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  • Du pain, un tampon, un silence…

    Du pain, un tampon, un silence…

    Une femme attend un cachet. Une autre retire son voile, au milieu des caméras. Ailleurs, des mères comptent les jours derrière des barbelés. Dans plusieurs pays, tels que l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie ou l’Irak, le sort des femmes se négocie désormais à hauteur de corps : corps contrôlés, corps punis, corps rançonnés. Il est primordial de se pencher sur les facteurs déclenchants : l’aide humanitaire, la loi, la guerre, la « morale ». Et pose une question simple, brutale, froide : quand l’État devient l’arbitre du quotidien, que reste-t-il d’une liberté ?

    En Afghanistan, des témoignages font état d’exploitations sexuelles en échange d’accès à l’aide alimentaire, dans un contexte de pauvreté et de restrictions imposées aux femmes. En Iran, la répression d’un régime islamique à bout de souffle — et en soins palliatifs — fait plus de 30 000 morts, 100 000 blessés et plus de 41 000 prisonniers. Une question demeure : quelle est la destinée des femmes ?

    L’effacement organisé (de la présence publique) des femmes afghanes

    Ici, le récit ne débute pas par un discours, mais par une file d’attente. Pour obtenir une carte d’aide, il faut un document, puis une validation par des « autorités » locales. Dans ce goulot, la dépendance crée une zone grise. Elle devient celle où l’on monnaye une signature, un cachet, une place sur une liste. « Avant de pouvoir accéder à l’aide, Laila (prénom d’emprunt) avait besoin de remplir un formulaire et de le faire estampiller par l’imam de sa mosquée locale ou son Wakil Guzar, un leader communautaire qui agit comme médiateur entre le gouvernement et le public », relate Rukhshana Media.

    Femme, hijab, talibans

    Rukhshana Media rapporte des allégations de femmes à qui des responsables auraient proposé des faveurs en échange d’actes sexuels. Ce qui décrit une prédation enracinée dans l’asymétrie totale entre la partie qui demande et celle qui détient l’autorité.
    Laila a perdu son mari en 2020. Veuve avec trois enfants, elle a trouvé du travail de cuisine et de ménage. Mais, tout lui est retiré quand les talibans arrivent au pouvoir. Désespérée, elle visite son Wakil Guzar pour solliciter leur aide.

    « Le jour où je suis allé le voir, il était seul. Il s’est approché de moi et a essayé de me toucher. J’étais tellement terrifié que je ne me souviens même pas comment je suis sorti de son bureau. » (Crédits : Stringer/Reuters)

    Elle s’est juré de ne plus s’approcher de cet homme, quitte à mourir de faim. « Je lui ai raconté que je venais de perdre mon mari, que mes enfants mouraient de faim, et je l’ai supplié de m’aider pour l’amour de Dieu », raconte-t-elle. « Il a dit que si je l’invitais chez moi pour la nuit, il ne m’obtiendrait pas une, mais deux cartes. » Ce qui change depuis 2021 n’est pas seulement une liste d’interdictions ; c’est une architecture. Les rapports onusiens décrivent la persistance de restrictions majeures sur l’éducation, le travail, la circulation et l’accès à l’espace public pour la gent féminine, peu importe son âge.

    Dans ce système, le risque va au-delà de la violence physique : c’est l’effacement progressif. Quand une femme ne peut ni travailler, ni étudier, ni se déplacer librement, la survie devient une négociation permanente — et cette négociation, dans une économie informelle, expose aux abus, aux violences, aux crimes.

    Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les Afghanes sont progressivement reléguées aux sphères privées. Selon les rapports des Nations unies, elles sont désormais interdites d’enseignement secondaire et universitaire, exclues de nombreux emplois, notamment dans les ONG nationales et internationales, et soumises à des restrictions strictes de déplacement sans accompagnateur masculin. Cette exclusion ne constitue pas une mesure isolée, mais un système cohérent de gouvernance visant à limiter leur autonomie sociale, économique et politique.

    Un effacement systémique

    15 août 2021 — Le monde du silence, pour les femmes, la rupture se joue dans des gestes minuscules et irréversibles. Les talibans demandent aux femmes de rester chez elles, « provisoirement ». Le provisoire devient une condition. Des enseignantes ne retournent pas dans leurs écoles. Des employées attendent des appels qui ne viendront jamais. Le travail disparaît, simplement par absence.

    En septembre 2021, les portes des écoles se referment pour les filles. À partir de 12 ans, l’éducation cesse. La rupture est clairement définie, administrative, froide. Une génération entière bascule dans l’attente. Les cartables restent posés contre les murs, comme des objets qui ne servent plus à rien. Dès décembre, les déplacements deviennent conditionnels. Une femme ne peut plus voyager seule, sans accompagnateur. Le mouvement subroge l’autorisation. La liberté évolue en exception. (Crédits : Faruk Tokluoğlu/Pexels)

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    En mai 2022, le visage disparaît, le voile intégral s’impose dans l’espace public. Le corps féminin doit se dissoudre dans le tissu. Le décret ne parle pas d’effacement, mais il le produit. L’individu devient silhouette, la silhouette une ombre, l’ombre une poussière. En décembre de la même année, les universités ferment leurs portes aux femmes. Des milliers d’étudiantes quittent les campus. Certaines pleurent devant les grilles closes. D’autres brûlent leurs notes.

    Femme, neige, nature

    Au mois d’avril 2023, les organisations internationales ne sont plus un refuge. Elles ne peuvent plus travailler pour les Nations unies. Le dernier espace institutionnel s’efface. L’aide continue d’exister, mais elles ne peuvent plus y participer.
    En juillet 2023, les salons de beauté ferment, sur une simple injonction orale. Ces lieux, à la fois des zones de travail et de sociabilité, disparaissent. Plus de 12 000 femmes perdent leur revenu. L’économie informelle s’effondre comme leurs futurs.

    En 2024, leurs timbres de voix deviennent même une infraction. Il est interdit aux femmes de chanter, de parler en public. Le silence se métamorphose en une norme, mais les Afghanes expriment leur détermination en chantant. Il se semble plus rester de libertés aux femmes, et pourtant. Les talibans offrent aux femmes une invisibilité comme horizon. (Crédits : Ankiyay/Pexels)

    Les restrictions forment un système. Absente des écoles, des universités, des institutions, de nombreux lieux de travail, la seule présence d’une femme dans le paysage du « cimetière des Empires » devient une anomalie. Les Afghanes n’ont pas disparu. Elles vivent, respirent, survivent, pensent, espèrent. Mais leur existence est contenue dans des espaces invisibles.

    Des articles absurdes fleurissent. L’une des dispositions les plus frappantes est l’article 34. Il dispose qu’une femme peut être incarcérée pendant trois mois simplement pour être restée chez sa famille sans l’autorisation de son conjoint ou sans ce que l’on appelle une « raison justifiée par la charia ». L’article 32 stipule que si un mari bat son épouse avec une force disproportionnée — définie comme causant des fractures, des blessures ou des ecchymoses visibles — il peut être condamné à 15 jours d’emprisonnement, à condition que la femme puisse prouver les abus devant le tribunal.

    Peine capitale pour un apostat

    L’article 37 prévoit une peine de prison d’un an à un homme pour avoir tenu par la main, enlacer ou embrasser une femme. L’article 58 prévoit qu’une femme apostate — quelqu’un qui quitte l’islam — peut être condamnée à la réclusion à perpétuité. De plus, elle doit recevoir dix coups de fouet tous les trois jours jusqu’à ce qu’elle revienne à la foi. La punition pour les apostats n’est pas explicite, mais, selon la tradition jurisprudentielle hanafite que les talibans suivent, les hommes ont jusqu’à trois jours pour se repentir et revenir à l’islam avant de faire face à la peine capitale s’ils refusent de se rétracter.

    Ainsi, l’effacement des femmes n’est pas physique. Il est administratif, juridique, social. Il est organisé méthodiquement. Cette marginalisation a des conséquences directes sur la survie matérielle. Dans un pays où, selon les Nations Unies, 22,9 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, son accès devient un levier de vulnérabilité. Rukhshana Media rapporte des témoignages de femmes affirmant avoir subi des pressions. Tout comme le sort réservé à la journaliste Nazira Rashidi. Elle a été arrêtée le mardi 6 janvier à 8 h du matin dans la province nord-est de Kunduz. Puis plus de nouvelles… (Crédits : Faruk Tokluoğlu/Pexels)

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    La disparition des femmes de l’espace public ne signifie pas qu’une perte de droit, mais une transformation structurelle de leur existence. Privées d’éducation, d’emploi et de liberté de circulation, elles sont soumises à l’autorité politique et religieuse, plus simplement aux hommes, à leurs bourreaux : les talibans. Cette dernière augmente l’exposition aux abus, tout en réduisant leur capacité à les signaler ou à s’en protéger. Leur existence se mue en résistance, une question de vie… de survie.

    Depuis Mahsa Amini, le corps des femmes est une ligne de front, en Iran

    Le 16 septembre 2022, Mahsa Jina Amini, 22 ans, meurt à Téhéran après son arrestation par la police « des mœurs » pour un port du voile jugé « inapproprié ». Sa disparition déclenche une onde de choc immédiate. En quelques jours, un tsunami déferle sur plus de 160 villes, portées par un slogan qui devient un manifeste : « Femme, Vie, Liberté». Ce mouvement ne se limite pas à la contestation d’une loi vestimentaire. Il remet en cause le principe même d’un ordre politique fondé sur le contrôle des corps féminins, du corps des filles et des femmes.

    Révolte, Iran, femme

    Plusieurs chercheurs affirment que ce moment est une rupture. La question des femmes cesse d’être un enjeu social périphérique pour devenir un point de fracture central entre le peuple et le pouvoir. Selon l’anthropologue Chowra Makaremi, cette situation relève d’une incompatibilité structurelle entre une communauté en mutation et une autorité théocratique basées sur la régulation du féminin.

    Le gouvernement iranien l’use comme un marqueur politique. Le contrôle vestimentaire, les sanctions pour non-conformité, et les condamnations de femmes. Des cas documentés incluent des peines corporelles pour des infractions en relation aux normes sociales, ainsi que des exécutions dans des contextes de violence conjugale ou de mariage dit précoce.

    Malgré ces contraintes, les Iraniennes demeurent visibles et actives dans la société, ce qui les place dans une position paradoxale : présentes sous surveillance constante.

    La réponse de l’État est immédiate et brutale. La répression s’organise à plusieurs niveaux : arrestations massives, usage de la force contre les manifestants, condamnations judiciaires accélérées… (Crédits : Capture d’écran/X (anciennement Twitter)

    Puis l’estimation tombe comme un couperet, femmes et hommes confondus, filles et fils : plus de 30 000 morts et 100 000 blessés. Des milliers de personnes sont arrêtées, parmi lesquelles de nombreuses femmes, étudiantes, journalistes, avocates ou simples citoyennes. Certaines sont détenues sans procès, d’autres condamnées à de lourdes peines de prison. Des organisations de défense des droits humains documentent également le recours à des violences physiques et psychologiques, visant à dissuader toute forme de dissidence. Mais la stratégie du pouvoir ne se limite pas à la répression directe, à la persécution. Elle s’inscrit dans une tentative plus large de réaffirmation de son autorité symbolique. Des familles sont obligées de débourser des sommes astronomiques pour récupérer le corps d’un enfant, d’un mari, d’une sœur.

    Le féminin devient un espace de contrôle politique. Le voile, au-delà de sa dimension, fonctionne comme un marqueur de loyauté envers le régime. Les Iraniennes tombent le voile. Marcher dans les rues en portant un simple t-shirt constitue une forme de protestation. C’est un symbol non seulement de leur droit fondamental à la liberté d’expression, mais aussi leur combat pour la liberté vestimentaire.

    Selon les analyses publiées dans The Conversation, le pouvoir iranien perçoit cette désobéissance comme une menace existentielle. En effet, elle remet en cause le fondement idéologique de la République islamique, construite en partie sur la régulation des comportements féminins, ainsi qu’une interprétation des vers et sourates du Coran issue de son écriture au septième siècle de notre ère. (Crédits : La Presse canadienne/Darryl Dyck)

    Liberté, femmes, Iran

    Face à cette contestation, le régime développe une stratégie d’effacement. Il s’agit non seulement de punir, mais aussi de faire disparaître le mouvement, au même niveau des répressions ensanglantées — comme celle de 1988 — lors des différentes oppositions au régime. Le Guide suprême, l’ayatollah Khomeini, prend, en 1980, le contrôle total de la République islamique d’Iran servi par les gardiens de la révolution islamique. Face à l’acharnement du pouvoir en place, le peuple iranien se soulève.

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    Malgré les efforts fournis, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » n’a pas disparu. Il s’est transformé. La protestation ouverte dans les rues fait place à une résistance plus diffuse, inscrite dans les gestes quotidiens : le refus du voile, la présence dans l’espace public, la visibilité assumée.

    Selon plusieurs analyses, cette transformation marque une évolution profonde. La contestation ne repose plus uniquement sur des manifestations, mais sur une modification progressive des comportements sociaux. C’est une confrontation entre deux visions du pouvoir, entre deux temps dont l’un est révolu. D’un côté, un régime qui considère le contrôle des femmes comme de sa légitimité. De l’autre, une partie croissante du peuple iranien refuse cette assignation. Elles ne sont plus seulement des symboles dans ce conflit : elles en sont devenues les actrices principales. (Crédits : AFP)

    Depuis la mort de Mahsa Amini, la République islamique d’Iran se trouve confrontée à une contestation qui dépasse amplement la question du voile. Elle touche à la nature même du pouvoir, à la légitimité de Ali Hossaini Khamenei et ses 86 ans. Mais aussi à l’imposition de la vision du corps, de la liberté et de l’ordre social. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » incarne cette fracture. Et malgré la répression sanglante, il continue d’exister — non plus seulement comme un slogan, mais comme une transformation durable du rapport entre les femmes et l’autorité, le renouveau d’un peuple.

  • Mamie, c’est quoi l’attachement ?

    Mamie, c’est quoi l’attachement ?

    Les définitions des mots ont toujours une importance. Que vous soyez simplement un être humain, quelle que soit votre dignité, votre fardeau. Elle est d’autant plus essentielle lorsque votre charge est publique, comme les femmes et hommes politiques, les femmes et hommes journalistes, etc. En plus de la théorie de l’attachement, l’amalgame est usuel entre chérir et être attaché. La distinction tient sur le fil d’une lame de rasoir, telle la différence entre l’amour et la haine, avec les genres et les identités de genres qui viennent complexifier la chose.

    Les actualités ne sont pas réjouissantes lorsque l’on allume le téléviseur, inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques, incestes, viols, meurtres, assassinats, guerres, conflits… entre le capharnaüm de l’Assemblée nationale en France, les tentatives d’assassinat sur la personne de l’ancien président américain et candidat Donald Trump, les cyberattaques, l’affaire dite de Mazan, le meurtre de l’étudiante de 19 ans, Philippine. « Pour une bonne santé mentale, il est préférable de laisser la télé éteinte », me dit toujours mon grand-père. Vous le connaissez sûrement à Berd’huis et tout autour avec sa Renault Gordini, Sépa Phot.

    Préoccupations d’une ado dans un monde d’adultes

    Sauf qu’à 15 ans, j’avoue ne pas tout comprendre de ce monde qui est censé m’attendre. J’ai la chance d’avoir quatre prénoms d’origines complètement explosées, je suis au lycée, j’aime le skate, le surf, et je me pose un tas de questions. J’oubliais, mes prénoms sont Capucine, Teresa, Ouriella et Sanaa, mais toutes mes copines m’appellent « Capu ». Elles me comprennent, je les comprends, mais les adultes ne vivent pas du tout la même vie que nous.

    C’est l’anniversaire de ma grand-mère. Comme je me sens plus à l’aise pour parler avec mes grands-parents que mes parents sur certains sujets, j’en profite. C’est à la dernière bouchée du framboisier que je me lance : « Papy ! » « Oui, Capucine ? »

    « Je comprends pas pourquoi il y a la guerre entre Israël et Gaza ». À peine j’ai prononcé le denier mot, plus personne ne bouge. « Sérieux la tête de mes parents !! J’ai l’impression de leur apprendre que je suis enceinte. »

    « Vaste sujet ! Je vais t’expliquer, te donner des informations, mais il faudra te forger une opinion et vérifier ce que je vais te dire, et surtout ce que tu peux lire, voir et entendre. »

    « Ok ! » Une demi-heure plus tard, tout est fini, même les tasses de café. Je saisis que ma grand-mère commence à faire la vaisselle. Je file dans la cuisine pour essuyer, comme ça on peut discuter tranquillement, entre filles.

    « Mamie, c’est quoi être attaché ? La différence entre l’amour et l’attachement ? » « Tito ne t’a pas expliqué ? » Oui, un diminutif affectueux en espagnol pour le grand-père. (Crédits : Tasty Lens/Pixabay)

    « Mamie, c’est un garçon, il comprend rien. Et puis, quand il explique, ça dure trop longtemps. Tu as vu avec Gaza, Israël, le Liban… »

    « Ah, ah, tu as raison. Les mecs sont compliqués. Je ne connais pas autant de choses que ton grand-père, mais là, comme tu dis “je gère”. »

    Une légère brise souffle à travers la fenêtre entrouverte. Elle soulève les cheveux, de la couleur des blés, de l’adolescente.

    « Tu me diras comment il ou elle s’appelle après, enfin si tu veux », sourit-elle espièglement. Capucine se met à rougir telle une tomate un peu trop mure.

    Amitié Vs Amour

    Comme te dirait ton cher grand-père : « Regarde dans le dictionnaire ! » Capucine d’une moue significative acquiesce et rétorque. « Euh, sérieux », lâche-t-elle. « Non, je te taquine. Je vais t’expliquer avec mes mots. Mais pour une fois, tu seras d’accord avec moi, souffle Séki, c’était plus simple avant ! » Il faut alors définir l’attachement, l’amour, l’interaction dans la société et se plonger dans notre histoire et dans l’Histoire.

    Comme tu vois, je suis attaché à ma maison. J’ai d’excellents souvenirs, de moins bons. Je suis attaché à ma liberté, à pouvoir marcher, à penser ce que je veux, m’habiller comme je veux, aimer qui je veux… je ne suis pas obligé d’aimer les gens pour les côtoyer, mais juste un respect qui doit être réciproque. C’est comme les goûts et les couleurs, tu n’es pas obligé d’aimer le fromage, le chou-fleur… bref chaque individu est différent.

    Être attaché à quelqu’un vient au début d’une relation, amicale ou amoureuse. La seule variation entre l’amitié et l’amour, c’est le rôle qui est donné à la sexualité, sans compter les identités de genre. Parce que l’amitié, affirme Sigmund Freud, repose sur une inhibition de la libido, l’énergie psychique de nos pulsions de vie. Mais il faut faire une différence entre l’amour d’un couple et l’amour de parents vers des enfants et vice-versa. (Crédits : Mabel Amber/Pixabay)

    « Là où ils aiment, ils ne désirent pas, et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer. » Celle-là je l’ai piqué dans un livre de ton grand-père me souffle ma mamie. « Mais Mamie, j’ai des copines qui sont “pan” comme Angèle. » Simple ! Pour citer ta chanteuse préférée, elle explique dans Le Point que « le sentiment amoureux, avoir des palpitations dans le ventre, fille ou garçon, pour moi, c’est la même chose. » Mais une chose est sûre : « […] Quels que soient nos échafaudages éthiques et technologiques il faudra toujours, sub specie aeternitatis, de l’homme et de la femme pour engendrer de l’humain. La nature est têtue, rempart à notre fantasme de toute-puissance qui ne peut nous mener qu’à la mort, symbolique, sociale, réelle et imaginaire. »

    Attachement, le véritable concept

    L’attachement est un concept fondamental en psychologie du développement. Cette idée façonne la manière dont nous interagissons tout au long de notre vie. La théorie, initialement développée par John Bowlby, aide à comprendre ces dynamiques relationnelles. Les individus questionnant ou affirmant leur identité de genre affrontent des défis supplémentaires et enrichissant ainsi leur complexité.

    « Accroche-toi Capucine ! » Que l’on soit concerné ou pas… Que l’on trouve ça normal ou non… Que l’on trouve ça grotesque ou pas… certaines personnes sur Terre trouvent nécessaire d’appartenir à un groupe (associations sportives, groupes politiques, amateurs d’andouillettes, religions, famille de cœur comme de sang…).

    Ton doudou Fimble est très spécial pour toi ? Tu te ressens de la protection avec, n’est-ce pas ? C’est un peu comme ça que John Bowlby explique l’attachement, mais version très simplifiée. Les enfants, quand ils sont près de leurs parents, ils se sentent bien, comme avec leur doudou.

    C’est comme ça qu’ils s’épanouissent, en sécurité et aimés. « C’est ainsi que tous les enfants devraient grandir. Sans subir les maltraitances de quelque façon que ce soit », s’émeut Sépa Phot qui passe comme la brise d’automne, avant de s’éclipser, discussion de filles oblige.

    John Bowlby, le pionnier de la théorie de l’attachement, a identifié l’importance des premières relations pour le développement psychologique. Les styles d’attachement — sécurisé, anxieux, évitant et désorganisé — influencent nos comportements dans les relations adultes.

    Ces styles évoluent en réponse aux premières interactions avec les figures parentales et continuent de colorer la manière dont les individus interagissent dans leurs relations amoureuses. Sauf que l’identité de genre peut complexifier les relations d’attachement.

    (Crédits : Fia50/Pixabay)

    Ce qui est déstabilisant est de voir que la société s’attache à différencier les personnes en fonction de leur sexualité. Or, semble-t-il, comme pour le vote lors d’élections, le fait de glisser un bulletin dans l’enveloppe s’effectue en secret. En quoi est-il nécessaire de connaître la sexualité de telle personne ou autre ? Surtout que la construction de l’adulte est un passage de l’enfance par l’adolescence. Moment critique de notre évolution, l’âge de la puberté est.

    Sauf que l’identité de genre peut complexifier les relations d’attachement. Ce qui est déstabilisant est de voir que la société s’attache à différencier les personnes en fonction de leur sexualité. Or, semble-t-il, comme pour le vote lors d’élections, le fait de glisser un bulletin dans l’enveloppe s’effectue en secret. En quoi est-il nécessaire de connaître la sexualité de telle personne ou autre ? Quoi qu’il en soit, d’être né garçon ou fille, l’âge ménarchique nous enseigne l’évolution de notre corps, à nous les femmes avec l’apparition des menstruations.

    Identité de Genre

    Sauf que « l’identité de genre » peut complexifier les relations d’attachement, surtout à l’âge de l’adolescence. Ce qui est déstabilisant est de voir que la société s’attache à différencier les personnes en fonction de leur sexualité. Or, semble-t-il, comme pour le vote lors d’élections, le fait de glisser un bulletin dans l’enveloppe s’effectue en secret. En quoi est-il nécessaire de connaître la sexualité de telle personne ou autre ?

    Marie-Estelle Dupont explique que « le père étant le premier homme de la vie d’une fille, son regard est-il assez chaleureux, sain, protecteur, encourageant et porteur pour lui renvoyer sans intrusion les contours et l’avenir de sa féminité […] »

    Dans les relations amoureuses, les styles d’attachement influencent la communication, la confiance et la proximité. Pour les personnes explorant leur identité de genre, c’est souvent exacerbé en rapport à la norme, à une norme. « Un seul mot ne pourra jamais te définir entièrement. Ton voisin de classe est un garçon hétéro ? Ça ne te dit pas qu’il adore aussi les petits chiens roux et fait une super mousse au chocolat ! », relate le site gouvernemental.

    La société nous indique que le jugement serait la norme, mais la diversité fait la richesse d’un peuple, alors pour quoi juger une personne sans même savoir si elle fait une super mousse au chocolat, ou un sublime gâteau à la patate douce ?

    La société évolue. Les médias, les politiques publiques, et les normes culturelles impactent la manière façon dont les questions d’attachement et de genre sont perçues et traitées. Comprendre l’interaction entre l’attachement et l’identité de genre est crucial. Alors que les mouvements comme #MeToo et #BalanceTonPorc ont catalysé des discussions sur le respect et le consentement, il est impératif d’aborder les nuances de l’attachement dans chaque relation.

    Au final, l’attachement se produit entre deux êtres, animal ou végétal tout simplement. « Alors pourquoi c’est compliqué », lance Capucine. « Ah, c’est une excellente question ! Tout semble nous conduire sur l’individualisme, tandis que l’altruisme devrait être la norme », souffle Séki. « Ce qui n’est pas entrepris pour le bien d’autrui ne mérite pas d’être accompli », souligne un texte bouddhiste. (Crédits : IA générative/Vilkasss/Pixabay)

    « Alors l’attachement, c’est plus simple maintenant ? » Un léger flottement entour Capucine, tandis qu’à la radio passe un des tubes de Vianney « Dumbo ». Le poste à galène fredonne le refrain : « Un éléphant roi se trompe parfois, et danse aussi mal que vous et moi. En éléphant moi, je ne me trompe pas quand je me dis qu’il faut qu’on s’aime, soi. » C’est alors que l’ado lâche un « jusqu’à la prochaine, sourit Capucine. Merci, Mamie… au fait, il s’appelle Leandro. »

  • La Colombie choquée par le meurtre d’une mineure de 15 ans

    La Colombie choquée par le meurtre d’une mineure de 15 ans

    Tout le pays est en deuil depuis le 7 décembre 2023, jour où Michelle Dayana González Sierra jeune fille de 15 ans est morte. Elle a été retrouvée décédée dans un atelier de réparation automobile du quartier de San Judas à Cali. Les autorités locales, ainsi que les habitants d’où se sont déroulés les faits ont révélé des détails sur le comportement du suspect, le moment et le lieu de disparition de la jeune fille, ainsi que sur l’évolution de l’enquête. Une récompense de 100 millions de pesos colombiens pour retrouver le principal suspect : Harold Andrés Echeverri.

    L’adieu à Michelle Dayana González Sierra commençait dimanche 10 décembre vers 21 h. La veillée funèbre s’est tenue au Polideportivo du quartier de San Judas. La jeune fille a été enterrée lundi au cimetière Parque Memorial La Ermita à Yumbo. « Ma sœur était une fille tranquille, elle ne cherchait pas les ennuis. Elle venait d’avoir 15 ans en avril et rêvait d’étudier la médecine. Elle aimait dessiner et était une artiste, elle faisait des croquis, dessinait des poupées et avait réussi brillamment à l’école », déclarait Angie Juliet Serna Sierra.

    Le père de la victime lui avait demandé de faire des courses dans un magasin proche du domicile dans la nuit du 7 décembre 2023. Ne la voyant pas rentrer, il commençait à tenter de la joindre sur son portable, et a entamé des recherches en vain.

    « Les enquêtes indiquent qu’hier (7 décembre), vers 20 heures, cette mineure s’est rendue dans un magasin pour acheter quelques articles et qu’à son retour, elle aurait été emmenée dans cet atelier par ruse », a déclaré le commandant de la police métropolitaine de Cali, Daniel Gualdrón.

    (Crédits : El País)

    « Il est arrivé ensanglanté et a dit qu’il s’était coupé », raconte un habitant au journal El País. « Ma sœur s’est défendue, c’était une grande fille forte, elle a réussi à le blesser, mais finalement l’homme était plus fort qu’elle. Où que soit ce misérable, j’espère qu’ils le verront et le reconnaîtront, pour qu’ils nous le signalent. L’important est […] qu’il paie pour ce qu’il a fait… Il a pris la vie d’une jeune fille innocente », déclarait sa sœur Angie Julieth.

    Violée, tuée et démembrée

    L’alerte donnée, tous cherchaient la jeune fille. Le visionnage des caméras de sécurité atteste qu’elle était entrée dans un atelier de mécanique. Aucune trace de la jeune fille, mais du sang trouvé sur les lieux. Immédiatement la police nationale informée découvrait les parties du corps de la victime en plusieurs endroits. Dès le début de l’enquête et de la recherche, le gardien a été soupçonné, car il était le seul à avoir passé la nuit dans l’immeuble.

    Les autorités ont expliqué que tout ramène à Harold Andrés Echeverry, au suspect principal et agent de sécurité de l’atelier où a été retrouvé le corps démembré. Selon les autorités, l’homme possède un casier judiciaire pour viol sur mineure de moins de 15 ans. (Crédits : El País/YouTube)

    « L’hypothèse de départ est que le gardien aurait violé la jeune fille et, après l’avoir violée, l’aurait tuée », a déclaré le fonctionnaire. Après l’avoir démembrée, il aurait caché les parties du corps dans des paniers à différents endroits de l’atelier pour qu’il soit difficile de la retrouver.

    443 féminicides en 2023

    Elle fait désormais partie du nombre macabre de féminicides perpétré en Colombie. Elles sont 443 à avoir perdu la vie depuis le début de l’année, soit deux meurtres ou assassinats tous les trois jours. Le ministère public a exprimé un rejet total du meurtre atroce de la mineure, un fait déplorable qui s’ajoute aux cas signalés de femmes victimes à l’échelle nationale, qui, selon l’Observatoire des féminicides Colombie, entre janvier et octobre 2023, 443 féminicides ont été enregistrés, dont 77 à Antioquia, 49 à Bogotá D.C. et 47 à Valle del Cauca.

    Le suspect avait fui la scène de crime, et la ville malgré les barrages. Le suspect s’est enfui de Cali (Valle del Cauca) à Villavicencio (Meta) où il a été arrêté par la police. Harold Echeverry a été arrêté sur l’une des voies principales de Villavicencio sur une moto, portait une chemise verte et lui a recouvert le visage d’un dessus bleu. Ville où il exerçait le taxi à moto, ayant l’intention de fuir au Venezuela.

    L’hypothèse des autorités est que Harold Echeverry a abusé sexuellement de la jeune fille, puis l’a tuée avant de la démembrer. Après la macabre découverte, la police a immédiatement activé un plan pour capturer le meurtrier présumé.

    Les accusations du ministère public sont pour l’heure le vol qualifié et aggravé et le meurtre aggravé.

    Harold Echeverry n’a eu d’autre choix que d’accepter les accusations pour le crime odieux perpétré à Cali sur la personne de Michelle Dayana, 15 ans.

    (Crédits : Police nationale)

    L’audience s’est tenue à Villavicencio, à huis clos, en raison de l’âge de la jeune fille. Le général William Salamanca, de la Police nationale colombienne, a déclaré que le meurtrier présumé serait transféré sur un avion de police de la ville de Villavicencio à Cali, où il serait mis à la disposition du Bureau du Procureur général. Le bureau du procureur général s’attend à ce que la peine maximale possible soit imposée.

    Les festivités de la célébration de la nativité en Colombie commencent avec « la noche de la velitas », le 7 décembre. Cette tradition religieuse consiste à célébrer l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. C’est ce soir-là que Michelle Dayana a disparu alors qu’elle allait acheter des bonbons. « Papa, je ne serai pas longue », sont les derniers mots qu’elle a dits à son père en sortant de chez elle.

  • La recrudescence de meurtres de femmes en Espagne inquiète l’État ibérique

    La recrudescence de meurtres de femmes en Espagne inquiète l’État ibérique

    Un drame de plus secouait la péninsule ibérique le 23 janvier 2023. La violence faite aux femmes avait franchi un cap. Le cri de la population espagnole nombreuse dans les rues, affiche banderoles à l’effigie de Paloma Pinedo Rodriguez et sa fille, India Lopez Pinedo, 8 ans. Selon les statistiques officielles, huit femmes auraient été assassinées par leur partenaire actuel ou passé depuis le début de l’année 2023 (21 en France). Pour l’ensemble de l’année dernière, ce chiffre était d’au moins 49, dont 11 en décembre.

    Paloma Pinedo Rodriguez avait 45 ans et vivait avec sa fille de 8 ans, au 66 du Paseo de Zorrilla à Valladolid. C’est à cet endroit même où elle a été poignardée à mort par son petit ami, qui a également tué la petite fille aussi par arme blanche. L’auteur présumé, David Maroto avait avoué son crime aux forces de l’ordre espagnoles qui le gardaient à l’Hôpital Clínico de Valladolid. « Je ne sais pas, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé », relatait El Diario de Valladolid. David Maroto y était soigné après s’être infligé des blessures à la poitrine, aux bras ainsi qu’aux jambes après avoir commis le double assassinat.

    « Les femmes restent les principales victimes : 122 femmes sont décédées des suites de violences conjugales contre 21 hommes. Douze enfants ont succombé aux blessures des agresseurs. Les tranches d’âge les plus exposées aux morts violentes sont les 30-49 ans et les plus de 70 ans », indique Vie Publique. (Crédits : TréVoy Kelly/Pixabay)

    Une loi adoptée le 28 décembre 2004 œuvre à la protection des femmes victimes de violences. Sept années après un drame sans nom. En 1997, Ana Orantes avait été forcée de partager son domicile avec son ex-mari par le tribunal qui avait prononcé leur divorce. Ana Orantes, une femme de 60 ans avait été battue, jetée depuis un balcon, puis brûlée vive par son ex-mari, après avoir dénoncé plusieurs fois ses violences aux autorités et à la télévision.

    En 2021, Libération écrivait un article relatant cinq meurtres de femmes en Espagne. « Nous ne pouvons pas détourner le regard tant que ces assassinats se produiront chaque jour. Nous ne devons pas nous sentir étranger à la douleur ou à la peur ressenties par des milliers de femmes juste parce qu’elles sont femmes dans notre pays », déclarait le Premier ministre Pedro Sánchez.

    Bien que les hommes soient, à l’échelle mondiale, les principales victimes d’homicide (81 % d’hommes tués contre 19 % de femmes), ce sont les femmes qui sont le plus assassinées par leur partenaire intime ou un membre de leur famille (64 % de femmes, contre 36 % d’hommes). (Crédits : pixel2013/Pixabay)

    Le nombre de femmes tuées en décembre 2022 avait conduit le gouvernement espagnol à promettre que des mesures seraient prises. Comme la création de points de contrôle dans les centres de santé en zone rurale où les femmes peuvent signaler les violences. Depuis la 2003, année où l’Espagne s’est mise à comptabiliser de manière officielle les féminicides, elles sont 1182 à avoir perdu la vie. Parmi les 49 femmes décédées en 2022, 21 avaient déposé plainte pour abus ou harcèlement de la part de leurs partenaires, passé ou présent, avant leur décès.

    En 2017, 50 000 femmes ont été tuées dans le monde par un partenaire intime ou un membre de leur famille. (Crédits : Daniel Stuhlpfarrer/Pixabay)

    « Beaucoup de victimes de féminicide sont tuées par leurs partenaires actuels et passés, mais aussi par leurs pères, frères, mères, sœurs et autres membres de la famille en raison de leur rôle et de leur statut de femme », précise l’étude de l’UNODC en 2019. L’année 2023 sévit également à Cuba, où 11 femmes ont été tuées, dans l’indifférence la plus totale. Comme en Israël où, deux femmes l’une de 33 ans et l’autre de 40 ans ont été assassinées. En France, elles sont 21 à avoir succombé, au vendredi 24 février 2023, sous les coups de leurs maris, compagnons actuels ou anciens.

  • Il y a cent ans… « an eye for an eye » criait la justice londonienne

    Il y a cent ans… « an eye for an eye » criait la justice londonienne

    La loi du talion s’appliquait dans la cité du grand brouillard, il y a un siècle, « œil pour œil, dent pour dent ». La capitale britannique frissonnait encore ce 10 juin 1922, après la pendaison d’un adolescent, de tout juste 18 ans. Deux jeunes hommes, Henry Julius Jacoby, enfant du peuple, Ronald True, fils de la noblesse, étaient jugés pour le crime d’assassinat, leurs sorts différents, car « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… » écrivait Jean de La Fontaine.

    L’opinion publique habituellement rangée derrière les décisions de justice, mais pas cette fois. Le recours en grâce signé par l’ensemble du jury, accompagnant la condamnation à mort, ni les pétitions innombrables parvenues au ministère de l’intérieur, connu outre-Manche sous Home Secretary, n’émouvaient Edward Shortt. « L’assassin adolescent de Lady White à payé sa dette à l’humanité ». Il est rare que le Royaume-Uni soit si soudé derrière une cause, une affaire, une personne. Chaque citoyen, après avoir su que le jeune avait été pendu, s’accordait à maudire cette justice implacable, qui veut que selon la loi du talion ceux qui ont tué doivent être tués.

    L’hôtel où se déroulait la tragédie est dorénavant the Marble Arch Doubletree by Hilton. Le marteau qui a servis pour commetre le crime avait été emprunté, sans sa permission à un ouvrier. Le jeune homme serait originaire de Prusse, avant d’être accueilli par une famille londonienne. (Crédits : paulohabreuf/Pixabay)

    Henry Julius Jacoby avait assassiné Lady Alice White, 65 ans, le 14 mars 1922. Il déclarait à la police qu’ « il avait l’intention de voler dans les chambres d’hôtel où il travaillait et qu’il avait emporté un marteau pour l’utiliser si nécessaire. Il avait trouvé la porte de la chambre de Lady White déverrouillée et était entré. Elle s’était réveillée et il l’avait battue pour l’empêcher de donner l’alerte. » En avril 1922, à l’Old Bailey, il a été reconnu coupable, avec une recommandation de clémence, et condamné à mort, par le juge McCardie. Il est exécuté à la prison de Pentonville par John Ellis, le 7 juin 1922.

    Un garçon de salle de l’hôtel, Henry Julius Jacoby, a été déclaré coupable de meurtre. Le jury a ajouté une forte recommandation à la clémence, mais il a été pendu. Henry Julius Jacoby sur le banc des accusés au tribunal de Marylebone pendant le procès, le 7 avril 1922 (Crédits : Daily Mirror/Getty Images)

    Le flegme anglais si reconnu explosait en l’air lorsque l’affaire de Ronald True s’affichait en lettre d’imprimerie, dans les tabloïds. La grâce refusée à Jacoby le fut sous un biais tout autre, pour l’assassin de la jeune femme, Gertrude Yates connue comme prostituée et call-girl sous Olive Young. L’homme avait été reconnu par les médecins atteint d’aliénation mentale, mais condamné, par McCardie, à mort par pendaison. Condamnation annulée à la suite d’un examen psychiatrique ordonné par Edward Shortt : True était légalement fou. Jacoby lui avait la mentalité d’un enfant de douze ans, selon les mêmes praticiens.

    True a été interné à l’hôpital Broadmoor, où il a surmonté sa dépendance à la morphine et a participé énergiquement aux activités théâtrales. Il est mort d’une crise cardiaque le 8 janvier 1951 à l’âge de 59 ans, à l’hôpital. Seule sa mère, Elizabeth Angus, qui adorait son fils, était présente à son enterrement. (Crédits : DR)

    Le 6 mars 1922, vers 7 h 30, True préparait une tasse de thé pour Gertrude Yates et lui. Alors qu’elle relevait la tête de son oreiller pour boire, Ronald True lui assénait cinq coups de rouleau à pâtisserie sur la tête avant de lui enfoncer une serviette dans la bouche, puis serrait le cordon d’une robe de chambre autour de son cou, la tuant par asphyxie. L’homme prit le temps de déguster sa propre tasse, de manger quelques biscuits puis traîna la défunte complètement nue jusqu’à la salle de bains. L’assassin volait le somme de 8 £, et différents bijoux dont la valeur fut estimée à environ 200 £ (environ 13 350 € en 2021).

    Jacoby était l’un des quatre adolescents à être pendu à la prison de Pentonville. Les autres étaient Arthur Henry Bishop, 18 ans, le vendredi 14 août 1925, John Frederick Stockwell, 19 ans, le mercredi 14 novembre 1934 et William Henry Turner, 19 ans, le mercredi 24 mars 1943. (Crédits : DR)

    Ce n’est qu’à 9 h 35, en se préparant à quitter l’appartement, qu’il croisait Emily Steel, la femme de ménage. « Ne réveillez pas Mlle Young, nous sommes restés tard hier soir. Elle dort profondément. J’enverrai la voiture la chercher à douze heures », dira-t-il après avoir découvert le corps, elle préviendra la police. Ronald True finira sa vie à l’hôpital où il fut interné. Quant à Henry Julius Jacoby, du haut de ses dix-huit ans John Ellis se souvenait que « Jacoby ne semblait pas du tout préoccupé par son sort et qu’il jouait à un cricket improvisé avec l’un des gardiens dans la cour d’exercice », l’après-midi précédant son exécution. Après être menotté, Jacoby remerciait le gouverneur et les gardiens de prison pour leur gentillesse, puis calmement se dirigeait vers la salle d’exécution.

  • Il y a cent ans… la réhabilitation attendue d’un innocent

    Il y a cent ans… la réhabilitation attendue d’un innocent

    Un grand nombre d’habitants de la commune varoise était persuadé de l’innocence de Benjamin Reynier dit « Min ». Mais pas un ne souffla mot devant le poids de la Justice qui de par ses us et coutumes impressionne tout un chacun. Les paysans parlent peu, se méfient de la maréchaussée, et ont le respect envers la justice comme le moineau l’a pour l’épouvantail. La vérité viendra huit années plus tard, quand le fossoyeur, par un testament, soulagera sa conscience. Il indiquera avoir aperçu une robe et un chapeau d’enfant dans une cabane.

    Ce n’est pas le fait de les avoir remarqués, qui fera la différence, mais qu’ils aient été retrouvés, le 8 octobre, soit 19 jours après l’arrestation de Benjamin Reynier et sa mise en détention préventive. Les vêtements avaient été retrouvés par des douaniers. Détail troublant, qui plus est quand le fossoyeur affirmait avoir entrevu lesdits vêtements dans un endroit fréquenté par Joachim Guis et quelques personnalités « honorables » de la commune. Là où le bât blesse, les vêtements furent récupérés à une place où ils auraient certainement été découverts, s’ils s’y trouvaient bien avant… sur le lieu de découverte du corps de Joséphine.

    J’ai passé mes plus belles années au bagne pour un crime que je n’avais pas commis

    Benjamin reynier. 14 juillet 1922

    Le procès à charge débuta. Le juge de paix de Beausset déclara à la barre qu’il avait ouïe au café que Reynier était coupable, le maire Paul-Louis Ramel affirma que « quelqu’un qu’il ne nomme pas désigna Reynier comme coupable au juge d’instruction ». L’identité du soi-disant témoin ne fut jamais révélé. Le secrétaire de mairie vociféra que « si j’étais un juré, je le condamnerai sans hésiter. C’est un républicain. Il a proféré des menaces contre le maire », raconte le journal Le Détective dans son no 134. L’expert ne put déterminer si la tâche relevée sur les vêtements de l’accusé était de l’argile ou bien du sang. Dans son rapport, le praticien nota que son corps était d’une propreté « extraordinaire pour un travailleur ».

    La presse agricole helvetique en faisait ses gros titres, jusqu’à la libération de leur confrère. (Crédits : La Gruyère)

    Malgré la déposition de Célestin Pons, Antoine Don, Gustave Barrère, Alice André et Victorine Don certifiant avoir observé « Min » dans sa vigne alors que deux heures sonnaient au clocher à Saint-Cyr-sur-Mer. Onze témoins jurèrent l’avoir vue œuvrer de deux à six heures… Le jury de Draguignan le reconnut coupable, avec des circonstances atténuantes. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.

    « Méry allait jusqu’à révéler l’identité d’un des deux assassins. L’un était le curé du village, l’autre un gris bonnet de l’endroit, il s’agissait d’un conseiller municipal. Or — coïncidence étrange ! — les initiales du mouchoir trouvé jadis près du cadavre sont les initiales du curé » (La feuille qui ne tremblait pas : Zo d’Axa et l’anarchie). (Crédits : DR)

    Les journaux de l’époque rapportent les dires de Reynier lors d’une entrevue :

    On m’enferma dans la cellule des condamnés à mort… Le lendemain, le président des assises m’adressa la parole à travers le guichet, « M. Reynier, vous êtes innocent, nous le savons, mais il faut avoir du courage ». J’ai fait un bond pour lui saisir la gorge à travers les barreaux.

    Quelques jours après, je reçus la visite du Préfet Paul Laugier-Mathieu. « Je suis convaincu de votre innocence, me répéta-t-il. Nous ferons tout ce qui sera possible pour la prouver. »

    Quelques jours après, M. Laugier-Mathieu était déplacé et muté dans le Nord. Et Reynier fut envoyé au dépôt de Saint-Martin-de-Ré. Il monta à bord de La Loire avec 599 autres forçats. La traversée dura 127 jours avant d’atteindre la Nouvelle-Calédonie, et Nou.

    Gabriel Randon de Saint-Amand, dit Jehan-Rictus écrivit à propos de l’affaire Reynier, dans son journal qu’il tint du 21 septembre 1898 au 6 novembre 1933. (Crédits : BnF/Gallica)

    En 1892, après huit années de bagne, une lettre arriva au père de Benjamin : le testament du fossoyeur Mestre. Il fut publié dans le journal parisien L’Éclair en ce 17 février 1891, les patronymes des personnes ayant été effacés au préalable. L’original nommait deux habitants de la commune. Joachim Guis attenta un procès en diffamation contre Clovis Hugues et Gérard Richard, et le paternel de Benjamin Reynier, le 23 mars 1892. Les polémiques enflaient au sujet des sieurs Joachim Guis, du maire Paul-Louis Ramel et d’un certain Monge. Les journaux de Nouvelle-Calédonie réclamaient sa grâce. En 1894, sa peine passe de perpétuité à 20 ans de bagne. Deux ans s’écoulaient quand il fut déclaré libre. Émile Loubet signa la grâce présidentielle le 14 juillet 1899. « Les manifestations organisées en son honneur étaient si bruyantes, si enthousiastes que le gouverneur craignit une émeute »

    Il faudra attendre près de quarante ans, pour que Benjamin Reynier soit reconnu innocent des crimes reprochés. Il a failli être guillotiné, passa quinze ans à Nou au bagne, avant d’être réhabilité en 1922. (Crédits : Journal du Lot)

    À son arrivée à Marseille, 20 000 personnes l’acclamèrent. « Je suis gracié, mais cela n’efface pas le verdict infamant de la cour d’assises ». Un projet de modification de l’article 443 du Code pénal, ouvrant la voie aux procès en réhabilitation, état déposé sous la troisième république. Malgré le travail acharné de ses avocats, Me Marcel Ricard, du barreau de Marseille et de Me Arnaud de Toulon, l’homme attendu en vain. La cour d’Aix, après la plaidoirie de Me Louis Martin, sénateur du Var, le réhabilita enfin. Le ou les coupables ne furent jamais appréhendés. Tous les protagonistes présumés de l’histoire, l’évêque de Fréjus qui déplaça le curé de Saint-Cyr, le prêtre en question, Joachim Guis, Monge… tous morts et enterrés, si bien que seuls les soupçons, les ragots de café restaient, car plus un seul témoin n’était.

  • Il y a cent ans… Benjamin Reynier était réhabilité

    Il y a cent ans… Benjamin Reynier était réhabilité

    Benjamin Reynier a passé trente années de vie dans la peau d’un ignoble personnage pour les parents de la victime. Il est condamnée à mort, puis la peine est commuée aux travaux forcés à perpétuité pour le viol, suivi du meurtre de Joséphine Audrique, jeune bergère âgée de 7 ans. L’affaire jugée en 1884 expédia un homme de 30 ans, qui devait se marier, au bagne de Nouméa. La peine fut écourtée à quinze années avant de le gracier. Il faudra attendre près d’un demi-siècle pour qu’il soit enfin réhabilité le 8 juin 1922.

    Des combats politiques de l’époque, lettre anonyme de dénonciation, ragots de café… conduiront un innocent en enfer. Il faudra l’acharnement de deux amis Baptistin Bernard et Étienne Matter, une campagne de presse a charge contre la Justice déclarée coupable d’avoir envoyé un innocent en prison, rivé à la chaîne des maudits, pour qu’enfin l’honneur d’une personne soit lavé, au moins coté de la Justice française.

    Le bagne de Nou, en Nouvelle-Calédonie où Benjamin Reynier passa les plus belles années de sa vie, plus de quinze. (Crédits : DR)

    Il faut remonter au 14 septembre 1883, en Provence du côté de Saint-Cyr-sur-Mer. La famille Audrique vit de l’autre côté de la route, où loge Benjamin Reynier dans le quartier des Côteliers. Il est 12 h 30 lorsque Joséphine cri « On va au bois », à Benjamin, sous-entendu au bois des Baumelles. Il est situé à quatre kilomètres après un difficile chemin accidenté. Pour parcourir ce trajet, il faut compter 45 minutes mentionnait la justice. Le père de famille se mettait à faire des fascines de bois mort avec son épouse, quand après peu de minutes, il s’inquiétait de ne plus voir la chevelure rousse de sa fille.

    La maison de Benjamin Reynier, dans le quartier Côteliers de Saint-Cyr-sur-Mer. Son plus grand crime était d’être propre selon les minutes du procès. (Crédits : DR)

    Le père déclarait à l’instruction qu’à deux reprises, il entendit son enfant crier, d’une voix étouffée « Papa, papa ! ». L’enquêteur demanda s’il avait suivi les cris désespérés, à quoi il répondit que « non, monsieur, il faisait beaucoup de vent ce jour-là, c’était bien difficile ». La journée de labeur finit, le couple rentre aux Coteliers sans leur fille, qu’ils affirment perdue. La presse raconte que ce sont « les gens de Saint-Cyr qui partent à la recherche de l’enfant » et que « Benjamin Reynier, accompagné du voisin Cordeil » prennent la direction de la gendarmerie de Bandol « le maire Ramel et son premier adjoint n’ayant pas jugé utile d’alerter la police ». Alors que Reynier et Cordeil rentrent de Bandol, ils interrogent la mère, car la fillette reste introuvable : « Sûrement, on l’a tuée », répondit-elle.

    La calomnie

    Le lendemain à 8 heures, le corps sans vie de Joséphine est retrouvé. « La fillette était presque nue. Le corps était mutilé. On avait écrasé le visage à coups de pierre. L’enfant avait été odieusement violée. » Les médecins légistes Bouley et Courgit conclurent que l’atrocité était le fait de deux hommes, car ils découvrirent sur le corps de la fillette, deux traces de mains droites. Que les criminels devaient avoir sur le visage et les mains des égratignures occasionnées par les ongles de Joséphine ! Les gendarmes affirmèrent, au même titre que le Parquet qu’elle avait été entraînée par une connaissance, et que l’assassin devait habiter le pays.

    L’affaire a fait les gros titres de la presse française comme étrangère, toutes convaincues de l’innocence de « Min ». La foule attendait à Marseille l’enfant du pays arrivant du bagne, innocent des crimes dont la justice l’accusait par le navire. Il traversa le globe sur l’Armand Béhic. (Crédits : Journal du Lot)

    La campagne de diffamation « venimeuse, sournoise » du maire Paul-Louis Ramel et de ses amis commença. Une tension existe en 1883 sous la troisième République entre mes « Républicains » et les « Cléricaux ». Quarante-huit heures après la découverte du corps, un docteur examinait Reynier. Aucune trace n’était décelée, mais une lettre anonyme scellait l’avenir de Benjamin. Se rendant auprès du juge d’instruction à Toulon pour protester, car il avait eu vent de ladite lettre, il fut mis sous mandat de dépôt quatre mois avant son procès. Tandis que de nombreux témoins affirmaient avoir vu Benjamin Reynier à l’heure dite du crime, la vindicte d’une certaine bourgeoisie semblait vouloir couvrir des criminels, quitte à envoyer un innocent à la guillotine ou au bagne à vie. À suivre…

  • Il y a cent ans… un jour à Bordeaux

    Il y a cent ans… un jour à Bordeaux

    La ville de Bordeaux voyait l’incendie d’une usine fraîchement construite, le 28 mai 1922, sur le quai de Brazza : les Grands Moulins de Paris. La minoterie venait grossir la maison mère pour produire les 7 000 000 de quintaux de consommation annuelle parisienne. Non loin de là, un autre drame se déroulait. Lors d’une banale promenade, un jeune homme de 23 ans, accompagné d’une jeune fille recevait une balle perdue et mourait.

    Le quotidien Le Radical écrivait qu’au cours d’une promenade en charmante compagnie, Jean Ducos, 23 ans, était tué d’une balle à la nuque. La personne à ses côtés avait été soupçonnée et arrêtée. L’autopsie innocenta la jeune fille, car le projectile venait de loin. L’enquête suivant les différentes pistes pour élucider ce mystère. C’est la gendarmerie de Lormont qui appréhenda un jeune homme de 19 ans nommé Merzy. Le manœuvre demeurait au camp de Genicart. Il reconnaissait s’être amusé à vider le barillet d’un revolver espagnol de gros calibre dans la direction où fut tué Jean Ducos. Selon les investigations, la distance entre le défunt et le prévenu était de 450 m, la portée de l’arme en question variait de 600 à 700 m.

    Fondé par Henry Maret en 1881, ce journal républicain proche de Rochefort avant le boulangisme devint progressivement le quotidien du radical-socialisme. A son apogée avant 1914, il perd progressivement de son influence, avant de devenir hebdomadaire de 1926 à 1931 et disparaître. (Crédits : BnF/Gallica/Le Radical)

    Au cours de cette même journée, l’usine des Grands Moulins de Paris à Bordeaux était détruite par un incendie. C’est aux alentours de neuf heures que le drame se déclarait. Les Grands Moulins se situent quai de Brazza. Le feu aurait pris au sein du bâtiment central, où se trouvait la machinerie évaluée à 13 millions de Francs. En quelques minutes, l’édifice entier s’embrassait et terminait en cendre. Plus rien ne restait. Luttant contre le brasier, deux sapeurs-pompiers et le peintre Viguié furent intoxiqués. L’usine fut construite en 1920, bien qu’elle ne fut pas encore achevée, elle employait deux cents ouvriers. L’estimation des dégâts se chiffe à une vingtaine de millions de Francs.

    Les Grands Moulins de Paris, sont en arrière plan de l’entrée des bassins à flot du port de Bordeaux. (Crédits : Archives Sud Ouest)

    Constitué en avril 1919. La société avait pour but de concourir à la production de la farine destinée à la région parisienne dont la consommation dès avant guerre était estimée à 7 millions de quintaux par an. Elle construisit à Ivry-sur-Seine, en région parisienne sur un terrain de 22 870 m2, un grand moulin qui atteignait en 1924 trois millions de quintaux. Elle décida se s’agrandir en prenant à bail le moulin de Port-Saint-Louis-du-Rhône, l’usine de la Meunerie lilloise de Marquette-lès-Lille et les Grands Moulins de Bordeaux, et ainsi produisait les 400 000 tonnes nécessaires à Paris. Elle affichait un chiffre de vente d’un milliard et demi de francs par an.

  • Il y a cent ans… elle égorgeait son mari, ivre et violent

    Il y a cent ans… elle égorgeait son mari, ivre et violent

    Les femmes sont tout autant capables d’actes dont les hommes font les gros titres. Lasse d’être battue, une mère de 34 ans venait d’assassiner son conjoint d’un coup de rasoir, en lui tranchant la gorge. Après les faits, elle allait à la gendarmerie ce 22 mai 1922 à 4 h. De l’autre une épouse de médecin tua de quatre balles de revolver son mari sur son lieu de travail, un cottage des bords de Loire à Oudon.

    Bien malin qui pourrait se vanter de connaître la vie d’un foyer, lorsque les volets d’une maison sont fermés. Une mère de famille, Mme Trouillet, née Thibault âgée de 34 ans, s’étaient présentés affolé auprès de la marée chaussée. « Monsieur, arrêtez-moi, je viens de tuer mon mari ! » Le commissaire de police des Lilas se rendit au domicile, 10 rue de Chardanne, au Pré-Saint Gervais. En entrant, il constata que la victime Auguste Trouillet, trente-trois ans, gisait sur le lit, la tête à demi attachée au tronc. L’ouvrier abatteur de porc à la Villette ne portait qu’une chemise. La version de l’épouse, maman de cinq enfants déclarait que son mari était revenu ivre mort, aux alentours des 2 heures. Comme d’habitude il donnait de grands coups de pied dans le lit pour réveiller sa femme.

    L’enquête a établi que l’abatteur de porcs était une brute inabordable lorsqu’il était enivré d’alcool. (Crédits : Alexas Fotos/Pixabay)

    Elle lui aurait dit : « Tu rentres encore ivre ». L’homme se serait précipité sur elle, la rouant de coups. Réveillée par les bruits, l’aînée de 14 ans suppliait son père de se calmer. Il aurait alors saisi sa fille par les cheveux, puis la traîne, à terre, en direction de sa chambre. La mère se saisissait du rasoir, et portait un coup à la gorge de son mari, qui expira après deux « hoquettements ». Lors du procès aux assises, elle indiquait qu’elle avait été plusieurs fois atteinte par le couteau de son mari. « À la suite d’une scène plus violente que de coutume, dit-elle, excédée, j’ai pris le rasoir de mon mari et je l’ai frappée ». Après la plaidoirie de Me Montigny, elle a été acquitée.

    Condamnée à cinq années de prison

    Un professeur de médecine était assassiné dans le paisible cottage qu’il possédait. Le docteur Louis Joseph Gabriel Fortineau, anciennement attaché à l’institut Pasteur, donnait des cours de bactériologie à l’école de médecine de Nantes. En 1908, le docteur épousait une de ses patientes, Mlle Marie Joséphine Henriette Lamisse. Le quotidien Le Journal indiquait que « la mésintelligence ne tarda pas à régner entre les deux époux ». Les rumeurs accordaient à la femme une conduite légère, que le docteur reproduisait de son côté. Il avait trouvé l’affection d’une infirmière, Mlle Larno qui l’aidait dans ses travaux, avec laquelle il eut une fille. Il décidait d’intenter une action en divorce, après neuf années de séparation. Or sa frivolité était mise au jour par le procès. « Je te tuerai et je serai acquitté comme Mme Perron ! », déclarait-elle. Si bien que le 22 mai 1922, armée d’un revolver, accompagné par son fils aîné de 14 ans, elle prit le train de 4 h à destination d’Oudon.

    Après son décès, la femme sera enterrée dans le caveau familial aux côtés Louis Fortineau. (Crédits : Steve Buissinne/Pixabay)

    Arrivé sur place à 13 h, son mari signifiait : « Pas de scandale ici ! Va-t’en ! ». La réponse fut cinglante. L’épouse tirait par quatre fois, dont une fois en plein cœur, l’homme s’écroulait, mort. « Le bruit occasionné fit accourir les voisins, qui furent menacés par la présumée meurtrière, raconte Le Journal. Elle reçut à son tour un coup de gourdin qui la désarma. » Arrêtée, elle ne manifestait aucun regret. Elle fut condamnée à 5 ans de prison, car la préméditation fut écartée, et des circonstances atténuantes lui furent accordées.

  • Il y a cent ans… l’arrestation du lieutenant Leherpeux

    Il y a cent ans… l’arrestation du lieutenant Leherpeux

    Les faits divers s’affichent en première page, en ce mois de mai 1922. Il faut dire qu’après la saga du collier de Jane Marnac, la hausse du prix du pain, les voyages de Millerand et la conférence de Gênes, les lecteurs des différents canards ne varient que peu de sujets. C’est à nouveau le drame qui endeuille les lignes de la une. L’histoire d’un officier marié et père de trois enfants, qui était éperdument amoureux et entretenait une relation adultère avec la victime Charlotte Degred.

    À défaut de garçonnière, l’officier louait une chambre au 12 de la rue Mégevand à Besançon pour recevoir son amie en toute discrétion. Tout se passait pour le mieux quand, ce qui devait arriver arriva, la jeune femme tomba enceinte. Le lieutenant affolé résolut de couper court à cette situation embarrassante. Chose incongrue, il loua à un de ses ouvriers de l’arsenal, une pièce du logement occupé par M Cètre, au numéro 24 rue de l’école. Le contrôleur militaire demanda une permission du 4 au 11 mai 1922. De son côté, la jeune et crédule amoureuse prévenait sa famille qu’elle devait s’absenter quelques jours pour un voyage en terre dijonnaise.

    Entre deux tranches d’informations, le prix du pain n’augmentera pas cette année décidait le gouvernement. (Crédits : BnF/Gallicaà

    Le soir du 8 mai 1922, Cètre rentrait en son domicile et trouvait le lieutenant en pleurs. Les seules explications furent que Charlotte Degred était morte dans l’après-midi. Ouvrier, mais loin d’être imbécile, l’homme comprit qu’un drame venait de se dérouler en sa demeure. Il priait l’officier d’enlever le corps de la défunte, faute de quoi il avertirait la police. Il commettait à nouveau un crime. Leherpeux décida, malgré lui de déplacer le cadavre dans la chambre qu’il louait au 12 rue Mégevand. Selon les sources proches de l’enquête, il le fit à 23 h, les voisins n’entendirent aucun bruit. Il tenta de cacher, semble-t-il, ses méfaits, au vu de la mise en scène.

    Restés sur les lieux, le gendarme Le Bret et l’agent Briard remarquèrent un individu accompagné d’une femme et deux enfants. Ils filait et l’interpelait l’homme, avant d’être interrogé et mis en garde à vue. (Crédits : Chunleizhao/Pixabay)

    Le corps de Charlotte Degred fut placé dans son lit, les vêtements soigneusement pliés, bottines et bas au pied de la couche, avec une bougie à moitié consumée, tout aurait pu laisser croire à une mort naturelle. Hormis un détail d’importance, il partit avec femme et enfants en direction de Rennes où habite sa famille, car l’honneur était en jeu. À la descente sur le quai, il est 14 h 54, lorsque le convoi en provenance de Besançon posait les pieds à Rennes. La police locale, gendarmerie et sûreté attendaient de pied ferme l’officier. Un homme accompagné de sa femme et de deux enfants semblait correspondre au signalement. Les services d’ordre lui demandèrent s’il était le lieutenant Leherpeux.

    « Oui, oui ! » répondit-il. L’homme interpelé, femme et enfant poussaient des cris et pleuraient à chaudes larmes racontent le journaliste. À peine arrivé, le train à destination de Saint-Malo fut celui du retour en direction de Besançon. Mais le soi-disant officier protestait avec force. Les agents finirent par contrôler son identité, et s’aperçurent de la supercherie. C’était un cheminot qui se fit passer pour le lieutenant Leherpeux. Tandis que le vrai fut interpelé quelques instants plus tard, interrogé et mis en garde à vue.