvéniles, je ne me suis jamais autant senti à Amsterdam que depuis mon départ de cette dernière île. » Le temps est compté, Flavien ne dispose que de trois cents petites secondes pour immortaliser le moment.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Le 4×4 nous amène à l’aérodrome avec la charrette chargée de nos bagages. « N’ayant que sept sièges dans le véhicule, le Français s’installe dans la charrette. Une scène hors du temps, j’aurais bien voulu être à sa place. » Durant vingt bonnes minutes, les voyageurs patientent que l’avion atterrisse. « Les pilotes, comme l’appareil, sont identiques au trajet aller, seule différence le décollage est bien moins impressionnant », souffle-t-il.

    Flavien sombre dans les bras de Morphée

    Tenant son carnet de voyage, la semaine passée ne lui laisse que peu de temps pour le remplir. « Je compte sur ce vol pour rattraper mon retard, mais à peine ai-je écrit une journée que je tombe dans les bras de Morphée », s’étonne Flavien. Moi qui ne dors habituellement pas beaucoup dans les aéronefs, je devais être sacrément fatigué remarque à son réveil, les oreilles le faisant souffrir. « Quand j’ouvre les yeux, nous ne sommes plus au-dessus de l’océan. Mes oreilles douloureuses me susurrent que nous descendons. »

    Vingt minutes plus tard nous atterrissons sur cette piste, loin de notre aérodrome au charme unique. Le Français le questionne sur l’endroit où il compte aller. « Vers Valparaíso dans l’après-midi, il fait beaucoup trop chaud ici à Santiago », répond l’aventurier.

    Les incongruités refont surface. « Et voilà que les synchronicités font leur retour ; ils y habitent depuis 7 ans ! Ils suggèrent de m’y amener. » Flavien réfléchit quelques secondes, car il doit récupérer ses affaires laissées chez Clémentine et Gonzalo… « Je n’hésite pas longtemps et j’accepte leur proposition. » Ils retrouvent leur voiture et nous voilà partis en direction du Pacifique. En chemin, ils passent par les fameuses forêts brûlées récemment, dont les incendies ont malheureusement produit tant de victimes en février 2024.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Grotte, Robinson, roman

    « Lui est breton, reporter pour Arte ou France 5. Je lui glisse alors l’idée de faire quelque chose sur Amsterdam. » Bien qu’en direction du Pacifique, Flavien ne perd pas le nord. Le hasard, s’il existe, fait toujours bien les choses. « Il a fait l’école de l’IFCAM, à Ménigoute, à quelques kilomètres de la maison, incroyable… » L’auberge repérée par Flavien se trouve dans un quartier peu fréquentable selon leurs dires. « Ils m’emmènent dans le quartier du Cerro Conception et m’indique une digne de ce nom. »

    À la découverte de Valparaíso

    C’est alors l’occasion de découvrir cette ville très colorée et caractérisée par ces quarante-deux Cerros habités. « Je ne tarde pas à trouver une auberge à 11 000 pesos la nuit en plein cœur du plus beau quartier de Valparaíso. Indécis sur la suite il y a encore quelques heures, les aléas du voyage font bien les choses. » Elle est la troisième ville du pays. Sa population atteint 300 000 habitants et quasiment le million avec son agglomération.

    Elle mélange les genres, du trolley au funiculaire, Valparaíso se divise en quarante-deux cerros. Les « ascensores » sont classés au patrimoine de l’UNESCO.

    Le cerro, colline en français scinde la ville en différent mode de vie, du plus chic au moins aisé. Le cerro Panteón doit son patronyme à la construction des cimetières. Chaque religion est régie par ses propres codes. Ainsi celui des Disidentes, comme son patronyme le suggère fut créé à l’attention des personnes de confessions non catholiques. Le Cerro Polanco attend le mois de novembre 2012 avec le projet socioculturel Graffestival pour connaître enfin un renouveau.

    La belle surnommée « Valpo » par ses habitants, oscille entre maisons richement colorées et des fresques murales, la couleur y est omniprésente.

    Elle se découvre à travers ses « ascensores » pour grimper sur les Cerros et sillonner la ville. L’église de la Matriz et la place Santo Domingo, la place Echaurren et rue Serrano, Prat Pier, les places Sotomayor et Justicia, le quartier du musée maritime, Cerro Alegre et Cerro Concepción… sont autant de lieux magiques à arpenter. Ils en existent tant d’autres.

    Les deux collines, Alegre et Concepción font partie intégrante du Quartier Historique défini par l’UNESCO. Elles jouissent logiquement de leurs renommées pour attirer visiteurs, hôtels, boutiques, restaurants, cafés et autres types d’affaires et de commerces s’articulant autour du tourisme. Mais résumer Valparaíso ainsi est maladroit. (Crédits : Luis Eduardo Bastias/Pixabay)

    En si peu de temps, Flavien ne peut qu’effleurer cette ville hautement colorée. Après avoir pris ses marques, il se dirige vers les rues adjacentes à la découverte de l’incontournable street art local. Il dîne, ou soupe selon tout un chacun, dans ce qui serait l’équivalent d’une brasserie, explique-t-il. « Je ne rentre pas trop tard pour réfléchir à ce que je peux faire demain. » Pourquoi ne pas visiter le Cerro Bellavista ? Il ne tient pas son nom au hasard, encore lui. Au cœur de l’amphithéâtre, elle offre une vue splendide et incomparable l’Océan Pacifique et le reste de la baie. C’est le berceau artistique de la ville, avec la maison-musée du célèbre poète Pablo Neruda condamné à l’exil politique. À suivre…

  • L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    L’ascension de l’emblématique El Camote (Épis. 43/46)

    Ça y est ! En ce mercredi 28 février 2024 ça fait cent jours tout pile que Flavien est parti de la maison familiale de Lavausseau. Pour résumer son voyage, cette journée ne se passe pas comme annoncé. L’aventurier du bout du monde imagine, planifie, envisage jusqu’au moment où le grain de sable vient s’immiscer dans la machine. Mais avec le recul, c’est une chance de vivre une vie où l’imprévu se présente. Elle procure un maximum d’expériences et de souvenirs. D’autant que le hasard faisant bien les choses, une journée de plus où son quadriceps peux se reposer.

    Flavien a rendez-vous à 9 h avec Ignacio pour partir en direction d’El Camote. « La cuisse est en meilleur état et son propriétaire est surmotivé, je suis prêt à 8 h 30. Ce qui est loin d’être dans mes habitudes… », reconnaît-il. Mais, car il y a un mais, cinq minutes plus tard Ignacio m’annonce qu’il s’est fait mal hier lors de sa séance de musculation et que l’on ne pourra pas y aller. « Quelle déception ! » Un quart d’heure s’égraine, quand il se met à pleuvoir. Heureusement pas comme le déluge meurtrier de Valence, en Espagne. Ici, les locaux disent « està caillando sopaipillas ». Des mets qui sont dégustés lors des précipitations d’hiver. Cette météo console et atténue sa frustration.

    Ne pas faire son cabri

    La matinée se passe, comme tout un chacun dans la salle d’attente de son médecin traitant, les yeux fixés sur le portable. Flavien recherche diverses informations sur quelques plantes qu’il pourra croiser. Il bout d’impatience en silence. « L’après-midi est ensoleillée. Je ne peux pas rester plus longtemps à ne rien faire alors que je suis sur l’un des épicentre de la biodiversité mondiale. »

    L’expérience sert toujours, à un instant où à un autre. « Pour ne pas créer de tension avec la CONAF, je décide de ne pas faire le cabri. Je reprends la direction du Mirador de Selkirk, où il me semble avoir loupé quelques espèces samedi. »

    Là-haut il convoite dans la végétation deux types de Robinsonia. « Avec les énormes Thyrsopteris, la végétation est impénétrable et je me griffe de partout. »

    Au prix de nombreux efforts « je ne tarde pas à trouver ce que je suis venu chercher. » Qui plus est, alors que je retrouve mon souffle dans une trouée de flore, se présente devant moi Ugni selkirkii. Une myrtacée en danger d’extinction, car fortement concurrencée par sa cousine invasive. « Je la photographie sous toutes ses coutures », comme à la Paris Fashion Week.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Je reprends le chemin et pars faire le sanglier ailleurs. » C’est alors qu’il remarque son tout premier colibri de Juan Fernandez en pleine forêt primaire. « Loin d’être effrayé de ma présence, j’ai le loisir de l’observer butiner les fleurs de l’endémique Rhaphithamnus venustus. » C’est après avoir regardé comment est constituée la fleur que l’on comprend mieux la longueur de son bec. Bien qu’il faille rentrer, Flavien profite une dernière fois de l’incroyable vue qu’offre le mirador Selkirk. Le fameux gourmet s’essaye dans un nouveau restaurant en mangeant du poisson frit au Bahia.

    C’est le bon jour pour El Camote

    Ce matin est le bon. « À 9 h 45 nous partons en direction de la Plazoleta Yunque avec le 4×4 pour rejoindre le pied du sommet de l’île. » C’est à partie de cet endroit que débute le « pseudo-sentier » vers El Camote. Sur l’itinéraire, ils récupèrent des agents de la CONAF qui doivent aller travailler à la Plazoleta.

    « À quinze dans le pick-up, il avance prudemment sur la piste qui ressemble plus à un chemin de VTT de descente… », explique Flavien accroché à son siège. Le périple, pour la cinquième ascension d’Igniacio, s’effectue en compagnie de Gonzalon le pépiniériste, Gaël un jeune de la communauté et le naturaliste Lavaucéen. « Nous parcourons une magnifique myrtisylve où de très nombreux Arthropteris grimpent à l’assaut des Nothomyrcia », décrit Flavien.

    L’équipage est en pleine montée quand Dicksonia berteroana survient. « Jusque là il y a assez peu d’invasives, c’est la forêt la mieux préservée que j’ai traversée sur l’île. »

    Un moment suspendu apparaît aux alentours de 530 m d’altitude. « Ignacio me regarde et me désigne, sans un mot, celle que je cherchais, le Lactoris fernandeziana, la plante emblématique de l’archipel. » Comme David auparavant, ils sont obligés de patienter que Flavien s’active avec son caillou accroché au zinc. « Après d’innombrables clichés, nous repartons à l’assaut de la montagne. » (Crédits : Flavien Saboureau)

    Dès lors les ronces, les Aristotelia apparaissent, ce qui complique sérieusement l’avancée… Heureusement Ignacio connaît bien le chemin, car il faut avouer que les anciennes traces de passages sont au milieu de toutes ces espèces de fougères. Impossible à repérer sans être un initié. Comme à chaque instant, sans être surfait, Flavien à la chance de s’émerveiller. « La vue est incroyable. Le temps est magnifique, le Yunque dégagé et il y a peu de vent, on a bien fait de reporter d’une journée », sourit le jeune homme.

    Une promesse est une promesse

    Les nouvelles espèces sont de la partie. Avec Ignacio, ils repèrent quelques pieds de Colletia au creux de falaises inaccessibles. « C’est la première fois qu’il voit cette espèce depuis trois ans qu’il œuvre ici, il est heureux comme un gosse. Pour moi tout est presque nouveau… »

    Falaise, Chili, plante

    À quelques heures de la conférence qui se tient à 18 h, ils mangent, et dénichent quelques autres plantes dans les falaises, « où je me fais quelques frayeurs, et nous redescendons. »

    Deux heures passent lorsque la salle se prépare à la conférence sur l’île Amsterdam. En échange du logement alloué gratuitement, il présente un sujet de son choix aux habitants du village. Une affiche avait été placardée deux jours avant. Dix personnes seront de la partie.

    Après avoir mangé une pizza, l’équipage se rejoint autour du zinc d’un bar. « J’avais promis de payer une bière à Ignacio et Gonzalo s’ils trouvaient le fameux Lactoris, parole tenue ! » (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Il est minuit passé quand je rentre pour dormir mon ultime nuit dans le logement. » Les dernières heures s’approchent de plus en plus pour Flavien. D’ici quelques jours, il va retrouver les bruits de la civilisation, de ceux qui font notre quotidien, qui marquent et nous imposent un rythme insensé, à l’inverse du suave tempo de la nature. Mais la transition s’effectue doucement en repartant dès demain vers des visages connus à Santiago du Chili. À suivre…

  • Flavien fait face aux défis (Épis. 42/46)

    Flavien fait face aux défis (Épis. 42/46)

    Comme prévu, Flavien va à la rencontre des personnes œuvrant à la CONAF. À l’égard des préjugés, et des conseils avisés, il est parfois difficile de faire amende honorable. Il est confronté, somme toute avec bienveillance à ces derniers. Mais l’adage explique aussi que ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace. D’autant que l’ensemble de la vie est pareil à chemin semé d’expériences, que nous acquérons au fil des saisons. L’aventurier doit faire des choix, les assumer, et parfois ménager sa monture s’il veut aller jusqu’au bout des choses.

    « Avec Ignacio, nous avons convenu que nous irons à El Camote mercredi, c’est le seul endroit à peu près accessible qui me permettra de voir quelques espèces emblématiques. » Cependant Flavien souhaite aussi se rendre à Puerto Frances, à l’extrême est de l’île. Ignacio joue de ses contacts. La réponse ne se fait pas attendre, une guide propose le nycthémère à 140 €. Ce qui ne plait pas, mais alors pas du tout au lavaucéen. « C’est des malades ! Je ne vais pas payer cette fortune pour suivre quelqu’un sur des chemins toute la journée. »

    Parti seul, sur un coup de tête

    Les idées s’entrechoquent. Flavien se questionne. « Ignacio ne veut pas que j’y aille seul. Il a peur que je me perde. » Le tracé selon les dires de chacun est peu balisé, peu indiqué, voire inexistant. Si bien que lorsqu’il sort bureau, il est indécis, tiraillé. « J’ai l’impression qu’ils me prennent pour un bleu », argumente Flavien. Sauf, qu’il est déjà 10 h 30 et le trajet en question comporte 32 km, aller et retour. Une décision doit-être adoptée. « Je me dépêche de remplir mes deux gourdes. Me voilà parti sur un coup de tête », quitte à subir quelques remontrances admet-il.

    Roche, plante, crusoé

    Au bout d’une heure, Flavien dispose que le sentier est quasiment invisible. Les bovins brouillent les pistes, en créent des dizaines d’autres, ce qui pourrait être amusant dans de dissemblables circonstances. « En plus, je n’ai pas la trace sur mon GPS. » C’est alors qu’il sort de sa poche une carte papier touristique, et la combine avec celle des reliefs de son portable, au feeling souffle-t-il.

    « Parfois je trouve des piquets en bois qui marquent le chemin et parfois je les perds. L’un des buts de cette randonnée est de découvrir le dernier pied au monde de Dendroseris neriifolia, qui est supposé se situer au bord de la voie. » Il suit méthodiquement les différentes sentes. Au bout de deux heures de marche, il est enfin récompensé. Il continu heureux en direction de la Piña.

    Lieu où il est censé dénicher d’impressionnantes falaises, donnant sur la partie sud de l’île. Elle est la plus inaccessible compte tenu du relief et des forêts impénétrables que chacun y trouve. Sauf qu’un détail s’ajoute. « Le soleil tape très fort et je suis déjà à ma deuxième gourde. Ne croisant aucun point d’eau, cette histoire commence à m’inquiéter. » Mais il poursuit son périple. Dans une myrtisylve en bon état, il effectue sa pause déjeuner… il est 14 h 30. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Il ne reste que trois quarts de kilomètre à parcourir, une broutille. « C’est un jeu d’enfants », se réjouit l’aventurier. Sur ce coup-là, son flair est momentanément en panne. Une myrtisylve s’est effondrée. Il doit alors enjamber, se baisser, escalader les troncs enchevêtrés pour avancer. « Je dois faire du 1 km/h grand maximum ! Qui plus est, impossible de se repérer ici », grommelle-t-il dans sa barbe fraîchement taillée. Au beau milieu du talweg menant à la falaise, Flavien grimpe encore et toujours… Après une heure d’acharnements, il arrive fort heureusement à destination. « Les efforts en valaient la peine, la vue est époustouflante. »

    À la vitesse d’un escargot

    Devant lui, ne le dites pas à sa maman, 400 m de falaises tombent à pic, avec en plus du vent. « Il est rafraîchissant, ça fait du bien ! » Au sein de ce lieu, unique en son genre, la survie des plantes endémiques se joue à leurs adaptations. La plupart se sont expatriées dans l’à-pic, pour échapper à l’abroutissement des lapins et chèvres. Elles sont peu nombreuses, et exclusivement cantonnées à cette petite vallée, commente Flavien qui ouï l’un de ces cabris sans réussir à le localiser. « Ces falaises ressemblent à celles de la Pearl à Amsterdam, c’est à s’y méprendre », se remémore-t-il.

    Dans son élan, il file vers Puerto Frances où la vallée est plus encaissée. « J’espère y trouver un filet d’eau ». C’est au final un simple refuge inoccupé qui fait face à la mer. Il possède sa propre plage de galets, la commune d’Entrecasteaux en quelque sorte !

    Le ruban d’argent qui coule disparaît à ses yeux avant de se jeter en plein océan pacifique sud. « Je remonte donc un peu le talweg pour retrouver sa trace et remplir mes deux gourdes désespérément vides… ». Il a eu chaud dans les deux sens du terme. Cependant, l’eau souillée par les bovins est avec ce temps ensoleillé, chaude. « Le savant mélange pour attraper une bonne tourista. »

    Il se voit dans l’obligation, après l’avoir filtrée, d’ajouter un cachet de chlore dans chacune d’elles. « Il faut patienter une heure avant de pouvoir de nouveau s’hydrater. » C’est le meilleur moyen de tester sa force mentale. « Le chemin du retour est plus simple maintenant que je sais où je me suis perdu », s’amuse-t-il. Mais comme hier, la machine montre des signes de fatigue. « À quelques encablures de l’arrivée, mon quadriceps me rappelle une nouvelle fois à l’ordre. Je change de rythme si je veux profiter des prochains jours. »

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Falsaie, île, océan

    La vitesse amoindrie permet de profiter et de découvrir des petits trésors. « Pour terminer en beauté cette journée pleine d’inattendus, un rocher de basalte m’offre Notholaena chilensis. Une fougère reviviscente endémique qui n’est connue qu’à trois lieux sur l’archipel et donc dans le monde. J’arrive éreinté. Demain doit être consacré au repos si je ne veux pas accroître ma blessure au quadriceps. »

    Une douleur persistante

    Ce matin du 27 février 2024, la douleur à la cuisse est toujours présente et prégnante. « Même si c’est frustrant je décide de ne pas faire de gros efforts. » Rien de tel que d’être en terrasse d’un café. Il descend doucettement en centre-ville à sa recherche. « J’aimerais y écrire les quelques cartes postales achetées il y a deux jours. » Cette journée de repos est l’occasion pour déguster ces fameuses langoustes qui font la réputation de l’île, d’autant que la dernière remonte au temps de l’île d’Amsterdam.

    Bateau, pêche, île

    « Je réserve une table au restaurant, El Mirador, pour ce soir. C’est ici d’ailleurs que j’écris mes cartes postales, avec une vue imprenable sur la baie de Cumberland, où est coulé le Dresden. »

    Ne rien faire disait-il. « Ce matin, je trouve un moniteur de plongée qui m’emmènera faire du snorkeling cette après-midi pour seulement 25 €. » Les textes couchés sur papier glacé, il adopte la direction de la poste, où il fait tamponner une carte historique achetée auparavant.

    Des burgers de poissons fait maison au déjeuner, il s’achemine vers les bureaux de la CONAF le ventre plein. Il planifie et organise sa conférence avec, dans un coin de sa tête le rendez-vous avec la faune marine. « Je quitte précipitamment les locaux, le vaisseau risque de m’attendre pour aller plonger », s’affole Flavien après avoir jeté un coup d’œil sur sa montre.

    Avec la préparation, il ne grimpe dans le bateau qu’à 17 h et navigue jusqu’à l’autre bout de la baie. « L’eau est à 20 °C, mais l’extérieur étant plus frais, l’entrée dans l’océan est presque glaçante, mais revigorante. » Pour une fois Flavien découvre un milieu d’une incroyable richesse où ses savoirs sont comme ceux d’un touriste. « Je ne me suis pas beaucoup renseigné, je suis donc un peu perdu avec toutes ces espèces qui me sont inconnues. »

    Il se rassure avec quelques espèces en commun avec Amsterdam comme les impressionnantes sérioles. « J’ai la chance de furtivement nager avec une otarie de Juan Fernandez », s’émerveille le baroudeur. Une douche prise, le gastronome file au restaurant El Mirador.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Bien que la langouste soit de plus grande taille, le goût est très similaire à l’amstellodamoise. Accompagnée d’une bière brassée dans le petit village de l’île, on ne peut faire plus locale », martèle Flavien voyant arriver la gourmandise de fin de raps. Devinez sur quel type d’entremets ses yeux se sont posés. « Le dessert est une glace à base maqui (Aristotelia chilensis), l’une des invasives les plus problématiques sur l’île, mais quel délice ! Je rentre sous une pluie d’étoiles avec la peau du ventre bien tendue. » Cette journée de repos, très agréable, souffle-t-il, a permis de réaliser quelques activités qu’il ne me fallait surtout pas rater avant le départ. À suivre…

  • L’exploration botanique de Crusoé (Épis. 41/46)

    L’exploration botanique de Crusoé (Épis. 41/46)

    Ce matin, Flavien est excité comme une puce. Il est enfin sur l’île mythique, celle de Robinson Crusoé. Souvent entre le côté romanesque d’un livre et son adaptation au cinéma, certains lecteurs peuvent être déçus. Flavien quant à lui se focalise sur la flore. Déjà durant le voyage en bus de nuit entre Puerto Montt et Santiago du Chili, il ne pouvait s’empêcher de feuilleter quelques documents. Si bien que dès le réveil, il s’écrit : « je ne traîne pas, j’ai hâte de découvrir cette fameuse flore ! »

    Le globe-trotter est-il pressé ? La réponse est un grand oui. Après avoir voyagé en direction de l’île de Robinson Crusoé, à plus de 600 km au large des côtes Chiliennes, il foule l’une des trois îles de l’archipel Juan Fernandez. C’est à cet emplacement, durant quatre ans et quatre mois que le marin et aventurier Écossais Alexander Selkirk a vécu isolé. Histoire épique qui, peu avant 1719, a inspiré Daniel de Foe pour écrire le fameux roman. « Je prends la direction du Mirador Selkirk, le spot le plus connu pour la beauté de sa vue. Il serait aussi l’un des meilleurs endroits pour faire de la botanique », s’étonne Flavien.

    À l’abordage de la flore

    Tous les chemins s’effectuent accompagnés d’un guide. Tous sauf un, celui pour se rendre au Mirador Selkirk. Détail de l’histoire qui explose dans la tête de Flavien : Selkirk aurait surveillé la traversée de bateaux depuis ce lieu. Flavien s’enhardit quand il repasse, par hasard, devant le fameux Abutilon. Trente secondes plus tard, le colibri se pointe. « J’ai hésité à prendre mon téléobjectif, je crois que j’ai bien fait ! »

    Colibri, oiseau, Crusoé

    Après 15 min de shooting, il retourne à son sentier. La dernière grosse randonnée a marqué Flavien. Cette trace monte véritablement. « En 2,7 km il faut grimper 550 m », souffre Flavien. La pente est donc de 20 %. Le mont Ventoux affiche, à l’entrée de la forêt une moyenne sur 9,5 km de 9 %, dont un passage à 13 %. Revenons à nos moutons.

    Les constatations vont bon train. « Au début, malgré Erigeron fernandeziana qui fait de la résistance, les milieux de basse altitude sont envahis par Aristotelia chilensis et Rubus ulmifolius. Plus je monte plus ces deux invasives laissent placent à une autre, Ugni molinae », se désole-t-il. Après un peu de marche, c’est au-dessus de 400 mètres, que les premières forêts intéressantes se dévoilent au botaniste.
    (Crédits : Flavien Saboureau)

    « Sous les Nothomyrcia fernandeziana, Drimys confertifolia et Zanthoxylum mayu, les nombreuses espèces de fougères endémiques sont omniprésentes : Thyrsopteris elegans, Blechnum schotii, Pteris berteroana, etc. » Mais c’est bien l’arrivée au mirador que Flavien marque le pas. « La vue est tout simplement incroyable. » En direction du sud, il observe l’aéroport et la pointe de l’île, quand au nord la Bahia Cumberland et le village de San Juan de Bautista se dessinent. À l’est comme à l’ouest les crêtes escarpées attirent les espèces qui se laissent deviner, les Juania australis et autre Robinsonia gayana…

    Première hésitation

    « Je ne peux résister », se convainc Flavien. Aventurier et baroudeur, voire équilibriste pour le plus grand plaisir de sa maman, il tente d’avancer coûte que coûte, pour une plante. « J’essaye de m’y rendre en m’accrochant comme je le peux aux Ugni molinae. J’espère y voir Eryngium inaccessum que je ne tarde pas à trouver, mais un unique pied. »

    Il est tout juste midi, quant à 16 km de sa position, une beauté lui fait de l’œil : la pointe de l’île.

    L’hésitation suspend le temps. Les conseils avisés qui lui sont prodigués participent au flottement. « On m’a dit de ne pas m’y rendre tout seul. Il me faut au moins huit heures pour parcourir les 32 km et revenir, sachant qu’il me restera encore une heure pour rejoindre le village », partage Flavien.

    Cela ne dure qu’un instant. Les colonies d’otaries qui lui sont promises prennent le dessus sur les incertitudes et conseils. « Me voici parti à descendre la montagne de l’autre côté. » Avantage et inconvénient se mélangent. « Le chemin est bien tracé et plat, mais fastidieux », soupire-t-il. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Chili, fleur, montagne

    Le jeu en vaut-il la chandelle ? Le beau temps est omniprésent, entrecoupé de passage nuageux. « La vue sur l’inaccessible sommet, le Yunque, s’offrant quelques instants, mérite vraiment mes efforts », assure-t-il. Comme une pièce de monnaie, les deux côtés de l’île sont indissociables, mais parfaitement différents. « De ce côté, elle change radicalement de visage. Les terres sèches et érodées sont dues à la quasi-absence de précipitations estivales et aux bovins, qui sont ici en liberté. » Une des conséquences est que l’Acaena argentea recouvre presque seule ces milieux, relate Flavien.

    Cinq heures de marche

    La monotonie du tracé est agrémentée, à de nombreuses reprises, de l’observation du faucon de Juan Fernandez. Le chemin englouti peu avant 16 h, Flavien arrive à l’extrémité de l’île. « Je ne peux pas être plus proche de celle de Santa Clara. Les sommets de Robinson sont dans les nuages alors que c’est le plein soleil ici. » Pressé par le temps, il patiente quelques instants qu’ils se découvrent, mais il doit rentrer. « J’ai pratiquement cinq heures de marche, d’autant que j’aimerai me rendre dans la Bahia Carvajal pour voir l’unique plage de sable et sa colonie d’otaries. »

    L’escalier en bois est complètement écroulé, la descente n’est pas très recommandée. Elles ne sont pas habituées à rencontrer un être humain. Les centaines d’individus affalés, profitant de la chaleur du soleil, se carapatent à son arrivée. Je m’y attendais, pense-t-il à haute voix.

    À pas feutrés, il rase le sol. Les falaises les protégeant, il ne peut se placer idéalement, sans les déranger pour les photographier. « Je suis aussi et surtout ici pour en prendre plein les yeux, et les narines… »

    Attentionné sur ses gestes et son positionnement, aucun mâle ne l’a, fort heureusement, chargé. Comparés à la Bahia del Padre, les jeunes sont plus âgés de plusieurs semaines. Il se questionne d’une si grande différence à seulement quelques centaines de mètres d’écart. (Crédits : Flavien Saboureau)

    Otarie, plage, Juan Fernandez

    Presque une heure vient de s’égrainer, il est tant de remonter. L’aventurier avance comme un robot. Sauf qu’une telle vitesse de marche pressée réveille quelques douleurs endormies. « Mon quadriceps droit me rappelle à l’ordre », souffre-t-il en silence. Sur le chemin du retour, il a la joie de surprendre un hibou des marais. Vers 20 h, il est au Mirador et se restaure rapidement. « Avant la dernière descente, je mets ma lampe frontale ». Soixante minutes plus tard, sans l’avoir allumé et de justesse, il arrive exténué. « Je cuisine tant bien que mal des pâtes avant de prendre ma douche et d’aller me coucher ».

    Chi va piano, va sano e va lontano

    Conscient des efforts produits la veille, il flemmarde un peu au lit. Le départ ne s’effectue qu’à 9 h 30, en direction de Plan del Yunque. « C’est un parcours aménagé par la CONAF dans une myrtisylve de moyenne altitude, somme toute à peu près bien préservée », explique-t-il. Entre trente à quarante-cinq minutes de marche sont nécessaires, au départ du village. Il observe des espèces qu’il n’avait pas encore vues, mais aussi, et surtout ses premières vraies myrtisylves. L’heure de midi sonne à son estomac, quand il est au village. « Je prends un ceviche avec du poisson, 100 % local. »

    Crête, plante, robinson

    Après une petite pause ensoleillée, il file de l’autre côté de la baie, au Mirador Salsipuedes. Le chemin pentu ne stoppe pas une envie pareille. En trente minutes, la vue sur le hameau se découvre à travers ses prunelles d’enfant.

    Les milieux naturels sont disparates, malheureusement car les forêts traversées jusque là sont toutes exotiques (Eucalyptus sp.) constate le baroudeur. « La seule superbe surprise du coin c’est Wahlenbergia berteroi, une magnifique plante saxicole de la famille des campanules. »

    Mais une autre belle se laisse désirer, elle est inaccessible au premier venu. « Je dois me frayer un chemin dans la végétation de plus en plus dense, j’avance très difficilement. » Au-dessus de 500 m d’altitude, les crêtes sont envahies par Ugni molinae. Bien qu’ils ne facilitent pas le déplacement, c’est bien plus aisé que de devoir passer dessous et dessus les arbres effondrés.

    Puis, les efforts payent. Un superbe et unique pied de Dendroseris pinnata s’est niché sur le contrefort au milieu des Ugni. « Je descends légèrement pour immortaliser cette magnifique endémique sortie de nulle part. »

    Au total, il dénombre trois individus cette après-midi. Si Flavien n’observe pas de nouvelles espèces, il remarque un tableau digne d’une écriture romanesque. « De belles reliques de forêts primaires où les Colibris du Chili et les Cachudito se disputent la place », poétise l’aventurier du bout du monde.

    (Crédits : Flavien Saboureau)

    Arrivé à une altitude de 580 mètres, Flavien redescend par l’endroit même où il est monté. Pour pouvoir avancer, il est nécessaire d’avoir du carburant à brûler. Ce midi, ce sera donc une pizza. Demain, il retrouve les agents de la CONAF pour savoir ce qu’il faire seul sur l’île. Mais les différentes expériences vécues à son âge sont une chance incommensurable. Car tout un chacun possède un chemin de vie unique. À travers les cinq continents, la majorité ne voyage que par les récits des explorateurs, ou d’émissions telles Ushuaïa. « Deux années après avoir passé mes 24 ans sur l’île d’Amsterdam, je profite d’un nouveau printemps sur ce caillou. Un rêve de gosse. » À suivre…